dimanche 8 janvier 2023

[Gilbert, Muriel] Un bonbon sur la langue

 


 

 

Coup de coeur 💓

 

Titre : Un bonbon sur la langue

Auteur : Muriel GILBERT

Parution : 2018 (Vuibert)

Pages : 224

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

Pourquoi les Bourbons prennent-ils un « s » quand les Macron n’y ont pas droit ? Pourquoi le nom de Charles de Gaulle est-il un aptonyme ?

Amis des mots, vous le savez, le français est une langue compliquée mais elle est aussi savoureuse, acidulée, colorée, sucrée… comme un bonbon ! Toutes ses bizarreries, ses règles alambiquées et ses exceptions sans fin sont autant de friandises.

Au fil de ce livre, je vous raconte ces erreurs qui sont entrées dans le dictionnaire et lève le voile sur des accords qui causent bien des désaccords. Vous apprendrez aussi à résoudre le casse-tête des prépositions et percerez le secret des calembours.

Régalez-vous, la boîte de bonbons est ouverte !

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

Chaque semaine, sur RTL, Muriel Gilbert partage son amour du français et de ses délices. Correctrice au Monde, elle est l’auteure d’Au bonheur des fautes (La Librairie Vuibert, 2017).

 

Avis :

Correctrice au journal Le Monde et chroniqueuse sur RTL, Muriel Gilbert est avant tout une amoureuse des mots et de la langue française, dont elle se plaît à explorer les innombrables et si pittoresques bizarreries. Erudite en la matière, elle nous régale d’un florilège extrait de nos dictionnaires, précis de grammaire et autres ouvrages lexicographiques, pour une promenade linguistique aussi divertissante qu’insolite.

Au-delà - entre autres - de verbes défectifs - à la conjugaison incomplète -, de mots bisexuels, d’homophones et d’homographes rivalisant de traîtrise, de gentilés improbables, de raccourcis antonomastiques et métonymiques, de facétieux aptonymes et caconymes, de stupéfiantes phrases palindromes, d’ingénieux calembours et de malsonnants kakemphatons, d’acronymes ou de termes louchébem devenus vocables courants et, à l’inverse, de mots rares ou en désuétude qui sortent subrepticement des dictionnaires, il reste encore une foule d’expressions aux origines pittoresques et un maquis de règles d’un raffinement infini pour faire de l’apprentissage de la langue française un jeu d’une richesse inépuisable, héritage luxuriant et vivant de millénaires de brassage culturel.

Alors, égayé de ce « ù » dont l’usage unique dans le mini-mot « où » justifie pour lui seul une touche supplémentaire à nos claviers, amusé du prêté pour un rendu caché sous ces mots autrefois partis de France et revenus transformés après quelques siècles passés en Angleterre, enchanté par la subtilité si riche de sens des accords de nos participes passés, l’on s’émerveille d’en découvrir toujours plus sur l’intelligence et sur le raffinement de cette langue que l'on dit de Molière, l’on se délecte de cette succulente distillation de ses plus belles nuances, et l’on s’émeut de ces programmes scolaires résignés à faire l’impasse sur l’apprentissage « trop compliqué » du passé simple…

Une lecture enchanteresse pour tous les amoureux des mots, mais pas seulement. Merci au Père Noël, qui ne s’est pas trompé en me réservant cette surprise coup de coeur. (5/5)

 

Citations :

Certaines anagrammes sont des curiosités, comme celle du chien et de sa niche. Il y a celle de soigneur, qui est guérison, tandis qu’endolori est l’anagramme d’indolore. Et puis il y a des anagrammes célèbres, dont certaines sont particulièrement bien trouvées. « Le commandant Cousteau » donne, une fois bien mélangé, « tout commença dans l’eau », par exemple, tandis que « la crise économique » se transforme en « le scénario comique ».


Lorsque le Normand Guillaume le Conquérant s’installa sur le trône d’Angleterre, en 1066, le pays ne disposait pas d’une langue unique, mais de plusieurs dialectes locaux. Du coup, le français est devenu, pour plus de trois cents ans, la langue officielle de l’île, et un à deux tiers des mots anglais actuels dérivent directement ou indirectement du français. Bien souvent, ce sont eux qui nous reviennent, parfumés à la sauce anglaise ! Flirter n’est que le retour au bercail de notre conter fleurette, management vient de ménagement et manager de ménager. Les langues vivent, se fréquentent, s’influencent, et font des petits.


Mais finalement, mon gentilé favori est celui des habitants de la blagueuse cité de Villechien, dans la Manche. Vous ne devinerez jamais comment ses cent quatre-vingt-deux habitants ont décidé de s’appeler…  Ce sont les Toutouvillais !     


Enfin, en guise de cerise sur le gâteau, ce que les Islandais appellent joliment le « raisin sec au bout du hot-dog », je vous offre ma bizarrerie linguistique préférée. C’est le petit où. Pas le ou de ou bien  –  qui, rappelons-le à toutes fins utiles, ne prend pas d’accent  –, celui qui s’écrit avec un accent grave, et qui indique le lieu : « La plage où je bronze », « Où peut-on acheter une bonne glace à l’italienne ? », « Où diantre as-tu planqué mon maillot de bain ? ». Eh bien, ce petit où est le seul et unique mot de la langue française qui contienne un u coiffé d’un accent grave. À noter que cette lettre gâtée-pourrie, ce minuscule ù, bénéficie d’une touche de clavier pour elle toute seule, qui sert donc exclusivement pour ce mini-mot de deux lettres. Quel luxe, n’est-ce pas ? 
   

À mesure que la réalité change, certains mots disparaissent également. D’ailleurs, sur ce point, il existe un mystère : comment se fait-il que l’on n’évoque jamais les mots qui sortent des dictionnaires ? J’avais essayé de me pencher sur cette énigme voilà un an ou deux, et, chez Larousse comme chez Robert, on répondait que non, on ne retirait jamais de mots. Évidemment, ils nous prenaient pour des jambons, comme dit mon fils, qui aime la charcuterie : physiquement (et financièrement),il est impossible que les dictionnaires grossissent à  l’infini… Du reste, les éditions Larousse ont fini par avouer ! Elles ont publié une petite merveille qui s’appelle Les Mots disparus de Pierre Larousse. Ce livre répertorie ceux qu’il appelle les « chers disparus », les termes que l’usage a fait sortir du dictionnaire. Finalement, ils ne sont que 10 %, depuis l’époque de Pierre Larousse, le créateur du dictionnaire, dont on fête le 200e anniversaire de la naissance cette année.

vendredi 6 janvier 2023

[Dinu, Gabriel & Conu, Marius] Le IVe Reich - Ukraïna mir

 



J'ai aimé

 

Titre : Le IVe Reich (Ukraïna Mir)

Auteurs : Gabriel DINU & Marius CONU

Traduction : Gabrielle DANOUX
                     & Thibaut VOISIN

Parution : 2022 en roumain et en français
                  (Books on Demand)

 Pages : 136

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

Remède pour la mort, comme le dit Gabriel DINU, un tel livre au titre relevant de l'Histoire, écrit en cours de route, à la hâte, à l'amour, à l'aveugle, devant la glace, constitue un témoignage digne de confiance, c'est-à-dire un livre dont les sources sont intimement liées à l'être des deux poètes. La source quotidienne est leur propre vie. Les trois poèmes en ouverture de la partie de Marius CONU, intitulée Ukraïna mir, sont un préambule à ce qui suivra après ce début du XXI siècle antichrétien, global et dépourvu d'identité. Clelia IFRIM 
 
Complexe et turbulent, généreux et provocateur, avec des éclats métaphoriques d'impertinence et transparence, le présent recueil met en avant la vitalité de la méditation intellectuelle et constitue un acte/fait artistique dont la Poésie gagne en tant que forme de résistance : la poésie comme arme et fleur, la poésie comme parfum et/ou bouclier ! Je félicite l'éditeur qui a eu la généreuse idée de ce duel poétique mais aussi les lecteurs qui se laisseront prendre au jeu des assauts et des parades métaphoriques du recueil Le IV-e REICH. Ion Gabriel PUSCA-LUPISOR

 

Un mot sur les auteurs : 

Né à Bucarest en 1973, Gabriel Dinu a fait ses débuts littéraires en 1997, dans la revue roumaine Viața Românească. Il a depuis publié dans plusieurs magazines et revues littéraires. 
Né en 1977, Marius Viorel Conu est diplômé de la Faculté de Lettres et a publié des textes dans plusieurs anthologies et revues. Également graphiste et peintre de chevalet, il est très actif sur les réseaux sociaux. 

 

Avis :

Deux auteurs, deux styles, mais un même combat. Gabriel Dinu et Marius Conu sont tous deux roumains. L’un s’exprime par fulgurances et suggestions imagées, l’autre dans une langue plus directe, plus concrète, plus accessible aussi. Ils ont choisi l’arme des mots et de la poésie pour s’insurger contre la guerre en Ukraine. Leur texte engagé résonne en écho aux bombardements et aux frappes qui sèment la mort, pointant, au travers de la désolation, les grises ombres du pouvoir et leurs manœuvres « cannibales ».

Piqués ici et là des noms de lieux qui donnent une géographie à la douleur et à la dévastation évoquées – Kiev, Marioupol, Donetsk, Boutcha, Kherson, Melitopol, Odessa… –, les vers des deux poètes s’impriment dans un mélange de tristesse et de colère, alors que, convoqué par la récurrence des mentions au Russe et au « monstre nain », le visage froid et figé de Vladimir Poutine s’impose constamment en transparence des mots, apparition menaçante venue rappeler au monde, et en particulier aux anciens pays satellites de l’URSS comme la Roumanie, la lignée des spectres soviétiques de terrifiante mémoire et « l’ombre du parti » dont on avait trop tôt enterré l’inextinguible soif de pouvoir. Le titre du livre est explicite : c’est aux tyrans les plus sanguinaires de l’Histoire que l’on fait référence ici...

S’élevant tour à tour, chacune en une partie distincte du recueil, les deux voix jouent une partition contrapuntique et se renforcent l’une l’autre, leurs différences de ton soulignant davantage encore leur unanimité. Et, rien n’étant plus difficile à transcrire que la poésie, l’on se prend d’admiration pour le délicat exercice de sa traduction, augmentée des quelques explications relatives aux non-reproductibles jeux de mots et aux détails culturels roumains, qui a permis la parution concomitante de cet ouvrage en Roumanie et en France.

Un grand merci à Gabrielle Danoux pour son partage et pour sa contribution à la diffusion de la littérature roumaine, dont elle nous fait notamment découvrir le dynamisme volontiers avant-gardiste. (3,5/5)

 

 

Citations :    

Sais-tu que tu n’as plus de nom
ni de rêves ???

que tu es une statistique

un nombre insensible

fondant lentement

sur l’asphalte indécent

de la ville qui se meurt…

Seule une pluie salée, profonde

Caresse encore ton front

Et le mutisme de la pierre.



Ils m’ont demandé
Devant le peloton d’exécution
Avec des sourires métalliques
Et la rouille de la compassion :
Comment te sens-tu ?
Comment te sens-tu, m’ont ils demandé
En souriant…
J’ai regardé stupéfait
Les pluies éloignées
Et les magnolias rouges fleurir
Sur mes cuisses, épaules, poitrine
Comme des baisers immenses…
Seul !
Seul,
Leur ai-je répondu…
Seul.


 

jeudi 5 janvier 2023

Bilan de mes lectures de 2022

 

 

Au-delà du coup de coeur :

  
BOUYSSE Franck : L'homme peuplé

 

 

Coups de coeur : 

 

ADRIAN Pierre : Que reviennent ceux qui sont loin
BEREST Claire : Artifices
 BOUILLIER Grégoire : Le coeur ne cède pas
BUNDA Martyna : Les coeurs endurcis
CAMINITO Giulia : Un jour viendra
 CHALANDON Sorj : Enfant de salaud
CHRISTIE Michael : Lorsque le dernier arbre
 DA EMPOLI, Giuliano : Le mage du Kremlin 
DEL AMO Jean-Baptiste : Le fils de l'homme
DEVERS Nathan : Les liens artificiels
  DIDIERLAURENT Jean-Paul :  Malamute
DUPONT-MONOD Clara : S'adapter
FOENKINOS David : Numéro deux
FORTIER Dominique : Les villes de papier
  HELLER Peter : La rivière
 IZAGIRRE Ander : Potosi
JAENADA Philippe : Au printemps des monstres
 JAMES Henry : Washington Square
  KORMAN Cloé : Les presque soeurs
 KOURKOV Andreï : Les abeilles grises
 LAPIERRE Alexandra : Belle Greene
 LYNCH Paul : Au-delà de la mer
MAILLARD Vincent : L'os de Lebowski
 MALKA Richard : Le droit d'emmerder Dieu
   MALZIEU Mathias : Le guerrier de porcelaine
 McDANIEL Tiffany : L'été où tout a fondu
 MORGAN Cédric : Les sirènes du Pacifique
NAVARRO Mariette : Ultramarins
 NOREK Olivier : Dans les brumes de Capelans
 OSORIO Elsa : Luz et le temps sauvage
PASCAL Camille : L'air était tout en feu
 PIACENTINI Elena : Les silences d'Ogliano
PLATH Sylvia : La cloche de détresse
 RUOCCO Julie : Furies
 SABOLO Monica : La vie clandestine
 SIMMONS Charles : Les locataires de l'été
SWARTHOUT Glendon : Homesman
 THIZY Laurine : Les maison vides
 VIEL Tanguy : La fille qu'on appelle
VITKINE Benoît : Les loups 
 YAN Lianke : Les jours, les mois, les années
ZENITER Alice : L'art de perdre

  
 

J'ai beaucoup aimé : 

 

ALTAN Ahmet : Madame Hayat
BA Mariama : Une si longue lettre 
 BAILLY Pierric : Le roman de Jim
  BENZINE Rachid : Voyage au bout de l'enfance
BESSON Philippe : Paris-Briançon
 BOUYSSE Franck : Fenêtre sur terre
 CAILLABET Carlos : Hôtel Lebac
 COLLETTE Sandrine : On était des loups
 COLLETTE Sandrine : Des noeuds d'acier
DECK Julia : Monument national 
DEVI Ananda : Le rire des déesses
FIVES Carole : Quelque chose à te dire
 FLATEN Isabelle : Triste Boomer
FOTTORINO Eric : Mohican
 FRANCESCHI Patrice : S'il n'en reste qu'une
FROMM Pete : Chinook
GESTERN Hélène : 555
 GHOUSSOUB Sabyl : Beyrouth-sur-Seine
GIRAUD Brigitte : Vivre vite 
GOBY Valentine : Murène
GODFARD Dominique : Vieillir, c'est vivre...
 GREGORY Philippa : La sorcière de Sealsea   
GUILLAUME Laurent : Un coin de ciel brûlait
HARPER Elodie : L'antre des louves
HARRIS Eddy : Le Mississipi dans la peau   
HASSAINE Lilia : Soleil amer
HORNAKOVA-CIVADE Lenka  : Un regard bleu
HOUELLEBECQ Michel : Anéantir
IMHOF Valentine : Le blues des phalènes
JARAWAN Pierre : Tant qu'il y aura des cèdres
 JEANNIN Aurélie : Les Bordes
 JOHNSON Jeremy Robert : Apprendre à se noyer
 JOLY Constance : Over the Rainbow
 JOSSE Gaëlle : Les heures silencieuses
 JOY David : Nos vies en flammes
KARASON Einar : Oiseaux de tempête
KERN Etienne : Les envolés
KOKANTZIS Nikos : Gioconda
 LEFTERI Christy : Les oiseaux chanteurs
LEMAITRE Pierre : Le grand monde
 LE MAREC Yannick : Constellation du tigre
 MANCHETTE Ludovic & NIEMIEC Christian : Alabama 1963
 MAURIER Daphne (du) : L'Auberge de la Jamaïque
MEURICE Guillaume : Le roi n'avait pas ri
 NIEL Colin : Seules les bêtes
 NOSAKA Akiyuki : La tombe des lucioles
PASOLINI Pier Paolo : L'odeur de l'Inde 
 QUINTANA Pilar : Nos abîmes
RAVEY Yves : Taormine
 ROBERT-DIARD Pascale : La petite menteuse
  RUFIN Jean-Christophe : Les flammes de pierre
SCHLOGEL Gilbert : Les Princes du sang
 STEINBECK John : Le poney rouge
STEPHAN Carmen : Arabaiana
   STHERS Amanda : Le café suspendu
SWIFT Graham : Le grand jeu
TONG CUONG Valérie : Un tesson d'éternité 
 TRETHEWEY Natasha : Memorial Drive
 TUIL Karine : La décision
 VAN DER PLAETSEN Jean-René : Le Métier de mourir
VENTURA Maud : Mon mari 
VINGTRAS Marie : Blizzard
 VUILLARD Eric : Une sortie honorable
 WATSON Larry : L'un des nôtres
 WELLER Lance : Le cercueil de Job 
WHITAKER Chris : Duchess
  WOLFF Iris : Le flou du monde
 YUERAN Zhang : L'Hôtel du Cygne
ZACCAGNA Matthieu : Asphalte


 

J'ai aimé : 

 
 ADAM Olivier : Tout peut s'oublier
 BARBERY Muriel : Une heure de ferveur
BERTRAND Didier : Hit The Road, Jack !
BRUNAT David : Une princesse modèle
 CHANGY Victoire (de) : L'île longue
COHEN Joshua : Les Nétanyahou
DALEMBERT Louis-Philippe : Milwaukee Blues
DASSAS Michèle : Le Dîner de l'Exposition
DESHAIES Michelle : XieXie
  ENRIQUEZ Mariana : Notre part de nuit
ELLORY R.J. : Le carnaval des ombres
 FAGUER Emmanuelle : Les Désobéissantes
 FAJARDO José Manuel : Haine
 GALLOIS Anne : L'Amanticide
 MARTEN Eugene : Ordure
NATT OCH DAG Niklas : 1793
PAGE Alexandre : Une vie d'artistes
RAMONEDA Joseph : Le Dragon chanceux
STONEX Emma : Les gardiens du phare
VILLAIN Isabelle : De l'or et des larmes
 
 
 

J'ai moyennement aimé : 

 
LEFRANC Odile : Le lac au miroir
 
 
 

Je n'ai pas aimé : 

 
LAQUERRIERE Nicolas : Nueve cuatro
 ORCEL Makenzy : Une somme humaine

 
 



 

 


 


 



 

 



  



 


 
 



 
 

 


 
 


 


 


 

 


 


 


 




 


 

 


 



 

 

 


 




 

 


 

 




 


 

 



 

 


 


 

 
 



 
 
 


 


 
  
 
 

 

 


 

 


 


 
 


 


 
 


 

 



 


 

 
 
 
 

 

 


 



 

 

mercredi 4 janvier 2023

[Oppert, Claire] Le pansement Schubert

 



 

Coup de coeur 💓

 

Titre : Le pansement Schubert

Auteur : Claire OPPERT

Parution : 2020 (Denoël)

Pages : 208

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

10 minutes de Schubert = 5 mg d’Oxynorm.
Mme Kessler est assise dans son fauteuil toute droite, avec son bras offert aux soins et, tandis que je joue pour elle en boucle le thème de l’andante du Trio op. 100 de Schubert, la lumière sur son visage est si intense qu’elle irradie en un flot étincelant toute la pièce, les infirmières et moi-même. Dehors, le chêne aux larges branches en reçoit lui aussi abondamment.


Lorsqu’elle n’est pas en concert à travers le monde, ou auprès de ses élèves, Claire Oppert joue pour les personnes en fin de vie, les malades douloureux, les autistes ou ceux que l’on nomme les déments. La plume délicate et poétique, la musicienne raconte autant de rencontres uniques. Des hommes et des femmes que le chant du violoncelle apaise, stimule ou réconforte.
Le moment musical au chevet des patients est un port abrité dans l’épreuve, temps suspendu propice à l’émergence des souvenirs. Il relie les êtres et témoigne de cette part vivante et intacte en chacun de nous.

 

Un mot sur l'auteur : 

Née à Paris en 1966, la violoncelliste Claire Oppert est diplômée du conservatoire Tchaïkovski de Moscou, titulaire d’une licence de philosophie et d’un diplôme universitaire d'art-thérapie. Elle est concertiste et se consacre également à l'enseignement.

 

Avis :

Dans un Ehpad d’Ile de France en 2012, le son du violoncelle de Claire Oppert calme miraculeusement une patiente atteinte de démence sénile qui refusait avec violence de se laisser soigner. Une infirmière s’exclame : « Il faudra absolument revenir pour le pansement Schubert. » C’est ainsi que débute pour la concertiste et enseignante un tout nouveau parcours : elle accompagnera une équipe médicale dans une étude clinique sur l’effet de la musique vivante sur la douleur et l’anxiété des malades, elle se formera à l’art-thérapie, et elle jouera désormais régulièrement du violoncelle auprès d’autistes profonds, en gériatrie et en soins palliatifs. Ce livre est le récit de sa bouleversante expérience.

Dès les premières lignes, l’émotion assaille le lecteur. Elle ne va plus le quitter, brouillant bien des pages dans les larmes. Et c’est le coeur chaviré que, tout au long d’une narration tissée de délicate sobriété, d’instants de poésie et, toujours, d’une empathie pleine de respect, l’on accompagne Claire Oppert dans ses rencontres, rendues si singulières et prodigieuses par la musique, au plus profond de la souffrance qui baigne certains services hospitaliers. Qu’il s’agisse de ces jeunes autistes profonds avec qui la musique permet pour la première fois de communiquer, de ces personnes âgées atteintes de démence qu’un air apaise ou relie à elles-mêmes et à leurs souvenirs les plus chers, de ces patients en fin de vie qu’une mélodie distrait de leur douleur et de leur peur, et même de ces mourants dans le coma dont la respiration soudain amplifiée et la chair de poule expriment les dernières émotions palpables quand vibre pour eux le violoncelle, chaque fois l’on est autant ému qu’impressionné par ces instants de grâce, volés, à travers la musique, à la souffrance et à la mort, quand plus rien d’autre ne peut apaiser ni réconforter.

« La musique rejoint l’être humain dans sa dimension vivante et intacte ». « C’est une irruption salvatrice qui convoque le noyau profond en nous, inaltéré et rayonnant, malgré le morcellement de la maladie grave, malgré la démence, la douleur et la mort. » « [Ce noyau qui] est le support de la Vie, [qui] est la Vie », la musique nous y relie, miraculeusement. En tous les cas, les neurosciences ont démontré que, par un phénomène de contre-stimulation sensorielle, elle diminue la perception de la douleur et atténue l’anxiété des malades, répercutant ces bienfaits sur les équipes soignantes et sur les proches.

Traversé par une intense émotion, l’on ne peut qu’applaudir et s’incliner bien bas devant cette admirable expérience musicale et humaine. Coup de coeur. (5/5)

 

 

Citations : 

Dans un coin de l’Espace, une femme hurle et se débat. Deux infirmières s’agitent autour d’elle, la maintenant fermement pour l’empêcher de tomber de son fauteuil, tout en parant ses attaques.
Elles doivent absolument refaire le pansement de Mme Kessler. La plaie de son bras droit est purulente.
Je ne peux pas deviner son visage caché par le profil des infirmières aux sourcils froncés et aux gestes tendus. Lorsqu’elle cesse de crier, elle tente de les mordre.
Je ne sais pas ce qui me pousse à m’arrêter devant elle. Je ne prononce pas une parole. Je m’assieds et lui joue au violoncelle le thème de l’andante du Trio op. 100 de Schubert.
Il se passe trois secondes à peine, deux mesures peut-être, et son bras se détend. Il s’abandonne d’un coup. Les cris cessent, le calme revient dans la pièce. Je peux observer alors son visage, regard étonné, et à ses lèvres une ébauche de sourire.
Je joue peu ce jour-là, tant le pansement est rapide. C’est plus qu’une surprise, comme un prodige. Je vois les infirmières sourire à leur tour, l’une d’elles rit même et me dit : « Il faudra absolument revenir pour le pansement Schubert. »
C’est joliment tourné, tout à fait adéquat. L’expression est née ainsi et elle est restée par la suite.
 

Elle est arrivée environ un an après moi dans le centre. Jusque-là, elle était restée dans un hôpital psychiatrique, attachée pendant deux années, et ces derniers mois assommée de neuroleptiques surpuissants. Howard nous raconte comment il l’a sortie de l’hôpital, après de nombreuses et rocambolesques démarches. (…)
Le matin de son arrivée, Amélia est lâchée dans l’institution. C’est Howard qui l’a dit : lâchée. Je ne suis pas présente ce jour-là, mais j’apprends à mon retour qu’elle a tout détruit, avec un extincteur arraché du mur. Deux jours de travaux ont par la suite fermé les portes du centre Adam Shelton. (…)
Deux ans après son arrivée, Amélia est métamorphosée. Howard accroche sur le tableau de l’institution une photo envoyée par sa mère : on la voit assise, au milieu de toute sa famille, souriante, à côté d’un arbre de Noël. [Amélia est autiste]
 

En revenant la semaine suivante, je le trouve gravement altéré. Il est étendu sur son lit, corps marbré, visage dissimulé sous un masque à oxygène. Il est inconscient depuis la veille, ses bras reposent sur sa poitrine. On dirait qu’il attend calmement. Pourtant, quand je lui joue les premières notes de Gabriel Fauré, sa respiration s’amplifie massivement. Le tempo d’Après un rêve s’accorde à son souffle qui s’élargit peu à peu. Je suis entrée dans le rythme de sa respiration. J’ai ce privilège. Son souffle se mêle au chant de mon violoncelle. Il n’y a plus dans la chambre que nos deux respirations qui s’accordent mystérieusement sur la mélodie. Pulsation commune.
Quand je m’arrête de jouer, je constate que ses bras sont couverts de chair de poule. Après un rêve.
C ‘est notre dernier dialogue. Il meurt le jour même, une heure à peine après que j’ai quitté la chambre.
 

La maladie grave est une expérience de délogement de soi. Elle assaille le corps, enchaîne les pertes successives. Elle conteste à la personne son pouvoir d’agir sur elle-même. Elle la laisse dépourvue, étrangère à elle-même, sans demeure stable ni identifiée.


 

lundi 2 janvier 2023

[Ackerman, Elliot] En attendant Eden

 



Coup de coeur 💓💓

 

Titre : En attendant Eden (Waiting for Eden)

Auteur : Elliot ACKERMAN

Traduction : Jacques MAILHOS

Parution : 2018 en anglais (Etats-Unis)
                  2019 et 2022 en français
                  (Gallmeister)

Pages : 160

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

Mary veille sur son mari Eden tous les jours depuis trois ans. Mutilé en Irak, il est cloué sur un lit d’hôpital, emmuré dans son corps. Leur fille Andy grandit dans cette chambre, entre un père coincé entre la vie et la mort et une mère qui espère malgré tout. Un jour de Noël, Eden semble soudainement réagir aux signaux du monde extérieur. Mary est persuadée qu’elle seule peut interpréter les paroles silencieuses de son mari et décider de son destin. Cependant, certains secrets de leur mariage resurgissent, et elle devra y faire face. 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

Elliot Ackerman est né en 1980 à Los Angeles. Après des études de lettres et d'histoire et l'obtention d'un master en relations internationales, il s'engage en 2003 dans le corps des marines. Il y passe huit ans et effectue, en tant que membre des forces spéciales, cinq missions en Afghanistan et en Irak. Il est récompensé par le Silver Star et le Purple Heart, ce qui fait de lui l'écrivain le plus décoré de sa génération. À son retour à la vie civile, il continue de s'occuper de politique étrangère et de relations internationales. Il travaille notamment à la Maison Blanche de 2012 à 2013 et est membre à vie du Council on Foreign Relations. Désormais journaliste et écrivain, il partage son temps entre New York et Washington D.C. Il a été finaliste du National Book Award en 2017.

 

Avis :

Après avoir sauté sur une mine en Irak, le soldat Eden a, contre toute attente, survécu à ses blessures. Son état est tel que le narrateur n’est que soulagement de ne pas en avoir réchappé pour sa part. Cela fait maintenant trois ans que son épouse, parfois accompagnée de leur toute petite fille qu’il n’a pas eu le temps de connaître, lui rend quotidiennement visite à l’hôpital, où ce qu’il reste de lui respire, branché à des machines. Contre l’avis de tous, et même d’Eden comme semble l’indiquer la seule façon qu’il ait trouvée pour tenter de communiquer, Mary ne peut se résoudre à le laisser enfin partir.

La vie est-elle toujours préférable à la mort ? D’ailleurs, est-ce bien encore une vie que ces quelques lueurs de conscience cauchemardesque, prisonnière de ce qui n’a plus d’un corps que quelques fonctions vitales, de surcroît assistées, torturée par des terreurs délirantes et inextinguibles ? C’est un ancien ami et frère d’armes qui exprime son avis d’outre-tombe, observant le désespoir d’Eden et l’obstination de Mary avec la clairvoyance d’un témoin suffisamment proche pour connaître leur passé et décoder leur psychologie. Bien placé pour comprendre et nous faire concevoir « de l’intérieur » l’innommable calvaire qu’endure Eden et pour décrypter les signaux de détresse absolue que ce mort-vivant s’évertue à adresser d’une manière éperdue à un entourage incapable de l’entendre, personne mieux que lui ne peut en même temps pénétrer les dévorants motifs de culpabilité qui rendent Mary incapable de prendre l’irrémédiable décision qui semble pourtant s’imposer.

Alors, empli d’une impuissante compassion, il raconte l’engrenage et l’emprise de la peur, la peur qui, même entre les missions, corrompt la vie de couple et toute projection d’avenir, sans que pour autant le choix de décrocher paraisse même une option envisageable. C’est comme accroc à une drogue qu’Eden se réengage malgré lui, mettant un peu plus en danger un ménage qui, malgré l’amour, menace de partir en quenouille. Quand une presque dépouille est rendue à l’épouse, la précipitation d’un composé toxique d’amour, de mauvaise conscience et de loyauté repentante cimente le malheur dans un sarcophage de pénitence. C’est ainsi qu’Eden, Mary et leur petite Andy se retrouvent coincés dans une impasse aussi funeste qu’insupportable, les remords devenus scrupules intempestifs bloquant la porte de sortie que chacun n’aspire pourtant qu’à prendre.

Un roman tout en pudeur et en ellipses qui, en étonnamment peu de pages, vous cloue sans voix sous le coup de son impeccable et implacable tir en plein coeur. (5/5)

 

 

Citations :   

Au chevet d’Eden, les deux infirmières tenaient une veille. La plus âgée était postée à la tête de son lit. Elle massait la poche de sang. La plus jeune était postée près de son flanc. Elle maintenait la grosse aiguille en place, serrée contre sa peau. À l’intérieur de lui, la pointe en biseau de l’aiguille s’accrochait à l’unique veine étroite comme un varappeur suspendu à une vire avec seulement deux doigts.
 

Entre leurs tournées, les médecins et infirmières plus âgés parlaient à voix basse du gars du quatrième étage si grièvement brûlé que c’était un miracle qu’il eût survécu. Ils parlaient toujours vite quand ils parlaient de lui, murmurant au-dessus de leurs cafés, serrés les uns contre les autres dans un ascenseur. Ils disaient toujours la même chose : c’était le gars le plus grièvement brûlé des deux guerres réunies, je suis pas sûr que je voudrais qu’on me garde en vie dans cet état, ce n’est qu’une question de temps. Ces mots-là, ils les disaient tous : une question de temps. Et nom de Dieu comme c’était vrai. Pour mon ami, c’était une question de jours, de semaines, de mois, d’années, à rester allongé dans ce lit sans avoir le droit de mourir.
 

Sur la voie rapide, tout était silencieux. Les lignes discontinues délimitant les voies filaient vers elles en une pulsation saccadée, réfléchissant la lumière de leurs phares. Les panneaux vert et blanc de l’autoroute passaient au-dessus d’elles, en un rythme apaisant comme des vagues qui se brisent. Mary pensait à son époux, et au mot imminent, et peut-être que quand ce serait fini, quand il ne serait plus là, les choses pourraient s’améliorer pour elle et la fillette.  
Elles recommenceraient, et ce serait une bonne chose.  
La mort de son époux serait une bonne chose.  
Elle sentit l’infidélité de cette pensée passer entre ses jambes puis remonter dans son ventre d’une manière qu’elle avait, je le savais, déjà ressentie au moins une fois auparavant.
 

Elle n’avait qu’à le laisser.  
Toute la souffrance cesserait. Personne ne saurait que c’était elle qui avait fait cela. Et que tuerait-elle ? La masse de chair qui se trouvait devant elle n’était pas un époux, ce n’était certainement pas le célèbre BASE Jump, tout cela avait pris fin en un éclair trois ans auparavant sur une route dans la vallée du Hamrin. Elle n’était même pas sûre que le fait de laisser ce téléphone ici pouvait s’appeler tuer. Les événements en cours suivraient tout simplement leur cours.  
Mais elle ne le pouvait pas.  
Si elle avait eu en elle ce qu’il fallait pour ça, elle l’aurait fait depuis longtemps. Alors elle se leva, lissa le devant de son chemisier et prit quelques respirations.  
— D’accord, dit-elle en le haïssant de cette haine hachée que l’on réserve aux personnes que l’on aime réellement.
 
 
Eden ignorait qu’il rappelait à Gabe ses amis, des gars d’une autre guerre, au cours de laquelle il avait commencé à apprendre à réparer les hommes. Pas par des réparations permanentes, mais par des petits rafistolages qui achetaient à l’homme le temps dont il avait besoin pour embarquer dans un hélicoptère et s’envoler vers un lieu où les vraies réparations pourraient se faire. Dans sa guerre, Gabe avait appris presque tout ce qu’il y avait à savoir sur comment acheter du temps à un corps démoli. Massage cardiaque, agent coagulant, garrot, intubation nasotrachéale, tout ce vocabulaire des instants sauvegardés. Au fil des années de la guerre de Gabe, et plus tard, il avait vu les minutes qu’il avait achetées pour ses amis se transformer en des peines de trop nombreuses heures, trop nombreux jours, trop nombreux mois. Il ne tarda pas à apprendre qu’en matière de temps l’ennemi n’était pas le manque, c’était l’excès. Parce qu’au bout du compte, c’était le temps qui transformait les fractures de tous ses amis en cassures. Et pour ses amis, les moments compris entre leur sauvetage et leur fin devenaient une liste de tourments causés par lui.  
Désormais, tout ce que Gabe espérait offrir, c’était de la rapidité.