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vendredi 8 mars 2019

[Zykë, Cizia]


 

BILAN DE LECTURE :


19  Livres lus :

 5  Coups de coeur (5/5)
 2  Beaucoup aimés (4/5)
 7  Aimés (3/5)
 1  Moyennement aimé (2/5)
 4  Pas aimés (1/5)





BIOGRAPHIE :


Cizia Zykë est un aventurier et écrivain français né en 1949 et décédé en 2011.

Fils d'un légionnaire français d’origine albanaise et d’une mère grecque, Cizia Zykë (de son vrai prénom Jean-Charles) passe son enfance à Taroudant dans le sud du Maroc. Sa famille s’installe à Bordeaux lorsque le Maroc gagne son indépendance en 1956.

L’adolescence de Zykë est mouvementée. Ses activités au sein d’un gang de jeunes délinquants lui valent de nombreux ennuis judiciaires, dont deux séjours en prison. Il décide de quitter la France à l’âge de dix-sept ans. Les autorités lui refusant un passeport, il s’engage dans la Légion étrangère lors de la Guerre des Six Jours. 
Zykë obtient finalement un passeport en 1967 et part rejoindre son oncle installé en Argentine. Pendant les trois années qu’il passera en Amérique du Sud, il acquiert une fortune considérable dans le commerce d’objets d’art précolombien. 
Il s’installe à Toronto en Octobre 1970. Il y prend la direction d’un restaurant italien, puis se spécialise dans l’organisation de jeux de hasard clandestins et dans la récupération forcée de dettes. Survivant de justesse à une tentative d’assassinat par le chef d’un gang rival, Zykë se réfugie en Suisse en 1973. 

De retour en France, il écrit Oro, qui relate ses aventures au Costa Rica, et le publie en 1985. Il publie Sahara (sur ses aventures en Afrique) et Parodie (sur son séjour au Canada), qui compléteront sa trilogie autobiographique, en 1986 et 1987. Traduites en plusieurs langues, ce sont ses œuvres les plus célèbres. 
En 1991, Zykë retourne en France et se prépare à visiter l’Albanie, pays d’origine de son père. Zykë y passe trois ans. De son séjour en Albanie naîtront quatre romans – Les Aigles, Au nom du père, Requiem et Rédemption – et un film documentaire Kanoun, qu'il réalise avec Piro Milkani. 
En 2008-2009, Cizia Zykë se trouve en Guyane, il y prépare la sortie d'un nouvel ouvrage autobiographique dont le titre est Oro and Co. Ce récit retrace son parcours depuis 1984, lorsqu'il quitte le Costa Rica, jusqu'à nos jours pour sa dernière aventure parmi les orpailleurs clandestins.  Cizia Zykë signe là sa dernière œuvre autobiographique, un au revoir à ses lecteurs en même temps qu'un hommage appuyé à son collaborateur et ami l'écrivain Thierry Poncet, qui met fin à son aventure éditoriale.  Le 8 janvier 2009, Cizia Zykë aurait été mis en examen à Cayenne pour « complicité d'orpaillage clandestin ». D'après le journal Le Parisien : « on indique qu'il est soupçonné d'avoir ravitaillé par avion des orpailleurs clandestins, sous couvert de réaliser un documentaire. » 

Zykë meurt d'une crise cardiaque à Bordeaux en 2011.

(Source Wikipedia)



BIBLIOGRAPHIE (Romans) :

(Les 💓 indiquent mes coups de coeur et leur intensité)

 

💓    Oro (1985)
  -     Sahara (1986) 
💓    Parodie (1987)
💓    Fièvres (1988) 
  -     Paranoïa (1989)
  -     Tuan Charlie (Maléfice, Opium, Dust, Enfers) (1989)
  -     Buffet campagnard (1990)
  -     Histoires de fous (1991)  
  -     La ferme d'Eden (1991) 
  -     Alixe (1993)  
💓    Amsterdam zombie (1994)
💓    Les aigles (2000)

  -     Blasphèmes(2001)
  -     La révolte d'Amadeus Jones (2002)
  -     Au nom du père (2003)
  -     Requiem (2003)
  -     Rédemption (2004)
  -     Oro and Co (2009)

  -     Alma (2018)


Lire Zykë l'aventure de Thierry Poncet. 💓

 

 

CARACTERISTIQUES : 

Collaboration avec Thierry Poncet.
Personnalité et aventures vécues hors du commun. Talent de conteur. 
Style percutant (« écrit comme on frappe »), cru, cynique et provocateur. 
Humour noir. Politiquement incorrect.
Pour adultes avertis.




THEMES RECURRENTS : 

Récits personnels et romans fortement inspirés de ses propres aventures. 
Contes / Thrillers / Reportages.
Aventure, Liberté, Amitié, Jeu, Drogue, Femmes, Contrebande, Jungle, Désert, Orpaillage et mines d’or, Aborigènes, Albanie, Folie, Manipulation, Enfants criminels.

[Zykë, Cizia] Oro and Co






J'ai aimé

Titre : Oro and Co

Auteur : Cizia ZYKE

Editeur : Fleuve Noir

Parution : 2009

Pages : 324









Présentation de l'éditeur :   

Cizia Zykë est une légende vivante. Le dernier aventurier des Temps modernes. Un homme hors du commun, épris de liberté absolue, dont la vie est une suite d'actions exceptionnellement fortes. Son aventure littéraire s'étend sur vingt-cinq ans. Une oeuvre unique et inclassable, entamée par sa célèbre trilogie d'aventures vécues : Oro, l'or de la jungle du Costa Rica, Sahara, la contrebande de camions dans le désert africain, Parodie, son ascension fulgurante de parrain en Amérique du Nord. Tous trois sont des récits cultes, vendus à plusieurs millions d'exemplaires dans le monde entier. Oro & Co est son dernier texte. Un récit. Parti dans la jungle amazonienne pour s'y bâtir une ville, Cizia Zykë voit l'aventure l'amener à se transformer en trafiquant pour pénétrer le monde des garimpeiros, les orpailleurs clandestins brésiliens qui pillent l'or de la Guyane française. Fascinant, inlâchable, implacable et drôle, Oro & Co est un formidable vent de liberté.

 

 

Avis :

Un peu plus de vingt ans après sa trilogie Oro, Sahara et Parodie, Zykë reprend le fil de ses récits d’aventure autobiographiques. Après un retour sur ses débuts d’écrivain, il nous emmène cette fois au Surinam, à la frontière de la Guyane française, où il s’est mis en tête de construire un lieu de plaisir pour les orpailleurs disséminés dans la jungle, puis de tourner un reportage sur les chercheurs d’or clandestins. Rien ne se déroule toutefois comme prévu : la dernière aventure de Zykë ne devient bientôt plus qu’attente et frustration, alors que les autorités voient ses activités d’un très mauvais œil.

S’il contient toujours la même farouche dérision, ce dernier livre, qui prend des allures de baroud d’honneur, a un goût de tristesse : liberté et aventure semblent devenues bien difficiles d’accès comparé à il y a quelques décennies et aux précédents livres de Zykë. Et l’auteur signe ce dernier opus comme un adieu à ses lecteurs et à sa vie aventureuse.


L’histoire racontée n’est finalement qu’une somme de déboires et peine à trouver de quoi se mettre sous la dent : elle finit par laisser beaucoup de place aux malheurs des compagnons de Zykë, peu familiers de la jungle. Elle donne toutefois un aperçu de la complexité de la situation en Guyane : selon Zykë, il est illusoire d’envisager d‘y contenir l’invasion de clandestins par la répression. Il faut au contraire gérer l’inéluctable, mettre en place une coopération avec les pays voisins pour légaliser et encadrer, avec droits et devoirs, l’exploitation de cet or que rien ne pourra empêcher.
L’ultime livre publié du vivant de Zykë prend donc une teinte douce-amère, celle qui imprègne le mot FIN. A lire de préférence après tous les autres. (3/5)

[Zykë, Cizia] Les aigles





Coup de coeur 💓

 

Titre : Les aigles

Auteur : Cizia ZYKE

Editeur : Editions du Rocher

Parution : 2000

Pages : 303










Présentation de l'éditeur :   

Cizia Zykë est le dernier aventurier du XXe siècle. Il est de retour, le chercheur d'or d'Oro, le contrebandier de Sahara, le gangster de Parodie. Et le romancier a succès de Paranoïa, Fièvres, Alixe... L'homme était parti à la découverte de ses racines : l'Albanie. La terre des " Aigles ". La rencontre a tourné court. Alors qu'il achève de tourner un film documentaire, Cizia Zykë est accusé d'espionnage et de contrebande d'objets d'art. Emprisonné, réfugié à l'ambassade de France de Tirana, il est exfiltré avec l'aide du Quai d'Orsay. Les Aigles, ce sont ceux qu'il a croisés au cours de son périple. Des hommes terribles qu'une dictature de fer a rendus fous. Dino, le proxénète maudit. Skender, le tueur au sourire d'ange. Bunki le simplet et Dimitri, l'impitoyable financier. Les Aigles, ce sont des hommes et des femmes mis en cage pendant cinquante ans et jetés dans l'Europe des années 90. Les Aigles, ce sont trois millions de citoyens ruinés qui mettent leur propre pays à sac. Un roman du réel, authentique. Quatre destins terrifiants voués à la solitude.

 

 

Avis :

Ce roman historique m’a fait découvrir une nation que je ne connaissais qu’à peine : l’Albanie, « pays des Aigles », celui du père de Zykë.

Quatre hommes, transformés en fauves par des décennies d’enfer dans une Albanie communiste hermétiquement fermée, fuient le pays comme des milliers d’autres à la chute du régime en 1991. Après les camps de réfugiés, ils découvrent l’Italie où ils développent différents trafics plus sordides les uns que les autres : exécutions, réseaux de prostitution et de mendicité d’enfants, trafic de drogue et d’organes, passages de clandestins… Particularité : leur violence sans limite qui va jusqu’à surprendre la mafia italienne.


Dans cette sorte de reportage romancé, c’est toute l’Albanie des années 1990 qu’explique Zykë : après quarante-cinq ans d’une des dictatures les plus sévères de l’Europe moderne, le pays jusque-là totalement isolé et autarcique connaît une vague d’émigration massive. Ceux qui restent vivent une situation d’anomie : faute de règles et de normes, le pays sombre dans le chaos et la désorganisation sociale. Le champ est libre pour tous les excès et toutes les violences, au profit d’escrocs de tout poil : ainsi l’Albanie entière se voit ruinée par la faillite de sociétés spéculatives à court terme pratiquant la cavalerie.


Comme dans Amsterdam Zombie, Zykë nous livre, au-delà du roman, un très sérieux et très instructif documentaire, où l’on retrouve son style sans complaisance qui ne mâche pas ses mots, sa prédilection pour l’action, ses personnages violents et sans scrupules : un récit terrible, brut et sans concession, dépourvu d’émotion, qui fait froid dans le dos quand Zykë affirme que toutes les anecdotes y sont authentiques. (5/5)

[Zykë, Cizia] La révolte d'Amadeus Jones






Je n'ai pas aimé

Titre : La révolte d'Amadeus Jones

Auteur : Cizia ZYKE

Editeur : Editions du Rocher

Parution : 2002

Pages : 289










Présentation de l'éditeur :   

Seule une grande et vraie démocratie moderne, capable d'inventer la bombe atomique, le lynchage, les injections létales et la chaise électrique pouvait engendrer une créature du genre d'Amadeus Jones, l'être humain le plus génial que la terre ait jamais porté. Pour ce jeune surdoué de treize ans, les individus qui dirigent le monde sont des incapables et les foules qui les portent au pouvoir des irresponsables. Le cas de Timothy Mac Veigh, l'homme qui a fait sauter un immeuble d'Oklahoma City, passionne Amadeus Jones. Cent quatre-vingts et quelques morts, il trouve ça méritoire. Mais la bombe de Mac Veigh a tué des enfants. C'était une faute grossière. Pourquoi faire du mal aux enfants ? Ce sont les adultes, les adultes seulement qu'il fallait supprimer de la surface du globe...

 

 

Avis :

Grande déception que cette histoire de Zykë encore une fois centrée sur un enfant surdoué et fou.
Amadeus Jones est un adolescent de treize ans passé maître en hypnose et convaincu de la nécessité de nettoyer le monde. Enfermé dans une clinique psychiatrique de luxe en Floride pour double parricide, il complote avec les autres pensionnaires pour réaliser son grand projet révolutionnaire, manipulant le personnel médical et toute personne à son contact.
L’histoire en elle-même est plutôt ridicule et manque d’intérêt. C’est le troisième roman de Zykë construit sur la folie d’un enfant : on a l’impression cette fois d’une production alimentaire sans grande inspiration et écrite à la va-vite. A oublier. (1/5)

[Zykë, Cizia] Blasphèmes






Je n'ai pas aimé

Titre : Blasphèmes

Auteur : Cizia ZYKE

Editeur : Editions du Rocher

Parution : 2001

Pages : 285










Présentation de l'éditeur :   

" Depuis la nuit des temps le Bien et le Mal s'affrontent. Le Bien, et le Mal. C'est-à-dire Moi. Le Diable. Il y a une chose que je dois préciser, c'est que Dieu, mon adversaire, ce timoré, et moi-même ne sommes que des témoins. Ni lui ni moi ne pouvons intervenir. Ce serait trop facile ! L'une de ces rencontres entre l'ennuyeuse bonté et l'admirable créativité du Malin a eu pour cadre le fief de la foi, un pays imprégné de chrétienté depuis les premiers siècles de votre ère, la région centrale de l'Ethiopie que l'on nomme Abyssinie. Ce fut un très beau combat. Il fut terrible. Et triste. Infiniment triste. "  
Trois fillettes qui se ressemblent trop, un prêtre qui doute de sa foi, un gentilhomme de fortune rompu à tous les combats, un savant fou, un illuminé de Dieu, un mystique copte et son mulet sont les héros de cet hallucinant combat entre le Bien et le Mal, en terre d'Abyssinie, en plein coeur de l'Ethiopie.  Cizia Zykë, auteur de la célèbre trilogie Oro, Sahara et Parodie est un maître de l'aventure et de l'angoisse. Aux éditions du Rocher, il a déjà publié Les Aigles (2000).

 

 

Avis :

Constatant la crainte que la femme a inspiré aux hommes dans de nombreuses sociétés et religions au point d’en faire une créature du Diable, tentatrice coupable du pêché originel, qu’on enferme, voile et excise, Zykë a imaginé un combat entre le Bien et le Mal, commenté par un observateur de choix en la personne du Diable lui-même. 
Le Mal est incarné par de jeunes triplées de treize ans, de mère abyssine et de père canadien établi en Ethiopie. Après la mort de la mère dans des circonstances peu claires, le père, dépassé par le comportement perturbé de ses filles, appelle au secours son frère prêtre. Accouru en Ethiopie, celui-ci emmène la petite famille dans un monastère abandonné, au fond d’une vallée perdue et désertique d’Abyssinie, où les seuls voisins sont un ermite, un écrivain chercheur et un sosie de Zykë venu se reposer entre deux aventures. 

Tous les ingrédients sont réunis pour un pastiche de film d’épouvante, avec prêtre exorciseur et créatures démoniaques en confrontation dans un lieu désert et sauvage. Hélas, si le rythme et la fluidité du récit tiennent en haleine au fur et à mesure que l’atmosphère s’épaissit pour devenir totalement irrespirable, si le décor splendide de l’Abyssinie et ses personnages locaux se découvrent avec plaisir, si le Diable et le sosie de Zykë sont des ajouts amusants, la trame du récit m’a rapidement exaspérée : j’ai bientôt eu envie de gifler les gamines et de secouer les adultes plutôt niais, tout en soupirant de la balourdise de cette histoire d’inceste gratuitement malsaine.

Je n’ai finalement trouvé ce roman ni angoissant ni drôle. Ce n’est selon moi pas le meilleur Zykë. Définitivement pour adultes avertis. (1/5)

[Zykë, Cizia] Amsterdam Zombie






Coup de coeur 💓

 

Titre : Amsterdam Zombie

Auteur : Cizia ZYKE

Editeur : JC Lattès

Parution : 1994

Pages : 264










Présentation de l'éditeur :   

Amsterdam, pont du Shippergracht. Sous l'arche de pierre enjambant le canal, à deux pas du quartier des touristes, quelques dizaines de paumés attendent la mort à laquelle les voue l'héroïne. Il y a là Susan, séropositive, qui, pour se procurer sa poudre, accepte les plus répugnantes formes de prostitution. Lola, le travesti de quinze ans qu'elle a pris sous son aile. Carole et Toby, les dealers qui rêvent de lointains voyages... Et Zak, journaliste à la dérive, qui a accepté de plonger, le temps d'un reportage-choc. L'auteur de Sahara et d'Alixe décrit, dans sa misère et sa violence nues, l'enfer des toxicos. Mais au rebours de toute complaisance, c'est un sentiment authentique de tendresse et de fraternité qui émane de ce récit terrible.

 

 

Avis :

Thierry Poncet relate dans Zykë l’aventure l’éprouvant épisode que les deux hommes ont vécu à Amsterdam afin de réaliser pour un journal un reportage sur la drogue. Ils en ont fait aussi un roman, Amsterdam Zombie, où Zykë devient Zak, reporter freelance désabusé et sans attache. Envoyé à Amsterdam pour un reportage sur la drogue, il va plonger dans l’expérience jusqu’à cou : se shooter à l’héroïne en compagnie de quatre drogués avec qui il va passer quatre mois. Quatre mois sous un pont d’Amsterdam, dans la crasse, le froid, la misère et la défonce. Tout le roman est basé sur du vécu. Il est impressionnant à double titre : que Zykë et Poncet soient allés au bout de cette plongée en enfer, et que les horreurs relatées soient toutes véridiques. 

Ici, plus de dérision ni de provocation : juste le récit dramatique, glaçant, sans complaisance, de l’inéluctable destruction d’êtres humains transformés en zombies, dans l’habituel style incisif, implacable et sans fioriture de Zykë. Un Zykë/Zak qui n’a plus envie de rire et qui, impuissant, fera malgré tout son possible pour ses quatre compagnons devenus épaves, survivant de la prostitution, de la pornographie, du vol et du trafic de produits dénaturés, et condamnés sans échappatoire ni espoir à une irrémédiable destruction physique et mentale. Dégoût et effroi prédominent durant la lecture, ce qui est ordinaire chez Zykë, mais Amsterdam Zombie est le premier roman de l’auteur à me serrer la gorge et à m’arracher une larme.


Zykë dénonce l’hypocrisie de notre société en ce qui concerne la drogue : la tolérante Amsterdam devenue une lucrative (et pas seulement pour les trafiquants) plaque-tournante de la drogue et de la prostitution, a mis en place une gigantesque organisation d’accompagnement des drogués. Pas pour les aider à s’en sortir, mais pour les contrôler et pour contenir leurs désordres. La distribution gratuite de méthadone, cet opiacé qui évite aux dépendants à l’héroïne de ressentir les effets du manque, permet seulement de réduire les comportements à risques, mais crée une autre dépendance aux effets insupportables et tout aussi destructeurs. Ailleurs, les politiques purement répressives à l’égard des drogués les réduisent au statut de délinquants, oubliant de les voir avant tout comme des malades en grand danger et à secourir. Zykë se montre quant à lui favorable à la libéralisation de la drogue.


Amsterdam Zombie diffère des précédents écrits de Zykë. Si on retrouve son style réaliste et cinglant, son courage et sa profonde humanité derrière sa façade de dur, le sujet sordide et écoeurant à souhait écarte toute possibilité de dérision et de « déconnade ». Coup de coeur. (5/5)




Citations :


Quelle leçon tirer de ce fatras ? Zak n’en voyait qu’une, unique, urgente : il fallait aider ces gens ! La seule réponse humaine à apporter au problème posé dans une société par des toxicomanes était de les assister, quoi qu’il en coûtât. Leur existence quotidienne était un calvaire, celui des êtres privés d’espoir qui cheminent sciemment et misérablement vers le néant.

Il convenait que la méthadone offrait l’avantage, pour des gens chargés de sauvegarder la sécurité générale, de produire des drogués placides et obéissants, aisément «contrôlables», comme aimait à le dire le bon Dr Binning. Mais au prix de quelles souffrances ! Et Zak n’était pas du tout certain, lui, qu’on puisse reconnaître à une nation le droit d’imposer à certains de ses membres ce genre de tortures.

Il fallait leur donner de l’héroïne. La distribuer légalement. Il fallait donner aux toxicos le pouvoir de ne jamais souffrir du manque, le droit de se tuer à petit feu avec leur poison et de passer à côté de l’existence si ça leur chantait. Là était le seul véritable service qu’une société pouvait rendre à ses drogués. Tout système social engendre des perdants, des poissards, des inadaptés, des êtres qui sont voués dès la naissance à la misère et à une existence au ras des égouts. En d’autres temps, ceux-ci avaient erré de taverne en taverne en se soûlant au mauvais vin. Aujourd’hui, ils se droguaient à outrance. Il fallait, une bonne fois pour toutes, accepter de voir le fléau tel qu’il était et prendre conscience de son irréversibilité.
Dans les pays du tiers monde, la production en masse de stupéfiants ne pouvait être stoppée. Croire qu’on pouvait en empêcher l’importation, le déluge, dans les pays occidentaux était pure folie. Rien ne pouvait plus enrayer le système. Il se trouverait toujours quelque négociant, quelque pourri, amateur de bénéfices rapides, toujours un chimiste clandestin, avide de fortune, pour inventer un nouveau produit à rêves, plus puissant que le précédent. Et il y aurait toujours des candidats au cauchemar, toujours des êtres faibles incapables de résister aux dangers des plaisirs. La drogue, désormais, faisait intimement partie de notre monde. Le plus aberrant dans cela, c’était que la plupart des sociétés européennes répondaient à la drogue par la répression. Poursuivre et emprisonner les drogués est la politique la plus grotesquement cruelle qui soit. Les délits liés à la drogue ne sont pas motivés par la défonce elle-même, mais par le manque, par des êtres arrivés à la dernière extrémité. C’est à ce manque qu’il fallait s’attaquer !
C’était cette possibilité de crise qu’il fallait faire disparaître, pour que cessent les agressions et autres cambriolages de pharmacies, tant redoutés par les bourgeois d’Europe. Rien ne sera jamais résolu, tant que les drogués seront considérés comme des délinquants et non pour ce qu’ils sont : des malades. Ayant droit à l’assistance au même titre que les accidentés, les sinistrés, les infirmes, tous ceux que la malchance avait plongés dans la mouise. Minorité que ces pauvres gens ! Toutes les drogues seraient-elles en vente libre chez l’épicier du coin, que leur nombre en resterait toujours limité, et leur tribu comprendrait exactement les mêmes individus. Ce n’était pas la présence de la drogue qui faisait les drogués. L’immense majorité des toxicos d’Europe sortaient des milieux les plus défavorisés. À eux la misère, l’alcoolisme, les cas sociaux, le chômage… La drogue était pour eux un aboutissement prévisible, voire logique. On ne cède pas à la drogue, on ne plonge pas dans un poison sans y être poussé par un drame intérieur. À tous les drogués, la vie faisait déjà mal au moment où ils avaient rencontré l’héroïne. Voilà quel était le vrai débat ! Fallait-il distribuer aux drogués des doses d’héroïne remboursées par la Sécurité sociale ? Ou bien fallait-il brûler tous les stocks disponibles en un grand bûcher, et jeter avec eux tous ces junkies paresseux, parasites et fauteurs de troubles ? Non, répondit Zak. Que l’on donne leur drogue aux drogués ! Et que le premier centre officiel de distribution soit baptisé de son nom !

[Zykë, Cizia] Alixe






J'ai aimé

Titre : Alixe

Auteur : Cizia ZYKE

Editeur : JC Lattès

Parution : 1993

Pages : 252









Présentation de l'éditeur :   

Les hauts de Biarritz. Un été brûlant, une villa somptueuse. Alixe, douze ans et demi, vient de quitter son pensionnat pour retrouver, le temps des vacances, sa mère, son beau-père, la mère de celui-ci et son demi-frère. Un semblant de famille où elle se sent mal aimée, et qu'elle déteste. Comment l'esprit du mal vient-il aux adolescentes ? Combien de meurtrières cachent les silhouettes graciles des jeunes filles pubères, dans le surgissement fatal de leur féminité ? A l'automne, dans la villa silencieuse, une ombre se promène parmi les cadavres... L'univers envoûtant et cruel de l'auteur d'Oro, de La Ferme d'Eden, de Tuan Charlie.

 

 

Avis :

Tout insupporte Alixe, adolescente de treize ans en guerre contre le monde et sa famille. D’une méchanceté crasse doublée d’une intelligence machiavélique, cela fait longtemps qu’elle commet ses petits méfaits en douce, à l’encontre de ses professeurs et des autres pensionnaires de son collège. Pour les grandes vacances d’été, elle rejoint sa mère, son beau-père, sa grand-mère et son petit frère dans leur bourgeoise propriété de Biarritz. Les méchancetés de la gamine vont aller crescendo et se terminer dramatiquement, dans la plus pure folie.

Les adolescentes, soit pures, soit psychopathes, sont des personnages récurrents chez Zykë. Tout comme la folie. Habilement construite, l’histoire fait d’emblée froid dans le dos par ce que, tout de suite, on perçoit de noirceur dans le personnage principal. Alixe n’est que haine et mépris, froideur et calcul. Si, mal-aimée et livrée à elle-même, elle suscite au début une certaine pitié, c’est bien vite la peur qui prend le relais. L’horreur sera véritablement au rendez-vous, avec plusieurs scènes difficiles, en particulier celle décrivant le sort de la grand-mère. Le tout garde une certaine crédibilité, et se lit dans un frisson : c’est un thriller addictif et rythmé, renforcé par le style « zykëien » direct et sans fioriture, qui réussit à créer un huis-clos étouffant et dérangeant : la narratrice étant Alixe elle-même, rien de ce qui lui passe par la tête ne vous sera épargné. Quelle noirceur cachée sous des apparences angéliques ! (3/5)

[Zykë, Cizia] La ferme d'Eden






J'ai aimé

Titre : La ferme d'Eden

Auteur : Cizia ZYKE

Editeur : Ramsay

Parution : 1991

Pages : 233









Présentation de l'éditeur :   

" Ici Mullia Police... Le gang Davies a attaqué la Commonwealth Bank, à Mount Isa... Huit innocents tués. Davies se dirige vers vous... " La vie était immobile, jusque-là, sous l'implacable soleil du Queensland australien, dans la ferme où vivaient pieusement le pasteur Fennymore, Rebecca sa douce femme, "Grandma" l'aïeule, et les trois enfants. Mais tout va changer avec l'irruption du terrible Lou Davies et de son équipe. Des envoyés du Diable, à coup sûr... L'auteur d'Oro et de Buffet campagnard nous entraîne au coeur d'une Australie qu'il connaît bien, rude, archaïque, encore proche de celle des pionniers, dans une histoire de suspense, de mort et de désir.

 

 

Avis :

Zykë nous emmène à nouveau dans le rouge Queensland australien brûlé par le soleil, dans une ferme isolée habitée par une famille d’austères Landers : durs à la tâche, rigides dans leurs principes et leur moralité, le couple, la grand-mère et les trois enfants y mènent une existence paisible, modeste et travailleuse. Tout vole en éclat lorsque débarque un trio de malfaiteurs en cavale après un casse meurtrier. Les tentatives de résistance vite réprimées, la coexistence de tout ce petit monde se met en place dans un équilibre précaire et explosif, où les plus machiavéliques ne seront peut-être finalement pas ceux que l’on croyait.

Cette histoire réunit quelques-uns des ingrédients de prédilection de Zykë : un lieu sauvage et isolé, une bande de méchants bien coriaces, des « honnêtes gens » pas si limpides que ça, une jolie femme ingénue qui découvre la passion sexuelle, des enfants aux ressources insoupçonnées, et un scenario implacable et rythmé dans un style cru et percutant qui suscite tantôt la fascination, tantôt le dégoût. Une lecture rapide et addictive, pour un moment de détente « musclée » qui se distingue par l’authenticité de son cadre et ses jeux d’ombre et de lumière. (3/5).

[Zykë, Cizia] Histoires de fous






J'ai aimé

Titre : Histoires de fous

Auteur : Cizia ZYKE

Editeur : Ramsay

Parution : 1991

Pages : 272









Présentation de l'éditeur :   

Parce que le monde n'est que corruption et péché, Don Guillermo a résolu de protéger son fils Jesus par un mur, qu'il lui fait construire de ses mains. Parce qu'il a besoin d'argent, le très séduisant Felix commet erreur de négliger Katy au profit de Britt, sa soeur aînée, moins jolie mais riche.  Chacun, mené par son idée fixe, s'achemine sans le savoir vers l'horreur. Comme Buck et Nevile, saisis par la fièvre de l'or. Comme les Blancs de Kimbley-Creek, chez qui le mépris raciste est devenu une seconde nature... 
Le romancier d' Oro et de La Ferme d'Eden nous révèle ici un monde hanté par la folie et le meurtre, des Baléares aux monts Mackenzie, des campagnes désolées d'Andalousie à la fournaise du bush australien. Mais ces quatre histoires de violence sont aussi, plus secrètement, des histoires de solitude.

 

 

Avis :

Ces thématiques sont récurrentes chez Zykë : enfants victimes de la folie des hommes ou que la folie pousse aux pires atrocités, naufragés livrés à eux-mêmes et à la mort, racisme extrême des Blancs du Queensland australien. 
Zykë en a fait quatre histoires courtes, quatre histoires de folie meurtrière : un homme entend reclure son jeune fils pour le protéger du Mal et du vice. Deux chercheurs d’or isolés tout l’hiver dans le Grand Nord canadien entament une terrible lutte pour leur survie. Un gigolo séduit une femme riche mais sous-estime la jalousie de sa jeune sœur simplette. Un aborigène australien ne supporte plus le racisme des Blancs.
Qu’il est cruel et violent le monde vu par Zykë, au point de rendre fous les hommes (presque) ordinaires. Scenarios efficaces et très visuels, personnages et dialogues plus vrais que nature, langage cru et direct emportent le lecteur (averti) de la première à la dernière ligne sans lui laisser le temps de souffler. (3/5).

[Zykë, Cizia] Buffet campagnard






J'ai aimé

Titre : Buffet campagnard

Auteur : Cizia ZYKE

Editeur : Ramsay

Parution : 1990

Pages : 306









Présentation de l'éditeur :   

Cizia Zykë écrit comme on frappe. Aussi, comment faire dans la dentelle lorsque vos deux « héros », tombés en rade dans un sale coin, découvrent un monde de ripaille, de sexe et de folie... Derrière les hauts murs d'une hacienda étrangement accueillante, César et Couicou vont basculer de l'orgie vers l'horreur. L'énigmatique Dona Mercedes leur mitonnant un drôle de banquet...

 

 

Avis :

Zykë nous offre à nouveau un concentré d’humour noir bien féroce, dans une histoire d’épouvante dont on devine très vite l’issue mais qui vous tient malgré tout et malgré vous jusqu’au bout. 

Deux voyageurs de commerce mal assortis, tombés en panne au fin fond de la campagne du Sud espagnol, demandent l’hospitalité dans une ferme isolée, aussi séduisante qu’inquiétante, aux habitants tous plus étranges les uns que les autres, et, on le comprend rapidement, bien différents de ce qu’ils paraissent. Les deux hôtes s’accommodent chacun à leur manière de ce huis-clos forcé : tandis que Couicou (au nom prédestiné) s’enfonce peu à peu dans des vacances oisives et gourmandes, César, qui pensait d’abord profiter de la naïveté d’une famille de ploucs, sombre bientôt, et avec raison, dans la paranoïa. Au fil des pages, dans cette luxueuse ferme bâtie autour de l’élevage du cochon, c’est toute la bestialité humaine qui prend forme : goinfrerie et paresse pour l’un, stupre et avidité pour l’autre, sans parler de la ruse des propriétaires des lieux qui sévissent depuis des générations.


Avec son habituelle efficacité narrative, ses personnages et leurs répliques saisissants de vérité, son style cru et empli de dérision, Zykë nous emmène encore une fois au bout de la folie, de l’abjection et du dégoût, comme si finalement bien peu de choses séparaient l’homme du cochon. Comme d’habitude avec Zykë, pour public plutôt averti. (3/5).

[Zykë, Cizia] Série Tuan Charlie : Maléfice, Opium, Dust, Enfers





Je n'ai pas aimé

Titre : Série Tuan Charlie : 

           Maléfice, Opium, Dust, Enfers

Auteur : Cizia ZYKE

Editeur : Media 1000

Parution : 1989

Pages : 273, 226, 218, 225










Présentation de l'éditeur :   

 

1) Maléfice :

«Il y a des morts qu’on ne doit pas déranger.»  «Ils avaient violé les tombeaux. Ils avaient forcé et fouillé les douze sarcophages. Ils les avaient laissés défoncés, le ventre ouvert au ciel. Je leur avais dit de ne rien toucher. Les Dieux sont témoins que j'ai tenté de leur expliquer. Je savais, moi, qu'il y a des morts qu'on ne doit pas déranger.»  
Quand un archéologue et sa fille lui ont proposé une importante somme d'argent pour diriger une expédition à travers la jungle, Tuan Charlie ne s'est pas méfié. Il y a pourtant des endroits du monde qu'il vaut mieux éviter, des trésors qu'il ne faut pas déterrer, et des morts qu'il ne faut pas déranger.

 

2) Opium :

«Savez-vous vraiment ce que le mot vengeance veut dire ?»  «Ils avaient osé prendre ma liberté et jouer avec ma vie. Ils étaient des démons animés par le mal et le goût du sang. Ils exécutaient tous ceux qui faiblissaient. Ils étaient mes ennemis. Je savais que je ne pourrais en laisser un vivant derrière moi.» «C'étaient des démons, animés par le Mal et le goût du sang. Ils nous épuisaient, ils nous tuaient, ils exécutaient tous ceux qui faiblissaient. Ils s'étaient acharnés à me faire souffrir, à m'humilier, à salir mon destin. Ils m'avaient emprisonné. Ils avaient osé prendre ma liberté et jouer avec ma Vie. Je savais que je ne pourrais pas en laisser un vivant derrière moi. Combien d'entre vous savent ce que le terrible mot de "Vengeance" veut dire ?»  Une fois de plus, Tuan Charlie nous emmène en enfer, celui de la détention, dans un endroit tellement perdu du Triangle d'or, qu'il semble échapper à l'histoire et à toute forme de civilisation. Face à la cruauté inhumaine de ses geôliers, seuls l'opium et l'amitié d'un compagnon d'aventures, lui permettront de tenir et de refuser la mort qui s'offre comme ultime délivrance.

 

3) Dust :

Tuan Charlie, le héros de cette série, est un aventurier, au physique comme au moral. Il vit en marge dans un monde différent parcourant le globe à la recherche de l'action.
Il était assis sur un rocher, masse énorme, noire, immobile au bord de la piste. Il me déclara soudain "Je suis Dust, la poussière ! Tu es le vent, tu es mon frère et je t'attendais." C'est ainsi, au bord de la Diamantina Road déserte et oubliée de tous que notre amitié débuta.

 

4) Enfers :

Tuan Charlie le héros de cette série, est un aventurier, au physique comme au moral. Il vit en marge dans un monde différent parcourant le globe à la recherche de l'action. Madame la Mort, déguisée en sirène, se tenait derrière le comptoir de glace. Ses cheveux noirs entremêlés d'algues, belle et la poitrine nue, elle brandissait son verre dans ma direction. "Tu ne trinques pas avec moi, Tuan Charlie ?" se moquait-elle. Ses immenses yeux, noirs et vides, me promettaient les plus beaux des plaisirs.

 

 

Avis :

Trop c’est trop : trop trash, trop gore, là j’ai failli abandonner en cours de route. M’ont maintenue en selle les talents de conteurs de Zykë / Poncet, la narration efficace et rythmée, les personnages croqués avec un réalisme saisissant, l’origine vécue de ces quatre histoires extrapolées à leur paroxysme mais étayées par une indéniable connaissance des lieux et des ambiances. Malgré l’écoeurement et la lassitude ressentis devant la répétition des mêmes outrances, l’intensité des récits m’a quand même happée jusqu’au bout. 

Dans cette série de quatre histoires, où ma préférence va nettement pour Dust, Zykë met en scène son avatar : Tuan Charlie, aventurier à son image (à la puissance dix), chef d’expéditions en compagnie d’hommes de sac et de corde, confronté au mal absolu, et qui parvient toujours à s’en sortir au prix d’un courage et d’une force incomparables alors que tous crèvent autour de lui. Pilleurs de tombes dans la jungle de Bornéo, prisonniers d’une tribu dégénérée et sanguinaire du Triangle d’Or, confrontés à la haine raciste des Australiens blancs du Queensland pour les aborigènes, ou naufragés sur un îlot désert d’Océanie après une dramatique pêche à la perle, les protagonistes vivent à chaque fois une plongée en enfer. C’est noir, violent, cruel et abject jusqu’à l’outrance. Et pourtant bâti sur un fond de vérité qui empêche de sourire et de prendre ses distances.


Les qualités littéraires de Zykë / Poncet sont toujours là, indéniablement, mais là j’ai frisé l’overdose de sexe et de violence.
Je n’ai aucun mal à imaginer Tuan Charlie dans une bande dessinée ou un jeu vidéo pour adultes très avertis. (1/5)

[Zykë, Cizia] Paranoïa






J'ai beaucoup aimé

Titre : Paranoïa

Auteur : Cizia ZYKE

Editeur : Hachette

Parution : 1989

Pages : 381









Présentation de l'éditeur :   

"Tu es un écrivain, mon Fils. Rien ne doit venir déranger ton travail." Sur cette ultime et austère recommandation, la vénérable Mme Duclos rend à Dieu son âme étriquée et abandonne Fernand à un peu plus de solitude. Que va-t-il faire alors, lui qui a vingt-cinq ans, une vie sans joie ni surprise, une lucidité féroce et beaucoup d'occasions d'être "dérangé" ?
Après Oro, Sahara, Parodie, sa célèbre trilogie autobiographique et Fièvres, son premier roman, Cizia Zykë avec Paranoïa nous emporte dans un irrésistible tourbillon d'émotions, de sentiments et de passions. Un texte impitoyable qui nous mène de la plus folle des violences aux larmes, du fou rire au drame, de la cruauté à l'amour. Dans ce roman, Cizia Zykë allie un sens aigu de l'observation sociale à un art subtil de la psychologie et du suspense.

 

 

Avis :

Cette fois, le narrateur n’est pas Cizia Zykë, mais un écrivain de romans alimentaires dont le talent finira par percer, mais à quel prix ? Faible et falot, le jeune homme de vingt-cinq ans n’a toujours vécu que dans l’ombre d’une mère étouffante et se retrouve incapable de s’insérer dans une société qui l’effraye. Il passe son temps à écrire, enfermé dans son appartement avec son chat. Jusqu’à ce que la hargne de plus en plus insupportable de sa concierge le fasse sortir de sa routine. Sa vie bascule alors, rien ne sera plus comme avant. Encore que… : est-ce bien la première fois qu’il commet l’irréparable ?

Ce thriller psychologique est avant tout un concentré d’humour noir. Si certaines pages sont dérangeantes, notamment l’inévitable passage sexuel des plus crus qu’on retrouve dans tous les livres de Zykë, l’on sourit et l’on rit beaucoup. Zykë en profite pour régler ses comptes avec le monde de l’Edition, dont il fait une satire jubilatoire : quel régal lorsqu’il se met en scène lui-même, au travers du regard de ce microcosme où il est si incongru, et qu’il s’amuse à provoquer. Très drôle de retrouver retranscrites avec dérision des scènes racontées comme réelles par Thierry Poncet dans Zykë l’aventure. Si j’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire, j’ai finalement passé un excellent moment : c’est vraiment bien ficelé ! (4/5)

[Zykë, Cizia] Fièvres






Coup de coeur 💓

 

Titre : Fièvres

Auteur : Cizia ZYKE

Editeur : Hachette

Parution : 1988

Pages : 282










Présentation de l'éditeur :   

«Le safari, commencé dans la joie et le plaisir, se transforma en une gigantesque partie de cache-cache, passionnante, irritante, puis insupportable. Insidieusement, la résolution de tuer M'Bumba l'éléphant s'installa. C'était lui ou nous. Alors s'amorça une lente descente vers l'horreur et l'irréel : la nature explosait d'une beauté violente, la nuit se faisait cataclysme, des milliers de crocodiles devenus déments massacraient les hommes. Nous étions partis pour la mort... perdus au milieu de quelque chose que je ne comprenais pas, qui n'existait pas, quelque chose qui nous tuait les uns après les autres.»
Fièvres, roman fort, envoûtant, sensuel, nous confirme le grand talent de conteur de Cizia Zykë, révélé dans sa trilogie autobiographique: Oro, Sahara et Parodie.

 

 

Avis :

Encore un livre de Cizia Zykë / Thierry Poncet que je n’ai pas pu lâcher avant la fin et un coup de coeur pour ce conte d’aventure en pleine jungle congolaise. Le village de brousse où se sont installés trois Français en rupture de ban vient d’être sauvagement détruit par un éléphant devenu dément, que ses empreintes laissent supposer d’une taille exceptionnelle. Accompagnés de pisteurs indigènes, d’un adolescent et d’une jeune fille du village, le trio se lance la fleur au fusil dans une expédition punitive qui va rapidement tourner au cauchemar. La tension monte peu à peu au fil des pages, la jungle semblant devenir maléfique au fur et à mesure que grandissent les doutes et le malaise de l’équipe de chasseurs. Bientôt, c’est leur propre peau qui se retrouve menacée et une longue lutte à mort commence.

Le narrateur et chef de l’expédition est une incarnation de Zykë : alors que la construction de son camp de survie dans la jungle évoque furieusement celle du campement d’Oro au Costa Rica, on retrouve la détermination et la truculence de l’aventurier, sa crudité et son ironie. Ne manquent pas non plus l’alcool et la drogue que les trois Robinsons trouveront le moyen de se fabriquer en pleine jungle, ni les scènes de sexe débridées entre notre héros et la toute jeune fille indigène. Mais ce qui fait la force du livre est le talent de conteur de Zykë : s’inspirant de deux anecdotes qu’on lui avait contées, l’une à propos d’éléphants enivrés par une orgie de mangues vertes, l’autre au sujet de crocodiles assiégeant des hommes réfugiés dans des arbres, il nous livre une fable prenante et bien construite, étayée par sa connaissance de la jungle et par sa propre expérience des conditions extrêmes, mêlée des superstitions et des croyances indigènes en des lieux magiques et maléfiques où il vaut mieux ne pas s’aventurer, et jamais loin de la dérision. 
Je me suis laissée envoûter sans réserve. (5/5)

jeudi 7 mars 2019

[Zykë, Cizia] Parodie






Coup de coeur 💓

 

Titre : Parodie

Auteur : Cizia ZYKE

Editeur : Hachette

Parution : 1987

Pages : 298









Présentation de l'éditeur :   

Oro, c'est la conquête de l'or dans la péninsule d'Osa au Costa Rica parmi les serpents, les policiers véreux et les malfrats.
Sahara : les trafics en Afrique. Le Paris-Dakar avant l'heure, le rallye des infâmes, des douaniers corrompus.
Avec Parodie, Cizia Zykë achève sa trilogie de l'aventure vécue. Il nous propulse dans la cité prospère de Toronto. En caméléon parfaitement adapté à la survie, il recherche l'action et les plaisirs par tous les moyens. Joueur professionnel, il découvre le monde des tricheurs. Exceptionnel manipulateur d'hommes, il contrôle en quelques mois la vie nocturne de la métropole jeux, alcools, drogue, récupération de dettes. L'arnaque, les belles aventurières qui serviront ses desseins, la violence, l'amour, la fête sont au coeur de cette aventure intense et cruelle dans le monde du jeu.
Parodie : le témoignage authentique d'un aventurier des temps modernes.

 

 

Avis :

Avec ce troisième récit autobiographique, j’ai retrouvé intact le plaisir de lecture d’Oro et de Sahara. Cette fois, Zykë relate sa vie dans le Toronto de 1972. Il a vingt-trois ans et cherche l’aventure. Il commence par la reprise d’un restaurant italien. Puis, se faisant passer  pour un gangster mafieux prêt à tuer père et mère, il se retrouve à la tête d’un cercle de jeu clandestin. Son association avec des tricheurs professionnels lui assure bientôt beaucoup d’argent facile, qu’il flambe dans un train de vie dispendieux, consommant force drogue et collectionnant les conquêtes féminines. Sa réussite a tôt fait d’attirer l’attention : après les descentes de police, les tentatives de racket, la haine de ses débiteurs de jeu qu’il a violemment secoués, ce sont bientôt les représailles sanglantes d’un caïd proxénète qu’il doit affronter. Va-t-il se faire prendre au jeu et basculer définitivement dans la grande criminalité ? Ou saura-t-il arrêter à temps la parodie du gangster-tueur qu’il n’est pas encore, et fuir pour reprendre sa liberté sous d’autres cieux ?

La recette du succès littéraire de Zykë fonctionne bien : style percutant, brutal et cru ; aventures vécues musclées, fortes en émotions et jouissances éphémères ; personnages tous plus hors-norme que jamais ; mépris des règles et habileté diabolique… Un récit encore une fois saisissant, celui d’un homme qui aura mené une dizaine de vies en une, les brûlant toutes par les deux bouts. Encore une lecture coup de coeur. (5/5)

[Zykë, Cizia] Sahara





J'ai beaucoup aimé

Titre : Sahara

Auteur : Cizia ZYKE

Editeur : Hachette

Parution : 1986

Pages : 246








Présentation de l'éditeur :   

Oro, c'était l'Amérique latine, vue du Costa Rica, avec tous ses délires et ses passions louches. C'était une aventure de Cizia Zykë avec l'or, les malfrats et un certain magnum à canon chromé qui, depuis, est entré dans le légende des best-sellers...
Avec Sahara, le décor change : nous sommes en Afrique, et Zykë s'est mis en tête d'y bâtir un curieux empire en vendant des camions pourris à des hommes qui ne le sont pas moins. Sahara, c'est le Paris-Dakar avant l'heure, c'est le rallye des infâmes, des trafiquants, des douaniers corrompus, des chefs d'états véreux...
Zykë joue sa vie sur un désert, véritable roulette de sable, où la chance est un allié moins sûr que le muscle et l'audace. L'ironie, l'insolence, les femmes sont au rendez-vous.

 

 

Avis :

Après le succès d’Oro, Cizia Zykë a continué ses récits autobiographiques avec Sahara, toujours co-écrit avec Thierry Poncet, qui résume le livre ainsi : « Zykë y raconte comment il a découvert par hasard le commerce très lucratif de véhicules d’occasion entre l’Europe et l’Afrique noire dans les années soixante-dix et comment il a développé ledit commerce jusqu’à faire traverser le désert à des convois de camions tout en escroquant quiconque croisait son chemin. »

Nous voici donc entraînés cette fois dans une sorte de Paris-Dakar en solitaire, sans paillettes ni assistance, avec pour équipage quelques types plus ou moins en perdition, en mal de papiers ou ayant maille à partir avec la justice, sans permis poids-lourd, pour qui le convoyage de camions quasi en ruine sera une expérience infernale mais revancharde sur le destin. On y traverse une Afrique colorée et corrompue, vibrante de chaleur et de poussière, où le passage d’un convoi de ce type est une manne de petits boulots pour une foule de toute sorte : fonctionnaires, marchands, mécanos, « graisseurs » (comprenez main d’oeuvre à tout faire, notamment désensabler), prostituées… Bien sûr, le convoi a contourné la douane et tout le trajet n’est qu’une suite de palabres, négociations, corruptions et « bouffages de têtes », pour pouvoir poursuivre la route, mais aussi  pour écouler la marchandise déjà pas bien fraîche au départ, et donc carrément disloquée à l’arrivée. 
La route du désert est éprouvante et dangereuse, les conditions extrêmes, l’équipe soumise à un train d’enfer. Les obstacles et les épreuves se multiplient, ainsi que de drôles de rencontres : pirates et voleurs, escrocs en tout genre, touristes naïfs, populations mourant de faim que Zykë ravitaille au passage… 
Sexe et drogue à gogo, escroqueries, bagarres jalonnent le voyage de ces durs à cuire sans scrupule qui ont vite fait de nettoyer impitoyablement qui ne leur revient pas, mais qui, sous leurs dehors de brutes épaisses, cachent un sens profond de la fraternité. Ce sera pour Zykë le dernier trajet de ce genre, car il sera arrêté au Mali en 1975 pour divers chefs d’accusation et devra quitter l‘Afrique en catastrophe.

On retrouve le style et le ton caractéristiques de Zykë, que Thierry Poncet résume parfaitement : « Le langage de Zykë ne souffre aucun relâchement. Jamais de pause. Pas de faiblesse ni de temps morts. Sont bannies toutes les suavités du « bien-écrire », toutes les formules coulantes qui embellissent le propos, toutes les miséricordes que me seraient les subordonnées, les comparaisons imagées et es formules poétiques. Non. C’est brut. Violent. Chaque phrase s’assène, coup à la tête du lecteur, sec, net et impitoyable entre ses deux points. »
C’est aussi macho, cru et provocateur, cynique et souvent méchant, politiquement tout à fait incorrect, mais ça se lit dans un seul souffle de sidération et d’authentique dépaysement. (4/5)