Coup de coeur 💓
Titre : Nous aussi
Auteur : Anne GODARD
Parution : 2026 (Actes Sud)
Pages : 240
Accès au livre : ISBN 9782330225575
en librairie
Présentation de l'éditeur :
On fait partie d’une grande famille. On sait qu’on est privilégiés. On vit ensemble, dans notre immeuble au centre de Paris, on se retrouve l’été dans notre maison à la montagne. On trouve que c’est normal. C’est chez nous, c’est à nous, c’est pour nous. On se ressemble, on se compare, on se confronte, on ne se quitte pas, on se confond, on s’appartient. On ne sait pas comment dire je, on n’en a pas besoin, puisqu’on est nous. Nous les enfants, les frères et sœurs, les cousins, les cousines, on partage tout, nos écoles, nos chambres, nos habits, nos repas, nos jeux, nos bains, nos lits. On est les membres indissociables du grand corps familial. On n’a jamais vécu dehors. On ne sait pas ce que c’est. On n’en est pas capables. On n’en a même pas envie. Et tout aurait dû continuer ainsi, dans un même immuable recommencement. Le jour où la façade s’est fissurée, on n’a pas compris. Ça n’aurait pas dû se produire, pas dans notre famille. Ce n’était pas possible que ça nous arrive, à nous aussi.
Le mot de l'éditeur sur l'auteur :
Anne Godard est née à Paris en 1971, elle enseigne la littérature et l’écriture créative à l’université Sorbonne Nouvelle. Elle a publié aux Éditions de Minuit L’Inconsolable en 2006 (prix RTL-Lire) et Une chance folle en 2017 (prix Alain-Spiess du deuxième roman).
Nous aussi est son troisième roman.
Nous aussi est son troisième roman.
Avis :
La sélection du Goncourt 2026 met à l’honneur ce troisième roman d’une plume déjà remarquée et récompensée. Anne Godard y peint une large famille bourgeoise, assurée de ses valeurs et de ses privilèges, et vivant en huis clos comme un grand corps fusionnel. Relaté du point de vue choral des enfants qui se perçoivent comme des atomes indissociables du clan, puis de celui de l’une d’entre eux tentant douloureusement à l’âge adulte d’atteindre une forme de lucidité, le récit cherche à saisir de l’intérieur la logique d’un milieu soudé, sûr de lui et persuadé de sa cohérence, mais que n’a pourtant pas épargné un drame relégué dans le déni et l’amnésie. Cette perspective permet d’approcher progressivement l’envers d’un décor si sûr de ses avantages que résolument aveugle à ce qui le ronge en son sein.
La première ligne de perception dans la narration est donc l’enfance, racontée depuis un on global et indifférencié qui absorbe les cousins en un tout organique, clos sur ses codes implicites et sur l’évidente continuité des générations. Ce pronom, qui fait entendre la fusion des places et l’absence de distinction entre les voix, accompagne la manière dont le clan se représente lui‑même : un ensemble compact, certain de son ordre interne, où les expériences individuelles se confondent dans un récit commun. C’est dans ce cadre sûr et rassurant, vécu comme un gage inaliénable de tranquillité, que survient pourtant la défenestration de l’un des leurs, à peine adolescent. Aussi inconcevable qu’incompréhensible, le drame ouvre une brèche que les adultes s’empressent de refermer, déchirure vite résorbée dans la puissante mythologie familiale. Pourtant, sous les apparences paisibles rampe plus que jamais un malaise diffus. Non seulement chacun peine à s’affranchir des normes du groupe et à exister par soi‑même, mais il faut aussi contenir la résurgence sporadique de bribes d’une mémoire refoulée bien plus ancienne que le suicide du cousin. Pris dans le rythme serré du quotidien collectif, nul ne mesure encore la portée de ces signes qui demeurent dispersés, sans relief, et comme avalés par l’évidence du cadre. Ce n’est qu’à la faveur d’une rupture, lorsque, devenue adulte, la soeur du garçon suicidé se retrouve hors champ malgré elle, que s’ouvre alors un autre point de vue, le on se déplaçant insensiblement du collectif à l’individuel pour laisser émerger, puis se formuler enfin, ce qui, dans cette famille, se dissimulait de génération en génération sous des airs de normalité.
D’abord écrit à la première personne, le livre a été entièrement revu pour laisser place au on, forme narrative plus opérante que bien des discours pour rendre sensible l’emprise du collectif et la fabrication interne d’un milieu. Véritable machine d’incorporation, le clan produit ses manières de voir, de sentir et de se situer. Il impose une perception commune, une indistinction des personnes et une continuité qui ne se discute pas puisqu’elle constitue la seule réalité, et donc la normalité. Sans jamais juger puisque partie prenante, le on observe de l’intérieur les procédés et les automatismes qui finissent par faire d’une famille un système de vision, stabilisant ses évidences, reconduisant ses présupposés et modelant les subjectivités à leur insu. Le drame adolescent et ses causes profondes se retrouvent ainsi occultés, épongés par la logique même du groupe, qui, par habitude, confort et reprise mécanique de ce qui a déjà été dit, ramène tout événement à une forme compatible avec son récit global. Remodelant la mémoire, la transmission familiale reconduit ces déformations de parents à enfants et ajuste la perception du réel à ce cadre au point que seul un déplacement de position peut rendre à nouveau possible une forme de lucidité. Ainsi finissent par se répéter au fil du temps, tenus pour allant de soi dans un environnement qui ne reconnaît plus de seuil entre l’acceptable et l’inadmissible, autant d’actes impensables comme le viol, l’inceste et d’autres formes de violence, non parce qu’ils seraient minimisés, mais parce qu’ils s’inscrivent d’emblée dans l’ordre ordinaire du fonctionnement familial.
La belle trouvaille du roman réside sans conteste dans son usage du pronom on, outil d’analyse du collectif glissant imperceptiblement du registre englobant du groupe vers une perception plus individuelle pour montrer comment un système de vision se reconfigure lorsqu’un point de vue s’extrait du commun. Le procédé permet une dissection précise du milieu bourgeois, de ses rites, de ses silences et de ses aveuglements, et de la manière dont se fabriquent les évidences qui organisent la vie familiale. Avec un naturel confondant, le récit expose l’impensable rendu pensable – viol, inceste, déni – par les mécanismes qui l’inscrivent dans l’ordinaire d’un fonctionnement partagé. Dense, méthodique et tenue, l’écriture installe discrètement une tension continue, qui rend perceptible l’indicible trouble de qui réalise peu à peu la toute relativité de ce qu’il pensait la normalité. Rarement livre aura été si explicite sur ces sujets. Coup de coeur. (5/5)
La première ligne de perception dans la narration est donc l’enfance, racontée depuis un on global et indifférencié qui absorbe les cousins en un tout organique, clos sur ses codes implicites et sur l’évidente continuité des générations. Ce pronom, qui fait entendre la fusion des places et l’absence de distinction entre les voix, accompagne la manière dont le clan se représente lui‑même : un ensemble compact, certain de son ordre interne, où les expériences individuelles se confondent dans un récit commun. C’est dans ce cadre sûr et rassurant, vécu comme un gage inaliénable de tranquillité, que survient pourtant la défenestration de l’un des leurs, à peine adolescent. Aussi inconcevable qu’incompréhensible, le drame ouvre une brèche que les adultes s’empressent de refermer, déchirure vite résorbée dans la puissante mythologie familiale. Pourtant, sous les apparences paisibles rampe plus que jamais un malaise diffus. Non seulement chacun peine à s’affranchir des normes du groupe et à exister par soi‑même, mais il faut aussi contenir la résurgence sporadique de bribes d’une mémoire refoulée bien plus ancienne que le suicide du cousin. Pris dans le rythme serré du quotidien collectif, nul ne mesure encore la portée de ces signes qui demeurent dispersés, sans relief, et comme avalés par l’évidence du cadre. Ce n’est qu’à la faveur d’une rupture, lorsque, devenue adulte, la soeur du garçon suicidé se retrouve hors champ malgré elle, que s’ouvre alors un autre point de vue, le on se déplaçant insensiblement du collectif à l’individuel pour laisser émerger, puis se formuler enfin, ce qui, dans cette famille, se dissimulait de génération en génération sous des airs de normalité.
D’abord écrit à la première personne, le livre a été entièrement revu pour laisser place au on, forme narrative plus opérante que bien des discours pour rendre sensible l’emprise du collectif et la fabrication interne d’un milieu. Véritable machine d’incorporation, le clan produit ses manières de voir, de sentir et de se situer. Il impose une perception commune, une indistinction des personnes et une continuité qui ne se discute pas puisqu’elle constitue la seule réalité, et donc la normalité. Sans jamais juger puisque partie prenante, le on observe de l’intérieur les procédés et les automatismes qui finissent par faire d’une famille un système de vision, stabilisant ses évidences, reconduisant ses présupposés et modelant les subjectivités à leur insu. Le drame adolescent et ses causes profondes se retrouvent ainsi occultés, épongés par la logique même du groupe, qui, par habitude, confort et reprise mécanique de ce qui a déjà été dit, ramène tout événement à une forme compatible avec son récit global. Remodelant la mémoire, la transmission familiale reconduit ces déformations de parents à enfants et ajuste la perception du réel à ce cadre au point que seul un déplacement de position peut rendre à nouveau possible une forme de lucidité. Ainsi finissent par se répéter au fil du temps, tenus pour allant de soi dans un environnement qui ne reconnaît plus de seuil entre l’acceptable et l’inadmissible, autant d’actes impensables comme le viol, l’inceste et d’autres formes de violence, non parce qu’ils seraient minimisés, mais parce qu’ils s’inscrivent d’emblée dans l’ordre ordinaire du fonctionnement familial.
La belle trouvaille du roman réside sans conteste dans son usage du pronom on, outil d’analyse du collectif glissant imperceptiblement du registre englobant du groupe vers une perception plus individuelle pour montrer comment un système de vision se reconfigure lorsqu’un point de vue s’extrait du commun. Le procédé permet une dissection précise du milieu bourgeois, de ses rites, de ses silences et de ses aveuglements, et de la manière dont se fabriquent les évidences qui organisent la vie familiale. Avec un naturel confondant, le récit expose l’impensable rendu pensable – viol, inceste, déni – par les mécanismes qui l’inscrivent dans l’ordinaire d’un fonctionnement partagé. Dense, méthodique et tenue, l’écriture installe discrètement une tension continue, qui rend perceptible l’indicible trouble de qui réalise peu à peu la toute relativité de ce qu’il pensait la normalité. Rarement livre aura été si explicite sur ces sujets. Coup de coeur. (5/5)
Citations :
Le fils des voisins a notre âge, souvent l’été il est là et il s’ennuie. Il nous appelle à la grille, il veut nous rejoindre. Il est tout seul, on est plein, on n’a pas toujours besoin de lui. Il y a des jours où on l’ignore, quelquefois on veut bien qu’il nous rejoigne. Avec lui, on se bat, on fait la course à vélo, on grimpe au portique, on joue dans les bois, dans les prés, dans la grange. Dans la maison, il n’a pas le droit d’aller plus loin que le chien. Quand on va jouer dans nos chambres, on lui dit les étrangers restent en bas, notre grand-mère ne veut pas. Elle a peur qu’il salisse, et on ne sait jamais, s’il allait essayer de voler quelque chose lui aussi. On lui dit tu n’as pas le droit de monter, on le nargue du haut des marches, on lui crie va-t’en, rentre chez toi, on le chasse jusqu’à la grille, on lui dit tu n’as pas le droit de passer. On ne pense pas que c’est injuste, il n’est pas comme nous, il n’est pas bon à l’école, il n’a pas de livres, ses parents travaillent à l’usine, ils parlent fort, avec l’accent d’ici. On se moque de cet accent qu’il a aussi, de son prénom, de ce qu’il dit mémé à sa grand-mère. Nous on ne dit pas tata, tonton, mémé, on dit grand-mère ou bonne-maman, on dit tante et oncle, nous on ne va pas au coiffeur, au boulanger, on sait qu’il faut dire chez. À Paris on est pareils avec le fils de la concierge, on trouve normal qu’il soit là pour jouer avec nous quand on le veut, mais sa mère fait le ménage chez nous, elle est à notre service, lui aussi. C’est ce qu’on dit au voisin, quand il insiste pour nous suivre à l’étage. On le répète jusqu’à ce qu’il pleure. S’il se révolte, on dit qu’il est méchant. On passe une partie de l’été à lui faire la guerre. On l’insulte, il nous lance des pierres. Il est costaud, il vise bien, sa colère n’est pas jouée. On se rend compte qu’on est allés trop loin. On fait la paix. On l’invite à partager notre goûter. On promet de ne pas se moquer. On le réintègre dans nos jeux, mais on lui dit, tu es chez nous, tu viens parce qu’on veut bien, tu n’as qu’à rester seul si tu n’es pas content. On trouve qu’il n’est pas assez reconnaissant. Après tout, on n’est pas obligés, on peut se passer de lui, il le sait bien. Ça arrive qu’on le plaigne, quand on apprend qu’il dort avec un martinet sous son lit et que ses parents s’en servent tous les deux contre lui. Nous on n’est pas battus, on est seulement punis. On nous gronde, on nous sermonne, on nous envoie quelquefois dans notre chambre, on nous menace du cabinet noir. C’est arrivé qu’on nous donne une fessée, mais ce n’est pas souvent, et on nous dit alors qu’on l’a bien méritée.
On paie des loyers dérisoires à nos parents, on leur en est reconnaissants, on sait qu’on dépend d’eux, on leur en veut. On leur doit tout, on n’arrive à rien. On fait partie d’un corps plus vaste, avec les autres, nos frères, nos sœurs, mêmes tentatives pour s’échapper, mêmes retours, encombrés des mêmes manques, des mêmes blancs. Dans ce grand tout où tout se partage, tout est commun. On n’a rien qui ne serait pas déjà là. À l’intérieur, on se rassemble, morceaux incomplets, on se console de n’être pas entiers en se prenant les uns les autres pour compléments. Les corps, les pensées, les goûts, on ne sait pas quoi est à qui. On ne fait pas de distinction, pas de séparation, on n’a pas de frontière, pas de limite, pas de corps propre, pas de soi. On est dans un tout indistinct, mais hiérarchisé, dont on ne sort que si on est exclus. Et qui aurait envie de l’être, quand on est persuadés qu’on ne peut pas vivre dehors ? Qu’il n’y a pas de vie, ailleurs, seulement un grand vide où on sera perdus. On compte sur nos maris, sur nos femmes pour mettre de la distance, ils sont malades, elles sont antipathiques, ils passent avant, elles font barrage. On se cache derrière leurs besoins, leurs goûts, leurs manies, c’est à cause d’eux et d’elles qu’on est distants, qu’on n’ouvre pas, qu’on n’est plus aussi accueillants et gentils qu’avant. Elles nous dispensent de réfléchir sur ce manque de distance, ils nous évitent d’avoir à nous demander ce qu’on veut vraiment. Les querelles nous occupent, elles nous font croire qu’on est distincts. On se déteste, on se rejette, on est l’envers les unes des autres. On se dénigre, on se dénie, on se renie, mais si on nous attaque, on reste alliés, si l’un de nous est blessé, on fait corps.
On n’a pas besoin de s’aimer, on s’appartient. On se retrouve aux mêmes endroits, on partage les mêmes tablées avec les mêmes gratins, les mêmes plâtrées qu’on enfournait du même appétit démultiplié par le nombre qu’on était. On se revoit sur une photo, nous quinze, les cousins alignés du plus jeune au plus âgé, une grande fratrie sur le même moule, filles et garçons alternés. Nos enfants nous ressemblent, on reconnaît la lignée, cheveux bouclés, sourcils arqués, nez busqués, mentons relevés, c’est nous, c’est notre enfance, c’est nos enfants. On est partout et nulle part, comme Dieu dans sa création, dans leurs goûts, dans leurs paroles, dans leurs voix, dans leurs choix, dans ce qu’ils font et dans ce qu’ils ne font pas. On est les atomes qui les composent, leur pensée, leur volonté et leur vision. On s’évalue à travers eux, on liste les ressemblances, on compare les scolarités. Qui sera l’héritier le plus légitime, qui aura produit les rejetons les mieux cotés, qui pourra dire qu’ils sont les préférés. On les laisse vivre mêlés, sans s’occuper de leurs jeux, de leurs cris, sans aller voir ce qu’ils font dans les chambres du haut, dans le grenier, dans la grange, dans le bûcher. On veut rester neutre, rien de plus difficile à démêler qu’un mensonge d’une vérité, nos enfants ne sont pas fiables, on ne croit que ce qu’on voit, et on ne voit rien. La seule chose d’objectif c’est le tapage qui nous dérange, le chahut qui dégénère, les cris qui s’enflent. Alors on sévit, on gronde, on gueule, on promet des fessées au hasard, on menace de priver de dîner, de télé, on dit si ça continue j’en prends un pour taper sur l’autre. On est contents quand on n’entend plus rien. Du moment qu’ils n’appellent pas, qu’elles ne se relèvent pas, on peut les laisser ensemble dans les mêmes chambres, dans les mêmes lits, dans les mêmes draps. Rien ne peut leur arriver, c’est la famille, on est une fois pour toutes du côté du bien. On ne sait pas si ça continue ou pas, on ne sait même pas ce qui continue, on ne veut pas le savoir, on ne le peut pas, on ne se souvient pas.
On imagine que la mort nous débarrasserait. De quoi ? on ne sait pas. On se dit qu’il faudrait s’en extraire, ou plutôt que ça devrait pouvoir s’extirper de nous. On s’imagine qu’on serait mieux aimé. On veut agir tout de suite, prendre sur nous tout ce qui dénature notre famille, pour tuer avec nous le mal qu’on a causé, défaire par un dernier passage à l’acte ce qu’on a fait. On dit parfois aux autres qu’on veut mourir, d’ailleurs personne ne sait si on meurt complètement, des gens en sont revenus, on l’a lu dans des romans. Ça nous fascine, faire l’expérience de frôler la mort, de la toucher, on s’imagine que c’est comme disjoncter. On crie qu’on serait mieux mort puisque personne ne nous aime, on le hurle dans la rue, en jetant notre sac contre les murs, contre les poubelles, contre les tôles des voitures, on le sanglote dans notre chambre en longs gémissements qui traversent les murs. On attend qu’on vienne. Mais si on nous demande ce qui ne va pas, on dit qu’on ne sait pas. On nous sermonne, ça n’a pas de sens, cette manière de se plaindre, d’en faire trop, de pleurer, de gesticuler, ça suffit de faire des crises. On nous dit que c’est lassant, on ne nous écoute plus. On ne nous croit pas vraiment la première fois qu’on essaie de se tuer. On dit c’est un appel au secours. Très vite, on ajoute c’est fini, c’est terminé, c’est derrière nous. On est vivant, on voudrait faire comme si rien ne s’était passé. On dit qu’on ne sait pas ce qui nous a pris, on ne peut pas expliquer, on a seulement besoin d’oublier. On est seul avec ce qu’on a fait. Mais ce qu’on a fait de mal, ce qui est mal dans ce qu’on fait, on ne sait pas bien. On se demande si tout est mal, et si tout l’est au même degré. On ne sait pas où est la limite, où il faut s’arrêter, ce qui est seulement mal et ce qui est un crime. On n’a pas de mots, on n’a rien pour distinguer. On ne trouve pas d’issue, on ne voit pas par où on peut aller, vers quoi, vers qui. On ne se sent pas aimable, comment se faire accepter ? On a le sentiment qu’on ne peut pas résister. On est notre propre prisonnier.




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