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vendredi 24 octobre 2025

[Bordes, Gilbert] Et les arbres se mirent à chanter

 



 

J'ai aimé

 

Titre : Et les arbres se mirent à chanter

Auteur : Gilbert BORDES

Parution : 2025 (XO)

Pages : 288

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur : 

Paul est un luthier de talent. Ou plutôt « était ». Car depuis que sa vie a volé en éclats, son âme est fracassée. Et comme il le dit lui-même, construire un violon, c’est y mettre toute son âme. Seul et âgé, il vit dans la maison familiale avec Râteau, son chien, son unique compagnon.
Angline est une jeune violoncelliste que la vie, elle aussi, a privée de ce qui lui importait le plus au monde : sa musique. Désormais, la seule vue d’un violoncelle la révulse.
La rencontre fortuite de ces deux êtres abîmés va tout changer. Ensemble ils vont emprunter le chemin qui remonte aux arbres – l’écorce et la sève de la vie – et, peu à peu, renouer avec eux-mêmes. 

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :   

Gilbert Bordes a d’abord été instituteur puis journaliste avant de se consacrer à l’écriture. Romancier des situations contemporaines, avec notamment la Nuit des Hulottes (Prix RTL grand public 1991), il s’est aussi révélé un grand romancier de l’Histoire avec le Porteur de Destins (Prix des Maisons de la Presse 1992), les Frères du Diable et Lydia de Malemort. La Peste noire est son premier roman publié chez XO.

 

 

Avis :   

Paul, luthier vieillissant qu’un drame personnel a plongé dans la solitude, n’a plus l’élan intérieur qui animait jadis ses gestes. Sa main sait encore sculpter, mais son énergie créatrice s’est tarie et chaque planche empilée dans son atelier semble lui rappeler ce qu’il ne transmettra plus. La jeune violoncelliste Angline entre dans ce paysage figé comme une dissonance fragile. Elle aussi a vu ce qui faisait sa vie lui échapper lorsqu’un accident a brisé ses espoirs de carrière musicale. Sa rencontre avec Paul, faite de maladresses et de silences, donne au roman sa fibre intime : deux solitudes cabossées qui, sans le dire, s’apprivoisent peu à peu, s’aident à retrouver leur propre voix, et peut-être, à transmettre ce qui ne devait pas mourir. 

Le récit avance sans fracas, porté par une tension discrète, juste assez pour soutenir une intrigue ténue. Car cette histoire n’est qu’un prétexte, une trame légère tendue pour accueillir autre chose : une méditation sur le temps qui passe, la beauté des gestes oubliés et la disparition silencieuse d’un monde artisanal. Derrière Paul, c’est Gilbert Bordes qui s’exprime – luthier lui-même, habité par l’amour du bois, du travail patient et du lien intime entre l’homme et la matière. Il insuffle à son personnage ses propres inquiétudes : l’attachement à un métier menacé, la fidélité à un savoir-faire sans relève, et en filigrane, la conscience douloureuse qu’un monde s’efface, lentement, sous les coups de la modernité. C’est tout un univers de gestes et de transmissions invisibles que le roman tente de retenir avant qu’il ne s’effondre. Sous la douceur contemplative du ton affleure une critique nette : opposant la campagne à la ville, les mains calleuses aux mains lisses, le bois vivant aux objets standardisés, il célèbre la lenteur, la matière et le silence des ateliers en une ferme résistance à une époque pressée, oublieuse de la nature et des gestes essentiels. 

Certes, la trame reste prévisible, les personnages parfois archétypaux et le symbolisme autour des arbres un peu appuyé. L’écriture elle-même n’échappe pas à une certaine emphase, la passion emportant volontiers l’auteur dans de grands élans lyriques. Mais cette ferveur, même marquée, dit une sincérité profonde. Ce roman est un chant d’amour, à l’art de la lutherie, trait d’union entre la matière et la musique, mais aussi, plus largement, à l’harmonie fragile entre l’homme et la nature. Dans un monde saturé de vitesse et de bruit, le récit invite à ralentir et rappelle que la beauté ne réside pas dans la perfection, plutôt dans l’attention et la fidélité aux choses, dans le bois qui respire, la main qui hésite ou le souffle avant la première note. 

Au final, ces pages défendent une idée simple et précieuse : que ce qui est lent, discret, transmis de main en main, mérite d’être sauvé. Et que parfois, il suffit d’un regard, d’un geste, ou d’un instrument accordé à nouveau, pour que le monde recommence à chanter. (3/5)

 

Citation :

Un instrument qu’on laisse dans un coin, c’est comme un livre que personne ne lit.

 

 

Du même auteur sur ce blog :

 
 




 

vendredi 23 février 2024

[Attlee, Helena] Le violon de Lev

 




J'ai aimé

 

Titre : Le violon de Lev
            (Lev's Violin)

Auteur : Helena ATTLEE

Traduction : Grégoire LADRANGE

Parution :  2021 en anglais,
                   2023 en français (Omblage)

Pages : 248

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

Pendant un concert dans une petite ville du pays de Galles, Helena Attlee est captivée par le son d’un violon dont le timbre est différent de tous ceux qu’elle a entendus auparavant. Elle rencontre le musicien, qui joue dans un grand orchestre britannique ; son violon a appartenu à un Russe nommé Lev et a peut-être été fabriqué dans la ville italienne de Crémone, lieu de naissance du célèbre luthier Stradivarius. Quoique le violon soit usé et dépoli, sa voix est clairement unique. Pourtant, experts et commissaires-priseurs l’ont jugé sans valeur.

Ce mystère fascine l’auteure, qui, se familiarisant avec les principes de la fabrication des instruments de la Renaissance, se rend en Italie, à Oxford et à Paris, pour interroger des spécialistes de divers domaines au sujet du violon de Lev et de l’histoire du violon en général. Cette biographie d’un instrument donne vite lieu à une discussion plus large sur la politique et l’économie des lieux qu’Attlee traverse : chaque matériau du violon éclaire les échanges du début du monde moderne — de l’épicéa rouge, bois des Alpes déjà rare et régulé au 18e siècle, à l’ébène des violons baroques, importé d’Inde, d’Afrique ou d’Asie, car impossible à cultiver en Europe. Son enquête lui révèle également le double visage du violon, instrument qu’on trouve aux mains des communautés juives et roms les plus démunies (auxquelles le violon de Lev appartint sans doute) comme dans les orchestres princiers.

De Crémone en Italie à Rostov en Russie, en passant par Venise et Florence, Helena Attlee découvre une histoire qui va bien au-delà de la valeur de l’instrument qui avait suscité son enquête et nous révèle les mondes divers des sculpteurs, ébénistes, musiciens, compositeurs, marchands et exilés qui vivent du violon depuis plus de trois siècles.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

Helena Attlee est une auteure britannique de non-fiction, actuellement écrivaine en résidence au Royal Literary Fund (RLF). Elle s’intéresse particulièrement à l’histoire de l’Italie et des arts ; elle a écrit, entre autres, Les Jardins du Japon (2010, Synchronique Éditions) et le best-seller The Land Where Lemons Grow (Le Pays où poussent les citrons, non traduit ; Penguin, 2015).

 

 

Avis :

Emue lors d’un concert par le timbre très particulier d’un violon, l’auteur passionnée par les arts et l’Italie s’est mise en tête de retracer la vie de l’instrument, certes jugé sans valeur par les experts, mais dans son imagination le précieux réceptacle des émotions qui, d’un siècle à l’autre, ont pittoresquement accompagné son passage de main en main de musiciens.
 
De Crémone, la ville berceau de la lutherie abritant encore aujourd’hui plus de cent cinquante ateliers, au marché de Rostov-sur-le-Don dans le sud de la Russie où le violon fut acheté à un certain Lev, en passant par les forêts des Dolomites où se récolte toujours le précieux épicéa rouge, bois de prédilection des Stradivarius, Helena Attlee a passé quatre ans sur les traces de l’instrument, se le représentant d’abord violon d’église, possiblement joué aux côtés de Corelli dans l’un de ces orchestres si à la mode lors des offices religieux de l’Italie du XVIIe siècle ou par l’une de ces petites filles placées dans les ospedali de Venise, les plus vieilles écoles de musique d’Europe où officia notamment Vivaldi. Il aurait pu aussi devenir violon de cour, comme ceux dont les Médicis usèrent pour éblouir sujets et rivaux de leur « magnificenza », ou plus simplement violon tsigane ou instrument de « musica popolare », cette musique folklorique qui fit si longtemps fureur en Italie.

Et puis, après ce tour d’Europe et cette balade au travers des siècles retraçant avec passion l’histoire du violon en général, c’est une expertise dendrochronologique de l’instrument en train de rendre l’âme, à bout de réparations après une vie livrée à nos suppositions, qui permet au final de découvrir précisément son origine tant fantasmée. Ainsi s’achève un périple, sans doute trop survolé pour passionner les spécialistes, mais riche de pittoresques découvertes pour les néophytes que ce panorama historique a d’autant plus de chances de séduire que sa narration très vivante chatouille imagination et curiosité quant au véritable parcours du violon de Lev, en même temps qu’elle se charge de l’émotion portée par ces objets que l’on investit d’une forte valeur sentimentale.

Alors, non, le violon de Lev n’était pas l’un de ces « vieux italiens » dont la cote atteint des sommets sur les marchés financiers et que l’on s’évertue depuis des lustres à copier à ne parfois plus savoir démêler le vrai du faux. Mais, nourrie des émotions des musiciens dont il a partagé la vie, sa voix n’en porte pas moins les échos de siècles enfuis, auxquels l’on prête bien volontiers l’oreille dans cette non-fiction soignée et captivante. (3,5/5)

 

 

Citations :

Dans quelques endroits – dont Venise au seizième siècle – les gens semblaient même considérer que la musique dominait toutes les autres formes d’éducation ; en effet, alors que moins d’un tiers de riches familles marchandes de la ville possédaient un livre, on disait que presque toutes avaient au moins deux instruments de musique chez elles.


A la fin du dix-septième siècle , les gens riches et connus des villes musicales telles que Venise, Milan et Bologne avaient l’habitude d’assister aux offices religieux un peu comme ils allaient à l’opéra.


Les instruments furent les armes en première ligne dans la bataille des Médicis pour être les meilleurs de toutes les cours d’Italie à distraire les dirigeants et diplomates étrangers, à éblouir leurs sujets et intimider leurs rivaux.


Dans l’histoire qu’il partageait avec ses ancêtres et ses cousins, le violon de Lev inspira les premières sonates et les premiers concertos, changea pour toujours l’expérience d’aller à l’église, nourrit de sa voix la diplomatie des cours italiennes, et révolutionna les spectacles musicaux en engendrant les orchestres.


… joué par un bon musicien, les vibrations des cordes qui le parcourent massent le bois et apprennent aux cellules à bouger ensemble. La manière dont vibre un violon est la clé de sa sonorité ; comme le violon n’oublie jamais ce qu’il a appris, il continue de porter dans le son qu’il produit l’empreinte de ses violonistes antérieurs et, peut-être aussi, une mémoire de leur musique. Florian Leonhard me dit que certains des instruments  sont si imprégnés des héritages de musiciens extraordinaires qu’un violoniste qui essaie un instrument pour la première fois dit parfois que le violon semble vouloir un jeu particulier, comme s’il voulait retrouver les habitudes et les pratiques de son dernier propriétaire.

 

vendredi 20 octobre 2023

[Mizubayashi, Akira] Suite inoubliable

 



 

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Titre : Suite inoubliable

Auteur : MIZUBAYASHI Akira

Parution : 2023 (Gallimard)

Pages : 256

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

« En lui, la musique parlait français depuis qu’il l’avait vécue en France. En se livrant à la conversation avec Hortense, il avait la sensation d’interpréter un duo avec elle, sensation qu’il ne connaissait pas lorsqu’il s’exprimait dans sa langue maternelle, le japonais. »

Pamina est une jeune luthière brillante, digne petite-fille d’Hortense Schmidt, qui avait exercé le même métier au Japon pendant la Seconde Guerre mondiale. Embauchée dans l’atelier d’un fameux luthier parisien, Pamina se voit confier un violoncelle très précieux, un Goffriller. En le démontant pour le réparer, la jeune femme découvre, dissimulée dans un tasseau, une lettre qui la mènera sur les traces de destins brisés par la guerre. Des mots, écrits à la fois pour résister contre l’oppresseur et pour transmettre l’histoire d’un grand amour, auront ainsi franchi les frontières et les années. Les histoires entremêlées des personnages d’Akira Mizubayashi, tous habités par une même passion mélomane, pointent chacune à sa façon l’horreur de la guerre. La musique, recours contre la folie des hommes, unit les générations par-delà la mort et les relie dans l’amour d’une même langue.

 

Un mot sur l'auteur :

Akira Mizubayashi est un écrivain japonais né en 1951. Professeur de français dans une université de Tokyo, il a rédigé six essais en japonais avant de commencer à écrire en français.

 

Avis :  

Après le violon dans Ame brisée et l’alto dans Reine de coeur, Akira Mizubayashi complète sa trilogie musicale – son trio à cordes littéraire ? - avec le violoncelle. Cette troisième partition romanesque, jouant elle aussi l’alternance entre les années quarante et nos jours, est une nouvelle variation sur le thème de la résistance et de la transmission, à travers la musique, des valeurs humanistes mises à mal par la guerre.

Violoniste prodige formé à Paris dans les années 1930, le jeune Ken Mizutani, revenu à Tokyo, reçoit en 1945 « le fatidique petit papier rouge d’incorporation ». Forcé de rejoindre les rangs d’une armée impériale que « le démon de la guerre et du despotisme, bafou[ant] les consciences », emmène de manière suicidaire vers une déroute inexorable, le jeune homme doit se résoudre à quitter les siens et son violoncelle. Quelque soixante-dix ans plus tard, Pamina, la luthière à qui l’illustre violoncelliste Guillaume Walter a confié pour révision son Goffriller de 1712 à la si particulière teinte « rouge cerise sombre », découvre en détablant l’instrument, cachée dans un tasseau, une lettre datée de 1945 et signée d’un certain Ken Mizutani...

Découpée en six danses comme chacune des six suites pour violoncelle de Bach, qui, avec le concerto d'Elgar et le chant des oiseaux – devenu un symbole de paix et de liberté depuis son arrangement pour violoncelle par le catalan Pablo Casals engagé contre le franquisme –, forment la bande originale du roman, la narration est une nouvelle fois une ode vibrante à la musique, en même temps qu’un chant d’amour à la langue française. Comme l’auteur, à ce point épris du français que c’est en cette langue qu’il choisit d’écrire ses romans, le personnage Ken Mizutani sent « en lui la musique parler français depuis qu’il l’a vécue en France ». Alors que son pays, « gangrené par une dictature exacerbée fondée sur le culte fanatique de l’empereur », sombre dans une « folie cauchemardesque », cette musique et cette langue, qu’il associe à l’époque des Lumières en Europe, représentent pour lui « une lueur d’espoir », la voix de l’humanité qui survivra aux ténèbres passagères de l’Histoire.

Est-ce la répétition du schéma narratif d’un livre à l’autre de la trilogie ? Le charme de la jolie parabole qui, dans l’opus initial, prenait pour la première fois tout son sens, perd de sa puissance dans cette ultime variation qui, faute d’ajouter au propos, parvient aussi beaucoup moins bien à occulter la récurrence des stéréotypes et la tendance à l’idéalisation de la narration. Reste une lecture agréable, non dénuée de beauté, emplie d’un plaisir mélomane et tout entière vouée au culte de la musique et des hommes qui la composent, l’interprètent et en fabriquent les instruments d’exception. (3/5)

 

Citations : 

Le violoncelle du luthier vénitien Matteo Goffriller l’emmène rejoindre un ailleurs lointain, à des hauteurs vertigineuses au-dessus du territoire nippon où, dit-il, la raison et la conscience subissent une torture permanente infligée par un fanatisme exacerbé. Ken est un aigle qui déploie ses ailes pour planer en toute liberté dans le firmament des sentiments humains, pour parcourir toute l’étendue des émotions mises en résonance par le foisonnement des notes de Bach.


Le Divertimento de Mozart fut sublime. Tatsuya Ono fut touché jusqu’au plus profond de son être. Il se dit que le trio à cordes était une vraie conversation amicale, une discussion intellectuelle et courtoise à l’image des échanges d’idées qui se pratiquaient entre les personnes raisonnables dans les salons du siècle des Lumières européennes.
— Quand j’écoute une merveille pareille, je crois apercevoir une lueur d’espoir.


Nous entendons, en effet, dans ce chant à la fois merveilleux et si profondément triste, sa douleur devant le spectacle des atrocités de la guerre et la force de sa prière pour la paix qui monte vers le ciel à l’image de l’envolée des oiseaux catalans. (...) J’aimerais tant que ce chant résonne sur tous les champs de bataille, dans la tête des présidents qui commandent les armées, dans la conscience des soldats qui se livrent à des tueries aussi bien que dans le cœur de ceux qui tirent profit de l’industrie et du commerce des armes…

 

Du même auteur sur ce blog :

 
 

 


 

samedi 27 août 2022

[Gestern, Hélène] 555

 




 

J'ai beaucoup aimé

 

Titre : 555          

Auteur : Hélène GESTERN

Parution : 2022 (Arléa)

Pages : 460

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

C’est en défaisant la doublure d’un étui à violoncelle que Grégoire Coblence, l’associé d’un luthier, découvre une partition ancienne. A-t-elle été écrite par Scarlatti, comme il semble le penser ? Mais, à peine déchiffrée, la partition disparaît, suscitant de folles convoitises. Cinq personnes, dont l’existence est intimement liée à l’œuvre du musicien, se lancent à la recherche du précieux document sans se douter que cette quête éperdue va bouleverser durablement leur vie.
Domenico Scarlatti, compositeur génial aux 555 sonates, est le fil conducteur de ce roman musical. Sa musique envoûtante en est la bande sonore.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

Hélène Gestern est née en 1971. Elle vit à Nancy, où elle enseigne la langue et la littérature françaises à l’université. Elle a rejoint en 2002 une équipe de recherche spécialisée dans les écrits autobiographiques, ce qui l’a amenée à travailler sur des journaux personnels et des manuscrits. Elle s’intéresse également à l’histoire de la photographie, comme en témoignent plusieurs de ses romans.
Arléa a publié son premier roman Eux sur la Photo (2011, Arléa-Poche 2013), succès de librairie avec plus de 80 000 exemplaires vendus, lauréat de nombreux prix littéraires. Ses livres ont été traduits dans plusieurs langues dont l’anglais, l’allemand, l’espagnol et l’italien.

 

 

Avis :

Des 555 sonates composées par le claveciniste virtuose Scarlatti (1685-1757), toutes d’une grande inventivité et d’une haute technicité d’exécution, la plupart sont restées inédites de son vivant et aucune ne nous est parvenue en autographe. Et comme ce volume inégalé de pièces forme un ensemble difficile à classer, chacune n’étant d’ailleurs identifiable que par les différents numéros de recensement attribués par les musicologues qui y ont consacré une bonne partie de leur vie, tout est réuni pour favoriser la controverse sur l’exhaustivité ou pas de l’oeuvre authentifiée du génial musicien. Plusieurs grands interprètes, comme le claveciniste américain Scott Ross, connu pour son enregistrement intégral des 555 sonates, s’en sont même amusés en écrivant leurs propres « vraies fausses » sonates, plus scarlatiennes que celles de Scarlatti.

S’emparant du mystère entourant « un musicien plutôt conventionnel, asservi à une vie de cour et de mondanités », pourtant « devenu à cinquante ans passés un compositeur génial et prolifique, capable de publier en l’espace de cinq brèves années (…) l’un des monuments les plus impressionnants que la musique occidentale ait jamais produits », Hélène Gestern a laissé courir son imagination pour nous livrer une histoire, certes assez prévisible, mais suffisamment bien composée pour entraîner le lecteur au bout de sa curiosité.

Brodée à partir des quelques faits historiques connus, et surtout des passions et fantasmes qu’a réellement inspirés un Scarlatti prêtant si bien le flanc à la contrefaçon, l’intrigue se noue autour de la découverte d’une possible 556ème sonate. Malheureusement, sitôt revenue à la surface, la troublante partition disparaît, volée avant même d’avoir pu être dûment authentifiée. Commence une véritable chasse au trésor, impliquant cinq personnages avec chacun un motif très particulier pour désirer la retrouver le premier.

Dès lors, les cinq – un luthier, un ébéniste d’art, un universitaire musicologue, un mécène collectionneur et une célèbre claveciniste – prennent la parole tour à tour, révélant, dans leur quête du graal, le meilleur comme le pire de leurs personnalités et du microcosme musical. C’est au final la passion de la musique, avec ses affres, ses exigences impitoyables et ses drames, mais aussi l’inexplicable alchimie de ses beautés et de ses émotions, qui l’emportera chez certains sur l’ambition, l’appétit du lucre et la vengeance.

Une lecture agréable, à laquelle on se laisse prendre malgré une certaine prévisibilité et l’impression, peut-être, de quelques clichés, parce qu’elle a le mérite, en particulier de nous interroger sur l’indéfinissable Scarlatti dont on aura envie de (re)découvrir la musique, et de façon plus large, de susciter l’émotion à la pensée de toutes ces œuvres en général, malencontreusement amputées, détruites ou perdues au fil des siècles. (3,5/5)

 

 

Citations : 

Ce matin, j’ai terminé mon échauffement avec la K61. Cette sonate, je l’ai interprétée des centaines, peut-être des milliers de fois. Mais, pour moi, elle est définitivement la plus belle, la plus aboutie des pièces de Scarlatti : une fugue, montée lente, obsédante, tranquille, presque implacable du même motif, qui commence en eau dormante et s’achève en vif-argent. Et tant pis si le déroulé liquide de ses gammes ascendantes et l’enchevêtrement de ses variations mettent mes vieilles mains à l’épreuve. Cette sonate est un tourbillon émotionnel qui mélange l’exultation, l’apaisement, l’allégresse. La joie qui s’y exprime est pénétrée d’ombres ; Dieu sait de quelles douleurs le compositeur a nourri l’or et la lumière qui font vibrer sa musique.
Du peu d’événements que l’on connaît de la vie de Scarlatti, on sait qu’il a perdu une épouse, Catalina, et vu mourir plusieurs de ses enfants. Il a passé la moitié de son existence en exil, à l’ombre des puissants, loin de sa terre napolitaine, à une époque de morbide Inquisition et de piété obligatoire.
 

Les mémoires que je déchiffrais, au milieu d’un fatras de chroniques vénitiennes sans intérêt, étaient l’œuvre d’un sous-organiste obscur qui avait sévi à Venise et à Naples, la ville natale de Scarlatti. L’homme rapportait ce qu’il avait entendu raconter à propos d’un envoi fait par le compositeur à un organiste anglo-irlandais, Thomas Roseingrave. De l’amitié de Scarlatti pour cet homme, il nous reste quelques traces : grâce à Burney, un mélomane de l’époque qui avait raconté son propre voyage sur le continent, on sait que le jeune organiste, venu en Europe avec une bourse d’études de la cathédrale Saint-Paul, avait été convié à une soirée où on l’avait prié d’interpréter quelques pièces. À sa suite, Scarlatti avait été invité à passer derrière le clavier. Selon le témoignage de Burney, le voir jouer avait donné à Roseingrave le sentiment que « dix mille démons étaient devant l’instrument ». L’histoire (la légende ?) ajoute aussi que le jeune Anglais, qui avait les nerfs fragiles, avait renoncé à toucher un instrument pendant un mois après cette impressionnante démonstration de virtuosité.
 

Enseigner a toujours été une joie pour moi. Si le rythme de ma carrière ne m’avait pas interdit d’avoir un poste fixe, il ne m’aurait pas déplu d’en faire mon activité principale. Il y a six ou sept ans, quand j’ai décidé de ralentir, j’ai accepté de prendre une classe semestrielle au CNSM. Je l’ai tenue pendant trois ans : quatrième année, spécialisation clavecin. J’ai aimé le temps passé avec ces jeunes gens, leur talent en train d’éclore, parfois timide, parfois arrogant, sous lequel on devinait, en de rares occasions, la trempe d’un futur grand interprète. J’ai beau être passée par là, l’abnégation avec laquelle ces élèves sacrifiaient leur adolescence et les premières années de leur vie d’adulte à leur instrument forçait mon admiration.   
À ce stade, au fond, nous n’avons plus énormément à leur apprendre en matière de technique pure. La leur est déjà là, affûtée, policée par des années de gammes et d’exercices. À vingt-trois ou vingt-quatre ans, ce dont ils ont surtout besoin, c’est qu’on les aide à trouver le chemin qui les mènera à la mélodie. Qu’on les autorise à inscrire dans leur jeu la trace de leurs rêves, de leurs amours, de leurs peines. Ils doivent apprendre à jouer avec leurs failles, leurs affects, leurs blessures, leurs émerveillements autant qu’avec leurs doigts surentraînés. Le processus est long, déstabilisant, angoissant : comme un abîme au bord duquel on doit se pencher sans trébucher. Mais sans cet effort pour dénuder ses émotions sur scène, sans ce travail pour entendre d’abord la musique à l’intérieur de soi, cette musique qui réclame, dévorante, son lot de chair, de larmes, d’éblouissements et les prélève directement sur nos existences, on n’est pas grand-chose, artistiquement parlant. Ce qu’il me revenait d’expliquer à ces jeunes musiciens, après ces années d’examens, d’évaluations, de concours où on leur demandait d’abord d’être des athlètes du clavier, c’est qu’il fallait accepter de se présenter humble et nu devant la musique. Que le prix à payer était lourd d’impudeur, exorbitant par moments. Mais qu’on n’avait pas le choix. Pour certains, ce discours était un choc.
 
 
Une partition nouvelle, leur disais-je, est comme une eau froide dans laquelle on plonge. Ne la combattez pas, ne la craignez pas, aussi exigeante soit-elle en termes d’exécution. Prenez appui sur ses aspérités, car ce sont elles qui vous guideront. Faites-lui confiance pour vous pousser au-delà de ce dont vous vous croyez capables. N’ayez jamais peur d’elle, même si elle vous paraît plus haute que l’Himalaya. Elle vous rendra votre effort au centuple, pour peu que vous acceptiez d’en comprendre les ressorts intimes.


Je pensais à la succession d’interprètes qui avaient fait vivre cette splendeur à travers le temps. A ces rares volumes manuscrits, qui auraient pu être dix fois détruits, mais qui avaient été copiés avec ferveur, échappant ainsi aux outrages de l’oubli pour être réinventés de générations en générations. A ces pièces qui, presque trois siècles après leur création, avaient gardé le pouvoir de rassembler, comme elles le faisaient, ce soir, des êtres que tout aurait dû séparer l’âge, le degré de richesse, l’éducation, la couleur de la peau. J’ai pensé que dans le monde, à cette heure, la fureur et la haine embrasaient la planète un peu partout, qu’on mourait ici dans le bruit des fusils, là dans la détresse des famines et des exils. Mais ce soir, une fraction d’humanité s’était donné rendez-vous , à l’abri des notes, pour se réconcilier, se recueillir dans la joie pure d’une communion musicale.


Je ne crois pas à la postérité des êtres. La gloire, la célébrité sont des hochets pour grandes personnes. Se croire immortel parce qu’on a gravé quelques disques n’est qu’une idiotie, une preuve supplémentaire de la vanité humaine. En revanche, je sais que la musique, la mémoire sonore de la musique, telle qu’on l’a transmise dans les comptines fredonnées au berceau, les chants, les rituels, avant de commencer à la déposer sur des rouleaux de cire il y a cent vingt ans, n’a pas d’âge. Avec quelle dévotion n’ai-je pas écouté, jeune fille, les vieux enregistrements de Wanda Landowska, ou les disques de Cortot, quand il avait traversé la Manche, dans les années 30, pour graver Chopin à Abbey Road ? Le son est étouffé, grésillant, lointain ; et pourtant, c’est un fragment de temps pur, la quintessence du génie de Chopin, qui nous arrive sur ces vieilles galettes.


On imagine ces lieux comme des espaces bien rangés, où chaque livre est localisé au millimètre. Dans les faits, une bibliothèque est un corps mobile, toujours en mouvement, où les livres naviguent, tanguent, s’engloutissent et réapparaissent. On ne compte pas les fantômes, les égarés dans un rayonnage où on les retrouvera dix ans plus tard, sans parler des pièces qui tombent en miettes quand on les ouvre pour la première fois depuis deux siècles.


Imaginer une vengeance soulage ; la mettre en oeuvre est sordide. Et les blessures qu’on inflige ne réparent pas celles qu’on a reçues.


 

mardi 5 mai 2020

[Mizubayashi, Akira] Ame brisée






 

J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Ame brisée

Auteur : Akira MIZUBAYASHI

Editeur : Gallimard

Année de parution : 2019

Pages : 256

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :   

Tokyo, 1938. Quatre musiciens amateurs passionnés de musique classique occidentale se réunissent régulièrement au Centre culturel pour répéter. Autour du Japonais Yu, professeur d’anglais, trois étudiants chinois, Yanfen, Cheng et Kang, restés au Japon, malgré la guerre dans laquelle la politique expansionniste de l’Empire est en train de plonger l’Asie.
Un jour, la répétition est brutalement interrompue par l’irruption de soldats. Le violon de Yu est brisé par un militaire, le quatuor sino-japonais est embarqué, soupçonné de comploter contre le pays. Dissimulé dans une armoire, Rei, le fils de Yu, onze ans, a assisté à la scène. Il ne reverra jamais plus son père... L’enfant échappe à la violence des militaires grâce au lieutenant Kurokami qui, loin de le dénoncer lorsqu’il le découvre dans sa cachette, lui confie le violon détruit. Cet événement constitue pour Rei la blessure première qui marquera toute sa vie... 


Dans ce roman au charme délicat, Akira Mizubayashi explore la question du souvenir, du déracinement et du deuil impossible. On y retrouve les thèmes chers à l’auteur d’Une langue venue d’ailleurs : la littérature et la musique, deux formes de l’art qui, s’approfondissant au fil du temps jusqu’à devenir la matière même de la vie, défient la mort.

 

 

Un mot sur l'auteur :

Akira Mizubayashi est un écrivain japonais né en 1951. Professeur de français dans une université de Tokyo, il a rédigé six essais en japonais avant de commencer à écrire en français.

 

Avis :

En 1938 à Tokyo, Yu, professeur d’anglais et violoniste amateur, est arrêté sous les yeux de son fils de onze ans, Rei, au beau milieu d’une répétition musicale avec trois de ses étudiants chinois restés sur place malgré la guerre sino-japonaise. Rei grandira sans son père, avec deux souvenirs particulièrement obsédants datant de ce jour-là : le violon paternel brisé, et la vaine tentative d’intercession d’un officier mélomane nommé Kurokami.

Ecrit dans un français impeccable par un Japonais de souche, le texte possède un je ne sais quoi d’étrange et de déroutant, issu tant du style que de l’histoire : mi roman réaliste, mi conte féerique, le récit qui pourrait sembler idéaliste et naïf en raison des destins tout à fait improbables de ses personnages très lisses, presque trop « parfaits » dans leurs rôles, emporte le lecteur par son indéniable charme et par l’esthétisme de sa symbolique.

A l’oppression martiale et au bellicisme nationaliste, mais aussi à la rigidité hiérarchique de la société japonaise, l’auteur oppose l’universalité de l’émotion musicale et de la beauté, la puissance de l’amitié et de l’amour, la fidélité de la mémoire et l’inextinguible attachement à ses racines, enfin tout ce qui constitue l’âme humaine et que Rei s’obstine à faire refleurir en consacrant sa vie à la lutherie et à la résurrection d’un violon détruit par obscurantisme.

Certes idéalisé et non exempt de quelques clichés, ce roman est une jolie parabole dont le charme séduit volontiers, une ode à la musique où l’âme humaine se confond de bonne grâce avec celle prêtée par les luthiers à leurs plus beaux instruments. (4/5)

 

 

Citation :

Pour Philippe, la langue, en l’occurrence le français, est un bien commun que ses usagers partagent équitablement. Les relations sociales de supériorité et d’infériorité ne sont pas encastrées dans la langue… comme dans le cas du japonais.
(…)
Le partage par tous de la langue comme bien commun, déclara Yanfen, ça facilite nécessairement les relations sociales horizontales qui tendent à restreindre la possibilité de la domination des uns sur les autres…
(…)
… alors qu’en japonais, s’exprima Kang à son tour, on doit nécessairement choisir un mot adapté à sa position vis-à-vis de son interlocuteur…
(…)
De même qu’en japonais on ne peut pas utiliser le pronom personnel « vous » d’une manière universelle…


 

Du même auteur sur ce blog :

 




 

Avec également un violon pour fil rouge :

 

 



lundi 27 mai 2019

[Charvet, Marie] L'âme du violon






J'ai moyennement aimé

Titre : L'âme du violon

Auteur : Marie CHARVET

Année de parution : 2019

Editeur : Grasset

Pages : 272








 

Présentation de l'éditeur :   

Un vieux luthier italien au XVIIème siècle, un tsigane orphelin qui vit de sa musique sur les chemins de la France des années 30, une jeune femme bohème qui rêve de voir un jour ses toiles exposées dans le Paris contemporain et un PDG infatigable dont le cœur n’est touché que par les airs classiques qui résonnent dans son bureau new-yorkais  : si différents soient-ils, ces quatre personnages ont en commun, un objet, le violon.

Giuseppe lui a consacré sa vie, penché sur son établi jour après jour pour le compte d’un célèbre atelier italien  ; un drame va le pousser à sortir de sa solitude et à transmettre son art à un jeune apprenti pour tenter de réaliser l’instrument parfait. Lazlo joue sans cesse de celui qu’il a reçu en seul héritage  ; son incroyable talent lui permet d’en vivre et d’espérer un jour gagner cette Amérique dont on lui parle tant, et vers laquelle on le suivra. Lucie se voit obligée de reprendre sa vie en main pour vendre l’instrument que sa grand-mère musicienne lui a confié afin de lui permettre d’acheter le matériel nécessaire à la préparation de sa première exposition. Un projet qui la mènera de Londres à Vichy, mais surtout loin de ses peurs. Et Charles se met à enquêter sur les traces de violons mystérieusement signés pour conquérir une musicienne qui a su, par son art, ré-enchanter son existence jusqu’ici réduite à des chiffres et des contrats. Il redécouvrira dans cette aventure les plaisirs simples de joies qui ne s’achètent pas.


De 1630 à nos jours en passant par l’entre-deux guerres, de la Lombardie aux gratte-ciels de New-York en passant par Paris et la Camargue, Marie Charvet lie ces quatre destins pour révéler l’âme d’un violon unique qui changera à jamais la destinée de nos quatre personnages.


En lutherie, l’ « âme du violon » désigne l’ultime pièce que dépose l’artisan au cœur de l’instrument et qui détermine sa sonorité et sa vibration. Dans ce roman choral, musical et léger, conçu comme une fugue à quatre voix et dont les chapitres déroulent en alternance les vies de chaque personnage, elle permet à l’auteur de faire résonner ensemble trois époques, plusieurs cultures et d’accorder ces destins bouleversés par un même instrument.



Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Née dans une famille de musiciens, Marie Charvet étudie au conservatoire de musique de Strasbourg avant de s’orienter vers des études littéraires. Elle réalise aujourd’hui des ouvrages sur l’artisanat d’art pour un haut joaillier de la Place Vendôme. L’âme du violon est son premier roman.



Avis :

Un luthier de Brescia au 17ème siècle, un gitan virtuose du jazz manouche dans les années trente, une jeune femme peintre et sans ressources, un homme d’affaires mélomane et collectionneur d’instruments : ces personnages ont pour seul lien un violon d’exception qui va jouer un rôle essentiel dans leurs existences.

L’alternance de récits autour d’un unique objet qui traverse les lieux et les époques n’est pas un exercice inédit : pour ne citer que quelques exemples, Laetitia Colombani, Tracy Chevalier ou Jessie Burton s’y sont déjà prêtées. Pas d’effet de surprise donc quant à la construction de ce roman, dont on devine assez rapidement la trame et l’issue.

La thématique choisie est ici la musique, incarnée notamment par un violon et son luthier : occasion de se plonger dans un univers intéressant. Des quatre récits qui s’enchevêtrent, c’est celui de Giuseppe le luthier qui m’a le plus séduite. Même si le sujet n’est pas la spécialité de l’auteur, ses efforts de documentation lui ont permis de recréer avec pertinence l’ambiance de l’atelier et l’amour de l’artisan pour son travail.

En revanche, les autres parties du roman, trop sentimentales et pas assez crédibles, m’ont déçue : le personnage de Lucie m’a semblé fade, celui de Charles horripilant. Et puis, entre l’apprentissage de l’italien en dix jours qui permet à notre homme d’affaires de s’exprimer avec un bon accent et de déchiffrer, - certes avec difficulté -, des manuscrits en italien ancien, l’arrivée aux Etats-Unis de Lazlo le gitan en 1935 sans passer par Ellis Island et ses retrouvailles quasi immédiates avec son ami sur lequel il tombe quasiment par hasard, le récit prend quelques raccourcis afin de réussir à boucler l’intrigue.

Et c’est même l’agacement qui, à plusieurs reprises, a pointé son nez au cours de ma lecture, tant certains développements de l’histoire m’ont semblé convenus et presque caricaturaux.

J’attendais sans doute trop de ce roman qui m’a laissée sur ma faim. Il faut le lire comme une histoire simplement agréable, sans grande surprise, mais au style fluide et facile, pour un moment de détente sans prétention. (2/5)

Merci à NetGalley et aux Editions Grasset pour leur confiance.



Citations :

En Lombardie, la ville de Crémone est le sujet d’intérêt majeur des luthiers internationaux et attire sur elle tous les feux des projecteurs ; aussi les personnalités de l’univers musical de Brescia sont-elles fières d’être enfin au centre de l’attention et de pouvoir aider un collectionneur étranger en échangeant avec lui leur savoir. Toutes affirment que l’École de Brescia du début du 17e siècle est à l’origine de la lutherie contemporaine et que ses représentants sont les pères des célèbres maîtres Guarneri et Stradivari. Certains s’aventurent même à dire que sans la peste noire qui a ravagé la ville en 1629, Brescia serait devenue la perle de la lutherie italienne du 17e siècle. Hélas, tous se sont montrés incapables de fournir plus d’explications sur la question épineuse de l’authentification. Ainsi, il semblerait que seules des analyses dendrochronologiques réalisées par des laboratoires agréés puissent permettre d’établir définitivement l’origine de ces violons.

Vu l’état de l’instrument, je vais devoir faire appel à notre laboratoire spécialisé en dendrochronologie. Devant l’air interrogatif de Lucie, Hodgkins s’explique : — Il s’agit de l’analyse de la morphologie de la croissance d’un arbre qui permet de connaître précisément son année de coupe, mais également son origine. En effet, le climat a une influence importante sur la pousse d’un arbre et cette science nous permet par exemple d’identifier un bois provenant des Alpes ou de Rhénanie. Donc si l’une des pièces d’un instrument est faite d’un bois plus récent ou d’une autre origine que celle de sa signature, alors son attribution est contestable.



Avec également un violon pour fil rouge :