J'ai aimé
Titre : Le pays des étés
Auteur : Pierre ADRIAN
Parution : 2026 (Gallimard)
Pages : 192
Accès au livre : ISBN 9782073140920
en librairie
Présentation de l'éditeur :
« Ce pays était celui de mon bonheur. Ce sentiment se passait
d’explication ; c’était une intuition, un consentement, et la survivance
des jours heureux de l’enfance quand, allongé sur la pelouse grasse
encore trempée de rosée, j’écoutais le bruissement du vent dans les
arbres. Prêt à pleurer, j’avais déjà le cœur serré devant une joie si
facile. J’appris plus tard, en apprivoisant l’absence, que les lieux que
nous aimons nous aident à supporter un grand chagrin. Ils réparent, et
la mer où qu’elle soit console. La mer console toujours. »
Alors que sa grand-mère vient de mourir, le narrateur retrouve sa famille dans la maison bretonne de son enfance. Peu après, celle-ci est mise en vente. Entre sentiment de dépossession et trouble provoqué par les nouveaux occupants, une menace plane désormais sur le pays des étés…
Après le succès de Que reviennent ceux qui sont loin, Pierre Adrian signe un roman d’une beauté déchirante sur les lieux qui nous habitent et les souvenirs qui nous font.
Alors que sa grand-mère vient de mourir, le narrateur retrouve sa famille dans la maison bretonne de son enfance. Peu après, celle-ci est mise en vente. Entre sentiment de dépossession et trouble provoqué par les nouveaux occupants, une menace plane désormais sur le pays des étés…
Après le succès de Que reviennent ceux qui sont loin, Pierre Adrian signe un roman d’une beauté déchirante sur les lieux qui nous habitent et les souvenirs qui nous font.
Le mot de l'éditeur sur l'auteur :
Pierre Adrian est né en 1991 et vit à Rome. Il est notamment l'auteur, aux éditions Gallimard, de Que reviennent ceux qui sont loin (Grand Prix Michel Déon 2023) et d'Hotel Roma (2024)..
Avis :
La vie poursuivant son cours inéluctable, c'est donc au tour de la grand‑mère de l’auteur de quitter définitivement le « pays des étés », privant la vieille demeure bretonne de son esprit tutélaire et posant la question longtemps retardée de son état de fatigue à elle aussi. Face à l’ampleur des travaux nécessaires, il faut, la mort dans l’âme, se résoudre à la mettre en vente. Transformée en location saisonnière par ses nouveaux propriétaires, elle subit bientôt la déferlante de touristes bruyants et sans‑gêne qui, intrus grossiers et indifférents au lieu, ajoutent au sentiment de perte des anciens occupants celui de la profanation. Encore sont-ils loin de se douter de la catastrophe imminente.
Si Que reviennent ceux qui sont loin se construisait sur un passé lumineux, Le pays des étés s’écrit comme l’examen méthodique d’une déréliction, un récit où l’auteur ne revient plus pour retrouver, mais pour constater ce qu'il va perdre. L’heure n’étant plus à la réminiscence, ni même à l’effort de sauvegarde, c’est à la disparition d’un monde qu’il nous convie, l’impuissance ouvrant sur la résignation désolée, calme et lucide, de qui chemine déjà sur le chemin du deuil. La fluidité nostalgique du premier livre laisse ainsi la place à une écriture plus resserrée, clinique même, qui, concentrée sur les mille signes d’une mutation profonde, repousse l’émotion immédiate pour laisser s’installer une lente inquiétude, dans la prescience de ce que la famille n’ose encore formuler.
Conséquence logique d’un processus déjà engagé, le drame qui survient n’apparaît donc pas comme un événement soudain, mais comme la forme ultime d’un délitement que le livre accompagne pas à pas, jusqu’à ce que le lieu, autrefois foyer, ne soit plus qu’un espace traversé, puis exploité. Dans la prolongation du précédent ouvrage, le roman en inverse pourtant la perspective, passant de la reconquête d’un territoire familial à la constatation de son effacement et soulignant comment la perte d’un lieu aboutit à une modification du rapport au temps. Point d’appui et ressource intérieure dans le premier récit, le passé devient ici une zone inaccessible, dont la mémoire ne suffit plus à maintenir la continuité. Plus qu'un attachement affectif, le lien à un endroit apparaît comme un élément structurel de la manière de se situer dans le monde, et lorsqu'il se défait, c’est toute une orientation qui vacille. Tandis qu'au deuil de la grand-mère et de la maison s'ajoute ainsi celui d'une forme d'existence qui disparaît en même temps, l'on comprend que lorsque le cadre matériel d'une mémoire s'efface, la mémoire elle-même se fragilise, l'absence de lieu rendant l'histoire plus difficile à porter. Ne subsiste alors qu'une continuité minimale, sans appui ni contour, qui dit à la fois la fin d’un monde et la nécessité de s’y ajuster.
La sobriété de l’expression, la finesse des observations et la retenue dans l’évocation de la disparition contribuent à un texte élégant et de grande tenue, où la maison bretonne se fait le lieu d’une vérité intime sur le temps, la mémoire et la perte. Pour autant, peut‑être parce que trop en terrain connu et résolument en retrait de l’émotion qu’elle frôle, cette suite plus amère que mélancolique reste en‑deçà des attentes suscitées par l’éblouissant Que reviennent ceux qui sont loin. Il faut dire que l’éclat du premier livre avait placé la barre si haut que ce nouvel ouvrage, plus discret dans son intensité, en paraît moins marquant. (3,5/5)
Citations :
J’avais pensé qu’on retrouvait indéfiniment les lieux comme on les avait laissés mais c’était faux. Les lieux changeaient avec nous. Si la mort des êtres chers devait servir à quelque chose, peut-être serait-ce à cela. À accepter que tout passe, à renoncer au privilège de ce qui a toujours été.
Je compris qu’il en serait bientôt fini de la grande maison quand les uns et les autres acceptèrent de se projeter ailleurs. Il y eut des Noëls trop froids dans cette demeure impossible à chauffer, des après-midi d’été où l’absence de grand-mère rendait l’existence ici déconcertante. Certaines maisons existent aussi parce qu’une personne vous y réunit. Quand elle meurt, si le souvenir devient sa seule raison d’être, les murs vous étouffent et ils vous empêchent de vivre. On habite alors dans la contrainte et sous les ordres du passé. Certains voient la sauvegarde d’une maison comme une vocation. Ils y consacrent leur vie. D’autres réclament leur indépendance, un droit au détachement. Ils ne se libèrent d’aucun devoir, mais ils en choisissent d’autres et n’oublieront pas.
On jouissait vraiment de l’été quand on finissait enfin par comprendre que sa monotonie était une richesse.
La fin d’une maison ne serait pas si grave si elle n’impliquait pas la disparition de ces joies minuscules. Elles comptent si peu qu’elles finissent par se soustraire au souvenir. C’est pourquoi les hommes et les maisons meurent de la même manière. Si l’on ne les invoque plus, ils tombent irrémédiablement dans l’oubli.
Le plus dur, disait la grand-mère à la fin de sa vie, ce n’est pas le peu de jours qu’il me reste mais la mémoire qui s’efface. Elle se plaignait d’oublier, se retirait dans de longs et profonds sommeils, et puis en émergeant elle nous racontait avec une étonnante clarté un jour d’été de son enfance. Les souvenirs aussi disparaissent, c’est vrai, mais ils ne vieillissent pas.
J’appris plus tard, en apprivoisant l’absence, que les lieux que nous aimons nous aident à supporter un grand chagrin. Ils réparent, et la mer où qu’elle soit console. La mer console toujours.

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Un auteur que ta critique m'incite à découvrir. Merci.
RépondreSupprimerAlors, fonce sur Que reviennent ceux qui sont loin, c'est un bijou.
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