J'ai beaucoup aimé
Titre : Jaune soleil
Auteur : Eric CHEVILLARD
Parution : 2026 (Minuit)
Pages : 160
Accès au livre : ISBN 9782707357663
en librairie
Présentation de l'éditeur :
C’était il y a longtemps, au Moyen Âge peut-être ou dans l’enfance,
Philéon aimait Godelive, une fille avec le cou très fin et des cheveux
jaune soleil. Clodomir aussi était épris d’elle, allait-il falloir se
battre ? Aujourd’hui, on se demande surtout ce que monsieur Ristretto,
vieil écrivain qui observe le monde avec perplexité depuis la terrasse
du café Les Grands Ducs, on se demande bien ce qu’il fait là, au milieu
de ces souvenirs.
Le mot de l'éditeur sur l'auteur :
Éric Chevillard est né à la Roche-sur-Yon (Vendée) en 1964.
Avis :
En une époque ancienne que seuls trahissent leurs prénoms d’un autre âge, deux garçons, Philéon et Clodomir, rivalisent d’aventures bravement maladroites pour complaire à Godelive, la fillette aux cheveux « jaune soleil » dont ils sont épris. A des années-lumière de leurs jeux, le vieux Monsieur Ristretto tente de mettre de l’ordre dans des souvenirs capricieux, sans cesse interrompus par les irruptions intempestives du présent. Une curieuse aube « jaune soleil » luit comme un fanal dans la nuit de sa mémoire défaillante.
Point fixe symbolique dans un récit morcelé, cette clarté est la dernière balise vacillante dans un monde mis en déroute par la dérive du temps. Dans l’égarement mélancolique du vieil homme, tandis que mémoire et certitudes s’effilochent en une traînée confuse réduisant le présent à un bruit parasite, elle semble provenir de temps immémoriaux, quand une rivalité naïve adonnait deux garçonnets à leurs élans chevaleresques, drôles et touchants dans leur fausse férocité. La narration s’enroule et se disloque autour de cet axe solaire, plongeant dans la solitude cognitive du personnage au rythme de ses hésitations et oublis. Ricochant entre trouées réminiscentes et surgissements incongrus de la réalité, il installe une sensation désarçonnante de désorientation, à charge pour le lecteur de reconstituer la cohérence du puzzle.
Rien ne se livre d’emblée dans ce roman à mille lieues d’une progression convenue. Il faut consentir à lâcher prise et se laisser imprégner, pour ressentir alors le désarroi d’un homme vieillissant, de plus en plus étranger au présent mais aussi à un passé qui s’échappe. Un ouvrage bluffant de maîtrise, déroutant et exigeant, qui déjoue paradoxalement la gravité de son sujet par un humour constant et une tendresse infinie pour ses personnages. (4/5)
Citations :
Son caveau de famille est mal entretenu. Et encore, vous n’avez pas vu l’intérieur… Alors on déblaye, on rassemble les planches pourries pour les brûler. Le contenu des trois boîtes éventrées devrait tenir dans une seule, plus petite. C’est au-dehors qu’on va être content. Joie et allégresse ! Réduction de corps. Deux compartiments sont à nouveau disponibles. Il y aurait donc une place encore pour une compagne dans la vie de monsieur Ristretto. Cependant, il semble plutôt envisager la perspective voluptueuse de se coucher là en diagonale comme dans son lit.
Ce fut un colosse, il a maintenant plus de soixante-dix ans. Or ses muscles sont toujours là mais à présent comme des objets tombés dans la doublure d’un manteau, sous la peau devenue trop lâche que distendent et déforment ces masses mouvantes, inégalement réparties. On dirait qu’il porte sur son épaule ou contre son torse, et parfois même traîne derrière lui, un sac de cailloux. Et ce qui est terrible, ce qui est injuste, c’est que cet exercice, ce constant effort, ne raffermit pas sa musculature ancienne, mais emplit son sac de nouveaux cailloux.


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