mercredi 20 avril 2022

[Dassas, Michèle] Le Dîner de l'Exposition

 



 

 

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Titre : Le Dîner de l'Exposition

Auteur : Michèle DASSAS

Parution : 2022 (Ramsay)

Pages : 240

 

  

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

Un roman inspiré d’une histoire vraie, où le scandale du restaurant Le Dîner de l’Exposition, ouvert pour l’exposition universelle de 1855, joue un rôle déclencheur.
Née esclave, Aurélia passe une enfance heureuse à Basse-Terre auprès de sa mère, mulâtresse affranchie. Son géniteur, vice-consul des États-Unis en Guadeloupe, la chérit tendrement et veille à son éducation. Pour ses vingt ans, il l’emmène avec lui à Paris et lui fait découvrir les salons mondains de la capitale. La très belle quarteronne y fait la connaissance d’un aristocrate, l’avocat Édouard Ventre d’Auriol, aussitôt subjugué par son charme. L’inclination est réciproque. Après leur mariage, Aurélia mène une existence bourgeoise et paisible jusqu’à l’affaire du Dîner de l’Exposition. Ventre d’Auriol, principal associé d’un restaurant à prix unique créé pour l’exposition universelle de 1855, est soupçonné de banqueroute frauduleuse. Il s’enfuit, laissant sa famille, et est condamné par contumace à dix ans de travaux forcés. Le destin de la jeune femme bascule. Menacée, jugée, déclassée, elle prend le chemin d’un exil à haut risque de l’autre côté de la Manche. Vingt ans plus tard, après de multiples péripéties, c’est en riche rentière qu’Aurélia rentre en France sous une autre identité…

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Auteure de plus d'une quinzaine d'ouvrages, dont neuf romans, Michèle Dassas s'est vu décerner en 2021 la Médaille d'or du mérite littéraire de l'Association Arts et Lettres de France pour l'ensemble de son oeuvre. Femme de robe consacré à Jeanne Chauvin, la pionnière des avocates, a reçu le premier Prix du roman Arts et Lettres de France en 2018 et A la lumière de Renoir, paru en 2020 aux éditions Ramsay, a été couronné par le  Prix Charles Oulmont de la Fondation de France.


 

Avis :

Les faits relatés sont véridiques. En 1855, l’ambitieux et aristocratique avocat Edouard Ventre d’Auriol a la folie des grandeurs. Anticipant la forte fréquentation de l’exposition universelle, il ouvre un luxueux et gigantesque restaurant, le Dîner de l’Exposition, financé par les actionnaires de la Société Générale de Gastronomie dont il est le gérant principal. Véritable gouffre financier, l’établissement prend le bouillon dès son ouverture, ruinant ses actionnaires qui se découvrent du même coup escroqués : Ventre d’Auriol s’est enfui en détournant des sommes considérables.

Le scandale qui éclate, frappe de plein fouet son épouse, qui, demeurée à Paris avec leurs enfants, apprend toute l’histoire en même temps que le public. D’abord soupçonnée de complicité, elle est menacée et traînée dans la boue. Enfin, pendant que son mari est condamné par contumace à dix ans de travaux forcés, elle parvient à le rejoindre à Londres, où il vit clandestinement sous une fausse identité. C’est elle, Aurélia, qui mène la narration, nous révélant un parcours déjà peu ordinaire, et qui n’est guère en passe de le devenir. Née esclave à Basse-Terre d’une métisse affranchie et du vice-consul des Etats-Unis en Guadeloupe, elle doit à la protection paternelle ses débuts au sein de l’aristocratie parisienne, puis son mariage et sa riche vie bourgeoise dans la capitale. Désormais exilée et contrainte de vivre cachée, il va lui falloir prendre en mains une existence qui lui réserve encore bien des péripéties inattendues.

C’est un bien bel hommage que Michèle Dassas rend à cette femme, lui redonnant vie à partir des éléments en possession de ses descendants, dans une narration romancée entièrement envisagée de son point de vue. Le destin d’Aurelia est proprement fascinant, dépassant dans sa réalité ce que l’imagination romanesque n’aurait pu produire sans paraître aborder les rivages de l’improbable. Sans doute parce qu'explorée un peu trop superficiellement dans ses ambivalences par une plume qui décrit davantage qu'elle ne donne vraiment à ressentir, elle pourra certes laisser poindre un certain agacement chez le lecteur, qui l’observe longuement dans son rôle d’oie blanche malgré tout plus soucieuse du maintien de son train de vie qu’horrifiée par la fraude dont elle profite. Et même si la suite du récit lui donne davantage de consistance, plus que ce personnage, c’est bien l’incroyable succession d’événements qui jalonne sa vie qui donne au final tout son sel à ce roman.

Belle trouvaille que cette histoire véridique que Michèle Dassas fait sortir de la seule mémoire d’une famille. Il est de ces destins dont la réalité dépasse largement toute fiction. Ironiquement, les titres de la Société Générale de Gastronomie, qui ne valaient plus rien après la faillite de 1855, ont, semble-t-il, retrouvé aujourd'hui quelque valeur : celle d’objets de collection, mis aux enchères dans les salles des ventes… (3/5)

 

Citations :

Elle, dont l’enfance s’est écoulée au rythme nonchalant des îles, avait déjà éprouvé quelques difficultés à s’habituer à la cadence parisienne qui n’est rien en comparaison de l’agitation qui règne sur les trottoirs de Londres. Son père lui tient le bras. Ils marchent droit devant eux, sans s’arrêter. Et où s’arrêteraient-ils, d’ailleurs, dans des rues où le torrent des passants est si rapide, si impétueux, qu’il vous entraîne presque malgré vous ? Si bien que les Anglais ont inventé un trottoir pour les allants et un trottoir pour les venants. Gare à ceux qui voudraient rebrousser chemin ! Ils risqueraient de se faire, sinon écraser, du moins couvrir de contusions.

Tu as remarqué comme les gens ici semblent impatients d’arriver à destination. A Londres, on ne gaspille pas son temps. Le temps, c’est de l’argent, dit-on. Quand on désire acheter un article quelconque, on s’informe à l’avance de la boutique où le trouver, et l’on s’y rend. Un commis ou le patron accueille le client aussitôt. S’il s’agit d’emplettes, on lui montre les marchandises demandées et on l’informe du prix, invariablement fixe. Il accepte ou refuse. Toute transaction se termine donc en moins de deux minutes par un oui ou par un non. Dans le deuxième cas, le marchand se garde bien de lui faire l’article et de lui proposer d’autres marchandises, il considère toutes ses avocasseries du commerce français comme autant de paroles et de temps perdus.


 

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