lundi 25 mars 2019

[Collette, Sandrine] Six fourmis blanches







Titre : Six fourmis blanches

Auteur : Sandrine COLLETTE

Editeur : Denoël

Parution : 2015

Pages : 288








 

 

Présentation de l'éditeur :   

Le mal rôde depuis toujours dans ces montagnes maudites. Parviendront-ils à lui échapper?
Dressé sur un sommet aride et glacé, un homme à la haute stature s’apprête pour la cérémonie du sacrifice. Très loin au-dessous de lui, le village entier retient son souffle en le contemplant.
À des kilomètres de là, partie pour trois jours de trek intense, Lou contemple les silhouettes qui marchent devant elle, ployées par l’effort. Leur cordée a l’air si fragile dans ce paysage vertigineux. On dirait six fourmis blanches…
Lou l’ignore encore, mais dès demain ils ne seront plus que cinq. Égarés dans une effroyable tempête, terrifiés par la mort de leur compagnon, c’est pour leur propre survie qu’ils vont devoir lutter.

 

 

Avis :

Les montagnes d’Albanie effraient toujours les habitants de ses vallées reculées : les superstitions ont la vie dure et continuent à faire vivre Mathias, le sacrificateur de chèvres auquel chaque famille à recours pour conjurer l’Esprit du Mal. Ce sont ces mêmes montagnes qu’a décidé de rejoindre un groupe de six Français, que leur guide attend pour un trek de quelques jours sur les pentes enneigées. Ils n’ont encore aucune idée de l‘enfer qui les attend.

Le récit alterne entre l’histoire de Mathias et les aventures des randonneurs jusqu’à ce qu’elles se rejoignent, dans un crescendo dramatique aux multiples rebondissements. Dans ce décor grandiose mais hostile, les faiblesses humaines s’exacerbent dès qu’il est question de la vie et de la mort. Et c’est bien un combat à mort qui s’engage, dans une blancheur glaciale et oppressante : alors que l’expédition comprend bientôt que les conditions météorologiques ne sont pas le seul obstacle à leur survie, Mathias, lui, doit faire face à la vindicte impitoyable de la vengeance à l’Albanaise.


Le suspense happe le lecteur dans un tourbillon de neige, de sang et de peur, au fur et à mesure que les phrases courtes et percutantes instillent un rythme où l’angoisse ne connaît aucune trêve, jusqu’à l’ultime et surprenant dénouement.


Ce thriller impeccablement mené m’a subjuguée de la première à la dernière ligne. Toutefois, en raison de quelques invraisemblances, il m’a semblé moins réussi que l’excellent Animal, qui, avec un certain nombre d’ingrédients similaires, avait été pour moi un immense coup de coeur. (4/5)


Le coin des curieux :

Les sacrifices animaux perdurent bel et bien dans certains coins des Balkans : ainsi, en Mai, à Babaj i Bokesle au Kosovo, des milliers d’Albanais célèbrent une fête ancestrale destinée à saluer la fin de l’hiver et l’arrivée de la belle saison. Afin d’infléchir favorablement le destin, pour éloigner le Mal, obtenir une guérison ou la fertilité, on y sacrifie des moutons par dizaines, pendant que les familles viennent s’incliner sur la tombe d’un derviche local mort il y a deux siècles et demi.

samedi 23 mars 2019

[Offutt, Chris] Nuits Appalaches




Coup de coeur 💓

 


Titre : Nuits Appalaches (Country Dark)

Auteur : Chris OFFUTT

Traducteur : Anatole PONS

Parution : américaine en 2018, française en 2019

Editeur : Gallmeister

Pages : 240





 

 

Présentation de l'éditeur :   

À la fin de la guerre de Corée, Tucker, jeune vétéran de dix-huit ans, est de retour dans son Kentucky natal. En stop et à pied, il rentre chez lui à travers les collines, et la nuit noire des Appalaches apaise la violence de ses souvenirs. Sur son chemin, il croise Rhonda, quinze ans à peine, et la sauve des griffes de son oncle. Immédiatement amoureux, tous deux décident de se marier pour ne plus jamais se quitter. Tucker trouve un boulot auprès d’un trafiquant d’alcool de la région, et au cours des dix années qui suivent, malgré leur extrême précarité, les Tucker s’efforcent de construire un foyer heureux : leurs cinq enfants deviennent leur raison de vivre. Mais quand une enquête des services sociaux menace la famille, les réflexes de combattant de Tucker se réveillent. Acculé, il découvrira le prix à payer pour défendre les siens.
Nuits Appalaches, le nouveau roman de Chris Offutt est une histoire amorale de détermination, de vengeance et de rédemption.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Chris Offutt est né en 1958 et a grandi dans le Kentucky dans une ancienne communauté minière sur les contreforts des Appalaches. Issu d’une famille ouvrière, diplôme en poche, il entreprend un voyage en stop à travers les États-Unis et exerce différents métiers pour vivre. Il publie, en 1992, un premier recueil de nouvelles, Kentucky Straight, puis un roman autobiographique. Le Bon Frère est son premier roman. Il est également l’auteur de chroniques pour le New York Times, Esquire et quelques autres revues et a été scénariste de plusieurs séries télévisées américaines parmi lesquelles True Blood et Weeds.

 

 

Avis :

Nous sommes dans les années cinquante. Tucker a dix-huit ans. Il rentre de la guerre de Corée et, des cauchemars plein la tête, s’apaise en retrouvant sa terre natale du Kentucky, un âpre bout de cambrousse au pied des Appalaches. Taiseux coriace et droit dans ses bottes, il entreprend sa nouvelle vie avec ténacité, fondant une famille tout en exerçant la dangereuse activité de bootlegger. Tout bascule quand, une dizaine d’années plus tard, les services sociaux menacent de lui retirer ses enfants, dont quatre sont nés handicapés. Tucker n’est pas du genre à subir sans réagir.

Le livre est de la même trempe que son principal protagoniste, direct et sans bavardage : alors que transparaît l’attachement viscéral de l’auteur pour ce bout du monde propice à de sombres huis-clos, le récit enferme peu à peu le lecteur dans un récit noir, sans pathos ni complaisance, où le drame, implacable, s’installe silencieusement. Les dialogues sonnent avec une parfaite justesse et rendent extraordinairement vivants les personnages. Gens modestes et attachants que la vie malmène, ils sont de ceux qui ne comptent que sur eux-mêmes. Cachant leur souffrance derrière leur droiture et leur dignité muette, ils s’attachent avec énergie à défendre ce qu’ils ont de plus cher : la famille et l’honneur, selon un code moral qui n’a que faire de la loi. 


Western moderne, efficace et sobre, c’est aussi un livre empreint d’humanité et de poésie : un très beau roman. (5/5)


Citations :

Il s’avança jusqu’au bord de l’eau et admira une tortue qui prenait le soleil sur un érable abattu aux racines érodées. Il se demanda pourquoi un arbre poussait si près des eaux qui allaient causer sa chute. Peut-être les arbres étaient-ils aussi avides que les gens. 

Un grand nuage traversa le ciel, fragmenté en tessons épars qui se regroupaient à la manière d’un troupeau de moutons. 

Pour lui, le tonnerre intervenait quand deux nuages se percutaient. La foudre naissait de leur friction, comme les étincelles lorsqu’on frotte deux cailloux, et la pluie était une sorte de sang qui s’écoulait des nuages blessés.  



Le coin des Curieux :

Situé au Sud-Est des Etats-Unis, le Kentucky représente l’extrémité ouest du massif des Appalaches qui sépare l’intérieur américain de la côte Atlantique. Longtemps zone frontière vers l’Ouest encore sauvage, c’est aujourd’hui un Etat relativement agricole, où la densité de population est généralement faible et le revenu par habitant en dessous de la moyenne nationale. 

Une des principales régions du Kentucky est la Bluegrass region, dans le centre de l'État, ainsi surnommée en raison de l’herbe bleue de ses nombreux pâturages. Le Kentucky est aussi célèbre pour ses chevaux - le Kentucky Derby est une course hippique mondialement connue -, pour ses distilleries de bourbon - l’État est considéré comme le berceau du whisky américain -, et pour ses grandes mines de charbon.
KFC (Kentucky Fried Chicken) est une entreprise originaire du Kentucky.
Cumberland Falls est l’un des rares endroits de l’hémisphère nord où l’on peut observer des arcs-en-ciel lunaires, générés par la réflexion de la lumière de la lune.

 

jeudi 21 mars 2019

[Collette, Sandrine] Animal






Coup de coeur 💓💓💓


Titre : Animal

Auteur : Sandrine COLLETTE

Editeur : Denoël

Parution : 2019

Pages : 288








Présentation de l'éditeur :   

Humain, animal, pour survivre ils iront au bout d’eux-mêmes. Un roman sauvage et puissant.
Dans l’obscurité dense de la forêt népalaise, Mara découvre deux très jeunes enfants ligotés à un arbre. Elle sait qu’elle ne devrait pas s’en mêler. Pourtant, elle les délivre, et fuit avec eux vers la grande ville où ils pourront se cacher.
Vingt ans plus tard, dans une autre forêt, au milieu des volcans du Kamtchatka, débarque un groupe de chasseurs. Parmi eux, Lior, une Française. Comment cette jeune femme peut-elle être aussi exaltée par la chasse, voilà un mystère que son mari, qui l’adore, n’a jamais résolu. Quand elle chasse, le regard de Lior tourne à l’étrange, son pas devient souple. Elle semble partie prenante de la nature, douée d’un flair affûté, dangereuse. Elle a quelque chose d’animal. Cette fois, guidés par un vieil homme à la parole rare, Lior et les autres sont lancés sur les traces d’un ours. Un ours qui les a repérés, bien sûr. Et qui va entraîner Lior bien au-delà de ses limites, la forçant à affronter enfin la vérité sur elle-même. 
Humain, animal, les rôles se brouillent et les idées préconçues tombent dans ce grand roman où la nature tient toute la place.

 

 

Avis :

Harponnée dès les premiers mots, assommée par les derniers, je ne me souviens pas avoir lu un livre aussi haletant et captivant. Tout au long de l’intrigue, on se cesse de se demander où l’auteur nous emmène. Les rebondissements sont multiples, et si l’on est conscient de se diriger vers un inéluctable auquel il est constamment fait allusion, on se demande bien lequel.

L’écriture, toute en phrases courtes et trépidantes, entraîne le lecteur dans une course, ou plutôt une chute, effrénée. Lior, cette étrange jeune femme aux instincts de sauvageonne, laisse très vite entrevoir l’existence d’une faille dans sa personnalité et son passé. Elle va nous emmener à sa suite dans une succession d’épisodes qui ont tous en commun la quête éperdue de son passé, et qui la dirigeront tout droit dans l’oeil du cyclone, au fond de sa mémoire engloutie, dans le gouffre creusé par son enfance et resté béant malgré toutes ses tentatives de vie normale.

Thriller magistral où la tension ne se relâche jamais, cette histoire où on ne sait plus qui est le chasseur ou le gibier, l’homme ou l’animal, est la terrible illustration de l’immense difficulté de se construire dans l’ignorance de ses racines, surtout lorsqu’elles ont été traumatisantes : les failles intérieures peuvent devenir de véritables trous noirs, qui absorbent tout sur leur passage, dans une folie irrépressible qui laisse l’entourage impuissant.

Il faut absolument lire ce livre d’aventure qui vous prendra aux tripes et vous emmènera au plus proche de la misère et de la nature, dans les bidonvilles, la forêt du Kamtchatka et la jungle népalaise, où survie rime parfois avec sauvagerie et cruauté.
J’avais adoré Il reste la poussière. Cette fois, Animal vient se classer parmi mes lectures les plus marquantes. Je vais m’empresser de me procurer les autres livres de Sandrine Colette, passés et à venir. Très grand coup de coeur.



Citation : 

Dans les contes, se dit Hadrien depuis sa somnolence, les personnages n’ont de cesse d’échapper aux monstres qui peuplent la nuit et les bois. Lior, elle, leur court derrière. Elle entre dans les collines obscures, écarte les lianes et les ronces, écoute les bruits vers lesquels elle se précipite en silence – grognements, râles, déchirements. Pourquoi, nom de Dieu, pense Hadrien. Pour voir. Pour éprouver l’effroi. Pour essayer encore une fois de croire que, lorsqu’on les a tués, les monstres ne renaissent pas, nulle part, ni dans la forêt ni dans la tête. 


Le coin des curieux :

Le Népal n'est pas qu'un pays de montagnes, froid et sec. Il y existe aussi une zone de collines tempérées et une plaine subtropicale, où la jungle est peuplée de tigres. 
Sur les dix dernières années, la population de tigres au Népal a d'ailleurs doublé, résultat du programme de conservation de ces animaux, soutenu par le WWF et Leonardo DiCaprio. Si l'on peut s'en réjouir, la promiscuité résultant du grignotage progressif des terres sauvages par l'homme n'est pas sans créer des conflits, les fauves s'attaquant parfois au bétail domestiqué dont dépend la survie de nombreuses communautés.
Il y a parfois des victimes humaines, notamment en Inde, mais pas toutes accidentelles. En 2017, au Nord-Est de l'Inde, à la frontière népalaise, les autorités ont relevé une concentration anormale de personnes, toutes âgées, tuées par des tigres  : il semblerait que des familles très démunies aient sacrifié leurs aînés pour toucher de l'argent de l'Etat en réparation du drame.


 

 

 

mardi 19 mars 2019

[Gowda, Shilpi Somaya] Un fils en or






Titre : Un fils en or (The Golden Son)

Auteur : Shilpi Somaya GOWDA

Traducteur : Josette CHICHEPORTICHE

Parution : originale en 2015, française en 2016

Editeur : Mercure de France, puis Folio

Pages : 480









Présentation de l'éditeur :   

Anil est un jeune Indien qui commence des études de médecine dans le Gujarat puis part les compléter aux Etats-Unis. Sa redoutable mère rêve pour lui d'une union prestigieuse. Or, depuis qu'il est petit, elle le sait très proche de Leena, la fille d'un métayer pauvre. Quand celle-ci devient une très belle jeune fille, il faut l'éloigner, en la mariant au plus vite. 
Les destins croisés d'Anil et de Leena forment la trame de ce roman - lui en Amérique, qui est loin d'être l'eldorado qu'il croyait ; et elle en Inde, où sa vie sera celle de millions de femmes victimes de mariages arrangés. Ils se reverront un jour, chacun prêt à prendre sa vie en main, après beaucoup de souffrances. Mais auront-ils droit au bonheur ?

 

Un mot sur l'auteur :

Shilpi Somaya Gowda est une romancière canadienne née en 1970 à Toronto, où elle a été élevée par ses parents émigrés de Bombay. 
Durant ses études universitaires, elle participe à une mission humanitaire dans un orphelinat indien, ce qui lui donne la matière de son premier roman, paru en 2010 aux États-Unis : La Fille secrète, traduit en français en 2011 ainsi qu'en 24 autres langues, et vendu à plus d'un million d'exemplaires. En 2015, elle publie Un Fils en or, traduit en français en 2016. Elle vit désormais en Californie.
(Source : Wikipedia) 

 

Avis :

Anil et Leena ont grandi dans un village du Gujarat, état indien au nord de Bombay. Lui est l’aîné d’une famille aisée et considérée. Etudiant brillant adulé par ses parents, il partira aux Etats-Unis parfaire sa formation de médecin. Elle est la fille unique de pauvres métayers, qui se saigneront aux quatre veines pour la doter convenablement et lui permettre de se marier. 
Le roman alterne sans cesse entre les deux histoires : alors que la vie de Leena se déroule selon la tradition rurale ancestrale, au rythme du travail de la terre, marquée par le respect des castes, les arbitrages locaux entre villageois, les mariages arrangés et les histoires de dots, Anil découvre la société occidentale, son individualisme, la pression professionnelle et la compétition entre collègues, le racisme et le déracinement. Après bien des épreuves, à force de détermination, tous deux prouveront que rien n’est jamais figé et que chacun peut trouver la voie qui lui convient.
Découverte de l’Inde et de ses traditions, sort parfois dramatique réservé aux femmes, déracinement et déchirement des expatriés, rude apprentissage du respectable métier de médecin sont les points focaux de ce roman initiatique, sensible et agréable à lire, aux personnages attachants et crédibles. Un presque coup de coeur (4/5).


Le coin des curieux :

La pratique de la dot a été interdite en Inde depuis 1961. Pourtant, elle connaît une recrudescence depuis les années quatre-vingts, dans toutes les classes sociales, entraînant un nombre élevé de décès liés à cette coutume : chaque année, 8000 femmes sont assassinées, brûlées vives par leur époux ou leur belle-famille, parce que leurs familles sont incapables de fournir une dot toujours plus gourmande en raison de la croissance économique. Les Nations Unies dénoncent « l’impunité constante dont bénéficient les auteurs de tels actes ».

 

lundi 18 mars 2019

[Zweig, Stefan] Marie-Antoinette





Coup de coeur 💓💓💓

 

Titre en Français : Marie-Antoinette

Titre original : Marie-Antoinette,
                      
Bildnis eines mittleren Charakters

Auteur : Stefan ZWEIG

Parution : originale en 1932, française en 1933

Editeur : Livre de Poche

Pages : 506








Présentation de l'éditeur :   

Vilipendée par les uns, sanctifiée par les autres, l'« Autrichienne » Marie-Antoinette est la reine la plus méconnue de l'histoire de France. Il fallut attendre Stefan Zweig, en 1933, pour que la passion cède à la vérité.
S'appuyant sur les archives de l'Empire autrichien et sur la correspondance du comte Axel de Fersen, qu'il fut  le premier à pouvoir consulter intégralement, Stefan Zweig retrace avec sensibilité et rigueur l'évolution de la jeune princesse, trop tôt appelée au trône, que la faiblesse et l'impuissance temporaire de Louis XVI vont précipiter dans un tourbillon de distractions et de fêtes.
Dans ce contexte, la sombre affaire du collier, habilement exploitée par ses nombreux ennemis à la cour de France, va inexorablement éloigner Marie-Antoinette de son peuple.
Tracé avec humanité et pénétration, ce portrait est assurément un des chefs-d'œuvre de la biographie classique, où excella l'auteur de Trois poètes de leur vie et de Vingt-quatre heures de la vie d'une femme.

 

Avis :

J'ai passé une semaine en compagnie de Marie-Antoinette, au travers d'une lecture souvent étonnante, parfois drôle, finalement émouvante. 
Stefan Zweig a écrit sa biographie en écartant les sources et témoignages partisans, soit à charge, soit enjolivés, parfois inventés, pour ne retenir que les informations avérées. Il a ensuite recréé un portrait psychologique d'une grande crédibilité et particulièrement vivant. 
J'ai littéralement dévoré ce livre qui se lit de façon aussi fluide et agréable qu'un excellent roman, découvrant de multiples aspects totalement méconnus, tant j'avais en tête auparavant une image d'Epinal pleine de clichés. Je ne m'attendais absolument pas à rire, et pourtant, les décalages entre la perception des personnages et la réalité, tout comme les enchaînements d'évènements et les concours de circonstances, sont tellement stupéfiants, et en même temps si bien expliqués par Zweig, que l'on ne peut que rire d'étonnement. Avant la fin tragique bien sûr, qui n'empêche pas un certain suspense quand on se surprend à espérer ou désespérer de la même manière que Marie-Antoinette. 
C'est ma lecture préférée de Stefan Zweig, un très grand coup de coeur.

dimanche 17 mars 2019

[Chi, Zijian] Le dernier quartier de lune





Coup de coeur 💓

 

Titre : Le dernier quartier de lune

Auteur : Zijian CHI

Traducteurs : Yvonne ANDRE, Stéphane LEVEQUE

Parution : Originale en 2005, française en 2016

Editeur : Philippe Picquier

Pages : 366









Présentation de l'éditeur :   

Ecoutez la voix d’une femme qui n’a pas de nom car son histoire se fond avec celle de la forêt de l’extrême nord de la Chine. 
Elle partage avec son peuple une vie en totale harmonie avec la nature, au rythme des migrations des troupeaux de rennes et du tambour des Esprits frappé par les chamanes. On y rencontre des hommes vigoureux comme des arbres, à qui il arrive de mourir gelés sur leur renne aux sabots en fleur, un vieillard qui élève un autour pour se venger du loup qui l’a rendu infirme, un chamane qui tisse une mirifique robe en plumes pour prendre au piège la femme qu’il aime, et aussi les guerres et les convoitises extérieures qui viennent menacer ce monde fragile. Sa voix coule comme l’eau, de sa venue au monde annoncée par un renne blanc à son grand âge qui n’attend plus que des funérailles dans le vent. 
Et lorsque sa voix se tait, elle continue à résonner en nous comme si quelqu'un de très lointain nous était devenu très proche et ne voulait plus nous quitter.

 

Un mot sur l'auteur :

Chi Zijian est née en 1964 dans la province de Heilongjiang (Chine), où elle réside toujours. Elle commence à publier dès 1985. Son écriture tour à tour sensible et poétique s’attache à décrire les réalités les plus banales de la vie. En 2008, elle a obtenu le grand prix Mao Dun pour son roman Le Dernier Quartier de la lune. Trois de ses ouvrages ont paru aux éditions Bleu de Chine : Le Bracelet de Jade, La Danseuse de Yangge et La Fabrique d’encens. Elle est le seul écrivain à avoir obtenu trois fois le prestigieux prix Lu Xun.
(Source : Editions Philippe Picquier) 

Avis :

Nous partons dans l’extrême nord de la Chine. 
Une très vieille femme Evenk raconte sa vie et celle de son peuple, depuis toujours nomade et éleveur de rennes près de la rivière Argun qui sépare la Russie et la Chine. Dans les années soixante, l'exploitation forestière détruit leur environnement et compromet leur mode de vie. Les autorités chinoises entreprennent de les sédentariser. Leur histoire est semblable à celle des Lapons racontée par Frison-Roche dans La dernière migration. Le récit est ici empreint d'une forte poésie, au travers des souvenirs d'une femme âgée qui a vu disparaître grand nombre des siens, emportés par une vie dure et dangereuse ou tout simplement par le temps, et qui refuse de suivre la jeune génération tentée par la vie en ville. Le roman dépeint un quotidien proche et respectueux de la nature, empli de joies et de douleurs, des relations parfois compliquées au sein du clan, l’omniprésence des esprits que savent influencer les chamans. Divisé en quatre parties comme autant de quartiers de lune, symbole des saisons de la vie, c’est un livre dépaysant, triste et touchant, comme la voix d'une grand-mère aimée dont on sait qu'elle s'éteindra bientôt, inéluctablement. 
Coup de coeur. (5/5)

 




samedi 16 mars 2019

[Bordes, Gilbert] Elle voulait voir la mer







Titre : Elle voulait voir la mer

Auteur : Gilbert BORDES

Editeur : XO

Parution : 2018

Pages : 320










Présentation de l'éditeur :   

Mai 1944.
Jérémie, Rachel et Éloïse doivent quitter la ferme où ils se cachaient depuis plusieurs mois. La milice est à leurs trousses : ils sont juifs, et leur père est un savant dont les connaissances pourraient être capitales pour les nazis.
Marguerite, une jeune boiteuse, et Paul, orphelin de fraîche date, les rejoignent avec chacun sa motivation, plus ou moins avouable.
Commence alors pour les cinq fuyards une aventure dont aucun ne sortira indemne. Ils décident de suivre le cours de la Loire, avec l’espoir de rejoindre l’océan et d’embarquer pour l’Amérique. Mais les méandres sont nombreux. Et périlleux.
Entre trahisons, dénonciations, fausses amitiés et bombardements, ils ne renonceront jamais à leur quête de liberté.
Dix ans après Les Enfants de l’hiver, Gilbert Bordes nous fait vivre une incroyable épopée.
Un grand roman d’aventures et d’initiation dans une des périodes les plus sombres de notre histoire.

 

 

Avis :

Merci à Gilbert Bordes de m'avoir offert son livre, que j'ai lu en ayant l’impression de rajeunir : non pas du haut de ma génération de parents, mais ramenée, par leur innocence et leur optimisme, à l’âge des protagonistes. En fait, au cours de ma lecture, j’ai souvent pensé à un roman pour la jeunesse : initiatique, faisant revivre notre Histoire, où les méchants ne parviennent jamais à l’être complètement, et où triomphent la tolérance et l’ouverture à la différence. Cette histoire renouvelle le thème à première vue plutôt classique d’enfants en fuite pendant la guerre en France, par l’originalité de leur parcours le long de la Loire, seuls, et vers la gueule du loup qu’est Saint-Nazaire. 
J’ai aimé la lecture fluide et facile, imprégnée des parfums du terroir français, empreinte d’une sorte de nostalgie pour la proximité aujourd’hui perdue avec la nature, et où transparaissent la passion de l'auteur pour la pêche et le violon. Si la crédibilité de l'histoire n’est pas toujours égale, on se retrouve embarqué, avec curiosité et sans temps mort, dans un joli conte plein de tendresse, qu’on imagine sans peine adapté en un sympathique téléfilm pour tout public.