J'ai aimé
Titre : Nishim
Auteur : Michel JEAN
Parution : 2026 (Seuil)
Pages : 272
Accès au livre : ISBN 9782021624861
en librairie
Présentation de l'éditeur :
Pekuakami, lac Saint-Jean… La jeune Claude rêve au lac majestueux dans le train qui file vers la communauté de Pointe-Bleue où vit sa grand-mère Almanda. Ce jour-là, elle croise par hasard sa cousine Jeannette dont la famille mène encore la vie innue traditionnelle en forêt. C’est le début d’une amitié indéfectible entre les deux nishim. Et alors que Claude, sillonnant l’Amérique, se laisse emporter par la modernité et la Révolution tranquille des années 1960, Jeannette fait l’expérience des pensionnats, puis de la vie difficile dans la communauté. Jamais Jeannette ne cessera de se battre, pour elle et pour les siens. Jamais Claude n’oubliera ses racines innues.
Dans ce magnifique roman, Michel Jean renoue avec sa mythologie familiale. Il donne cette fois la parole aux petites-filles d’Almanda, deux femmes exceptionnelles, deux visages de la réalité autochtone du Québec.
Le mot de l'éditeur sur l'auteur :
Michel Jeanest un journaliste et écrivain innu, appartenant à la communauté de Mashteuiatsh, sur les bords du lac Saint-Jean au Québec. Il est l’auteur d’une dizaine de romans, dont Tiohtiá:ke et Kukum, qui s’est vendu à plus de 300 000 exemplaires et a été couronné par de nombreux prix littéraires, dont le prix Points des lecteurs 2023.
Avis :
Voix majeure de la littérature autochtone au Québec, le romancier et journaliste innu Michel Jean a connu un succès considérable avec Kukum, récit consacré à son arrière‑grand‑mère. Il en publie aujourd’hui le prolongement, plus généalogique que narratif et donc lisible indépendamment, en revenant cette fois sur le parcours de sa mère et de sa tante – nishim signifie « cousine » – pour déployer une autre ligne de transmission au sein de l’histoire familiale et des peuples premiers au Canada.
Toutes deux petites‑filles d’Almanda, cette orpheline québécoise qui avait choisi de partager la vie innue et dont Kukum retraçait le parcours, Claude et sa cousine Jeannette voient leur destin se séparer en raison de leurs milieux familiaux et de la société canadienne des années 1960. Jeannette grandit au sein de la communauté traditionnelle de Mashteuiatsh, dans un univers encore structuré par les pratiques nomades, et subit de plein fouet la sédentarisation forcée et les pensionnats autochtones. Elle n’en reviendra pas moins parmi les siens, reprenant une existence innue profondément transformée par les traumatismes collectifs, marquée par la précarité et l’effritement des repères, mais soutenue par des liens et des attitudes qui prolongent l’héritage ancestral. Claude, élevée dans un foyer québécois mixte déterminé à l’inscrire dans la modernité, évolue à l’extérieur de la communauté, sans non plus que son assimilation efface jamais son sang et sa mémoire. Restée innue au tréfonds d’elle‑même, elle aussi finira par renouer avec son identité profonde, réaffirmant par cette constance silencieuse ce qui la relie à sa lignée.
D’un côté une violence institutionnelle faite d’arrachement, d’enfermement et d’effacement culturel, de l’autre une intégration contrariée au sein de la société québécoise blanche : peu importe le mode d’assimilation, ces deux trajectoires ont en commun une fracture douloureuse et durable, qui n’empêche pourtant pas les identités de se recomposer tant bien que mal, ni l’héritage de se transmettre. À elles deux, elles illustrent la multiplicité des formes de survie, qu’il s’agisse de maintenir vivante la communauté en dépit des traumatismes, ou de préserver le lien dans la diaspora, loin des repères initiaux mais dans la fidélité à une mémoire vivace.
La survie apparaît ici comme un mouvement collectif autant qu’individuel, que l’écriture rend tangible en rassemblant des vies dispersées par l’histoire. La restitution de ces deux destins inscrit Michel Jean lui‑même dans la chaîne de transmission. À travers son roman, il porte, protège et prolonge cet héritage longtemps fragilisé dont il se sait dépositaire. Il en exprime d’ailleurs discrètement la fierté, fondée sur la conviction que nommer ces existences et les replacer dans leur vérité historique contribue à sauvegarder un peuple dont la mémoire a été menacée. Le livre se lit ainsi comme un acte de préservation autant que comme un récit, rappelant que la résilience autochtone se construit aussi dans une parole qui traverse les ruptures.
Nécessaire dans sa dimension historique et dans le travail de mémoire qu’il accomplit, ce texte engagé s’avère plus didactique que véritablement romanesque, sans doute en raison d’une narration très linéaire et factuelle, privilégiant l’aspect documentaire du témoignage à l’intériorité des personnages. La densité littéraire s’en trouve d’autant réduite que, la clarté pédagogique l’emportant sur le style, l’écriture se voit ramenée à une simplicité souvent minimaliste que l’on destinerait volontiers à un public presque enfantin. Reste un geste fort et bouleversant de sauvegarde et de réaffirmation de l’identité innue, et un livre à mettre entre toutes les mains, notamment scolaires. (3,5/5)
Toutes deux petites‑filles d’Almanda, cette orpheline québécoise qui avait choisi de partager la vie innue et dont Kukum retraçait le parcours, Claude et sa cousine Jeannette voient leur destin se séparer en raison de leurs milieux familiaux et de la société canadienne des années 1960. Jeannette grandit au sein de la communauté traditionnelle de Mashteuiatsh, dans un univers encore structuré par les pratiques nomades, et subit de plein fouet la sédentarisation forcée et les pensionnats autochtones. Elle n’en reviendra pas moins parmi les siens, reprenant une existence innue profondément transformée par les traumatismes collectifs, marquée par la précarité et l’effritement des repères, mais soutenue par des liens et des attitudes qui prolongent l’héritage ancestral. Claude, élevée dans un foyer québécois mixte déterminé à l’inscrire dans la modernité, évolue à l’extérieur de la communauté, sans non plus que son assimilation efface jamais son sang et sa mémoire. Restée innue au tréfonds d’elle‑même, elle aussi finira par renouer avec son identité profonde, réaffirmant par cette constance silencieuse ce qui la relie à sa lignée.
D’un côté une violence institutionnelle faite d’arrachement, d’enfermement et d’effacement culturel, de l’autre une intégration contrariée au sein de la société québécoise blanche : peu importe le mode d’assimilation, ces deux trajectoires ont en commun une fracture douloureuse et durable, qui n’empêche pourtant pas les identités de se recomposer tant bien que mal, ni l’héritage de se transmettre. À elles deux, elles illustrent la multiplicité des formes de survie, qu’il s’agisse de maintenir vivante la communauté en dépit des traumatismes, ou de préserver le lien dans la diaspora, loin des repères initiaux mais dans la fidélité à une mémoire vivace.
La survie apparaît ici comme un mouvement collectif autant qu’individuel, que l’écriture rend tangible en rassemblant des vies dispersées par l’histoire. La restitution de ces deux destins inscrit Michel Jean lui‑même dans la chaîne de transmission. À travers son roman, il porte, protège et prolonge cet héritage longtemps fragilisé dont il se sait dépositaire. Il en exprime d’ailleurs discrètement la fierté, fondée sur la conviction que nommer ces existences et les replacer dans leur vérité historique contribue à sauvegarder un peuple dont la mémoire a été menacée. Le livre se lit ainsi comme un acte de préservation autant que comme un récit, rappelant que la résilience autochtone se construit aussi dans une parole qui traverse les ruptures.
Nécessaire dans sa dimension historique et dans le travail de mémoire qu’il accomplit, ce texte engagé s’avère plus didactique que véritablement romanesque, sans doute en raison d’une narration très linéaire et factuelle, privilégiant l’aspect documentaire du témoignage à l’intériorité des personnages. La densité littéraire s’en trouve d’autant réduite que, la clarté pédagogique l’emportant sur le style, l’écriture se voit ramenée à une simplicité souvent minimaliste que l’on destinerait volontiers à un public presque enfantin. Reste un geste fort et bouleversant de sauvegarde et de réaffirmation de l’identité innue, et un livre à mettre entre toutes les mains, notamment scolaires. (3,5/5)
Citations :
Il n’avait fallu que quelques décennies aux Blancs pour mettre fin à cinq mille ans de nomadisme. Nous étions les derniers. Savions-nous que notre monde s’éteignait ?
Pointe-Bleue se transformait en village. Pas comme ceux des Blancs où on vit avec l’espoir de s’inventer un avenir. Nous étions là parce qu’il ne nous restait rien d’autre.
Pointe-Bleue se transformait en village. Pas comme ceux des Blancs où on vit avec l’espoir de s’inventer un avenir. Nous étions là parce qu’il ne nous restait rien d’autre.
Quel avenir ? J’ignorais ce que l’avenir me réservait. Les bûcherons grugeaient toujours plus notre territoire. Y vivre devenait difficile, voire impossible. Le nomadisme tel que nous l’avions pratiqué pendant des milliers d’années s’arrêterait avec moi. Comme on accepte ça ? Comment on voit l’horizon quand le ciel s’obscurcit ? Et surtout, comment expliquer à ma nishim ce qu’était un pensionnat indien ? Que ce n’était pas vrai que c’était une école. Pas comme celle qu’elle fréquentait à Alma en tout cas. Nos professeurs cherchaient davantage à nous faire désapprendre qu’à nous apprendre. Désapprendre à être innus, pour devenir blancs.
J’ai vu mon père souffrir. Lui qui avait toujours été un grand chasseur, dont tout le savoir était lié au territoire, n’était plus qu’un Indien désoeuvré. J’ai senti sa peine. Je l’ai partagée. Je la ressens encore aujourd’hui et je pense souvent à lui. J’espère qu’il a trouvé le réconfort. J’ai vu le sentiment de communauté, qui était si fort chez les Innus, perdre son sens et s’effriter. J’ai vécu la fin du monde, mon monde, et on m’a obligée à vivre dans un autre monde, leur monde. Qui pensait qua ça pouvait bien se passer ensuite ?
Ca ne dérangeait personne à Québec et à Ottawa que quelqu’un comme moi vive ou meure. Tout ce qui comptait, c’était de nier l’Indien dans l’enfant. C’était écrit dans la loi sur les pensionnats.
Ceux qui nient nos enfants enlevés et disparus n’ont pas plus de coeur que les monstres qui nous les ont pris.







