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Titre : Vorace (Lakome)
Auteur : Malgorzata LEBDA
Traduction : Lydia WALERYSZAK
Parution : en polonais en 2023,
en français en 2026 (Noir sur Blanc)
Pages : 272
Présentation de l'éditeur :
Prix Empik 2023 de la découverte littéraire de l’année en Pologne
Finaliste du prix Niké 2024, qui récompense le meilleur livre polonais
Finaliste du prix Niké 2024, qui récompense le meilleur livre polonais
Traversée
par les grands questionnements, les émotions et les douleurs de notre
temps, une jeune femme retourne dans le village de son enfance pour
prendre soin de sa grand-mère mourante. Avec son amie Ann, qui est une
étrangère, elle s’applique à réchauffer le corps et l’esprit de cette
femme âgée dont elle vient : gratter, masser, nourrir la peau, apaiser
les douleurs, tout en ravivant les souvenirs et l’émerveillement devant
le monde. Lire des poèmes, des descriptions d’oiseaux, et, le plus
possible, accueillir le vivant, les plantes, les insectes, les petits et
les grands animaux, jusque sur le lit. De son côté, le grand-père
s’affaire à réparer la maison, qui est un autre corps malade, lui aussi
marqué par le passage du temps, lui aussi susceptible de se raconter.
Aux abords du village de Maj, il y a des champs, des renards, des étourneaux, des forêts dans le vent et la neige, et il y a un abattoir industriel qui ne s’arrête jamais.
Avec ce premier roman salué de toutes parts, la poétesse Małgorzata Lebda nous conduit dans la région des Beskides. Elle y dépeint les saisons changeantes, la lumière, les corps, la transmission de femme à femme, l’amour et la beauté fragile de l’existence.
Aux abords du village de Maj, il y a des champs, des renards, des étourneaux, des forêts dans le vent et la neige, et il y a un abattoir industriel qui ne s’arrête jamais.
Avec ce premier roman salué de toutes parts, la poétesse Małgorzata Lebda nous conduit dans la région des Beskides. Elle y dépeint les saisons changeantes, la lumière, les corps, la transmission de femme à femme, l’amour et la beauté fragile de l’existence.
Le mot de l'éditeur sur l'auteur :
Małgorzata Lebda est écrivaine,
chercheuse, photographe et ultra-marathonienne (en 2021, elle a couru 1
113 kilomètres le long de la Vistule dans le cadre d’un projet
d’activisme poétique intitulé « Lire l’eau »). Née en Pologne en 1985,
elle a publié huit recueils de poèmes pour lesquels elle a reçu quantité
de prix. Vorace, son premier roman, a été salué en Pologne comme la « découverte littéraire de l’année ». Avec Dunaj. Chyłe pola (2025), elle est honorée par le prix Kościelski, comme avant elle Mrożek, Stasiuk et Tokarczuk.
Małgorzata Lebda vit avec des êtres humains et non humains dans la région montagneuse des Beskides.
Małgorzata Lebda vit avec des êtres humains et non humains dans la région montagneuse des Beskides.
Avis :
Avec pour thèmes l’usure du temps, la maladie et le deuil, ce premier roman polonais très remarqué transpose dans la fiction la vitalité prédatrice de la nature qui imprégnait déjà les poèmes de Małgorzata Lebda. Renvoyant dès le titre à cette dynamique de dévoration multiple, le récit déploie un univers où les forces biologiques, émotionnelles et paysagères obéissent à un mouvement d’érosion, d’appétit et de transformation.
Accompagnée de son amie d’enfance Ann, la narratrice revient dans son village natal pour veiller les derniers jours de sa grand‑mère, figure centrale dont la lente disparition aimante tout le récit. Tandis que, dans une sorte de réflexe instinctif, le grand‑père s’acharne à réparer et renforcer l’habitation – comme si consolider autour pouvait conjurer l’effondrement intérieur du corps malade –, les deux jeunes femmes prennent soin, en silence, de leur aînée. Leur intimité fusionnelle s'organise comme une barricade fragile au coeur d’un cadre rural pressuré de toutes parts : la nature proche, d’une vitalité à la fois somptueuse et maléfique, peuplée de créatures aussi merveilleuses que carnassières et animée d’une force vengeresse qui multiplie les glissements de terrain comme pour engloutir le village, répond aux prédations humaines, plus brutales encore, qui hantent l’abattoir voisin, omniprésent avec ses longues coulées de sang, ses remugles et les cris des bêtes promises à la mort. L’ensemble campe un théâtre oppressant où la voracité du monde, animale, tellurique et humaine, fait écho à celle de la maladie.
Situé dans les Beskides, chaîne montagneuse du sud de la Pologne dont Malgorzata Lebda est originaire, le roman puise dans ce territoire rude et forestier une puissance archaïque qui déborde largement le simple cadre géographique. Ces montagnes, faites de vallées encaissées, de forêts denses et de sols instables, forment un écosystème où la nature apparaît à la fois nourricière et menaçante, et où l’humain, jamais maître, reste exposé à des forces plus anciennes que lui. Dans cette configuration où les corps, les lieux et les forces naturelles semblent céder à une même logique insatiable, la narration transcende la chronique du deuil pour observer comment la vie se resserre autour de ce qui la ronge. Le prisme de la maladie contaminant l'entour et le paysage en même temps que les gestes et le relationnel, la nature, d'une vitalité traversée de pulsions destructrices, agit comme une présence souveraine, impitoyable dans la manière dont ses secousses souterraines font écho aux violences de l’abattoir – incarnation répugnante de la rapacité humaine. De cette porosité mortifère naît une tension narrative qui instille peu à peu un malaise face à un monde où tout mute, se dégrade et finit par périr, la vie réduite en menace et en sursis. Ainsi se dessine une vision âpre et charnelle de la fragilité du vivant où, du corps rongé par le cancer au sol qui s'effondre, rien n'échappe à la dramaturgie de l’usure et de la résistance.
Avec la force de son imaginaire, la densité travaillée de sa langue et sa façon de faire dialoguer finitude, violence et paysages millénaires, le livre se distingue autant par son écriture sensorielle, héritée de la poésie, que par sa capacité à incarner la nature en une puissance mythique, souffrante elle aussi, parfois hostile dans sa luxuriance étrange, miroir de la maladie et du vivant. Cette originalité formelle, frôlant la surcharge symbolique dans une atmosphère suffocante qui écrase presque l'intrigue et les personnages, désarçonne par son opacité et sa noirceur, tant le récit privilégie la vibration du monde à l’avancée narrative. Pourtant, ce roman de femmes et de transmission sororale, qui fait de la maison un refuge où circulent savoirs, entraide et gestes de soin comme langage face à la lourde présence de la mort, déploie une émotion d'autant plus touchante que totalement retenue et muette. Au croisement de l’attention minutieuse aux corps et de la violence du monde qui les entoure, se révèle une expérience de deuil où, dépassant le drame, se rejouent les liens, les héritages et la persistance têtue de la vie. (4/5)
Accompagnée de son amie d’enfance Ann, la narratrice revient dans son village natal pour veiller les derniers jours de sa grand‑mère, figure centrale dont la lente disparition aimante tout le récit. Tandis que, dans une sorte de réflexe instinctif, le grand‑père s’acharne à réparer et renforcer l’habitation – comme si consolider autour pouvait conjurer l’effondrement intérieur du corps malade –, les deux jeunes femmes prennent soin, en silence, de leur aînée. Leur intimité fusionnelle s'organise comme une barricade fragile au coeur d’un cadre rural pressuré de toutes parts : la nature proche, d’une vitalité à la fois somptueuse et maléfique, peuplée de créatures aussi merveilleuses que carnassières et animée d’une force vengeresse qui multiplie les glissements de terrain comme pour engloutir le village, répond aux prédations humaines, plus brutales encore, qui hantent l’abattoir voisin, omniprésent avec ses longues coulées de sang, ses remugles et les cris des bêtes promises à la mort. L’ensemble campe un théâtre oppressant où la voracité du monde, animale, tellurique et humaine, fait écho à celle de la maladie.
Situé dans les Beskides, chaîne montagneuse du sud de la Pologne dont Malgorzata Lebda est originaire, le roman puise dans ce territoire rude et forestier une puissance archaïque qui déborde largement le simple cadre géographique. Ces montagnes, faites de vallées encaissées, de forêts denses et de sols instables, forment un écosystème où la nature apparaît à la fois nourricière et menaçante, et où l’humain, jamais maître, reste exposé à des forces plus anciennes que lui. Dans cette configuration où les corps, les lieux et les forces naturelles semblent céder à une même logique insatiable, la narration transcende la chronique du deuil pour observer comment la vie se resserre autour de ce qui la ronge. Le prisme de la maladie contaminant l'entour et le paysage en même temps que les gestes et le relationnel, la nature, d'une vitalité traversée de pulsions destructrices, agit comme une présence souveraine, impitoyable dans la manière dont ses secousses souterraines font écho aux violences de l’abattoir – incarnation répugnante de la rapacité humaine. De cette porosité mortifère naît une tension narrative qui instille peu à peu un malaise face à un monde où tout mute, se dégrade et finit par périr, la vie réduite en menace et en sursis. Ainsi se dessine une vision âpre et charnelle de la fragilité du vivant où, du corps rongé par le cancer au sol qui s'effondre, rien n'échappe à la dramaturgie de l’usure et de la résistance.
Avec la force de son imaginaire, la densité travaillée de sa langue et sa façon de faire dialoguer finitude, violence et paysages millénaires, le livre se distingue autant par son écriture sensorielle, héritée de la poésie, que par sa capacité à incarner la nature en une puissance mythique, souffrante elle aussi, parfois hostile dans sa luxuriance étrange, miroir de la maladie et du vivant. Cette originalité formelle, frôlant la surcharge symbolique dans une atmosphère suffocante qui écrase presque l'intrigue et les personnages, désarçonne par son opacité et sa noirceur, tant le récit privilégie la vibration du monde à l’avancée narrative. Pourtant, ce roman de femmes et de transmission sororale, qui fait de la maison un refuge où circulent savoirs, entraide et gestes de soin comme langage face à la lourde présence de la mort, déploie une émotion d'autant plus touchante que totalement retenue et muette. Au croisement de l’attention minutieuse aux corps et de la violence du monde qui les entoure, se révèle une expérience de deuil où, dépassant le drame, se rejouent les liens, les héritages et la persistance têtue de la vie. (4/5)


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