Coup de coeur 💓
Titre : Traité sur l'intolérance
Auteur : Richard MALKA
Parution : 2023 (Grasset)
Pages : 96
Présentation de l'éditeur :
Après Le droit d’emmerder Dieu, éloge du droit au blasphème,
Richard Malka revient sur l’origine profonde d’une guerre millénaire au
sein de l’Islam : la controverse brûlante sur la nature du Coran.
Plus qu’une plaidoirie, ces pages mûries pendant des années questionnent ce qu’il est advenu de l’Islam entre le VIIe et le XIe siècle, déchiré entre raison et soumission.
Les radicaux ont gagné, effectuant un tri dans le Coran et les paroles du Prophète, oppressant leurs ennemis – au premier rang desquels les musulmans modérés, les musiciens, artistes, philosophes, libres penseurs, les femmes et minorités sexuelles.
Plonger avec passion dans cette cassure au sein d’une religion n’est pas être « islamophobe », c’est regarder l’histoire en face.
Traité sur l’intolérance est une méditation puissante, un appel aux islamologues du savoir et de la nuance – pour qu’enfin chacun sache, comprenne, échange, s’exprime.
Plus qu’une plaidoirie, ces pages mûries pendant des années questionnent ce qu’il est advenu de l’Islam entre le VIIe et le XIe siècle, déchiré entre raison et soumission.
Les radicaux ont gagné, effectuant un tri dans le Coran et les paroles du Prophète, oppressant leurs ennemis – au premier rang desquels les musulmans modérés, les musiciens, artistes, philosophes, libres penseurs, les femmes et minorités sexuelles.
Plonger avec passion dans cette cassure au sein d’une religion n’est pas être « islamophobe », c’est regarder l’histoire en face.
Traité sur l’intolérance est une méditation puissante, un appel aux islamologues du savoir et de la nuance – pour qu’enfin chacun sache, comprenne, échange, s’exprime.
Le mot de l'éditeur sur l'auteur :
Richard Malka, avocat, romancier, scénariste de romans graphiques, est l’auteur chez Grasset de Tyrannie (2018), d’Eloge de l’irrévérence avec Georges Kiejman (2019), du Voleur d'amour (2021) et du Droit d'emmerder Dieu (2021).
Avis :
Après Le droit d’emmerder Dieu, qui, en 2021, retranscrivait sa plaidoirie lors du procès des attentats de 2015, Richard Malka, avocat de Charlie Hebdo, publie cette fois son intervention lors du procès en appel, à l’automne 2022.Partant du préambule qu’ « On ne triomphe d’une peur qu’en en combattant la source, en l’occurrence la vision des frères Kouachi », et que, selon Voltaire dont la salle du procès porte le nom, « Il est honteux que les fanatiques aient du zèle et que les sages n’en aient pas », l’avocat démonte la thèse du blasphème, avancée par les accusés pour justifier de leur vengeance terroriste, en remontant aux origines de l’Islam et à l’émergence de deux courants théologiques : le mutazilisme, prônant l’exercice de la raison dans la croyance, et, s’y opposant de tout son rigorisme radical au prétexte d’un Coran « incréé », c’est-à-dire d’origine divine et ne pouvant tolérer ni interprétation ni critique, le hanbalisme, dont le wahhabisme saoudien et le salafisme sont aujourd’hui des émanations extrêmes.
De cette fracture historique sont ainsi nés « un islam des lumières et un islam des ténèbres. » Aussi vindicatif que dogmatique, c’est le second qui a fini par s’imposer toujours davantage. Choisissant, pour mieux dominer le monde - « C’est une recette aussi vieille que l’humanité que de mobiliser la colère de son peuple contre un ennemi extérieur pour pouvoir le maintenir en servitude. » -, d’appliquer à la lettre les versets les plus violents du Coran sans tenir compte de l’évolution du contexte au fil des siècles, il aboutit à un système où règnent, sans limite aucune, intolérance et violence, au détriment de toute liberté de conscience, de pensée et d’expression.
Alors, parce que « Plus on sacralise les croyances, moins on respecte les hommes et, pas à pas, on chemine vers l’obscurité », parce que « Les portes du savoir ne doivent jamais se fermer, ni en religion, ni à l’université », et parce que se taire est accepter que la peur triomphe, Richard Malka poursuit courageusement son appel à la prise de responsabilité. Il ne peut y avoir de tolérance pour l’intolérance : il en va de la survie de la raison et de l’intelligence face au dogmatisme et à l’obscurantisme, de la primauté de la paix sur la violence, de la préservation des valeurs démocratiques de notre société.
« Ne pas oser le dénoncer, ce n’est pas être tolérant, c’est abandonner les hommes à leur malheur. » Lire et diffuser ce Traité sur l’intolérance, c’est refuser de se résigner. Coup de coeur. (5/5)
Citations :
Voltaire… Le pourfendeur des religions, l’esprit libre, révolutionnaire, celui dont on a brûlé le dictionnaire philosophique dans le bûcher du chevalier de La Barre, l’auteur du Traité sur la tolérance et de la pièce de théâtre Le Fanatisme ou Mahomet le Prophète que l’on n’ose plus jouer nulle part au monde ou presque. Celui qui n’hésitait pas à affirmer, en un temps ou cela entraînait la mort, l’enfermement ou l’exil, plus certainement qu’aujourd’hui, que le christianisme était la religion « la plus ridicule, la plus absurde et la plus sanguinaire qui ait jamais infecté le monde », ou encore « la superstition la plus infâme qui ait jamais abruti les hommes et désolé la terre ».
Ainsi osait-on parler des religions au XVIIIe siècle. Il est de ceux auxquels nous devons de vivre libres. Mais nous ne le savons plus, nous l’avons oublié.
Ainsi osait-on parler des religions au XVIIIe siècle. Il est de ceux auxquels nous devons de vivre libres. Mais nous ne le savons plus, nous l’avons oublié.
La réalité, c’est que jusqu’à ce jour, malgré toutes mes interventions, je n’ai fait que plaider des conséquences de la terreur, et en effleurer la cause, parce que la cause fait peur et qu’elle est si délicate à évoquer.
Voilà pourquoi plaider. Pour nommer la cause, clairement, sans circonvolutions, comme celui dont cette salle porte le nom l’aurait sûrement fait. Je n’ai pas son génie mais au moins, il faut essayer d’en être digne.
Et pourquoi nommer la cause ? Parce que la pensée provient du langage. Si on ne nomme pas, alors on ne peut pas raisonner. Si l’on ne pose pas le diagnostic d’une maladie, on n’a aucune chance d’y trouver un remède. Et les massacres se poursuivront, inexorablement.
On ne triomphe d’une peur qu’en en combattant la source, en l’occurrence la vision de l’islam des frères Kouachi. La peur, chez l’humain, ne peut produire que deux réactions : la violence ou la soumission. C’est une détestable alternative et si nous ne parlons pas, nous aurons l’une ou l’autre, voire les deux.
Il faut combattre cette vision car il en va de l’intérêt de tous et parce que, pour citer une dernière fois Voltaire, « il est honteux que les fanatiques aient du zèle et que les sages n’en aient pas ».
L’islam des Kouachi, mon accusé, n’a rien de marginal ; il veut, depuis mille ans, tout écraser, éliminer, supprimer, à commencer par les autres courants de l’islam avec, parfois, la complicité de certains de nos intellectuels, écrivains ou politiques.
J’avais évoqué, il y a deux ans, leurs réactions au moment de la publication des caricatures par Charlie Hebdo. Je n’aurai pas la cruauté de rappeler les propos de certains sur Salman Rushdie au moment de la publication des Versets sataniques.
Salman Rushdie qui, dénonçant en 2017 « l’aveuglement stupide des gens de gauche qui font tout pour dissocier le fondamentalisme de l’islam », s’alarmait de « l’évolution radicale de l’islam, dévoré par ce fanatisme qu’est le wahhabisme » et nous exhortait « à voir la réalité des origines du jihadisme qui n’est pas extérieur à l’islam ».
Adonis a consacré un livre entier à cette question, relevant que, sur 3 000 versets du Coran, 518 portent sur des châtiments ; les supplices divers et variés font l’objet de plus de 370 versets dont les versets 70 et 72 de la sourate 40 qui promettent à ceux qui désobéissent d’être « traînés avec des chaînes dans l’eau bouillante et précipités dans le feu ». C’est un exemple parmi d’autres. Mais comment faire si l’on se refuse la faculté d’interpréter le texte ? On fait bouillir de l’eau ?
Tant d’intellectuels arabes se battent pour qu’une autre vision triomphe. Mais ils sont traités de tous les noms puis on leur accole le qualificatif de « sulfureux » et ensuite on ne veut plus les entendre ; leurs voix disparaissent.
De cette question du blasphème, c’est-à-dire de la possibilité de la critique – ce qui heurte frontalement la thèse du Coran incréé –, dépend la vision de l’islam qui l’emportera. C’est la clé du futur.
Nous sommes, dans cette salle d’audience, malgré nous, des acteurs de ce débat millénaire.
Cette salle Voltaire se retrouve à l’épicentre de cette controverse théologique millénaire parce que la France est le porte-étendard mondial, en raison de son histoire, du droit à la critique des religions et parce que le journal Charlie Hebdo était et reste le gardien de cet étendard.
Alors, ne serait-ce que pour convaincre quelques personnes, on ne peut pas renoncer à parler, à analyser, à nommer, à critiquer, à caricaturer la monstruosité de la vision des Kouachi. Sinon, c’est foutu. Voilà pourquoi plaider.
Nous sommes, dans cette salle d’audience, malgré nous, des acteurs de ce débat millénaire.
Cette salle Voltaire se retrouve à l’épicentre de cette controverse théologique millénaire parce que la France est le porte-étendard mondial, en raison de son histoire, du droit à la critique des religions et parce que le journal Charlie Hebdo était et reste le gardien de cet étendard.
Alors, ne serait-ce que pour convaincre quelques personnes, on ne peut pas renoncer à parler, à analyser, à nommer, à critiquer, à caricaturer la monstruosité de la vision des Kouachi. Sinon, c’est foutu. Voilà pourquoi plaider.
Plus on sacralise les croyances, moins on respecte les hommes et, pas à pas, on chemine vers l’obscurité.
(…) c’est ce qu’on a fait pour Charlie Hebdo, pour Salman Rushdie, pour Taslima Nasreen et même pour Samuel Paty. Une partie de notre élite s’acharne à rendre ces victimes de la terreur responsables de ce qui leur est arrivé.
Si on ne tient pas compte du contexte, on ne peut pas comprendre une littérature, aussi sacrée soit-elle », nous a précisé Delphine Horvilleur et elle a raison d’ajouter que « toute lecture est déjà une interprétation, qu’on le veuille ou non ».
Une expérience a été menée par des ethnologues qui sont allés voir des bardes en Serbie, tous les cinq ans, en leur demandant de leur raconter une même épopée de leur clan. Les bardes ne comprenaient pas pourquoi on leur demandait de se répéter, ne se rendant même pas compte qu’à chaque fois, leur récit était différent du précédent. Il s’agissait des mêmes narrateurs à seulement cinq ans d’intervalle. Vous pouvez imaginer la fiabilité d’un récit répété sur trois siècles par une chaîne de multiples générations.
Les portes du savoir ne doivent jamais se fermer, ni en religion, ni à l’université.
Le salafisme, dont on nous dit que les prédicateurs doivent être protégés même quand ils sont antisémites et homophobes, le wahhabisme et ses milliards déversés, les Frères musulmans, le Tabligh, ont confisqué une religion pour en imposer une vision politique et pour y parvenir, ils émettent des fatwas contre de prétendus blasphémateurs.
Ce n’est pas moi qui l’affirme mais Hamadi Redissi, érudit islamologue tunisien, professeur de sciences politiques à l’université de Tunis et probablement le plus grand expert des textes coraniques sur le blasphème, qui déplore que « l’islam sectaire wahhabite soit devenu l’islam, ce qui est d’abord une tragédie pour les musulmans ».
Le questionnement de l’islam, ce n’est pas de l’islamophobie, c’est une condition de sa survie et de la nôtre.
C’est le seul moyen pour que l’islam de la spiritualité et de la liberté, l’islam du courageux policier Ahmed Merabet, triomphe de celui des Kouachi qui instrumentalise, terrifie et fanatise.
Ce ne sont pas des textes de paix et d’amour. Il faut n’en avoir jamais lu une ligne pour le prétendre. Ni la Torah, ni le Coran.
S’agissant de l’homosexualité, la punition en est la mort dans le Lévitique et dans le livre de Josué, successeur de Moïse, on exhorte les juifs à massacrer des villes entières. Quant au blasphème, il est puni par la lapidation de manière bien plus explicite dans la Torah que dans le Coran. Mais cela, je peux le dire sans difficulté car je parle du judaïsme ou du christianisme, je ne risque rien. En revanche, dire cela de l’islam, c’est risquer sa liberté voire sa vie et ça, c’est un immense problème.
Heureusement, ces textes ont été interprétés mille fois, en particulier dans le Talmud qui est une réécriture de la Torah.
L’interprétation, la critique et même l’humour grinçant de Charlie Hebdo, sont une nécessité vitale pour les religions elles-mêmes et surtout pour les hommes.
S’agissant de l’homosexualité, la punition en est la mort dans le Lévitique et dans le livre de Josué, successeur de Moïse, on exhorte les juifs à massacrer des villes entières. Quant au blasphème, il est puni par la lapidation de manière bien plus explicite dans la Torah que dans le Coran. Mais cela, je peux le dire sans difficulté car je parle du judaïsme ou du christianisme, je ne risque rien. En revanche, dire cela de l’islam, c’est risquer sa liberté voire sa vie et ça, c’est un immense problème.
Heureusement, ces textes ont été interprétés mille fois, en particulier dans le Talmud qui est une réécriture de la Torah.
L’interprétation, la critique et même l’humour grinçant de Charlie Hebdo, sont une nécessité vitale pour les religions elles-mêmes et surtout pour les hommes.
Pour éviter d’autres Kouachi, d’autres Coulibaly, d’autres femmes incendiées, nous avons besoin de connaissances, d’études, de thèses, de débats et il n’y en a quasiment plus en France, à l’université, aujourd’hui. On ne le permet plus, sous différents prétextes, s’en désole l’islamologue Bernard Rougier. La peur et le silence ont triomphé.
À Charlie Hebdo, on ne s’y résigne pas. La religion est un sujet trop sérieux pour en laisser l’étude aux seuls religieux.
On en est arrivé là parce que l’arme du blasphème, nous explique Gilles Kepel, a fait l’objet d’une surenchère de radicalité entre Daech et Al-Qaïda, entre l’Iran et l’Arabie Saoudite, entre le sunnisme et le chiisme, qui, je le cite, « se disputent la mobilisation de leurs coreligionnaires dans un jihad universel contre l’Occident judéo-chrétien ».
C’est une recette aussi vieille que l’humanité que de mobiliser la colère de son peuple contre un ennemi extérieur pour pouvoir le maintenir en servitude.
Ce n’est ni anecdotique, ni marginal, mon accusé (La Religion] sévit et sévira encore tant que l’islam du Coran incréé, du refus des interprétations, des tracts et des réseaux sociaux, de la toute-puissance d’un Dieu qui écrase les hommes, se fera davantage entendre que l’islam du savoir et du doute.
Il faut écouter Omar Youssef Souleimane, l’écrivain, qui évoque « des quartiers entiers récupérés par l’islamisme », nous relatant qu’arrivé en France, il a constaté une islamisation « que même en Syrie on ne trouvait pas sauf dans quelques villages fanatisés », en particulier avec le voilement de fillettes de 9 ans.
Ces pratiques n’existaient pas dans les générations précédentes. Aujourd’hui, elles explosent et, peu à peu, l’idée que le vrai islam serait celui des salafistes ou des Frères musulmans s’impose. Ne pas oser le dénoncer, ce n’est pas être tolérant, c’est abandonner les hommes à leur malheur.
Une culture ne peut rayonner sans liberté d’expression, c’est impossible.
Dans 22 pays dont l’islam est la religion d’État, l’athéisme est considéré comme un crime et il est puni de mort dans 12 d’entre eux. Dans ces pays, les musulmans sont donc privés du droit de décider de ne plus l’être. On leur retire leur liberté de conscience. Je n’ai jamais entendu personne au monde parler d’athéophobie ni lu un article sur ce sujet.
Du même auteur sur ce blog :





%20-%20Les%20coeurs%20sont%20faits%20pour%20%C3%AAtre%20bris%C3%A9s.jpg)

