mercredi 13 novembre 2019

[Fromm, Pete] Mon désir le plus ardent





J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Mon désir le plus ardent (If Not for This)

Auteur : Pete FROMM

Traductrice : Juliane NIVELT

Parution : 2013 en américain (Red Hen Press)
                2019 en français (Gallmeister)

Pages : 288

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :   

Maddy s’était juré de ne jamais sortir avec un garçon du même âge qu’elle, encore moins avec un guide de rivière. Mais voilà Dalt, et il est parfait. À vingt ans, Maddy et Dalt s’embarquent dans une histoire d’amour qui durera toute leur vie. Mariés sur les berges de la Buffalo Fork, dans le Wyoming, devenus tous deux guides de pêche, ils vivent leur passion à cent à l’heure et fondent leur entreprise de rafting  dans l’Oregon. Mais lorsque Maddy, frappée de vertiges, apprend qu’elle est enceinte et se voit en même temps diagnostiquer une sclérose en plaques, le couple se rend compte que l’aventure ne fait que commencer.

Mon désir le plus ardent est le portrait d’un couple ancré dans le temps présent qui affronte avec courage et humour les épreuves de la vie. Avec sa voix pleine d’énergie, tout à la fois drôle et romantique, Pete Fromm nous offre une histoire d’amour inoubliable.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Pete Fromm est né le 29 septembre 1958 à Milwaukee dans le Wisconsin. 
Peu intéressé par les études, c'est par hasard qu'il s'inscrit à l'université du Montana pour suivre un cursus de biologie animale. Il vient d'avoir vingt ans lorsque, fasciné par les récits des vies de trappeurs, il accepte un emploi consistant à passer l'hiver au cœur des montagnes de l'Idaho, à Indian Creek, pour surveiller la réimplantation d'œufs de saumons dans la rivière. Cette saison passée en solitaire au cœur de la nature sauvage bouleversera sa vie. À son retour à l'université, il supporte mal sa vie d'étudiant et part barouder notamment en Australie. Poussé par ses parents à terminer ses études, il s'inscrit au cours de creative writing de Bill Kittredge, ce cours du soir étant le seul compatible avec l'emploi du temps qui lui permettrait d'achever son cursus au plus tôt.

C'est dans ce cadre qu'il rédige sa première nouvelle et découvre sa vocation. Son diplôme obtenu, il devient ranger et débute chaque jour par plusieurs heures d'écriture avant de décider de s'adonner à cette activité à plein temps. Pete Fromm a publié plusieurs romans et recueils de nouvelles qui ont remporté de nombreux prix et ont été vivement salués par la critique. Indian Creek, récit autobiographique, a été son premier livre traduit en français. Il vit dans le Montana.

 

 

Avis :

Dalt et Maggy sont deux jeunes américains épris de liberté, de nature et de sensations fortes. Passionnément amoureux, ils se lancent de concert dans une vie d’aventures hors norme, avec une idée en tête : vivre de leur passion pour le rafting et la pêche en rivière. C’est sans compter sur la sclérose en plaques qui frappe soudain Maggy et va bouleverser tous les plans du couple, transformant leur existence en un combat épuisant et inégal.

Cette histoire qui progresse par bonds successifs de la même manière que la maladie, doit sa force et sa singularité au choix de personnages indomptables, dont la rage à se battre contre l'adversité ne laisse aucune place à la sensiblerie. L’émotion est bien présente, mais tellement maintenue à distance et contenue avec une telle colère, que seules les dernières pages font vraiment venir les larmes.

S'il est parfois difficile de se faire à la causticité et aux jurons de Maggy, ils nous renvoient néanmoins avec réalisme au quotidien d'une femme en colère, qui refuse de se voir peu à peu décliner et n’épargne pas toujours son entourage. Un entourage qui souffre lui aussi, et dont on suit la lucidité, la patience et l’engagement, puisque derrière la maladie se profile avant tout une indéfectible histoire d’amour entre un homme, une femme et leurs enfants.

J’ai beaucoup apprécié ce roman qui parvient à aborder sans fard un sujet difficile, réussissant à la fois à se glisser sans fausse pudeur dans le corps d’une femme détruit par la maladie, à développer sans sentimentalisme une formidable histoire d'amour, et à ouvrir de jolies échappées de nature sauvage. Pete Fromm nous offre un véritable hymne à la vie, à la liberté, et à l'amour. (4/5)

 

 

Citations :

J'éviterai de penser à ce qui m'attend sur le long terme. N'est-ce pas la condition préalable numéro un pour avoir un bébé ? Ne pas réfléchir ? Ne pas réfléchir aux chromosomes en trop, aux parties manquantes, à la colique, à la crise des deux ans, à la rage adolescente – merde, au terrorisme international, au réchauffement climatique ? Si on réfléchissait vraiment à quoi que ce soit, pouf, on serait foutus, on passerait nos vies tapis dans un coin, trop terrifiés pour ne serait-ce qu'ouvrir les yeux.

Comment en est-on arrivé là ? Je ne parle pas de la maison, je parle de nous. On ne se dit plus rien on évite le vrai sujet, comme s’il allait finir par se lasser de nous et partir.
- Quoi ?
- On n’a pas de secret l’un pour l’autre, Dalt. Mais tu as trouvé un emploi sans me le dire. Et une maison. Une maison qui pourra s’adapter au pire.
- C’est juste que...
- C’est juste qu’on a peur. (...) Ne nous laissons pas envahir par la peur au point de ne plus se parler. D’accord, Dalt ? Ce serait vraiment dommage. De laisser une maladie à la con nous faire ça.

(..) et je m'abandonne, une nouvelle journée derrière nous, une autre devant, imminente, demain. Toujours comme la chute d'une blague répétée à l'infini. Demain. Même quand c'est la dernière chose que l'on veut, savoir ce qui vient, ce qui va suivre. Demain.



La Ronde des Livres - Challenge 
Multi-Défis d'Automne 2019

lundi 11 novembre 2019

[Blondel, Jean-Philippe] La grande escapade






J'ai beaucoup aimé

Titre : La grande escapade

Auteur : Jean-Philippe BLONDEL

Année de parution : 2019

Editeur : Buchet-Chastel

Pages : 272






 

 

Présentation de l'éditeur :

La Grande Escapade raconte l’enfance - un territoire que Jean-Philippe Blondel a jusqu’à présent refusé d’explorer dans ses romans. Les années 70, la province, l’école Denis-Diderot en briques orange, le jardin public, le terrain vague. Et surtout, les habitants du groupe scolaire. Cette troupe d’instits qui se figuraient encore être des passeurs de savoir et qui vivaient là, avec leurs familles.

1975-1976 ou des années de bascule : les premières alertes sérieuses sur l’état écologique et environnemental de la terre ; un nouveau président de droite qui promet de changer la société mais qui nomme Raymond Barre premier ministre ; les femmes qui relèvent la tête ; la mixité imposée dans les écoles...

Il y a les Coudrier, les Goubert, les Lorrain et les Ferrant ; il y a Francine, Marie-Dominique et Janick. Il y a des coups de foudre et des trahisons. De grands éclats de rire et des émotions. Tous les personnages sont extrêmement incarnés. On y est ! Dans l’ambiance et le décor. Et le lecteur peut suivre, page après page, Jean-Philippe Blondel qui nous fait faire le tour du propriétaire de ce monde d’hier.


Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Jean-Philippe Blondel est né en 1964. Marié, deux enfants, il enseigne l'anglais en lycée et vit près de Troyes, en Champagne-Ardennes. Il publie en littérature générale et en littérature jeunesse depuis 2003.


Avis : 

1975. L'évolution des moeurs post-soixante-huitarde touche peu peu les familles et les instituteurs du groupe scolaire Denis Diderot. Enfants comme adultes, tous voient avec plus ou moins de bonheur leur quotidien se transformer, qui avec la fin de l'enfance, qui avec la remise en cause de l'autorité à l'ancienne, le développement de nouvelles pratiques pédagogiques et l'émancipation féminine.

Jean-Philippe Blondel revisite ses souvenirs d'enfant pour nous livrer une chronique amusée et nostalgique inspirée de ses années en école primaire dans les années soixante-dix, où beaucoup de ses contemporains trouveront un écho à leur propre vécu.

C'est tout autant le point de vue des adultes que des enfants qui s'y exprime, par le biais d'une large brochette de personnages croqués avec une joyeuse lucidité, dans toutes leurs contradictions et leurs faiblesses d'humains ordinaires que l'auteur s'amuse, toujours avec tendresse, à pousser jusqu'à la cocasserie.

Cette malice bienveillante qui décrypte aussi bien le monde de l'enfance, - la camaraderie et les disputes, les jeux et les bêtises, les rapports avec les parents, les instituteurs et les filles, les prémices de l'adolescence -, que l'univers complexe des adultes, - la psychologie de chacun, l'éducation et ses méthodes, les relations entre enseignants et avec les parents, les conflits familiaux, la place de la femme dans le foyer et dans la vie professionnelle, l'évolution des moeurs et la liberté sexuelle -, m'a fait penser par sa drôlerie à un Petit Nicolas version années soixante-dix. Ici, pas vraiment de personnage central, même si le jeune Philippe Goubert déroule un fil rouge aux sonorités autobiographiques, mais une vaste fresque centrée sur l'école, où, sous la plaisanterie et au fil de mille détails peints avec autant de justesse que de finesse, transparaissent toutes les transformations de la société d'alors : sociales, familiales, sexuelles...

Ce livre, écrit dans un style dont l'humble retenue fait tout le charme, fait mouche à chaque page, pour le plus grand plaisir du lecteur : on rit, on sourit, on s'attendrit, on se rappelle : que le monde et le métier d'enseignant que connaît bien l'auteur ont changé depuis cette époque ! La même fresque aujourd'hui serait-elle aussi drôle ? (4/5)


Citations : 

Ce qu’on souhaite avant tout, c’est que rien ne change radicalement et que chacun puisse  vivre  son existence  comme  il  l’entend,  tout  en  ayant  bonne  conscience parce que quelqu’un d’autre s’occupe des milieux défavorisés. Bref, on est de  gauche, quoi. D’une gauche de la couleur du rosbif qu’on sert régulièrement lors de ces repas. Pas saignant. Ni bien cuit. Juste à point.

Ceux-ci se prononcent en faveur du travail féminin (on n'est pas au Moyen Age et puis on ne crache pas sur un salaire supplémentaire) mais froncent le sourcil devant les velléités d'indépendance de leurs épouses. 


Jusqu’à il y a peu, tout semblait si simple. On écoutait ses parents. On tentait de les dépasser. On amassait de l’argent et des responsabilités parce qu’on accomplissait bien les tâches qui nous incombaient. On montait tranquillement l’échelle sociale, tous ensemble, le confort dans les logements, l’eau chaude, les cuisinières électriques, la machine à laver, le monde entier marchait vers un avenir meilleur où les hommes et les femmes auraient davantage de temps à consacrer à leurs loisirs. Parfois, oui, il y avait des mouvements révolutionnaires, des insurrections, des centaines de morts dans les pays d’Amérique latine ou d’Asie, un mois de mai révolté en France, mais, bon an mal an, dans leurs rafiots, les hommes tenaient plus ou moins le cap. Et puis il y avait eu, quoi, un raté, une faiblesse, on avait failli tomber et en se relevant, on avait remarqué que le monde s’était légèrement modifié. On s’était dit que ce n’était pas si grave, tout semblait avoir repris sa place, mais très vite il avait fallu se rendre à l’évidence, les lignes avaient bougé, révélant des failles, des gouffres, des abîmes, de nouvelles aspirations se faisaient jour, des revendications, des décisions.


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Multi-Défis d'Automne 2019

dimanche 10 novembre 2019

[Butler, JL] Rien que pour moi





J'ai aimé

 

Titre : Rien que pour moi (Mine)

Auteur : J.L. BUTLER

Traductrice : Caroline NICOLAS

Parution : 2018 en anglais (Harper Collins)
                2019 en français (Sonatine)

Pages : 496

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :   

Il voudrait que sa femme disparaisse... et vous aussi !
 
Tout commence comme dans un conte de fées. Ambitieuse avocate à Londres, Francine Day tombe folle amoureuse de son nouveau client, Martin, un banquier d’affaires qui l’a engagée pour s’occuper de son divorce. L’attraction est réciproque, c’est le début d’une aventure clandestine. Mais lorsque Francine engage un détective privé pour suivre Donna, la femme de Martin, afin de préparer son dossier, elle s’aperçoit que son amant ne lui dit pas toute la vérité. Désespérée, elle décide un soir d’aller espionner le couple au domicile conjugal. Le lendemain, elle apprend que Donna a disparu pendant la nuit et que Martin fait figure de suspect aux yeux de la police. Bientôt, l’étau se referme sur Francine, qui est la dernière à avoir vu Donna vivante.

Plus qu’un thriller à la mécanique parfaite, où le lecteur se demande jusqu’à la dernière ligne à qui il peut faire confiance, Rien que pour moi est l’exploration torride d’un amour fou qui peu à peu tourne à l’obsession.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

J.L. Butler est le pseudonyme de Tasmina Perry, une auteure à succès britannique, qui compte treize romans à son actif. Ses livres ont été traduits en vingt langues et vendus à plus de deux millions d’exemplaires à travers le monde. Elle a été avocate, et s'est finalement reconvertie en journaliste de mode.

Elle a travaillé pour Marie Claire, Glamour, et était rédactrice du magazine Style (UK) lorsque son premier roman Daddy’s Girls (2006) a rencontré un grand succès.
En 2004, elle lance son propre magazine, Jaunt, dedié aux voyages et à la mode.

Tasmina Perry se consacre aujourd’hui entièrement à l’écriture de ses livres. Elle vit à Londres avec son époux et son fils.

 

 

Avis :

La narratrice, brillante avocate londonienne spécialisée dans les affaires de divorce, se retrouve soudain dans une spirale infernale lorsqu’elle se voit compromise dans la disparition de l’épouse d’un de ses clients, un riche banquier avec qui, contrairement à toute déontologie, elle vient d’entamer une relation amoureuse passionnée.

Elle-même ex-avocate, l’auteur nous entraîne en connaissance de cause dans l’univers des barristers et sollicitors britanniques, dans un Londres dont elle réussit à restituer une ambiance fortement contributrice au charme du roman.

L’histoire est un thriller bien mené, dont les rebondissements et la trame efficace savent maintenir le suspense tout au long d’une intrigue aux multiples surprises. Entraînée malgré elle dans une véritable descente aux enfers où, tout comme le lecteur, elle ne saura bientôt plus à qui se fier, notre avocate se retrouve soudain sur le point de passer de l’autre côté du miroir, celui des suspects et des accusés : une terrible leçon d’humilité dans l’égoïste course au prestige que commençait à devenir sa carrière.

Malheureusement, si l’ambiance et l’intrigue sont réussies, les personnages manquent d’épaisseur et frôlent parfois la caricature, nuisant à la crédibilité de l’ensemble : la naïveté presque stupide et les comportements de midinette de l’héroïne ne cadrent pas avec les talents qui l’ont menée au quasi sommet de sa profession, tandis son riche et bel amant réunit tous les clichés de la romance féminine.

Au final, s’il ne sort pas particulièrement du lot ni ne procure de souvenir impérissable, ce thriller bien huilé se laisse lire avec plaisir, dans un moment de divertissement prenant, sans temps mort ni prise de tête. (3/5)




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Multi-Défis d'Automne 2019

vendredi 8 novembre 2019

[Puenzo, Lucia] Invisibles





J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Invisibles (Los invisibles)

Auteur : Lucia PUENZO

Traductrice : Anne PLANTAGENET

Parution : 2018 en espagnol (Argentine)
                2019 en français (Stock)

Pages : 224

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :   

Ils sont trois. Trois enfants des rues de Buenos Aires. Trois petits voleurs, les meilleurs du quartier du Once. Pour eux, rien n’est impossible. Ils ont accepté une mission périlleuse en Uruguay. Arrivés sur place, ils déchantent : enfermés dans une propriété de 60 hectares, ils doivent cambrioler neuf villas protégées par des gardiens armés et des chiens. Pour sortir vivants de cette prison dorée, ils n’ont qu’une option : réussir.

Dans ce roman aux allures de thriller, Lucía Puenzo expose la part d’ombre de l’Argentine et le destin bouleversant de ces enfants, devenus invisibles aux yeux de la société.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Née en 1976, Lucía Puenzo est une auteure et réalisatrice argentine. Son premier long métrage, XXY,  remporte le grand prix de la Semaine de la Critique à Cannes en 2007 et le prix Goya du meilleur film étranger en 2008. Elle publie son premier roman L’enfant poisson (Stock, 2010) à 23 ans. Invisibles est son sixième roman.

 

 

Avis :

La Enana, Ismael et Ajo sont trois enfants des rues de Buenos Aires, âgés de seize, treize et six ans. Ils ont été recrutés et littéralement dressés par une organisation d'agents de sécurité corrompus, pour cambrioler des maisons. Leur "patron" décide de les vendre à d'autres malfrats en Uruguay, où le jeune trio doit s'attaquer à un complexe de luxueuses villas hautement protégées : une mission à hauts risques où, à la moindre anicroche, leur vie ne pèsera pas lourd.

Le sujet ne peut qu'interpeler et l'on se prend vite d'affection pour ces gamins livrés à eux-mêmes et réduits aux pires expédients pour leur survie, proies idéales pour tous les prédateurs et exploiteurs de misère, dans des pays où la corruption et le banditisme gangrènent des pans entiers de la société, et où la vie ne vaut pas toujours bien chère.

Le récit est enlevé, empreint de suspense, et extraordinairement tendre : relaté à hauteur d'enfants, il nous fait partager leurs peurs et leurs souffrances, mais aussi leur solidarité, leur capacité à profiter du présent et à s'émerveiller d'un rien malgré la violence et la crapulerie ambiantes. L'on traverse ainsi le pire d'un pas relativement léger, emporté par l'inconscience de l'enfance, inquiet et horrifié néanmoins de comment tout cela va bien pouvoir finir.

Pourtant, la fin, tout à fait désarçonnante par sa brutalité en queue de poisson, n'est pas, n'en déplaise au lecteur, ce qui compte le plus dans cette histoire : au-delà de la dénonciation des conditions de vie et de l'exploitation de ces gosses des rues, confrontés très jeunes au crime, à la violence et à la mort, l'auteur a choisi de mettre l'accent sur l'incroyable capacité de résilience de l'enfance. La peur et la faim sont là, mais jamais le désespoir, tandis que le jeu et la magie, illustrés par la petite touche de fantastique qu'a choisi d'ajouter l'auteur, restent toujours prêts à resurgir.

A ceci près que j'ai trouvé la petite fantaisie fantastique plutôt superflue et la fin insuffisamment aboutie, j'ai été séduite par ce roman captivant et agréable à lire, qui sait si bien se glisser dans la peau de ses jeunes personnages et nous faire partager leur regard sur un monde désespérément corrompu et dangereux. (4/5)



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mercredi 6 novembre 2019

[Bouysse, Franck] Grossir le ciel






Coup de coeur 💓💓

Titre : Grossir le ciel

Auteur : Franck BOUYSSE

Editeur : Manufacture de livres (2014),
              Le Livre de Poche (2016)

Pages : 240






 

 

Présentation de l'éditeur :

Les Doges, un lieu-dit au fin fond des Cévennes. C’est là qu’habite Gus, un paysan entre deux âges solitaire et taiseux. Ses journées  : les champs, les vaches, le bois, les réparations. Des travaux ardus, rythmés par les conditions météorologiques. La compagnie de son chien, Mars, comme seul réconfort. C’est aussi le quotidien d’Abel, voisin dont la ferme est éloignée de quelques mètres, devenu ami un peu par défaut, pour les bras et pour les verres. Un jour, l’abbé Pierre disparaît, et tout bascule  : Abel change, des événements inhabituels se produisent, des visites inopportunes se répètent.
Un suspense rural surprenant, riche et rare.  


Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Franck Bouysse est né en 1965 et partage sa vie entre Limoges et sa Corrèze natale. Grossir le ciel a rencontré un succès critique et public et a obtenu le Prix Polar SNCF en 2017 ainsi que le prix Sud Ouest / Lire en poche, le prix polar Michel-Lebrun, le prix Calibre 47 et le prix Polars Pourpres. 
Franck Bouysse est également l’auteur aux éditions de La Manufacture de Livres de Plateau, prix des lecteurs de la foire du livre de Brive, Glaise, et de Né d’aucune femme, prix Psychologies magazine.   


Avis : 

Gus, la cinquantaine, a passé sa vie à trimer pour maintenir seul l’activité de sa ferme, isolée aux marges d’un village perdu des Cévennes. Grand solitaire, il ne fréquente guère que son voisin Abel, septuagénaire, lui aussi seul à la tête de son exploitation agricole, avec qui il échange coups de mains et coups de rouge. L’immuable quotidien des deux hommes va soudain connaître d’indésirables et inquiétantes perturbations, au fil d’événements et de visites qui vont bientôt tout faire basculer.

Franck Bouysse est une valeur sûre, dont je ne me lasse décidément pas. Sa marque de fabrique, c’est d’abord une histoire noire et terrible, aux personnages farouches et taiseux, cabossés par la vie et les épreuves, vivant dans un décor de nature aussi âpre que somptueux. C’est aussi le plaisir de la langue et du juste choix des mots, au fil de dialogues saisissants de vérité et d’images admirablement restituées.

Grossir le ciel réunit tous ces ingrédients pour nous surprendre une nouvelle fois : tout de suite intrigant et installant une tension qui ne fera que croître dans un enchaînement que rien ne laissait présager, ce récit au réalisme époustouflant nous entraîne aux côtés de personnages campés avec une grande finesse d’observation et d’analyse psychologique, dans un huis-clos rural angoissant où méfiance et soupçons s’exacerbent jusqu’à l’implosion.  

L’écriture est quand à elle impressionnante de maîtrise, sobre, juste, magnifique. Alors, quand la puissance du style rejoint celle de l’histoire et de ses personnages, cela ne peut résulter qu’en un moment fort et incontournable, un immense coup de coeur. (5/5)


Citations :

Désormais, le soleil crachait ses rayons sur les arbres déplumés, qui ressemblaient à des arêtes de gros poissons sans chair dans un charnier à marée basse.

Des gouttes d’eau provenant des toits se fracassaient sur le sol, libérées de leur état neigeux par la chaleur du soleil, faisant comme les branches liquides d’un saule pleureur, et des particules de lumières découpées dans un arc-en-ciel s’amusaient dans son champ de vision, telles des diatomées évoluant dans un organisme vivant.

Quand elle mourut, elle était presque devenue aveugle. Ses yeux ressemblaient à ceux d’une grenouille quand elle va plonger sous l’eau. Gus n’aurait su dire comment s’appelait cette maladie, mais ce n’était pas vraiment beau à regarder. Avec le recul, il pensait que le fait de ne plus voir distinctement ce qui se passait autour d’elle avait dû sacrément l’arranger, que c’était sa manière à elle de se retirer en douceur sur la pointe des pieds, de tirer sa révérence en floutant la réalité. Entendre lui suffisait amplement.

Il sortit pour l’appeler, s’attendant à ce que le chien rapplique avec ses oreilles se balançant comme des gants de toilette sur un fil à linge par grand vent, (…)

La lune était enfoncée dans le ciel, tel un bouton tout rond piqué sur un gilet de laine noir chiné.



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lundi 4 novembre 2019

[Smith, Ali] Automne





Je n'ai pas aimé

 

Titre : Automne (Autumn)

Auteur : Ali SMITH

Traductrice : Laetitia DEVAUX

Parution : 2016 en anglais (Penguin Books Ltd)
                2019 en français (Grasset)

Pages : 240

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :   

Daniel Gluck, centenaire, ne reçoit pas d’autres visites dans sa maison de retraite que celles d’une jeune femme qui vient lui faire la lecture. Aucun lien familial entre les deux pourtant, mais une amitié profonde qui remonte à l’enfance d’Elisabeth, quand Daniel était son voisin. Elisabeth n’oubliera jamais la générosité de cet homme si gentil et distingué qui l’a éveillée à la littérature, au cinéma et à la peinture.

Les rêves – ceux des gens ordinaires, ou ceux des artistes oubliés – prennent une place importante dans la vie des protagonistes d’Ali Smith, mais le réel de nos sociétés profondément divisées y trouve également un écho. Le référendum sur le Brexit vient d’avoir lieu, et tout un pays se déchire au sujet de son avenir, alors que les deux amis mesurent, chacun à sa manière, le temps qui passe. Comment accompagner le mouvement perpétuel des saisons, entre les souvenirs qui affluent et la vie qui s’en va  ?

L’écriture d’Ali Smith explore les fractures de nos démocraties modernes et nous interroge sur le sens de nos existences avec une poésie qui n’appartient qu’à elle, et qui lui a permis de s’imposer comme l’un des écrivains britanniques les plus singuliers, les plus lus dans le monde entier.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Ali Smith est née à Inverness en Écosse. Elle se fait connaître en 1995 grâce à un recueil de nouvelles encensé par la critique, avant de poursuivre une œuvre qui compte aujourd’hui sept pièces de théâtre, cinq recueils de nouvelles et neuf romans, dont trois ont été finalistes du prestigieux Booker Prize. Automne, le premier volume d’un projet romanesque consacré aux saisons, a battu tous les records de vente pour un ouvrage littéraire dans le monde anglo-saxon.

 

 

Avis :

Elisabeth, jeune professeur d’art, n’a jamais oublié le vieux voisin, un peu excentrique mais si gentil et si cultivé, qui, lorsqu'elle était enfant, lui a fait découvrir un monde de rêves, celui de l’art et de la littérature. Elle est la seule à lui rendre régulièrement visite, dans la maison de retraite où, centenaire, il ne fait plus grand-chose d’autre que dormir. Autour d’eux et de leur tendresse, la vie de tous les jours continue, avec ses tracasseries et ses absurdités, au lendemain du Brexit qui divise l’Angleterre.

Très décousu, ce roman ressemble aux collages de l’artiste de Pop Art anglaise, Pauline Boty, qu’il met à l’honneur et m’a fait découvrir. C’est un véritable patchwork d’images et de symboles, tous représentatifs des dérives d’une société confrontée à ses contradictions jusqu’à l’aberration : une œuvre contestataire, destinée à faire sentir le malaise de l’auteur face à l’Angleterre d’aujourd’hui, au travers d’un texte surréaliste, poussé jusqu’aux limites de l’absurde.

Sans doute ce livre parle-t-il davantage aux Britanniques, qui se souviennent sans doute, eux, du scandale de l’affaire Profumo en 1963, provoquée par la liaison entre un membre du gouvernement et la danseuse de cabaret Christine Keeler, elle-même compromise par sa relation en pleine guerre froide avec un ami soviétique ? Aujourd’hui, Ali Smith dénonce les mensonges politiques qui ont conduit au Brexit et au déchirement du pays, la xénophobie et la peur des migrants, les inepties quotidiennes que vivent les citoyens confrontés à une administration tracassière et dysfonctionnelle.

Personnellement, j’ai surtout ressenti un ennui déconcerté et une croissante irritation à essayer tant bien que mal de comprendre un tant soit peu ce livre étrange et déroutant, ce « collage » littéraire à la limite de l’abscons, que j’ai dû me forcer à terminer. (1/5)

 

 

Citations :

Bonjour, dit-il. Tu lis quoi ? Elisabeth lui montra ses mains vides. Je donne l’impression d’être en train de lire ? dit-elle. Il faut toujours être en train de lire, dit-il. Même quand on ne lit pas réellement. Sinon, comment lirions-nous le monde ?

Partout dans le pays, ce n'était que tristesse et réjouissances. Partout dans le pays, ce qui venait d'avoir lieu se balançait tel un fil électrique tout à coup doté de vie car arraché à un pylône par une tempête. Il s'agitait au-dessus des arbres, des toits, des voitures. Partout dans le pays, les gens avaient le sentiment d'avoir fait ce qu'il ne fallait pas faire. Partout dans le pays, les gens avaient le sentiment d'avoir fait ce qu'il fallait faire. Partout dans le pays, les gens avaient le sentiment d'avoir tout perdu. Partout dans le pays, les gens avaient le sentiment d'avoir tout gagné. Partout dans le pays, les gens avaient le sentiment d'avoir fait le nécessaire et d'autres de ne pas l'avoir fait. Partout dans le pays, les gens tapaient sur Google : UE définition. Partout dans le pays, les gens tapaient sur Google : partir Ecosse. Partout dans le pays, les gens tapaient sur Google : passeport irlandais.

Je suis fatiguée de ces nouvelles. Je suis fatiguée de la façon dont on rend spectaculaire des choses qui ne le sont pas, dont on traite de façon simpliste des choses terribles. Je suis fatiguée du vitriol, je suis fatiguée de la colère. Je suis fatiguée de la méchanceté. Je suis fatiguée de l'égoïsme. Je suis fatiguée qu'on ne fasse rien pour empêcher ça. Je suis fatiguée de la façon dont on encourage ça. Je suis fatiguée de la violence qui existe, et je suis fatiguée de la violence à venir, qui ne s'est pas encore produite, mais qui arrive. Je suis fatiguée des menteurs. Je suis fatiguée des menteurs assermentés. Je suis fatiguée de la façon dont des menteurs ont laissé ça se produire. Je suis fatiguée d'avoir à me demander s'ils ont fait ça par bêtise ou volontairement. Je suis fatiguée des gouvernements qui mentent. Je suis fatiguée des gens qui s'en foutent qu'on leur ai menti. Je suis fatiguée que tout ça me fasse peur. Je suis fatiguée de l'animosité. Je suis fatiguée de la pusillanimosité. 

Je ne crois pas que ce mot existe, dit Elisabeth. 
Je suis fatiguée de ne pas connaître les bons mots, dit sa mère. 



La Ronde des Livres - Challenge 
Multi-Défis d'Automne 2019

samedi 2 novembre 2019

Bilan de mes lectures - Octobre 2019 - 14 livres

 

Au-delà du coup de coeur :

 

ANDREA Jean-Baptiste : Cent millions d'années et un jour


 

Coups de coeur :

 

ANDREA Jean-Baptiste : Ma reine
COULON Cécile : Une bête au paradis 
O'BRIEN Edna : Girl
PICOULT Jodi : Mille petits riens


 

J'ai beaucoup aimé :


ADAM Olivier : Une partie de badminton
MAS Victoria : Le bal des folles
SPITZER Sébastien : Le coeur battant du monde


 

J'ai aimé : 


ATTAL Jérôme : La petite sonneuse de cloches
BEGUE Régis : SNOW
BORDES Gilbert : Naufrage
DA COSTA Mélissa : Tout le bleu du ciel
PAPILLON Fabrice : Régression 





 

J'ai moyennement aimé :  

 

NUNEZ Sigrid : L'ami