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Titre : Ligne de feu (Linea de fuego)
Auteur : Arturo PEREZ-REVERTE
Traduction : Gabriel LACULLI
Parution : en espagnol en 2020,
en français (Gallimard) en 2026
Pages : 656
Accès au livre : ISBN 9782073049629
en librairie
Présentation de l'éditeur :
24 juillet 1938. Une nuit sans lune. Les compagnies républicaines traversent en silence le fleuve et prennent position sur la rive sud, autour du village viticole de Castellets del Segre. La dernière grande bataille de la guerre civile espagnole — la bataille de l’Èbre — va commencer. Près de deux cent mille soldats vont se disputer chaque colline, chaque route et chaque ferme dans des combats féroces et sanglants, où l’on joue sa vie à tout moment. D’un côté, les brigades internationales, le bataillon Ostrovski et les jeunes appelés de l’année vingt, les Biberons ; de l’autre, les légionnaires, les traditionalistes catholiques du Tercio de Montserrat et les soldats musulmans du quatorzième tabor.
Ligne de feu met en scène dix jours de cette bataille décisive qui fera basculer l’histoire et scellera à jamais le destin de personnages inoubliables : Patricia Monzón, la militante communiste ; Julián Panizo, le dynamiteur murcien ; le sous-lieutenant Santiago Pardeiro ; le monarchiste catalan Oriol Les Forques ; Selimán al-Barudi, le caporal du tabor ; sans oublier les journalistes étrangers Phil Tabb et Vivian Szerman, ni le photographe Chim Langer.
Arturo Pérez-Reverte raconte leurs combats et leur sort, à la fois en grand maître du roman historique et en grand correspondant de guerre, au plus près des événements. Avec Ligne de feu, il nous offre l’expérience d’une immersion saisissante dans un conflit dont les ondes de choc n’ont pas fini de traverser notre présent.
Ligne de feu met en scène dix jours de cette bataille décisive qui fera basculer l’histoire et scellera à jamais le destin de personnages inoubliables : Patricia Monzón, la militante communiste ; Julián Panizo, le dynamiteur murcien ; le sous-lieutenant Santiago Pardeiro ; le monarchiste catalan Oriol Les Forques ; Selimán al-Barudi, le caporal du tabor ; sans oublier les journalistes étrangers Phil Tabb et Vivian Szerman, ni le photographe Chim Langer.
Arturo Pérez-Reverte raconte leurs combats et leur sort, à la fois en grand maître du roman historique et en grand correspondant de guerre, au plus près des événements. Avec Ligne de feu, il nous offre l’expérience d’une immersion saisissante dans un conflit dont les ondes de choc n’ont pas fini de traverser notre présent.
Le mot de l'éditeur sur l'auteur :
Né en 1951 à Carthagène, en Espagne, Arturo Pérez-Reverte est aujourd'hui l'une des figures les plus connues et les plus appréciées de la littérature européenne contemporaine. Son oeuvre compte des millions de lecteurs dans plus de quarante langues. Son dernier roman, L'Italien, a été l'un des livres préférés des libraires de la rentrée 2024.
Avis :
Fort de son passé de journaliste de guerre, Arturo Pérez-Reverte revient sur la plus vaste bataille de la guerre d’Espagne dans un roman qui se refuse à prendre parti.
Avec leurs plus de 20 000 morts, certains si jeunes qu’on les surnomme les Biberons, les quatre mois de la bataille de l’Ebre, en Catalogne, sont en 1938 les plus sanglants de toute la guerre civile espagnole. Ultime tentative pour les Républicains affaiblis de reprendre l’avantage, elle oppose les Rouges appuyés par Staline – mélange de Communistes encadrés par Moscou et d’anarchistes et antifascistes internationaux bien moins disciplinés – aux nationalistes de Franco soutenus par Hitler – soldats d'élite de la Légion, troupes coloniales marocaines, miliciens fascistes phalangistes et carlistes, royalistes traditionalistes et catholiques fervents. Arturo Pérez-Reverte nous en fait vivre les dix premiers jours autour du village fictif de Castellets del Segre, alors qu’une offensive républicaine y tente une diversion destinée à fixer l’ennemi.
Une brigade républicaine, incluant quelques femmes chargées des transmissions, traverse le fleuve à hauteur du village occupé par les Bleus. Avantagée par l’effet de surprise, elle emporte quelques succès et, coupant bientôt en deux la petite agglomération, contraint au retranchement un ennemi bien décidé à se battre jusqu’au dernier s’il le faut. Les tirs font rage et la partie semble déjà presque pliée, quand la survenue de renforts renverse la situation, les nationalistes reconquérant pas à pas le terrain perdu au prix de furieux et meurtriers corps à corps. Coincés entre la ligne de feu et le fleuve, les Rouges s’acharnent à tenir le plus longtemps possible, quitte à se sacrifier à leur tour.
Ecrit de façon très cinématographique comme un reportage sur le vif, le récit à hauteur d’hommes s’incarne sans manichéisme dans des personnages des deux camps, tous fictifs mais crevant les pages de vérité, comme la jeune militante communiste Pato Monzón aux idéaux durement secoués par le fanatisme sanguinaire des envoyés soviétiques, le menuisier Ginés Gorguel qui, réquisitionné par les nationalistes, passe tout le conflit à tenter vainement de s’en échapper, le caporal maure Selimán tout à sa dévotion pour « saint Franco » et « sa croisade » contre les « Rouges sataniques » et leur athéisme, ou le requeté carliste Oriol des Forques. S’y ajoutent des journalistes et un photographe étrangers prêts à tous les risques pour approcher les combats au plus près, et tant d’autres de tout bord, formant un microcosme minutieusement représentatif des profils et intérêts en présence, et révélant la cruauté fratricide d’une guerre où, souvent enrôlé de force et au hasard des circonstances, l’on « entend l’ennemi appeler sa mère dans sa propre langue ».
Nourri à l’évidence de l’expérience de grand reporter de l’auteur, le roman très physiquement ancré dans la faim, la soif, la crasse, l’épuisement et l’effroi, maîtrisant à la perfection la géographie et la tactique des combats, et enchaînant les dialogues tous plus savoureux les uns que les autres, immerge le lecteur dans la folie et le chaos sans fond de la ligne de front, un huis clos dantesque qui, au prix d’une certaine monotonie puisqu’on n’y sort jamais de l’action militaire et des mêmes pouces de terrain encore et encore perdus et reconquis, propose une vision universelle de l'absurdité de la guerre et des dangers de la radicalité politique.
Un ouvrage impressionnant, pour une conclusion : sur la ligne de feu, jamais de vainqueurs, seulement des survivants brisés. (4/5)
Avec leurs plus de 20 000 morts, certains si jeunes qu’on les surnomme les Biberons, les quatre mois de la bataille de l’Ebre, en Catalogne, sont en 1938 les plus sanglants de toute la guerre civile espagnole. Ultime tentative pour les Républicains affaiblis de reprendre l’avantage, elle oppose les Rouges appuyés par Staline – mélange de Communistes encadrés par Moscou et d’anarchistes et antifascistes internationaux bien moins disciplinés – aux nationalistes de Franco soutenus par Hitler – soldats d'élite de la Légion, troupes coloniales marocaines, miliciens fascistes phalangistes et carlistes, royalistes traditionalistes et catholiques fervents. Arturo Pérez-Reverte nous en fait vivre les dix premiers jours autour du village fictif de Castellets del Segre, alors qu’une offensive républicaine y tente une diversion destinée à fixer l’ennemi.
Une brigade républicaine, incluant quelques femmes chargées des transmissions, traverse le fleuve à hauteur du village occupé par les Bleus. Avantagée par l’effet de surprise, elle emporte quelques succès et, coupant bientôt en deux la petite agglomération, contraint au retranchement un ennemi bien décidé à se battre jusqu’au dernier s’il le faut. Les tirs font rage et la partie semble déjà presque pliée, quand la survenue de renforts renverse la situation, les nationalistes reconquérant pas à pas le terrain perdu au prix de furieux et meurtriers corps à corps. Coincés entre la ligne de feu et le fleuve, les Rouges s’acharnent à tenir le plus longtemps possible, quitte à se sacrifier à leur tour.
Ecrit de façon très cinématographique comme un reportage sur le vif, le récit à hauteur d’hommes s’incarne sans manichéisme dans des personnages des deux camps, tous fictifs mais crevant les pages de vérité, comme la jeune militante communiste Pato Monzón aux idéaux durement secoués par le fanatisme sanguinaire des envoyés soviétiques, le menuisier Ginés Gorguel qui, réquisitionné par les nationalistes, passe tout le conflit à tenter vainement de s’en échapper, le caporal maure Selimán tout à sa dévotion pour « saint Franco » et « sa croisade » contre les « Rouges sataniques » et leur athéisme, ou le requeté carliste Oriol des Forques. S’y ajoutent des journalistes et un photographe étrangers prêts à tous les risques pour approcher les combats au plus près, et tant d’autres de tout bord, formant un microcosme minutieusement représentatif des profils et intérêts en présence, et révélant la cruauté fratricide d’une guerre où, souvent enrôlé de force et au hasard des circonstances, l’on « entend l’ennemi appeler sa mère dans sa propre langue ».
Nourri à l’évidence de l’expérience de grand reporter de l’auteur, le roman très physiquement ancré dans la faim, la soif, la crasse, l’épuisement et l’effroi, maîtrisant à la perfection la géographie et la tactique des combats, et enchaînant les dialogues tous plus savoureux les uns que les autres, immerge le lecteur dans la folie et le chaos sans fond de la ligne de front, un huis clos dantesque qui, au prix d’une certaine monotonie puisqu’on n’y sort jamais de l’action militaire et des mêmes pouces de terrain encore et encore perdus et reconquis, propose une vision universelle de l'absurdité de la guerre et des dangers de la radicalité politique.
Un ouvrage impressionnant, pour une conclusion : sur la ligne de feu, jamais de vainqueurs, seulement des survivants brisés. (4/5)
Citations :
Ce qu’il y a de terrible, dans ces guerres, dit Olmos derrière lui, c’est que tu entends l’ennemi appeler sa mère dans ta langue, et c’est dur à avaler, non ? Ça te refroidit.
À la guerre, a-t-il appris en voyant mourir les hommes, on pense moins avec la tête qu’avec les yeux
La guerre, se dit Pardeiro tout en regardant le sergent s’éloigner, est surtout une question d’arithmétique : Dieu aide les méchants quand ils sont plus nombreux que les bons.
En réalité, dans la forme et dans le fond, il s’agit bien de ça, se dit Pardeiro : en avoir ou pas. Voyons un peu qui, d’eux ou de nous, risque et encaisse plus que l’autre. Très espagnol, tout ça. Très caractéristique des deux camps. Un élan bestial pour gagner quelques mètres de terrain, dont l’occupation ne changera pas le cours de la guerre. L’ermitage n’a aucune valeur stratégique et une valeur tactique négligeable ; il sert seulement de refuge à la seule force nationaliste qui résiste encore dans le secteur. Mais les rouges veulent porter l’estocade et les légionnaires ne sont pas disposés à leur faciliter le travail. Si bien qu’ils sont tous là sous le soleil, dans une chaleur qui s’étale de toute part comme une coulée d’huile ; épuisés, crasseux, en sueur, tourmentés les uns et les autres par la soif d’une eau qu’ils n’ont ni les uns ni les autres, parce que les assaillants sont trop loin du village et que les assiégés n’ont plus une goutte de vin depuis un bon moment. L’unique puits est au bas des terrasses, à droite de l’oliveraie, sur le terrain neutre ; mais aux alentours, une demi-douzaine de cadavres, nationalistes et républicains, gonflent et noircissent au soleil : ce sont ceux qui ont tenté d’aller remplir leurs gourdes.
— Dans ma compagnie, j’ai cent trente-quatre gamins de dix-sept et de dix-huit ans, qui étaient encore chez eux il y a moins d’un mois : catalans, valenciens, murciens… Ils ont reçu l’ordre de se présenter avec une cuillère, une gamelle, une couverture et des souliers. Certaines mères les accompagnaient jusqu’à la caserne, les tenant encore par la main, avec des casse-croûte enveloppés dans du papier journal.
— Ils ont suivi un entraînement ? s’enquiert Harpo comme s’il redoutait la réponse.
— Je te laisse l’imaginer : une semaine de marche en formation, et nombreux sont ceux qui n’ont jamais tiré un coup de fusil. Il y a cinq jours, on leur a remis des mousquetons, certains si vieux qu’après deux ou trois coups de feu ils s’enraient. »
Le lieutenant des milices Roque Zugazagoitia, l’homme de confiance de Gambo Laguna, commande la troisième compagnie de l’Ostrovski, groupe de choc composé d’éléments éprouvés au moral des plus hauts, qui depuis la veille préparent la défense du cimetière. Ils ont même tendu une défense de barbelés entre leur position et les vignobles. Ils ont des munitions, de la nourriture, disposent d’une ligne de communication téléphonique, et ils attendent maintenant que tout commence. Le major n’en ignore rien, mais il sait aussi que les fascistes ne lâchent pas facilement le morceau quand ils l’ont entre les dents. La guerre est trop souvent faite de l’acharnement des uns et des autres pour un avantage que l’on prend, que l’on perd, que l’on regagne et que l’on reperd ; et les rivaux se vident de leur sang en s’y accrochant même quand il a cessé d’avoir une valeur tactique ou stratégique. Quand tout devient un simple et sanglant choc de béliers.
Il y a un moment compliqué, quand tu découvres qu’une guerre civile n’est pas, comme tu l’as d’abord cru, une lutte entre le bien et le mal… Mais une horreur confrontée à une autre horreur.
Cela s’était passé à Madrid dans la salle à manger de l’hôtel Gran Vía. Dos, comme ils appelaient Dos Passos, venait de dire que Staline était en train de créer une véritable armée de l’Union soviétique en Espagne, ce que Hemingway a contesté, en ajoutant que même si c’était vrai, ce ne serait pas à divulguer, pour ne pas avantager les fascistes. Là-dessus, Dos, dont l’ami et traducteur Pepe Robles, un Espagnol trotskiste, avait disparu entre les mains des stalinistes, a eu des mots très durs sur la partialité de Hemingway, qui justifiait cette disparition au nom de la cause, en disant qu’aucun communiste ne lutte pour la démocratie. Tabb a pris le parti de Dos, la discussion s’est envenimée à cause du vin qu’ils avaient bu, et la bagarre entre les correspondants a été évitée de justesse. Depuis ce soir-là, Hemingway n’a plus adressé la parole ni à Dos, ni à Tabb.




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