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samedi 27 juin 2026

Critique : "Traité sur l'intolérance" de Richard Malka | Lectures de Cannetille

 

Couverture du livre "Traité sur l'intolérance" de Richard Malka



Coup de coeur 💓

 

Titre : Traité sur l'intolérance

Auteur : Richard MALKA

Parution : 2023 (Grasset)

Pages : 96

Accès au livre : ISBN 9782246830856  
                           en librairie

 

 

 

 

  

 

Présentation de l'éditeur :     

Après  Le droit d’emmerder Dieu, éloge du droit au blasphème,  Richard Malka revient sur l’origine profonde d’une guerre millénaire au sein de l’Islam  : la controverse brûlante sur la nature du Coran.
Plus qu’une plaidoirie, ces pages mûries pendant des années  questionnent ce  qu’il est advenu de l’Islam entre le VIIe et le XIe siècle, déchiré entre raison et soumission.
Les radicaux ont gagné,  effectuant un tri dans le Coran et les paroles du Prophète, oppressant leurs ennemis – au premier rang desquels les musulmans modérés, les musiciens, artistes, philosophes, libres penseurs, les femmes et minorités sexuelles.
Plonger avec passion dans cette cassure au sein d’une religion n’est pas être « islamophobe », c’est  regarder l’histoire en face.
Traité sur l’intolérance  est  une méditation puissante, un appel aux islamologues du savoir et de la nuance – pour qu’enfin  chacun sache, comprenne, échange, s’exprime.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Richard Malka, avocat, romancier, scénariste de romans graphiques, est l’auteur chez Grasset de Tyrannie (2018), d’Eloge de l’irrévérence avec Georges Kiejman (2019), du Voleur d'amour (2021) et du Droit d'emmerder Dieu (2021).

 

 

Avis :

Après Le droit d’emmerder Dieu, qui, en 2021, retranscrivait sa plaidoirie lors du procès des attentats de 2015, Richard Malka, avocat de Charlie Hebdo, publie cette fois son intervention lors du procès en appel, à l’automne 2022.

Partant du préambule qu’ « On ne triomphe d’une peur qu’en en combattant la source, en l’occurrence la vision des frères Kouachi », et que, selon Voltaire dont la salle du procès porte le nom, « Il est honteux que les fanatiques aient du zèle et que les sages n’en aient pas », l’avocat démonte la thèse du blasphème, avancée par les accusés pour justifier de leur vengeance terroriste, en remontant aux origines de l’Islam et à l’émergence de deux courants théologiques : le mutazilisme, prônant l’exercice de la raison dans la croyance, et, s’y opposant de tout son rigorisme radical au prétexte d’un Coran « incréé », c’est-à-dire d’origine divine et ne pouvant tolérer ni interprétation ni critique, le hanbalisme, dont le wahhabisme saoudien et le salafisme sont aujourd’hui des émanations extrêmes.

De cette fracture historique sont ainsi nés « un islam des lumières et un islam des ténèbres. » Aussi vindicatif que dogmatique, c’est le second qui a fini par s’imposer toujours davantage. Choisissant, pour mieux dominer le monde - « C’est une recette aussi vieille que l’humanité que de mobiliser la colère de son peuple contre un ennemi extérieur pour pouvoir le maintenir en servitude. » -, d’appliquer à la lettre les versets les plus violents du Coran sans tenir compte de l’évolution du contexte au fil des siècles, il aboutit à un système où règnent, sans limite aucune, intolérance et violence, au détriment de toute liberté de conscience, de pensée et d’expression.

Alors, parce que « Plus on sacralise les croyances, moins on respecte les hommes et, pas à pas, on chemine vers l’obscurité », parce que « Les portes du savoir ne doivent jamais se fermer, ni en religion, ni à l’université », et parce que se taire est accepter que la peur triomphe, Richard Malka poursuit courageusement son appel à la prise de responsabilité. Il ne peut y avoir de tolérance pour l’intolérance : il en va de la survie de la raison et de l’intelligence face au dogmatisme et à l’obscurantisme, de la primauté de la paix sur la violence, de la préservation des valeurs démocratiques de notre société.

« Ne pas oser le dénoncer, ce n’est pas être tolérant, c’est abandonner les hommes à leur malheur. » Lire et diffuser ce Traité sur l’intolérance, c’est refuser de se résigner. Coup  de coeur. (5/5)

 

 

Citations :

Voltaire… Le pourfendeur des religions, l’esprit libre, révolutionnaire, celui dont on a brûlé le dictionnaire philosophique dans le bûcher du chevalier de La Barre, l’auteur du Traité sur la tolérance et de la pièce de théâtre Le Fanatisme ou Mahomet le Prophète que l’on n’ose plus jouer nulle part au monde ou presque. Celui qui n’hésitait pas à affirmer, en un temps ou cela entraînait la mort, l’enfermement ou l’exil, plus certainement qu’aujourd’hui, que le christianisme était la religion « la plus ridicule, la plus absurde et la plus sanguinaire qui ait jamais infecté le monde », ou encore « la superstition la plus infâme qui ait jamais abruti les hommes et désolé la terre ».
Ainsi osait-on parler des religions au XVIIIe siècle. Il est de ceux auxquels nous devons de vivre libres. Mais nous ne le savons plus, nous l’avons oublié.


La réalité, c’est que jusqu’à ce jour, malgré toutes mes interventions, je n’ai fait que plaider des conséquences de la terreur, et en effleurer la cause, parce que la cause fait peur et qu’elle est si délicate à évoquer.
Voilà pourquoi plaider. Pour nommer la cause, clairement, sans circonvolutions, comme celui dont cette salle porte le nom l’aurait sûrement fait. Je n’ai pas son génie mais au moins, il faut essayer d’en être digne.
Et pourquoi nommer la cause ? Parce que la pensée provient du langage. Si on ne nomme pas, alors on ne peut pas raisonner. Si l’on ne pose pas le diagnostic d’une maladie, on n’a aucune chance d’y trouver un remède. Et les massacres se poursuivront, inexorablement.


On ne triomphe d’une peur qu’en en combattant la source, en l’occurrence la vision de l’islam des frères Kouachi. La peur, chez l’humain, ne peut produire que deux réactions : la violence ou la soumission. C’est une détestable alternative et si nous ne parlons pas, nous aurons l’une ou l’autre, voire les deux.  
Il faut combattre cette vision car il en va de l’intérêt de tous et parce que, pour citer une dernière fois Voltaire, « il est honteux que les fanatiques aient du zèle et que les sages n’en aient pas ».


L’islam des Kouachi, mon accusé, n’a rien de marginal ; il veut, depuis mille ans, tout écraser, éliminer, supprimer, à commencer par les autres courants de l’islam avec, parfois, la complicité de certains de nos intellectuels, écrivains ou politiques.
J’avais évoqué, il y a deux ans, leurs réactions au moment de la publication des caricatures par Charlie Hebdo. Je n’aurai pas la cruauté de rappeler les propos de certains sur Salman Rushdie au moment de la publication des Versets sataniques.
Salman Rushdie qui, dénonçant en 2017 « l’aveuglement stupide des gens de gauche qui font tout pour dissocier le fondamentalisme de l’islam », s’alarmait de « l’évolution radicale de l’islam, dévoré par ce fanatisme qu’est le wahhabisme » et nous exhortait « à voir la réalité des origines du jihadisme qui n’est pas extérieur à l’islam ».
Adonis a consacré un livre entier à cette question, relevant que, sur 3 000 versets du Coran, 518 portent sur des châtiments ; les supplices divers et variés font l’objet de plus de 370 versets dont les versets 70 et 72 de la sourate 40 qui promettent à ceux qui désobéissent d’être « traînés avec des chaînes dans l’eau bouillante et précipités dans le feu ». C’est un exemple parmi d’autres. Mais comment faire si l’on se refuse la faculté d’interpréter le texte ? On fait bouillir de l’eau ?
Tant d’intellectuels arabes se battent pour qu’une autre vision triomphe. Mais ils sont traités de tous les noms puis on leur accole le qualificatif de « sulfureux » et ensuite on ne veut plus les entendre ; leurs voix disparaissent.
 
 
De cette question du blasphème, c’est-à-dire de la possibilité de la critique – ce qui heurte frontalement la thèse du Coran incréé –, dépend la vision de l’islam qui l’emportera. C’est la clé du futur.
Nous sommes, dans cette salle d’audience, malgré nous, des acteurs de ce débat millénaire.
Cette salle Voltaire se retrouve à l’épicentre de cette controverse théologique millénaire parce que la France est le porte-étendard mondial, en raison de son histoire, du droit à la critique des religions et parce que le journal Charlie Hebdo était et reste le gardien de cet étendard.
Alors, ne serait-ce que pour convaincre quelques personnes, on ne peut pas renoncer à parler, à analyser, à nommer, à critiquer, à caricaturer la monstruosité de la vision des Kouachi. Sinon, c’est foutu. Voilà pourquoi plaider.


Plus on sacralise les croyances, moins on respecte les hommes et, pas à pas, on chemine vers l’obscurité.


(…) c’est ce qu’on a fait pour Charlie Hebdo, pour Salman Rushdie, pour Taslima Nasreen et même pour Samuel Paty. Une partie de notre élite s’acharne à rendre ces victimes de la terreur responsables de ce qui leur est arrivé.


Si on ne tient pas compte du contexte, on ne peut pas comprendre une littérature, aussi sacrée soit-elle », nous a précisé Delphine Horvilleur et elle a raison d’ajouter que « toute lecture est déjà une interprétation, qu’on le veuille ou non ».


Une expérience a été menée par des ethnologues qui sont allés voir des bardes en Serbie, tous les cinq ans, en leur demandant de leur raconter une même épopée de leur clan. Les bardes ne comprenaient pas pourquoi on leur demandait de se répéter, ne se rendant même pas compte qu’à chaque fois, leur récit était différent du précédent. Il s’agissait des mêmes narrateurs à seulement cinq ans d’intervalle. Vous pouvez imaginer la fiabilité d’un récit répété sur trois siècles par une chaîne de multiples générations.


Les portes du savoir ne doivent jamais se fermer, ni en religion, ni à l’université.


Le salafisme, dont on nous dit que les prédicateurs doivent être protégés même quand ils sont antisémites et homophobes, le wahhabisme et ses milliards déversés, les Frères musulmans, le Tabligh, ont confisqué une religion pour en imposer une vision politique et pour y parvenir, ils émettent des fatwas contre de prétendus blasphémateurs.
Ce n’est pas moi qui l’affirme mais Hamadi Redissi, érudit islamologue tunisien, professeur de sciences politiques à l’université de Tunis et probablement le plus grand expert des textes coraniques sur le blasphème, qui déplore que « l’islam sectaire wahhabite soit devenu l’islam, ce qui est d’abord une tragédie pour les musulmans ».  
Le questionnement de l’islam, ce n’est pas de l’islamophobie, c’est une condition de sa survie et de la nôtre.  
C’est le seul moyen pour que l’islam de la spiritualité et de la liberté, l’islam du courageux policier Ahmed Merabet, triomphe de celui des Kouachi qui instrumentalise, terrifie et fanatise. 


Ce ne sont pas des textes de paix et d’amour. Il faut n’en avoir jamais lu une ligne pour le prétendre. Ni la Torah, ni le Coran.
S’agissant de l’homosexualité, la punition en est la mort dans le Lévitique et dans le livre de Josué, successeur de Moïse, on exhorte les juifs à massacrer des villes entières. Quant au blasphème, il est puni par la lapidation de manière bien plus explicite dans la Torah que dans le Coran. Mais cela, je peux le dire sans difficulté car je parle du judaïsme ou du christianisme, je ne risque rien. En revanche, dire cela de l’islam, c’est risquer sa liberté voire sa vie et ça, c’est un immense problème.
Heureusement, ces textes ont été interprétés mille fois, en particulier dans le Talmud qui est une réécriture de la Torah.
L’interprétation, la critique et même l’humour grinçant de Charlie Hebdo, sont une nécessité vitale pour les religions elles-mêmes et surtout pour les hommes.


Pour éviter d’autres Kouachi, d’autres Coulibaly, d’autres femmes incendiées, nous avons besoin de connaissances, d’études, de thèses, de débats et il n’y en a quasiment plus en France, à l’université, aujourd’hui. On ne le permet plus, sous différents prétextes, s’en désole l’islamologue Bernard Rougier. La peur et le silence ont triomphé.
À Charlie Hebdo, on ne s’y résigne pas. La religion est un sujet trop sérieux pour en laisser l’étude aux seuls religieux.


On en est arrivé là parce que l’arme du blasphème, nous explique Gilles Kepel, a fait l’objet d’une surenchère de radicalité entre Daech et Al-Qaïda, entre l’Iran et l’Arabie Saoudite, entre le sunnisme et le chiisme, qui, je le cite, « se disputent la mobilisation de leurs coreligionnaires dans un jihad universel contre l’Occident judéo-chrétien ».
C’est une recette aussi vieille que l’humanité que de mobiliser la colère de son peuple contre un ennemi extérieur pour pouvoir le maintenir en servitude.


Ce n’est ni anecdotique, ni marginal, mon accusé  (La Religion] sévit et sévira encore tant que l’islam du Coran incréé, du refus des interprétations, des tracts et des réseaux sociaux, de la toute-puissance d’un Dieu qui écrase les hommes, se fera davantage entendre que l’islam du savoir et du doute.


Il faut écouter Omar Youssef Souleimane, l’écrivain, qui évoque « des quartiers entiers récupérés par l’islamisme », nous relatant qu’arrivé en France, il a constaté une islamisation « que même en Syrie on ne trouvait pas sauf dans quelques villages fanatisés », en particulier avec le voilement de fillettes de 9 ans.
Ces pratiques n’existaient pas dans les générations précédentes. Aujourd’hui, elles explosent et, peu à peu, l’idée que le vrai islam serait celui des salafistes ou des Frères musulmans s’impose. Ne pas oser le dénoncer, ce n’est pas être tolérant, c’est abandonner les hommes à leur malheur.


Une culture ne peut rayonner sans liberté d’expression, c’est impossible.


Dans 22 pays dont l’islam est la religion d’État, l’athéisme est considéré comme un crime et il est puni de mort dans 12 d’entre eux. Dans ces pays, les musulmans sont donc privés du droit de décider de ne plus l’être. On leur retire leur liberté de conscience. Je n’ai jamais entendu personne au monde parler d’athéophobie ni lu un article sur ce sujet.

 

Du même auteur sur ce blog :

 
 


 

dimanche 9 mars 2025

[Guez, Olivier] Mesopotamia

 



 

J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Mesopotamia

Auteur : Olivier GUEZ

Parution : 2024 (Grasset)

Pages : 416

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

Vous ne la connaissez pas, pourtant elle a tenu le monde entre ses mains. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, Gertrude Bell a dessiné les frontières de l'Orient, dans ce désert sauvage où tout a commencé : le pays entre deux fleuves, le Tigre et l'Euphrate.
Aventurière, archéologue, espionne, parlant l'arabe et le persan, elle fut la première femme puissante de l'Empire britannique, mais aussi une héroïne tragique. Idéaliste comme son ami et frère d'âme Lawrence d'Arabie. Impérialiste et courageuse comme le jeune Winston Churchill. Enfant aimée et incomprise d'une riche famille victorienne. Amoureuse éperdue. Et une énigme pour nous : celle des femmes que l'Histoire a effacées. 
Olivier Guez lui rend sa gloire et nous offre une épopée flamboyante : de la découverte de gigantesques gisements pétroliers aux jeux de pouvoir cruels entre Britanniques, Français et Allemands, des négociations sous les tentes bédouines aux sables de Bagdad où se perdent nos rêves.
Le roman de Gertrude Bell dessine la vaste fresque de la première mondialisation, quand le plus grand empire de tous les temps s'approprie une contrée mythique et maudite, terre d'Abraham, du déluge et de Babel, tombeau d'Alexandre le Grand : la Mésopotamie.

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Romancier, essayiste, ancien journaliste, Olivier Guez est notamment l'auteur de La disparition de Josef Mengele (Grasset 2017, prix Renaudot). Il a reçu le César allemand du meilleur scénario pour le film Fritz Bauer, un héros allemand. Il vit à Rome.

 

Avis :  

Mesopotamia, c’est cette terre biblique, considérée comme le berceau de la civilisation, qu’entre Tigre et Euphrate, l’on appelle Irak aujourd’hui. A la fin du XIXe siècle, le percement du canal de Suez et le besoin naissant de pétrole l’érigent à nouveau « nombril du monde ». Toutes les grandes puissances tentent d’y asseoir leurs convoitises, dans un « Grand Jeu » politique et diplomatique qui redessine les frontières, crée de nouveaux empires et fonde ce qui deviendra le Moyen-Orient que nous connaissons. 
 
Une femme que l’Histoire a pourtant oubliée, lui préférant la figure de Lawrence d’Arabie, y a joué un rôle majeur. Archéologue, exploratrice, espionne, diplomate, enfin personnage politique, elle fut considérée comme « la femme la plus puissante de Mésopotamie », sa « reine sans couronne ». Depuis une quinzaine d’années, historiens et biographes la redécouvrent, comme Olivier Guez qui lui a consacré six ans de recherche et d’écriture et qui nous en livre un portrait fouillé, riche de ses contradictions et ambivalences.

Cette « Lawrence d’Arabie féminine » s’appelle Gertrude Bell. Née en 1868 dans une famille de la grande bourgeoisie industrielle britannique, elle fait des études supérieures quand les femmes sont à peine tolérées dans les universités. Se sentant malgré elle impropre au mariage selon les canons de l’époque, elle multiplie les voyages, se fait alpiniste et archéologue, et acquiert une si bonne connaissance du Moyen-Orient, de la langue arabe et de la diplomatie dans la région, qu’elle y devient agente de liaison pour les services de renseignement du Commonwealth. 
 
Femme dans un monde d’hommes qui ne lui fait aucun cadeau, elle impose si bien ses compétences que c’est elle qui poussera Churchill à l’indépendance de la Mésopotamie, à la création de l’Irak et au choix de son premier roi, Faycak, dont elle sera la plus proche conseillère. Elle finira pourtant dans l’oubli, reléguée par d’autres figures comme celle de son ami Lawrence d’Arabie quant à lui en pleine gloire, désespérée d’assister bientôt à la main mise des Américains sur le pétrole irakien.

Il est impossible de dépeindre qui fut Gertrude Bell sans se plonger dans les arcanes géopolitiques où s’affrontent puissances occidentales, Ottomans, Bédouins, sunnites, chiites et Kurdes. Le récit ne cessant qui plus est de sauter d’une époque à l’autre dans une sorte de tourbillon temporel, toute la concentration du lecteur est requise pour suivre Gertrude dans un parcours par ailleurs si extraordinaire que la réalité historique bat d’emblée en brèche toute tentation d’en rajouter sur le plan romanesque. Peu à peu se dessine une personnalité d’exception, respectée par les uns, décriée par les autres, dans un monde masculin stupéfait de constater : « c’est une femme remarquablement intelligente avec le cerveau d’un homme. »

Gertrude se comporte d'ailleurs si bien en homme sur le plan professionnel que sa vie privée et sentimentale est un échec. Pourtant, en pur produit de son temps et de son pays, elle ne se révolte que de la condition des femmes musulmanes, désapprouvant vivement le combat des suffragettes, « dangereux pour la démocratie anglaise ». Fidèle à sa manière de penser révélée par une abondante correspondance, l’auteur se garde du moindre jugement ou de toute  interprétation psychologique, la livrant à nos yeux à la fois aventureuse, déterminée et intelligente, mais aussi imprégnée des certitudes racistes, impérialistes et même sexistes de son époque et de son milieu. 
 
C’est précisément cette authenticité sans faille, l’exactitude parfaite de la restitution construite sur un minutieux travail de documentation, qui fait l'immense intérêt de cet ouvrage, plus historique que romanesque, tranche de vie autant que tranche d’époque, et fascinante redécouverte d’une femme oubliée de l’Histoire. (4/5)

 

Citations : 

La présence de Miss Bell n’enchante pas non plus Sir Percy Cox en cette soirée humide de mars. Il se passerait volontiers d’elle, il a assez de difficultés à gérer, sur tous les fronts. Mais elle pourra tenir compagnie à son épouse qui s’ennuie à Bassora. Et le vice-roi lui a écrit de la prendre au sérieux : « C’est une femme remarquablement intelligente avec le cerveau d’un homme. »


Cette première nuit, Lawrence se prit d’affection pour elle, bien qu’il ne la trouvât pas belle, « excepté sous un voile peut-être », écrirait-il à sa mère peu après leur rencontre, et qu’il n’aimât pas les femmes et moins encore les femmes de lettres. « Toutes celles qui ont écrit des œuvres littéraires auraient pu être étranglées dès leur naissance : l’histoire de la littérature anglaise n’y perdrait rien », dirait-il plus tard. Elle avait traversé le désert et connaissait les Arabes : elle avait fait ses preuves. Le dandy frondeur et la voyageuse solitaire se ressemblaient. Leur métier d’archéologue les autorisait à se détacher du réel et à se réfugier dans un passé fantasmé, un pays des Merveilles surgi de la mythologie et des Écritures. 


Les stratèges de l’armée des Indes sont perplexes. Les alliances et les rivalités entre tribus sont aussi imprévisibles que les mouvements des fleuves : le désert est une science, il ne s’improvise pas. Il faut connaître les hommes et les clans qu’on croisera sur son chemin, les nuances des dialectes, les mœurs, la généalogie des familles et leurs liens de parenté, sous peine de graves ennuis. Les meilleures armes sont la parole, le tact ; une patience infinie. C’est pourquoi Miss Bell va rester en Mésopotamie. Il a été question de la renvoyer au Caire mais ses connaissances ethnographiques, linguistiques et le réseau de relations qu’elle a tissé au cours de ses campagnes archéologiques sont inestimables. Elle est titularisée, obtient un bureau et touche son premier salaire, trois cents roupies. Le major Gertrude Bell est la première officier politique de l’armée des Indes.


(…) à la mort de Victoria, la Grande-Bretagne régnait sur le quart de la planète et un tiers de l’espèce humaine. L’augure de Robinson se réalisait, dirait à Gertrude son père, en compagnie duquel elle lirait un peu plus tard le roman de Defoe. Le rescapé, qui ne possédait qu’un couteau et une pipe après son naufrage, avait à lui seul réinventé la civilisation dans un environnement inhospitalier. Intelligent, courageux, tenace et travailleur, il s’était peu à peu construit un domaine (et une casaque en peau de chèvre et un parapluie) ; il avait guidé vers la lumière le cannibale Vendredi avant de devenir l’homme le plus riche de l’île, en exploitant la canne à sucre, puis son roi. La Providence l’avait choisi. Robinson était le prototype du colonisateur britannique et le roman une prophétie de l’empire, lui expliquerait son père ; et maintenant, en cette fin du dix-neuvième siècle, l’île, c’était le monde, et Robinson, les Anglais, nouveau peuple élu. Ils étaient les dépositaires de l’univers, les héritiers d’Alexandre et de Rome.


(…) first in the world, best in the world, l’Angleterre rayonnait dans tous les domaines. La première démocratie libérale avait garanti des droits et une sécurité inédits à ses citoyens. Elle avait prohibé la traite négrière, pourchassant ses trafiquants sur les océans. La Royal Navy maintenait la libre navigation maritime sur ses propres deniers : la Pax Britannica assurait le développement florissant du commerce international. Le télégraphe et les câbles sous-marins britanniques avaient unifié les marchés et bouleversé les services d’information. Des dizaines de villes, des lacs et des chutes d’eau portaient le nom de Victoria sur les cinq continents : les Anglais étaient les messagers de la civilisation. « Partout nous avons laissé notre trace bienfaisante. Toutes les régions ressentent notre présence physique, morale et intellectuelle. Elles ne pourraient vivre sans nous », écrivait l’Illustrated London News. Les Anglais regardaient le monde de la cime de leurs grands mâts, écrivait Jules Vallès, en exil à Londres après la Commune, et marchaient avec assurance sur la voie que Dieu avait tracée pour eux.
 
 
Hugh Bell l’avait encouragée à voyager et à étudier à l’université d’Oxford. Les femmes n’y étaient tolérées que depuis une dizaine d’années. Elles devaient s’asseoir dos à l’estrade, la tête couverte d’un chapeau noir, des professeurs craignant de croiser leur regard pendant leur enseignement.


Les administrateurs anglo-indiens hochent la tête. Ils notent les noms, les doléances, et rassurent ; puis haussent les épaules ou ricanent dès que leurs interlocuteurs ont tourné le dos. « Les nobles Arabes… » : la déclaration du général Maude a été rédigée à Londres par une tête d’œuf déconnectée du terrain. Eux savent. Que la Mésopotamie, composée de mille ethnies et d’autant de religions et de sectes, comme l’Inde, ne constitue pas une nation ; que le mouvement nationaliste y est très faible, sinon inexistant ; que les juifs et les chrétiens, citoyens de seconde zone sous les Ottomans, se réjouissent de leur présence ; que très peu d’indigènes sont qualifiés pour prétendre à des postes de responsabilité. Les Arabes de Mésopotamie appartiennent aux races assujetties telles qu’un ancien proconsul au Caire les a définies peu avant la guerre, dans un essai qui a fait date : « Leur nature les empêche de penser rationnellement. Alors que l’Européen est un raisonneur rigoureux, un logicien naturel, et que son intelligence entraînée fonctionne comme un mécanisme, l’esprit oriental, pareil à ses rues pittoresques, laisse à désirer en matière de symétrie. Un Égyptien ordinaire se contredira probablement une demi-douzaine de fois avant de terminer son histoire… Son raisonnement est des plus négligés ; l’islam est un frein au progrès et à la citoyenneté… »


Il faudra patienter un siècle ou deux, peut-être un millénaire. L’Éden, Sumer, Babylone : régénérer le berceau des civilisations, n’est pas une aventure coloniale comme une autre. C’est une entreprise de rédemption, prométhéenne et sacrée, l’apothéose du projet impérial, qui justifie la guerre, les morts, les sacrifices consentis. L’épopée n’est pas achevée. « Nous sommes vraiment un peuple remarquable. Nous sauvons de la destruction des nations opprimées, et nous leur donnons sans compter, améliorons laborieusement leurs conditions sanitaires, et éduquons leurs enfants, en respectant leur foi… Il en va ainsi sous le drapeau britannique. Ne me demandez pas pourquoi », écrit Gertrude à ses parents.


Chaque étape lui réservait son lot de surprises, de premières fois. Le monde était un Luna Park illuminé. Elle et ses comparses pouvaient se travestir, acheter souvenirs et chapeaux indigènes, et s’inventer une routine acceptable puisqu’elle ne durait pas. Flottant à la surface des choses, ils enjolivaient la réalité grâce à leurs lectures, aux histoires qu’ils se racontaient. Les erreurs et les échecs ne collaient plus à la peau. En voyage, on avait le droit de se tromper, tout était « amusant », « exotique » et « délicieusement charmant », écrivait-elle chaque jour à ses proches.


Les suffragettes étaient prêtes à la lutte et feraient usage de tous les moyens pour parvenir à leurs fins, y compris descendre dans la rue, interrompre des meetings et braver les coups et la prison, s’il le fallait. « Ayez confiance en Dieu : Elle vous protégera ! », conclut, radieuse, madame Pankhurst. L’assemblée, qui comptait un certain nombre de new women, lectrices de George Sand et d’Ibsen, aspirant à l’émancipation sexuelle et à une vie régie selon la morale de leur choix, l’applaudit chaleureusement. Gertrude s’abstint. Elle était contre, leur dit-elle. Le mariage et la maternité étaient l’ordre naturel de la société. Les femmes n’étaient pas indépendantes, elles ne connaissaient rien à la politique ni à la diplomatie, réservées aux hommes, « pour de bonnes raisons », insista-t-elle : aussi n’étaient-elles pas mûres pour voter. Leur accorder le droit de suffrage serait dangereux pour la démocratie anglaise… 


Wilson demande à Cox de muter Gertrude dans les plus brefs délais. « Ses activités irresponsables sont une source de ressentiment pour toute l’administration civile », lui écrit-il. Il l’exclut du processus décisionnel, surveille son courrier, et l’empêche d’accéder aux câbles secret défense transmis par Londres et Delhi. Ses hommes le soutiennent, ils n’ont jamais aimé Miss Bell. Ils lui reprochent son snobisme et sa « langue de vipère », et l’accueil indigne qu’elle a réservé à leurs compagnes. Avec ces jeunes femmes qui sitôt arrivées se sont plaintes du climat, des dérangements intestinaux que les piments et les « toasts mous » leur infligent, et des « horribles Arabes qui crachent dans la rue et se mouchent dans leurs doigts », elle s’est montrée antipathique dès le début. « Profitez bien de l’hiver parce que l’été est plus intolérable encore », leur a-t-elle dit. Ses collègues jalousent son train de vie, ses domestiques pléthoriques, ses nouveaux meubles et son service en porcelaine de chez Maples, ses dîners qui rassemblent la bonne société bagdadienne auxquels elle ne les convie jamais. Encouragés par Wilson, ils se moquent d’elle. Miss Bell est « un bas-bleu qui chasse la gloire au lieu de soigner des enfants et une maison », « une vieille fille acariâtre et excentrique, la reine vierge » ; « sa ménopause explique ses bouffées panarabes du moment ». Ils ont rebaptisé sa maison « le couvent ».


Deux États arabes ont été créés en trois jours, leurs clients hachémites vont régner, les Britanniques ont tenu leurs promesses. Il a été convenu d’allouer à Ibn Saoud une pension égale à celle du chérif Hussein, pour peu que les wahhabites renoncent au sud de l’Irak et aux villes saintes de La Mecque et de Médine. Les routes aériennes stratégiques et les approvisionnements en pétrole ont été sécurisés. L’empire renforce sa mainmise sur le Moyen-Orient, barycentre du nouveau monde hydrocarburé. Lawrence écrira : « Ainsi fut débrouillé l’écheveau oriental. Churchill sut trouver des solutions conformes (je pense) à la lettre et à l’esprit des promesses faites, sans sacrifier les intérêts de l’empire, ni ceux des peuples engagés. Nous sommes donc sortis les mains propres de cette aventure. » Une photo de groupe fut prise dans la cour du Semiramis au retour des pyramides. La satisfaction se lit sur les visages des délégués. Ils viennent de fonder le Moyen-Orient moderne, en une semaine, « le temps qu’il a fallu à Dieu pour créer l’univers ».

 

dimanche 20 juin 2021

[Anam, Tahmima] Trilogie bangladaise 2 - Un bon musulman

 


 

J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Un bon musulman
            (The Good Muslim)

Auteur : Tahmima ANAM

Traductrice : Sophie BASTIDE-FOLTZ

Parution : en anglais (Bangladesh) en 2011
                   et en français en 2012

Editeur : Actes Sud

Pages : 288

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

Décembre 1971. La guerre de libération du Bangladesh vient de prendre fin.
A présent que le pays est indépendant, mille défis restent à relever, que Sohail Haque et sa soeur Maya vont aborder de manières diamétralement opposées. Médecin engagé, Maya aide résolument les femmes à conquérir leur liberté. Quant à Sohail, extrêmement affecté par les traumatismes de la guerre, il s’enferme peu à peu dans la religion, un islam intolérant et sectaire qui l’éloigne de ses anciens amis d’université, de sa soeur et même de son propre fils.

Très perturbée par la métamorphose de son frère, auquel elle est profondément attachée, Maya quitte la maison de son enfance. A son retour, dix ans plus tard, le fossé s’est encore creusé. Lorsque Sohail décide d’envoyer son fils dans une madrasa, Maya se sent contrainte d’agir, quitte à provoquer le déclenchement, longtemps retardé, d’une inéluctable tragédie.

Histoire d’une famille et d’un pays guetté par le fondamentalisme à l’ombre persistante d’une guerre dont les blessures peinent à se refermer, Un bon musulman est une plongée aussi inédite que bouleversante au coeur même de l’intégrisme tel qu’il se vit, s’exprime ou se combat au quotidien, chez des hommes et des femmes de chair et de sang dont il confisque douloureusement le destin.

  

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

Tahmima Anam est née en 1975 au Bangladesh. Anthropoloque et romancière, elle compte parmi les meilleurs jeunes romanciers britanniques sélectionnés par la prestigieuse revue Granta. Chroniqueuse pour le New York Times, elle a été membre du jury du Man Booker Prize en 2016.
Son premier roman, Une vie de choix (Les Deux Terres, 2009), a été traduit dans une douzaine de langues et a reçu le prix du meilleur premier livre du Commonwealth.

 

 

Avis :

La guerre de libération bangladaise s’achève fin 1971, transformant le Pakistan oriental en un nouvel état indépendant, le Bangladesh, au prix du massacre de millions de civils, de centaines de milliers de viols et du déplacement d’une foule de réfugiés. Tandis que Maya Hague s’investit avec énergie dans son métier de médecin au service des femmes, son frère Sohail tente d’oublier son trauma dans la religion, adoptant une pratique de plus en plus intransigeante et sectaire de l’islam qui le fait se détourner de sa famille et négliger son jeune fils. Lorsque l’enfant se retrouve en danger, Maya se décide à intervenir, précipitant une tragédie depuis longtemps annoncée...

Dans cet après-guerre aux décombres encore fumants, où chacun compte ses morts et mesure le poids de ses traumatismes - en particulier toutes ces femmes violées, et désormais ostracisées, dont personne ne veut les bébés de la honte –, la population hagarde voit, avec une déception amère, se mettre en place un régime dictatorial prêt à pactiser avec les collaborateurs et les criminels de guerre. Si Maya poursuit le combat à sa manière, luttant pour les droits et la liberté des femmes, militant ardemment pour la justice et la sauvegarde de ses idéaux, Sohail se retire peu à peu du monde réel. De plus en plus barricadé dans un refuge de principes rigides et mortifères qui finissent par l’exonérer de tout sentiment et le dépouiller de la moindre parcelle d’humanité, il se métamorphose bientôt en fondamentaliste intolérant, prêt à tout sacrifier à sa doctrine, y compris sa famille.

A travers Sohail et Maya se dessinent tous les possibles de ce nouveau pays tiraillé entre avenir et tradition, à une période charnière et fragile où tout peut basculer au gré d’un coup d’état et de la prise de pouvoir d’un nouveau dirigeant. Dans les campagnes en particulier, l’ignorance et la superstition y conduisent à des situations dramatiques et choquantes, où toujours les femmes se retrouvent en droite ligne d’une vindicte violente et meurtrière, tant elles demeurent le réceptacle de toutes les craintes et de toutes les hontes. Si Maya représente l’espoir et le progrès, Sohail rappelle la menace, ô combien d’actualité, de l’obscurantisme et de l’intégrisme religieux qui, dans un insidieux mais imparable processus, peuvent s’emparer d’une société meurtrie, en perte de repères.

Combat entre ombre et lumière, entre progrès et obscurantisme, ce récit foisonnant et traversé d’un puissant souffle romanesque est aussi une plongée dépaysante et passionnante dans un pan de l’histoire bangladaise, peu explorée en littérature. (4/5)


Citations :  

— Regarde ça. Tu veux savoir ce qui est le plus douloureux quand on vit dans ces taudis ? Quand on est une femme ?
— Quoi ?
— Boire de l’eau.
— Pourquoi, parce que l’eau est sale ?
— Ça aussi, mais pas seulement. Tu vois, si tu es une femme et que tu vis dans ce taudis, tu te réveilles au milieu de la nuit et, à la faveur de l’obscurité, tu vas à la lisière du bidonville, tu relèves ton sari et tu t’accroupis au-dessus de l’égout à ciel ouvert. Puis tu reviens sur la pointe des pieds te recoucher avec ton mari et, le reste de la journée, tu attends, tu attends, jusqu’à ce qu’il fasse nuit à nouveau, tu as l’impression d’avoir des aiguilles plein le ventre, ça te brûle à l’intérieur, mais tu ne peux rien faire, non rien, tu dois attendre la nuit que tout le monde soit couché pour pouvoir aller pisser tranquille, pour la seule et unique fois de la journée.”

Et là, soudain, avec ces boulettes, le sucre qui fondait dans la bouche et les rayons du soleil rose orangé sur la joue de sa mère, tous les moments où elle avait été aimée lui revinrent en mémoire. C’était comme ça, avec sa mère – elle s’autorisa à se les rappeler maintenant –, une superposition de souvenirs, comme les plumes d’un oiseau sauvage, qui sont là pour lui tenir chaud ou pour voler si besoin est. Sa mère, c’étaient ses ailes, ses propres ailes.

Treize. Ce bréchet brisé qu’était son pays avait treize ans. Pas très vieux, à première vue, mais au cours de cette période, on avait vu et revu les blindés défiler. On avait élu et nommé des dirigeants. Assassiné deux présidents. A ses débuts, le pays avait commencé à se cannibaliser lui-même, tuant les paysans du Sud, noyant des villages pour installer des barrages, rasant les vieux arbres de la forêt de Modhupur. Un pays en action : prompt à se mettre en colère, prompt à s’autodétruire.

 

 

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jeudi 28 février 2019

[Slimani, Leïla] Le diable est dans les détails





 

J'ai aimé

Titre : Le diable est dans les détails

Auteur : Leïla SLIMANI

Editeur : Editions de l'Aube

Parution : 2016

Pages : 64








Présentation de l'éditeur : 

« Leïla Slimani a reçu le prix Goncourt 2016 pour Chanson douce paru chez Gallimard. Remarquée dès son premier roman, Dans le jardin de l'Ogre, publié lui aussi chez Gallimard, Leïla Slimani a obtenu un immense succès de librairie. Ce livre-ci rassemble les textes qu'elle a écrits pour Le 1. Six petits bijoux, chacun doté d'une force qui impressionne, servis par une plume déliée, un regard tout en finesse, qu'il s'agisse de courtes nouvelles à la Tchekhov - Le diable est dans les détails - ou de textes engagés : ainsi Intégristes je vous hais, rédigé dans l'urgence et la rage au lendemain des attentats du 13 novembre 2015. Nous vous proposons ainsi de mieux connaître les multiples facettes d'une jeune auteure dont la voix n'a pas fini de nous interpeller, tantôt par un murmure, tantôt par un cri. » Éric Fottorino, Directeur de l'hebdomadaire Le 1.
 

 

Avis :

Eric Fottorino signe l'introduction de ce très court recueil de nouvelles et de chroniques de Leïla Slimani, parues dans le 1, hebdomadaire qu'il dirige et qui traite chaque semaine une grande question d'actualité à travers les regards d'artistes et d'experts. 
Ces textes écrits entre fin 2014 et début 2016, au lendemain des attentats islamistes commis en France, sont un cri de colère. A l'heure où d'autres refusent d'offrir leur haine aux terroristes, Leïla Slimani clame la sienne, déplorant la faiblesse des réactions des gouvernements occidentaux ligotés dans leurs conflits d'intérêts : vente d'armes, relations avec le Qatar... 
Leïla Slimani se révèle une femme passionnée et engagée, consciente des devoirs de dissidence et de lutte contre l'obscurantisme de la littérature, terreau de liberté, d'ouverture d'esprit et de tolérance. Elle dit ici clairement et courageusement ce qu'elle pense, dans son style incisif et percutant. (3/5)

 

 

Citation :

Parce qu'elle est un immense espace de liberté, où l'on peut tout dire, où l'on peut côtoyer le mal, raconter l'horreur, s'affranchir des règles de la morale et de la bienséance, la littérature est plus que jamais nécessaire. Elle ramène de la complexité et de l'ambiguïté dans un monde qui les rejette. Elle peut ausculter, sans fard et sans complaisance, ce que nos sociétés produisent de plus laid, de plus dangereux et de plus infâme. Elle demande du temps dans un monde où tout est rapide, où l'image et l'émotion l'emportent sur l'analyse. Mais pour jouer pleinement son rôle, elle doit être à la hauteur d'elle-même et de ces idéaux.
 

 

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