jeudi 16 janvier 2020

[Martin, Nastassja] Croire aux fauves






J'ai beaucoup aimé

Titre : Croire aux fauves

Auteur : Nastassja MARTIN

Année de parution : 2019

Editeur : Gallimard

Pages : 152






 

 

Présentation de l'éditeur :

«Ce jour-là, le 25 août 2015, l'événement n'est pas : un ours attaque une anthropologue française quelque part dans les montagnes du Kamtchatka. L'événement est : un ours et une femme se rencontrent et les frontières entre les mondes implosent. Non seulement les limites physiques entre un humain et une bête qui, en se confrontant, ouvrent des failles sur leurs corps et dans leurs têtes. C'est aussi le temps du mythe qui rejoint la réalité ; le jadis qui rejoint l'actuel ; le rêve qui rejoint l'incarné.»


Un mot sur l'auteur :

Nastassja Martin est une anthropologue française spécialiste des populations arctiques. A 23 ans, elle part vivre deux ans chez les Gwich’in, un peuple de chasseurs-cueilleurs du nord-est de l'Alaska. Elle raconte cette expérience dans Les âmes sauvages, paru en 2016.» 


Avis :

En 2015, lors d’une mission anthropologique chez les rares nomades Evènes subsistant encore des rennes au Kamtchatka, l’auteur partie seule en forêt est attaquée par un ours : le fauve lui emporte la moitié du visage avant de s’enfuir, lui laissant miraculeusement la vie sauve. S’ensuivra pour la jeune femme une longue et douloureuse reconstruction physique, mais aussi une vaste introspection sur les raisons et l’impact de cette fulgurante collision entre l’humain et l’animal.

L’on reste d’abord sans voix devant l’inimaginable et terrible mésaventure de cette femme : une épreuve atroce, à l’issue improbable, suivie d’un parcours médical à faire froid dans le dos, à la merci de la brutalité d’un petit hôpital russe d’un autre âge, mais aussi, très ironiquement, des failles des plus grands établissements de santé français. L’on devine ensuite la tornade qui a dû s’emparer du psychisme de cette survivante, l’énorme travail sur soi pour parvenir à passer le cap, concrétisé par ce livre posé, réfléchi, plein de la maturité et de la sagesse de qui a déjà vécu cent vies.

C’est avec toute son expérience d’anthropologue, son ouverture d’esprit et sa conscience de la complexité des êtres que l’auteur envisage l’enchaînement de faits qui l’ont menée à ce face-à-face avec un fauve. Sans jamais trancher, elle ouvre une à une des hypothèses issues de différentes cultures, explorant aussi bien la psychanalyse, le chamanisme ou l’animisme. Cela l’amène avant tout à mieux se connaître, à comprendre ce que cet ours lui a pris et lui a donné en échange. Cela finit par nous faire réfléchir à notre avenir d’humains sur une planète au bord de la ruine, où l’anthropologue met en lumière ce que nous sommes en train de perdre : les mythes anciens, l’harmonie avec la nature et l’équilibre entre les espèces vivantes, les espaces de liberté et de vie sauvage…

Cette méditation, au texte parfois exigeant et toujours lucide, se lit avec d’autant plus d’intérêt qu’elle accompagne le récit sincère et sans complaisance d’une authentique expérience de terrain, où transparaissent l’estime et l’amitié d’hommes et de femmes au mode de vie en voie de disparition, et en l’avenir desquels, pourtant, l’on aimerait bien pouvoir croire encore. (4/5)


Citations : 

Elle me scrute d’un regard qui se veut aimable et plein de bonne volonté. Mais vraiment, comment vous sentez-vous ? insiste-t-elle. Un silence, puis elle reprend. Parce que, vous savez, le visage, c’est l’identité. Je la regarde, ahurie. Les pensées s’entrechoquent dans ma tête, qui subitement surchauffe. Je lui demande si elle prodigue ce genre d’informations à tous les patients du service maxillo-facial de la Salpêtrière. Elle hausse les sourcils, déconcertée. Je voudrais lui expliquer que je collecte depuis des années des récits sur les présences multiples qui peuvent habiter un même corps pour subvertir ce concept d’identité univoque, uniforme et unidimensionnel. Je voudrais aussi lui dire tout le mal que cela peut faire, d’émettre un tel verdict lorsque, précisément, la personne qui se trouve en face de vous a perdu ce qui, tant bien que mal, reflétait une forme d’unicité, et essaie de se recomposer avec les éléments désormais alter qu’elle porte sur le visage.

Je crois qu’enfants nous héritons des territoires qu’il nous faudra conquérir tout au long de notre vie. Petite, je voulais vivre parce qu’il y avait les fauves, les chevaux et l’appel de la forêt ; les grandes étendues, les hautes montagnes et la mer déchaînée ; les acrobates, les funambules et les conteurs d’histoires. L’antivie se résumait à la salle de classe, aux mathématiques et à la ville. Heureusement, à l’aube de l’âge adulte, j’ai rencontré l’anthropologie. Cette discipline a constitué pour moi une porte de sortie et la possibilité d’un avenir, un espace où m’exprimer dans ce monde, un espace où devenir moi-même. Je n’ai simplement pas mesuré la portée de ce choix, et encore moins les implications qu’allait entraîner mon travail sur l’animisme. À mon insu, chacune des phrases que j’ai écrites sur les relations entre humains et non-humains en Alaska m’a préparée à cette rencontre avec l’ours, l’a, en quelque sorte, préfigurée.

Cela fait quelques jours que nous sommes arrivés à Tvaïan, je m’applique à ne rien faire, je voudrais même essayer d’arrêter de penser. Ce matin, je me dis qu’il faut surtout que je cesse de vouloir – comprendre guérir voir savoir prévoir tout de suite. Au fond des bois gelés, on ne « trouve » pas de réponses : on apprend d’abord à suspendre son raisonnement et à se laisser prendre par le rythme, celui de la vie qui s’organise pour rester vivants dans une forêt en hiver. J’essaie de trouver en moi un silence aussi profond que celui des grands arbres dehors qui se tiennent immobiles et verticaux dans le froid. J’ai fait demi-tour, volte-face. Je suis revenue sur mes pas comme les zibelines dans la neige lorsqu’elles dupent leur poursuivant. Je ne sais pas où je vais, peut-être nulle part, je suis dans une tanière et ça me suffit. Je prends la mesure de l’immensité autour et des minuscules gestes du quotidien à l’intérieur, expression d’une patience infinie, propre aux humains qui se tiennent au chaud en attendant l’explosion du printemps.


Chaque jour Daria hache de la viande de renne pour moi, extrait la moelle des os, me donne des lamelles de foie cru (pour la digestion) de cœur cru (pour la guérison) de poumon (pour la respiration). Elle m’a aussi servi un verre de sang chaud (pour la force) lorsque nous avons tué le renne. Je suis plus vulnérable que je ne l’ai jamais été entre ces murs, et c’est précisément pour cela qu’aujourd’hui je vois. La sobre beauté de leurs allées et venues journalières ; la nécessité du moindre de leurs mouvements ; la discrétion dont ils font preuve entre eux et à mon égard. Je me laisse enfin porter par cette logique de vie routinière ; j’ai l’impression de découdre un à un les pas qui m’ont menée dans la gueule d’un fauve.

Daria est une guerrière, une vraie. À Tvaïan, la vieille idée selon laquelle les hommes chassent et les femmes cuisinent est un leurre absolu, une jolie fiction d’Occidentaux qui peuvent dès lors être fiers de l’évolution de leur société et du dépassement des présumés rôles genrés. Ici, tout le monde sait tout faire. Chasser, pêcher, cuisiner, laver, poser des pièges, chercher de l’eau, cueillir des baies, couper du bois, faire du feu. Pour vivre en forêt au quotidien, l’impératif est la fluidité des rôles ; le mouvement incessant des uns et des autres, leur nomadisme journalier implique qu’il faut pouvoir tout faire à tout moment car la survie concrète dépend des capacités partagées lorsqu’un membre de la famille s’absente.

La première chose à dénouer, avant le pourquoi de ma fuite hors de la forêt cet été-là, c’est le comment de ma fuite hors de mon propre monde vers la forêt, quelques années en arrière. Une pensée assez triviale me trotte dans la tête depuis longtemps : personne n’a écouté Antonin Artaud qui pourtant avait raison. Il faut sortir de l’aliénation que produit notre civilisation. Mais la drogue, l’alcool, la mélancolie et in fine la folie et/ou la mort ne sont pas une solution, il faut trouver autre chose. C’est ce que j’ai cherché dans les forêts du Nord, ce que je n’ai que partiellement trouvé, ce que je continue de traquer.
(…)
Combien de psychologues me prendraient pour une folle, si je leur disais que je suis affectée par ce qui se passe hors de moi ? Que l’accélération du désastre me pétrifie ? Que j’ai l’impression de ne plus avoir prise sur rien ? Ah, voilà donc la raison qui vous pousse à vous accrocher aux montagnes ! Oui, et là où ça devient grave, c’est que même la montagne s’effondre. Faute de cohésion, à cause de la glace qui fond, faute à la canicule. Les prises cassent, les rochers tombent, voilà la réalité. 

(...)
Cela aurait été si simple, si mon trouble intérieur se résumait à une problématique familiale irrésolue, à mon père disparu trop tôt, aux attentes insatisfaites de ma mère. Je pourrais dès lors « résoudre » ma dépression. Mais non. Mon problème, c’est que mon problème n’appartient pas qu’à moi. Que la mélancolie qui s’exprime dans mon corps vient du monde. Je crois que oui, il est possible de devenir « le vent qui souffle à travers nous », comme disait Lowry. Et qu’il est commun de ne pas en revenir, comme lui, comme tant d’autres. J’ai rejoint les Êvènes d’Icha et j’ai vécu dans la forêt avec eux pour une raison bien en deçà de celle d’une recherche comparative. J’ai compris une chose : le monde s’effondre simultanément de partout, malgré les apparences. Ce qu’il y a à Tvaïan, c’est qu’on vit consciemment dans ses ruines.
 


Sur les Evènes et les Inuits, vous aimerez aussi :



mardi 14 janvier 2020

[Pauly, Anne] Avant que j'oublie






J'ai beaucoup aimé

Titre : Avant que j'oublie

Auteur : Anne PAULY

Année de parution : 2019

Editeur : Verdier

Pages : 144






 

 

Présentation de l'éditeur :

Il y a d’un côté le colosse unijambiste et alcoolique, et tout ce qui va avec : violence conjugale, comportement irrationnel, tragi-comédie du quotidien, un « gros déglingo », dit sa fille, un vrai punk avant l’heure. Il y a de l’autre le lecteur autodidacte de spiritualité orientale, à la sensibilité artistique empêchée, déposant chaque soir un tendre baiser sur le portrait pixelisé de feue son épouse ; mon père, dit sa fille, qu’elle seule semble voir sous les apparences du premier. Il y a enfin une maison, à Carrières-sous-Poissy et un monde anciennement rural et ouvrier.

De cette maison, il va bien falloir faire quelque chose à la mort de ce père Janus, colosse fragile à double face. Capharnaüm invraisemblable, caverne d’Ali-Baba, la maison délabrée devient un réseau infini de signes et de souvenirs pour sa fille qui décide de trier méthodiquement ses affaires. Que disent d’un père ces recueils de haïkus, auxquels des feuilles d’érable ou de papier hygiénique font office de marque-page ? Même elle, sa fille, la narratrice, peine à déceler une cohérence dans ce chaos. Et puis, un jour, comme venue du passé, et parlant d’outre-tombe, une lettre arrive, qui dit toute la vérité sur ce père aimé auquel, malgré la distance sociale, sa fille ressemble tant.
Cet ouvrage a reçu le Prix Envoyé par la Poste 2019.


Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Née en 1974 en banlieue parisienne, Anne Pauly vit et travaille à Paris.


Avis :

La narratrice vient de perdre son père, décédé d’un cancer. Alors qu’elle range la maison désormais déserte mais encore imprégnée de la présence du vieil homme, elle se remémore sa personnalité atypique et complexe, qui fut si difficile à vivre pour ses proches. Alcoolique et violent, provocateur et insupportable, cet ours unijambiste cachait pourtant pudiquement une tendresse maladroite et une sensibilité artistique empêchée, que sa fille va s’attacher à retracer au travers des mille objets et souvenirs entassés dans sa tanière : une manière pour elle de faire petit à petit son deuil, en se réconciliant avec ce qu’il fut et ce qu’il lui a laissé.

Ce roman aux sonorités autobiographiques est émouvant à plusieurs titres : c’est bien sûr le récit d’un deuil, d’une amputation affective avec laquelle il faut apprendre à vivre, mais c’est aussi la réhabilitation d’un père que l’auteur s’applique à révéler pour ce qu’il était vraiment, un long travail nécessaire à son apaisement, pour qu’enfin la réconciliation ait lieu et l’amour puisse retrouver sa place.

Le langage employé évoque la vie de tous les jours, les mille détails absurdes, drôles ou tragiques, qui, bien au-delà du raccourci des apparences, nous font deviner les secrets parfois touchants d’un homme devenu hérisson, et que seule la fin de vie a rapproché de sa fille. La maladie, l’hôpital, la morgue, les pompes funèbres, l’office religieux et l’enterrement, puis le vide et les souvenirs, sont évoqués sur un ton doux-amer, qui oscille constamment entre le rire et les larmes, narrant avec justesse et sensibilité un cheminement douloureux et nécessaire pour le retour à la vie des survivants.

Chacun pourra trouver une émotion à sa mesure dans ce récit intimiste à la portée pourtant universelle, où l’amour, trop pudique ou masqué par le quotidien, ne trouve à s’épanouir (ou pas) que lorsqu’il est bien (trop) tard. (4/5)


Citations : 

Bon, t’as un crayon et un papier ? Je voudrais te montrer un truc que j’ai appris à mon cours de chinois. J’ai fouillé mollement dans les tiroirs de la table basse devant nous pour en extraire un crayon de couleur violet tout mâché et une vieille enveloppe décachetée. Il a commencé par dessiner ce qui ressemblait à un peigne à trois griffes, puis en dessous, une agrafe au bout gauche distendu, puis encore en dessous, deux tirets verticaux soulignés d’un sourire pris dans une parenthèse puis, finalement, le chiffre 17, tordu comme si on l’avait cogné. Tu vois, cet idéogramme, ça veut dire l’amour. Ok, j’ai dit, soulagée d’avoir à me concentrer sur autre chose que la maladie, la mort et leur sinistre cohorte de significations. Regarde, le râteau, à trois dents là, en fait c’est une main, ok ? Ok. Le truc allongé en dessous, c’est un toit, le visage en dessous, c’est le symbole du cœur, et le 17 de travers, ça signifie la personne que l’on respecte ou l’ami, ok ? Ok. Je comprenais pas grand-chose mais je hochais la tête. Donc, si on reprend, globalement, l’amour, c’est de protéger avec ta main le cœur d’une personne que tu respectes, ok ? Ok, j’ai encore répondu alors que le joli message qu’il m’adressait l’air de rien se frayait peu à peu un chemin jusqu’à mon cerveau. Et tu sais le moyen mnémotechnique que les professeurs donnent pour se souvenir de la manière dont il faut composer ce caractère ? Eh ben, c’est simple. Plus loin sur la feuille, il a redessiné le peigne à trois griffes. Ça c’est la pluie qui tombe du ciel, juste au-dessous, le toit, c’est un parapluie, et encore dessous, c’est le cœur de ton ami. Alors, l’amitié, tu vois, c’est ça. C’est protéger le cœur de ton ami de la pluie et des intempéries.

La Ronde des Livres - Challenge 
Multi-Défis d'Hiver 2020


dimanche 12 janvier 2020

[Appanah, Nathacha] Le ciel par-dessus le toit






 

J'ai aimé

Titre : Le ciel par-dessus le toit

Auteur : Nathacha APPANAH

Année de parution : 2019

Editeur : Gallimard

Pages : 128






 

 

Présentation de l'éditeur :

«Sa mère et sa sœur savent que Loup dort en prison, même si le mot juste c’est maison d’arrêt mais qu’est-ce que ça peut faire les mots justes quand il y a des barreaux aux fenêtres, une porte en métal avec œilleton et toutes ces choses qui ne se trouvent qu’entre les murs. Elles imaginent ce que c’est que de dormir en taule à dix-sept ans mais personne, vraiment, ne peut imaginer les soirs dans ces endroits-là.»

Comme dans le poème de Verlaine auquel le titre fait référence, ce roman griffé de tant d’éclats de noirceur nous transporte pourtant par la grâce de l’écriture de Nathacha Appanah vers une lumière tombée d’un ciel si bleu, si calme, vers cette éternelle douceur qui lie une famille au-delà des drames
.


Un mot sur l'auteur :

Mauricienne née en 1973, Nathacha Appanah a passé sa petite enfance à l'Ile Maurice, avant de venir s'installer en France où elle a suivi une formation dans le journalisme et l'édition. Ses romans ont été couronnés de nombreux prix littéraires.  
Le ciel par-dessus le toit a fait partie de la première sélection du prix Goncourt 2019.


Avis :

Devenue marginale et hermétique à la tendresse à cause d’un traumatisme remontant à l’enfance, Phénix est incapable de se montrer maternelle. A l’adolescence, sa fille a préféré fuir la maison. Dix ans plus tard, au même âge, son fils Loup se retrouve dans le quartier pour mineurs d’une prison.

L’écriture est jolie, l’art du conte maîtrisé et l’on ne s’ennuie pas une seconde dans cette histoire en clair-obscur, esthétiquement composée. C’est pourtant cette même recherche formelle qui a fini par s’avérer contre-productive chez moi : à force d’intentions poétiques et d’effets de style, le récit m’a semblé verser dans l’artifice, au trop grand détriment de sa crédibilité.

J’ai eu ainsi beaucoup de mal à me faire aux personnages : entre une mère objet de tous les fantasmes dont on ne percera jamais la déroutante image pour en comprendre vraiment les failles, un fils tellement fragile qu’il en paraît presque demeuré et fait bien plus office d’agneau sacrifié que de loup enragé, un médecin au comportement improbable lors d’un accouchement fantasmagorique qui occupe une place inexplicable dans le récit, seule la fille, par son absence, acquiert paradoxalement quelque réalité.

C’est finalement le très beau travail sur sa forme qui fait l’originalité de cette histoire. Sorte de clair-obscur parfois presque fantastique où dansent les ombres de personnages plus esquissés que réellement incarnés, elle confirme, s’il le fallait, une bien jolie plume, mais s’avère pour moi une relative déception après mon précédent coup de coeur pour Tropique de la violence du même auteur. (3/5)


Du même auteur sur ce blog :

 

 


 



vendredi 10 janvier 2020

[Pautrel, Marc] L'éternel printemps






J'ai beaucoup aimé

Titre : L'éternel printemps

Auteur : Marc PAUTREL

Année de parution : 2019

Editeur : Gallimard

Pages : 128






 

 

Présentation de l'éditeur :

«J’avais vu juste, elle n’a personne dans sa vie actuellement. De son côté, elle sait que je suis séparé. Elle a été mariée, a divorcé, n’a pas d’enfants. Elle sort peu, mais elle aime aller au restaurant. Parler sans fin en mangeant est également un de mes grands plaisirs.»


Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Marc Pautrel est né en 1967. Après des études de droit, il a décidé de se consacrer à l’écriture. Il a publié huit romans aux Éditions Gallimard dans la collection «L’Infini» : L’homme pacifique (2009), Un voyage humain (2011), Polaire (2013), Orpheline (2014), Une jeunesse de Blaise Pascal (2016), La sainte réalité (2017), La vie princière (2018) et L'éternel printemps (2019).


Avis :

Le narrateur, écrivain cinquantenaire, s’éprend d’une libraire de neuf ans son aînée. Son attirance est partagée, leur communion d’esprit parfaite et tous deux sont libres car divorcés. Pourtant, plus leurs liens se renforcent, et plus cette femme semble s’attacher à préserver une certaine distance. 

Peur de l’âge et du regard d’autrui, angoisse de la mort depuis le décès de sa mère : elle ne parvient pas à abattre les murs qui l’entourent et se réfugie dans un espace entre amitié et amour. Lui se montre patient et réceptif, tente de la convaincre qu’il reste du temps pour le bonheur, et, faute de parvenir à la rassurer tout à fait, accepte cet amour platonique, tendre et lumineux.

Empreint de douceur et de mélancolie, ce roman donne vie à deux personnages touchants et saisis dans leur infinie complexité : aucune complaisance ni mièvrerie dans cette histoire toute de délicatesse, où deux êtres se rencontrent sans parvenir à se rapprocher totalement, séparés par le temps qui passe et par la crainte de partager leur déclin à venir. Leur reste une bulle de tendre complicité, l’éternel printemps d’une relation jamais éclose, stoppée dès ses balbutiements par peur de l’abîmer.

J’ai beaucoup aimé ce petit livre à part, où la retenue et les non-dits pavent une relation construite sur le respect de l’autre et de ses sentiments, nourrie de la simple perspective de possibilités d’autant plus belles que, jamais concrétisées, elles garderont éternellement leurs promesses. (4/5)


Citations : 

De grandes grilles de fer forgé surmontées d’un blason et de pointes peintes en or délimitent l’enceinte du parc. Ensuite, une placette avec un bassin en domine toute l’étendue, puis on descend une dizaine de marches d’un escalier de pierre et le parc est là. Il y a plusieurs ensembles, une île japonisante entourée de ponts en demi-lune, un jardin botanique, un long bâtiment du XVIIIe siècle abritant une orangerie, un théâtre de Guignol devant lequel une vingtaine de chaises métalliques attendent les spectateurs, de grands espaces de gazon très épais et très vert, parfaitement tondu, sur lequel on peut marcher, s’asseoir ou s’allonger pour discuter, lire, dormir, pique-niquer. Ces espaces de gazon sont traversés par de larges allées de gravier zigzagantes qui y dessinent des courbes et font ressembler le parc à un minigolf, de sorte que, aperçus en surplomb depuis l’entrée, ils forment des dômes verts, comme le galbe sensuel d’une bête immense mais pacifique, une créature végétale endormie depuis mille ans et dont la respiration créerait un imperceptible mouvement de va-et-vient vertical berçant tous les promeneurs du parc.

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mercredi 8 janvier 2020

[Zeh, Juli] Nouvel an





J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Nouvel An (Schilf)

Auteur : Juli ZEH

Traductrice : Rose LABOURIE

Parution : en allemand en 2007,
                en français en 2019 (Actes Sud)

Pages : 192

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :   

Des vacances de Noël en famille sur l’île de Lanzarote – ce rêve de Henning, mari et jeune père plein de bonne volonté, risque de tourner au vinaigre. Le temps est maussade, le moral se détériore ; les crises d’angoisse qu’il redoute tant réapparaissent. Le premier janvier, il décide de s’éloigner des obligations familiales, d’un amour mêlé d’incompréhension et d’une paternité qui l’écrase. Il enfourche un médiocre vélo de location et entreprend, par défi, une ascension harassante.
C’est un homme épuisé qui arrive au sommet de la montagne, où paysage et village se révèlent. Tel un voile qui se déchire, il lui semble retrouver un lieu maudit de sa petite enfance, une expérience traumatisante dont la romancière ressuscite alors chaque instant enfoui dans sa mémoire.


Juli Zeh, à son meilleur, se livre à un travail vertigineux d’expérimentation psychique : la plongée de Henning dans l’onde obscure du refoulé nous hantera longtemps.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Née en 1974 à Bonn, Juli Zeh a été propulsée sur le devant de la scène littéraire européenne avec La Fille sans qualités (Actes Sud, 2007 ; Babel n°912 ; prix Cévennes du meilleur roman européen 2008). De nombreuses distinctions ont couronné son œuvre, traduite en une vingtaine de langues. Actes Sud a publié quatre autres romans dont Décompression (2013) et Brandebourg (2017).

 

 

Avis :

La vie du narrateur lui échappe : son couple bat de l’aile, ses enfants l’épuisent, son travail est ingérable et il est de plus souvent sujet à de terribles crises d’angoisse qui le laissent vide et sans force. Il a soudain l’idée d’emmener les siens à Lanzarote pendant les vacances de fin d’année. Le jour de l’An, au cours d’une ascension solitaire en vélo entamée pour échapper à la morosité familiale, il croit reconnaître des lieux connus dans son enfance : le passé lui remonte brutalement à la figure, faisant resurgir de vieux évènements traumatisants refoulés au plus profond de sa mémoire.

Le récit commence doucement, autour du mal être du personnage principal qui, malgré toute sa bonne volonté, ne parvient pas à gérer son existence. Lorsque son passé se rappelle violemment à lui, le rythme s’emballe soudain, et le lecteur se retrouve aspiré aux côtés du narrateur, dans une tension horrifiée qui ne se relâchera plus avant le dénouement inattendu, aux nouvelles perspectives inextricables.

Le cadre si particulier de Lanzarote éclaire de ses contrastes en noir et blanc un huis-clos d’autant plus angoissant qu’il enferme dans son drame deux très jeunes enfants. Tandis que le lecteur tremble et s’étonne, il comprend peu à peu les raisons qui empêchent encore aujourd’hui le principal protagoniste de vivre normalement : une prise de conscience qu’il imagine semblable dans la tête du narrateur, et pourtant…

Construit sur les terribles conséquences du silence et du déni autour d’un implacable fait divers, ce roman fait doublement froid dans le dos : l’on y frémit des épreuves traversées par les deux enfants, mais aussi de leurs souffrances à l’âge adulte. Ce roman est une excellente surprise, qui se dévore en une soirée et continue de vous hanter bien après sa dernière page. (4/5)

 

 

Citation :

Il y a quelques années, à la maison d’édition, Henning s’est occupé d’un livre sur les enfants dont le succès finance encore aujourd’hui son poste. L’ouvrage s’intitule "Le Moi construit" et parle du fait que les enfants se voient assigner par leur environnement, autrement dit par leurs parents, des rôles qu’ils vont jouer et conserver tout au long de leur vie.

  

La Ronde des Livres - Challenge 
Multi-Défis d'Hiver 2020

mardi 7 janvier 2020

Bilan 2019 - 163 livres

 

 

Au-delà du coup de coeur :


  ANDREA Jean-Baptiste : Cent millions d'années et un jour
 BOURDEAUT Olivier : En attendant Bojangles
  BOUYSSE Franck : Né d'aucune femme 

  BRASSEUR Diane : La partition
COLLETTE Sandrine : Animal 
DUQUESNOY Isabelle : L'embaumeur ou l'odieuse confession de Victor Renard




Coups de coeur :


  ANDREA Jean-Baptiste : Ma reine
ARIYOSHI Sawako : Kaé ou les deux rivales
Le crépuscule de Shigezo, Le miroir des courtisanes
BEREST Claire : Rien n'est noir
BOUYSSE Franck : Glaise, Grossir le ciel
BRADBURY Jamey : Sauvage
COGNETTI Paolo : Les huit montagnes 
COULON Cécile : Une bête au paradis 
COURNUT Bérengère : De pierre et d'os 
COX Michael : La nuit de l'infamie, Le livre des secrets  
DHAINAUT Jean-Marc : Les galeries hurlantes
DIEUDONNE Adeline : La vraie vie
DURAND Jacky : Le cahier de recettes
FERMINE Maxence : Neige
FORGET Mathilde : A la demande d'un tiers 
JERUSALMY Raphaël  : La rose de Saragosse
 MARZANO-LESNEVICH Alexandria : L'empreinte
NOREK Olivier :
Entre deux mondes

O'BRIEN Edna : Girl
OFFUTT Chris : Nuits Appalaches  
PAPIN Line :
Les os des filles

PICOULT Jodi : Mille petits riens, La tristesse des éléphants
 PONTHUS Joseph : A la ligne. Feuillets d'usine
POSTORINO Rosella : La goûteuse d'Hitler
SIMON François : L'esprit des vents
TANETTE Sylvie : Un jardin en Australie
WARD Jesmyn : Le chant des revenants
XILONEN Aura : Gabacho


J'ai beaucoup aimé :


ADAM Olivier : Une partie de badminton
BINEBINE Mahi : Rue du Pardon
BLONDEL Jean-Philippe :
La grande escapade 
 BORDES Gilbert : La garçonne
BOWEN Rhys : Son espionne royale mène l'enquête 
CADOUX Françoise : Muztagh Ata, le père des glaciers
COLLETTE Sandrine : Six fourmis blanches 
DARRIEUSSECQ Marie : Etre ici est une splendeur
DENUZIERE Maurice : Montvert-les-Bains  
  DRU Marie-Virginie : Aya

FROMM Pete : Mon désir le plus ardent 
 GAUDE Laurent : Salina, les trois exils
GOWDA Shilpi Somaya : Un fils en or
HENDERSON Eleanor : Cotton County
JOLY Constance : Le matin est un tigre
KELLEY William Melvin : Un autre tambour 
 LABUZAN Niels : Ivoire
LAURENS Camille : La petite danseuse de quatorze ans
 LETURCQ Sandrine : La lampe au chapeau
LEVY-SCHEIMANN Véronique : Poésies d'un autre temps
LYNCH Paul : Grace 
MAS Victoria : Le bal des folles
MAUGHAM William Somerset : La passe dangereuse
 MONFILS Nadine  : Le rêve d'un fou
MUKHERJEE Abir : L'attaque du Calcutta-Darjeeling 
PIGANI Paola : Des orties et des hommes    
PUENZO Lucia : Invisibles
RAGOUGNEAU Alexis : Opus 77
RASH RON : Un silence brutal
RAVEY Yves : Pas dupe

 RUFIN Jean-Christophe : Les sept mariages d'Edgar et Ludmilla
 
SPITZER Sébastien : Le coeur battant du monde
 St JOHN Madeleine : Les petites robes noires
TALLENT Gabriel : My Absolute Darling
  THARREAU Estelle : Mon ombre assassine   
TIXIER Jean-Christophe : Les mal-aimés
TREMAIN Rose : Rosie, une enfance anglaise    
UNO Chiyo : Confession amoureuse
 WODEHOUSE Palham Grenville : Merci, Jeeves
YAMAMOTO Kenichi : Le secret du maître


   

 

J'ai aimé : 


AOUINE Sofia : Rhapsodie des oubliés 
 ATTAL Jérôme : La petite sonneuse de cloches
BAMBERGER Vanessa : Alto Braco 
BEGUE Régis : SNOW
BENAMEUR Jeanne : Ceux qui partent
BORDES Gilbert : Naufrage
 BROCAS Sophie : Le baiser
 BUTLER JL : Rien que pour moi
CASTILLO-SOLER Stéphanie : Libres dans leur tête
CHOMARAT Luc : Le dernier thriller norvégien
COLOMBANI Laetitia : La tresse
 DA COSTA Mélissa : Tout le bleu du ciel
FARRIS Peter : Le diable en personne
  FLETCHER Susan : Un bûcher sous la neige
GUAY-POLIQUIN Christian : Le poids de la neige
HERRLEMAN Florence : L'appartement du dessous
INABA Mayumi : La valse sans fin
LAVENANT Guillaume : Protocole gouvernante
LEDUN Marin : Salut à toi ô mon frère
 LEQUILLER François : Les dunes du Cotentin (Tome 1) : L'appel du large
 MARNY Dominique : Quai de la Perle
McARTHUR Robin : Les femmes de Heart Spring Mountain
MELANDRI Francesca : Tous, sauf moi
 MIHAESCU Gib : La femme chocolat
  ORANGE Tommy : Ici n'est plus ici
  PAPILLON Fabrice : Régression 
QUIN Elisabeth : La nuit se lève
SCHWARTZMANN Jacky : Pyongyang 1071 
TARDIEU Laurence : Nous aurons été vivants
VANN David : Un poisson sur la lune  


 
  

J'ai moyennement aimé :  

 

BELDING BROWN Amy : L'envol du moineau
 CHARVET Marie : L'âme du violon
COHER Sylvain :
Vaincre à Rome
ETXEBERRIA-LANZ Marc : Andoni, la fuite
FANTE John : Mon chien stupide
LE CORRE Hervé : Dans l'ombre du brasier 
 LUNDE Maja : Bleue
MIANO Léonora : Les aubes écarlates : Sankofa Cry
NUNEZ Sigrid : L'ami
VALOGNES Aurélie : La cerise sur le gâteau



 
 

Enfin quelques livres qui ne correspondent pas à mes goûts de lecture :


HERVIEU Solène : Un été en hiver  
MARTIN-LUGAND Agnès : Une évidence
 SMITH Ali : Automne