mercredi 9 octobre 2019

[Picoult, Jodi] Mille petits riens





Coup de coeur đź’“

 

Titre : Mille petits riens (Small Great Things)

Auteur : Jodi PICOULT

Traductrice : Marie CHABIN

Parution : 2016 en américain (Ballantine Books)
                2018 en français (Actes Sud)

Pages : 592

 

 

 

 

 

 

 

PrĂ©sentation de l'Ă©diteur :   

Ruth est sage-femme depuis plus de vingt ans. C’est une em­ployĂ©e modèle. Une collègue apprĂ©ciĂ©e et respectĂ©e de tous. La mère dĂ©vouĂ©e d’un adolescent qu’elle Ă©lève seule. En prenant son service par une belle journĂ©e d’octobre 2015, Ruth est loin de se douter que sa vie est sur le point de basculer.

Pour Turk et Brittany, un jeune couple de suprémacistes blancs, ce devait être le plus beau moment de leur vie : celui de la venue au monde de leur premier enfant. Le petit garçon qui vient de naître se porte bien. Pourtant, dans quelques jours, ses parents repartiront de la Maternité sans lui.


Kennedy a renoncĂ© Ă  faire fortune pour dĂ©fendre les plus dĂ©munis en devenant avocate de la dĂ©fense publique. Le jour oĂą elle rencontre une sage-femme noire accusĂ©e d’avoir tuĂ© le bĂ©bĂ© d’un couple raciste, elle se dit qu’elle tient peut-ĂŞtre lĂ  sa première grande affaire. Mais la couleur de peau de sa cliente, une certaine Ruth Jefferson, ne la condamne-t-elle pas d’avance ?


Avec ce nouveau roman captivant et Ă©mouvant, Jodi Picoult aborde de front le grand mal amĂ©ricain et nous montre – Ă  travers les petits riens du quotidien, les pas vers l’autre – comment il peut ĂŞtre combattu.

 

 

Le mot de l'Ă©diteur sur l'auteur :

Jodi Picoult est née en 1966 à Long Island, dans l'État de New York. Après avoir étudié la littérature à Princeton et les sciences de l'éducation à Harvard, elle se consacre à l'écriture à partir des années 1990. Son oeuvre, traduite en trente-sept langues, compte vingt-cinq romans, vendus à plus de vingt-trois millions d'exemplaires à travers le monde. Ont paru chez Actes Sud : La Tristesse des éléphants (2017) et Mille petits riens (2018).

 

 

Avis :

Un nourrisson de quelques jours, jusqu'ici en bonne santé apparente, décède brutalement à la maternité de l'hôpital de New York où Ruth est infirmière obstétrique depuis vingt ans. Les parents sont de violents suprémacistes blancs, Ruth a la peau noire. Cela suffit pour que la malheureuse se retrouve aussitôt accusée de meurtre par le couple aveuglé par la douleur et la haine, licenciée avec interdiction d'exercer sa profession, et bientôt au centre d'un procès retentissant, où la défense est assurée par Kennedy, avocate commise d'office, ravie de tenir enfin la grande affaire de sa carrière. Pour l'avocate et pour la justice américaine, le tribunal doit statuer sur les raisons médicales du décès et une éventuelle responsabilité humaine, pas sur l'injustice, due au racisme le plus flagrant, qui a désigné d'office Ruth comme bouc émissaire.

Le thème central du roman est le racisme aux Etats-Unis et l'hypocrisie qui l'entoure : le racisme extrême et sans fard, aisément reconnaissable et condamnable, des suprémacistes blancs, skinheads néo-nazis et autres mouvances descendant en ligne droite du KKK, mais aussi celui, plus subtil et plus pernicieux, qui se cache au plus profond des perceptions et des préjugés, biaise les comportements parfois les mieux intentionnés, nourrissant un racisme institutionnel qui continue à structurer l'ordre social malgré les lois qui proclament l'égalité.

En alternant les points de vue, quitte à revivre les mêmes scènes sous plusieurs angles, blanc ou noir, Jodi Picoult réussit à faire entrer les lecteurs blancs, le temps du livre, dans la peau d'une femme noire, leur faisant vivre de l'intérieur les grandes injustices, mais aussi les mille détails du quotidien qui, insidieusement, stigmatisent en permanence l'existence des noirs américains.

Souvent dure et choquante, destinée à sensibiliser et à faire réfléchir, cette lecture s'avère addictive, portée par un vrai suspense, des personnages crédibles soigneusement campés à partir d'une documentation solide, et l'écriture fluide de Jodi Picoult. Si le dénouement est sans doute bien trop théâtral pour être totalement réaliste, il porte l'espoir que la prise de conscience et la mobilisation de chacun, par l'addition de mille petits riens, puissent finir par faire bouger les lignes. Coup de coeur. (5/5)

 

 

Citations :

Elle faisait allusion Ă  l’une de ses citations prĂ©fĂ©rĂ©es de Martin Luther King : “Si je ne peux pas faire de grandes choses, je peux faire des petites choses de manière grandiose.” “If I cannot do great things, I can do small things in a great way”.


— Vous croyez qu’un jour le racisme n’existera plus ? 

— Non, parce que les Blancs seraient obligĂ©s d’accepter le principe d’Ă©galitĂ©. Qui dĂ©ciderait de son plein grĂ© de dĂ©manteler un système spĂ©cialement conçu pour lui ?


On fait tous ça, vous savez. On cherche tous des distractions pour Ă©viter de remarquer le temps qui passe. On s’absorbe dans le travail. On se concentre sur nos pieds de tomate qu’il faut prĂ©server du mildiou. On remplit nos rĂ©servoirs d’essence, on recharge nos cartes de transport et on fait les courses au supermarchĂ©, de sorte que les semaines se suivent et se ressemblent toutes, en apparence. Et puis, un jour, vous vous retournez et votre bĂ©bĂ© est un homme. Un jour, vous vous regardez dans la glace et vous voyez des cheveux gris. Un jour, vous vous rendez compte qu’il vous reste moins de temps Ă  vivre que ce que vous avez dĂ©jĂ  vĂ©cu. Et lĂ , vous pensez : Comment est-ce arrivĂ© si vite ? Hier encore, je buvais lĂ©galement mon premier verre d’alcool ; hier, je changeais ses couches ; hier, j’Ă©tais jeune.
Quand cette rĂ©vĂ©lation vous frappe de plein fouet, vous commencez Ă  calculer. Combien de temps me reste-t-il ? Combien de choses pourrai-je caser dans un si petit espace ?
Certains d’entre nous se laissent guider par cette prise de conscience, je suppose. On part visiter le Tibet, on prend des cours de sculpture, on saute en parachute. On s’efforce de faire comme si ce n’Ă©tait pas dĂ©jĂ  terminĂ©.
Et puis d’autres se contentent de remplir leurs rĂ©servoirs, de recharger leurs cartes de transport et de faire leurs courses au supermarchĂ© parce que, si on garde les yeux rivĂ©s sur le chemin qui se dĂ©roule Ă  nos pieds, on n’est pas obsĂ©dĂ© par le moment oĂą il plongera Ă  pic du haut de la falaise.
Certains d’entre nous n’apprennent jamais.
Et certains apprennent plus tĂ´t que les autres.



Si les mois passĂ©s m’ont appris quelque chose, c’est que l’amitiĂ© est un Ă©cran de fumĂ©e. Les personnes que vous croyiez solides s’avèrent fragiles comme un miroir et changeantes comme la lumière. Et puis vous baissez les yeux et vous trouvez les autres que vous considĂ©riez comme un dĂ», ces personnes qui vous servent de fondations. Il y a un an, j’aurais dit que nous Ă©tions proches, Corinne et moi, mais c’Ă©tait en fait une proximitĂ© spatiale plus qu’un lien rĂ©el. Nous Ă©tions des connaissances par dĂ©faut : on s’offrait des cadeaux de NoĂ«l et on allait manger des tapas le jeudi soir, pas tant parce que nous partagions les mĂŞmes centres d’intĂ©rĂŞt mais parce qu’on bossait tellement dur et tellement longtemps qu’il nous semblait plus simple de poursuivre nos conversations codĂ©es en dehors du cadre du travail plutĂ´t que de s’ouvrir aux autres et leur apprendre notre langage.


C’est dingue Ă  quel point les Ă©vĂ©nements et la vĂ©ritĂ© peuvent ĂŞtre remodelĂ©s, comme une boule de cire qu’on aurait laissĂ©e trop longtemps au soleil. Les faits n’existent pas. Il n’y a que la manière dont on les perçoit Ă  un moment donnĂ©. La manière dont on les rapporte. La manière dont notre cerveau les assimile. On ne peut dissocier le narrateur de l’histoire.

 

 

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