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dimanche 6 décembre 2020

[Bonnet, Jean-Pierre] Histoires à réécrire

 


 

 

J'ai aimé

 

Titre : Histoires à réécrire

Auteur : Jean-Pierre BONNET

Parution : 2020 (Lucien Souny)

Pages : 192

 

  

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

Vingt ans depuis cette terrible nuit où il a fui. Aujourd’hui, Fred revient dans son village où tout n’est que mauvais souvenirs et plus encore, à commencer par la mort de sa mère le jour de sa naissance. Il rentre pour régler un dossier juridique puisque, au décès du père, il a été privé de sa part d’héritage. À l’époque, ses trois frères, avec la complicité d’un notaire, l’ont fait déclarer absent par le TGI. Il veut maintenant peser sur le cours des affaires familiales. D’autres vérités ahurissantes surgiront alors à la vitesse de l’éclair, comme si sa vie entière avait été un tissu de mensonges. Un retour doux-amer qui pourtant lui permettra d’aller de l’avant. Aura-t-il le temps de dire merci à ceux et celles qui l’ont aimé à son insu et toujours dans l’ombre ?

Dans ce nouveau roman qui se dévore d’une seule traite, Jean-Pierre Bonnet continue d’explorer les thèmes qui lui sont chers : le poids du secret, la fratrie, le scandale, la loyauté, les valeurs individuelles… Précédentes publications parues aux éditions Lucien Souny : Une vie sur le fil, Un départ sans adieux, Hirondelles en hiver. 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

Né à Cussac, dans le Limousin, Jean-Pierre Bonnet est resté fidèle à cette terre dont il parle la langue d’oc. Il y puise son inspiration. Dans tous ses romans, il aime à dépeindre finement la société paysanne dans les années 50-60. La famille est son thème de prédilection. Il porte un regard lucide et avisé sur ces relations privilégiées mais fragiles qui se créent entre les êtres, souvent bonifiées sous l’effet des revers de la vie et balayées par les faiblesses humaines. Journaliste, il habite et travaille aujourd’hui sur l’île de Ré. Il collabore à divers journaux, dont Sud-Ouest, et à des magazines locaux.
Déjà parus aux éditions Lucien Souny : La loi des humbles (2010), Une terre pour deux frères (2013), L'inconnu de la Faurie (Poche, 2014), Un départ sans adieux (2015 – Prix du Périgord Vert, 2015). 

 

 

Avis :

Vingt ans après avoir fui en Afrique au lendemain d’une nuit de drame, Fred provoque embarras et grincements de dents en revenant sans crier gare dans son village natal du Limousin. Son père, jadis si violent à son égard, est désormais mort. Profitant de son absence, ses trois frères se sont entendus avec le notaire pour spolier Fred de sa part d’héritage. Bien décidé à revendiquer ses droits, le quadragénaire va voir le passé resurgir, exhumant au passage d’inattendus secrets de famille.

La lecture est agréable et l’histoire parfaitement plausible : nous voilà plongés dans une sombre affaire de famille sur fond de campagne française pendant les années soixante-dix et quatre-vingts. Haines et jalousies, cristallisées autour d’un secret bien gardé, y trouvent classiquement leur acmé au dénouement d’un héritage. Transformé en impitoyable règlement de vieux comptes, ce délicat moment du partage au sein d’une fratrie divisée va servir de révélateur à bien des turpitudes, passées et actuelles.

L’intrigue aurait pu s’y prêter, mais le suspense n’est pas le moteur du récit. Celui-ci se déroule très calmement, chaque nouvelle révélation venant éclairer un peu mieux la réalité d’un passé assez différent de ce que Fred en avait perçu. L’on se prend à regretter l’absence de tension de cette narration assez classique, certes sans défaut mais aussi un peu trop lisse pour demeurer vraiment mémorable.

Parfaitement réaliste et crédible, cette histoire de secret de famille, à l’origine d’inextricables haines et de sombres machinations au fond du Limousin, se laisse lire sans déplaisir. Il lui manque peut-être ce soupçon de rythme ou d’originalité d’écriture qui aurait pu la faire sortir du lot. Une lecture plaisante, en tous les cas. (3/5)


 

jeudi 22 octobre 2020

[Bordes, Gilbert] Le testament d'Adrien

 


 

 

J'ai aimé

 

Titre : Le testament d'Adrien

Auteur : Gilbert Bordes

Parution : 2020 (Presses de la Cité)

Pages : 300

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

Après un long exil forcé, Pablo retrouve le ciel bleu et les paysages de son enfance, entre garrigue et montagnes provençales. Rares sont ceux qui voient son retour d’un bon oeil. N’est-il pas le fils adoptif d’Adrien, surnommé « le Fada », cet homme à la vie pleine d’ombres et de drames, qui avait pour le village de trop ambitieux desseins ? Convoqué pour l’ouverture du testament d’Adrien, Pablo hérite d’une jolie fortune. Et des dernières volontés du défunt, lequel a enterré avec lui un terrible secret.
Pourquoi, depuis l’arrivée de Pablo, les grandes orgues résonnent-elles dans la vieille chapelle désaffectée ? Pourquoi Gaëlle, qu’il n’a jamais cessé d’aimer, le fuit-elle ?
Pablo saura-t-il dissiper les rancoeurs au sein du village et reconquérir le coeur brisé de Gaëlle ?

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Gilbert Bordes a été instituteur puis journaliste avant de se consacrer à l’écriture. Membre de l’école de Brive, il a obtenu le prix RTL Grand Public avec La Nuit des hulottes et le prix des Maisons de la Presse avec Le Porteur de destin. La Maison des Houches, premier roman paru aux éditions Belfond en 2010, a été un succès. 

Retrouvez ICI mon interview de Gilbert Bordes en avril 2019.

 

 

Avis :

Au décès d’Adrien, notable fortuné d’un village tranquille de Haute-Provence, le retour de son héritier au pays après vingt d’absence suscite méfiance et questions : restera-t-il ? Désormais riche à son tour, reprendra-t-il les projets de développement touristique du vieil homme, que l’opposition villageoise avait réussi à suspendre ? Et quelles sont ses intentions à l’égard de Gaëlle, son ancien amour qu’on l’avait empêché d’épouser ? Rumeurs et vieilles rancoeurs ne tardent pas à échauffer les esprits, surtout lorsque l’orgue d’une vieille chapelle abandonnée se met à jouer dans la nuit…

Secrets et vieilles brouilles dans un coin de campagne contemporain… Nous voici plongés dans un nouveau roman de terroir de Gilbert Bordes, qui fait plus que jamais la part belle à ses deux passions : la nature et la musique. C’est d’ailleurs un peu lui que l’on retrouve dans ses personnages, en particulier ce jeune garçon solitaire qui rêve de musique et fabrique sa guitare avec des câbles de frein de vélo, et surtout, qui ne s’épanouit qu’en explorant sa montagne et en approchant la faune sauvage. Au travers de cet enfant sourd toute la nostalgie de l’écrivain pour une époque enfuie, où les ruisseaux étaient pleins de vie et la jeunesse pas encore prisonnière des écrans bleus. Aux plaisirs naturalistes répondent les joies musicales, avec en point d’orgue l’hydraule de la vieille chapelle, cet étonnant instrument que l’auteur nous ressuscite du fond des âges antiques.

Tandis qu’à la main gauche résonnent en permanence les thèmes de la nature et de la musique, la main droite égrène peu à peu les surprises d’une histoire suffisamment riche en mystères et rebondissements pour piquer la curiosité du lecteur et lui faire tourner les pages sans en relever le nez. Le texte coule avec facilité et jamais l’ennui n’affleure. Dommage peut-être que le dénouement résolve tout d’une façon très idyllique, sans laisser perdurer quelques doutes au moins sur l’issue d’un ou deux points… Mais c’est aussi ce qui fait le charme des romans de Gilbert Bordes : la méchanceté ne l’y emporte jamais. (3/5)

 

Citation :

Il contemple les montagnes bleutées à la lumière éblouissante de cette journée torride. La vie ne peut s’accrocher à ces pentes qu’avec de grosses griffes. Il ne pleut presque jamais, mais quand les orages apparaissent, le déluge noie tout. Il faut avoir le bois dur de l’aubépine et du buis pour résister. Des hommes acharnés ont pu domestiquer les minuscules champs escarpés où la terre est maigre et les prairies à peine suffisantes pour quelques chèvres qui se contentent des branches basses des épineux. C’est le domaine des vipères et des frelons, le renard malfaisant pille les poulaillers, les sangliers dévastent les potagers. Autrefois les vautours nettoyaient la campagne de cette Provence hostile que l’on oublie au profit de l’autre, riante, celle de Pagnol et de ses souvenirs d’enfance…

 

 

Du même auteur sur ce blog :

 
Elle voulait voir la mer
La garçonne
 La prisonnière du roi
Naufrage
Tête de lune
Jésus : trois jours avant sa mort 
Ceux d'en-haut
La dernière nuit de Pompéi 
Docteur Mouche
La Malbête
Et les arbres se mirent à chanter 
L'île sans nom   
 
 





jeudi 13 février 2020

[Viollier, Yves] La mère






J'ai moyennement aimé

Titre : La Mère

Auteur : Yves VIOLLIER

Editeur : Robert Laffont

Année de parution : 2007

Pages : 216






 

 

Présentation de l'éditeur :

Ils sont treize frères et sœurs. Ils sont heureux, épanouis, libres. Ils ont réussi leur vie. Tous, garçons et filles, éprouvent la même violente émotion quand on évoque devant eux le souvenir de leur mère. Elle s'appelait Reine… Née dans les années 1920, orpheline à sept ans, élevée par un père aimant et sous la protection affectueuse et vigilante des religieuses, son destin était tout tracé. Mariée à vingt ans à un jeune homme sournois et cruel, elle deviendra une mère Courage soumise à la volonté de Dieu. Son quotidien fut pénible et ses souffrances muettes, étouffées par le conformisme et la rigueur religieuse… Mais jamais elle ne laissera triompher l'adversité.
Né d'une rencontre inattendue, ce nouveau roman poignant et inspiré d'Yves Violler retrace l'itinéraire exemplaire – proche par bien des côtés d'un chemin de croix – d'une femme animée par une foi absolue, et par l'amour qu'elle porte à ses enfants.


Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Yves Viollier est né en Vendée. Il commence très jeune à écrire des poèmes, devient professeur de lettres, et commence à publier des romans en 1973. Ses premiers ouvrages le font remarquer par Robert Laffont, qui édite en 1988 la trilogie Jeanne la Polonaise. C'est avec ses romans vendéens, Les Pêches de vigne et Les Saisons de Vendée, qu'il fait son entrée au sein de l'Ecole de Brive. Il a obtenu, entre autres, le prix Charles Exbrayat pour Les Lilas de mer, le prix du Roman populaire pour Les Sœurs Robin, et le Grand Prix catholique de littérature pour L'Orgueil de la tribu. Il a récemment écrit L'Oratorio du Pardon avec le compositeur Bruno Coulais et reçu le prix Charette pour son roman Même les pierres ont résisté. Il vient de publier aux Presses de la Cité Y avez-vous dansé, Toinou ?, et, en avril 2017, Le Marié de la Saint-Jean.
Yves Viollier est critique littéraire à La Vie.



Avis :

Née en Vendée en 1910, Reine est contrainte par sa famille de renoncer à sa vocation religieuse et accepte d‘épouser un métayer qui lui donnera treize enfants. Entre sa progéniture, les durs labeurs de la ferme, et son mari tyrannique, violent et bon à rien, elle mènera une vie marquée par le dévouement et la pauvreté, que d’aucuns iront jusqu’à baptiser sainte.

Reine est représentative de toutes les femmes de son siècle qui passèrent directement de la tutelle parentale à celle de leur mari, nées pour procréer et servir les hommes de leur famille, sans ressources personnelles et donc incapables de partir même si leur mariage s’avérait un calvaire. L’histoire est jusque là crédible et intéressante. Yves Viollier a choisi en outre de doter son personnage d’une résignation et d’une soumission sans borne, justifiées par une motivation religieuse toute catholique, qui, à la longue, ont fini par me gêner : comment lire sans révolte qu’une femme maltraitée, battue et humiliée, puisse presque y trouver une forme d’accomplissement, si religieux soit-il ?

Fluide et d’une lecture agréable, le récit est linéaire et descriptif : accentuée par le parti-pris d’une narration a posteriori qui s’adresse à l’héroïne en la vouvoyant, une certaine distanciation s’établit avec les personnages, observés de l’extérieur sans jamais vraiment les pénétrer. Le texte en acquiert la dimension nostalgique d’un retour sur le passé et des êtres aujourd’hui disparus, mais prend en même temps l’aspect d’une photographie lisse et glacée, où l’on peine à retrouver la véritable épaisseur des sentiments humains. Je n’ai pas réussi à me glisser dans la peau des personnages, ni à ressentir pour de bon leurs émotions. Reine n’est pas parvenue à m’émouvoir, si ce n’est à m’irriter.

Rappel de la dure condition féminine dans les campagnes françaises du siècle dernier, ce roman historique et de terroir, agréable mais un peu trop superficiel, ne me laissera pas de souvenir impérissable, si ce n’est un certain malaise face à l’acceptation catholique de la souffrance ici-bas. (2/5)



La Ronde des Livres - Challenge 
Multi-Défis d'Hiver 2020

vendredi 31 mai 2019

[Lequiller, François] Les dunes du Cotentin (Tome 1) : L'appel du large





J'ai aimé

Titre : Les dunes du Cotentin
          Tome 1 : L'appel du large

Auteur : François LEQUILLER

Illustrations : Elisabeth LEQUILLER

Année de parution : 2018

Editeur : Eurocibles

Pages : 496








 

Présentation de l'éditeur :   

Nous sommes en 1895 dans une famille pauvre du bord de mer. Une maman accouche dans des conditions dramatiques. Au même moment, dans un contraste saisissant, l’épouse d’un riche armateur marseillais met au monde sa fille dans la clinique la plus moderne de Marseille. 

Dès le début du premier tome de cette trilogie, on est emporté dans les aventures d’Augustin Marie, fils de l’estran, à la volonté farouche, que « l’appel du large » va conduire à croiser la route de Juliette, jeune femme qui veut se libérer du carcan de sa famille bourgeoise. Cette épopée familiale et historique nous immerge dans la dure vie des paysans d’un village du Cotentin, depuis les conflits de l’affaire Dreyfus, de l’anticléricalisme et de la montée du communisme, en passant, sous les lustres brillants de la « Belle Époque », par les rencontres sulfureuses avec les peintres de Montparnasse, jusqu’à, inévitablement, la confrontation terrible aux affres de la Grande Guerre, dont on commémore aujourd’hui le centenaire. 

Au-delà du héros que ses racines ramènent toujours à ses dunes et à sa terre natale, ce premier volet, qui se lit comme un tout, met en scène l’extraordinaire diversité des destinées de ses proches, frères, soeurs, parents et d’un être malfaisant que l’on retrouvera tous dans le volume suivant qui couvrira la période 1919 – 1945 et que l’auteur nous promet pour la fin 2018.



Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

François Lequiller est un statisticien-économiste, qui, après avoir fait une carrière dans l’administration économique française, a été en poste dans plusieurs organisations internationales et, à ce titre, a roulé sa bosse en Afrique, en Europe et aux États-Unis. Il est marié et a deux enfants. Depuis dix-huit ans, le destin l’a conduit à acheter une « longère » dans un petit hameau du Cotentin, entre Coutances et Granville. 

Il a raconté dans la trilogie Le Pont de la Roque les aventures d'Isabelle Colas, son héroïne inspectrice de police. Ce premier volume des Dunes du Cotentin (1895-1918) ouvre la saga d'une famille issue de cette belle région, la famille Marie, qui conduira le lecteur, s'il le veut bien, jusqu'à la fin du 20e siècle.

Retrouvez ici mon interview de François Lequiller.




Avis :

L’appel du large est le premier tome d’une trilogie consacrée au parcours, tout au long du 20e siècle, d’une famille originaire du Cotentin. Ce premier volet, qui peut se lire indépendamment de la suite, couvre la période 1895-1918. L’histoire s’ouvre sur l‘enfance d’Augustin Marie, au sein d’une famille pauvre des alentours de Coutances, qui vivote péniblement des activités de chaumier du père et de pêcheuse à pied de la mère. Remarqué pour ses capacités et pour son intelligence, Augustin doit malgré tout sacrifier sa scolarité pour subvenir aux besoins des siens. Monté à Paris, il parvient à faire son chemin, qui croise celui de Juliette, fille d’un riche armateur marseillais. C’est alors qu’éclate la Grande Guerre, qui vient transformer en profondeur la société française.

Le destin d’Augustin est l’occasion de faire revivre la France de la Belle Epoque, profondément rurale et encore très hiérarchisée : un fort contraste sépare la rude vie paysanne et ouvrière du pouvoir et de la fortune de la grande bourgeoisie d’affaires, que la multiplication des spéculations internationales permet d’enrichir rapidement. Les différentes facettes de la société de cette période apparaissent tour à tour dans une évocation intéressante, qui transporte le lecteur du bord de mer manchois à l’effervescence parisienne, en passant par le port de Marseille et les tranchées de Champagne.

J’ai particulièrement aimé la première partie de cette histoire, qui nous emmène à la découverte du Cotentin de jadis, dans une évocation vivide aux mille détails authentiques qui doit sans doute beaucoup à l’attachement de l’auteur à cette région. Aussi ai-je regretté que cette touche locale disparaisse ensuite du reste du roman, moins pittoresque et plus convenu. Les péripéties que l’on voit assez facilement venir intéressent surtout pour le contexte historique qu’elles mettent agréablement en relief.

L’écriture est fluide, habile à restituer les atmosphères, tandis que les dialogues sonnent juste. Si l’ensemble est doté de grandes qualités d’évocation visuelle, le déroulement patient et minutieux du récit m’a toutefois semblé trop tenir l’émotion à distance, lissant du coup les personnages principaux.

L’appel du large est au final un agréable roman historique, qui plaira à tout lecteur intéressé par le Cotentin, mais aussi par la Belle Epoque et la Grande Guerre en France. A noter les jolies illustrations d’Elisabeth Lequiller, épouse de l’auteur et artiste-peintre. (3/5)

Merci à François Lequiller pour sa confiance.




Citation :

Depuis qu'elle avait revu Augustin au cours de la cérémonie de la communion, Espérance avait envie de lui parler. Ils avaient défilé presque côte à côte. Il était si mignon avec sa toute petite bougie. Son père lui avait délicatement expliqué que la taille de la bougie était proportionnelle aux revenus de la famille. Les gens de rien se contentaient de petites bougies. A défaut de comprendre les mots compliqués "d'inégalité sociale", celle-ci s'était donc matérialisée devant les yeux d'Espérance d'une manière très originale. Et elle avait presque honte de son quasi-candélabre.

Le coin des curieux :

Parmi les nombreuses espèces de coquillages des côtes du Cotentin, il en est une qui se rencontre exclusivement sur le littoral granvillais et dans les îles Chausey : le fia, ou mactre en français, qu'Augustin pêche dans L'appel du large.

Parfois confondu à tort avec le clam, le fia s’en distingue par une coquille beaucoup plus fine et très fragile qui en rend impossible la pêche industrielle à la drague. Comme tous les coquillages fouisseurs, le fia se nourrit et respire en filtrant l’eau grâce à ses deux siphons, ces organes tubulaires qu’il place à a surface du sable et dont la trace signale sa présence lorsque la mer se retire. 

Il faut l’extraire à l’aide d’une bêche, en douceur pour ne pas briser sa coquille, et finir le travail à la main en veillant à ne pas se couper sur les bords très coupants du coquillage. Sa taille peut atteindre dix à douze centimètres de long. En cuisine, il faut vider les fias : on ne conserve que la langue orangée et les muscles qui ferment la coquille, en éliminant la baguette gélatineuse de son tube digestif. On les consomme cuits ou crus, coupés fins. Impossibles à trouver en poissonnerie, il faut les pêcher soi-même pour pouvoir les déguster : on les dit délicieux.

Du même auteur sur ce blog :



 

mercredi 3 avril 2019

[Bordes, Gilbert] La garçonne




J'ai beaucoup aimé

Titre : La garçonne

Auteur : Gilbert BORDES

Editeur : Presses de la Cité

Parution : 2019

Pages : 312



Accédez à mon interview de Gilbert Bordes à l'occasion de la sortie de La garçonne en cliquant ICI




 

Présentation de l'éditeur :   

On appelait Louison "la Garçonne", braconnière solitaire des bois de Sologne en ces années 1930. Presque dix ans plus tard, au terme d'un long exil dans le nord du Canada, elle revient sur les lieux d'un drame qu'elle n'a jamais oublié. A la fois par désir de vengeance et en quête de ses origines...

A vingt ans, sa beauté rousse ensorcelante et son indépendance dérangent. Celle qu'on surnomme "la garçonne" aime s'aventurer la nuit tombée dans la profondeur des bois pour braconner. Les villageois s'interrogent : pourquoi cette orpheline est-elle la protégée du puissant comte de Cressey ? Un soir de novembre 1937, deux hommes l'agressent. Un traumatisme dans sa chair qui va bouleverser pour toujours son rapport à la vie, à la mort. Emportant avec elle ses secrets, Louison décide un jour de quitter son village de Sologne. Loin de ceux qui ont veillé sur elle, enfant, loin de ceux qui la haïssent... Et loin aussi de celui qui n'a jamais cessé de l'aimer.
Pour mieux fomenter sa vengeance ? Quand les années noires de l'Occupation auront révélé, parmi les habitants de Saint-Roch, les valeureux et les lâches...

Gilbert Bordes, éternel conteur de la nature et des âmes.

 

 

Avis :

A la fin des années trente, dans ce village de Sologne proche de Sully-sur-Loire, la vie n’est pas toujours tendre et on a vite fait d’invoquer le Diable pour trouver un bouc-émissaire à ses malheurs. Ainsi, la jeune Louison, avec sa flamboyante chevelure rousse, ses allures de sauvageonne indomptable et ses origines pas très claires, suscite des commérages qui, de jalousie en dépit, prendront vite des dimensions haineuses. Lorsque violée, elle tombe enceinte, elle est bientôt pointée du doigt comme une créature maléfique, une sorcière. La guerre survient, exacerbant courage chez les uns, lâcheté chez les autres. Dans les années qui suivent la libération, l’heure est au règlement de comptes, parfois très anciens.

Dans l’écrin de nature d’une Sologne qu’il connaît bien et évoque avec tendresse, l’auteur restitue très justement les égoïsmes, petitesses et rancoeurs qui peuvent tisser le quotidien d’un petit village où chacun a son mot à dire sur tout le monde. Gare à l’étranger, celui qui n’est pas du pays comme celui, pourtant du cru, qui sortant de la norme communément admise, dérange et inquiète. Et quoi de plus perturbant qu’une fille qui entend mener sa vie à sa guise, sans souci des usages et du qu’en dira-t-on, au grand dam du curé, des hommes subjugués mais dépités par son indépendance, des femmes qui n’ont jamais osé s’offrir les mêmes libertés.

Ecrite avec une efficace et fluide sobriété, l’histoire entretient un certain suspense alors que les tensions s’exacerbent et que les secrets se dérobent. Cette immersion historique en campagne solognote m’a charmée en toute simplicité. J’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture dont le thème central m’a évoqué Les Dames de Brières de Catherine Hermary-Vieille.
Il est dangereux d’être une fille libre dans les lieux et les époques où les femmes ne le sont pas.

Merci à Gilbert Bordes et aux Presses de la Cité pour leur confiance.



Du même auteur sur ce blog :

 
 





 





samedi 23 mars 2019

[Offutt, Chris] Nuits Appalaches




Coup de coeur 💓

 


Titre : Nuits Appalaches (Country Dark)

Auteur : Chris OFFUTT

Traducteur : Anatole PONS

Parution : américaine en 2018,
                  française en 2019

Editeur : Gallmeister

Pages : 240





 

 

Présentation de l'éditeur :   

À la fin de la guerre de Corée, Tucker, jeune vétéran de dix-huit ans, est de retour dans son Kentucky natal. En stop et à pied, il rentre chez lui à travers les collines, et la nuit noire des Appalaches apaise la violence de ses souvenirs. Sur son chemin, il croise Rhonda, quinze ans à peine, et la sauve des griffes de son oncle. Immédiatement amoureux, tous deux décident de se marier pour ne plus jamais se quitter. Tucker trouve un boulot auprès d’un trafiquant d’alcool de la région, et au cours des dix années qui suivent, malgré leur extrême précarité, les Tucker s’efforcent de construire un foyer heureux : leurs cinq enfants deviennent leur raison de vivre. Mais quand une enquête des services sociaux menace la famille, les réflexes de combattant de Tucker se réveillent. Acculé, il découvrira le prix à payer pour défendre les siens.
Nuits Appalaches, le nouveau roman de Chris Offutt est une histoire amorale de détermination, de vengeance et de rédemption.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Chris Offutt est né en 1958 et a grandi dans le Kentucky dans une ancienne communauté minière sur les contreforts des Appalaches. Issu d’une famille ouvrière, diplôme en poche, il entreprend un voyage en stop à travers les États-Unis et exerce différents métiers pour vivre. Il publie, en 1992, un premier recueil de nouvelles, Kentucky Straight, puis un roman autobiographique. Le Bon Frère est son premier roman. Il est également l’auteur de chroniques pour le New York Times, Esquire et quelques autres revues et a été scénariste de plusieurs séries télévisées américaines parmi lesquelles True Blood et Weeds.

 

 

Avis :

Nous sommes dans les années cinquante. Tucker a dix-huit ans. Il rentre de la guerre de Corée et, des cauchemars plein la tête, s’apaise en retrouvant sa terre natale du Kentucky, un âpre bout de cambrousse au pied des Appalaches. Taiseux coriace et droit dans ses bottes, il entreprend sa nouvelle vie avec ténacité, fondant une famille tout en exerçant la dangereuse activité de bootlegger. Tout bascule quand, une dizaine d’années plus tard, les services sociaux menacent de lui retirer ses enfants, dont quatre sont nés handicapés. Tucker n’est pas du genre à subir sans réagir.

Le livre est de la même trempe que son principal protagoniste, direct et sans bavardage : alors que transparaît l’attachement viscéral de l’auteur pour ce bout du monde propice à de sombres huis-clos, le récit enferme peu à peu le lecteur dans un récit noir, sans pathos ni complaisance, où le drame, implacable, s’installe silencieusement. Les dialogues sonnent avec une parfaite justesse et rendent extraordinairement vivants les personnages. Gens modestes et attachants que la vie malmène, ils sont de ceux qui ne comptent que sur eux-mêmes. Cachant leur souffrance derrière leur droiture et leur dignité muette, ils s’attachent avec énergie à défendre ce qu’ils ont de plus cher : la famille et l’honneur, selon un code moral qui n’a que faire de la loi. 


Western moderne, efficace et sobre, c’est aussi un livre empreint d’humanité et de poésie : un très beau roman. (5/5)

 

 

Citations :

Il s’avança jusqu’au bord de l’eau et admira une tortue qui prenait le soleil sur un érable abattu aux racines érodées. Il se demanda pourquoi un arbre poussait si près des eaux qui allaient causer sa chute. Peut-être les arbres étaient-ils aussi avides que les gens. 

Un grand nuage traversa le ciel, fragmenté en tessons épars qui se regroupaient à la manière d’un troupeau de moutons. 

Pour lui, le tonnerre intervenait quand deux nuages se percutaient. La foudre naissait de leur friction, comme les étincelles lorsqu’on frotte deux cailloux, et la pluie était une sorte de sang qui s’écoulait des nuages blessés.  



Le coin des curieux :

Situé au Sud-Est des Etats-Unis, le Kentucky représente l’extrémité ouest du massif des Appalaches qui sépare l’intérieur américain de la côte Atlantique. Longtemps zone frontière vers l’Ouest encore sauvage, c’est aujourd’hui un Etat relativement agricole, où la densité de population est généralement faible et le revenu par habitant en dessous de la moyenne nationale. 

Une des principales régions du Kentucky est la Bluegrass region, dans le centre de l'État, ainsi surnommée en raison de l’herbe bleue de ses nombreux pâturages. Le Kentucky est aussi célèbre pour ses chevaux - le Kentucky Derby est une course hippique mondialement connue -, pour ses distilleries de bourbon - l’État est considéré comme le berceau du whisky américain -, et pour ses grandes mines de charbon.
KFC (Kentucky Fried Chicken) est une entreprise originaire du Kentucky.
Cumberland Falls est l’un des rares endroits de l’hémisphère nord où l’on peut observer des arcs-en-ciel lunaires, générés par la réflexion de la lumière de la lune.



Du même auteur sur ce blog :


 

 





jeudi 7 mars 2019

[Sogno, Pierre] Les oubliés de Clansayes





J'ai beaucoup aimé

Titre : Les oubliés de Clansayes

Auteur : Pierre SOGNO

Editeur : Flammarion

Parution : 1982

Pages : 185








Présentation de l'éditeur :   

Ce récit est un document poignant sur ces hommes et ces femmes qui de nos jours encore pelurent à la main les cannes de Provence. Exposés sur un chantier de plein air aux morsures du soleil et du vent et aux souffrances d’une « maladie des cannes » que provoquent les moisissures, peuvent-ils échapper à leur condition de sous-prolétaires campagnards ? Julien, un étudiant, croit pouvoir les aider. Mais sa sincérité, sa générosité lui permettront-ils d’amadouer ces fauves que seuls impressionnent le travail sur le terrain, la force physique et les jeux d’un érotisme débridé ? L’auteur nous raconte l’aventure de cet idéaliste qui a oublié de se fortifier avant d’entrer dans l’arène. Le livre évoque aussi l’âpreté de ce plateau de Clansayes où les touristes de passage en été ne cueillent que des images superficielles et des brassées de thym. Il y a aussi, là-haut, la violence du mistral et des orages. Il y a, bien à l’écart des routes, ces « oubliés » dont les mains saignent… Et l’amour de l’auteur pour les décors les plus sauvages de son pays natal.


Un mot sur l'auteur :

Pierre Sogno est né en 1932. Diplômé d'HEC et licencié en droit, il a servi à Madagascar comme sous-lieutenant dans l'artillerie coloniale, d'abord en brousse, puis à Tananarive. Il s'est vivement intéressé à l'histoire et aux coutumes de ce pays : ses connaissances lui ont valu de participer à un voyage d'État dans l'océan Indien comme invité officiel du président de la république, en tant que spécialiste de l'histoire malgache.
De retour en France, après des activités dans l'industrie et l'agriculture, il s'est reconverti dans l'écriture, sa véritable passion. Il a publié une douzaine de livres.
(Sources : Babelio)

 

 

Avis :

L’intérêt majeur de ce livre est la découverte d’une profession insolite et méconnue, sur laquelle je n’ai pu trouver aucune information, qui a sans doute disparu aujourd’hui sous la forme décrite, mais qui existait encore lors de la rédaction de ce récit, en 1982.

Les cannes de Provence sont de grandes graminées qui ressemblent au bambou et au roseau, dont les longues tiges servent à fabriquer des cannisses et des clôtures, des cannes à pêche, des paniers, des anches d’instruments de musique… Coupées en hiver, elles sont entreposées en meules, puis, à partir de l’été et jusqu’en automne, elles sont effeuillées et raclées. Dans ce récit, cette opération se déroule à la main, en plein air, sous la morsure du soleil et du mistral, tandis que les pluies favorisent le développement de moisissures responsables d’une terrible dermatose. Les mains en sang, déformées par les cicatrices, les ouvriers, saisonniers payés à la tâche, ne sont pas des tendres.

L’auteur nous conte une histoire sans espoir, où le rude quotidien favorise méchanceté et cruauté, transformant les hommes en loups impitoyables entre eux. L’écriture très classique est admirablement maîtrisée, laissant la place à de superbes descriptions du pays de Clansayes, dans la Drôme, notamment lorsque sévissent les orages ou le mistral. Un livre étonnant, très sombre, un tantinet désuet, qui fait figure de document autant que de roman, à lire par curiosité. (4/5)

 

 

Citation :

Physiquement, Césarie apparaît comme une carcasse robuste recouverte de feuilles de chair qui se superposent par endroits. Bien qu’elle soit maigre et desséchée, quelques lambeaux assez mal cousus pendent sur ses joues et sur sa poitrine. Quand elle écarte les bras, on dirait qu’elle met ses muscles à l’étendoir. Ondine paraît sortie d’un cataclysme encore plus ravageur. Pas même un morceau de sourire pour atténuer sa laideur. Les seuls reliefs de la fille Varasse : les ilions taillés en arrêtoirs. Pour comble de disgrâce, les circonstances lui ont façonné le moral dans les mêmes formes que le physique. Elle a le caractère osseux.

[Javelaud, Corinne] La Demoiselle du Mas du Roule






Je n'ai pas aimé

Titre : La Demoiselle du Mas du Roule

Auteur : Corinne JAVELAUD

Editeur : City Edition

Parution : 2014

Pages : 360









 

Présentation de l'éditeur :   

A l’aube du XXe siècle, Henri-Louis Leroux se heurte au refus de son fils Charles de reprendre l’étude notariale familiale située entre Limousin et Périgord. Attiré par la vie parisienne, le jeune Leroux n’en fait qu’à sa tête. De dépit, le notaire contraint sa fille Méline à épouser le fils du médecin du village. La jeune femme se soumet, même si son cœur palpite pour le ténébreux Adrien, dont le départ pour les Indes est un déchirement. Mais Méline n’a pas dit son dernier mot, bien décidée à trouver le bonheur… Entre 1885 et les années vingt, dans le bouleversement des mœurs et les troubles de la Grande guerre, la jeune génération tente de conquérir, malgré les secrets de famille et le poids du passé, sa liberté. Quand les secrets d’un village bouleversent le destin d’une famille.

 

 

Avis :

L'histoire se déroule au sein d'une famille de notables de province, entre la fin du XIXe et le début du XXe siècles. Alors que les parents ont décidé de l'avenir de leurs enfants, censés reprendre l'étude notariale paternelle pour l'un, épouser le mari qui lui est désigné pour l'autre, la jeune génération a ses propres aspirations qu'elle va tenter de réaliser avec plus ou moins de bonheur. 

Si le script est alléchant, la réalisation est décevante. Insupportablement pollué par de multiples maladresses et fautes de français, le récit paraît superficiel et bâclé, en particulier la fin brutale qui laisse le lecteur en plan sans véritable conclusion. Une lecture qui n'a pas réussi à me transporter à l'époque évoquée. (1/5)