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mercredi 19 novembre 2025

[Bouysse, Franck] Entre toutes

 



 

J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Entre toutes

Auteur : Franck BOUYSSE

Parution : 2025 (Albin Michel)

Pages : 288

Accès au livre : ISBN 9782226465740  
                           en librairie

 

 

 

  

 

Présentation de l'éditeur :  

Marie est née en 1912 dans une ferme de Corrèze. Elle n’en partira jamais.
Franck Bouysse, une fois n’est pas coutume, livre avec une pudeur saisissante l’histoire de sa famille et prouve ici qu’il est aussi talentueux dans le récit de l’intime que dans la fresque romanesque. C’est beau et déchirant, c’est plein d’allégresse et de tragique : c’est la vie comme elle va.

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

Franck Bouysse est né et vit en Corrèze. Il a publié une quinzaine de romans couronnés par de nombreux prix, dont Grossir le ciel (La Manufacture de livres, 2014 ; Prix SNCF du polar, Prix Michel Lebrun, Prix Lire en poche…), Plateau (La Manufacture de livres, 2016), Glaise (La Manufacture de livres, 2017 ; Prix des lecteurs de la Foire du livre de Brive), Né d’aucune femme (La Manufacture de livres, 2019 ; Prix des libraires, Prix Babelio, Grand prix des lectrices de Elle…), Buveurs de vent (Albin Michel, 2020 ; Prix Giono) et Fenêtre sur terre (Phébus, 2021).
En 2022, avec Été brûlant à Saint-Allaire, il écrit son premier scénario original de bande dessinée pour le dessinateur Daniel Casanave.

 

Avis :

Puisant pour la première fois dans une veine autobiographique, Franck Bouysse ressuscite avec une délicatesse presque sacrée la vie de Marie, sa grand-mère née en 1912 dans une ferme corrézienne. Offert comme une confidence murmurée, ce roman déploie une émotion contenue qui imprègne le récit d’une lumière douce et durable.

Délaissant les tensions dramatiques de ses précédents romans, l’auteur explore une voie plus intime, qui embrasse la lenteur du quotidien et la densité du réel dans ses détails les plus fins. Ancré dans une temporalité étirée où les gestes et les silences pèsent plus que les mots, il esquisse les contours d’un monde rural sur le point de disparaître.

Marie, figure centrale, se tient droite, enracinée dans sa terre, affrontant les bourrasques des guerres et des deuils comme elle accueille le passage des saisons. Elle incarne la dignité des vies modestes, celles qui traversent le monde sans bruit, avec la fatalité tranquille de qui n’a aucune prise sur les événements. Franck Bouysse la dépeint avec une tendresse profonde, construisant une figure humble et rayonnante, gardienne silencieuse d’un quotidien fait de gestes simples. 

À travers elle, c’est tout un siècle qui se dessine en creux. Les grandes mutations historiques résonnent dans le stoïcisme de ses silences et l’endurance de son corps. Cette tension entre l’intime et le collectif donne forme à une mémoire souterraine. Car, en Marie – « entre toutes »  – affleurent les visages de ses semblables, femmes vouées au soin des autres et à l’effacement de soi, mais qui ont pourtant porté le monde sur leurs épaules, dans le silence du devoir. Franck Bouysse leur rend justice avec la force tranquille de la littérature quand elle sait voir l’invisible, lui conférant même une aura mariale au travers de son prénom et du titre, référence explicite à l’Ave Maria.

Acte d’amour filial et hommage pudique à une génération reléguée dans l’ombre, le récit célèbre en Marie l’archétype d’une humanité discrète et essentielle. Dans cette traversée d’un siècle, chacun retrouve l’écho d’une mémoire commune. Marie est toutes les femmes, une présence universelle dont nous sommes les légataires, un fil qui relie les générations par le coeur.

Habile à jouer de tous les registres, Franck Bouysse offre ainsi un livre comme un geste de gratitude, une offrande discrète à ces femmes silencieuses, à qui nous devons la force de nos racines. Dans ce récit, l’ordinaire devient matière universelle, pour le plus grand bonheur du lecteur, invité à reconnaître dans le silence d’une femme toute la grandeur du monde. Elégiaque et méditatif, un livre intemporel. (4/5)

 

 

Citation : 

Nous sommes capables de cartographier le génome humain, d’identifier les anomalies, mais nous ne sommes pas en mesure d’évaluer quelle part du vécu de nos aïeuls nous imprègne réellement, ce bruit de fond dans nos cellules qui rôde comme un fantôme. Qu’est-ce qui se perd et se conserve dans le grand délayage héréditaire ? Qu’est-ce qui s’endort ? Qu’est-ce qui disparaît à jamais ?

 

Du même auteur sur ce blog :

 
H
 
 




dimanche 21 avril 2024

[Bordes, Gilbert] Docteur Mouche

 





J'ai aimé

 

Titre : Docteur Mouche

Auteur : Gilbert Bordes

Parution :  2024 (Presses de la Cité)

Pages : 288

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

À Saint-Martin-sur-Vézère, en Corrèze, personne n’a oublié Julie Lespiaud, dont le corps a été découvert sur un rocher de la rivière en 2010. Assassinée. Le médecin et maire, Gabriel Lerrainé, issu d’une famille de notables locale, a été jugé coupable. Sans preuve. Julie était sa maîtresse. Après des années de prison, radié de l’Ordre des médecins, celui que l’on appelle désormais « docteur Mouche », devenu le malaimé, a sombré. C’est un tourment pour les villageois. Ne fut-il pas bon pour eux ?
Louis, le jeune fils de la défunte, revient au pays. Entre deux leçons de pêche à la mouche – qui sont autant de leçons de vie – auprès de Lerrainé qu’il n’arrive pas à haïr, il tente de surmonter ses traumatismes.
Après treize ans de mystère, il est temps pour ces deux blessés de la vie de chercher le véritable assassin de Julie…

Une intrigue pleine d’humanité ancrée dans la vallée de la Vézère.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

Romancier populaire excellant autant dans le roman populaire que dans le récit historique, Gilbert Bordes a une soixantaine de titres à son actif. Membre de la Nouvelle École de Brive, il a notamment publié Le Cri du goéland, Chante, rossignol, La Belle Main, Le Testament d’Adrien et Ceux d’en haut.

 

 

Avis :

Renouant avec sa Corrèze natale sur fond de nature, de pêche et de musique, Gilbert Bordes fait jouer toutes ses cordes sensibles dans une nouvelle histoire de terroir, tendue de vieux secrets autour d’un faux coupable et d’un vrai meurtrier.

Lorsqu’une douzaine d’années après la mort de sa mère, assassinée en bord de rivière, Louis revient à Saint-Martin-sur-Vézère où il est nommé instituteur, il n’est pas vraiment le bienvenu. C’est qu’au village, l’on a déjà bien assez de l’épave alcoolisée qu’est devenu l’ancien maire et médecin pour rappeler un drame que l’on préfèrerait oublier. Sa peine purgée après avoir été jugé coupable sans preuve véritable, le notable déchu pèse de toute sa présence titubante sur la conscience des villageois, assaillis malgré eux par le doute. Contre toute attente, le jeune homme et celui qui, entre ses cuites, a conservé sa passion pour la pêche au point de devenir pour tous « docteur Mouche », deviennent bientôt inséparables, bien décidés à faire enfin à eux deux toute la lumière sur l’affaire faussement élucidée.

Curieux du véritable coupable en même temps que sous le charme d’un cadre encore préservé – creuset de la nostalgie de l’auteur pour les valeurs simples, en harmonie avec la nature et transpirant une authentique humanité –, le lecteur parcourt fort agréablement cette histoire bon enfant, d’une grande fluidité, dont la jolie originalité de son idée maîtresse en fait volontiers oublier la relative improbabilité. En fin observateur, Gilbert Bordes croque comme à son habitude ses personnages d’un oeil sûr, et, cette fois encore, l’on n’a aucune peine à les imaginer s’animer sur l’écran d’un téléfilm grand public.

Un roman du terroir doublé d’une enquête policière qui ravira les amateurs du genre, pour un moment de divertissement en toute simplicité. (3/5)

 

 

Citation :

Louis observe la rivière, les courants qui contournent les rochers. L’eau lui parle, lui fait des signes. (…) Toute une vie est là, emplie de lumière dorée, une vie cachée, une vie sans histoire, réglée, immuable.

 

 

Du même auteur sur ce blog :

 

 

 

mercredi 4 mai 2022

[Bouysse, Franck] Fenêtre sur terre

 





J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Fenêtre sur terre

Auteur : Franck Bouysse

Parution : 2021 (Phébus)

Pages : 144

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :    

Le texte le plus intime et personnel de Franck Bouysse. Un récit fait de textes en prose alternant avec des poèmes en vers et des photos de l’artiste qui racontent son arrière-pays d’écriture : sa Corrèze quotidienne depuis son enfance. Une portait du territoire d’inspiration qui a façonné son imaginaire et ses romans. On y retrouve toute l’authenticité et l’ambiance claire obscure de sa littérature, ainsi que ses personnages, et ses décors naturels. De l’émotion à l’état pur.

 

 

Un mot sur l'auteur : 

Né en 1965 à Brive-la-Gaillarde,  Franck Bouysse est l'auteur de romans dramatiques et policiers qui ont remporté un beau succès et de nombreux prix littéraires.

 

Avis :

Poèmes, micro-récits et photographies en noir et blanc prises par l’auteur ou par son ami écrivain, éditeur et traducteur Pierre Demarty, composent ce très bref recueil, condensé de ce qui nourrit l’âme, le coeur et les tripes de Franck Bouysse au point d’infuser toute son œuvre. L’écrivain s’y dévoile viscéralement attaché à sa Corrèze natale et à ses racines paysannes. Homme de terre et de nature, il trouve, en cette poignée choisie de mots et d’images poétiques, un vecteur immédiat et fulgurant pour exprimer l’atmosphère et les émotions qu’il se plaît à laisser gouverner son quotidien et son inspiration.

L’on retrouve, à travers ces mots et ces instantanés, l’âpre munificence d’un monde minéral et organique qui façonne ses habitants au moins autant qu’eux tentent de le besogner. De vieilles mains noueuses et une silhouette ployée, quelques pierres scellées en une volée de marches usées, une trouée de lumière rasant l’eau d’une rivière, une jonchée de bois et de curieux troncs cagneux… tout cela à portée d’yeux et de pas, en contrebas d’une fenêtre où l’on perçoit longuement posté, occupé à coucher ses mots sur les pages de ses futurs romans, un homme qui jamais ne se lassera de sa vigie sur cette terre qui l’a forgé jusqu’au plus intime de son être.

Pas de surprise en ces lignes pour qui est familier des écrits de Franck Bouysse, mais la confirmation d’une parfaite cohérence entre l’homme, ses choix de vie et son œuvre. Y dansent en filigrane l’ombre de ses personnages solitaires et taiseux, fondus dans l’argile-même de leur coin de pays ; y vibrent les décors, terribles et splendides, de ses histoires en obsédant clair obscur ; y chante la poésie d’une langue travaillée comme une musique de l’émotion à l’état pur.

On n’aime pas seulement les écrits de Franck Bouysse. On les ressent, on s’en imprègne, et on s’en émerveille. (4/5)

 

 

Citations :

C’est un drôle de pays  
Où tout semble courbé  
Les herbes les buissons  
Les roches et les arbres  
Et même les maisons  
Sous leurs chapeaux d’ardoises  
Se penchent  
Vers cette terre noire  
Que des femmes et des hommes  
Écorchent vainement  
Et qu’ils creusent un jour  
Pour enfouir un semblable


Le jour soulève le couvercle  
D’une boîte à musique  
Entre l’aube et le soir  
S’animent les sujets  
Fiables mécaniques  
Que remonte la nuit  
Une main invisible

 

Du même auteur sur ce blog :

H






 

mardi 26 octobre 2021

[Bordes, Gilbert] Tête de lune

 






J'ai aimé

 

Titre : Tête de lune

Auteur : Gilbert BORDES

Parution : 2021 (Presses de la Cité)

Pages : 320

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :   

C’est un jeune coeur tendre et incompris de onze ans. On l’appelle Tête de lune parce qu’il a la tête toute ronde, un peu d’embonpoint. Elevé dans une famille d’accueil, il souffre de manque d’affection. Aussi Baptiste est-il touché par la solitude du vieux chien Clam. Il décide de le ramener à son maître, marin aux mille vies, qui a dû aller habiter dans une maison de retraite. En secret, résolu et plein d’espoir, le garçon part avec l’animal sur le plateau de Millevaches malgré les doutes, la peur.
Et bientôt avec l’espiègle Salomé qui va s’inviter dans sa folle odyssée pleine de rencontres et d’aventures…
Une fugue magique hors du temps, pour deux enfants en quête de reconnaissance. Et un beau chant d’espérance.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Né en 1948, à Tulle, en Corrèze, Gilbert Bordes a été instituteur puis journaliste. Aujourd’hui, il se consacre à ses deux passions :  la lutherie et l'écriture.
Membre de l'Ecole de Brive, il est l’auteur de plus d'une cinquantaine de romans régionaux et historiques. Il a obtenu le prix RTL Grand Public pour La Nuit des hulottes et le prix Maison de la Presse pour Le Porteur de destins.  Grand amoureux de la nature, il a notamment publié La Garçonne et de Chante, rossignol  aux Presses de la Cité.
 

Retrouvez ici l'interview de Gilbert Bordes en Avril 2019.

 
 

Avis :

A onze ans, Baptiste vient d’être placé dans une nouvelle famille d’accueil. Raillé pour sa bouille et sa silhouette rondes qui lui ont valu le sobriquet de Tête de lune, l’enfant solitaire, en manque d’affection, s’est attaché au vieux chien Clam, que le départ soudain de son maître en maison de retraite condamne à être piqué. Décidé à réunir coûte coûte l’animal et le vieil homme, Baptiste entreprend avec Clam la traversée à pied du plateau de Millevaches. Sa fugue, ponctuée de bonnes et de mauvaises rencontres, lui réserve bien des aventures…

Gilbert Bordes a choisi une histoire pleine de tendresse pour nous emmener dans son univers de prédilection : l’enfance en terre de nature. Loin de la ville et de l’hyper-connectivité, l’écrivain nous propose une sorte de bain de jouvence, une plongée dans l’authenticité simple du contact avec la nature, tout ce qu’il a connu enfant et qu’il continue d’apprécier, sur les bords de Loire, ou, comme ici, en terre de Corrèze. Au travers de son personnage, c’est aussi l’écrivain qui rêve de fugue, loin de cette vie moderne qui s’est développée hors-sol, oubliant dans la virtualité les plaisirs les plus simples et les plus instinctifs, compliquant si bien le quotidien que plus personne ne saurait même survivre en milieu naturel, et, surtout, déshumanisant dramatiquement nos relations à autrui, en particulier en ce qui concerne les plus faibles et les personnes âgées.

Cette nostalgie profonde lui a ainsi dicté un conte comme hors du temps, une échappée pour quelques personnages meurtris et assoiffés d’humanité, enfin une histoire attachée à son rêve d’espérance. Entamée avec une tendresse touchante pour ses trois abandonnés, l’enfant, le vieillard et le chien, la narration nous emmène dans le périple aventureux de robinsons perdus sur le plateau désertifié de Millevaches, avant de nous jeter dans l’accélération des péripéties provoquées par quelques protagonistes toxiques. Le tout pourra paraître plutôt léger, peut-être un peu convenu et parfois même assez improbable, mais Tête de lune n’en constitue pas moins un joli récit, à la lecture fluide et agréable, dont les bons sentiments et le rythme soutenu ne manqueront pas de séduire, entre autres, les nostalgiques des histoires d’antan pour la jeunesse, comme par exemple Belle et Sébastien.

Ce dernier roman s’inscrit en droite ligne de ces gentilles et sympathiques histoires proches du terroir, de la nature et de l’enfance, auxquelles l’auteur nous a agréablement accoutumés. La tendresse qui l’imprègne et ses aventures sans violence en font une lecture pour tous les âges, à déguster comme un bon petit téléfilm familial. (3/5)



lundi 30 novembre 2020

[Lagier, Pierre] Digitales pourprées

 


 

 

J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Digitales pourprées

Auteur : Pierre LAGIER

Parution : 2020 (Lucien Souny)

Pages : 224

 

  

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

Il n’est pas de famille sans secrets. Souvent dérisoires, ils peuvent s’avérer parfois sérieux et leurs conséquences deviennent graves pour ceux qui les découvrent. Vincent en fera l’expérience au détour d’une rencontre fortuite. Ce qui aurait pu demeurer une simple péripétie prend un tour alarmant quand il est victime d’un accident de voiture. Plus tard, il reçoit une lettre anonyme. Les secrets de famille se nourrissent souvent de jalousies ou de ressentiment, mais il arrive, comme ici, que ce soient les amours et les passions qui les alimentent.

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

L’auteur vit entre Brive, Limoges et Clermont-Ferrand. Journaliste et consultant en communication, il a publié sept romans dont Dimanche à Miel (2001, Lattès), Nous dormirons ensemble (Buchet-Chastel), L’Auberge du lacLa Cabane près du ciel (Lucien Souny). Il alimente régulièrement un blog sur l’actualité littéraire, cinématographique et politique.
 

 

 

Avis :

Vincent Lubin est avocat d’affaires à Brive et habite seul une maison isolée dans la campagne corrézienne. Alors qu’il vient de renouer avec une lointaine et séduisante cousine, d’inquiétants incidents se mettent à émailler son quotidien, à commencer par un bizarre accident de la route où un mystérieux véhicule tente de l’envoyer dans un ravin. Ces mésaventures auraient-elles un lien avec les malodorants secrets de famille que Vincent s’apprête à déterrer ? Haines et jalousies, mais aussi adultères et passions amoureuses, n’ont pas fini de retentir sur l’existence de notre homme…

Après quelques premières pages anodines, le rythme se met très vite en place pour ne jamais laisser retomber une tension qui tiendra le lecteur en haleine jusqu’à l’épilogue. Lorsque qu’aux incidents et aux comportements inquiétants répondent en écho les secrets d’un passé trouble et énigmatique, il devient vite impossible de lâcher cette histoire décidément parfaitement addictive. Savamment entretenu par l’enchaînement des coups et théâtre et par l’angoissante sensation d’une menace de plus en plus palpable mais mal identifiée, ce suspense balaie d’ailleurs bientôt tout autre ressenti qu’un haletant plaisir de lire. Certes, l’intrigue n’est pas exempte de quelques improbabilités. Mais qu’à cela ne tienne, on est emporté sans répit dans un envoûtant moment de lecture.

Véritable page-turner, ce thriller bien construit est une excellente surprise, à déguster sans hésiter. (4/5)

samedi 15 février 2020

[Bouysse, Franck] Plateau





 

J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Plateau

Auteur : Franck BOUYSSE

Parution : La Manufacture de Livres en 2016,
                   Le Livre de Poche en 2017

Pages : 384

 

 

  

 

 

 

Présentation de l'éditeur :   

Plateau de Millevaches. Judith et Virgile tiennent une petite ferme dans un hameau. Le couple a élevé Georges, un neveu dont les parents sont morts dans un accident de la route quand il avait cinq ans. Il vit dans une caravane tout près de chez son oncle et sa tante. Lorsqu'une jeune femme vient s'installer chez lui, lorsque Karl, ancien boxeur tiraillé entre pulsions sexuelles et croyance en Dieu, emménage dans une maison du même village, et lorsqu'un mystérieux chasseur sans visage rôde alentour, les masques s'effritent et des coups de feu résonnent sur le Plateau.
Une écriture ciselée pour exprimer la rudesse du paysage et la profondeur des caractères. Comme Grossir le ciel, noir et bouleversant.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Franck Bouysse est né en 1965 et partage sa vie entre Limoges et sa Corrèze natale. Grossir le ciel a rencontré un succès critique et public et a obtenu le Prix Polar SNCF en 2017 ainsi que le prix Sud Ouest / Lire en poche, le prix polar Michel-Lebrun, le prix Calibre 47 et le prix Polars Pourpres. Franck Bouysse est également l’auteur aux éditions de La Manufacture de Livres de Plateau, prix des lecteurs de la foire du livre de Brive, Glaise, et de Né d’aucune femme, prix Psychologies magazine.

 

 

Avis :

Lorsque Cory se résout à fuir la violence de son compagnon, elle se réfugie sur le Plateau de Millevaches en Corrèze, chez sa tante Judith. La vieille femme malade y vit avec son époux Virgile dans la dernière ferme d’un hameau perdu, avec pour seuls voisins leur neveu Georges qui campe dans une caravane, et Karl, un homme au passé mystérieux venu chercher la solitude. Leur besogneuse tranquillité va pourtant être mise à mal par un chasseur qui rôde discrètement aux alentours et par la résurgence de vieux secrets.

Publié après Grossir le ciel, Plateau reprend les mêmes ingrédients - l’univers sombre et âpre d’une nature grandiose mais intransigeante, l’isolement de personnages fêlés et cabossés désespérément accrochés à leur coin de campagne, un huis-clos inquiétant et oppressant où pourrissent de vieux secrets -, avec toutefois un je ne sais quoi de moins convaincant : sont-ce la folie de Karl et l’étrangeté du chasseur qui désarçonnent le lecteur, un peu dubitatif face à ces deux assez improbables protagonistes, en complet décalage avec le si parfait réalisme des autres caractères du roman ?

L’on y retrouve aussi avec plaisir l’inimitable style de Franck Bouysse. L’écriture précise et travaillée séduit et impressionne par le juste et original choix des mots et des expressions. Les dialogues claquent avec une authenticité saisissante. Les évocations lyriques de la nature en font un personnage à part entière, sublime, écrasant et maléfique. Pourtant, là aussi, j’ai été moins ensorcelée que dans les autres romans de l’auteur, car souvent déconcertée par trop de phrases suggestives et sans verbe, et par une poésie qui finit parfois par friser l’ésotérisme.

Après mes trois coups de coeur absolus pour Né d’aucune femme, Grossir le ciel et Glaise, c’est donc une toute relative déception qui m’a accompagnée dans Plateau : voici encore un excellent livre, reconnaissable entre tous pour l’incomparable patte de l’écrivain, mais néanmoins selon moi, pas le meilleur roman de Franck Bouysse. (4/5)

 

 

Citations :

Ses avant-bras boursouflés de veines biscornues ressemblent à des poteaux en fer recouverts de tiges de glycine.

Une ombre passe sur le visage de Georges et son front ressemble à un linteau lézardé qui peinerait à supporter le poids des réponses.

Près du ruisseau, une grue moine déploie ses ailes et saute d’une patte sur l’autre en recherche d’équilibre, comme une qui voudrait éviter des braises. Quelques corneilles assises sur les branches d’un chêne semblent lancer des paris sur l’avenir de cette grande bête malhabile, incapable de langage commun.
(…)
La grue est toujours posée au même endroit, immobile, comme prisonnière des mâchoires d’un étau formé par le ciel obscur et la lande enluminée, les corneilles à son chevet. De grosses gouttes de pluie s’écrasent alentour, pareilles à des crachats.

Les reliefs disparates des tombes lui font penser à des dents gâtées dans une bouche.

Des bourrasques de vent raclent le plateau, laissant comme des coups de varlope sur un bois dur, sans parvenir à l’entamer, et la végétation dévote semble prier le Dieu granit sous un ciel couleur de poudre qui descend lentement au contact de la lande.

Le vent d’est bazarde des langues de nuages par-dessus le toit de la grange. Le gel ne prendra pas cette nuit. Partout, le soir s’étale sur le Plateau, pareil à une coulée de boue qui s’avance. On croirait voir la lèvre supérieure de quelque monstruosité animée par les derniers rayons du soleil. L’illusion d’un mouvement, une sorte de rumination. Brasser, avaler, régurgiter créatures et végétaux pour n’en faire qu’un pâte informe privée de singularité. Une chose sans devenir
.

Ses yeux ressemblaient à deux réverbères allumés dans la nuit qu’était son visage.

Les rides au-dessus de sa bouche ressemblent aux plis d’un rideau, autour de ses yeux, à des tiges de vigne-vierge sur un mur en hiver.

Les rayons du soleil biaisent le ciel et se posent sur la rivière qui partage la cité en deux comme une fermeture Eclair.


 

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