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mercredi 9 février 2022

[Johnson, Jeremy Robert] Apprendre à se noyer

 




J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Apprendre à se noyer (In the River)

Auteur : Jeremy Robert JOHNSON

Traducteur : Jean-Yves COTTE

Parution : en anglais (Etats-Unis) en 2017
                   en français en 2021
                   (Cherche Midi)

Pages : 160

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

Qu’avait vu le garçon ? Son père, tendant la main. La gorge sans fin de la bête. Quoi d’autre ? Peut-être était-ce allé si vite qu’il n’avait rien vu. Rien compris. De grâce.
Quelque part dans la jungle somptueuse et inquiétante d’un pays d’Amérique du Sud, un père emmène son fils pêcher, l’autorisant pour la première fois à s’aventurer au milieu d’un fleuve dont les eaux se révèlent aussi dangereuses que généreuses. Ce rite d’initiation va bientôt tourner au cauchemar lorsque le jeune garçon disparaît subitement. À la recherche de son enfant, l’homme débarque sur un rivage hostile, peuplé de tribus, de chamans et de sorcières.
 
Apprendre à se noyer est un conte initiatique et horrifique, saisissant par sa cruauté autant que par sa poésie et sa délicatesse. Jeremy Robert Johnson nous entraîne dans un voyage apocalyptique et intime qui, par-delà le macabre, offre une fable de toute beauté sur l’amour, la disparition, et la possibilité toujours présente, pour nous autres les vivants, de défier la mort pour lui arracher ce dont elle nous a privés.

  

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

Jeremy Robert Johnson est né en 1977. Apprendre à se noyer est son premier livre publié en France.

 

 

Avis :

Quelque part dans la jungle en Amérique du Sud, peut-être en Amazonie, un père emmène son fils pêcher. C’est encore un garçonnet, qui a tout à apprendre des dangers du grand fleuve et des gestes ancestraux de leur tribu pour profiter malgré tout de ses largesses. Mais, au beau milieu de la partie de pêche, survient le drame : l’enfant qui s’avançait dans les eaux avec son père est soudain emporté, happé par une bête rapidement entrevue dans le courant.

Pas de nom, de date, ni de lieu précis : juste un garçon et son père, dans un milieu naturel, qui, s’il pourvoit à leur subsistance à condition qu'ils sachent s’y prendre, n’en demeure pas moins rude et inquiétant, entre prédateurs, tribus ennemies et esprits menaçants. Nous voici comme ramenés à l’origine du monde, face à nos peurs primitives, seuls et fragiles dans un univers aussi mirifique qu’effrayant tant il recèle de dangers et de mystères. Et si l’on a vite fait d’y passer de vie à trépas, la frontière du monde réel avec l’irrationnel et l’au-delà s’y avère elle aussi incertaine, en tout cas aisément franchissable par l’entremise des chamans et des sorcières. 
 
Alors commence pour le père, éploré et dévoré de culpabilité, un combat contre l’inexorable, un terrible voyage au bout de lui-même et de la magie noire, dans l’espoir insensé de retrouver ce qui lui a été arraché. Son odyssée dantesque prend des résonances mythologiques, alors que, pêle-mêle, viennent à l’esprit le folklore macabre de l’Amérique latine, mais aussi de multiples références allant du Léviathan à Pinocchio en passant par Jonas, ou même Orphée. Dès lors, ce conte prend une véritable dimension universelle, celle de la tragédie de l’homme refusant la mort de ceux qu’il aime. 

Le talent de conteur de Jeremy Robert Johnson nous jette d’emblée dans une évocation des plus vivides, dont on ressortira hanté. Les ruptures de rythme s’enchaînent pour nous faire basculer dans une horreur brutale exprimée avec une singulière délicatesse, puis pour nous maintenir en apnée dans un tourbillon hallucinatoire, où de l’épreuve la plus noire surgira finalement une sorte de lumière : celle de l’amour et de la rédemption, par-delà la mort. Un livre court et intense, aux mille subtilités, aussi sombre et terrible que poétique et magnifique, à l’image de la vie-même. (4/5)

 

Citation :

« Il y a un poison dans ton esprit qui brouille tout. Je t’ai amené ici. Tu crois qu’un enfant, ton enfant, est spécial. Pourtant tu es imprégné de l’odeur de la chasse. Tu tuerais un enfant pour assouvir ta faim, comme la plupart le feraient. »
L’homme s’aperçut qu’il pouvait de nouveau respirer et sentit qu’il lui fallait s’élever contre le noir sortilège que jetait la Cuja. « Un enfant ? Par faim ? Jamais. »
« Quelle conception erronée du monde est la tienne pour considérer que les humains portent les seuls enfants ? Que seul l’homme peut être accablé de chagrin ou gémir dans la nuit ?
L’homme n’avait rien à répondre. Il savait que la jungle se nourrissait d’elle-même. Il savait que son peuple était de la jungle, et mangeait comme il était mangé. Tous ceux de sa tribu le savaient – raison pour laquelle les nuits sans lune ils se réveillaient au moindre bruit venant de l’extérieur.


 

lundi 19 avril 2021

[Quintana, Pilar] La chienne

 


 

J'ai beaucoup aimé

 

Titre : La chienne (La perra)

Auteur : Pilar QUINTANA

Traductrice : Laurence DEBRIL

Parution : 2017 en espagnol (Colombie),
                   2020 en français

Editeur : Calmann Lévy

Pages : 128

 

 
 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

"Comme elle ne savait pas où mettre la chienne, elle la posa sur sa poitrine. Elle se logeait parfaitement dans ses mains et sentait le lait. Une envie terrible de la serrer très fort et de pleurer s’empara d’elle."
Sur la côte pacifique colombienne, entre océan déchaîné et jungle menaçante, vivent Damaris et son mari pêcheur dans un cabanon de fortune. Elle est mélancolique, mais ce n’est pas dû à sa vie démunie : Damaris n’a jamais réussi à tomber enceinte et elle en souffre de plus en plus. Alors quand sur un coup de tête elle adopte un chiot, l’animal devient une source infinie d’amour qu’elle va choyer sans relâche dans leur univers si hostile. Mais un jour, la chienne disparaît, plongeant Damaris dans un immense désarroi.
Une exploration féroce et bouleversante du désir maternel. Une lecture choc qui dépayse autant qu’elle bouscule.

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Pilar Quintana est une romancière reconnue en Colombie. La Chienne, devenu un best-seller dans son pays, est en cours de parution dans de nombreuses langues. C'est son premier roman à paraître en France.
 

 

Avis :

Subsistant de leurs maigres revenus de femme de ménage et de pêcheur, Damaris et son mari Rogelio habitent un logement de fortune accroché à la montagne colombienne, entre mer et jungle. Désespérée à la quarantaine de n’être jamais tombée enceinte, Damaris adopte un jour un chiot, qui ne tarde pas à occuper une place centrale dans sa vie. Son univers s’écroule lorsque la chienne disparaît…

A mi-chemin de la nouvelle et du roman, le récit nous emmène dans un coin de Colombie, où quelques villages, perchés en lisière de jungle sur une côte escarpée battue par la mer, tentent de repousser les assauts d’une nature qui semble n’avoir de cesse que de les effacer. Entre marées et vagues traîtresses, pluies diluviennes et touffeur permanente, végétation envahissante et faune dévoreuse en tout genre, subsister est une lutte quotidienne d’autant plus usante qu’elle se déroule dans la pauvreté et des conditions de vie particulièrement rudimentaires.

Pourtant, le plus terrible pour Damaris reste son désir d’enfant inassouvi qui, au fil des ans, l’a encore bien plus minée qu’elle ne l’imagine. Comme un bois secrètement rongé de l’intérieur et sur le point de s’effondrer, cette femme n’est plus qu’une enveloppe vide prête à se déchirer au prochain accroc. Envahie par un amour dévorant et possessif que les fugues de la chienne finissent par muer en haine, elle se retrouve face à ses failles les plus intimes et les plus anciennes, dévastée par une culpabilité qui la ramène au drame vécu dans son enfance.

Au fil d’une narration sobre et implacable où l’amour s’avère aussi asphyxiant que la jungle qui enserre le village, Pilar Quintana incarne une histoire âprement tragique de désir d’enfant, dans un complexe portrait de femme d’une irréprochable justesse. (4/5)

 

Citation :

Damaris était terrassée par la tristesse et tout - se lever du lit, préparer à manger, mâcher sa nourriture - lui coûtait énormément. Elle avait l’impression que la vie était comme une crique et qu’elle devait la traverser avec les pieds enfoncés dans la boue et de l’eau jusqu’à la taille, seule, dans un corps qui ne lui donnait pas d’enfants et ne servait qu’à casser des choses.
 

 

Du même auteur sur ce blog :

 
 

 

 

jeudi 21 mars 2019

[Collette, Sandrine] Animal






 

Coup de coeur 💓💓💓

Titre : Animal

Auteur : Sandrine COLLETTE

Editeur : Denoël

Parution : 2019

Pages : 288








Présentation de l'éditeur :

Humain, animal, pour survivre ils iront au bout d’eux-mêmes. Un roman sauvage et puissant.
Dans l’obscurité dense de la forêt népalaise, Mara découvre deux très jeunes enfants ligotés à un arbre. Elle sait qu’elle ne devrait pas s’en mêler. Pourtant, elle les délivre, et fuit avec eux vers la grande ville où ils pourront se cacher.
Vingt ans plus tard, dans une autre forêt, au milieu des volcans du Kamtchatka, débarque un groupe de chasseurs. Parmi eux, Lior, une Française. Comment cette jeune femme peut-elle être aussi exaltée par la chasse, voilà un mystère que son mari, qui l’adore, n’a jamais résolu. Quand elle chasse, le regard de Lior tourne à l’étrange, son pas devient souple. Elle semble partie prenante de la nature, douée d’un flair affûté, dangereuse. Elle a quelque chose d’animal. Cette fois, guidés par un vieil homme à la parole rare, Lior et les autres sont lancés sur les traces d’un ours. Un ours qui les a repérés, bien sûr. Et qui va entraîner Lior bien au-delà de ses limites, la forçant à affronter enfin la vérité sur elle-même. 
Humain, animal, les rôles se brouillent et les idées préconçues tombent dans ce grand roman où la nature tient toute la place.

 

 

Avis :

Harponnée dès les premiers mots, assommée par les derniers, je ne me souviens pas avoir lu un livre aussi haletant et captivant. Tout au long de l’intrigue, on se cesse de se demander où l’auteur nous emmène. Les rebondissements sont multiples, et si l’on est conscient de se diriger vers un inéluctable auquel il est constamment fait allusion, on se demande bien lequel.

L’écriture, toute en phrases courtes et trépidantes, entraîne le lecteur dans une course, ou plutôt une chute, effrénée. Lior, cette étrange jeune femme aux instincts de sauvageonne, laisse très vite entrevoir l’existence d’une faille dans sa personnalité et son passé. Elle va nous emmener à sa suite dans une succession d’épisodes qui ont tous en commun la quête éperdue de son passé, et qui la dirigeront tout droit dans l’oeil du cyclone, au fond de sa mémoire engloutie, dans le gouffre creusé par son enfance et resté béant malgré toutes ses tentatives de vie normale.

Thriller magistral où la tension ne se relâche jamais, cette histoire où on ne sait plus qui est le chasseur ou le gibier, l’homme ou l’animal, est la terrible illustration de l’immense difficulté de se construire dans l’ignorance de ses racines, surtout lorsqu’elles ont été traumatisantes : les failles intérieures peuvent devenir de véritables trous noirs, qui absorbent tout sur leur passage, dans une folie irrépressible qui laisse l’entourage impuissant.

Il faut absolument lire ce livre d’aventure qui vous prendra aux tripes et vous emmènera au plus proche de la misère et de la nature, dans les bidonvilles, la forêt du Kamtchatka et la jungle népalaise, où survie rime parfois avec sauvagerie et cruauté.
J’avais adoré Il reste la poussière. Cette fois, Animal vient se classer parmi mes lectures les plus marquantes. Je vais m’empresser de me procurer les autres livres de Sandrine Colette, passés et à venir. Très grand coup de coeur.



Citation :

Dans les contes, se dit Hadrien depuis sa somnolence, les personnages n’ont de cesse d’échapper aux monstres qui peuplent la nuit et les bois. Lior, elle, leur court derrière. Elle entre dans les collines obscures, écarte les lianes et les ronces, écoute les bruits vers lesquels elle se précipite en silence – grognements, râles, déchirements. Pourquoi, nom de Dieu, pense Hadrien. Pour voir. Pour éprouver l’effroi. Pour essayer encore une fois de croire que, lorsqu’on les a tués, les monstres ne renaissent pas, nulle part, ni dans la forêt ni dans la tête. 


Le coin des curieux :

Le Népal n'est pas qu'un pays de montagnes, froid et sec. Il y existe aussi une zone de collines tempérées et une plaine subtropicale, où la jungle est peuplée de tigres. 
Sur les dix dernières années, la population de tigres au Népal a d'ailleurs doublé, résultat du programme de conservation de ces animaux, soutenu par le WWF et Leonardo DiCaprio. Si l'on peut s'en réjouir, la promiscuité résultant du grignotage progressif des terres sauvages par l'homme n'est pas sans créer des conflits, les fauves s'attaquant parfois au bétail domestiqué dont dépend la survie de nombreuses communautés.
Il y a parfois des victimes humaines, notamment en Inde, mais pas toutes accidentelles. En 2017, au Nord-Est de l'Inde, à la frontière népalaise, les autorités ont relevé une concentration anormale de personnes, toutes âgées, tuées par des tigres  : il semblerait que des familles très démunies aient sacrifié leurs aînés pour toucher de l'argent de l'Etat en réparation du drame.


Du même auteur sur ce blog :

 
 
 

vendredi 8 mars 2019

[Zykë, Cizia]


 

BILAN DE LECTURE :


19  Livres lus :

 5  Coups de coeur (5/5)
 2  Beaucoup aimés (4/5)
 7  Aimés (3/5)
 1  Moyennement aimé (2/5)
 4  Pas aimés (1/5)





BIOGRAPHIE :


Cizia Zykë est un aventurier et écrivain français né en 1949 et décédé en 2011.

Fils d'un légionnaire français d’origine albanaise et d’une mère grecque, Cizia Zykë (de son vrai prénom Jean-Charles) passe son enfance à Taroudant dans le sud du Maroc. Sa famille s’installe à Bordeaux lorsque le Maroc gagne son indépendance en 1956.

L’adolescence de Zykë est mouvementée. Ses activités au sein d’un gang de jeunes délinquants lui valent de nombreux ennuis judiciaires, dont deux séjours en prison. Il décide de quitter la France à l’âge de dix-sept ans. Les autorités lui refusant un passeport, il s’engage dans la Légion étrangère lors de la Guerre des Six Jours. 
Zykë obtient finalement un passeport en 1967 et part rejoindre son oncle installé en Argentine. Pendant les trois années qu’il passera en Amérique du Sud, il acquiert une fortune considérable dans le commerce d’objets d’art précolombien. 
Il s’installe à Toronto en Octobre 1970. Il y prend la direction d’un restaurant italien, puis se spécialise dans l’organisation de jeux de hasard clandestins et dans la récupération forcée de dettes. Survivant de justesse à une tentative d’assassinat par le chef d’un gang rival, Zykë se réfugie en Suisse en 1973. 

De retour en France, il écrit Oro, qui relate ses aventures au Costa Rica, et le publie en 1985. Il publie Sahara (sur ses aventures en Afrique) et Parodie (sur son séjour au Canada), qui compléteront sa trilogie autobiographique, en 1986 et 1987. Traduites en plusieurs langues, ce sont ses œuvres les plus célèbres. 
En 1991, Zykë retourne en France et se prépare à visiter l’Albanie, pays d’origine de son père. Zykë y passe trois ans. De son séjour en Albanie naîtront quatre romans – Les Aigles, Au nom du père, Requiem et Rédemption – et un film documentaire Kanoun, qu'il réalise avec Piro Milkani. 
En 2008-2009, Cizia Zykë se trouve en Guyane, il y prépare la sortie d'un nouvel ouvrage autobiographique dont le titre est Oro and Co. Ce récit retrace son parcours depuis 1984, lorsqu'il quitte le Costa Rica, jusqu'à nos jours pour sa dernière aventure parmi les orpailleurs clandestins.  Cizia Zykë signe là sa dernière œuvre autobiographique, un au revoir à ses lecteurs en même temps qu'un hommage appuyé à son collaborateur et ami l'écrivain Thierry Poncet, qui met fin à son aventure éditoriale.  Le 8 janvier 2009, Cizia Zykë aurait été mis en examen à Cayenne pour « complicité d'orpaillage clandestin ». D'après le journal Le Parisien : « on indique qu'il est soupçonné d'avoir ravitaillé par avion des orpailleurs clandestins, sous couvert de réaliser un documentaire. » 

Zykë meurt d'une crise cardiaque à Bordeaux en 2011.

(Source Wikipedia)



BIBLIOGRAPHIE (Romans) :

(Les 💓 indiquent mes coups de coeur et leur intensité)

 

💓    Oro (1985)
  -     Sahara (1986) 
💓    Parodie (1987)
💓    Fièvres (1988) 
  -     Paranoïa (1989)
  -     Tuan Charlie (Maléfice, Opium, Dust, Enfers) (1989)
  -     Buffet campagnard (1990)
  -     Histoires de fous (1991)  
  -     La ferme d'Eden (1991) 
  -     Alixe (1993)  
💓    Amsterdam zombie (1994)
💓    Les aigles (2000)

  -     Blasphèmes(2001)
  -     La révolte d'Amadeus Jones (2002)
  -     Au nom du père (2003)
  -     Requiem (2003)
  -     Rédemption (2004)
  -     Oro and Co (2009)

  -     Alma (2018)


Lire Zykë l'aventure de Thierry Poncet. 💓

 

 

CARACTERISTIQUES : 

Collaboration avec Thierry Poncet.
Personnalité et aventures vécues hors du commun. Talent de conteur. 
Style percutant (« écrit comme on frappe »), cru, cynique et provocateur. 
Humour noir. Politiquement incorrect.
Pour adultes avertis.




THEMES RECURRENTS : 

Récits personnels et romans fortement inspirés de ses propres aventures. 
Contes / Thrillers / Reportages.
Aventure, Liberté, Amitié, Jeu, Drogue, Femmes, Contrebande, Jungle, Désert, Orpaillage et mines d’or, Aborigènes, Albanie, Folie, Manipulation, Enfants criminels.

[Zykë, Cizia] Oro and Co






J'ai aimé

Titre : Oro and Co

Auteur : Cizia ZYKE

Editeur : Fleuve Noir

Parution : 2009

Pages : 324









Présentation de l'éditeur :   

Cizia Zykë est une légende vivante. Le dernier aventurier des Temps modernes. Un homme hors du commun, épris de liberté absolue, dont la vie est une suite d'actions exceptionnellement fortes. Son aventure littéraire s'étend sur vingt-cinq ans. Une oeuvre unique et inclassable, entamée par sa célèbre trilogie d'aventures vécues : Oro, l'or de la jungle du Costa Rica, Sahara, la contrebande de camions dans le désert africain, Parodie, son ascension fulgurante de parrain en Amérique du Nord. Tous trois sont des récits cultes, vendus à plusieurs millions d'exemplaires dans le monde entier. Oro & Co est son dernier texte. Un récit. Parti dans la jungle amazonienne pour s'y bâtir une ville, Cizia Zykë voit l'aventure l'amener à se transformer en trafiquant pour pénétrer le monde des garimpeiros, les orpailleurs clandestins brésiliens qui pillent l'or de la Guyane française. Fascinant, inlâchable, implacable et drôle, Oro & Co est un formidable vent de liberté.

 

 

Avis :

Un peu plus de vingt ans après sa trilogie Oro, Sahara et Parodie, Zykë reprend le fil de ses récits d’aventure autobiographiques. Après un retour sur ses débuts d’écrivain, il nous emmène cette fois au Surinam, à la frontière de la Guyane française, où il s’est mis en tête de construire un lieu de plaisir pour les orpailleurs disséminés dans la jungle, puis de tourner un reportage sur les chercheurs d’or clandestins. Rien ne se déroule toutefois comme prévu : la dernière aventure de Zykë ne devient bientôt plus qu’attente et frustration, alors que les autorités voient ses activités d’un très mauvais œil.

S’il contient toujours la même farouche dérision, ce dernier livre, qui prend des allures de baroud d’honneur, a un goût de tristesse : liberté et aventure semblent devenues bien difficiles d’accès comparé à il y a quelques décennies et aux précédents livres de Zykë. Et l’auteur signe ce dernier opus comme un adieu à ses lecteurs et à sa vie aventureuse.


L’histoire racontée n’est finalement qu’une somme de déboires et peine à trouver de quoi se mettre sous la dent : elle finit par laisser beaucoup de place aux malheurs des compagnons de Zykë, peu familiers de la jungle. Elle donne toutefois un aperçu de la complexité de la situation en Guyane : selon Zykë, il est illusoire d’envisager d‘y contenir l’invasion de clandestins par la répression. Il faut au contraire gérer l’inéluctable, mettre en place une coopération avec les pays voisins pour légaliser et encadrer, avec droits et devoirs, l’exploitation de cet or que rien ne pourra empêcher.
L’ultime livre publié du vivant de Zykë prend donc une teinte douce-amère, celle qui imprègne le mot FIN. A lire de préférence après tous les autres. (3/5)

[Zykë, Cizia] Série Tuan Charlie : Maléfice, Opium, Dust, Enfers





Je n'ai pas aimé

Titre : Série Tuan Charlie : 

           Maléfice, Opium, Dust, Enfers

Auteur : Cizia ZYKE

Editeur : Media 1000

Parution : 1989

Pages : 273, 226, 218, 225










Présentation de l'éditeur :   

 

1) Maléfice :

«Il y a des morts qu’on ne doit pas déranger.»  «Ils avaient violé les tombeaux. Ils avaient forcé et fouillé les douze sarcophages. Ils les avaient laissés défoncés, le ventre ouvert au ciel. Je leur avais dit de ne rien toucher. Les Dieux sont témoins que j'ai tenté de leur expliquer. Je savais, moi, qu'il y a des morts qu'on ne doit pas déranger.»  
Quand un archéologue et sa fille lui ont proposé une importante somme d'argent pour diriger une expédition à travers la jungle, Tuan Charlie ne s'est pas méfié. Il y a pourtant des endroits du monde qu'il vaut mieux éviter, des trésors qu'il ne faut pas déterrer, et des morts qu'il ne faut pas déranger.

 

2) Opium :

«Savez-vous vraiment ce que le mot vengeance veut dire ?»  «Ils avaient osé prendre ma liberté et jouer avec ma vie. Ils étaient des démons animés par le mal et le goût du sang. Ils exécutaient tous ceux qui faiblissaient. Ils étaient mes ennemis. Je savais que je ne pourrais en laisser un vivant derrière moi.» «C'étaient des démons, animés par le Mal et le goût du sang. Ils nous épuisaient, ils nous tuaient, ils exécutaient tous ceux qui faiblissaient. Ils s'étaient acharnés à me faire souffrir, à m'humilier, à salir mon destin. Ils m'avaient emprisonné. Ils avaient osé prendre ma liberté et jouer avec ma Vie. Je savais que je ne pourrais pas en laisser un vivant derrière moi. Combien d'entre vous savent ce que le terrible mot de "Vengeance" veut dire ?»  Une fois de plus, Tuan Charlie nous emmène en enfer, celui de la détention, dans un endroit tellement perdu du Triangle d'or, qu'il semble échapper à l'histoire et à toute forme de civilisation. Face à la cruauté inhumaine de ses geôliers, seuls l'opium et l'amitié d'un compagnon d'aventures, lui permettront de tenir et de refuser la mort qui s'offre comme ultime délivrance.

 

3) Dust :

Tuan Charlie, le héros de cette série, est un aventurier, au physique comme au moral. Il vit en marge dans un monde différent parcourant le globe à la recherche de l'action.
Il était assis sur un rocher, masse énorme, noire, immobile au bord de la piste. Il me déclara soudain "Je suis Dust, la poussière ! Tu es le vent, tu es mon frère et je t'attendais." C'est ainsi, au bord de la Diamantina Road déserte et oubliée de tous que notre amitié débuta.

 

4) Enfers :

Tuan Charlie le héros de cette série, est un aventurier, au physique comme au moral. Il vit en marge dans un monde différent parcourant le globe à la recherche de l'action. Madame la Mort, déguisée en sirène, se tenait derrière le comptoir de glace. Ses cheveux noirs entremêlés d'algues, belle et la poitrine nue, elle brandissait son verre dans ma direction. "Tu ne trinques pas avec moi, Tuan Charlie ?" se moquait-elle. Ses immenses yeux, noirs et vides, me promettaient les plus beaux des plaisirs.

 

 

Avis :

Trop c’est trop : trop trash, trop gore, là j’ai failli abandonner en cours de route. M’ont maintenue en selle les talents de conteurs de Zykë / Poncet, la narration efficace et rythmée, les personnages croqués avec un réalisme saisissant, l’origine vécue de ces quatre histoires extrapolées à leur paroxysme mais étayées par une indéniable connaissance des lieux et des ambiances. Malgré l’écoeurement et la lassitude ressentis devant la répétition des mêmes outrances, l’intensité des récits m’a quand même happée jusqu’au bout. 

Dans cette série de quatre histoires, où ma préférence va nettement pour Dust, Zykë met en scène son avatar : Tuan Charlie, aventurier à son image (à la puissance dix), chef d’expéditions en compagnie d’hommes de sac et de corde, confronté au mal absolu, et qui parvient toujours à s’en sortir au prix d’un courage et d’une force incomparables alors que tous crèvent autour de lui. Pilleurs de tombes dans la jungle de Bornéo, prisonniers d’une tribu dégénérée et sanguinaire du Triangle d’Or, confrontés à la haine raciste des Australiens blancs du Queensland pour les aborigènes, ou naufragés sur un îlot désert d’Océanie après une dramatique pêche à la perle, les protagonistes vivent à chaque fois une plongée en enfer. C’est noir, violent, cruel et abject jusqu’à l’outrance. Et pourtant bâti sur un fond de vérité qui empêche de sourire et de prendre ses distances.


Les qualités littéraires de Zykë / Poncet sont toujours là, indéniablement, mais là j’ai frisé l’overdose de sexe et de violence.
Je n’ai aucun mal à imaginer Tuan Charlie dans une bande dessinée ou un jeu vidéo pour adultes très avertis. (1/5)

[Zykë, Cizia] Fièvres






Coup de coeur 💓

 

Titre : Fièvres

Auteur : Cizia ZYKE

Editeur : Hachette

Parution : 1988

Pages : 282










Présentation de l'éditeur :   

«Le safari, commencé dans la joie et le plaisir, se transforma en une gigantesque partie de cache-cache, passionnante, irritante, puis insupportable. Insidieusement, la résolution de tuer M'Bumba l'éléphant s'installa. C'était lui ou nous. Alors s'amorça une lente descente vers l'horreur et l'irréel : la nature explosait d'une beauté violente, la nuit se faisait cataclysme, des milliers de crocodiles devenus déments massacraient les hommes. Nous étions partis pour la mort... perdus au milieu de quelque chose que je ne comprenais pas, qui n'existait pas, quelque chose qui nous tuait les uns après les autres.»
Fièvres, roman fort, envoûtant, sensuel, nous confirme le grand talent de conteur de Cizia Zykë, révélé dans sa trilogie autobiographique: Oro, Sahara et Parodie.

 

 

Avis :

Encore un livre de Cizia Zykë / Thierry Poncet que je n’ai pas pu lâcher avant la fin et un coup de coeur pour ce conte d’aventure en pleine jungle congolaise. Le village de brousse où se sont installés trois Français en rupture de ban vient d’être sauvagement détruit par un éléphant devenu dément, que ses empreintes laissent supposer d’une taille exceptionnelle. Accompagnés de pisteurs indigènes, d’un adolescent et d’une jeune fille du village, le trio se lance la fleur au fusil dans une expédition punitive qui va rapidement tourner au cauchemar. La tension monte peu à peu au fil des pages, la jungle semblant devenir maléfique au fur et à mesure que grandissent les doutes et le malaise de l’équipe de chasseurs. Bientôt, c’est leur propre peau qui se retrouve menacée et une longue lutte à mort commence.

Le narrateur et chef de l’expédition est une incarnation de Zykë : alors que la construction de son camp de survie dans la jungle évoque furieusement celle du campement d’Oro au Costa Rica, on retrouve la détermination et la truculence de l’aventurier, sa crudité et son ironie. Ne manquent pas non plus l’alcool et la drogue que les trois Robinsons trouveront le moyen de se fabriquer en pleine jungle, ni les scènes de sexe débridées entre notre héros et la toute jeune fille indigène. Mais ce qui fait la force du livre est le talent de conteur de Zykë : s’inspirant de deux anecdotes qu’on lui avait contées, l’une à propos d’éléphants enivrés par une orgie de mangues vertes, l’autre au sujet de crocodiles assiégeant des hommes réfugiés dans des arbres, il nous livre une fable prenante et bien construite, étayée par sa connaissance de la jungle et par sa propre expérience des conditions extrêmes, mêlée des superstitions et des croyances indigènes en des lieux magiques et maléfiques où il vaut mieux ne pas s’aventurer, et jamais loin de la dérision. 
Je me suis laissée envoûter sans réserve. (5/5)

jeudi 7 mars 2019

[Zykë, Cizia] Oro






Coup de coeur 💓

 

Titre : Oro

Auteur : Cizia ZYKE

Editeur : Hachette

Parution : 1985

Pages : 300









Présentation de l'éditeur :   

Oro est un livre culte.
Vendu à plusieurs millions d'exemplaires dans le monde entier, c'est le premier volume de la célèbre trilogie autobiographique de Cizia Zykë, qui se poursuit avec Sahara, ses souvenirs de contrebandier du désert, et Parodie, ses mémoires de parrain à Toronto.
Cizia Zykë est un personnage hors normes. C'est le dernier aventurier du monde moderne. Un homme pour qui l'interdit n'existe pas.
Pour oublier la mort de son fils, il s'est lancé à la quête d'actions fortes autour du monde. Il trouve l'aventure dans la jungle de la péninsule d'Osa, au Costa Rica, parmi les serpents, les policiers véreux, les prostituées et les trafiquants.
Oro est un texte fou, libre, sans pitié et magnifique.
Un must du récit d'aventure.

 

 

Avis :

Après avoir lu Alma, j’ai eu envie de redécouvrir Cizia Zykë, et par extension Thierry Poncet. J’ai donc commencé par ressortir Oro de ma bibliothèque, puis Sahara et Parodie.
 
De ces trois récits autobiographiques, Oro demeure pour moi le plus percutant, sans doute parce que c’est le livre qui a fait découvrir au public le formidable personnage de Zykë et que l’effet de surprise y joue à plein. 

Ce sont autant le fond que la forme qui sortent de l’ordinaire : le style est d’une part rapide, nerveux, centré sur l’action, mais aussi cynique, cru, provocateur et ironique. Le récit est mené tambour battant au fil des péripéties vécues par un Zykë épris de liberté et de sensations fortes, rebelle à nos vies de moutons domestiques, et qui a fait le choix d’une existence d’aventurier : prêt à tout, d’un courage et d’une capacité de résistance peu communs, sans foi ni loi, pas gêné par l’illégalité et par la démonstration de force, mais généreux et guidé par des principes personnels de loyauté et d’honneur, ce meneur d’hommes, fin psychologue et habile manipulateur, ne s’attache à rien d’autre qu’à l’instant présent. Flambeur et jouisseur, menant ses expériences jusqu’au bout puis les abandonnant sans regret pour repartir de zéro, cet opportuniste mégalomane qui a tâté de la prison s’adonne à tous les excès : le sexe, la drogue, le jeu, le danger. Macho, exigeant et autoritaire, se comportant en prince et maître vis-à-vis de son entourage, c’est aussi un séducteur invétéré et un ami indéfectible. 

Oro relate ses aventures au Costa Rica au début des années 1980 : d’abord orpailleur clandestin, il réussit à monter une holding tout à fait légale, une mine d’or qui fait sa fortune, jusqu’à ce que ses associés véreux tentent de l’éliminer et qu’il doive fuir le pays avec juste quelques kilos d’or en poche. Les conditions de vie et de travail relatées sont extrêmes, le danger permanent, qu’il provienne de la jungle elle-même, de l’exploitation minière ou de la rapacité des hommes. Dans cet environnement sans pitié, seuls la force et le courage (associés à la coke) permettent de survivre. Zykë n’y va pas de main morte et se comporte en véritable chef de guerre : c’est à la schlague et du bout de son P38, mais aussi avec une formidable capacité à mener les hommes, à forcer le respect et à nouer les amitiés, qu’il établit son leadership et réussit l’impossible.

Oro est un récit d’aventure vécue, addictif, dépaysant, surprenant, choquant, drôle : une histoire d’homme sans illusion, sans scrupule ni concession, capable d’aller au bout de ses envies et d’en payer le prix s’il le faut. S’il sait se montrer dur et impitoyable envers ses ennemis et ceux qu’il méprise, c’est aussi un homme droit dans ses bottes, fiable et généreux, dont il fait bon être l’ami.  
Oro est une lecture coup de poing, dont on ressort hypnotisé. Coup de coeur donc. (5/5)


Citations :

Mais dans ce monde trop bien réglementé, il est dur d'être un aventurier et de suivre ses propres lois. Pour moi, la notion d'interdit n'existe pas : je veux le faire donc je le peux.  

Hélas! Ce monde moderne n'est plus assez vaste. Il est impossible de se tailler un royaume, de vivre une aventure en dehors des lois, car la lutte est inégale. Tout est fait pour les faibles, groupés tous ensemble sous la bannière des lois à respecter. Toutes mes aventures m'ont opposé à des gouvernements, en Afrique, en Asie, aux Caraïbes et la partie est toujours perdue d'avance.  

Je suis cent fois moins pourri que ces dirigeants du tiers monde auquel je me heurte, mais eux ont l'avantage de la crédibilité et de la voix internationale. 

J'ai été plusieurs fois millionnaire, mais l'argent est reparti à chaque fois et aussi facilement qu'il était venu. Je n'accorde de l'importance à l'argent que lorsque je le dépense. Si je devais économiser, je ne serais pas moi-même et je n'aurai pas pu vivre ces aventures intenses qui furent les miennes. Une mentalité étriquée ne permet pas de vivre quelque chose de grand. Toute ma vie, mon dernier centime sera dépensé pour la flambe, le confort, pour ne jamais faire de concessions à la médiocrité.

J’ai toujours utilisé une psychologie fondée sur l’intimidation, la pression exagérée et la violence verbale. Mes menaces ont fait payer mes débiteurs, plus sûrement que les coups. Dans cette comédie cruelle, j’ai plus souvent fait peur que mal. Je me suis fait une réputation de tueur sans tuer personne et j’en suis fier.