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samedi 29 novembre 2025

[Lévy, Justine] Une drôle de peine

 




 

J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Une drôle de peine

Auteur : Justine LEVY

Parution : 2025 (Stock)

Pages : 198 

 

  

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

« Est-ce que tu me vois, maman ? J’ai deux crédits à la banque, deux enfants que j’étouffe, quatre chats dont deux débiles et une estropiée, des rides en pattes d’araignée autour des yeux et des oignons aux pieds, le même amoureux qui me supporte et tient bon depuis vingt ans, quelle dinguerie, je ne suis ni parfaitement féministe, ni tout à fait écologiste, ni vraiment révoltée, pas encore alcoolique, plus du tout droguée, j’ai un abonnement à la gym, une carte de métro et une autre du Carrefour Market, je ne me fais pas les ongles, je ne me coiffe ni ne me teins les cheveux, je mets du rouge à lèvres une fois par an et surtout sur les dents, je suis toujours aussi raisonnable, aussi peu fantaisiste : je mets beaucoup d’énergie à essayer de ne pas te ressembler, maman. Je n’ai pas pu être une enfant et je ne sais pas être une adulte. »
Une drôle de peine est à la fois une adresse et une enquête. C’est aussi une magnifique déclaration d’amour.

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Justine Lévy est l’auteure, entre autres, de Le Rendez-vous (Plon, 1995), Rien de grave (2004), de Mauvaise fille (2009) et Son fils (2021) chez Stock, et de Histoires de famille (Flammarion, 2019).

 

 

Avis :

C’est autour de la perte de sa mère, la mannequin Isabelle Doutreluigne, que s'articule ce récit intime où Justine Lévy, fille du philosophe Bernard-Henri Lévy, cherche à saisir la persistance de l’absence. Dans Mauvaise fille, elle disait encore la douleur immédiate, la violence de la maladie et la fragilité maternelles. Ici, vingt ans plus tard, l’écriture se fait plus introspective, attentive à la manière dont la mémoire continue de travailler et transforme l’absence en une fidélité singulière.

Ce glissement de l’urgence de dire la souffrance vers la lenteur de la mémoire confère au livre une tonalité spécifique, loin des récits de deuil convenus. Refusant les codes de la lamentation, Justine Lévy s’attache à ce qui survit encore dans les gestes, les images et les sensations, évoquant une mère non pas figée dans le marbre du souvenir, mais toujours vibrante dans l’éclat de fragments qui bouleversent.

À la fois pudique et incandescente, l’écriture fait de ces éclats la matière d’une présence continue qui irrigue le présent : la mère existe encore dans la mémoire de la fille, dans les habitudes répétées, les mots transmis, mais aussi dans les questionnements restés sans réponse. Car, fantasque, excessive et tourmentée, ce ne fut pas une mère parfaite, mais une âme dont la fille s’attache à porter et à comprendre les contradictions béantes. Justine Lévy les interroge, palpe la souffrance derrière les silences et les non-dits, et, avec une délicatesse qui n’a d’égale que la violence qu’elle suggère à mots couverts, fait surgir les fantômes invisibles qui ont poursuivi sa mère toute sa vie. 

En filigrane du récit se profilent alors l’ombre spectrale de grands-parents toxiques et les traces indélébiles de leurs violences destructrices, évoquées dans une formule glaçante : « Il y avait, dans notre famille, un côté Dupont de Ligonnès. Mais double Dupont. Côté père et côté mère. Qui, de Jacqueline ou de Jean, a le plus rêvé de droguer et assassiner ses enfants ? Ça aussi, je dois l’élucider. » En affrontant ces ombres, la mémoire devient acte de compassion, de solidarité et de réhabilitation : ne subsiste plus qu’un immense amour filial, capable de transformer la douleur héritée en fidélité lucide. 
 
Sincère et bouleversant dans sa ferveur, alliant délicatesse et finesse psychologique, ce roman à l'écriture vive et à l’intensité captivante s’inscrit dans une vague contemporaine de récits qui réhabilitent les figures féminines absentes. D'Amélie Nothomb à Reine Bellivier, de Laurent Mauvignier à Ramsès Kéfi ou Catherine Millet, cette simultanéité souligne l’ampleur actuelle d’un motif ancien : le deuil maternel, toujours présent dans la littérature, mais devenu aujourd’hui un sujet central et collectif. Chez Justine Lévy, le thème confine au ressassement de livre en livre, mais cette insistance, partagée sous des formes diverses par ses pairs, ouvre un questionnement plus large : traduit-elle une obsession de notre époque pour le passé, nos racines et la mort ? Comme si, dans une société qui peine à se projeter vers l’avenir et où la natalité s’effondre, nous choisissions de demeurer éternellement les enfants de nos parents, au travers d'une absence devenue mémoire et d'une perte transformée en fidélité. En tous les cas, un livre lumineux, plein d’amour, qui doit beaucoup à la vivacité de plume de Justine Lévy. (4/5)

 

Citations :

Maman, de temps en temps, docilement, bonne fille et bonne sœur, revenait à Mordelles, contre l’avis de papa, se faire manger un bout du cœur et rentrait à Paris avec des cernes mauves. Car Jacqueline adorait entretenir la toxicomanie de maman. Elle lui offrait toutes sortes de médicaments et, pour les ranger, des boîtes en plexiglas, ou en laiton, ou en métal, parfois ornées d’un caducée ou d’une Vierge Marie, cadeau ma Zazou. 
Elle était contente de voir maman, de décréter qu’elle avait mauvaise mine, tire la langue ma chérie, voilà voili voilo le bon sirop, et ça aussi, ouvre encore, plus grand, c’est comme une petite hostie, voilàààà, bonne sieste, ma fifille chérie, maman est là qui veille sur toi, je suis ta sorcière maman bien-aimée, là pour toi, toujours là. Et maman, la mienne, se laissait faire, se laissait renfermer, recapturer, un gémissement, une protestation, un miaulement et pof, elle s’abandonnait. Parfois elle vomissait. Ma grand-mère que je n’aimais pas, très mécontente, la grondait : Isabelle tu as vomi ton cadeau, qu’est-ce que c’est que ce caprice, qui est-ce qui commande ici ? c’est vous, maman, c’est vous, c’est toujours vous. Parfois c’est à moi qu’elle offrait une ou deux hosties, pour que je dorme et communie en même temps que maman, pour qu’on soit une belle famille bien réunie dans la bonne santé, la foi et le sommeil. Il y avait, dans notre famille, un côté Dupont de Ligonnès. Mais double Dupont. Côté père et côté mère. Qui, de Jacqueline ou de Jean, a le plus rêvé de droguer et assassiner ses enfants ? Ça aussi, je dois l’élucider.


C’est ton fils ? il me demande avec un grand et faux sourire. J’ai pas envie de lui dire oui. J’ai pas envie qu’il le voie et qu’il fasse semblant de se pâmer. Paul joue, se retourne et me fait un clin d’œil. Surtout, qu’il ne vienne pas. Surtout, qu’il ne me demande pas qui est ce type à grosse tête. C’est rien mon chéri, je lui dirai, c’est le garçon qui m’a quittée pour la femme de son père à lui, aucun intérêt, c’est cracra, et pourtant je croyais que je l’aimais, quelle idiote, parfois, tu sais, il y a une mort avant la vie, mais c’est pas grave, rien de grave.


Elle n’a jamais été aussi occupée. Jamais aussi impliquée. Jamais elle n’a eu autant besoin de moi, de papa, des amis, de se changer les idées, d’aller au théâtre voir Pablo jouer, d’arrêter de fumer, de recommencer, de courir d’un magasin bio à l’autre pour trouver la bonne soupe miso. Elle n’aurait jamais dû acheter cette crème repulpante qui colle, peluche et ne marche pas. Et puis, soudain, c’est l’heure du kiné. Pas moyen d’avoir la paix cinq minutes. Quelle vie ! Aurait-elle pu imaginer que, parfois, c’est ce qui vous tue qui vous fait vivre ?


Maman a désappris d’être belle et peut-être même que ça la soulage. Fini, la course. Fini, la pression et la peur de vieillir. Fini de se voir dans le regard des hommes, des femmes, de toutes celles et ceux qu’elle a passé sa vie à séduire, sans le vouloir vraiment. Elle s’est faite à sa nouvelle apparence, à sa silhouette à la fois épaissie et exsangue, à ce bras plus dodu que l’autre, à ses petits cheveux gris qui dépassent du foulard, au bourrelet que fait son non-sein. Maman a toujours été impudique. Le sein en moins n’y change rien. Elle choie sa nudité. Elle la masse. Elle la crème. Elle lui parle. Alors, petits pieds tout assoiffés, qu’est-ce que vous dites de cette crème au pétrole ? Allez, vilains poils aux pattes, dites adieu à ce monde cruel. Tu veux voir ma cicatrice, ma chérie (non, je ne veux pas) ? Oui, bien sûr, maman. Et maman me montre avec tendresse cette boursouflure à la place du cœur, cette plaie, cette blessure du malheur, et aussi, tant pis si c’est un peu grandiloquent, de rédemption, de réconciliation avec le désir de vivre. Elle a enfin autre chose à faire que se suicider, se faire du mal, se droguer. Le cancer, pendant deux ans, lui a sauvé la vie.


Je me souviens de la blouse qui se boutonnait dans le dos, des chocolats qu’elle ne mangera jamais et qui finiront par partir, le dernier jour, avec la table de nuit à roulettes. Je me souviens de ses cheveux, toujours en retard d’une information, qui reprenaient vie quand le reste commençait à prendre mort et qui poussaient fins comme un duvet de poussin. Je me souviens des fleurs triomphantes et qui, même fanées, finiront par lui survivre, des médecins qui passent pour vérifier que tout continue de ne pas aller bien, de mon préféré, le tout juste diplômé qui fait des blagues juives auxquelles personne ne rit sauf maman, et qui porte son stéthoscope autour du cou comme une Miss France son écharpe. Il sait tout. Il n’a même pas besoin de réviser en douce le dossier de sa patiente. Il sait quoi, depuis quand, pourquoi, ce qui a raté et ce qu’on pourrait peut-être encore envisager. Et puis le chouchou de maman, le plus beau, elle lui fait les yeux doux, mais sans cils, trop enfoncés dans leurs orbites : elle pose des questions pudiques et impudiques, écoute sagement, émet une objection, fait sa gracieuse, sa coquette, elle n’est pas une patiente difficile.
 
 
La petite tête des enfants par la porte entrebâillée. Maman ça va ? tu es malade ? Oui, oui, je suis malade, donc ça va. Ça les rassure, c’est juste une maladie. Si maman ne se lève pas, c’est pas parce qu’elle est triste, c’est parce qu’elle a un rhume, ou autre chose, on va appeler un docteur, c’est pas grave. Voilà. Un rhume. Au pire une grippe. Rien à voir avec mon enquête sur maman. 
Peut-être maman, elle aussi, est devenue très malade pour arrêter d’être très triste ? 


 

mercredi 14 octobre 2020

[Lévy Scheimann, Véronique] Café en terrasse

 

 


 

J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Café en terrasse

Auteur : Véronique Lévy Scheimann

Parution : 2020 (Les poètes français)

Pages : 57

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

Et s'il suffisait de se mettre à une terrasse de café ?
L'espace d'un instant
Observer les passants
S'évader par l'imagination
Prendre soin des escargots !
Les exaspérations de notre quotidien prennent une saveur particulière quand elles sont peintes avec une poésie sensible et teintée d'humour. 

 

Le mot de l'auteur :

La poésie est arrivée tardivement ...
Au départ j'ai un parcours "classique", carré et chiffré avec une formation en économie et des expériences dans me marketing. Puis vient le temps des start ups où je participe au lancement d’un site de comparaison de prix pour des médicaments. La communication prend le relais. J’anime des sites, rédige des articles et j’organise des rencontres et événements.
Je participe à l’aventure du blog Versaillais Instant V où je rencontre des personnalités, photographie des instants brefs…, mets en relation des auteurs, musiciens… En 2018 et 2019, je préside l’association Ecrire à Versailles et organise des salons du livre.

Avec un fort appétit de créativité, je me lance dans le chant, le violoncelle (je continue les cours), le théâtre, cinéma (actrice dans un film), l’écriture (quatre livres) et... la peinture. Je partage mes ressentis, émotions et authenticité dans la poésie qui m’habite, nous habitent. 
 

 

 

Avis :

Quel plaisir de retrouver la poésie de Véronique Lévy Scheimann avec ce nouveau recueil au titre étrangement prémonitoire : joliment agrémentés des aquarelles colorées de l’auteur, ces petits textes sont autant d’instantanés où le regard du peintre et les mots de la poétesse s’allient pour souligner, avec tendresse et humour, ces impressions et détails fugaces que la précipitation de notre quotidien nous escamote habituellement. C’est avec le sourire que je me suis laissée charmer par la sensibilité de ces mots choisis. (4/5)

 

 

Citations : 

Je me gratte la tête
Ne trouve pas
M’énerve
C’est encore pire
La boîte à idées ne s’ouvre pas
L’ouvre boîte fait des misères
Coincé
Impossible d’extraire
Un semblant d’idée
De désespoir
Je m’assois
Fatiguée
Epuisée
Je m’endors
L’idée me réveille

  

Du même auteur sur ce blog :

 


mardi 22 juin 2021

[Lévy Scheimann, Véronique] Dessiner un ailleurs

 


 


 

J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Dessiner un ailleurs

Auteur : Véronique Lévy Scheimann

Parution : 2021 (Les poètes français)

Pages : 62

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

"Dessiner un ailleurs", royaume rêvé ou si proche de nous qu'il est peut-être accessible?
Dans ce recueil illustré avec délicatesse par la poétesse, chacun peut trouver ses fantômes de la nuit, côtoyer et partager peines et maux avec la reine des neiges.
Le ciel bariolé, des fleurs pimpantes donnent une saveur à un quotidien resserré.
Beauté et espoir sont à découvrir au fond d'une clairière, juste en s'immergeant dans ces pages poétiques. Laissons la rêverie se perpétuer !

 

Le mot de l'auteur :

La poésie est arrivée tardivement ...
Au départ j'ai un parcours "classique", carré et chiffré avec une formation en économie et des expériences dans me marketing. Puis vient le temps des start ups où je participe au lancement d’un site de comparaison de prix pour des médicaments. La communication prend le relais. J’anime des sites, rédige des articles et j’organise des rencontres et événements.
Je participe à l’aventure du blog Versaillais Instant V où je rencontre des personnalités, photographie des instants brefs…, mets en relation des auteurs, musiciens… En 2018 et 2019, je préside l’association Ecrire à Versailles et organise des salons du livre.

Avec un fort appétit de créativité, je me lance dans le chant, le violoncelle (je continue les cours), le théâtre, cinéma (actrice dans un film), l’écriture (quatre livres) et... la peinture. Je partage mes ressentis, émotions et authenticité dans la poésie qui m’habite, nous habitent. 
 

 

 

Avis :

Avec son cinquième recueil de poésie, toujours illustré de ses jolies peintures colorées, Véronique Lévy Scheimann poursuit sa promenade aérienne entre instants fugitifs, impressions prégnantes et délicats ressentis. Au travers des mots et de leur éclat fragile, transparaissent les peines d’une actualité quotidienne parfois blessante, mais toujours se tissent les fils arachnéens de la beauté et de l’espoir, scintillant au détour d’une saison, de la grâce d’une rose ou de la vibration d’une émotion. Un séduisant instant de rêverie pure, entre mots et couleurs, d’une exquise délicatesse. (4/5)

 

 

Citations : 

La balançoire au fond du jardin
Avant, arrière
Les couettes au vent
Monter au ciel
Toucher les nuages
Probablement un ciré jaune
Des petites bottes rouges
Je ris, crie, chante
Forcément insouciante
Je ne veux pas m’arrêter
D’autres attendent leur tour
Difficile de quitter la balançoire de mon enfance

  

Du même auteur sur ce blog :

 
 


 

vendredi 15 mars 2019

[Lévy Scheimann, Véronique] Poésies d'un autre temps







J'ai beaucoup aimé

Titre : Poésies d'un autre temps

Auteur : Véronique LEVY SCHEIMANN

Date de parution : 2017

Editeur : Thierry Sajat

Pages : 38









Présentation de l'éditeur :   

Dans cet ouvrage où les poèmes chantent au rythme d’une plume finement ciselée, Véronique Lévy Scheimann ajoute à son art un ton, un style qui lui sont propres. En effet, dans ses écrits tissés de songes, de lumière et de musique, en vers néoclassiques ou libérés, l’auteur révèle ses émotions, ses sentiments. Cette poésie de grande classe est à découvrir (Thierry Sajat). 
 

 

Un mot de l'auteur :

Après un parcours professionnel qui n'a rien à voir avec la littérature, j'ai exploré et découvert une zone méconnue, ma sensibilité. J'ai commencé à écrire des histoires un peu loufoques et un ami, après avoir lu mes textes a proposé que je me lance dans la poésie. J'en ai écrit un, puis un deuxième en vers et dans la foulée j'ai publié un premier recueil "Poésies d'un autre temps". C'est spontané, simple, avec des images qui parlent aux petits enfants et aussi aux adultes. J'aime bien la musique, le théâtre, les voyages... de là provient mon inspiration mais pas uniquement. Je laisse courir mon imagination. Mon second recueil, un peu plus grave reprend ces images ou des scènes un peu tristes. On y découvre aussi des animaux, objets porteurs de sentiments ... 

Véronique Lévy Scheimann est aussi Présidente de l'association Ecrire à Versailles, qui organise un salon annuel du livre dans cette ville.

Accédez à mon interview de Véronique Lévy Scheimann  (Mai 2019).
 

Avis :

Ce tout fin recueil de poésies est une jolie surprise : il se lit en un bref instant de charme et d’enchantement, au fil de textes dont les mots sont autant de bulles fines et légères, venues perler au creux de votre oreille. J’ai bien sûr un petit faible pour le poème « Le livre »…
 

 

Du même auteur sur ce blog :

 
 



mercredi 15 mai 2019

Interview de Véronique Lévy Scheimann - 14 Mai 2019


   

Bonjour Véronique Lévy Scheimann, vous avez publié trois recueils de poésie :
Poésies d'un autre temps (2016 - Editions Thierry Sajat)
Au-delà de la porte (2017 - Auto-édition)
Entre les rives (2018 - Editions Abordables)

 

 

Pouvez-vous décrire en quelques mots qui vous êtes ? 

La vie serait tellement simple si on savait qui on était ! Et surtout je ne veux pas me mettre dans une case. J’ai découvert il y a assez peu de temps mon côté créatif et sensible. J’ai travaillé longtemps dans les chiffres, la rigueur, la modélisation comme si on pouvait mettre la vie dans une boîte avec des équations…


Quand et comment vous est venue l'envie d'écrire de la poésie ?

J’ai commencé à écrire des histoires il y a environ cinq ans et je me suis inscrite dans un atelier d’écriture. Un ami musicien avec une formation littéraire les a lues et m’a demandé de lui écrire des poèmes. Je n’avais jamais écrit de poésie, mon seul contact avec elle avait eu lieu à l’école, comme tout le monde. C’est grâce à cette demande que j’ai commencé à écrire. C’était d’abord un peu scolaire. Je m’efforçais d’avoir des alexandrins, des métriques. Et puis je me suis libérée, l’inspiration était là.


Comment vos poésies naissent-elles ? Quelles sont vos sources d'inspiration ?

L’enfance avec les jeux, la musique, les objets m’inspirent. Cela peut-être un livre dans un coin, une petite voiture au fond d’un coffre ou un fauteuil en fin de vie.
J’aime bien aussi créer un monde empreint d’imagination, par exemple des kangourous qui nagent ou un pique-nique avec des lions.
Les situations du quotidien me poussent également à écrire : le dentiste, le coiffeur et même la fourrière…


Que représente la poésie pour vous (et pour vos lecteurs) aujourd'hui ? 

C’est une grande porte vers la liberté. Personnellement, je pratique la poésie comme j’imagine la méditation. C’est une façon de me recentrer et je peux exprimer toute ma sensibilité et la partager.
Ma poésie est simple, dépouillée et en même temps complexe, raconte des histoires avec de l’émotion. Elle est universelle. Chacun peut se l’approprier et la lire au rythme de son humeur. Un de mes textes me semblait triste et, pour une amie, il était plutôt gai parce qu’elle y retrouvait son histoire de vie. Je pense qu’elle est accessible à tous, même à ceux qui pensent « ne rien connaître à la poésie ».


Avez-vous d'autres projets d'écriture en cours ?

Un 4ème livre de poésie est en cours.
Pour l’instant, j’ai beaucoup d’occupations …


Vous êtes très impliquée dans l'univers littéraire au sens large. Pouvez-vous décrire vos activités ?

J’écris dans une revue de poésie en ligne. J’ai répondu à des appels à textes très variés : sur le thème du handicap, Notre-Dame, un salon de thé.
Je suis membre de la Société des Poètes Français (très ancienne association) et sa correspondante sur Versailles.
Je suis aussi active sur un blog Versaillais, Instant V, où j’interviewe des auteurs.
Et je suis Présidente de « Ecrire à Versailles ».


Le 24 Mai prochain se tiendra la seconde édition du Salon du Livre Ecrire à Versailles, à l'organisation duquel vous contribuez activement et où il sera possible de vous rencontrer. Pouvez-vous nous présenter ce salon en quelques mots ?

Des auteurs de Versailles interviewés sur Instant V ont souhaité se rencontrer, d’abord entre eux, puis présenter leurs livres au public. Une association s’est ainsi créée (Ecrire à Versailles), et le premier salon du livre a eu lieu l’année dernière avec 15 auteurs.
Cette année le 24 Mai, nous aurons presque 40 auteurs. Le salon aura lieu dans le quartier des Antiquaires au centre de Versailles. Il y aura bien sûr des dédicaces mais aussi des ateliers pour les jeunes (écriture, lecture d’histoires), un « slow editing » (possibilité de présenter un manuscrit devant un jury d’éditeurs).
Je souhaite ce salon festif. Les acteurs du livre seront là. Il y aura de la musique et évidemment de la poésie !


Et pour finir, avez-vous d'autres passions que la littérature ?

J’illustre mes textes. J’aime beaucoup dessiner et peindre.
J’aime la musique. Je prends des cours de violoncelle depuis quelques années.
Le théâtre me plaît beaucoup surtout l’improvisation. Je peux imaginer et jouer (sans avoir à apprendre les textes).
Et bien sûr, je lis beaucoup.


Merci Véronique Lévy Scheimann d'avoir répondu à mes questions.
(Les Lectures de Cannetille - 14 Mai 2019)

 

 

Retrouvez sur ce blog la chronique de Poésies d'un autre temps

 

Site personnel de Véronique Lévy Scheimann 

Entre les rives aux Editions Abordables

Ecrire à Versailles


 

samedi 14 janvier 2023

[Lévy Scheimann, Véronique] Bris de vers

 



 

Coup de coeur 💓

 

Titre : Bris de vers

Auteur : Véronique LEVY SCHEIMANN

Parution : 2022 (Les Poètes français)

Pages : 52

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

"Bris de vers" ou bris de verre ?
La nature et des scènes de la vie courante sont observées avec un regard amusé teinté d'une poésie rythmée et sensible.
Mais que cache cette ironie, ce détachement ?
Serait-ce une envie de briser un silence, des non-dits ?
Le recueil contient des illustrations de l'auteure aussi expressives que les textes dont le style est libre, sans rimes ni règles poétiques précises, juste attachant !

 

L'auteur par elle-même : 

Après une formation et un parcours professionnel dans les statistiques, le marketing, la communication (création et animation de sites Instant V, rédaction d’articles, organisation de salons du livre), me voici actuellement dans l’univers de la poésie écrite et peinte !

 

Avis :

S’il arrive que les mots blessent, c’est parfois leur absence qui tue. Les poèmes illustrés de ce dernier recueil de Véronique Lévy Scheimann sont comme des papillons heurtant obstinément la vitre qui les sépare de la lumière. Prisonniers de la cloche de verre du silence et du non-dit, ils expriment la détresse et le désarroi, mais surtout, ils témoignent d’un formidable élan vital, d’une irréductible aspiration au bonheur, menant, perceptiblement au fil des pages, à la résilience.

Sans jamais s’épancher sur les motifs de sa souffrance, l’auteur parvient à insuffler sa sensibilité à fleur de peau dans ses mots et sa peinture. Ses efforts, pour enfin briser l’anathème d’un silence dont on ne saura rien si ce n’est qu’il est devenu létal pour elle, se retrouvent ainsi l’objet d’une émouvante et fort jolie traduction poétique et picturale. Illustrations colorées et vers libres se répondent et reflètent un cheminement où la douleur laisse peu à peu la place à l’apaisement et à la victoire sur l’adversité. L’on y devine le rôle salvateur de la plume et du pinceau, de l’épaule aimée et de l’échappée vers d’autres lieux et d’autres imaginaires, pour qu’enfin éclate la prison de verre, libération si joliment suggérée par le jeu homophonique du titre.

Illustrant l’adage selon lequel l’art se nourrirait de la douleur, à tout le moins des émotions et du vécu, Véronique Lévy Scheimann publie ici son plus beau recueil de poésie, sans doute parce que, aussi, le plus émouvant. Coup de coeur. (5/5)

 

Citation :

Enfin, je sors de la caverne
Aidée par une luminosité timide
J’avance sur le chemin orné de fleurs
Les pierres blessantes ont été éloignées
Brisées, entaillées
Des cailloux forment des cristaux
Les murailles des forteresses ont plié
J’oublie les arbres et les silences effrayants
Pour écouter les ailes de l’oiseau
Le verre a cédé

 

 

Du même auteur sur ce blog :

 
 

 


 

vendredi 9 février 2024

[Lévy-Scheimann, Véronique] Intermède nuageux

 


 

 

J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Intermède nuageux

Auteur : Véronique LEVY-SCHEIMANN

Parution : 2024 (Constellations)

Pages : 75

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :

Véronique Lévy Scheimann cherche à s’affranchir, avec un brin de dérision, des affres de notre quotidien, outils numériques aussi bien que moyens de transport. Parmi les souvenirs de son enfance, la poète n’a pas réussi à grimper sur la corde lisse. Alors, habitée par un imaginaire foisonnant et une sensibilité à la nature et au ciel, elle jongle avec poésie et peinture pour s’élever. Dans cet «Intermède nuageux», réalité et rêverie s’entremêlent, silence et tumulte se côtoient, souffrance et espoir ont les couleurs fortes et lumineuses qui accompagnent l’auteur dans son cheminement.

 

 

L'auteur par elle-même : 

Après une formation et un parcours professionnel dans les statistiques, le marketing, la communication (création et animation de sites Instant V, rédaction d’articles, organisation de salons du livre), me voici actuellement dans l’univers de la poésie écrite et peinte !

 

 

Avis :

Un peu plus apaisé, le septième recueil de poésie de Véronique Lévy-Scheimann ouvre la porte à l’humour et aux jeux de mots poétiques pour une nouvelle exploration rêveuse d’un quotidien souvent anguleux.

Brouhaha de l’actualité, grisaille urbaine, désarroi et exaspération numériques... : contrariétés et tracas de tous les jours, parfois assortis de tourments plus profonds, tentent ici, par-delà lassitude et ennui, de se faire oublier en laissant la place à d’autres désirs et aspirations. Tantôt, ce sont les souvenirs et la nostalgie du temps qui passe qui viennent s’imposer. Tantôt, rêverie et besoin d’évasion prennent le dessus, effaçant frontières et contingences au profit d’instants de grâce précieusement grappillés, en promenade, en bord de mer, sous le flamboiement de l’automne, ou en respirant une fleur. Comme une chasseuse de papillons, l’auteur capture chaque éclat d’émotion pour en sertir ses vers, mais aussi sa peinture, dont les reproductions de recueil en recueil montrent l’affermissement d’un style reconnaissable, comme traversé de vents venant cintrer formes et couleurs. Parfois, les mots sont indociles et, non sans auto-dérision, les poèmes racontent leur apprivoisement, comme une bataille contre l’inexprimable, en même temps qu’une quête de soi et un dépassement de la douleur, une victoire de la lumière sur l’ombre.

En lisant ce texte à l’aune de son titre et du nuage d’orage en plein ciel bleu de la couverture, l’on aimerait conclure sur une note d’optimisme quand même un peu triste empruntée à la chanson de Zaho de Sagazan : « Il fait toujours beau au-dessus des nuages. » (4/5)

 

 

Citation :

J’hésite entre le stylo
Et les pinceaux
Écrire des mots en vrac
Napper une feuille, une toile
Choisir des teintes claires ou sombres
Peindre un ciel aux nuages étranges
Une prairie furieuse
Je suis sauvée par une invitation
Je range mon hésitation
L’oiseau a libéré mes ailes.

 

 

Du même auteur sur ce blog :

 



mardi 9 avril 2024

[Peretti, Camille (de)] L'Inconnue du portrait

 


 



J'ai aimé

 

Titre : L'Inconnue du portrait

Auteur : Camille de PERETTI

Parution : 2024 (Calmann-Lévy)

Pages : 350

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :

«  La toile vibrait de beauté. Elle en avait le souffle coupé et se noyait dans l’œil bleu ciel piqueté de vert. Est-ce qu’elle était réellement le sosie de cette inconnue ?  » 
Peint à Vienne en 1910, le tableau de Gustav Klimt Portrait d’une dame est acheté par un collectionneur anonyme en 1916, retouché par le maître un an plus tard, puis volé en 1997, avant de réapparaître en 2019 dans les jardins d’un musée d’art moderne en Italie.
Aucun expert en art, aucun conservateur de musée, aucun enquêteur de police ne sait qui était la jeune femme représentée sur le tableau, ni quels mystères entourent l’histoire mouvementée de son portrait. 
Des rues de Vienne en 1900 au Texas des années 1980, du Manhattan de la Grande Dépression à l’Italie contemporaine, Camille de Peretti imagine la destinée de cette jeune femme, ainsi que celles de ses descendants. Une fresque magistrale où se mêlent secrets de familles, succès éclatants, amours contrariées, disparitions et drames retentissants.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

Camille de Peretti est née en 1980 à Paris. Elle a effectué sa scolarité à l'École active bilingue Jeannine-Manuel. Après une hypokhâgne et une khâgne, elle intègre l’ESSEC. Apprentie analyste financière dans une banque d’affaires singapourienne, professeur de cuisine française à la télévision japonaise dans une émission intitulée « La Cuisine de Camille », une fois son diplôme en poche elle s'inscrit aux cours Florent et crée une entreprise d’événementiel.
Passionnée de peinture et de littérature, depuis 2005, elle se consacre à l’écriture.
Elle est l’autrice de neuf romans dont Thornytorinx (Belfond, 2005 - prix du Premier roman de Chambéry), Le Sang des Mirabelles, (Calmann-Lévy, 2019) et L’Inconnue du portrait, (Calmann-Lévy, 2024).

 

 

Avis :

Fréquentant avec passion les musées, Camille de Peretti s’est emparée des mystères entourant une œuvre de Klimt, « Portrait d’une dame », pour en tirer une autre fresque, très romanesque celle-là, couvrant trois générations d’une même famille entre Vienne et New York.

C’est un petit tableau de Klimt, un portrait de femme en buste à l’expression langoureuse, bouche entrouverte et pommettes enfiévrées. Peinte à Vienne en 1917, l’oeuvre coule des jours paisibles entre les murs d’une pinacothèque de province, en Italie, lorsque, coup sur coup, elle défraye la chronique. En 1996, l’on s’avise que le tableau est en réalité double, son épaisse couche de vernis en cachant un autre, le portrait disparu en 1912 d’une femme dont on réalise alors qu’elle est la même. Mais, non contente de déjà faire couler beaucoup d’encre, l’inconnue repeinte entame alors de rocambolesques aventures. Volée deux fois l’année qui suit – l’original d’abord, puis la copie dont personne n’avait remarqué qu’elle avait pris sa place au musée –, elle disparaît avec la promesse d’un retour vingt ans plus tard. En 2019 et avec un peu de retard, c’est chose faite : à l’occasion de travaux d’entretien d’un mur extérieur du musée italien, la belle est retrouvée par un jardinier, cachée dans un sac poubelle puis glissée dans une trappe mangée par le lierre. L’escapade de la femme sans nom et étrangement repeinte reste un mystère…

Eminemment elliptiques, ces peu ordinaires faits de départ ont de quoi frapper l’imagination. Et de l’imagination, à défaut de tout autre matériau disponible, l’auteur en a à revendre. Avec pour focale le tableau dont la dame prend vie pour devenir un personnage en soi, à jamais ombré par les non-dits et les secrets censés couper court à l’inconvenance et au scandale, elle déploie sur un siècle l’histoire résolument romanesque de descendants cherchant eux aussi à élucider un mystère : celui de leurs origines. De la Vienne décadente du début du XXe siècle incarnée par le triste sort d’un héritier de bonne famille, au rêve américain d’un self-made man new-yorkais enrichi sur le krach de 1929, puis d’une jeune avocate s’efforçant d’effacer son accent texan dans le Manhattan d’aujourd’hui, trois destins s’entrelacent par-delà siècles et continents, cousus l’un à l’autre par la seule trace tangible laissée par une presque inconnue : son portrait.

Si, nous faisant traverser lieux et époques d’une manière évocatrice et vivante, l’histoire se lit sans déplaisir aucun, la curiosité aiguillonnée par l’enchevêtrement et la reproduction des secrets d’alcôve et de famille, l’on achève malgré tout cette lecture avec en bouche la frustration d’un scenario un rien tiré par les cheveux, aux personnages un peu trop lisses et n’évitant pas toujours les poncifs. Est-ce d’avoir déjà trop lu de ces récits usant d’une œuvre, d’un instrument de musique ou d’un objet comme trait d’union entre plusieurs destins et périodes ? Cette impression de déjà-lu et d’assez convenu laisse poindre le regret d’un plat un peu trop fade pour régaler totalement. L’on pourra tenter de s’en consoler en se raccrochant à l’agréable fluidité de sa lecture et en rêvant à son tour au mystère du tableau de Klimt. (3/5)


 

Citations :

Pearl avait une vision pour le moins passive de l’amitié. Jamais elle ne serait allée vers une fille pour lui demander « Veux-tu être mon amie ? » Mais si on s’avançait vers elle, elle était prête à se donner tout entière, dès la première seconde. Elle savait qu’elle attendait d’être choisie, plus que cela encore, elle attendait d’être reconnue. Et paradoxalement, n’importe qui aurait fait l’affaire. La littérature regorgeait d’âmes sœurs et d’amitiés exemplaires. Dès qu’il était question d’amour, il fallait trouver sa moitié. Ainsi, les poètes avaient décidé d’ignorer toutes celles et ceux qui s’accommoderaient du premier venu sans faire tant de manières. Car rares étaient les bocaux qui trouvaient leur couvercle, celui dont le matériau, le diamètre et le nombre de tours de vis leur allaient à la perfection. Dans la majorité des cas, un carré de papier aluminium et un peu de bonne volonté suffisaient. Une illusion de couvercle, modelé, corné et plissé sur les bords. Il fallait seulement faire attention à ne pas se déchirer si on décidait de changer de bocal. Tous les carrés d’aluminium savaient cela.
 

 « Le goût, c’est bon pour les amateurs de vin et les cuisiniers. L’art n’a rien à voir avec le goût » disait un certain Gustav Klimt.
 

Isidore avait confié à Pearl qu’il ne comprenait pas qu’on puisse naître avec autant de chances, la beauté de sa mère, le compte en banque de son père, et ainsi gâcher sa vie. Comme quoi, la bâtardise avait du bon. Pour obtenir quelque chose, rien ne valait d’en avoir été privé.
 

Être amoureux n’exclut pas d’être lucide, car repérer les défauts de l’autre n’implique pas pour autant qu’on les comptabilise.
 

Le malheur force celui qu’il frappe à inventer un lieu où se réfugier, à se composer une autre vérité, plus belle, plus flamboyante. Ils ne peuvent pas développer leur imagination, ceux qui sont satisfaits de leur vie, ceux à qui la réalité suffit. 
 

Le syndrome de Stendhal, c’est le trouble physique et psychologique que peut provoquer une œuvre d’art, Henry.

jeudi 8 octobre 2020

[Pivot, Cécile] Les lettres d'Esther

 


 

 

Coup de coeur 💓

 

Titre : Les lettres d'Esther

Auteur : Cécile PIVOT

Parution : 2020 (Calmann-Lévy)

Pages : 320

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur : 

"Cet atelier était leur bouée de sauvetage. Il allait les sauver de l’incompréhension d’un deuil qu’ils ne faisaient pas, d’une vie à l’arrêt, d’un amour mis à mal. Quand j’en ai pris conscience, il était trop tard, j’étais déjà plongée dans l’intimité et l’histoire de chacun d’eux."

En souvenir de son père, Esther, une libraire du nord de la France, ouvre un atelier d’écriture épistolaire. Ses cinq élèves composent un équipage hétéroclite : une vieille dame isolée, un couple confronté à une sévère dépression post-partum, un homme d’affaires en quête de sens et un adolescent perdu. À travers leurs lettres, des liens se nouent, des coeurs s’ouvrent. L’exercice littéraire se transforme peu à peu en une leçon de vie dont tous les participants sortiront transformés.
Roman initiatique, pétri de tendresse et d’humanité, ces Lettres sont un éloge de la lenteur, une ode au pouvoir des mots.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Cécile Pivot est journaliste. Elle a déjà publié Comme d’habitude (Calmann-Lévy, 2017) et Lire ! (Flammarion, 2018). Battements de coeur est son premier roman.

 

Avis :

Après le décès de son père écrivain, avec qui elle entretenait depuis des années une correspondance régulière malgré leur proximité géographique et leurs fréquentes rencontres, la libraire Esther décide d'organiser un atelier d'écriture épistolaire. Pendant quelques mois, un échange croisé de lettres va alors créer un espace de communication unique et privilégié entre la jeune femme, un couple submergé par une dépression post-partum, un adolescent rongé par la culpabilité de survivre à son frère mort d'un cancer, une veuve âgée percluse de solitude, et un homme d'affaires qui a perdu le sens de son existence : une expérience qui aura un retentissement significatif sur leur vie à tous.

A l’époque de l’immédiateté et de l’hyper-connectivité, cette histoire est une ode à la « slow-communication », une démonstration un rien nostalgique de ce qu’un lien épistolaire au long cours peut avoir d’unique et d’irremplaçable dans la relation entre les êtres : la décantation de nos actes et de nos sentiments au travers de leur mise en écriture, le temps de réflexion qu’autorise et exige l’échange des réponses, ainsi que l’intimité libératrice de ces moments exclusifs et privilégiés que prennent deux personnes l’une pour l’autre, n’ont en effet d’équivalents, ni dans les contacts présentiels, ni dans le jeu de ping-pong des messages numériques.

Ainsi, habituellement emportés par le torrent de leur vie, les cinq élèves d’Esther vont prendre le temps de laisser se déposer les alluvions du quotidien, de se révéler mutuellement avec sincérité et bienveillance, exposant leurs fragilités et leurs doutes à l’écoute et aux questions, dans une démarche aux effets quasi thérapeutiques, en tous les cas, réconfortants par la simple humanité de l’échange. Et c’est avec une émotion grandissante que l’écriture toute de douceur et de sensibilité de Cécile Pivot amène peu à peu ses personnages à surmonter leurs deuils et leurs peurs grâce aux liens de la communication, si joliment symbolisés à la fin du livre par l’émouvante et poétique cabine du téléphone du vent au Japon.

Constat chagrin de la croissante solitude des individus dans une société contemporaine paradoxalement hyper-communicante, ce roman épistolaire délicatement nostalgique vous fera regretter, vous aussi, la prévisible obsolescence des timbres et des boîtes aux lettres. Coup de coeur. (5/5)

 

 

Citations : 

Tous autant que nous sommes, nous bâtissons notre vie d’adulte sur notre enfance. Elle est plus ou moins solide, stable, fiable, mais dit beaucoup de nos peurs, de nos incapacités, de nos enthousiasmes et du feu qui nous anime.

Sur Instagram, où l’on partage photos et vidéos, pas besoin de phrases, ou si peu, pour exposer son ego. Décors de rêve, visages souriants, corps bronzés, chats pitres, plats appétissants… Au mieux, on ajoute une légende, histoire de faire rire. Cette surenchère dans le bonheur dégoulinant et factice, ce narcissisme assumé, revendiqué, me heurtent. WhatsApp ne vaut pas mieux. On ne peut plus assister à un dîner, à une fête, partir en week-end ou en voyage sans créer un groupe, sans se tenir collectivement informés de nos moindres faits et gestes, avec photos et commentaires à l’appui, affligeants la plupart du temps. Que signifie cette impossibilité de se contenter du moment présent et de le laisser partir ? Pourquoi ne sait-on plus apprécier les choses et les événements pour ce qu’ils sont ?

J’ai compris que le premier piège de la vieillesse, c’est le renoncement. Nous sommes moins motivés, devenons plus craintifs, paresseux, nous abdiquons. Il suffit d’un rien. Nous nous recroquevillons, rentrons doucement mais sûrement dans notre coquille. Le mouvement est presque imperceptible, mais il est réel. Lutter contre la vieillesse est un combat de tous les jours, que nous pouvons mener tant que nous sommes en bonne santé.

Au Japon, dans la région de Tohoku, le tsunami de 2011 a englouti vingt mille personnes, dont la moitié des habitants du village d’Otsuchi. Un type, Itaru Sasaki, y a installé une cabine téléphonique. Les fils de son téléphone ne sont reliés à rien, c’est pour ça qu’on l’appelle la cabine du vent. C’est lui qui l’a construite dans son jardin, après la mort de son cousin d’un cancer. Pour continuer à lui parler. Puis, il y a eu le tsunami, qui lui a pris son meilleur ami. Le jour où ils ont retrouvé son corps, deux mois plus tard, il est allé dans la cabine pour lui parler. Les autres habitants ont commencé à venir dans la cabine, à l’imiter, avec leurs propres morts. À leur écrire aussi, parce qu’il a mis à leur disposition un « cahier du téléphone ». Il en est au onzième tome. Il y a des photos dans ces carnets. Des journalistes ont signé des articles sur cette cabine et des étrangers qui veulent parler ou écrire à leurs proches ont fait le voyage. Le correspondant de L’Obs écrit que « le téléphone du vent, c’est une sorte de poste restante pour l’au-delà ».
 
Dans une de ses lettres, il écrivait que débarrasser la chambre de son frère mort avait été une épreuve plus douloureuse encore que l’enterrement. C’était une vie qui disparaissait en quelques heures, qu’on enfouissait dans des cartons, qu’on refermait avec du gros scotch. Je comprenais mieux ce qu’il avait ressenti, cette fulgurance qu’on oublie vite, sauf à se flinguer : l’insignifiance de nos vies. Et la vanité de l’homme, qui croit qu’elles ont de l’importance.

Elle m’a avoué après, dans un cimetière à Kyoto, qu’elle aime bien l’idée que les vivants parlent avec leurs morts, les petites statues vêtues de rouge à qui on fait des offrandes, qui sont un peu partout dans les cimetières et qui veillent chacune sur un mort. Il y des autels, des lanternes, des tours avec des cloches, des plaquettes en bois où on écrit ses prières. C’est un peu con ce que je vais vous dire, mais je trouve ça très… vivant. Dans leurs cimetières, on respire pas que le malheur. On est triste évidemment, mais apaisé, aussi. On a envie de croire aux esprits, aux signes. Pour ça, ma mère et moi, on se ressemble, on aime bien cette idée des morts avec un pied dans la vie. En France, on veut bien pleurer nos morts, se souvenir d’eux, nettoyer leurs tombes, mais faut pas qu’ils viennent nous déranger, ça nous fout la trouille.