samedi 22 juin 2019

[Tallent, Gabriel] My Absolute Darling





J'ai beaucoup aimé

 

Titre : My Absolute Darling

Auteur : Gabriel TALLENT

Traductrice : Laura DERAJINSKI

Parution : 2017 en américain (Harper Collins),
                2018 en français (Gallmeister)

Pages : 464





 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :   

À quatorze ans, Turtle Alveston arpente les bois de la côte nord de la Californie avec un fusil et un pistolet pour seuls compagnons. Elle trouve refuge sur les plages et les îlots rocheux qu’elle parcourt sur des kilomètres. Mais si le monde extérieur s’ouvre à elle dans toute son immensité, son univers familial est étroit et menaçant : Turtle a grandi seule, sous la coupe d’un père charismatique et abusif. Sa vie sociale est confinée au collège, et elle repousse quiconque essaye de percer sa carapace. Jusqu’au jour où elle rencontre Jacob, un lycéen blagueur qu’elle intrigue et fascine à la fois. Poussée par cette amitié naissante, Turtle décide alors d’échapper à son père et plonge dans une aventure sans retour où elle mettra en jeu sa liberté et sa survie.

My Absolute Darling a été le livre phénomène de l’année 2017 aux États-Unis. Ce roman inoubliable sur le combat d’une jeune fille pour devenir elle-même et sauver son âme marque la naissance d’un nouvel auteur au talent prodigieux.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Gabriel Tallentest né en 1987 au Nouveau-Mexique et a grandi en Californie. Il a mis huit ans à rédiger My Absolute Darling, son premier roman qui a aussitôt été encensé par la critique et fait partie des meilleures ventes aux États-Unis. Il vit aujourd’hui avec sa femme à Salt Lake City.

 

 

Avis :

Julia, surnommée Turtle ou Croquette, vit seule avec son père au fin fond de la Californie. Sous la coupe de cet homme violent et incestueux, l’adolescente mène une vie marginale, repliée sur son calvaire et fermée à toute aide extérieure, avec pour seul exutoire ses longues divagations dans les coins de nature sauvage des environs et son entraînement quotidien au maniement des armes dont leur maison quasi en ruines regorge.

Déchirée entre haine et amour envers ce père cultivé, lecteur des grands philosophes, adepte du survivalisme, et qui oscille constamment entre tendresse et cruauté, Julia se verra finalement acculée au terrible choix entre tuer ou mourir.

Voici un livre fort dérangeant, qu’on aimera ou qu’on détestera, et peut-être les deux à la fois.

Entre les séquences au sein d’une nature assez hostile dont on découvrira une foule d’espèces animales et végétales inconnues en Europe, entre les séances de tirs et de maniement d’armes à feu dans une maison criblée de balles, monte peu à peu une tension entretenue par une succession de scènes toutes aussi insoutenables les unes que les autres : inceste, pédophilie, maltraitance physique et psychologique, « chirurgie » à domicile dans les pires conditions…, le tout assaisonné de l’ordurier langage paternel.

Ce qui fait l’intérêt de cette histoire est le talent de l’auteur : bien construit, bien écrit et bien traduit, le roman instille une atmosphère sombre et glauque, dans un contexte typiquement américain, où évoluent des personnages ambivalents, englués dans leurs failles et contradictions, incarnés avec précision et réalisme. Le lecteur se retrouve embarqué dans un huis-clos vénéneux et perturbant, dont il ressortira presque autant meurtri que son personnage principal.

L’on peut toutefois se demander à quelle fin : tant de témoignages réels rapportent la véritable souffrance des victimes d’inceste et de pédophilie, pourquoi et comment en imaginer une autre, sans tomber dans le travers d’une violence gratuite et d’une surenchère complaisante ? Car, globalement, c’est quand même bien une certaine fascination pour l’horrible et le goût du sensationnel qui pourraient risquer de l’emporter dans ce livre, à l’image de son final explosif, digne des scenarios d’action les plus musclés, et un peu « too much » pour demeurer crédible.

Vous risquez donc fort de garder de cette lecture l’impression déroutante d’une insoluble ambivalence : celles des personnages, mais surtout, la vôtre, si, comme moi, vous restez incapable de décider si vous aimez ou pas ce premier roman, quoi qu’il en soit révélateur de l’indéniable talent de son auteur. (4/5)

 

 

Le coin des curieux :

Le survivalisme désigne le comportement d'individus qui se préparent à une catastrophe naturelle, économique, sanitaire…, en apprenant des techniques de survie en milieu sauvage et hostile, en stockant de la nourriture et des armes, en construisant des abris antiatomiques…

Né aux États-Unis dans les années 1960 sur fond de Guerre froide, le mouvement a plus récemment évolué en néo-survivalisme, davantage préoccupé d'autonomie économique et de proximité à la nature.

Dans les années 1960 aux États-Unis, ce sont l'inflation et la dévaluation qui incitent certains à conseiller de se préparer au pire. Au début de la crise pétrolière de 1973, apparaissent des recommandations de thésaurisation de l’or en prévision d’un imminent effondrement économique, tandis que sont publiés de nombreux livres de survie, notamment inspirés des méthodes des pionniers du 19e siècle. Dans les années 1980, John Pugsley publie La Stratégie Alpha, best-seller encore aujourd’hui considéré comme une référence parmi les survivalistes américains : certain d’un crash financier à venir, Pugsley prône le développement de capacités autarciques et le repli sur des valeurs d’usage propices au troc. Certains évènements sont venus régulièrement raviver le courant survivaliste, comme le bogue de l'an 2000, les événements du 11 septembre 2001 et la guerre contre le terrorisme, le séisme de 2004 dans l'océan Indien, la crise financière de 2007-2009, ou la prédiction d’un grand changement en décembre 2012 issue d’une interprétation du calendrier maya...

Plus récemment, le besoin d'être simplement prévoyant chez des personnes ne se reconnaissant pas dans les connotations sectaires et extrémistes du survivalisme américain, a donné naissance à des réseaux de preppers (de prep = préparation) au Canada et aux États-Unis, faisant émerger le Néo-survivalisme, décrit par l’observateur de tendance Gerald Celente :

 « [dans] les années 70, la seule chose que l'on voyait était un seul élément du survivalisme : la caricature, le gars avec son AK-47, se dirigeant vers les collines avec assez de munitions, de porc et de haricots pour traverser la tempête. Le Neo-survivalisme est très différent de ça. On observe des citoyens ordinaires, prenant des initiatives ingénieuses, se diriger dans un sens intelligent afin de se préparer au pire. […] Il s'agit donc d'un survivalisme de toutes les façons possibles : se cultiver soi-même, être auto-suffisant, faire autant que possible pour se débrouiller aussi bien que possible par soi-même. Et cela peut se faire dans des zones urbaines, semi-urbaines ou à la campagne. Cela veut dire également : devenir de plus en plus solidement engagé avec ses voisins, son quartier. Travailler ensemble et comprendre que nous sommes tous dans le même bain. Le meilleur moyen d'avancer c'est en s'aidant mutuellement.[…] »

Gageons que l’accélération des constatations de l’évolution climatique réserve de beaux jours au mode de vie néo-survivaliste...

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