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mardi 22 octobre 2024

[Ravey, Yves] Que du vent

 



 

J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Que du vent

Auteur : Yves RAVEY

Parution : 2024 (Minuit)

Pages : 128

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur : 

Mais pourquoi me demander ça à moi ? Parce que j’étais disponible, malgré mes ennuis ? Parce que j’habitais juste en face, et que Miko, son mari, qui m’invitait souvent à la pêche à la mouche, n’y verrait que du feu ?
Je lui ai demandé si c’était parce qu’elle n’avait pas d’autre solution ? Véritablement, Sally ne savait pas dans quoi elle s’embarquait en ma compagnie.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :   

Yves Ravey est né à Besançon (Doubs) en 1953.

 

 

Avis:   

Rien ne marche dans la vie de Barnett, le narrateur, ancien militaire revenu à la vie civile. Sa société d’ambulances est en dépôt de bilan, sa femme a demandé le divorce et son fils l’a rayé de son existence. Imperturbable, il se maintient à flot en revendant des produits d’entretien discount qu’il stocke dans un entrepôt accolé à sa maison et se contente d’observer de loin ses seuls voisins : Sally, une séduisante rousse mariée à Miko, patron d’une blanchisserie, et, un peu plus loin, un autre couple de leurs amis, Samantha et Steve. Mais voilà que Barnett est invité à prendre un verre chez Sally et Miko, et que, de confidences en rapprochements, il se retrouve bientôt, non seulement l’amant de sa voisine, mais aussi le complice de son plan tordu visant, si ce n’est à éliminer le mari, du moins à l’alléger des fortes sommes liquides échappées à la comptabilité de son entreprise pour venir s’entasser dans son coffre. Foireuse au possible, l’affaire ne tarde pas à tourner en eau de boudin, pour une fin aussi absurde qu’improbable.

Jubilatoirement caricaturale dans son pastiche de mauvais feuilleton américain, l’histoire ciselée avec l’économie de moyens et l’ironie qui sont les marques de fabrique de l’auteur revêt très vite une autre dimension qui finit presque par reléguer l’intrigue à l’arrière-plan. Au travers du point de vue du narrateur, un loser si pathétiquement aveuglé par le déni qu’il en perd toute capacité de réflexion et de remise en cause en même temps qu’il se retrouve prêt, en parfait opportuniste, à toutes les compromissions susceptibles de le conforter dans le bourbier de médiocrité qu’est sa vie, se déploie, de petites touches en menus détails semés comme autant d’indices dans les dialogues et les comportements des personnages, une peinture terriblement juste et crédible de la faiblesse et de la noirceur humaines. Narcissiquement plus prompt à se laisser leurrer qu’à écouter ses doutes tant il peut être tentant de préférer l’illusion à une réalité trop sordide, notre homme ne demandera finalement qu’à se laisser manipuler, faisant fi de ses derniers scrupules et vestiges de moralité.

Un nouveau bijou de concision et d’ironie de la part d’un auteur passé maître dans la peinture des petitesses ordinaires, celles que l’on commet en se donnant malgré tout bonne conscience, dans un déni égoïste et narcissique effaçant scrupules et remords. (4/5)

 

 

Citation :

Deux choses nous rapprochaient, Sally et moi, je le savais : la fuite et l’argent.

 

 

Du même auteur sur ce blog :

 




 

vendredi 30 septembre 2022

[Ravey, Yves] Taormine

 



 

J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Taormine

Auteur : Yves RAVEY

Parution : 2022 (Editions de Minuit)

Pages : 144

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

Un couple au bord de la séparation s’offre un séjour en Sicile pour se réconcilier.
A quelques kilomètres de l’aéroport, sur un chemin de terre, leur voiture de location percute un objet non identifié. Le lendemain, ils décident de chercher un garage à Taormine pour réparer discrètement les dégâts. Une très mauvaise idée.

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

Yves Ravey est né à Besançon (Doubs) en 1953.

 

Avis :

Son couple battant de l’aile, Melvil décide d’offrir à sa femme une semaine de vacances en Sicile : une parenthèse qu’il espère suffisamment enchantée pour leur redonner une chance de repartir du bon pied. Mais, alors qu’ils ont quitté l’autoroute entre l’aéroport et leur hôtel pour aller voir la mer, leur voiture percute violemment un obstacle. Intimant à sa compagne de lui faire confiance, l’homme poursuit sa route sans s’arrêter. Puis, parvenu à destination, il s’enquiert d’un carrossier susceptible de réparer discrètement l’aile défoncée de leur véhicule.

Pour notre plus grand et admiratif plaisir, Yves Ravey nous soufflète à nouveau avec l’un de ces fulgurants et laconiques récits dont il a le secret. Dans une langue à l’os dont l’implacable sobriété descriptive, déshabillée de toute psychologie, crée le malaise par une impression de froideur distanciée en complet décalage avec les émotions du lecteur, il nous plonge dans l’atmosphère oppressante d’un banal voyage touristique que les erreurs à répétition de ses personnages transforment en cauchemar.

Développée du point de vue de Melvil, l’intrigue révèle un homme égoïste, lâche et cynique, capable de s’arranger avec sa conscience dans une indifférence tranquille qui fait froid dans le dos. Sa compagne, aux velléités spontanément plus scrupuleuses, se laisse pourtant circonvenir avec une faiblesse d’autant plus ironique, que c’est finalement sa coupable solidarité, dans une situation pour le coup inacceptable, qui finit par recimenter leur relation de couple qui chancelait.

Mais une fois tombé du côté occulte du miroir, dans le monde souterrain de l’illégalité et dans la dépendance à ses prédateurs en tout genre, l’on risque fort de se faire croquer par au moins aussi ignoble que soi. C’est ainsi qu’une rencontre accidentelle, à proximité d’une plage où normalement touristes et migrants échoués ne se croisent pas, finit par refermer un piège diabolique sur des coupables rejoignant à leur tour le rang de leurs victimes.

Un récit noir et féroce, autour d’un effroyable engrenage, qui, sans avoir l’air d’y toucher, pose la question de la responsabilité, accidentelle ou aggravée… (4/5)

 

 

Citation : 

La file de visiteurs a progressé vers la billetterie. J’ai suivi Luisa : Et si j’émettais l’idée que tout ceci n’était qu’un ennui causé par le hasard ? Et si, à partir de notre débarquement, tout s’était joué pour que nous prenions cette route précisément ? pour que nous fassions halte devant ce snack-bar, et pas un autre ? Aurait-il donc fallu que je commette l’erreur, sans le savoir, guidé par une main invisible, de prendre l’embranchement sur la droite, qui ne conduisait nulle part ? Aurait-il fallu également qu’il se mette à pleuvoir et que la nuit tombe à cet instant ? Luisa, jetant un regard fuyant sur les visiteurs agglutinés dans la file d’attente, m’a prévenu : Stop ! s’il te plaît, Melvil, on ne parle plus de ça, on ne parle plus de rien, plus de journal, on visite, tu entends ?

 

Du même auteur sur ce blog :

 
 




 

mardi 20 juillet 2021

[Ravey, Yves] Adultère

 






J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Adultère

Auteur : Yves RAVEY

Editeur : Les Editions de Minuit

Année de parution : 2021

Pages : 144

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :   

Jean Seghers est inquiet : sa station-service a été déclarée en faillite. Son veilleur de nuit-mécanicien lui réclame ses indemnités et, de surcroît, il craint que sa femme entretienne une liaison avec le président du tribunal de commerce.
Alors, il va employer les grands moyens.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Yves Ravey est né à Besançon (Doubs) en 1953.

 

Avis :

Rien ne va plus pour Jean Seghers : sa station-service est en faillite, tout laisse à croire que sa femme le trompe avec le président du Tribunal de commerce, et son employé lui réclame le paiement immédiat de ses indemnités. Mais notre homme et narrateur n’a pas dit son dernier mot…

Clair, net et sans bavure : Yves Ravey n’abandonne pas sa marque de fabrique et nous plonge à nouveau dans un de ses courts récits dont le minimalisme fait toute la force de frappe. La situation est banale, les personnages ordinaires et l’intrigue d’une extrême simplicité, pourtant le texte subjugue, surprend et finit par ouvrir des perspectives aussi dérangeantes qu’inattendues. En se cantonnant à l’observation et à la description sèches de leurs faits et gestes, la narration suscite une impression étrange de décalage et de malaise face à des personnages dont le lecteur, perturbé par un tel vide, ne pourra que supputer les sentiments et la psychologie. Sur ce plan, la conclusion, que d’aucuns pourront juger trop abrupte et à première vue frustrante, est une apothéose de non-dit, où s’entrevoit soudain un au-delà du récit, glaçant et diabolique.

Aussi implacable que dépouillée, cette noire histoire aux accents chabroliens se lit d’un trait et vous laisse, déstabilisé, sur les bords de ce faux vide qu’est le non-dit. (4/5)


 

Du même auteur sur ce blog :


 



 

jeudi 9 mai 2019

[Ravey, Yves] Pas dupe






 

J'ai beaucoup aimé 

Titre : Pas dupe

Auteur : Yves RAVEY

Année de parution : 2019

Editeur : Editions de Minuit

Pages : 144







 

Présentation de l'éditeur :   

On retrouve le corps de Tippi, la femme de monsieur Meyer, parmi les débris de sa voiture au fond d’un ravin. L’inspecteur Costa enquête sur ce drame : accident ou piste criminelle ? Monsieur Meyer se plie aux interrogatoires de l’inspecteur, ce qui n’est pas de tout repos, d’autant qu’il n’est pas dupe.

 

 

Avis :

L’épouse du narrateur est retrouvée morte dans sa voiture accidentée. L’inspecteur en charge de l’enquête s’obstine à interroger encore et encore le voisinage, et surtout l’époux. Accident ou pas accident ?

Voici un récit précis comme un scalpel, qui, sans lui laisser le temps de respirer, entraîne son lecteur dans un jeu de dupes serré et captivant. Ne vous fiez pas à la banalité de l’histoire : vous avez entre les mains une petite pièce d’orfèvrerie, dont toute l’originalité tient en l’habileté minutieuse de sa construction et en son écriture maigre et épurée, qui parvient à restituer la stricte essence de son intrigue et de ses personnages en un minimum de pages.

Ce très court polar se lit dans un sourire de connivence, pour le plaisir d’une écriture qui s'amuse à faire un tout à partir de presque rien. (4/5)

 

 

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