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samedi 13 juin 2026

Critique : "Et si je renaissais de mes blessures ?" de Dominique Godfard | Lectures de Cannetille

 

Couverture du livre "Et si je renaissais de mes blessures ?" de Dominique Godfard


 

J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Et si je renaissais de mes blessures ?

Auteur : Dominique GODFARD

Parution : 2026 (Cinq Sens)

Pages : 138

Accès au livre : ISBN 9782889499212  
                           en librairie

 

 

 

 

  

 

Présentation de l'éditeur :  

Dans l’introduction de Et si je renaissais de mes blessures ?, Dominique Godfard précise que son témoignage tourne autour du chemin à faire pour réussir à « s’accoutumer à la vie dans un habitat pour personnes âgées (…) ». Elle écrit : « Il s’agit d’une forme d’adaptation (sera-t-elle jamais complète ?) à laquelle il serait souhaitable sinon de se préparer, du moins d’en connaître le parcours, avec ses embûches comme ses avantages. » Ce récit, en effet, intéresse aussi bien les aînés que leur famille et, loin de tout préjugé, il est écrit et présenté ici avec lucidité… et parfois même, humour.
À l’origine des différentes étapes de l’épreuve, l’hôpital de toutes les douleurs où l’autrice a été opérée de ses lombaires en 2024. Puis sa découverte de la résidence Vivage où elle s’installe peu à peu, fait des rencontres, assiste à des animations ou à des anniversaires, s’habitue tout doucement, sans délaisser ses goûts pour la lecture ni l’écriture. Au fil de ses observations, elle tente de mettre en avant des éléments qui pourraient participer à l’amélioration des conditions de vie des personnes âgées et d’inventer une sorte de jeunisme à l’envers, ce que l’on pourrait appeler du « vieillisme » si, un jour, le néologisme entre dans nos mœurs !

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

Née à Casablanca en 1941, Dominique Marie Godfard habite aujourd'hui Saint-Germain-du-Corbéis, dans l'Orne. D'abord nouvelliste, elle s'est tournée en 1999 vers le roman (LA PAMPA). Ses dernières publications : Le bus pour Drancy (roman, 2014), Une année percheronne (Journal, 2015), Le bonheur passait, il a fui ! (nouvelles, 2016), Variations sur le regard (billets, 2018), L'accourue en son jardin percheron (Journal, 2019), Le conflit de l'an 2040 (roman, 2021) et Vieillir, c'est vivre... (récit, 2022).

 

Avis :

Dans la continuité de Vieillir, c’est vivre, où elle montrait déjà que l’avancée en âge pouvait être l’occasion de reprendre prise sur le présent, Dominique Godfard poursuit son exploration sensible des dernières étapes de la vie. Ce nouveau témoignage, né d’une épreuve physique qui l’a conduite à s’installer en résidence pour seniors, observe avec une lucidité souriante la manière dont le corps, les habitudes et les certitudes se modifient lorsque la vieillesse impose son tempo. Refusant l’abattement, elle fait de cette transition un temps de réajustement attentif, où l’on apprend à composer avec ses fragilités pour mieux reconnaître ce qui demeure vivant, vibrant et, malgré tout, capable d’émerveiller.

Depuis toujours passionnée d’écriture, elle raconte son arrivée dans « une résidence pour seniors un peu abîmés mais pas trop » après une opération éprouvante, et la manière dont elle apprivoise ce nouvel environnement. Le livre déroule, par petites touches, la vie quotidienne d’un lieu où se mêlent solitude, routines obligées, gestes discrets de solidarité et moments de légèreté inattendue. L’auteur y décrit les apprentissages nécessaires, les limites à accepter et les relations qui se tissent, mais aussi les pensées qui surgissent quand le corps devient empêchement. À travers ces scènes concrètes et ces réflexions intimes, elle offre un regard direct sur sa détermination à ne pas céder au repli.

Conjuguant lucidité et légèreté pour mieux donner à voir la vieillesse dans toute sa complexité, Dominique Godfard explore avec finesse les transformations du corps, les ajustements du quotidien et les émotions qui traversent cette période de fragilité. Son écriture, précise et souvent teintée d’humour, met en valeur les détails du réel et ouvre des pistes de réflexion sur la dépendance, la vulnérabilité et la capacité à se réinventer. Son amour de la littérature accompagne chaque étape, les citations qu’elle glisse au fil des pages devenant des appuis, presque des compagnons de route, qui éclairent son expérience. Sa sincérité touchante, la justesse de son regard et la force de résilience qui transparaît dans son récit forcent l’admiration et dessinent un véritable art de composer avec le réel, une manière de boire jusqu’au bout chaque goutte encore offerte par la vie.

Ouvrage bref, sans volonté d’exhaustivité, ce livre séduit par l’authenticité de sa démarche, chaque page semblant porter la trace d’un travail intérieur qui ne va pas de soi. On mesure ce que cette écriture a exigé de lucidité, de patience et de courage. Surtout, elle témoigne d’une volonté de transformer une épreuve intime en parole partagée, de rester debout face à ce qui bouscule, et de rendre cette traversée utile en proposant au lecteur des amorces de réflexion, des pistes discrètes mais fécondes pour penser à notre tour ce qui nous attend tous, un jour ou l’autre. (4/5)

 

 

Citations : 

Le seul dénominateur commun qui pourrait nous inciter au partage porte le nom de « vieillesse » et dans un éclair, je me dis : « Je suis une vieille qui n’aime pas les vieux ! » Ce qui me désespère. Avant de me poser la question fondamentale : « Est-ce que les vieux aiment les vieux, en général ? »Je n’ai pas la réponse mais me console à la pensée que mes émotions et mes étonnements sont ceux d’une « débutante » en colonie de personnes âgées et donc sujets à révision avec le temps.

A cette lassitude indissociable de la vieillesse, s’entremêle un problème de temps puisqu’on comprend qu’il ne fait plus le dilapider, que la réserve se tarit de jour en jour le rendant toujours plus précieux… si ce n’est qu’on ne parvient pas à le remplir correctement ou selon ses désirs car les forces viennent à manquer ! Cruel dilemme puisqu’au moment où il faudrait optimiser son temps, c’est aussi l’heure d’une fatigue abyssale qui réduit la personne âgée à une quasi-impuissance…

Avant de répondre aux attentes des seniors, encore faudrait-il s’interroger sur celles-ci ainsi que sur le bien-fondé des réponses à apporter. Or, je constate que, quels que soient les activités, les sorties ou les films proposés, domine l’idée que la personne âgée a une préférence pour le passé, la facilité et ce qu’elle a déjà aimé… De découvertes ou de nouveautés, point n’en faut car on s’attache pas à stimuler les vieux cerveaux fatigués mais à leur plaire.
 
(…) l’avortement heureusement légalisé autorisant un passage de la vie (ou promesse de vie) à la non-vie, pourquoi les personnes âgées ne pourraient-elles pas jouir de ce même passage – de vie à non-vie – au moyen d’une euthanasie réglementée et appliquée dans un cadre strictement défini ? Dans ce sens, une nouvelle loi, qui consacre le droit de l’accès à l’aide à mourir, vient d’être votée en mai 2025 par l’Assemblée nationale et le texte est désormais soumis au Sénat...Il faut donc attendre. Pourquoi, finalement, traite-t-on de manière différente les débuts et les fins de vie alors qu’on les assimile volontiers les uns aux autres ? 

 

Du même auteur sur ce blog :

 
 

 

 

mercredi 21 décembre 2022

[Godfard, Dominique] Vieillir, c'est vivre...

 



 

J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Vieillir, c'est vivre...

Auteur : Dominique GODFARD

Parution : 2022 (Cinq Sens)

Pages : 120

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

Ces petites considérations sur la vieillesse émanent d'une octogénaire toute " fraîche " (elle vient de souffler ses quatre-vingt-une bougies) qui tente d'analyser ce qui lui arrive puisque le grand âge vous tombe dessus sans crier gare, malgré de nombreux signaux avant-coureurs ! C'est ainsi qu'on se voit, un jour, offrir une place assise dans le métro et qu'on s'en étonne fort... "Quand donc arrêterons-nous d'être jugés et de nous juger nous-mêmes à l'aune de nos âges ? ", interroge Dominique Marie Godfard dans son témoignage qu'elle veut le plus honnête possible mais non dénué d'humour.
Son propos s'articule autour de trois parties principales : une sorte d' "état des vieux" sur les inexorables effets de l'âge, les quelques moyens et/ou parades susceptibles d'aider à affronter l'ultime combat en gardant tête haute et, enfin, les possibles bonheurs du grand âge à l'heure où survient "... une qualité de vie morale améliorée par le délestage des ambitions folles, des afféteries inutiles comme des remords excessifs."

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

Née à Casablanca en 1941, Dominique Marie Godfard habite aujourd'hui Mortagne-au-Perche, dans l'Orne. D'abord nouvelliste, elle s'est tournée en 1999 vers le roman (LA PAMPA). Ses dernières publications : Le bus pour Drancy (roman, 2014), Une année percheronne (Journal, 2015), Le bonheur passait, il a fui ! (nouvelles, 2016), Variations sur le regard (billets, 2018), L'accourue en son jardin percheron (Journal, 2019) et Le conflit de l'an 2040 (roman, 2021).

 

Avis :

Simone de Beauvoir affirmait : « Vivre, c’est vieillir, rien de plus ». Mais, précise ce livre : vieillir, c’est aussi vivre, encore et à défaut de toujours, puisque le grand âge oblige à oublier ce mot. Tout juste octogénaire, Dominique Godfard nous en fait la démonstration, au gré de quelques réflexions dont la sincérité se teinte d’un discret humour.

Lorsque l’on aborde sa huitième décennie, même sans accroc majeur, force est de constater que la vieillesse n’est pas seulement dans le regard d’autrui, et qu’au-delà de « l’élasticité des tissus » qui commençait déjà à manquer à Alain Souchon trentenaire, le  « logement » dont nous sommes « locataires » – pour reprendre les mots de Charles Gounod – perd de jour en jour toujours plus de ses anciennes fonctionnalités. Faisant avec lucidité mais bonne humeur le tour du propriétaire pour un inventaire des dégâts et de leurs conséquences, et donc naturellement amenée à envisager de futurs stades que certains de ses proches et amis ont déjà dépassés – mort, euthanasie, placement en Ehpad –, l’auteur se refuse à toute démoralisation, bien décidée à boire jusqu’à la lie le verre désormais plus qu’aux trois quarts vide de son existence.

C’est ainsi que, par ailleurs rassérénée à l’idée de survivre au travers de ses petits-enfants, dont l’affection et le soutien, notamment au travers de l’informatique et des smartphones, l’aident à ne pas perdre pied dans un monde dont elle peine à suivre les déconcertantes mutations, elle trouve même quelques vertus à cet âge, qui, délesté « des ambitions folles, des afféteries inutiles comme des remords excessifs », incite d’autant plus à se recentrer sur l’essentiel que l’on en sait le terme proche. Alors, confortablement blottie dans le paisible coin de nature percheronne qu’elle s’est choisie, ragaillardie par l’amour et par l’amitié de ses proches, cette amoureuse des mots s’adonne à coeur joie à la lecture, mais aussi à l’écriture, cette passion dont on devine qu’elle aurait tant aimé y consacrer bien plus que sa maturité, son premier roman ayant dû attendre qu’elle approche de la soixantaine pour entamer sa vie de papier.

Un livre touchant dans son humble sincérité, qui, au fil de ses réflexions agrémentées de jolies citations choisies, révèle autant quelques facettes de la personnalité de son auteur qu’il incite, à la lumière d’une lucidité positive, à savourer l’inestimable valeur de la vie, même, et surtout, lorsque la vieillesse accélère son inexorable compte à rebours. (4/5)

 

 

Citations : 

Comme l’affirme si justement Charles Gounod : « Ce qui vieillit en nous, c’est le logement. Le locataire ne vieillit pas. »


J’ai dans mon cercle d’amies rapprochées un assez grand nombre de femmes qui n’ont pas eu d’enfants : Gisèle, Teolinda, Sophie, Kate, Betty…. Et je m’aperçois que toutes, âgées de plus de 85 ans et même à la périphérie des 90 ans, mènent un combat acharné et très efficace contre le vieillissement. Mais quelle pêche, mes aînées ! Faut-il en conclure que l’habitude de s’occuper de sa seule personne, l’application forcenée qu’on y met puisqu’en l’absence de progéniture, on ne peut trouver de l’aide qu’auprès des amis ou des relations, rendraient plus efficace et plus fort… qu’en définitive, un souci permanent de soi aurait des vertus conservatrices de l’ordre de celles d’un congélateur ou de la saumure ?


Comme l’indique Antoine Compagnon : « Vieillir offre du moins un avantage : c’est que l’on ne mourra pas d’un seul coup, mais peu à peu, bout par bout. »


François Cheng dans son ouvrage intitulé « De l’âme » indique que dans la conception hindouiste de l’âme, on ne dit pas de l’homme qui meurt qu’il « rend l’âme » mais qu’il « abandonne son corps »…


Un détail qui a son importance : les prix de l’euthanasie ne sont pas franchement donnés, environ 10 000 euros, déplacement et hébergement non compris. Les pauvres n’ont qu’à aller se jeter à la baille.


(…) le corps médical indqua qu’elle ne pouvait plus vivre seule, malgré les soins journaliers de quelques auxiliaires de vie à domicile, et nous résolûmes de lui annoncer qu’elle serait hospitalisée en maison de santé dans le Lot-et-Garonne… pour quelque temps ! Le mensonge, justifié par le désir d’échapper aux hurlements et crises de nerfs qu’elle n’aurait épargnés à personne (pas même à elle-même), n’en était pas moins une immense lâcheté qui me revêtit des habits de Judas pour longtemps et peut-être pour toujours ? C’est la raison pour laquelle je voudrais insister sur les tonnes de culpabilité qui écrasent les accompagnants d’une vieille personne qu’on place en Ehpad de force ou par ruse, sur ce déchirement qui consiste à « abandonner » le parent devenu trop lourd à porter comme l’on se débarrasse d’un objet qui ne fonctionne plus trop bien et devient encombrant…


« On ne peut s’empêcher de vieillir, mais on peut s’empêcher de devenir vieux. «  (Henri Matisse)


(...) souvent, les grandes utopies comme les grandes idées, sont des paravents derrière lesquels on se dissimule, faute d’avoir d’autre moyen de se montrer intéressant.


(…) pour Gustave Thibon : « Bien vieillir : (c’est) gagner en transparence ce qu’on perd en couleur. »
 
 
« Je trouve que les adultes qui ne lisent jamais rien vieillissent mal. Quelles que soient leurs qualités par ailleurs. Même ceux qui voyagent, qui ont des pratiques culturelles, comme on dit. J’ai l’impression qu’ils sont mutilés. » Elle [Danièle Sallenave] précise : « Vivre sans lire, ce sera toujours vivre. Mais vivre comme un corps sans âme. Comme un arbre sans la sève et le vent. »


Je partage l’opinion de Laura Morante qui déclare : « La vraie tragédie n’est pas de vieillir mais de ne plus être capable de voir la beauté qui nous entoure. »

 

Du même auteur sur ce blog :

 
 



 

vendredi 23 avril 2021

[Godfard, Dominique] Le conflit de l'an 2040

 






J'ai aimé

Titre : Le conflit de l'an 2040

Auteur : Dominique GODFARD

Parution : 5 Sens (2021)

Pages : 132






 

 

 

Présentation de l'éditeur : 

Roselyne, 98 ans, invite sa famille pour le réveillon du 31 décembre 2039. Qu’il s’agisse de sa personne, de son style de vie ou de son vocabulaire, elle a conservé de beaux restes qui datent quelque peu, mais ne rebutent pas Arthur, son petit-fils bien-aimé âgé de 16 ans. Au lendemain des festivités, un terrible conflit s’abat sur une société déjà divisée par un système générationnel clivant. Durant une année, il va tout bouleverser sur son passage, en particulier l’existence de Roselyne et de son entourage. Toutefois, ce conflit apprendra aux principaux acteurs de cette histoire singulière à mieux se connaître, à se rapprocher les uns des autres en dépit de générations différentes et à fêter dignement la Saint-Sylvestre au 31 décembre 2040… 

Roman d’anticipation farfelu, fable rigolote ou satire déjantée ? Le conflit de l’an 2040 s’apparente à tous ces genres et, comme la plupart des récits liés à la futurologie, repose sur une analyse sérieuse de notre époque tout en s’attachant à en dénoncer les travers avec une allégresse communicative.


Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Née à Casablanca, Dominique Marie Godfard a vécu à Paris et à Londres. À la retraite aujourd’hui, elle habite la Basse-Normandie. D’abord nouvelliste, elle s’est tournée en 1999 vers le roman (LA PAMPA). Ses dernières publications : Le bus pour Drancy (roman, 2014), Une année percheronne (Journal, 2015), Le bonheur passait, il a fui ! (nouvelles, 2016), Variations sur le regard (billets, 2018), L’accourue en son jardin percheron (Journal, 2019).


Avis :

Nous sommes en 2040. Roselyne, quatre-vingts-dix-huit ans, est déboussolée par ce qu’est devenu le monde. A vrai dire, il n’y a plus guère qu’avec son petit-fils préféré, Arthur, seize ans, qu’elle se sent de vraies affinités. Toutefois, lorsqu’un grave conflit générationnel bouleverse soudain la société entière, la vieille dame et les siens, amenés à surmonter leurs différences et leurs incompréhensions, apprennent à mieux se connaître et finissent par se rapprocher.

Roselyne apparaît très vite comme un avatar de l’auteur, une projection d’elle-même dans une fable mi-figue mi-raisin, où l’humour le dispute à l’inquiétude. Derrière la facétie et l’exagération satirique, s’expriment un désarroi et un questionnement sur les travers et les tendances de la société contemporaine. Tandis que le récit dessine un monde futur divisé en castes générationnelles, d’autant moins capables de se comprendre que chacun vit dans sa bulle, au sein d’un univers artificiel régenté par les réseaux sociaux, deux perspectives chagrinent particulièrement Roselyne : que, sans authentiques relations humaines, son petit-fils passe à côté de l’amour, et que le plaisir des mots et de la langue achève de tomber en désuétude.

S’il interroge et s’insurge au fil de ses observations, le texte ne se départit jamais d’une grande tendresse pour ses personnages et, malgré tout, d’un optimisme global résultant d’une sorte d’incrédulité face à l’inconcevable. Au final, menacés par le pire, les protagonistes ont suffisamment d’humanité et de bon sens pour s’en tirer, comme si ce livre n’était au fond qu’une forme d’avertissement, un signal d’alarme à destination d’un public forcément capable de réagir et de ne jamais en arriver là. L’ouvrage se garde par ailleurs de tout passéisme et manichéisme, Roselyne s’efforçant d’utiliser à bon escient les nouveaux outils et réseaux de communication qui la désarçonnent tant.

Malgré, ça et là, quelques coquilles et imperfections de style, ce livre se lit très agréablement. D’une façon originale et amusante, il nous interpelle très justement quant à l’impact des réseaux sociaux, tant sur nos relations humaines, que sur notre rapport au langage et à l’écrit. (3/5)


Citations :

La beauté ceint ses accompagnateurs d’une aura de fierté tout à fait incompréhensible mais bien réelle.

Il arrivait à Roselyne de se demander si ce que l’on appelle « attachement » à autrui ne deviendrait pas, le temps passant, de l’ordre de l’étouffement, de l’emprisonnement, bref d’une obligation un peu pénible dont on tolère les contraintes faute de choix ou par habitude.

La vie des personnes âgées se compliquent à la suite de l’amoindrissement de leur facultés qui les laisse sur le flanc en leur imposant des interdits toujours plus nombreux, mais aussi de l’idée qu’elles se forgent de leur âge dont elles craignent d’encombrer leur entourage : la vieillesse se fait peur à elle-même !

« C’est quoi, un youfirster, quoi ou qui ?
- Une personne qui publie des vidéos régulièrement sur Internet. Plus elle a de followers ( des abonnés à sa chaîne, si tu préfères), plus elle devient quelqu’un d’important. (…)
- Est-ce qu’il y a une chaîne You First dédiée aux mots ? demanda Roselyne.
- Oh ! Sûrement. Je ne sais pas s’il y en a beaucoup, mais si tu en faisais une, ce serait… oufissime ! Fit l’adolescent dans un sourire un brin moqueur.
- Les mots n’intéressent pas les youfirsters ?
- Si, mais seulement les mots-clefs. »

Ne passait-elle pas, en effet, son temps en la comparaison dévalorisante de son aspect physique d’aujourd’hui avec celui de la jolie jeune femme qu’elle avait été ? Comme si elle ne pouvait se défaire de la photo d’une Roselyne aux blandices éclatantes et à laquelle elle se mesurait jusqu’à éprouver une telle honte de son vieillissement qu’il lui fallait constamment rappeler son âge, à la manière d’une excuse qui désignerait le responsable de son état actuel.

Les vieux ne voient pas avec les yeux mais avec le bout de leurs doigt et de leur coeur.

Ce qu’il faut apprendre, c’est à peindre avec les mots.


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