vendredi 7 juin 2019

[Pigani, Paola] Des orties et des hommes






J'ai beaucoup aimé

Titre : Des orties et des hommes

Auteur : Paola PIGANI

Année de parution : 2019

Editeur : Liana Levy

Pages : 304







 

 

Présentation de l'éditeur :   

L’enfance de Pia, c’est courir à perdre haleine dans l’ombre des arbres, écouter gronder la rivière, cueillir l’herbe des fossés. Observer intensément le travail des hommes au rythme des saisons, aider les parents aux champs ou aux vaches pour rembourser l’emprunt du Crédit agricole. Appartenir à une fratrie remuante et deviner dans les mots italiens des adultes que la famille possède des racines ailleurs qu’ici, dans ce petit hameau de Charente où elle est née. Tout un monde à la fois immense et minuscule que Pia va devoir quitter pour les murs gris de l’internat. 

Et à mesure que défile la décennie 70, son regard s’aiguise et sa propre voix s’impose pour raconter aussi la dureté de ce pays qu’une terrible sécheresse met à genoux, où les fermes se dépeuplent, où la colère et la mort sont en embuscade. Une terre que l’on ne quitte jamais tout à fait.

Paola Pigani déploie dans ce roman, sans aucun doute le plus personnel, une puissance d’évocation exceptionnelle pour rendre un magnifique hommage au monde paysan et aux territoires de l’enfance.



Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Paola Pigani naît en 1963 dans une famille d’immigrés italiens installés en Charente. Éducatrice, elle vit depuis de nombreuses années à Lyon. Auteur de plusieurs recueils de poésie, elle publie en 2013 aux éditions Liana Levi un premier roman très remarqué, N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures. En 2015 paraît Venus d’ailleurs et en mars 2019, Des orties et des hommes.



Avis :

L’auteur se remémore son adolescence au sein d’une famille de modestes agriculteurs de Charente, dans les années soixante-dix, alors que le monde rural en pleine mutation voit peu à peu disparaître les petites exploitations et mourir les villages.

Pia est la dernière-née d’une famille de cinq enfants, surnommés les Panzanis parce que les grands-parents sont venus d’Italie. La ferme et ses vaches laitières suffisent à peine pour joindre les deux bouts, au prix d’un travail incessant auquel participe activement la fratrie. L’enfance de Pia est pauvre et travailleuse, mais heureuse, au sein d’une tribu turbulente et unie, au contact de la nature et des animaux, dans un village qui connaît l’entraide.

Pia grandit, part en pensionnat à l’heure du collège puis du lycée, se retrouve confrontée à une société éloignée des préoccupations des « ploucs » en pleine crise. Déchirée entre sa fidélité à ses racines et l’appel du large, la jeune fille voit avec impuissance se déliter l’univers de son enfance : son frère et ses sœurs partent chacun leur tour vers leurs destins, les plus âgés et les plus fragiles des êtres chers disparaissent, personne ne reprendra la ferme familiale.

Le récit aux mille détails authentiques observe sans juger et avec humour les petits et grands évènements du quotidien, dans une ode à un monde en voie de disparition, pleine de tendresse et de nostalgie : c’est avec une infinie tristesse que s’impose sans recours l’incompatibilité entre l’énergie et les rêves de la jeune génération d’un côté, la déliquescence d’un univers condamné de l’autre.

Récit personnel et intime, servi par une langue souvent surprenante par ses trouvailles, Des orties et des hommes est un roman sensible et touchant, où l’émotion contenue rivalise avec l’humour, pour évoquer le passage du temps et l’éphémèrité de la vie. (4/5)




Citations :

Dans la cuisine, j’ai trouvé Mila une tartine dans une main, son livre de classe dans l’autre. Pov’sotte, comment tu peux lire en mangeant, toi ? j’ai crié. Elle a répondu dans ma tête, je mâche pas et les mots ne font pas de miettes.

Je refais l’ourlet du pantalon avec des points de Jésus qui court après Marie. Je déteste coudre, c’est toujours minable. Maman dit que j’ai deux mains gauches. Mais j’ai quand même dix doigts pour faire semblant.

À notre retour, la journée clapote doucement avec la polenta dans la marmite. On vit en rond mais on a déjà le cœur séparé. Demain, la maison se videra. Les parents travailleront sans nous. Nos devoirs, nos pensées seront tendus vers le lointain. Inévitable. Nous irons au-delà des frontières tendres de Cellefrouin. La rivière, le château, la charmille ne nous appartiendront plus. Nous nous en écarterons à mesure que tomberont nos dépouilles de gamins. Déjà on ne court plus sur la route qui descend au bourg, plus personne ne saute à chaque entrée d’une voiture dans la cour. On n’a plus la joie des chiens. On ne crie plus pour s’interpeller. On ne siffle plus entre nos doigts. On a laissé l’enfance sauvage pendue dans un séchoir à maïs vide, là où on se planquait pour manger des Carambar.



Le coin des curieux :

Il existe une trentaine d’espèces d’orties, dont cinq poussent en France : les plus courantes y sont la grande ortie et l’ortie brûlante, toutes deux reconnues parmi les plantes médicinales les plus utiles et les plus efficaces. Dotée de propriétés énergisantes et vitalisantes, l’ortie a en effet des vertus toniques, dépuratives, diurétiques et anti-inflammatoires. Elle est aussi utilisée dans l’industrie pour sa fibre, et dans l’agriculture comme engrais vert et comme insecticide. Comestible, elle est riche en protéines, en fer et en calcium.

L’ortie est hérissée de poils raides, dotés à leur extrémité d’une pointe de silice qui se brise comme du verre au moindre contact, libérant et injectant alors dans la peau un liquide très irritant. Un vent violent et prolongé suffit à faire disparaître pendant une semaine la propriété urticante de l’ortie. A noter que cette plante ne pique pas dans l’eau : il est donc plus facile de la récolter par temps de pluie.

L’ortie a des fleurs mâles et femelles, soit sur le même pied, soit sur des pieds différents. Les fleurs femelles sont verdâtres et pendantes, les fleurs mâles jaunâtres, horizontales ou en épi. Les étamines, pliées dans la corolle, se détendent soudainement lors de la fécondation et répandent un nuage de pollen sur les fleurs femelles.

L’ortie fut sans doute l’un des premiers légumes consommés, puisque des scientifiques ont découvert qu’on lui réservait des parcelles de terre pendant la préhistoire. Elle fut vénérée pendant l’Antiquité. Grecs et Romains en faisaient une cure printanière pour se protéger des maladies pour toute l’année, tandis qu’ils lui attribuaient des vertus aphrodisiaques. Dans les panthéons germaniques et scandinaves, elle était consacrée à Donar et à Thor, dieux du Tonnerre : elle était censée protéger de la foudre.
Au Moyen Age et au cours des siècles suivants, on la cultivait pour la consommer comme des épinards, s’en servir de fourrage pour les bêtes, et fabriquer papiers et tissus. Elle présentait l’avantage de croître dans tous les lieux impropres à d’autres cultures. On continua à la faire pousser jusqu’à la seconde guerre mondiale.

Les maquignons qui connaissaient ses propriétés, mêlaient l'ortie à l'avoine, pour des chevaux plus fringants, au poil plus brillant. On la mélangeait à la pâtée des volailles et des cochons qu’elle protégeait des parasites et des maladies, tandis qu’elle activait la ponte des poules. On l’utilisait pour faire cailler le lait lors de la fabrication de fromages. On en enveloppait viandes et poissons pour en mieux conserver la fraîcheur, tandis qu'on gardait les pommes de terre plus longtemps sur un lit d’orties séchées.

Aujourd’hui, les propriétés médicinales de cette plante sont reconnues, et les produits à base d’ortie se développent, dont de nombreux médicaments.

Si l’on n’y jette plus guère son froc, elle sert encore aussi parfois à y pousser mémé.




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