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jeudi 7 mai 2020

[Hodasava, Olivier] Une ville de papier






Coup de coeur 💓💓

 

Titre : Une ville de papier

Auteur : Olivier HODASAVA

Editeur : Inculte

Année de parution : 2019

Pages : 135

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :   

États-Unis, années trente. L’industrie automobile fait la pluie et le beau temps de l’économie américaine. Le pays, gigantesque, s’offre à des routes rectilignes qui en traversent chaque état. Les citoyens s’équipent en nouveaux modèles, le crédit marche à flot, les autoroutes fleurissent, les stations-services éclosent. Afin d’encourager ces trajets qui enrichissent géants du pétrole et adeptes du fordisme automobile, on offre à tour de bras des cartes autoroutières aux conducteurs. Et pour s’assurer qu’elles ne sont pas copiées par des concurrents, on y place des fausses villes en guise de signature invisible, des « villes de papier ».

Desmond Crothers, jeune cartographe, conçoit une telle carte de l’état du Maine pour Esso. Mais sa ville aura un tout autre destin : elle existera vraiment, une fois qu’un commerçant obstiné décidera de la fonder quelques années plus tard, comme pour valider cette ville imaginaire. Autour de ce monde qui prend forme, on croise des cartographes, une violoniste au destin tragique, Stephen King, des acteurs venus pour y tourner un épisode de Twilight Zone, des amoureux qui n’ont que ce territoire pour s’épancher. C’est une ville à froisser, qui ne disparaîtra jamais vraiment.

S’inspirant de la véritable destinée d’une telle ville de papier — Agloe, dans l’état de New-York —, Olivier Hodasava livre un roman émouvant et nostalgique d’un monde plié et déplié qui tente d’exister.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Enfant, Olivier Hodasava passait des heures à observer à la loupe les détails des cartes postales. Il se perdait aussi dans la contemplation des plans de sous-préfectures des Guides Rouge Michelin. Plus tard, il a participé à des aventures éditoriales (éditions Ad Hoc ; éditions Moreno) consistant à produire des objets atypiques (livres tamponnés, cartes dépliantes, etc).
Il est aujourd’hui graphiste pour la presse et l’édition. Chaque jour, sur Dreamlands Virtual Tour, son blog, il fait le compte-rendu d’un voyage virtuel débuté il y a déjà quatre ans. Olivier Hodasava est membre fondateur de l’Ouvroir de CARtographie Potentielle.

 

Avis :

Dans les années trente aux Etats-Unis, en plein boom de l’industrie automobile, les compagnies pétrolières encouragent la consommation de carburant en distribuant gratuitement des cartes routières. Les cartographes se protègent alors du plagiat en introduisant des erreurs volontaires dans leurs documents, souvent par l’ajout d’une ville ou d’un lieu imaginaires. Parmi ces « villes de papier », Agloe dans l’état de New York, transposée dans ce livre en Rosamond dans le Maine, a connu un sort très particulier, puisque ce lieu fictif a fini par devenir réel, avant de retomber dans le presque néant quatre-vingts ans plus tard.

Quel étonnant et pittoresque livre que celui-ci ! Brodant autour d’un fait réel, l’imagination de l’auteur nous entraîne dans une passionnante enquête aux multiples rebondissements, qui se dévore sans jamais laisser retomber ni la curiosité ni la surprise. Entre des protagonistes anonymes aux destins peu ordinaires et souvent émouvants, mais aussi de grands noms que cette histoire exploite avec humour, entre concours de circonstances et événements parfois spectaculaires, l’on ouvre des yeux d’enfant ébahi devant ce récit aux allures de conte poétique, où réalité et irréalité échangent constamment leurs visages, au fil d’une écriture précise, limpide et magnétique.

J’ai été envoûtée sans réserve par cette lecture fascinante, où ce qui n’aurait pu être qu’une anecdote originale devient une épopée aussi captivante que poignante : une petite pépite à ne manquer sous aucun prétexte ! Coup de coeur. (5/5)


lundi 29 avril 2019

[Marzano-Lesnevich, Alexandria] L'empreinte





Coup de coeur 💓💓

 

Titre : L'empreinte (The fact of a body, a
           murder and a memoir
)

Auteur : Alexandria MARZANO-LESNEVICH

Traducteur : Héloïse ESQUIE

Parution : 2017 en américain (Flatiron Books)
                2019 en français (Sonatine)

Pages : 480






 

 

Présentation de l'éditeur :   

Etudiante en droit à Harvard, Alexandria Marzano-Lesnevich est une farouche opposante à la peine de mort. Jusqu’au jour où son chemin croise celui d’un tueur emprisonné en Louisiane, Rick Langley, dont la confession l’épouvante et ébranle toutes ses convictions. Pour elle, cela ne fait aucun doute : cet homme doit être exécuté. Bouleversée par cette réaction viscérale, Alexandria ne va pas tarder à prendre conscience de son origine en découvrant un lien entre son passé, un secret de famille et cette terrible affaire qui réveille en elle des sentiments enfouis. Elle n’aura alors cesse d’enquêter inlassablement sur les raisons profondes qui ont conduit Langley à commettre ce crime épouvantable.

Dans la lignée de séries documentaires comme Making a Murderer, ce récit au croisement du thriller, de l’autobiographie et du journalisme d’investigation, montre clairement combien la loi est quelque chose d’éminemment subjectif, la vérité étant toujours plus complexe et dérangeante que ce que l’on imagine. Aussi troublant que déchirant.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Alexandria Marzano-Lesnevich est la fille de deux avocats. À l’instar de ses parents, elle a fait des études de droit avant de s'en détourner pour des raisons qui nourrissent son oeuvre.
Alexandria Marzano-Lesnevich est l’autrice de L’Empreinte, salué par la critique, notamment par The Guardian. Amazon a désigné L’Empreinte comme un des meilleurs livres de 2017.
Ce premier récit littéraire lui vaut de remporter le prix du livre étranger JDD / France Inter 2019, le Chautauqua Prize ainsi que le Lambda Literary Award for Lesbian Memoir en 2018. Elle a également reçu un Rona Jaffe Award en 2010 (un prix qui récompense chaque année des autrices débutantes) ainsi que plusieurs bourses et résidences d'artistes.
Passionnée par l’écriture et le journalisme, elle a contribué à des journaux prestigieux tels que The New York Times ou Oxford American. Alexandria Marzano-Lesnevich a collaboré avec d’autres autrices pour proposer une anthologie intitulée Waveform: Twenty-First-Century Essays by Women célébrant le rôle des femmes essayistes dans la littérature contemporaine.
Alexandria Marzano-Lesnevich vit à Portland dans le Maine et enseigne la littérature.

 

 

Avis :

Voilà un livre dérangeant et stupéfiant, qui m’a, à plusieurs reprises, littéralement fait sortir les yeux de la tête.

Durant toute leur enfance, l’auteur et ses sœurs ont subi des violences sexuelles de la part de leur grand-père. Au su de leurs parents et de leur grand-mère qui, pourtant, n’ont jamais réagi et ont toujours fermé les yeux. D’ailleurs, ce ne fut pas le seul drame et secret de la famille, mais toujours le silence prévalut, par peur de se faire encore plus mal, comme si ne pas regarder le gouffre sous ses pieds pouvait préserver d’y plonger. Pour la jeune Alexandria, l’inertie de ce silence démultipliera les impacts du traumatisme : boulimie, anorexie, vagues de terreur, colère et mal-être perpétuel l’amèneront à une quête infinie de sens et d’explications.

Ce besoin de comprendre va la faire se passionner pour le cas d’un criminel pédophile, Ricky Langley, condamné à mort en 1994, puis à la prison à perpétuité, pour le meurtre d’un enfant de six ans en Louisiane. Pourtant intimement opposée à la peine capitale sur le principe, l’auteur va se surprendre à souhaiter la mort de cet homme, dont le crime vient rencontrer tant d’échos au plus profond d’elle-même.

Désormais, l’enquête de l’étudiante en droit va revêtir deux dimensions, qui s’entremêlent constamment dans son récit : en cherchant à comprendre l’histoire de Ricky Langley, ce sont ses propres souffrances qu’elle tente de conjurer. Au fil de son cheminement, entre questionnements sur la personnalité et les motifs du criminel d’une part, et résurgence de ses souvenirs personnels d’autre part, se dessine  peu à peu une réflexion sur une multitude de thèmes : le poids du secret et de la transmission au sein des familles, les blessures et les violences faites aux enfants, la vengeance et le pardon, la justice et la peine de mort, la complexité de l’être humain. Car, au fond, rien n’est manichéen dans l’existence, et il ne suffit pas d’opposer le bien au mal :
« L’homme au centre de ce procès, dont la personnalité sera interminablement discutée et débattue, interminablement reconstituée et disséquée dans un dossier qui finira par faire près de trente mille pages, cet homme restera en ce sens une énigme. Il est bien possible que ce que l’on voit en Ricky dépende davantage de qui l’on est que de ce qu’il est. »
S’il existe autant de vérités que de ressentis, il est aussi bien difficile de faire la part des choses dans les sentiments humains : malgré sa colère et sa haine, l’auteur découvrira qu’elle n’en continue pas moins d’aimer ses parents et ses grands-parents. Tout comme la mère de la victime de Ricky Langley prendra parti contre la peine de mort à l’encontre du meurtrier et lui rendra des visites régulières en prison.

Ces deux récits réels entremêlés, tout aussi saisissants l’un que l’autre, entraînent le lecteur dans une réflexion large et passionnante, où toute vérité est relative mais ne devrait jamais rester cachée : au final, un plaidoyer contre la peine de mort et une démonstration s’il en fallait que le silence en matière de pédophilie est aussi traumatisant que le crime lui-même. Coup de coeur.

 

 

Citations :

Chaque samedi, ma sœur Nicola joue aux dames avec mon grand-père sur le perron comme je le faisais auparavant. Moi, je ne peux plus. Je ne peux même pas les regarder jouer. Je suis trop consciente du fait que je l’ai vu la toucher dans notre chambre. Trop consciente du fait qu’il m’a touchée. Cette vérité me donne la chair de poule, la nausée. Je ne peux même pas aller aux toilettes sans penser à ses mains autour de son membre dans cet endroit, au geste que je ne comprenais pas. Mais je sais que je n’ai pas le droit de dire ça, de même que je n’ai pas le droit de raconter à mes copines d’école ce qui s’est passé. Ma mère a expliqué que je nuirais à la carrière politique de mon père dans le cas contraire. Mon père a expliqué que je ferais souffrir ma mère. Ils m’ont tous deux interdit d’en parler à ma grand-mère, car ça lui ferait trop de mal, et à mon frère. Il est très lié à mon grand-père et, comme il est le seul garçon dans une maison pleine de filles, il a besoin de lui. La douleur est donc un poids que je dois porter seule.

Je commence à me cacher. Je teins mes cheveux en rouge camion de pompier, quelquefois en mauve, une fois en vert, et j’adopte un style à base de longues jupes amples de couleurs vives et dissonantes et de Doc Martens rouge sang tellement trop grandes que lorsque j’entre au lycée, les élèves les appellent des « chaussures de clown ». C’est de cette façon que je peux disparaître à ce moment-là : en donnant aux gens qui m’entourent quelque chose d’autre à regarder, la tenue que je porte, au lieu de moi.

Je vais aux toilettes et me fais vomir. C’est un soulagement délicieux de me sentir vide, et à partir de ce jour-là, j’ai un secret supplémentaire. Mes parents doivent voir les paquets de gâteaux vides dans la cuisine, l’état lamentable dans lequel je laisse parfois les toilettes. Ils doivent remarquer que leur fille est devenue morose et qu’elle se mure dans le silence. Mais nous n’en parlons pas. De même que nous ne parlons pas de la balafre sur le ventre de mon frère, de la sœur manquante, du téléphone que l’on débranche parfois et, le reste du temps, des créanciers qui appellent jour et nuit ; tout ce qui grignote peu à peu cette vie que mes parents ont construite, la rendant semblable aux passés respectifs qu’ils ont tous les deux fuis, maintenant que les colères de mon père ont pris une telle proportion que même le cabinet d’avocats est en péril. Si nous ne mentionnons que les moments de bonheur, peut-être seront-ils les seuls à exister.


Le mois dernier, après son arrestation, dit-il, il a pris quarante aspirines et attendu la mort. La seule façon d’évacuer son mal-être était de se tuer. Mais les cachets ont eu pour seul effet de lui donner mal au ventre et de lui faire siffler les oreilles. Alors il est là. En colère, mais prêt à faire des efforts. Parfois, il se fait de longues entailles dans les bras et se regarde saigner. Il boit des produits ménagers et traverse la route sans regarder, défiant les voitures de l’écraser. À présent il déclare à l’assistante sociale qu’il veut se faire hospitaliser, de façon à ne pouvoir agresser personne. « On dirait que plus je me donne de mal pour ne pas le faire, plus je le fais. » Mais ils refusent de l’hospitaliser. Il est propre et vêtu convenablement, note l’assistante sociale. Il se comporte comme il faut. Il n’est pas si malade que ça.

Alors Ricky s’enfuit. Il n’est pas question qu’il continue à s’asseoir sur une chaise et à parler de ça ; on ne l’écoute pas. Il va faire du mal à quelqu’un. Il faut qu’il soit bouclé, mais ils ne le prennent même pas suffisamment au sérieux pour ça. Le corps agité de tics nerveux, incapable de rester en place, infichu de garder un boulot, bon à rien quand il essaie de se suicider et bon à rien quand il essaie de se faire soigner, il déguerpit.

Autour de moi, mêlées aux chants de Noël diffusés par les haut-parleurs, s’élevaient des voix que j’ai connues toute ma vie. Sur lesquelles se détachait une voix pleine de forfanterie : celle de mon père. Là, je l’ai entendu expliquer à un groupe d’amis que j’étais en train d’écrire un livre sur quelque chose qui s’était produit dans le passé. « Mais si vous en entendez parler, ne vous inquiétez pas, a-t-il dit, la voix rendue un peu pâteuse par l’alcool. Il n’y a qu’Alexandria qui s’en souvienne. »  Dans l’escalier, je me suis figée. Ma famille avait toujours gardé le silence sur les sévices. Mais personne n’avait jamais sous-entendu qu’ils ne s’étaient pas produits. Mon père a continué à parler. Cet instant qui avait tout changé en moi n’avait rien changé pour lui.

Un individu peut être en colère et éprouver tout de même de la honte. Un individu peut brûler de haine contre sa mère et tout de même l’aimer suffisamment pour vouloir faire sa fierté. Un individu peut se sentir débordé par tout ce qu’il voudrait être et ne voir aucun moyen d’y parvenir. « En ce moment, je pense souvent que je devrais mourir ou m’arranger pour me faire tuer par quelqu’un », lâche-t-il pour l’heure. 


Ce qui m’a tant séduite dans le droit il y a si longtemps, c’était qu’en composant une histoire, en élaborant à partir des événements un récit structuré, il trouve un commencement, et donc une cause. Mais ce que je ne comprenais pas à l’époque, c’est que le droit ne trouve pas davantage le commencement qu’il ne trouve la vérité. Il crée une histoire. Cette histoire a un commencement. Cette histoire simplifie les choses, et cette simplification, nous l’appelons vérité. 

… je ne crois pas au fond que le fait que je sois contre la peine de mort – ou celui que d’autres soient pour – puisse se ramener à la raison. Il s’agit toujours de la même conviction simple, fondamentale : celle que chaque individu est une personne, quoi qu’il ait pu faire, et que prendre une vie humaine est mal.

Parce qu’en plus de tout ce qui peut être vrai de mon grand-père, il y a ceci : il n’a eu à rendre aucun compte. 


vendredi 8 mars 2019

[Zykë, Cizia] Les aigles





Coup de coeur 💓

 

Titre : Les aigles

Auteur : Cizia ZYKE

Editeur : Editions du Rocher

Parution : 2000

Pages : 303










Présentation de l'éditeur :   

Cizia Zykë est le dernier aventurier du XXe siècle. Il est de retour, le chercheur d'or d'Oro, le contrebandier de Sahara, le gangster de Parodie. Et le romancier a succès de Paranoïa, Fièvres, Alixe... L'homme était parti à la découverte de ses racines : l'Albanie. La terre des " Aigles ". La rencontre a tourné court. Alors qu'il achève de tourner un film documentaire, Cizia Zykë est accusé d'espionnage et de contrebande d'objets d'art. Emprisonné, réfugié à l'ambassade de France de Tirana, il est exfiltré avec l'aide du Quai d'Orsay. Les Aigles, ce sont ceux qu'il a croisés au cours de son périple. Des hommes terribles qu'une dictature de fer a rendus fous. Dino, le proxénète maudit. Skender, le tueur au sourire d'ange. Bunki le simplet et Dimitri, l'impitoyable financier. Les Aigles, ce sont des hommes et des femmes mis en cage pendant cinquante ans et jetés dans l'Europe des années 90. Les Aigles, ce sont trois millions de citoyens ruinés qui mettent leur propre pays à sac. Un roman du réel, authentique. Quatre destins terrifiants voués à la solitude.

 

 

Avis :

Ce roman historique m’a fait découvrir une nation que je ne connaissais qu’à peine : l’Albanie, « pays des Aigles », celui du père de Zykë.

Quatre hommes, transformés en fauves par des décennies d’enfer dans une Albanie communiste hermétiquement fermée, fuient le pays comme des milliers d’autres à la chute du régime en 1991. Après les camps de réfugiés, ils découvrent l’Italie où ils développent différents trafics plus sordides les uns que les autres : exécutions, réseaux de prostitution et de mendicité d’enfants, trafic de drogue et d’organes, passages de clandestins… Particularité : leur violence sans limite qui va jusqu’à surprendre la mafia italienne.


Dans cette sorte de reportage romancé, c’est toute l’Albanie des années 1990 qu’explique Zykë : après quarante-cinq ans d’une des dictatures les plus sévères de l’Europe moderne, le pays jusque-là totalement isolé et autarcique connaît une vague d’émigration massive. Ceux qui restent vivent une situation d’anomie : faute de règles et de normes, le pays sombre dans le chaos et la désorganisation sociale. Le champ est libre pour tous les excès et toutes les violences, au profit d’escrocs de tout poil : ainsi l’Albanie entière se voit ruinée par la faillite de sociétés spéculatives à court terme pratiquant la cavalerie.


Comme dans Amsterdam Zombie, Zykë nous livre, au-delà du roman, un très sérieux et très instructif documentaire, où l’on retrouve son style sans complaisance qui ne mâche pas ses mots, sa prédilection pour l’action, ses personnages violents et sans scrupules : un récit terrible, brut et sans concession, dépourvu d’émotion, qui fait froid dans le dos quand Zykë affirme que toutes les anecdotes y sont authentiques. (5/5)

jeudi 7 mars 2019

[Poncet, Thierry] Zykë l'aventure






Coup de coeur 💓

 

Titre : Zykë L'aventure

Auteur : Thierry PONCET

Editeur : Taurnada

Parution : 2017

Pages : 359










Présentation de l'éditeur :   

Au fond d'un PMU de la rue du Faubourg-Saint-Martin, je tends le texte d'une de mes nouvelles à l'aventurier de la mine d'or. Il lit les premières lignes et déclare : « C'est toi » comme il cracherait deux écorces de graines de tournesol. Il aurait pu dire : « Je viens de décider de t'emmener avec moi, aussi ton destin va-t-il basculer dans les minutes qui suivent, tu vas connaître le monde entier, les grandes ivresses, le sexe, l'amour et le danger, et tu vas devenir écrivain d'une manière que tu n'aurais jamais imaginé. » Mais non. Juste : « C'est toi. » 
L'incroyable odyssée autour du monde, au sommet du succès littéraire et au cœur de l'amitié de deux hommes que tout oppose. Un récit trépidant et truculent, dur et drôle, invraisemblable et vrai : inlâchable.

 

 

Avis :

Thierry Poncet fut pour Cizia Zykë bien plus qu’un secrétaire : si Zykë était le créateur, Poncet était le rédacteur, et de leur association sont nés des best-sellers mondiaux. 

Tous deux sont aussi devenus de grands amis et compagnons d’aventures. Zykë étant décédé en 2011, Poncet nous offre ici un ultime récit de leurs vagabondages, égrenant ses souvenirs depuis leur rencontre, lorsqu’il avait vingt-trois ans et végétait pauvrement dans ses tentatives d’écriture. Il partagea les pérégrinations de Zykë pendant de nombreuses années, connut ses succès et ses échecs, ses excès de gueule, de jeu, de drogue, d’alcool, de sexe, sa tyrannie et sa puissante amitié. Au travers du récit mouvementé et dépaysant, où l’on retrouve largement le style truculent et percutant des livres signés Zykë, se dessine une histoire d’amitié profonde, où perce constamment l’admiration de Poncet pour « le patron ». 

Ce livre-hommage est d’abord, comme indiqué en introduction, un divertissement : occasion de découvrir les coulisses d’Oro, Sahara et Parodie, la trilogie autobiographique de Zykë, puis la suite des aventures de cet homme hors-norme. J’ai à nouveau été fascinée, parfois heurtée, par les péripéties relatées et par cette vie si intensément vécue mais constamment au bord du précipice. J’ai souvent ri, notamment devant les outrances de Zykë face aux maisons d’édition ou pendant sa participation au Paris-Dakar. Et j’ai ressenti aussi une certaine tristesse, lorsque la contraignante réalité finit par rattraper cet éternel rêveur, « égaré en une ère fade qu’il ne pouvait aimer ». Coup de coeur pour ce livre tumultueux que j’ai dévoré quasiment sans interruption, juste après avoir relu Oro, Sahara et Parodie. (5/5)

[Zykë, Cizia] Parodie






Coup de coeur 💓

 

Titre : Parodie

Auteur : Cizia ZYKE

Editeur : Hachette

Parution : 1987

Pages : 298









Présentation de l'éditeur :   

Oro, c'est la conquête de l'or dans la péninsule d'Osa au Costa Rica parmi les serpents, les policiers véreux et les malfrats.
Sahara : les trafics en Afrique. Le Paris-Dakar avant l'heure, le rallye des infâmes, des douaniers corrompus.
Avec Parodie, Cizia Zykë achève sa trilogie de l'aventure vécue. Il nous propulse dans la cité prospère de Toronto. En caméléon parfaitement adapté à la survie, il recherche l'action et les plaisirs par tous les moyens. Joueur professionnel, il découvre le monde des tricheurs. Exceptionnel manipulateur d'hommes, il contrôle en quelques mois la vie nocturne de la métropole jeux, alcools, drogue, récupération de dettes. L'arnaque, les belles aventurières qui serviront ses desseins, la violence, l'amour, la fête sont au coeur de cette aventure intense et cruelle dans le monde du jeu.
Parodie : le témoignage authentique d'un aventurier des temps modernes.

 

 

Avis :

Avec ce troisième récit autobiographique, j’ai retrouvé intact le plaisir de lecture d’Oro et de Sahara. Cette fois, Zykë relate sa vie dans le Toronto de 1972. Il a vingt-trois ans et cherche l’aventure. Il commence par la reprise d’un restaurant italien. Puis, se faisant passer  pour un gangster mafieux prêt à tuer père et mère, il se retrouve à la tête d’un cercle de jeu clandestin. Son association avec des tricheurs professionnels lui assure bientôt beaucoup d’argent facile, qu’il flambe dans un train de vie dispendieux, consommant force drogue et collectionnant les conquêtes féminines. Sa réussite a tôt fait d’attirer l’attention : après les descentes de police, les tentatives de racket, la haine de ses débiteurs de jeu qu’il a violemment secoués, ce sont bientôt les représailles sanglantes d’un caïd proxénète qu’il doit affronter. Va-t-il se faire prendre au jeu et basculer définitivement dans la grande criminalité ? Ou saura-t-il arrêter à temps la parodie du gangster-tueur qu’il n’est pas encore, et fuir pour reprendre sa liberté sous d’autres cieux ?

La recette du succès littéraire de Zykë fonctionne bien : style percutant, brutal et cru ; aventures vécues musclées, fortes en émotions et jouissances éphémères ; personnages tous plus hors-norme que jamais ; mépris des règles et habileté diabolique… Un récit encore une fois saisissant, celui d’un homme qui aura mené une dizaine de vies en une, les brûlant toutes par les deux bouts. Encore une lecture coup de coeur. (5/5)

[Zykë, Cizia] Oro






Coup de coeur 💓

 

Titre : Oro

Auteur : Cizia ZYKE

Editeur : Hachette

Parution : 1985

Pages : 300









Présentation de l'éditeur :   

Oro est un livre culte.
Vendu à plusieurs millions d'exemplaires dans le monde entier, c'est le premier volume de la célèbre trilogie autobiographique de Cizia Zykë, qui se poursuit avec Sahara, ses souvenirs de contrebandier du désert, et Parodie, ses mémoires de parrain à Toronto.
Cizia Zykë est un personnage hors normes. C'est le dernier aventurier du monde moderne. Un homme pour qui l'interdit n'existe pas.
Pour oublier la mort de son fils, il s'est lancé à la quête d'actions fortes autour du monde. Il trouve l'aventure dans la jungle de la péninsule d'Osa, au Costa Rica, parmi les serpents, les policiers véreux, les prostituées et les trafiquants.
Oro est un texte fou, libre, sans pitié et magnifique.
Un must du récit d'aventure.

 

 

Avis :

Après avoir lu Alma, j’ai eu envie de redécouvrir Cizia Zykë, et par extension Thierry Poncet. J’ai donc commencé par ressortir Oro de ma bibliothèque, puis Sahara et Parodie.
 
De ces trois récits autobiographiques, Oro demeure pour moi le plus percutant, sans doute parce que c’est le livre qui a fait découvrir au public le formidable personnage de Zykë et que l’effet de surprise y joue à plein. 

Ce sont autant le fond que la forme qui sortent de l’ordinaire : le style est d’une part rapide, nerveux, centré sur l’action, mais aussi cynique, cru, provocateur et ironique. Le récit est mené tambour battant au fil des péripéties vécues par un Zykë épris de liberté et de sensations fortes, rebelle à nos vies de moutons domestiques, et qui a fait le choix d’une existence d’aventurier : prêt à tout, d’un courage et d’une capacité de résistance peu communs, sans foi ni loi, pas gêné par l’illégalité et par la démonstration de force, mais généreux et guidé par des principes personnels de loyauté et d’honneur, ce meneur d’hommes, fin psychologue et habile manipulateur, ne s’attache à rien d’autre qu’à l’instant présent. Flambeur et jouisseur, menant ses expériences jusqu’au bout puis les abandonnant sans regret pour repartir de zéro, cet opportuniste mégalomane qui a tâté de la prison s’adonne à tous les excès : le sexe, la drogue, le jeu, le danger. Macho, exigeant et autoritaire, se comportant en prince et maître vis-à-vis de son entourage, c’est aussi un séducteur invétéré et un ami indéfectible. 

Oro relate ses aventures au Costa Rica au début des années 1980 : d’abord orpailleur clandestin, il réussit à monter une holding tout à fait légale, une mine d’or qui fait sa fortune, jusqu’à ce que ses associés véreux tentent de l’éliminer et qu’il doive fuir le pays avec juste quelques kilos d’or en poche. Les conditions de vie et de travail relatées sont extrêmes, le danger permanent, qu’il provienne de la jungle elle-même, de l’exploitation minière ou de la rapacité des hommes. Dans cet environnement sans pitié, seuls la force et le courage (associés à la coke) permettent de survivre. Zykë n’y va pas de main morte et se comporte en véritable chef de guerre : c’est à la schlague et du bout de son P38, mais aussi avec une formidable capacité à mener les hommes, à forcer le respect et à nouer les amitiés, qu’il établit son leadership et réussit l’impossible.

Oro est un récit d’aventure vécue, addictif, dépaysant, surprenant, choquant, drôle : une histoire d’homme sans illusion, sans scrupule ni concession, capable d’aller au bout de ses envies et d’en payer le prix s’il le faut. S’il sait se montrer dur et impitoyable envers ses ennemis et ceux qu’il méprise, c’est aussi un homme droit dans ses bottes, fiable et généreux, dont il fait bon être l’ami.  
Oro est une lecture coup de poing, dont on ressort hypnotisé. Coup de coeur donc. (5/5)


Citations :

Mais dans ce monde trop bien réglementé, il est dur d'être un aventurier et de suivre ses propres lois. Pour moi, la notion d'interdit n'existe pas : je veux le faire donc je le peux.  

Hélas! Ce monde moderne n'est plus assez vaste. Il est impossible de se tailler un royaume, de vivre une aventure en dehors des lois, car la lutte est inégale. Tout est fait pour les faibles, groupés tous ensemble sous la bannière des lois à respecter. Toutes mes aventures m'ont opposé à des gouvernements, en Afrique, en Asie, aux Caraïbes et la partie est toujours perdue d'avance.  

Je suis cent fois moins pourri que ces dirigeants du tiers monde auquel je me heurte, mais eux ont l'avantage de la crédibilité et de la voix internationale. 

J'ai été plusieurs fois millionnaire, mais l'argent est reparti à chaque fois et aussi facilement qu'il était venu. Je n'accorde de l'importance à l'argent que lorsque je le dépense. Si je devais économiser, je ne serais pas moi-même et je n'aurai pas pu vivre ces aventures intenses qui furent les miennes. Une mentalité étriquée ne permet pas de vivre quelque chose de grand. Toute ma vie, mon dernier centime sera dépensé pour la flambe, le confort, pour ne jamais faire de concessions à la médiocrité.

J’ai toujours utilisé une psychologie fondée sur l’intimidation, la pression exagérée et la violence verbale. Mes menaces ont fait payer mes débiteurs, plus sûrement que les coups. Dans cette comédie cruelle, j’ai plus souvent fait peur que mal. Je me suis fait une réputation de tueur sans tuer personne et j’en suis fier.

mercredi 6 mars 2019

[Hermary-Vieille, Catherine & Sarde, Michèle] Le salon de conversation





J'ai aimé

Titre : Le salon de conversation

Auteurs : Catherine HERMARY-VIEILLE

               & Michèle SARDE

Editeur : JC Lattès

Parution : 1997

Pages : 352








 

Présentation de l'éditeur :   

Austin, Texas. L'année scolaire a recommencé à l'Alliance française. Il sont onze à se retrouver, une fois par mois, au salon de conversation. Deux Françaises enseignent à neuf Américains la langue de Molière. Mais les uns et les autres jouent, surtout, à comparer ce qui, dans les moeurs et les usages, les unit et les distingue. Choc des cultures, des idées reçues, des préjugés : des rites amoureux aux grands procès télévisés, de l'art de la table à la vie privée des hommes politiques, on s'y indigne et l'on s'y rapproche, on s'y déteste et l'on s'y aime.  Mais qui sont-ils ? Un chanteur d'opéra homosexuel, une femme obsédée par son job, une veuve romantique, un séducteur qui ne respecte pas le politically correct, une épouse qui se révolte, une mère qui se retrouve... Tout ce monde va tisser des liens, parfois conflictuels, entre la France et l'Amérique et vivre des moments intenses, douloureux aussi bien qu'heureux, chacun va surtout s'affronter à son destin.  

Oeuvre originale, Le salon de conversation raconte comment, à travers le face-à-face de deux civilisations, des êtres apprennent avec intelligence et amour à s'accepter tels qu'ils sont. Catherine Hermary-Vieille et Michèle Sarde romancières et biographes, ont vécu et enseigné aux Etats-Unis respectivement depuis une ou deux décennies. Ecrit sous le signe de leur rencontre et de leur amitié, Le salon de conversation reflète cette commune expérience.

 

 

Avis :

Une Française chargée de cours dans une université du Texas y anime un salon de conversation : groupe de discussion ouvert à toute personne désireuse de perfectionner sa connaissance de la langue française. Ces conversations sont l’occasion de découvrir et de comprendre quelques différences culturelles entre Américains et Français. 
Inspiré de l’expérience personnelle des deux auteurs, le récit, construit sur l’actualité d’il y a vingt ans, a bien failli me perdre par abandon avant la centième page. J’ai repris la lecture après quelques jours de pause, et, cette fois, j’ai fini par me laisser prendre au jeu, au fur et à mesure que leurs confidences dessinaient des personnages variés et plutôt attachants. 

Daté par son contexte social et politique, le livre reste d’actualité sur ses analyses de fond : libertés et rôle de l’État, foisonnement des procès en particulier collectifs, immigration, racisme, minorités, rapport hommes/femmes, homosexualité, traditions telles Thanksgiving et Noël… Certains passages m’ont littéralement fait écarquillé les yeux d’étonnement, notamment sur ce qui, banal en Europe, est considéré répréhensible aux Etats-Unis : par peur de se voir poursuivi pour harcèlement, un Américain ira droit au but en s’enquérant d’emblée de l’assentiment sexuel de la dame et en évitant soigneusement toute ambiguïté qui pourrait résulter d’approches préalables. Une publicité n’incitera pas à courir voir un film récemment sorti, sous peine d’être condamnée pour discrimination envers les personnes non-voyantes et/ou en fauteuil roulant. Tout humour visant autrui sera pris pour une marque de méchanceté et pour une attaque personnelle, etc … Les avocats n’étant rémunérés que par commission sur les sommes obtenues, les procès prolifèrent. 

Au final, j’ai trouvé cette lecture moyennement plaisante mais elle m’a fait découvrir avec surprise certains aspects de la culture américaine. (3/5)

dimanche 3 mars 2019

[Decoin, Didier] Dictionnaire amoureux des faits divers






J'ai beaucoup aimé

Titre : Dictionnaire amoureux des faits divers

Auteur : Didier DECOIN

Editeur : Plon

Parution : 2014

Pages : 800








Présentation de l'éditeur :

Les faits divers imprègnent, irriguent notre monde. Ils prolifèrent partout, depuis Aokigahara que les Japonais appellent la forêt de la mort, jusqu'à l'ancien Belleville du temps des Apaches, dans les forêts profondes de la Papouasie jusqu'aux plus hautes terrasses de New York. Ils sont de la ville et de la campagne, ils sont de tous les temps. Ils concernent tout le genre humain, des plus misérables aux plus opulents, du brutal assassin, comme le curé d'Uruffe, aux saints moines de Tibérine. Ils touchent même les petites bêtes, comme en témoigne cet ahurissant procès intenté contre des... hannetons ! Les faits divers de cet ouvrage sont les pièces de la collection personnelle de l'auteur, ceux qui, depuis son enfance, le fascinent ou l'émeuvent, comme l'histoire de cette jeune noyée repêchée dans la Seine et devenue « la femme la plus embrassée du monde ». Les faits divers ont le mérite, au-delà du sang et des larmes, d'avoir inspiré des créateurs de tous les domaines. Que serait la littérature si, d'Emma Bovary aux héros morbides de Truman Capote, elle ne s'était nourrie de personnages monstrueux et prodigieux, mais issus du réel ? Que serait l'opéra si Lucie de Lamermoor et Carmen n'étaient pas nées de faits divers ? Et le cinéma ! Et la presse, et le journalisme qui doivent la vie, au sens propre, à la bonne fortune du fait divers !
 

Avis :

Didier Decoin nous livre avec humour et érudition sa collection de faits divers préférés. Certains sont proprement ahurissants, beaucoup sont sanglants, voire insoutenables. L'étonnement est au tournant de chaque page. J'ai appris beaucoup, j'ai ri, souri, frémi, grimacé, écarquillé les yeux de surprise, de dégoût ou d'horreur... Ces faits divers ayant souvent inspiré des auteurs, ce recueil est l'occasion d'aller découvrir les tableaux mentionnés, et il m'a donné envie de lire ou de voir les livres et les films cités. Par ailleurs, revient comme un leitmotiv dans ce dictionnaire, ainsi que dans d'autres ouvrages de Didier Decoin, une sorte de démonstration à l'encontre de la peine de mort. En résumé, un sujet vaste, intéressant et étonnant ! J'aime beaucoup la façon qu'a Didier Decoin d'interpeller le lecteur et de le mettre à contribution. Voilà un homme avec qui il doit être passionnant de converser… (4/5)

vendredi 1 mars 2019

[Decoin, Didier] Est-ce ainsi que les femmes meurent






 

Coup de coeur 💓

 

Titre : Est-ce ainsi que
            les femmes meurent ?

Auteur : Didier DECOIN

Editeur : Grasset

Parution : 2009

Pages : 234








Présentation de l'éditeur :

Catherine Kitty Genovese n’aurait pas dû sortir seule ce soir de mars 1964 du bar où elle travaillait, une nuit de grand froid, dans le quartier de Queens à New York. Sa mort a été signalée par un entrefilet dans le journal du lendemain : « Une habitante du quartier meurt poignardée devant chez elle. » On arrête peu de temps après Winston Moseley, monstre froid et père de famille. Rien de plus. Une fin anonyme pour cette jeune femme drôle et jolie d’à peine trente ans. Mais savait-on que le martyre de Kitty Genovese a duré plus d’une demi-heure, et surtout, que trente-huit témoins hommes et femmes, bien au chaud derrière leurs fenêtres, ont vu ou entendu la mise à mort ? Aucun n’est intervenu. Qui est le plus coupable ? Le criminel ou l’indifférent ?
A la fois récit saisissant de réalisme et réflexion sur la lâcheté humaine, traversée d’un New York insalubre et résurrection d’une victime, le roman de Didier Decoin se lit dans un frisson.
 

 

Avis :

Comme avec La pendue de Londres du même auteur, il s'agit ici d'une histoire réelle, tout aussi terrible, cette fois dans le New York des années soixante. 
Le massacre de la victime est particulièrement atroce, mais, ce qui a contribué à sa célébrité est la passivité de plusieurs dizaines de témoins. Pourtant, en aucun cas des gens pires que vous et moi : alors, pourquoi ? Et moi, et nous, dans la même situation ? Cette histoire a été à l'origine de nombreuses recherches en psychologie sociale, et a permis de mettre au jour un phénomène dit "effet du témoin" : il s'agit d'une dilution de la responsabilité lorsque les témoins sont nombreux, alors qu'un témoin unique, ne pouvant compter sur personne d'autre, interviendra plus facilement. 
Toujours est-il que cette pauvre fille a vécu un calvaire au vu et su de nombreuses personnes, qu'il aurait suffi de presque rien pour la sauver, de nombreuses chances en ayant été perdues... L'horreur grimpe encore au vu de comportement et du sort du tueur. 
S'il s'agissait d'une fiction, j'aurais peut-être trouvé l'histoire exagérée, peu crédible. Et pourtant, tout est vrai. Encore un coup de coeur avec Didier Decoin. (5/5)