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mardi 7 juin 2022

[Fromm, Pete] Chinook

 

 

 

J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Chinook (Dry Rain)

Auteur : Pete FROMM

Traduction : Marc AMFREVILLE

Parution : en anglais (Etats-Unis) en 1997
                  en français en 2011 et 2022
                  (Gallmeister)

Pages : 320

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

— Le chinook, c’est un vent qu’on a là-haut et qui vient des montagnes. Ils disent qu’il ne souffle qu’en hiver. On peut alors passer facilement de –25° à 10° ou 15° au-dessus de 0 en une heure ou deux. Il fait fondre toute la neige, les routes sont complètement inondées. Mais quand il a fini de souffler, les vieilles températures reviennent et tout recommence à geler. Quand même, les gens l’adorent. C’est comme un souffle d’été au milieu de l’hiver.

En toile de fond de ces nouvelles qui parlent d’amour, de solitude et de fidélité, le chinook surgit parfois pour balayer le Montana. Avec toute sa tendresse et sa sensibilité, Pete Fromm montre comme personne combien des gens "ordinaires" sont dans leur fragilité bien plus grands qu’il n’y paraît.

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

Pete Fromm est né le 29 septembre 1958 à Milwaukee, dans le Wisconsin. Peu intéressé par les études, il s'inscrit un peu par hasard à l'université du Montana pour y suivre un cursus de biologie animale. Il vient d'avoir vingt ans lorsque, fasciné par les récits des vies de trappeurs, il accepte un emploi consistant à passer l'hiver à Indian Creek, au milieu de nulle part (dans les montagnes de l'Idaho), pour surveiller la réimplantation d'œufs de saumons dans la rivière. Cette saison passée en solitaire au cœur de la nature sauvage bouleversera sa vie.

À son retour à l'université, il supporte mal sa vie d'étudiant et part barouder en Australie. Poussé par ses parents à terminer ses études, il s'inscrit au cours de creative writing de Bill Kittredge - pour la simple et bonne raison que ce cours du soir est le seul compatible avec l'emploi du temps qui lui permettrait d'achever son cursus le plus tôt possible. C'est dans ce cadre qu'il rédige sa première nouvelle et découvre sa vocation. Son diplôme obtenu, il devient ranger et commence chacune de ses journées par plusieurs heures d'écriture. Après avoir jonglé entre son activité d'écrivain et les différents métiers qu'il cumule, il décide finalement de se consacrer à plein temps à la littérature.

Aujourd'hui, Pete Fromm a publié plusieurs romans et recueils de nouvelles qui ont remporté de nombreux prix et ont été vivement salués par la critique. Il est notamment le seul auteur à avoir remporté cinq fois le prix littéraire de la PNBA (l'association des libraires indépendants du Nord-Ouest Pacifique). Indian Creek, récit autobiographique qui raconte son hiver en solitaire dans les Rocheuses, a été son premier livre traduit en français et est devenu un classique du nature writing aux États-Unis comme en France. Il vit aujourd'hui à Missoula, dans le Montana.

 

Avis :

Chinook – vent chaud, dit « mangeur de neige », en Amérique du Nord - dans la version française, Dry Rain – précipitation n’atteignant pas le sol - dans l’américaine, le titre donne le ton de ce recueil de seize nouvelles : seize miniatures serties dans l’immensité souvent glacée et venteuse du nord-ouest des Etats-Unis, entre plaines et montagnes, Montana et Canada ; seize parenthèses de vie, humbles et fragiles, brièvement ouvertes sur la toile de fond d’une nature aussi grandiose qu’âpre et indifférente.

C’est toute une galerie de personnages comme vous et moi, perdus dans le dédale de leur vie anonyme, entre mille petites joies et grands tracas, qui défilent ici au rythme de brefs chapitres à la saveur douce-amère, tous captivants dès les premiers mots. Couples morts-nés ou soumis à l’épreuve du temps et de la parentalité ; pères veufs ou divorcés en plein désarroi ; fratries éclatées aux liens chaotiques ; êtres déchirés entre l’appel du large et leur attachement à leur terre natale… : au fil des menus faits qui emplissent silencieusement leur quotidien et cabossent inexorablement leur existence, se tisse la trame d’une humanité modestement occupée à sa myriade de petits destins aveugles, si touchants dans leur insignifiance face à l’immensité du temps et du monde.

Les hommes et les femmes au centre de ces récits sont des ruraux, confrontés à une vie simple, parfois pauvre, toujours rude dans ces grands espaces américains où la nature impose ses conditions. Croquées en quelques pages parfaitement justes dans leur sobriété et leur précision, leurs histoires d’amour et d’amitié, d’espoir et de désillusion, de solitude et d’incertitude, happent tour à tour le lecteur, chaque fois instantanément pris de curiosité, alors que leur simplicité-même ne les rend que plus singulières et crédibles. Vite refermées sur la réalité rarement tendre de leur dénouement, elles laissent toutes une place à la projection et à l’imagination, accordant à chacun la liberté d’extrapoler plus loin les personnages et leur destin.

Une maîtrise littéraire indéniable préside à ce bouquet de nouvelles traversées par le souffle du vent Chinook, venu nous porter la rumeur de ces mille existences silencieuses et modestes vivant au contact de la nature rude et sauvage de ce Montana qu’affectionne Pete Fromm. Encore une valeur sûre, rééditée par l’excellente maison Gallmeister. (4/5)

 

 

Citations : 

Monica songeait à reprendre ses études, parce que les enfants ne seraient pas toujours là et qu’après leur départ elle serait trop vieille. Cela nous faisait beaucoup rire car nous étions encore assez jeunes pour trouver drôle l’idée d’être trop vieux pour quoi que ce soit.

Là-haut, la neige ensevelissait tout et quand le vent tombait, le silence devenait à nul autre pareil. Peut-être l'avenir ressemblait-il à cela, le silence seulement brisé par des moments qu'il n'aurait jamais cru devoir espérer un jour.

On a perdu tant de temps qu’on n’a plus le temps de passer du temps à s’inquiéter de savoir si le moment est bien choisi.

Je comprenais comment ses sentiments s’étaient émoussés. Elle avait vu le monde entier, mais elle pensait que j’avais vu plus de choses, que j’avais su voir ce devant quoi elle était passée trop vite. Alors elle avait ralenti, pensant que c’était un choix possible pour elle. Et ça aurait pu marcher. Elle était terriblement forte. Mais elle avait aussi suffisamment ralenti pour se rendre compte de qui j’étais.

 

Du même auteur sur ce blog :

 
 

 


 

mercredi 13 novembre 2019

[Fromm, Pete] Mon désir le plus ardent




 

J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Mon désir le plus ardent
            (If Not for This)

Auteur : Pete FROMM

Traductrice : Juliane NIVELT

Parution : 2013 en américain
                  (
Red Hen Press)
                  2019 en français (Gallmeister)

Pages : 288

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :   

Maddy s’était juré de ne jamais sortir avec un garçon du même âge qu’elle, encore moins avec un guide de rivière. Mais voilà Dalt, et il est parfait. À vingt ans, Maddy et Dalt s’embarquent dans une histoire d’amour qui durera toute leur vie. Mariés sur les berges de la Buffalo Fork, dans le Wyoming, devenus tous deux guides de pêche, ils vivent leur passion à cent à l’heure et fondent leur entreprise de rafting  dans l’Oregon. Mais lorsque Maddy, frappée de vertiges, apprend qu’elle est enceinte et se voit en même temps diagnostiquer une sclérose en plaques, le couple se rend compte que l’aventure ne fait que commencer.

Mon désir le plus ardent est le portrait d’un couple ancré dans le temps présent qui affronte avec courage et humour les épreuves de la vie. Avec sa voix pleine d’énergie, tout à la fois drôle et romantique, Pete Fromm nous offre une histoire d’amour inoubliable.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Pete Fromm est né le 29 septembre 1958 à Milwaukee dans le Wisconsin. 
Peu intéressé par les études, c'est par hasard qu'il s'inscrit à l'université du Montana pour suivre un cursus de biologie animale. Il vient d'avoir vingt ans lorsque, fasciné par les récits des vies de trappeurs, il accepte un emploi consistant à passer l'hiver au cœur des montagnes de l'Idaho, à Indian Creek, pour surveiller la réimplantation d'œufs de saumons dans la rivière. Cette saison passée en solitaire au cœur de la nature sauvage bouleversera sa vie. À son retour à l'université, il supporte mal sa vie d'étudiant et part barouder notamment en Australie. Poussé par ses parents à terminer ses études, il s'inscrit au cours de creative writing de Bill Kittredge, ce cours du soir étant le seul compatible avec l'emploi du temps qui lui permettrait d'achever son cursus au plus tôt.

C'est dans ce cadre qu'il rédige sa première nouvelle et découvre sa vocation. Son diplôme obtenu, il devient ranger et débute chaque jour par plusieurs heures d'écriture avant de décider de s'adonner à cette activité à plein temps. Pete Fromm a publié plusieurs romans et recueils de nouvelles qui ont remporté de nombreux prix et ont été vivement salués par la critique. Indian Creek, récit autobiographique, a été son premier livre traduit en français. Il vit dans le Montana.

 

 

Avis :

Dalt et Maggy sont deux jeunes américains épris de liberté, de nature et de sensations fortes. Passionnément amoureux, ils se lancent de concert dans une vie d’aventures hors norme, avec une idée en tête : vivre de leur passion pour le rafting et la pêche en rivière. C’est sans compter sur la sclérose en plaques qui frappe soudain Maggy et va bouleverser tous les plans du couple, transformant leur existence en un combat épuisant et inégal.

Cette histoire qui progresse par bonds successifs de la même manière que la maladie, doit sa force et sa singularité au choix de personnages indomptables, dont la rage à se battre contre l'adversité ne laisse aucune place à la sensiblerie. L’émotion est bien présente, mais tellement maintenue à distance et contenue avec une telle colère, que seules les dernières pages font vraiment venir les larmes.

S'il est parfois difficile de se faire à la causticité et aux jurons de Maggy, ils nous renvoient néanmoins avec réalisme au quotidien d'une femme en colère, qui refuse de se voir peu à peu décliner et n’épargne pas toujours son entourage. Un entourage qui souffre lui aussi, et dont on suit la lucidité, la patience et l’engagement, puisque derrière la maladie se profile avant tout une indéfectible histoire d’amour entre un homme, une femme et leurs enfants.

J’ai beaucoup apprécié ce roman qui parvient à aborder sans fard un sujet difficile, réussissant à la fois à se glisser sans fausse pudeur dans le corps d’une femme détruit par la maladie, à développer sans sentimentalisme une formidable histoire d'amour, et à ouvrir de jolies échappées de nature sauvage. Pete Fromm nous offre un véritable hymne à la vie, à la liberté, et à l'amour. (4/5)

 

 

Citations :

J'éviterai de penser à ce qui m'attend sur le long terme. N'est-ce pas la condition préalable numéro un pour avoir un bébé ? Ne pas réfléchir ? Ne pas réfléchir aux chromosomes en trop, aux parties manquantes, à la colique, à la crise des deux ans, à la rage adolescente – merde, au terrorisme international, au réchauffement climatique ? Si on réfléchissait vraiment à quoi que ce soit, pouf, on serait foutus, on passerait nos vies tapis dans un coin, trop terrifiés pour ne serait-ce qu'ouvrir les yeux.

Comment en est-on arrivé là ? Je ne parle pas de la maison, je parle de nous. On ne se dit plus rien on évite le vrai sujet, comme s’il allait finir par se lasser de nous et partir.
- Quoi ?
- On n’a pas de secret l’un pour l’autre, Dalt. Mais tu as trouvé un emploi sans me le dire. Et une maison. Une maison qui pourra s’adapter au pire.
- C’est juste que...
- C’est juste qu’on a peur. (...) Ne nous laissons pas envahir par la peur au point de ne plus se parler. D’accord, Dalt ? Ce serait vraiment dommage. De laisser une maladie à la con nous faire ça.

(..) et je m'abandonne, une nouvelle journée derrière nous, une autre devant, imminente, demain. Toujours comme la chute d'une blague répétée à l'infini. Demain. Même quand c'est la dernière chose que l'on veut, savoir ce qui vient, ce qui va suivre. Demain. 

 

 

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