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lundi 3 novembre 2025

[Vilain, Philippe] Mauvais élève

 



 

J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Mauvais élève

Auteur : Philippe VILAIN

Parution : 2025 (Robert Laffont)

Pages : 240

Accès au livre : ISBN 9782221267097  
                           en librairie

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :       

Dans Mauvais élève, Philippe Vilain évoque une période déterminante de sa jeunesse en milieu défavorisé, ses années de formation marquées par son échec scolaire et des épreuves qui l'ont vu évoluer, à force de volonté, du lycée technique à l'université, d'une détestation de la lecture à une passion pour la littérature, et l'ont mené, jeune homme, à vivre une histoire d'amour avec une écrivaine célèbre avant d'entrer dans le monde des lettres.
À travers son récit de transfuge, l'auteur poursuit sa quête de vérité et offre un véritable message d'espoir, révélant qu'une vocation peut combattre les déterminismes.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :   

Philippe Vilain enseigne la littérature française à l'université Federico II de Naples et dirige la collection " Narratori francesi contemporanei " aux éditions Gremese. Il est l'auteur de nombreux romans, dont La Dernière Année, Paris l'après-midi (prix François-Mauriac de l'Académie française), Pas son genre (adapté au cinéma), La Femme infidèle (prix Jean-Freustié) et La Malédiction de la Madone (prix Méditerranée), ainsi que d'essais remarqués.
 

 

Avis :

Récit autobiographique lucide et sincère, Mauvais élève revient sur les origines populaires de l’auteur, son échec scolaire initial et le dur apprentissage qui devait, contre toute attente, le mener d’une orientation technique à une formation universitaire, d’un désintérêt pour les livres à une passion pour la littérature et, passant par une histoire d’amour avec Annie Ernaux, lui dans la vingtaine, elle avec trente ans d’avance et déjà très connue, lui ouvrir à son tour une grande carrière dans les lettres.

La narration commence avec l’enfance en Normandie, entre l’alcoolisme d’un père employé de bureau et l’usure d’une mère dactylofacturière, un parcours de « cancre irréductible, paresseux, collectionneur de notes indécentes, d’absences et d’avertissements » qui « ne voulai[t] rien apprendre et ne savai[t] pas quoi faire de [s]a jeunesse », au point de verser dans la petite délinquance. 
Puis vient le déclic : la découverte des livres, l’écriture comme échappatoire et la volonté farouche de s’en sortir. Avec un BEP en poche, il décroche un bac pro, puis entame des études de lettres modernes, porté par l’ambition de vivre de sa plume.

Mais son ascension aurait-elle été possible sans cette liaison improbable avec Annie Ernaux ? Cinq années d’une relation intense, faite d’admiration chez lui, de domination chez elle, qui deviendra son Pygmalion. Cette partie du récit, que certains lisent comme une réponse aux deux livres qu’elle a consacrés à leur histoire, offre son propre versant, sans acrimonie ni esprit de revanche. L’auteur y fait preuve d’une remarquable distance, d’un calme qui n’efface ni les blessures ni la reconnaissance.

Loin d’un règlement de comptes, le texte rend hommage autant qu’il explore les failles, sans colère ni amertume, dans une introspection lucide et assumée. Tous deux ont connu une ascension sociale vertigineuse, mais chacun en garde un ressenti différent : chez elle, la honte du transfuge de classe ; chez lui, une forme d’apaisement. Se disant « nomade social », il revendique une fidélité à son moi profond, une tendresse intacte pour les siens, et une lucidité sur les désillusions que peut aussi offrir son nouveau milieu.

D’une grande délicatesse, riche en réflexions nuancées, ce récit personnel doublé d’une lecture sociologique impressionne par la passion et la ténacité qui ont fait de la littérature une véritable planche de salut. Une écriture remarquable, au service d’un parcours hors norme. (4/5)

 

 

Citations :

On nous imposait des dictées pour y remédier, ainsi que réapprendre les règles élémentaires de l’orthographe et de la grammaire. La plupart d’entre nous traînaient d’importantes lacunes dans ces domaines, certains étaient quasiment analphabètes, d’autres, étrangers, maîtrisant mal la langue, s’exprimaient laborieusement. Mon cas n’était pas moins désespéré. Mes fautes de français insultaient l’intelligence. Ne lisant pas, je me sentais moi-même étranger dans ma propre langue, relégué dans une catégorie d’irrécupérables, une Internationale des damnés.


Même la position, décentrée, des bâtiments techniques, C et D – l’habitat des dactylos, des mécanos, des chaudronniers et autres déshérités, gaillards cabossés de la vie, s’apparentait à des entrepôts –, indiquait notre relégation dans la géographie sociale du lycée : nous étions parqués près des immeubles de la zone sensible de Vernon, les quartiers incandescents de la ZUP peuplés de familles immigrées paupérisées, loin du prestigieux bâtiment A occupé par les lycéens des filières générales. C’était peut-être ce que nous méritions, la hideur bétonnée du monde, l’inesthétique architecturale : même la beauté nous était ôtée. En répartissant ainsi les sections, le lycée ne faisait pas que distinguer les filières entre elles, il sélectionnait des manières d’être, des habitus, reproduisait les inégalités sociales. Le contraste criant entre le bâtiment A et le bâtiment D accentuait mon sentiment d’injustice et de révolte, cette ségrégation au sein de l’établissement me faisait prendre conscience des déterminismes, des marquages d’identité sociale, de cette force implacable qui ramenait les élèves en difficulté dans une seule et même zone. Se retrouver au bâtiment D signifiait, de fait, être issu d’une famille pauvre et avoir une scolarité chaotique jalonnée de redoublements, voire de faits de délinquance. Notre pedigree social valait un casier judiciaire.


Je tente juste, sans fabuler ma vie, sans nier les déterminismes et les conditionnements, de restituer le plus fidèlement possible l’environnement dans lequel ma scolarité se déroula, en rendant compte des faits et de la diversité des facteurs (la pauvreté, l’alcoolisme, le manque d’encadrement de mes parents, la violence sociale, les inégalités culturelles, ma mélancolie) qui contribuèrent à infléchir ma trajectoire dans un sens plutôt que dans un autre, à me déterminer dans une direction, comme à me rendre indisponible pour les études, incapable de me concentrer pour apprendre, réfléchir et trouver ma place dans le système scolaire. Ces épreuves me marquèrent profondément et me firent prendre conscience de la fragilité des destins, de l’implacable logique d’une jeunesse que je traversais comme un fantôme.


Et s’il n’y avait eu aucun jour de ma jeunesse, avant ceux-ci, que j’avais passé à lire, je me rendais compte, m’ouvrant au monde, qu’il n’existe sans doute pas d’asservissement plus grand que celui d’une vie sans livres et qui, sans nous rendre forcément inconscients de nos manques et de notre malheur, mais en nous privant de repères et de cadre, en nous rendant incapables de décrypter le monde et de nommer précisément les choses, nous condamne à errer dans un monde absurde. 


Certes, je voulais étudier les lettres, mais en m’inscrivant à l’université, je ne me souciais pas d’en savoir la finalité, l’enseignement ou les métiers de l’écrit, par exemple, et je n’avais pas conscience que les diplômes universitaires, quand ils ne menaient pas alors à un terme doctoral, demeuraient sans réelle valeur, inopérants pour construire une carrière professionnelle. De telles études littéraires, déclassées, n’offraient aucune perspective concrète, mais permettaient tout juste d’ajourner une transition vers une autre voie et ne contentaient que les étudiants de mon espèce, ceux des classes sociales inférieures, indécis quant à leur avenir – les étudiants de la bourgeoisie, eux, savaient que seules les grandes écoles vous assurent une carrière « convenable » ; parmi eux, restaient à l’université ceux qui suivaient un double cursus ou bien ceux qui avaient échoué en classes préparatoires. 
 
 
L’écriture m’affirmait, me consolait, me réparait. Je me réconfortais de voir les mots jaillir sur le papier, la force jouissive de l’écriture qui avortait mes années noires délivrait en moi le taiseux, le mutique, une parole souveraine, impérieuse, dont le lyrisme suivait l’exaltation de ma pensée pour se tenir à peine au-dessus du silence. Les difficultés à m’exprimer, à désigner les choses en paroles ou à terminer mes phrases sous le regard des autres, mon léger bégaiement de timide, ma manière bafouillante de parler en rameutant à toute force mes idées, qui si souvent, dans une assemblée, me faisaient heurter les syllabes des mots, les inverser, qui me contraignaient dans les discussions et devaient me donner une apparence stupide, disparaissaient miraculeusement en écrivant. Dans la solitude, quand mon esprit s’apaisait, l’écriture, me délestant de ma gaucherie, rassérénait mon intelligence.


Mais je ne m’habituais toujours pas au climat de Rouen, à la pluie qui déteignait sur mon humeur, amplifiait mon goût de la méditation jusqu’à me rendre mélancolique, cette même pluie qui semblait enraciner les Rouennais à leur ville. La pluie était le témoin fidèle de leur vie, celle qui les voyait grandir, étudier, celle qui pleurait leur départ quand ils devaient quitter la ville pour des raisons professionnelles, celle qui fêterait leur retour quand, plus tard, après des mois ou des années, ils reviendraient s’y installer, pour s’y reproduire, y occuper une fonction, fréquenter les mêmes cafés, les mêmes supermarchés, les mêmes restaurants, jusqu’à la retraite et à l’ultime grand silence, sous une pluie générationnelle en somme, qu’ils se perfusaient de père en fils, de mère en fille, une pluie qu’ils avaient intégrée et qui faisait partie d’eux, une pluie bienvenue qui ne les empêchait de rien, ni de sortir ni de se promener, comme s’ils avaient un parapluie dans le cœur. 


Le véritable mépris de la littérature prenait, à mes yeux, le visage du divertissement littéraire, de cette littérature dite « populaire », désécrite, fabriquée pour plaire à un public spécialisé, de consommateurs plus que de lecteurs, et s’adapter aux goûts présumés des gens de mon espèce sociale, comme de la nourriture serait spécialement confectionnée avec de mauvais ingrédients pour satisfaire les goûts des pauvres, dont on décréterait qu’ils ne méritent pas mieux. Bien sûr, je n’en voulais pas aux lecteurs de la lire, mais aux auteurs de la fabriquer si savamment ; c’était cela, à mes yeux, le mépris, la déconsidération de son lectorat : penser qu’il ne méritait pas une meilleure prose. 


L’importante différence d’âge aurait dû nous conduire à ne pas poursuivre une relation aussi déséquilibrée, et n’importe quelle personne responsable y aurait mis aussitôt fin : mais ni elle ni moi ne l’étions. Elle parce qu’elle me désirait, moi parce que je l’admirais. Anticipant mes doutes, cependant, elle me cita des mots de Paul Auster, un auteur qu’elle appréciait : « Les histoires n’arrivent qu’à ceux qui sont capables de les raconter. De même, les expériences ne se présentent qu’à ceux qui peuvent les vivre. »


Je n’étais pas encore entré dans cette dimension stakhanoviste de l’écriture et de ses plaisirs masochistes, qui consiste en une réécriture régulière, en un regrattage infini des syllabes et des mots, en un entraînement foncier, semblable à un travail musical de gammes ou de répétitions, contraire au superficiel plaisir d’écrire soumis aux caprices d’une inspiration aléatoire. Elle me faisait comprendre que, loin des clichés romantiques de l’improvisation artistique, l’écriture demande un investissement sans faille, un apprentissage de l’humilité, une obéissance à une méthode, offrant finalement peu de jubilation, peu de plaisir. Je n’étais pas encore prêt à me faire si mal, à me salir les mains, mais j’avais déjà intégré l’idée qu’écrire est un travail, et une guerre contre le temps, un temps qui reste à conquérir sur soi, sur les autres, sur les distractions, que nous ne pouvons écrire sérieusement sans voler du temps, sans faire ce choix astreignant, puisque nul ne nous oblige à écrire et n’attend de nous lire.  
 
 
Écrire n’était pas pour elle un travail différent de celui du poète qui, dans la condensation des idées et des mots, recherche l’essence des choses, ou du sculpteur qui s’emploie à réduire la matière afin de trouver la forme juste, quitte à ce que cette forme minimale n’en vienne à se restreindre au strict nécessaire (…).


C’est à cela qu’Annie Ernaux me familiarisait, au fait qu’un écrivain, dans sa version idéale, la plus exigeante, qu’elle représentait à mes yeux, n’est pas seulement un auteur, un producteur de contenus ou un raconteur d’histoires, mais avant tout un penseur, porteur d’une vision du monde et de convictions politiques. 


Mon adhésion soudaine à Naples me sensibilisait à l’idée commune, mais si juste, finalement assez dérangeante, à laquelle je devais bien me résigner, que nos goûts, nos pensées, nos manières d’être, nos habitudes, nos passions même et tout ce que nous avons la faiblesse de croire singulier sont déterminés par nos origines, qu’ils dérivent des circonstances où ils se sont formés à notre insu et que, quoi que nous fassions, quelque effort que nous produisions pour maquiller nos goûts, les corriger ou les refouler, il nous est difficile, pour ne pas dire impossible, de les effacer : la puissance irrésistible du temps nous y ramène constamment. Et ce n’était sans doute pas un hasard si Annie aimait tant Venise, et moi, qui avais vécu dans des conditions matérielles comparables à celles que connaissait une majorité du peuple napolitain, et qui avais passé ma jeunesse dehors, à traîner dans les rues, à jouer au football, à rapiner un peu, me sentais si napolitain : je n’étais pas autre chose encore qu’un ragazzo di strada, un gars de la rue.


Néanmoins, s’il arrivait que leur comportement m’embarrassât, la honte jamais ne s’y mêlait, sans doute parce que la seule que j’aie véritablement éprouvée était relative à l’alcoolisme de mon père, non à mes origines populaires, et si je m’effrayais parfois de m’éloigner de mes parents, de ne plus rien partager avec eux, si, même, pourquoi ne pas le dire, je m’ennuyais par moments en leur compagnie, si je ne les avais pas pris comme modèles et si je n’employais plus depuis longtemps leur langage dont j’avais gommé la plupart des incorrections, je continuais de me reconnaître dans leur monde ; par ailleurs, je constatais que l’acquisition de la culture, si elle ne manquait pas de creuser une distance de classe entre mon ancien monde et celui que je découvrais, n’affectait pas foncièrement ma manière d’être, mes habitudes, mes goûts, ni ne me faisait éprouver ce sentiment de trahison que les transfuges connaissent à l’égard des personnes du monde dont ils sont issus. Quelque chose d’irréductible me liait à mon milieu, qui tenait sans doute au fait que j’avais été tardivement doué pour les études et que je savais, au fond de moi, ce qu’était souffrir d’une certaine inculture, être méprisé. Car, je l’avais remarqué, nombre de ceux qui ressentaient ce sentiment de trahison avaient pour trait commun d’avoir été tôt de brillants élèves, de sorte qu’en acquérant précocement une érudition, ils développaient peut-être, en même temps, un goût de la domination. Ce sentiment-là, j’avais eu la chance de ne jamais l’éprouver, parce que, tout en évoluant vers un monde intellectuellement et socialement supérieur, je n’avais cessé de fréquenter le mien. La culture ne me servait donc pas d’instrument de jugement, d’évaluation ou de distinction, mais de moyen de compréhension de mon propre monde, qui m’aidait à expliquer mon mode de vie, à le considérer comme à le justifier. C’est pourquoi je ne diabolisais pas mes parents, je ne les trouvais pas « ploucs », je voyais plutôt de pauvres gens, courageux, marqués par la violence sociale, et qui n’avaient pas eu la chance de bénéficier d’une véritable éducation. De sorte que les sentiments d’illégitimité, de déloyauté et de trahison qui submergent bien souvent les transfuges de classe – je m’apprêtais à en devenir un – au moment de s’éloigner de leur famille, de s’écarter de la voie qui leur était promise dès la naissance, ne m’effleuraient pas, puisque je ne cherchais pas à fuir les miens, seulement à me sauver.


 Je ne crois pas ceux qui disent manquer de temps pour écrire, car, en réalité, personne n’a le temps d’écrire, écrire n’étant pas une activité normale. C’est une activité que nous devons nous imposer, c’est un temps que nous devons prendre d’autorité. Écrire n’est pas seulement une affaire de talent ou de compétence, mais d’abord une aptitude à s’inventer du temps, à se créer des espaces de liberté et à savoir s’immerger dedans, c’est une disposition à se faire temps. 
 
 
Oui, c’était bien une déception que la découverte de ce monde cultivé m’apportait, un monde qui ne fonctionnait pas différemment d’une caste ou d’une entreprise, avec sa hiérarchie respectable, ses dominants et ses courtisans, son économie et son commerce, son favoritisme et son entre-soi, une caste dont la littérature n’était que le prétexte et ne vantait que ses produits les plus conformes au goût du temps, et toujours les mêmes écrivains formatés, bien éduqués, ceux qui « avaient la carte » et qui vendaient. Publier me faisait observer la prépondérance des héritages, la puissance de la reproduction sociale, la persistance des clivages classistes, et éprouver, à mes dépens, la manière pernicieuse dont la littérature autobiographique cristallisait la lutte entre les classes sociales, la différence flagrante de traitement critique entre les auteurs issus des classes supérieures et ceux issus des classes inférieures, ne bénéficiant d’aucun réseau. J’avais compris que chaque auteur était étiqueté dès le départ et que le mérite était une farce, qu’il n’était pas pris en compte, que les textes ne seraient pas évalués sur des conventions littéraires, mais sur des conventions d’un ordre différent, marchandes avant tout, et j’avais la conviction que, dans ces conditions, tout ce que j’écrirais ne serait jamais assez convaincant, que l’on trouverait toujours à me critiquer là même où l’on épargnait la plupart des auteurs du sérail, en conséquence de quoi il me faudrait davantage que tous les autres faire mes preuves – comme on me l’avait dit durant toute ma scolarité – pour imposer un nom dans ce paysage, y gagner le respect et y durer. Bien entendu, je ne découvrais pas les inégalités du système et je n’en étais pas étonné, car celles-ci sont inhérentes aux sociétés marchandes ; ce qui me chagrinait surtout, c’était que ces injustices soient acceptées et perpétrées – à leur avantage – par ceux-là mêmes qui prétendaient lutter contre elles, les intellectuels et les transfuges de classe. La violence d’un pareil traitement, qu’il ne m’aurait pas surpris d’observer dans n’importe quel autre milieu, me choquait dans celui de la culture, justement censé faire preuve d’ouverture, de compréhension et œuvrer à l’abolition des formes les plus radicales d’iniquité. J’étais déçu : ce monde ne différait pas des autres, celui de l’entreprise notamment, réglé par des enjeux économiques et de pouvoir ; le fait de vivre dans un monde cultivé, de connaître la littérature, l’art, dont la richesse et l’importance sont si vantées, n’améliore personne, ne rend ni plus humaniste, ni plus philanthrope, ni plus juste ; ma déception venait du constat de l’échec de ce monde de la culture qui, finalement, donnait lieu aux mêmes inégalités sociales, aux mêmes injustices, à la même violence qu’ailleurs.


Devenir écrivain ne modifiait pas mon existence. Je ne vivais pas comme une fierté le fait de rencontrer des personnalités, d’en côtoyer certaines, ni comme un deuil de ma propre culture d’avoir fait de la littérature mon activité principale, mais il me semblait que je participais à une expérience sociale qui m’apportait une compréhension plus complète de la société. Je ne me sentais pas un transfuge ni même un transclasse, au sens où, si ma trajectoire décrivait un mouvement ascendant d’un milieu à un autre, si mes activités professionnelles m’obligeaient à côtoyer un univers profondément différent du mien, économiquement et culturellement plus élevé, et à fréquenter des personnes jouissant d’un statut important, et si je déjouais le destin de ma classe d’origine, je n’avais pas, néanmoins, épousé les valeurs de cette nouvelle classe, de ce nouveau monde dans lequel je me contentais de séjourner temporairement. Je me voyais plutôt comme un voyageur entre les mondes, une sorte de « nomade social » comme un sociologue le définit, un homme du peuple, libre, qui, par obligation professionnelle, passe du temps dans d’autres contrées culturelles, mais ne fait que les traverser pour revenir à sa terre d’origine, sans devenir un autre, sans honte ni sentiment de trahison par rapport aux miens. Ce nouveau monde, décevant, ne m’éloignait pas de ma famille, et sa culture n’était pas assez puissante pour faire disparaître la mienne, pour gommer mes goûts, mes intérêts, mes passions populaires, me désolidariser des miens.


L’amour de la lecture ne me semble pas très différent de l’amour que nous éprouvons pour une personne, il est avant tout une question de rencontre : de même que nous ne sommes pas dépourvus d’une capacité à aimer lorsque nous sommes célibataires, nous ne sommes pas pourvus d’une incapacité à lire lorsque nous ne lisons pas, dans un cas comme dans l’autre, nous avons besoin d’amour et de lecture, et c’est seulement que nous n’avons pas encore rencontré la bonne personne et les bons livres. Cette rencontre est une découverte qui réclame du temps et des hasards, et suppose une certaine connaissance de soi et de ses préférences, pour mieux circonscrire ses attentes, vaincre ses appréhensions aussi. Car c’est souvent la peur de la littérature, au fond, qui nous interdit de la lire : la peur de n’y rien comprendre et de nous renvoyer à une forme d’ignorance ou de stupidité, la crainte de nous confronter à la difficulté de textes que nous n’imaginons pas écrits pour quelqu’un comme nous ; mais aussi, inversement, la peur de comprendre ce que nous nous sommes longtemps dissimulé et que la littérature nous donnerait soudain à voir, la réalité sans détour, à vivre sans illusions ; la peur de rencontrer des personnages susceptibles de nous déstabiliser ou de nous ressembler, nos fantômes, nos spectres et nos doubles ; la peur de changer et de voir nos certitudes remises en question. 

 

 

Du même auteur sur ce blog :

 
 

 


 

mardi 16 juillet 2024

[Vilain, Philippe] La Malédiction de la Madone

 


 

 

J'ai beaucoup aimé

 

Titre : La Malédiction de la Madone

Auteur : Philippe VILAIN

Parution : 2022 (Robert Laffont)

Pages : 192

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :     

Assunta Maresca, dite Pupetta, grandit à Naples, dans les années 1950, sous la coupe d’un père mafioso. Mais Pupetta, la « petite poupée », ne craint rien ni personne.
À dix-neuf ans, alors qu’elle participe à un concours de beauté, son destin bascule. Elle rencontre l’amour de sa vie, Pasquale Simonetti, un boss de la Camorra, qui tombe sous le charme de cette Napolitaine sulfureuse. Le mariage est vite officialisé et rien ne peut contrarier le bonheur de ce couple. Si ce n'est l'assassinat de Pasquale, quatre-vingts jours après la cérémonie. 
Pour Pupetta, l’heure de la vendetta a sonné. Son histoire ne cesse alors d’affoler la rumeur de la ville, car cette Madone vengeresse incarne à la fois le courage et l’honneur, la passion et l’héroïsme, mais également toute l’ambiguïté de Naples, à feu et à sang.
 
Inspirée de faits réels, La Malédiction de la Madone est le portrait fidèle et fascinant de cette pasionaria autant vénérée que redoutée.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :   

Philippe Vilain est l’auteur de nombreux romans, comme Paris l’après-midi (Grasset, 2005, prix François-Mauriac), Pas son genre (Grasset, 2011, adapté au cinéma), La Femme infidèle (Grasset, 2013, prix Jean-Freustié) et Un matin d’hiver (Grasset, 2020), ainsi que d’essais remarqués. Il dirige la collection « Narratori francesi contemporanei » aux éditions Gremese à Rome.

 

 

Avis :

Il y a un peu plus de soixante ans, un procès qui passionna l’Italie condamnait la Napolitaine Assunta Maresca, surnommée Pupetta, pour avoir vengé le meurtre de son mari mafioso. Philippe Vilain fait revivre cette histoire d’amour et de vendetta, sur le fond misérable et violent d’une ville alors encore marquée par les séquelles de la guerre et mise en coupes réglées par une Camorra déstructurée en une myriade de clans rivaux.

Fille d’un contrebandier de cigarettes, Pupetta est remarquée lors d’un concours de beauté par l’un des nouveaux patrons de la mafia, Pasquale Simonetti, un guappo qui s’est imposé dans le racket alimentaire en cette période de pénurie d’après-guerre, et qui maintenant fait si bien la loi sur la région que c’est à lui que l’on vient même demander justice. Ainsi cet épisode, resté dans les annales, où il contraint un homme à épouser la fille qu’il a abandonnée enceinte : « J’ai dix mille lires dans ma main, je dois les dépenser en fleurs : tu préfères que j’en fasse quoi, que je les dépense pour ton mariage ou pour tes funérailles ? »

Elle-même très vite enceinte de ce « seigneur du crime, justicier et généreux », à la « réputation d’homme juste », Pupetta l’épouse en très grande pompe et, elle qui aspirait pourtant à une vie différente de celle de sa mère, accepte par passion de subir à son tour la malédiction attachée à toute femme de mafieux : « c’est écrit d’avance : ou bien il ira en prison, ou bien il mourra ». De fait, autant admiré que craint et jalousé, Pasquale Simonetti est abattu par un sicaire de son associé, moins de trois mois après les noces. Seule, déjà veuve à vingt ans et bientôt mère, l’impétueuse Pupetta décide de se venger. Acte passionnel et crime d’honneur, son geste prémédité et assumé qui lui fera déclarer lors de son retentissant procès : « Je le referais ! », l’inscrira comme une héroïne dans la légende napolitaine, en même temps qu’il la condamnera à une lourde peine de prison.

Excellant à recréer l’atmosphère de Naples et le rapport ambigu de la ville avec le crime organisé, Philippe Vilain redonne efficacement vie à cette « petite poupée », promise au sort effacé et soumis des femmes de sa ville et de sa génération, et qui devint pourtant, au fil d’un destin sulfureux noué autour d’un caractère fier et bien trempé, cette ambivalente figure de  « Madame Camorra », criminelle aussi réprouvée qu’adulée. La narration au passé et sans beaucoup de dialogues donne à ce portrait historique romancé la coloration sépia d’anciennes photographies, ou encore le contraste d’un vieux film en noir et blanc, que l’on redécouvre avec fascination et étonnement. Dommage que l’histoire s’arrête sur un léger sentiment d’inachevé, obligeant le lecteur, faute d’un épilogue qui aurait été le bienvenu, à chercher ailleurs la suite du parcours de Pupetta. Car, condamnée à dix-huit ans de prison, elle fut graciée en 1965 et connut encore bien des avanies en lien avec des activités criminelles… (4/5)

 

Citations : 

Elle devait se réveiller à cinq heures du matin pour ouvrir la pâtisserie, lever le lourd rideau de fer, nettoyer le sol, recevoir les commandes, les déballer, préparer la caisse. Surtout, elle trouvait injuste que ses frères soient exonérés de toutes ces corvées et qu’ils aient la permission d’arriver  au travail à neuf heures. Pourquoi n’avait-elle pas les mêmes droits qu’eux ? Simplement parce qu’elle était une femme ? Son père ne se justifiait pas : c’était ainsi, voilà tout, il était inutile de protester. Que la vie soit injuste, il lui aurait volontiers donné raison, il le savait mieux que quiconque, lui qui s’était extirpé seul de la misère. L’injustice, il l’avait éprouvée quand il avait dû travailler jeune aux abattoirs, quand il s’esquintait les mains à couper de la viande gelée dans des chambres froides, toutes ses blessures dont il n’avait jamais cru bon de parler ; comme la plupart des trafiquants, c’était par nécessité, pour échapper à la misère et éviter de trimer pour trois lires en usine, qu’il avait modifié ses plans de carrière au sortir de la guerre et fini par s’orienter vers la contrebande. Entre la pénibilité d’une activité peu rémunérée et la dangerosité bien tarifée d’une autre, son choix était tout fait.
 

Tous les Napolitains connaissaient Pasquale Simonetti, le Colosse, un guappo différent des autres, un vrai, reconnu pour sa loyauté, et qui, bien qu’il ne fût pas vieux, avait la nostalgie du temps pas si lointain où les bonnes manières étaient d’usage et le respect de la parole dominait. À l’époque, la diplomatie précédait les tirs, et les sommations devançaient les condoléances. Mais en quelques années, depuis la fin de la guerre, les choses avaient changé, et la situation était anarchique. Personne ne respectait plus personne. La Camorra s’atomisait en d’innombrables clans qui, tous, réclamaient leur territoire et leur part des juteux commerces de la contrebande. Dans un contexte où la criminalité augmentait en même temps que la misère et le chômage des quartiers, l’espoir de gagner facilement de l’argent, voire d’être riche, suscitait des vocations de tueurs.  Désormais, on flinguait à tour de bras, on tuait pour un rien ; les rues s’étaient mues en champs de tir, des ball-traps extraordinaires où des quidams mouraient gratuitement. Pour être accepté par un clan ou gravir la hiérarchie, les garçons apprenaient le crime, devaient démontrer leurs aptitudes et leurs compétences, leur détermination et leur courage, et passer des examens rudimentaires parmi lesquels « le tir au pigeon ». La consigne ? Commettre un meurtre en tirant sur un badaud, un citoyen de hasard, histoire de s’exercer. Des crimes de ce genre se gravaient dans les mémoires. Tous les Napolitains avaient soit entendu le récit, soit été témoins de ces scènes spectaculaires d’innocents tombant en pleine rue. Tous avaient en tête l’image effrayante d’une femme achevée à bout portant de cinq balles de revolver devant un restaurant. Parfois, les cibles n’étaient ni gratuites ni choisies au hasard : une vieille rancune, le souvenir d’une tromperie ou d’une infidélité, une impolitesse, un oubli de saluer, une susceptibilité à fleur de peau pouvait fournir le motif opportun d’une vengeance. Les motifs importaient peu d’ailleurs, pourvu que la mort survienne au terme de l’exercice. Si pour être recruté par un clan, un tel examen de passage était indispensable, si l’on souhaitait être enfin accepté et respecté, il restait à réussir le défi le plus noble, le plus difficile aussi, une sorte d’agrégation du crime : tuer un membre de sa famille – ce qui, dans un curriculum de criminel, distinguait, constituait la preuve d’un engagement solide et révélait la sincérité absolue du  candidat. Ainsi le nombre d’apprentis criminels se multipliait-il, formant de véritables gangs parés pour la guerre entre clans. Pouvoir compter sur des hommes prêts à se sacrifier afin de montrer la puissance du groupe et surtout protéger ledit groupe était fondamental.
 
 
En amour, les sentiments les plus vertueux sont louables mais ils ne suffiront pas à convaincre un chef de famille, qui donnera sa préférence au prétendant le plus argenté, brodant pour excuser les vices d’un bon parti et inventer des disgrâces à un mauvais.


Aucun mafieux n’est athée. Tous sont nés avec la religion, tous ont communié, tous sont baptisés, tous prient, tous se signent en passant devant une église, participent aux rituels, assistent aux messes, au mieux par foi, au pire pour parader et se rendre légitimes au sein de leur communauté. Certains se  révèlent prodigues, aidant les bonnes œuvres de la paroisse en échange de la bénédiction du bon Dieu. La misère des quartiers était si grande au sortir de la guerre que Dieu ne regardait pas trop la provenance des généreuses donations : quelques dizaines de milliers de lires réparaient les âmes, rachetaient les mauvaises consciences ou rendaient l’honneur d’un nom de famille. Être camorriste n’empêchait pas d’être catholique. Bénie par l’Église, la Camorra soutenait financièrement les familles et permettait de suspendre un temps la misère, d’offrir à tous le toit et le petit travail que la société leur refusait. Comment auraient vécu les pauvres de Naples sans leur mafia ? Qu’auraient fait les chômeurs sans ces aides providentielles, sinon mettre la ville à feu et à sang ? Simonetti et Maresca, par exemple, magouilleurs extraits de la misère, qu’auraient-ils pu espérer de leur vie sinon zoner dans leur quartier et abîmer leur santé sur des chaînes d’usine ? À quoi pouvaient-ils aspirer si ce n’est à demeurer pauvres et à subir l’injustice de leur naissance ? D’ailleurs, étaient-ils si différents de tous ces héritiers, devenus hommes d’affaires, qui avaient illégalement spéculé sur les ruines de la guerre pour monter leur entreprise et acquérir des biens immobiliers, tous ceux-là qui s’étaient scandaleusement enrichis ? Au moins, Maresca et Simonetti s’étaient construits sans l’aide de personne comme tous ces pécheurs du petit peuple que la malavita corrompt. Voilà comment raisonnait Pupetta, voilà  ce qu’elle avait appris à penser, voilà aussi pourquoi elle priait.


Ce n’étaient pas des hommes bavards, mais ils se comprenaient à coups de sous-entendus, qui donnaient tout leur sens à leurs phrases inachevées. Même leur grammaire était de contrebande.


Ma fille, tu te rends bien compte de ce que tu fais, j’espère ? Tu sais avec qui tu te fiances ? S’il se prend dix ans de prison, tu devras lui rester fidèle, et ce sera trop tard pour changer d’avis, tu devras lui sacrifier le reste de tes jours, tu le sais, ça, au moins ? Rappelle-toi la fois où ton père a été en prison, tu  sais combien ça a été difficile pour moi ? Mais c’est ainsi, j’ai choisi, j’accepte et j’assume. Mais toi, est-ce que tu parviendras à supporter cette situation, si par malheur il devait arriver quelque chose à ton gars ? Car c’est écrit d’avance : ou bien il ira en prison, ou bien il mourra. 


Une atmosphère délétère envahissait la ville. Tandis que toute l’Italie était menacée par la montée du fascisme, Naples était incendiée par une guerre féroce des clans camorristes. De Melito à Secondigliano, en passant par Forcella, Materdei, le Pallonetto et les quartiers espagnols, les différents secteurs s’entretuaient pour contrôler le racket de la contrebande, et les règlements de comptes, les tueries fabuleuses dignes des meilleurs westerns, les sauvageries des expéditions punitives, les saignées mémorables, les exécutions capitales se multipliaient. Avec l’hiver, on entrait dans la saison des guerres, une drôle de saison, une drôle de guerre entre Napolitains, qui grossissait les cimetières et réjouissait secrètement les armuriers, les conseillers funéraires et les fleuristes. Il n’y avait plus personne en ville le soir, sauf les ragazzi di strada dont les errances ne craignaient aucun danger. Ce n’était pas prudent de sortir, de promener son chien, de crâner sur le front  de mer avec de belles chemises et des robes indécentes. Alors, on se barricadait, tous volets fermés, des fois que des balles se perdent ; on se calfeutrait malgré la chaleur : quitte à mourir, autant choisir sa mort, autant que ce soit d’étouffement. On attendait les nouvelles avec un mélange de terreur et de curiosité, on allumait fébrilement le transistor ou le téléviseur, on voulait savoir qui était mort. Parfois, on reconnaissait certains visages de bons citoyens tombés sous les balles, un voisin, un commerçant du coin, et on se disait qu’on avait eu bien de la chance, parce que, à quelques minutes près, on aurait pu y passer. Et l’on ne parlait plus que de cela, du crime, de la guerre des clans, de la ville à feu et à sang, de la violence sacrée, des morts qui s’ajoutaient à la liste des disparus, des hommes en cavale, des barbares, des monstres, des criminels dont les photos s’exhibaient en première page des journaux. Naples jouit de sa puissance tragique.


Être incarcéré, c’est faire l’expérience du temps, c’est éprouver le temps qui coule en soi sans pouvoir l’arrêter, ni le tuer, ni le tromper, c’est savoir que la vie continue ailleurs, sans soi, malgré soi. Être incarcéré, c’est faire de soi le corps même du temps. De longues années d’enfermement sans voir la lumière, à mal dormir, à supporter les brimades, la violence verbale, les courbatures causées par les matelas de mauvaise qualité, les piqûres de puces et de moustiques, la constipation provoquée par la nourriture infâme, les caillots sanguins dus à l’immobilité, font faner les détenues de manière spectaculaire. Ainsi, les corps perdent leur silhouette, fondent ou grossissent, s’abandonnent ou  compensent ; même les cheveux de la jeunesse grisonnent, les peaux blanchissent et perdent parfois leur pilosité ; des dents tombent jusqu’à ravager la beauté des visages. Les caractères se corrompent. Des histoires circulaient à Poggioreale : une femme avait mis le feu à sa cellule ; un surveillant avait retrouvé l’une d’entre elles roulée en boule sous sa couverture, violée et défigurée par ses codétenues. L’équilibre est précaire en prison : une notoriété se perd à l’issue d’une bagarre, laquelle peut survenir pour rien – un mot de travers, un regard trop insistant, une insomnie, le manque de tabac, l’impossibilité de cantiner. Les calmants et les substances médicales, quand ils n’abrutissent pas, décuplent parfois la violence des détenues. Certaines d’entre elles vont jusqu’au suicide.
 
 

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