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mercredi 24 janvier 2024

[Renard, Alice] La colère et l'envie

 



 

J'ai beaucoup aimé

 

Titre : La colère et l'envie

Auteur : Alice RENARD

Parution : 2023 (Héloïse d'Ormesson)

Pages : 160

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

Isor n’est pas comme les autres. Une existence en huis clos s’est construite autour de cette petite fille mutique rejetant les normes. Puis un jour, elle rencontre Lucien, un voisin septuagénaire. Entre ces âmes farouches, l’alchimie opère immédiatement. Quelques années plus tard, lorsqu’un accident vient bouleverser la vie qu’ils s’étaient inventée, Isor s’enfuit. En chemin, elle va enfin rencontrer un monde assez vaste pour elle.

La Colère et l’Envie est le portrait d’une enfant qui n’entre pas dans les cases. C’est une histoire d’amour éruptive, d’émancipation et de réconciliation. Alice Renard impose une voix d’une incroyable maturité ; sa plume maîtrisée sculpte le silence et nous éblouit.

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Née à Paris en 2002, Alice Renard est diplômée en littérature médiévale à la Sorbonne. Révélée précoce à l’âge de six ans, la question de la neurodiversité et de l’hypersensibilité l’ont toujours passionnée. La Colère et l’Envie est son premier roman.

 

Avis :  

Isor n’a jamais été une enfant comme les autres. Mutique, ne semblant s’intéresser au monde que de manière purement sensorielle, régulièrement en proie à de sauvages et dévastatrices crises de violence mais ne cochant les cases d’aucun diagnostic médical, elle n’a jamais été scolarisée et vit recluse auprès de ses parents désemparés, dans un appartement qu’il leur a fallu quasiment capitonner et que leur entourage a fui depuis longtemps. Un praticien a avancé l’idée que, loin d’être idiote et infirme, elle pourrait, si elle voulait. Elle pourrait, mais elle ne veut pas…

Alors, leur vie avance, chaotique et infernale, comme nous la laisse percevoir, dans la première partie du récit, la solitaire alternance des apartés du père et de la mère. Entre la rage et la révolte chez l’un, l’amour qui étouffe de la frustration de ne pas comprendre chez l’autre, c’est par le regard d’autrui et par le constat désespéré de tout ce qu’elle n’est pas et qui la rend si insupportablement insaisissable et étrangère, en un mot inadaptée, qu’à treize ans, se dessine en creux une Isor toute d’« anormalité ». Jusqu’au jour où un incident oblige les parents à solliciter l’aide de leur voisin, un septuagénaire depuis longtemps résigné à la tristesse de sa solitude. A travers sa voix à lui, stupéfaite et bientôt comblée qu’un être puisse, contre toute attente, dégeler son coeur perclus de manque et de chagrin, émerge peu à peu de sa gangue d’opacité une Isor insoupçonnée. Qu’a donc décelé l’adolescente si instinctive, qui, chez ce vieil homme mis au rebut du monde, lui a soudain donné envie d’abattre les murs qui l’enserraient dans son inextricable intériorité ? Ne manquera plus à sa métamorphose que le dernier déclic, celui du grand âge et de la maladie de son ami, pour que la jeune fille brise définitivement ses entraves et trouve la motivation de vivre, enfin, ailleurs qu’en elle-même.
 
Diagnostiquée surdouée à l’âge de six ans, Alice Renard déclare dans une interview avoir mis beaucoup d’elle-même dans son personnage d’Isor. « C’est comme une version de moi, poussée à l'extrême, qui m'a permis de faire une catharsis. » En tous les cas, si exagération il y a, l’on n’y verra nullement l’une de ces narrations doucereusement miraculeuses, si irritantes au regard de l’immense majorité des handicaps « ordinaires » oubliés dans leur néant. Alice Renard écrit du plus profond d’elle-même et son récit a les justes accents de l’honnêteté et de la sincérité. Une justesse sans faille accompagne sa restitution des regards sur cette enfant différente que les médecins ne savent classer ni ses parents réconcilier avec une existence « vivable ». Isor ne répond à aucune attente, ne se plie à aucune règle et, au risque de passer pour déficiente, semble décidée à ne jamais intégrer un monde trop en décalage avec son univers intérieur. Son absence irradie pourtant la présence, et toute sa façon d’être, entière, libre, animale, débordant d’émotions non contenues toujours prêtes à exploser aux points de friction avec le monde extérieur, peut apparaître, soit totalement incompréhensible et ingérable, soit d’une incomparable intensité, brutale, sans concession, mais toujours on ne peut plus authentique. « Isor peut être très différente d’un jour à l’autre, mais elle reste toujours elle-même, sincère, incapable de tricher. Elle ne peut pas se contenir à une seule personne, à une seule apparence. Elle est plusieurs, elle est trop vaste. C’est sa manière à elle de saisir le monde du mieux qu’elle peut. »  
 
Premier roman très maîtrisé d’une toute jeune auteur de vingt-et-un ans que sa propre expérience a menée à s’intéresser de près à la neurodiversité et à l’hypersensibilité, L’envie et la colère n’est que justesse et poésie dans sa manière d’évoquer la difficulté à être au monde de ceux que leurs particularités neurologiques font dévier des normes sociétales. Un livre bouleversant, prix Méduse 2023. (4/5)

 

Citations : 

mère
Isor adore ranger les choses. Le mot peut étonner car, en réalité, les pièces, après son passage, semblent plutôt avoir été dévastées par un ouragan. Il suffit de la laisser un petit quart d’heure quelque part pour que tout soit chamboulé, du tapis aux tableaux.
père
Nous n’emmenons plus jamais Isor chez nos amis (d’ailleurs, plus aucun ami ne nous invite). Et dans la maison tout a été repensé en fonction d’elle, pour qu’elle ne puisse rien abîmer, ni se faire mal.


Dans le salon, on a fini par coller certains vases sur les étagères, clouer les tapis et poser des verrous aux tiroirs de la cuisine. On essaye aussi d’acheter le maximum d’objets en mousse ou en gomme. On a également fait retirer les clenches des portes pour ne pas qu’elle s’enferme, et, comme on a abandonné l’idée de la faire dormir dans un lit, on a entièrement couvert le sol de sa chambre de matelas.


Les signes de l’affection d’Isor sont souvent illisibles. Le fait-elle exprès ? Les moyens qu’elle choisit pour nous dire qu’elle nous aime sont généralement à double tranchant, brutaux. À l’image de ce qu’elle pense de nous ? J’ai parfois l’impression qu’elle nous en veut : de ne rien pouvoir partager, de ne pas vivre dans le même présent qu’elle. Sait-elle qu’au fond de moi je ressens exactement la même chose, que je lui en veux d’être une étrangère ? De ne pas être moi, comme moi ? Nous en veut-elle autant que moi je lui veux ? Y a-t-il tout de même en elle de la reconnaissance pour tout ce que nous mettons en œuvre ? Pour notre patience, pour notre capacité d’acceptation ? Un minimum de reconnaissance pour le sacrifice (ce mot pèse si lourd en moi certains jours) que nous faisons de nous-mêmes ? Ou voit-elle notre abnégation comme une chose naturelle, évidente, nécessaire ?
Il me semble que rien n’est prévu en nous pour ressentir ce qu’Isor voudrait que l’on ressente pour elle.


J’ai tout de suite rangé au grenier son étrange présent [nid d’oiseau]. Dans notre grenier (à défaut d’avoir une cave, pour les y piétiner symboliquement) s’entasse ce que Camillio et moi voulons oublier : les dossiers médicaux, et tous ces bouts de passé, comme ce nid, dont nous voudrions qu’ils n’aient jamais existé.


Isor a tracé ce cercle autour de nous (involontairement ?). À l’intérieur elle a tressé ce qui était naturel avec ce qui était inouï, ce qu’il fallait faire avec ce qu’il ne fallait pas faire, elle a bouleversé la norme et l’évidence en les faisant glisser vers son invraisemblance et son improbable à elle. Elle a commencé à nous faire vivre là-dedans en nous faisant digérer ses évidences. En nous soustrayant au réel.
Il y a des jours où je le vis comme une prise d’otage.

 

Le rythme auquel elles surviennent est irrégulier. On a cru, en treize ans, à des accalmies, à des aggravations. Mais en réalité, non, c’est imprévisible. Qu’est-ce qui les déclenche ? Rien n’est sûr, on a mis du temps à faire des conjectures. On a fini par vaguement saisir que c’était une forme de fatigue. À lutter contre un monde trop grand, trop violent. Il est alors trop difficile d’être elle, d’être Isor, de canaliser toutes les émotions qui l’habitent. Ou comme si elle ne savait plus lire ce qu’elle ressentait, comme si tout se brouillait, comme des ondes radio qu’on ne capte plus, entre deux stations, quand on entend à la fois l’une et l’autre, mélangées, interférées. Dans ces instants-là, elle se déborde, et elle explose. C’est toujours soudain. Un trop-plein. Un afflux de sensations qui la décollent d’elle-même.


Si tu savais, mon Isor ! Je ne suis qu’un petit homme tout cassé. L’organe qui sécrète la joie (car il y en a forcément un, non ?) a cessé de fonctionner en moi il y a bien longtemps. Seul, je n’ai plus la capacité de me réjouir. Et lorsque je n’ai pas le courage de me trouver des distractions, je suis forcé à de longs tête-à-tête avec ma tristesse. Je commence à bien la connaître. On en a passé des heures, elle et moi. Puisqu’il n’y a plus qu’elle qui me visite encore. Nous nous confondons, je suis devenu un homme triste sans m’en rendre compte. Les regrets, la douleur, je ne sais pas comment, mais j’ai réussi à les faire taire. La tristesse, jamais. Tout s’est anesthésié en elle. Tu sais, mon Isor, un jour la vie vous fait une crasse comme il n’est pas permis, et quelque chose en vous ne se répare jamais – ça ne sert même à rien d’essayer. Et on se laisse redéfinir, comme de la pâte à modeler. D’intrépide, vous devenez flegmatique, de solide, vous êtes désormais un peu las. C’est ainsi.
Toi, tu as de la joie pour trente. À défaut de produire la mienne, je peux au moins siroter celle qui s’écoule de toi.
Mais voilà que, pourtant, j’en arrive à espérer qu’un jour tu saches réparer ma joie.


L’autre jour, au moment de me réveiller de ma sieste, j’ai eu comme un flash. Je me suis vu non seulement nu mais écorché, marchant bras ouverts dans un paysage de sel. Je n’ai aucun doute sur ce que cette vision signifie. Qu’il faut que je me protège un peu de toute cette affection qui m’envahit. Je ne pardonne pas tout à fait à Isor, malgré ce que j’en pense. Elle ne sait pas ce qu’aimer veut dire, accaparée comme elle l’est par son sentiment, tout neuf. Moi, je sais ce que perdre implique, et je veux ne jamais avoir à le revivre. Jamais. À son âge, on dit merde aux risques, merde aux conséquences. Au mien, on prend toutes les précautions du monde. Dans une vie on n’a qu’un stock limité de patience et d’endurance. Je l’ai dit, je sais qu’il m’en reste très peu, et j’économise. Je ne saurais faire face à une perte de plus. Elle, elle est encore à l’âge où l’on se remet de n’importe quoi, où l’on encaisse les coups. J’ai peur d’une catastrophe – c’est dans ma nature. Il ne faudra plus jamais m’abandonner… (Je crois que je pourrais en pleurer.) Il est vrai, comme le notait Sénèque, que les vieillards sont pareils aux petits enfants, pleins de peurs imaginaires et d’impatience.


C’est fou comme on peut se tromper sur un nombre incalculable de sujets. Chaque certitude est une erreur en puissance. 


L’amour a sa grammaire. Et comme dans toutes les langues, sans la pratiquer, on la perd. Au fil des mois, j’ai réappris l’Absence, l’Attente, le Comblement, la Dépendance, la Fête, l’Impatience, la Jalousie, le Rêve et la Rêverie, le Ravissement, le Rendez-vous, la Solitude et le Souvenir. Tout un abécédaire que je potasse studieusement. J’aime être cet écolier des sentiments.
Dis, dis, mon Isor, reviendras-tu demain après-midi ?


 

mercredi 9 novembre 2022

[Zaccagna, Matthieu] Asphalte

 

 

 

 

J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Asphalte

Auteur : Matthieu ZACCAGNA

Parution : 2022 (Noir sur Blanc)

Pages : 144

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

« Courir déterminé, en un bloc solide, résistant. Se faire violence, serrer les dents, plisser les yeux, broyer l’asphalte. Courir vite, sentir la vie, maintenir l’urgence, ne jamais ralentir, jamais faiblir. Respirer fort, mécaniquement, trois inspirations, trois expirations, toujours, même dans les montées. Sentir qu’on brûle, qu’on arrache cette chose, qu’on tient bien là, doigts moites, mains tremblantes. Cette chose qu’on serre, qu’on use, qu’on épuise, ce corps qu’on purge, que diable peut-il contenir pour qu’on l’éprouve ainsi ? Courir avec méfiance, avec défiance, sans compromis, sans concession, slalomer entre les voitures, les piétons, les deux-roues, les laisser derrière, tous. S’échapper, partir d’ici, partir de soi. J’avance dans les quartiers nord de la ville. Mes cuisses sont en vrac. Mes genoux, pareil. Je ne m’arrête pas. J’abîme la douleur. Dans l’aube naissante, la brume se dissipe sur l’eau du canal. J’ignore combien de temps je vais pouvoir tenir comme ça. »

  

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

Matthieu Zaccagna est né à Croix en 1980. Après des études de gestion et de communication, il s'installe à Paris, où il exerce toutes sortes d'activités dans le secteur culturel. Depuis 2006, il travaille à la production de concerts à la Cité de la musique-Philharmonie de Paris. Lorsqu’il rentre chez lui, il écrit. Asphalte est son premier roman.

 

 

Avis :

Un adolescent court jusqu’au bout de ses forces dans les rues de Paris. Chaque foulée l’éloigne de la peur et de la violence paternelle, celles qu’il subit désormais seul depuis que sa mère s’est enfuie, elle, en mettant fin à ses jours. A sa course succède une errance désespérée, heureusement piquetée de rencontres auxquelles s’accrocher : juste de quoi reprendre souffle, avant d’affronter le destin, et, peut-être, l’infléchir…

Alignant ses phrases courtes, sèches et nerveuses, en un staccato enfiévré, le texte épouse le rythme de la course et plonge d’emblée le lecteur en apnée, dans un tourbillon de panique et d’urgence dont on perçoit avant tout qu’il relève du pur instinct de survie chez le narrateur. Littéralement aux abois, le jeune homme ne semble plus avoir que la force de son dernier réflexe : fuir, le plus vite et le plus longtemps possible. Courir, sans savoir où, mais ne jamais s’arrêter, car où se cacher, quand on est gibier livré sans défense au chasseur ? Flashes et réminiscences, tous aussi fulgurants, laissent peu à peu entrevoir les contours de la maltraitance et de la violence, les traces d’un calvaire enduré jusqu’à ce que mort s’ensuive pour la mère, et, il s’en est fallu de peu, quasiment aussi pour le fils.

Traqué par un homme rendu fou et incontrôlable par les échecs et l’alcool, le narrateur n’est plus qu’adrénaline alors qu’il ne sait plus où se jeter. Heureusement, si la rue est pleine de dangers pour les âmes errantes, elle est aussi le lieu où la solidarité entre déshérités peut s’avérer décisive. Et il faudra bien la discrète mais solide empathie de deux autres laissés-pour-compte, pour qu’enfin la fuite puisse cesser, puis, peut-être, l’existence revenir sous contrôle, après de profondes ellipses qui laisseront libre cours à l’imagination du lecteur.

Matthieu Zaccagna signe un premier roman impressionnant de maîtrise et de puissance. Pas un mot de trop dans ce texte réduit à l’os, où tout – rythme, style, nuances et non-dits -, porte une œuvre originale, intense et particulièrement évocatrice du carcan de peur, de solitude et d’impuissance des victimes de violence familiale. Que de profondeurs derrière tant de concision ! (4/5)

 

 

Citations :

Je le lui dis alors, à Agnès. Silencieusement, par la pensée. Je l’implore de ne pas parler. J’ai renversé de la purée fade sur mon pantalon et ça a fait une grosse tache fade, mise en lumière par l’éclairage fade de la cuisine fade, ce qui a pour effet d’énerver sévèrement Louis, qui n’a vraiment pas besoin de ça, n’est-ce pas, qu’on se comporte ainsi comme des malpropres, bande de porcs, même pas foutus de manger convenablement. Mais Maman croit bon de s’interposer pour une fois, de vouloir tempérer, « Allons, c’est juste de la purée, ça partira à la machine. C’est moi qui m’en occuperai ». Et puis quoi encore ! Y’avait un doute là-dessus ? rugit Louis en m’en collant une, ce qui fait crier Agnès, transforme sa crainte en peur. Je lui répète par la pensée, le visage plein de purée dans laquelle ma tête a plongé en raison de la violence de la claque, lui dis intérieurement d’arrêter d’avoir peur. « Baisse la tête, Maman », voilà ce que je lui dis. Mais la table se dresse à la verticale et tout ce qui est dessus se renverse par terre dans un vacarme effroyable. La purée fade s’étale partout sur le sol fade de la cuisine fade, sur le carrelage fade aux couleurs fades, un mélange d’orange et de vert fade des années soixante-dix. Nous sommes misérables, petits et misérables, sales vermines, et je ne sais plus très bien ce qu’il vaut mieux faire dans ces cas-là, rentrer en moi pour me dissoudre ou sortir de moi pour tenter de ne plus m’appartenir.

De Justine, j’ignore tout. Je m’en rends compte. Hormis son obsession pour ce trompettiste. Comme je ne sais de Rachid que son obsession pour le skate. Des obsessionnels. Qui se tiennent à la lisière des choses, pas loin du vide. Ailleurs que là où c’est normal. Ailleurs qu’à l’endroit où les gens veulent les ranger, les classer, faire en sorte qu’elles les laissent tranquilles, ces choses. Voilà ce que je me dis. Nous partageons une sorte d’inadaptation. Qui m’attire comme une force vive, par un lien indistinct, sans que je sache pourquoi.


 

mardi 26 octobre 2021

[Bordes, Gilbert] Tête de lune

 






J'ai aimé

 

Titre : Tête de lune

Auteur : Gilbert BORDES

Parution : 2021 (Presses de la Cité)

Pages : 320

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :   

C’est un jeune coeur tendre et incompris de onze ans. On l’appelle Tête de lune parce qu’il a la tête toute ronde, un peu d’embonpoint. Elevé dans une famille d’accueil, il souffre de manque d’affection. Aussi Baptiste est-il touché par la solitude du vieux chien Clam. Il décide de le ramener à son maître, marin aux mille vies, qui a dû aller habiter dans une maison de retraite. En secret, résolu et plein d’espoir, le garçon part avec l’animal sur le plateau de Millevaches malgré les doutes, la peur.
Et bientôt avec l’espiègle Salomé qui va s’inviter dans sa folle odyssée pleine de rencontres et d’aventures…
Une fugue magique hors du temps, pour deux enfants en quête de reconnaissance. Et un beau chant d’espérance.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Né en 1948, à Tulle, en Corrèze, Gilbert Bordes a été instituteur puis journaliste. Aujourd’hui, il se consacre à ses deux passions :  la lutherie et l'écriture.
Membre de l'Ecole de Brive, il est l’auteur de plus d'une cinquantaine de romans régionaux et historiques. Il a obtenu le prix RTL Grand Public pour La Nuit des hulottes et le prix Maison de la Presse pour Le Porteur de destins.  Grand amoureux de la nature, il a notamment publié La Garçonne et de Chante, rossignol  aux Presses de la Cité.
 

Retrouvez ici l'interview de Gilbert Bordes en Avril 2019.

 
 

Avis :

A onze ans, Baptiste vient d’être placé dans une nouvelle famille d’accueil. Raillé pour sa bouille et sa silhouette rondes qui lui ont valu le sobriquet de Tête de lune, l’enfant solitaire, en manque d’affection, s’est attaché au vieux chien Clam, que le départ soudain de son maître en maison de retraite condamne à être piqué. Décidé à réunir coûte coûte l’animal et le vieil homme, Baptiste entreprend avec Clam la traversée à pied du plateau de Millevaches. Sa fugue, ponctuée de bonnes et de mauvaises rencontres, lui réserve bien des aventures…

Gilbert Bordes a choisi une histoire pleine de tendresse pour nous emmener dans son univers de prédilection : l’enfance en terre de nature. Loin de la ville et de l’hyper-connectivité, l’écrivain nous propose une sorte de bain de jouvence, une plongée dans l’authenticité simple du contact avec la nature, tout ce qu’il a connu enfant et qu’il continue d’apprécier, sur les bords de Loire, ou, comme ici, en terre de Corrèze. Au travers de son personnage, c’est aussi l’écrivain qui rêve de fugue, loin de cette vie moderne qui s’est développée hors-sol, oubliant dans la virtualité les plaisirs les plus simples et les plus instinctifs, compliquant si bien le quotidien que plus personne ne saurait même survivre en milieu naturel, et, surtout, déshumanisant dramatiquement nos relations à autrui, en particulier en ce qui concerne les plus faibles et les personnes âgées.

Cette nostalgie profonde lui a ainsi dicté un conte comme hors du temps, une échappée pour quelques personnages meurtris et assoiffés d’humanité, enfin une histoire attachée à son rêve d’espérance. Entamée avec une tendresse touchante pour ses trois abandonnés, l’enfant, le vieillard et le chien, la narration nous emmène dans le périple aventureux de robinsons perdus sur le plateau désertifié de Millevaches, avant de nous jeter dans l’accélération des péripéties provoquées par quelques protagonistes toxiques. Le tout pourra paraître plutôt léger, peut-être un peu convenu et parfois même assez improbable, mais Tête de lune n’en constitue pas moins un joli récit, à la lecture fluide et agréable, dont les bons sentiments et le rythme soutenu ne manqueront pas de séduire, entre autres, les nostalgiques des histoires d’antan pour la jeunesse, comme par exemple Belle et Sébastien.

Ce dernier roman s’inscrit en droite ligne de ces gentilles et sympathiques histoires proches du terroir, de la nature et de l’enfance, auxquelles l’auteur nous a agréablement accoutumés. La tendresse qui l’imprègne et ses aventures sans violence en font une lecture pour tous les âges, à déguster comme un bon petit téléfilm familial. (3/5)



mardi 29 octobre 2019

[Andrea Jean-Baptiste] Ma reine






 

Coup de coeur 💓

Titre : Ma reine

Auteur : Jean-Baptiste ANDREA

Année de parution : 2017

Editeur : L'Iconoclaste

Pages : 240






 

 

Présentation de l'éditeur :

Shell n’est pas un enfant comme les autres. Il vit seul avec ses parents dans une station-service. Après avoir manqué mettre le feu à la garrigue, ses parents décident de le placer dans un institut. Mais Shell préfère partir faire la guerre, pour leur prouver qu’il n’est plus un enfant. Il monte le chemin en Z derrière la station. Arrivé sur le plateau derrière chez lui, la guerre n’est pas là. Seuls se déploient le silence et les odeurs de maquis. Et une fille, comme un souffle, qui apparaît devant lui. Avec elle, tout s’invente et l’impossible devient vrai.

Jean-Baptiste Andrea livre ici son premier roman. Ode à la liberté, à l’imaginaire, et à la différence, Ma reine est un texte à hauteur d’enfants. L’auteur y campe des personnages cabossés, ou plutôt des êtres en parfaite harmonie avec un monde où les valeurs sont inversées et signe un récit pictural aux images justes et fulgurantes qui nous immerge en Provence, un été 1965
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Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Jean-Baptiste Andrea est né en 1971. Il est réalisateur et scénariste. 
Ma reine est son premier roman.


Avis :

1965. Exclu de l’école pour rejoindre bientôt un établissement spécialisé, Shell, douze ans et différent, décide de prouver qu’il n’est plus un enfant en partant faire la guerre. Sa fugue le conduit dans les hauteurs qui surplombent la station-service où il vit avec ses parents, dans les Alpes de Haute-Provence. Il y fait deux rencontres : une fille de son âge, en qui il ne tarde pas à voir la grande amie qu’il n’a jamais eue et pour qui il serait prêt à tout, et un vieux berger solitaire qui a ses raisons de se faire discret dans le maquis.

Comme dans Cent millions d’années et un jour, les protagonistes de Jean-Baptiste Andrea préfèrent quitter leur triste quotidien dans la vallée et le rude monde des hommes ordinaires, pour courir après leurs rêves et chercher la paix dans la solitude de la montagne. Dans les deux livres, le conte s’avère bien cruel et le prix à payer exorbitant.

L’innocence de Shell nous ouvre les portes d’un univers de tendresse et de fraîcheur, où, le temps d’une parenthèse que l’on sait bien devoir se refermer, comme une sorte de moment de grâce fragile et fugace, s’épanouit un amour pur et lumineux, touchant et merveilleux. Comme on aimerait faire durer ces instants et protéger la candeur de Shell de l’inévitable retour à la réalité ! Mais le serrement de coeur prémonitoire du lecteur se terminera bien dans les larmes.

Shell n’est-il pas l’incarnation de l’enfant tué en chacun d’entre nous, forcé de grandir et de perdre son innocence et ses illusions à son entrée dans l’âge adulte ? La mort est-elle le prix qu’il faut être prêt à payer pour préserver ses rêves ?

Ce premier roman court et poétique, beau et cruel, porte déjà les germes d’une thématique qui semble chère à l’auteur, explorée ici à l’émouvante hauteur d’un enfant plus vulnérable que les autres. Coup de coeur. (5/5)


Citations :

À la récréation je restais tout seul et lui aussi alors à force, on s’était dit que tant qu’à faire, autant rester tout seuls ensemble.

Autrefois à l'école tout le monde était meilleurs amis sauf moi. C'était comme une grosse boule d'amitié autour de laquelle je tournais sans jamais pouvoir rentrer.

Dès qu'il avait refermé la porte, j'étais allé écouter, j'avais appris à la maison que c'était comme ça qu'on entendait les choses les plus intéressantes, les gens parlaient mieux derrière les portes.

Je mourais d'envie de dire "Alors ?" mais c'était le genre de mot qui appelait les mauvaises nouvelles, je l'avais appris très tôt. Alors le directeur dit que tu peux plus aller à l'école. Alors ta grand-mère t'aime beaucoup mais elle est partie. Alors non, le père Noël n'existe pas. Des "alors" comme ça, j'en avais une liste longue comme le bras.

Il était étroit, même de face il avait l'air de profil.

Il faisait chaud. Ici dans la vallée l'été n'avait pas l'air de savoir qu'il allait bientôt devoir s'en aller. Personne ne lui avait rien dit et il s'était installé confortablement, un peu comme moi, sans penser très loin.

J'ai voulu expliquer tout ça à Viviane et j'ai dit un truc comme :
- Haaaaaan.
Voilà, quand je voulais dire quelque chose d'immense, ça finissait toujours tout petit.

Ca ne me posait pas de problème, attendre m'occupait déjà assez comme ça, j'avais toujours eu du mal à me concentrer sur deux choses à la fois.



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