lundi 13 juillet 2026

Critique de "Après Dieu" de Richard Malka | Lectures de Cannetille

 

Couverture du livre "Après Dieu" de Richard Malka


 

Coup de coeur 💓💓

 

Titre : Après Dieu

Auteur : Richard Malka

Parution : 2025 (Stock)

Pages : 208

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

Une nuit. Le Panthéon pour enceinte d’un dialogue entre Richard Malka, incroyant bien décidé à rire encore de Dieu, en guerre contre le « respect » nouvellement dû aux religions, et Voltaire, le plus irrévérencieux philosophe des Lumières, défenseur de Calas et du Chevalier de la Barre. Sont-ils d’accord sur tout ? Pas tout à fait. Disciple de Robert Badinter et Georges Kiejman, l’avocat évoque les attentats, les morts, son histoire familiale, sa répulsion envers le prosélytisme et les enfermements communautaires. Surtout, il pose à Voltaire la question qui l’a mené au Panthéon. Par quoi remplacer Dieu ?

 

Un mot sur l'auteur :

Richard Malka est avocat, défenseur de la liberté d’expression et du journal Charlie Hebdo depuis plus de trente ans. Il est auteur de romans et d’essais pour lesquels il a reçu le prix du Livre politique, le prix des Députés, le prix de la Laïcité. Il est également scénariste de romans graphiques.

 

Avis :

Sollicité par les éditions Stock pour leur collection « Ma nuit au musée », l’avocat de Charlie Hebdo a choisi… un cimetière. Plus précisément le Panthéon et sa crypte, où il installe son lit de camp près du tombeau de Voltaire. Sa nuit, il la passe en un tête‑à‑tête imaginaire avec le philosophe des Lumières, pourfendeur des fanatismes religieux, et s’interroge, dans une époque qui semble donner raison à Victor Hugo lorsqu’il écrivait que « ne pas croire est impossible », sur ce qui pourrait « remplacer Dieu » afin de préserver tolérance et liberté. 

Au nom de la raison et de la pensée libre, Voltaire fut celui qui libéra les esprits de ce qu’il considérait comme le « pire des tyrans » : la religion. L’auteur reprend le flambeau et dénonce à son tour une « secte insensée et despotique », une foi qui, oubliant « philosophie, éthique de vie et morale personnelle », prétend imposer à tous « un dieu vautour qui se repaît des chairs des hommes libres ». On imagine presque Voltaire se retourner dans son tombeau tandis que son visiteur d’une nuit déplore le retour des fanatismes. « Des meurtres de masse sont commis depuis des années en France au nom de la religion. »

Alors, Richard Malka de raconter ses origines juives au Maroc, sa première confrontation avec le fanatisme religieux à Jérusalem, son parcours d’avocat dans le sillage de ses mentors et amis Robert Badinter et Georges Kiejman, enfin ses engagements et ses trente ans de combat aux côtés de Charlie Hebdo. Comment, après avoir goûté à la liberté héritée des Lumières, en est‑on arrivé, au début des années 2000, à ce que tout bascule ? « Peut-être serons-nous la génération qui aura connu le plus de liberté dans l’histoire de l’humanité et n’aura pas su en transmettre le goût. »

L’être humain a besoin de transcendance, quitte à sacrifier sa liberté au profit de dogmes qui dérivent tôt ou tard vers l’intolérance. Comment préserver l’héritage des Lumières, la citoyenneté laïque et la pensée universaliste ? Un jour, peut-être, saura-t-on inventer une « autre transcendance », un substitut à la religion. En attendant, rappelle l’auteur, « la soumission est un pacte avec le diable. » 

« Il suffit qu’un peuple décide d’être libre pour le devenir et le rester. Il suffit de quelques esprits rebelles, comme celui de Voltaire, pour changer le monde. » Après Le droit d’emmerder Dieu et Traité sur l’intolérance, ce nouveau texte, d’une fluidité et d’une finesse remarquables, où chaque page ou presque offre son lot de punchlines mémorables, confirme que son auteur est fait de cette étoffe‑là. Coup de coeur. (5/5)

 

Citations : 

Le Panthéon devait être la première église de ce nouveau monde débarrassé de la tyrannie des prêtres. Telle était la promesse.
J’aime ce bâtiment-idée autant que j’admire Voltaire. Ils sont étroitement liés. Nul philosophe n’a eu autant d’influence sur son siècle et n’a porté de coups aussi rudes à la religion. D’Aguesseau disait de Voltaire que « par le tour de son esprit, cet homme peut perdre un État ». Il a fait davantage. Il a perdu le christianisme. C’était son objectif. Un jour, las d’entendre que douze hommes avaient suffi pour établir le christianisme, il déclara avoir envie de prouver qu’il n’en faudrait qu’un seul pour le détruire.
Par son combat contre le fanatisme, Voltaire a inspiré aux révolutionnaires la religion de l’humanité, ce qui les a conduits à instaurer un Panthéon des grands hommes dans lequel, logiquement, il prit place.
Mais la promesse n’a pas été tenue.


Et pour toi, le pire des tyrans, c’était la religion. Tu disais que les tyrans avaient corrompu le monde et qu’ensuite « on inventa les prêtres pour les opposer aux tyrans et les prêtres furent pires ». Alors, il fallait écraser la religion qui avait « infecté le monde » car ce serait « le plus grand service que l’on puisse rendre au genre humain ». Pour toi, les catholiques pratiquants étaient de « misérables esclaves d’une secte insensée et despotique ». Dans ton enthousiasme anticlérical, tu déclarais même qu’il fallait « mourir dignement sur un tas de bigots immolés ». Tu dénonçais « les tigres et les sauvages » persécutant le peuple au nom de Dieu autant que tu ironisais sur la fable de la divinité de Jésus et les « contes de sorcier » de l’Ancien Testament. Tu as espéré et voulu que l’Encyclopédie de tes amis Diderot et d’Alembert soit une machine de guerre contre le fanatisme, et tu as été l’avocat de la raison. « Faire l’homme, disais-tu, c’est exercer la raison. C’est la meilleure part de lui-même. Un animal doté de raison a un combat à mener contre les rêveries, les illusions, la coutume. »


« Si Dieu voulait un culte, il l’aurait obtenu aisément de tous les hommes ; il a voulu que tous les hommes eussent un nez et ils en ont. »
Tu avais le sens de la formule. Ta phrase m’évoque un des plus beaux versets du Coran : « Si ton Seigneur l’avait voulu, tous ceux qui sont sur terre auraient cru. Est-ce à toi de contraindre les gens à devenir croyants ? »


Par ta plume, tu as fait plier les juges, les parlements et la royauté elle-même. Tu as obtenu la révision de procès et le renvoi de magistrats. Tu as accompli l’impensable.Faire reculer l’Église et, en effet, nous préparer à être libres, nous, les « animaux à deux pieds sans plumes » dont tu te demandais jusqu’à quand nous ferions « Dieu à notre image ». Dans ta « Prière à Dieu », tu t’adresses à lui en ces mots : « Tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr et des mains pour nous égorger. » Cette supplique est ta plus terrible condamnation des religions.


Tu fais partie de ceux auxquels nous devons la laïcité. Tu as été un précurseur du combat pour la liberté des hommes face à Dieu, l’instigateur de la citoyenneté laïque et d’une pensée universaliste.
Mais regarde où nous en sommes, toi qui pensais que le fanatisme connaissait ses dernières heures et que disparaîtraient les « fous furieux » lisant la Bible au premier degré. (…)
Partout la servitude aux dieux empoisonneurs revient dans nos vies, parfois sous la forme la plus barbare, moyenâgeuse. Le xxie siècle est religieux.
 
 
On ne va quand même pas laisser les obscurantistes régenter le monde et nos vies après avoir à peine pu goûter à la liberté ? Je ne parle pas des croyants qui ont transformé leur foi en philosophie, en éthique de vie, en morale personnelle, se détournant des dogmes, des rites et des liturgies. Les obscurantistes sont ceux pour lesquels les lois des dieux l’emportent sur celles des hommes, la croyance sur la raison, les ordres découlant de contes pour enfants sur le libre arbitre. Ils révèrent un dieu vautour qui se repaît des chairs des hommes libres et veulent l’imposer à tous.


Si nous ne parvenons pas à faire un pas supplémentaire sur le chemin de l’évolution, ça va mal se passer. Croire en l’existence d’une force supérieure, c’est une chose, vouer sa vie à un Dieu maniaque et tatillon qui n’aurait rien d’autre à faire que nous emmerder sur nos vêtements, nos repas et la manière dont on le dessine, c’en est une autre. 


Ni le culte de la raison, ni celui de l’Être suprême, ni le sacré républicain, ni une quelconque philosophie n’ont durablement remplacé les religions que tu as combattues et le fanatisme dégoûtant est revenu, aussi monstrueux que tu l’as connu. Peut-être pire encore. De mon temps, on décapite des enseignants.
Alors dis-moi, François-Marie… Quelle transcendance faut-il inventer pour remplacer ces impostures ? Quel « plus grand que soi » faut-il imaginer pour satisfaire notre indéracinable besoin de croire ? Quel combat faut-il mener pour vaincre ces maladies honteuses de l’humanité et cesser de préférer l’esclavage à la liberté ?


Vous ne pouvez pas demander au paysan du Sahel qui se brise le dos sur sa terre aride, à l’ouvrier du Bangladesh qui peine à nourrir ses enfants en travaillant quinze heures par jour, à la femme de ménage haïtienne qui s’échine au milieu du chaos, de renoncer à une vie meilleure dans l’au-delà. Ils ont besoin de croire à un plus grand que soi, sinon c’est trop dur. Renoncer à une puissance consolante et prometteuse reviendrait, pour eux, à se priver de tout espoir. C’est impossible. Et quand la croyance en un absolu rencontre la sève bouillonnante et idéaliste de la jeunesse, alors le fanatisme guette.


Le désir de Dieu est viscéral. Pour beaucoup, la vie sans liberté est possible mais la vie sans Dieu ne l’est pas. Quelles libertés, d’ailleurs, pour l’ouvrier du Bangladesh ou le paysan du Sahel ?


Après des siècles de massacres, d’inquisitions, de guerres de religion, de combats pour ne plus vivre à genoux, après des millénaires de pensée philosophique et de maturation politique, un pays s’est arraché à l’attraction des religions. Ce pays est à l’origine d’une idée qui veut dire liberté, humanisme, possibilité de vivre ensemble, par-delà les enfermements communautaires et les différences. La laïcité est le produit le plus abouti des Lumières. Un don, un espoir, une promesse d’avenir pour le monde, une idée-identité pour le pays dans lequel mes parents ont été accueillis.
Et nous n’en voulons plus.
 
 
Mais si l’État ne contrôle pas les religions, ce sont les religions qui le contrôlent. Si le prosélytisme n’est pas encadré, c’est un cancer qui métastase en violence, en aliénation des esprits, en soumission des corps. Il est donc simplement réclamé aux croyants de tous les cultes de ne pas interférer avec les lois des hommes, celles de la République. C’est tout, c’est simple, ce n’est pas raciste et c’est même vital. Quand on me vante une religion quelle qu’elle soit plutôt que de la garder pour soi, on ne veut pas mon bien, on veut m’inféoder, me manipuler, bref, on se fout de moi. Pour endormir, on invente une fausse proximité tribale, on s’appelle mon frère ou ma sœur ou mon père alors qu’on ne se connaît pas. Ce sont des mots d’emprise, d’appropriation clanique et d’exclusion de ceux qui ne font pas partie de la communauté. Les ni frères ni sœurs.


Penser contre chacune de ses identités – en général non choisie – est un impératif pour ne se laisser écraser par aucune.


Comment peut-on militer pour le droit à la dissimulation des femmes en imaginant œuvrer pour leur bien-être ?
Ce n’est évidemment pas Dieu qui réclame de voiler les femmes, ce sont les hommes et eux seuls. Il faut être malhonnête pour ne pas l’admettre. Mais au fond, cela ne fait de doute pour personne. Cette prescription ne figure, au demeurant, nulle part explicitement dans le Coran. Je veux bien qu’on soutienne le droit à cacher le visage des femmes quand on s’assume masculiniste mais pas en se prétendant militant de l’égalité. Même Tartuffe n’oserait pas.


L’ennemi de nos libertés est aussi redoutable que masqué. Il se fait appeler Respect. Une fois pour toutes, le respect des religions mène dans une sombre caverne gardée par des fanatiques qui se diront victimes en vous torturant. Je respecte absolument tous les croyants mais pas les délires des dix mille religions recensées sur la surface de la Terre.
En enseignant à nos enfants le respect des religions, nous les avons préparés à l’esclavage. C’est un fascinant suicide de la liberté, dicté par une vision de la tolérance dont profitent l’intolérance religieuse et son cortège de préjugés. Un suicide assisté par des philosophes, des sociologues, des politiques, des journalistes.


La religion opprime, on la combat, elle recule, elle laisse un vide, c’est la panique, elle revient, on n’en sort pas. C’est un cercle vicieux qui ne sera brisé qu’en trouvant un substitut à la consolante transcendance du divin.


Quant à ton ami Condorcet, que l’on a eu la gentillesse d’installer près de toi dans le caveau numéro 7, il considérait, dans la biographie qu’il t’a consacrée, qu’« en attaquant les oppresseurs avant d’avoir éclairé les citoyens, on risquera de perdre la liberté et d’étouffer la raison ». Anéantir un oppresseur sans que le peuple soit plus éclairé, c’est prendre le risque d’une tyrannie pire que la précédente.


Quoi qu’il en soit, ta thèse est proche de celle de Schopenhauer, un philosophe allemand né dix ans après ta mort. Lui ne jugeait pas la religion mais faisait le constat qu’elle était une nécessité pour ce qu’il appelait « l’humanité en gros », c’est-à-dire les neuf dixièmes de la population de son époque, condamnés à un pénible labeur et n’ayant pas les moyens de trouver par elle-même un sens à l’existence. La religion serait donc l’unique moyen de transmettre une transcendance, clé en main, à la majorité d’entre nous, la philosophie ne pouvant bénéficier qu’à une minorité d’initiés. 


Selon lui, seul le message religieux est de nature à unir l’humanité. Le théisme serait donc crucial pour l’ordre social et moral. Il regrettait néanmoins que la condition de survie de toute religion soit de « fausser de part en part l’ensemble du savoir humain ». Lucide, il décrivait des princes qui « se servent de Dieu comme d’un croque-mitaine à l’aide duquel ils envoient coucher les grands enfants, quand tout autre moyen a échoué ; c’est la raison pour laquelle ils tiennent tant à Dieu ». 


Les motivations sont plurielles et souvent respectables mais le symbole ne change pas. Qu’il s’agisse du hijab porté par des étudiantes prosélytes, d’un voile de protection, de dévotion, de recherche identitaire, ou du foulard de ma grand-mère, le voile reflète le pire d’une société patriarcale, un différentialisme à raison du genre conduisant à invisibiliser la féminité. Pour les Iraniennes, les Afghanes et bien d’autres, il symbolise la mort sociale, voire la mort tout court. Ne serait-ce que par solidarité pour ces femmes, cela devrait conduire à une réflexion de celles qui le portent ou le défendent. Par quel étrange miracle un symbole de tyrannie à l’égard des femmes en Iran est-il devenu un étendard de la liberté religieuse en France ?


Alors je te répondrais ce que j’ai dit et écrit bien souvent : on ne doit empêcher personne de porter le voile dans l’espace public. On ne saurait défendre la liberté en ayant recours à de telles interdictions et, pour reprendre les mots d’Aristide Briand qui débattait de l’interdiction éventuelle du port de la soutane, « l’ingéniosité combinée des prêtres et des tailleurs aura tôt fait de créer un vêtement nouveau qui ne serait plus une soutane ». C’est transposable au voile. Il n’est pas interdit et prétendre le contraire relève de la propagande. Le principe c’est la liberté, mais il y a des limites, comme pour toute liberté. Plus précisément il y a trois types de restrictions : dans la fonction publique, ce qui va de soi dans un pays laïc où les représentants de l’État doivent montrer une neutralité religieuse ; dans le monde du travail ou le sport, mais uniquement s’il y a un motif légitime ; et dans l’enseignement public primaire et secondaire.


La liberté de conscience n’est pas un individualisme forcené consistant à pouvoir imposer partout les caprices de sa volonté ou de sa foi.


L’absurdité des comportements me terrifie. Une communauté qui se montre hermétique à la raison est capable de tout. Au fond, peu importent les vêtements, seul compte le message. Une redingote noire, une burqa, un hijab ou un vêtement masculin salafiste censé ressembler à celui du Prophète il y a mille quatre cents ans dans le désert d’Arabie, cela nous dit, à divers degrés : je suis moins accessible à la discussion avec les hommes qu’aux lois de Dieu telles qu’elles m’ont été rapportées par ses porte-parole autoproclamés.
es hommes et les femmes qui font ce choix librement s’engagent sur la voie de la dépossession de soi, ils ont tourné le dos au libre arbitre et à la croyance critique, ils ont opté pour leur exclusion d’un monde où l’on discute en égalité et parfois où l’on se laisse convaincre de changer d’opinion. On ne peut pas avoir tort quand c’est Dieu qui le dit.
Ce choix de l’enfermement ne peut produire qu’une montagne de préjugés et de rejets à l’égard des incroyants ou des malcroyants. Ceux qui le font tenteront, par tous moyens, de convaincre leurs « sœurs » ou leurs « frères » d’y adhérer et d’abdiquer leurs libertés sous prétexte de devenir dignes de Dieu. Leur prosélytisme est inévitable, le spectacle de la liberté d’autrui étant insupportable à ceux et celles qui y ont renoncé. Quant à leurs enfants, ils n’auront aucune chance d’échapper à leurs superstitions, comme les gosses de Jérusalem.
 
 
Il faut rappeler ce que disait, le 4 février 2010, le guide bien connu d’un parti de gauche radical, autrefois laïc, sur le port du voile : « On a le sentiment que les gens vont au-devant de la stigmatisation : ils se stigmatisent eux-mêmes – car qu’est-ce que porter le voile, si ce n’est s’infliger un stigmate – et se plaignent ensuite de la stigmatisation dont ils se sentent victimes. » Concluant plus loin : « Ce n’est pas acceptable. »
Il avait bien raison mais il semble avoir changé d’avis.


Tu haïssais les donneurs de leçons. Des hypocrites et des frustrés. Pour toi, la vertu était le ressort principal de la tyrannie.
Tu avais mille fois raison. La vertu c’est comme la religion. Vécue avec humilité, c’est une richesse ; affichée, c’est une escroquerie.


À chacun de faire son choix entre la difficulté de vivre sans commandements célestes mais libre, ou avec des certitudes réconfortantes mais déjà mort vivant, brandissant des livres de lois incompréhensibles y compris d’eux-mêmes, dans l’obsession d’arracher la vie à d’autres. Renoncer à la vie par anticipation est un curieux remède à la peur de la mort.


Le christianisme t’a pourri la vie et son évanescence te gâche ton repos. Si tu avais vécu deux siècles de plus, tu aurais constaté le vide laissé ; vide que les valeurs républicaines n’ont pas su combler ou, plutôt, n’ont comblé que le temps où la République fut, elle aussi, une religion. Alors tu aurais assisté à l’effondrement spirituel d’une société privée de récit unificateur. Tu aurais vu la religion être remplacée soit par un consumérisme compulsif et un individualisme effréné, soit par une quête désespérée de sens. « Les anciens dieux vieillissent ou meurent, et d’autres ne sont pas nés », s’inquiétait Durkheim… C’est la thèse du désenchantement du monde de Max Weber. Dieu est devenu si lointain, qu’il a enfin laissé place à la liberté humaine, à la raison, à l’émancipation. Mais cela a un prix : l’éloignement de Dieu se paye en difficulté de vivre.


De nombreuses études, certaines de très grande ampleur, ont été réalisées par des armées de chercheurs.
Les résultats sont parfois contradictoires, difficiles à analyser ou peu probants au regard de la complexité du sujet et des multiples biais méthodologiques. Mais les statistiques les plus fiables, pour la plupart nord-américaines, convergent vers le même constat : les enfants élevés dans un foyer chrétien ou musulman (les autres religions n’étant pas assez représentées dans le panel) se montrent moins altruistes que ceux élevés dans un foyer non religieux. Plus la famille est religieuse, moins l’enfant est altruiste. En outre, plus l’enfant élevé dans une famille religieuse grandit, plus il se montre enclin au jugement d’autrui et au désir de punir. Ces résultats se retrouvent, quels que soient les pays et le statut socio-économique du panel.
D’éminents psychologues expliquent ces résultats en avançant l’hypothèse que les croyants sont poussés à « bien » agir par peur de la sanction divine ou pour recevoir une récompense dans l’au-delà. En revanche, les enfants élevés dans un écosystème laïc seraient encouragés à adopter des règles de vie morales tout simplement car c’est la bonne et juste manière de se comporter et non parce qu’il existerait un système de vidéosurveillance divine.


Un système libertaire répugne, par essence, à imposer un système de valeurs, y compris le respect des libertés, laissant ainsi prospérer les ennemis de la liberté, qui se présentent toujours masqués, jusqu’à leur triomphe. Un tiers des 15-17 ans interrogés en 2020 par un institut de sondage refusaient de condamner les attentats de 2015. Un tiers. C’est un début de triomphe.

 

Du même auteur sur ce blog :

 
Traité sur l'intolérance
 

 


 

4 commentaires:

  1. Par quoi remplacer Dieu ? Mais par Dieu pardi ! ;)

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    1. On pourrait, en effet, répondre par un clin d’oeil que rien ne remplace Dieu… sinon Dieu. Mais c’est précisément ce que Richard Malka interroge : non pas le retour d’un absolu, mais la manière dont nos sociétés cherchent, parfois désespérément, une forme de transcendance qui ne soit pas un dogme. Son livre ne plaide pas pour un substitut divin, il explore ce qui, dans la pensée, la liberté et l’héritage des Lumières, peut tenir lieu de boussole sans devenir une nouvelle religion.

      Autrement dit : ce n’est pas Dieu qu’il s’agit de restaurer, mais la capacité à penser sans s’y soumettre.

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  2. J'aime beaucoup votre réponse.

    Mais c'est exactement ce qu'essayent de faire les techno-mages de l'âge : Musk, Zuckerberg et compagnie. Proposer des objectifs immensément difficiles à atteindre - coloniser le système solaire voir rendre l'homme physiquement immortel - et produire ainsi des "quasi-transcendances" vers quoi tendre. C'est aussi ce que proposaient les révolutions : créer l'utopie.comme quasi-transcendance ( le ciel sur terre).
    Tout ceci émane d'un courant russe , le cosmisme ( https://fr.wikipedia.org/wiki/Cosmisme)

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    1. Votre parallèle avec les « quasi‑transcendances » contemporaines est très juste : les projets prométhéens de certains techno‑prophètes (coloniser Mars, abolir la mort, réinventer l’humanité) relèvent en effet d’une forme de mythologie moderne. Ils proposent des horizons si vastes qu’ils deviennent, comme vous le dites, des substituts symboliques à la transcendance. Les révolutions ont souvent joué ce rôle, et le cosmisme russe en a fourni l’un des imaginaires les plus radicaux.

      Mais Richard Malka ne cherche ni une utopie, ni un nouvel absolu, ni une « religion de la technologie ». Ce qu’il interroge, c’est la possibilité d’une transcendance non dogmatique, qui ne commande pas, ne promet pas le salut, ne fabrique pas de croyants. Une transcendance qui ne soit pas un programme, mais une manière de préserver la liberté intérieure : penser, douter, résister.

      Autrement dit, là où les techno‑mages proposent des objectifs, lui envisage une attitude : ne pas substituer un nouveau ciel à l’ancien, mais éviter que quoi que ce soit (Dieu, l’utopie, la technologie) ne devienne un pouvoir auquel on se soumet.

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