dimanche 5 juillet 2026

Critique : "L'hôtel" de Daisy Johnson | Lectures de Cannetille

 

Couverture du livre "L'hôtel" de Daisy Johnson




J'ai aimé

 

Titre : L'hôtel (The Hotel)

Auteur : Daisy JOHNSON

Traduction : Laetitia DEVAUX

Parution : en anglais en 2024,
                  en français (Stock) en 2025

Pages : 192

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

Lieu de mythes et de secrets, l’hôtel se dresse au-dessus des marais sombres, dans sa splendeur surannée. Bâti sur une terre maudite, ses fondations portent en elles le souvenir d’une mort violente. Pourtant, il est impossible de résister à son pouvoir d’attraction. En pénétrant dans l’hôtel, chacun réagit à sa façon. Pour certains, c’est un lieu qui respire la familiarité, pour d’autres, l’étrangeté. Les visiteuses qui ont osé s’aventurer dans la chambre 63 – la plupart des victimes sont des femmes – en sont ressorties changées à jamais. Les voilà désormais prisonnières de l’hôtel et de sa malédiction. Petit chef-d’oeuvre de littérature gothique, ce livre vous hantera longtemps après l’avoir refermé.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Daisy Johnson est née en 1990 et vit à Oxford. Son premier roman, Tout ce qui nous submerge (Stock, 2019), a été finaliste du Man Booker Prize 2018. Sœurs, son deuxième roman (Stock 2021), a été encensé par la critique française et adapté au cinéma sous le titre September & July.

 

 

Avis :

Alors que ses deux précédents ouvrages se tenaient à la lisière du fantastique, la Britannique Daisy Johnson s’aventure pleinement dans le registre horrifique avec ce roman composé de quatorze histoires écrites en plein confinement pour la BBC Radio 4. Ensemble, elles explorent les angoisses féminines dans une société aux relents patriarcaux.

Construit en 1919 sur un marécage où fut noyée la première narratrice, tenue pour sorcière, l’hôtel est au centre du récit. Sous son « style néogothique avec de hautes cheminées, d’étroites fenêtres surmontées de coupe-larmes, des vitraux qui assombrissent l’intérieur », il abrite un tourment surnaturel auquel certaines âmes, exclusivement féminines, sont sensibles. Celles qui le ressentent ne peuvent plus s’en défaire. Femme de chambre aimantée malgré elle, fillette rêvant d’en emmurer une autre, future mariée ou prochaine divorcée victimes d’altérations malsaines de la réalité, ou encore vieille dame persécutée par la voix de son intelligence artificielle domestique : toutes expérimentent la peur, leurs brèves histoires s’entrecroisant pour tisser, de génération en génération, le lit d’une condition féminine habituée à trembler en silence dans le rôle que lui impartit la société. En toile de fond, la menace des trois mots prononcés par la sorcière avant son exécution : « Je reviendrai bientôt »

Pleines de clins d’œil aux références classiques du genre horrifique, mais trop courtes et hétérogènes pour installer durablement l’effroi, ces histoires gagnent en épaisseur à la lumière de cette malédiction primale qui pèse sur les femmes et conditionne leur place parmi les hommes. Pour autant, si l’hôtel, organisme vivant qui dévore ses proies en usant de leurs peurs et de leurs fantasmes, évoque la maison hantée imaginée par Jean-Baptiste Del Amo dans La nuit ravagée, le récit reste ici, en termes de puissance et de symbolisme, nettement en retrait : là où Jean-Baptiste Del Amo met en scène l’étrangeté au monde propre à l’adolescence homosexuelle, Daisy Johnson effleure seulement la peur intériorisée par les femmes dans une société patriarcale.

Ambiance gothique trop décousue, symbolisme féministe trop esquissé : l’ensemble peine à convaincre pleinement. La faute en revient sans doute à la brièveté et à l’hétérogénéité de textes initialement conçus pour la radio, non pour former un roman. Reste l’indéniable talent de l’autrice pour bâtir une atmosphère étrange et inquiétante, porté par une plume fluide et volontiers envoûtante, qui donne envie de la lire dans un format plus abouti. (3/5)

 

 

Citation :

Les humains sont égoïstes et illogiques, ils tourbillonnent un instant puis meurent si vite qu’ils n’ont peut-être même pas eu le temps de vivre. 


 

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