jeudi 23 juillet 2026

Critique : "Court-circuit" de Wolf Haas | Lectures de Cannetille

 

Couverture du roman "Court-circuit" de Wolf Haas

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Coup de coeur 💓

 

Titre : Court-circuit (Wackelkontakt)

Auteur : Wolf HAAS

Traduction : Rose LABOURIE

Parution : en allemand (Autriche) en 2025,
                   en français en 2026 (Flammarion)

Pages : 272

 

 

  

 

 

 

Présentation de l'éditeur : 

Franz Escher attend l’électricien. Il y a un faux contact dans sa prise. Pour tuer le temps, il se plonge dans un livre sur Elio Russo, ancien mafioso devenu témoin protégé. Elio Russo est en prison et attend d’être exfiltré. Ayant trahi les siens, il craint pour sa vie et, incapable de fermer l’œil, il se met à lire en pleine nuit. Son livre parle d’un certain Franz Escher. Qui attend l’électricien. Il y a un faux contact dans sa prise.
Court-circuit est un feu d’artifice narratif : à la manière des illusions de M. C. Escher, deux histoires sans aucun rapport à première vue s’entremêlent, au fil des pages, en une valse étourdissante qui nous électrise et nous tient en haleine jusqu’au court-circuit final.

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

Wolf Haas est né en 1960 à Maria Alm dans les Alpes de Berchtesgaden et vit à Vienne. Il a publié de nombreux romans, et a notamment signé une série de polars. Son oeuvre a été récompensée par le prix de littérature de Brême, le prix Wilhelm Raabe, le prix Jonathan Swift et le prix Erich Kästner.

 

Avis :

Connu pour la construction ludique et l’humour noir de ses polars, l’écrivain autrichien Wolf Haas poursuit ses expériences littéraires avec la mise en abyme de deux récits qui, renvoyant l’un vers l’autre par un astucieux jeu de miroirs, produisent un bouclage fictionnel aux allures de ruban de Möbius. Ce court-circuit narratif, où chaque histoire alimente et reflète l’autre, installe une circularité troublante qui brouille progressivement les frontières entre lecture, narration et réalité, jusqu’à faire du titre non seulement un motif thématique, mais le principe même d’organisation du roman. 

Pendant qu’un électricien répare chez lui une prise défectueuse, Franz Escher entame une lecture dont le protagoniste, Elio Russo, mafioso repenti en attente d’exfiltration dans le cadre d’un programme de protection des témoins, ouvre quant à lui un livre relatant la vie d’un certain Franz Escher. L’histoire que chacun se met à dévider par un bout sans se connaître se tend alors comme un fil narratif partagé, où l’avancée de l’un semble infléchir le destin de l’autre. Ce jeu de lectures croisées, qui fait progresser l’intrigue en même temps qu’il la dédouble, construit peu à peu un lien fictionnel si étroit que chacun se retrouve entraîné par le récit qu’il lit, comme si la fiction, en se refermant sur elle-même, finissait par imposer sa logique au réel. 

Au-delà de l’exercice de style bluffant et jubilatoire qui suffirait déjà à hypnotiser le lecteur, le roman montre comment la fiction agissante reconfigure les trajectoires des personnages et, par ricochet, la perception que l’on a de leur réalité. Ce double récit en miroir interroge la performativité de la narration, plus précisément la manière dont elle fait émerger un sens en perpétuelle mutation, qui se déplace et se reconfigure au gré des renvois internes. Plutôt que d’installer des certitudes, elle instaure un mouvement continu où chaque élément narratif semble se redéfinir à mesure qu’il apparaît. Le livre se lit alors comme une démonstration ludique de ce que peut la littérature lorsqu’elle se prend elle-même pour objet, révélant que le « court-circuit » annoncé par le titre est en vérité une manière de déjouer les attentes du lecteur autant que les conventions du récit linéaire, et de rappeler que toute histoire, même la plus réaliste en apparence, repose sur un équilibre fragile entre invention et croyance.

L’ingéniosité de sa construction électrise ce roman‑puzzle qui, circulant d’échos en reprises au fil de circonvolutions incessantes, ne perd jamais sa fluidité ludique. À mesure que les deux récits se répondent, s’installe une atmosphère étonnante, où la gravité des situations combinée à un humour discret, volontiers absurde, instille un plaisir de lecture aussi troublant que jubilatoire. Jouant à déplacer les repères et à brouiller la frontière entre sérieux et fantaisie, la narration, d’une malice parfaitement maîtrisée, fascine et réjouit de bout en bout. Coup de coeur. (5/5)

 

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