J'ai aimé
Titre : Championne
Auteur : Nina BOURAOUI
Parution : 2026 (JC Lattès)
Pages : 288
Accès au livre : ISBN 9782709676236
en librairie
Présentation de l'éditeur :
Une jeune fille, au pied de son immeuble, s’entraîne contre un mur. Elle frappe la balle avec sa raquette, inlassablement, pour fuir la folie de son pays et de sa famille, pour échapper à la colère de son père, à l’amour en désordre de sa mère, à la pâleur de sa soeur. Elle frappe et en elle les mots se bousculent : elle butte contre une faute qu’il lui faut avouer pour grandir et rêver à la femme qu’elle deviendra, qui s’aimera et aimera, qui se sera gagnée, elle.
Nina Bouraoui signe un roman ensorcelant, hypnotique, la confession d’une jeune fille en feu, qui a le don des mots et un regard qui saisit chaque sentiment pour l’explorer, chaque geste pour dire le désir et la beauté.
Nina Bouraoui signe un roman ensorcelant, hypnotique, la confession d’une jeune fille en feu, qui a le don des mots et un regard qui saisit chaque sentiment pour l’explorer, chaque geste pour dire le désir et la beauté.
Le mot de l'éditeur sur l'auteur :
Née en 1967, Nina Bouraoui est romancière. Elle est notamment l’auteure de La voyeuse interdite (prix du Livre Inter 1991), Mes mauvaises pensées (prix Renaudot 2005), et plus récemment Otages (Lattès, 2020, prix Anaïs Nin), Satisfaction (Lattès, 2021) et Grand Seigneur (Lattès, 2024).Avis :
Dans une tentative de reprise de possession d’elle-même et de conquête de sa liberté, une adolescente confrontée à la violence faite aux femmes se livre à un long monologue de colère et de révolte.
Elle a seize ans et vit dans les années 1970 avec sa « famille folle » dans un « pays fou ». On ne saura rien de plus précis, si ce n’est que, dans ce « pays qui tue les femmes », elle ne doit plus guère son semblant de sécurité lorsqu’elle sort qu’à son physique androgyne, que sa sœur aînée est désormais confinée à la maison pour avoir osé envisager le mariage avec l’homme de son choix, que son père a manqué la tuer quand elle avait six ans et que sa mère l’accable d’un amour étouffant pour se racheter de sa soumission. Alors, pour évacuer sa hargne autant que pour échapper à l’oppression, elle s’acharne à frapper sa balle de tennis contre le mur de son immeuble, s’évertuant à croire encore à une échappatoire, même si, après des débuts prometteurs, ses chances de devenir championne paraissent s’amenuiser de jour en jour.
Sa rage et sa pugnacité doivent leur exacerbation à la double culpabilité d’une identité sexuelle incertaine, qui lui fait rêver d’un « Monde des femmes » - un monde d’amour qui appartiendrait aux femmes -, et d’un acte qui, tendant la narration vers sa révélation toujours différée, apparaît en vérité comme le produit de son environnement familial et social. Comme sa balle sur le mur, son esprit revient sans cesse buter contre les parois de ce monde prêt à se refermer sur elle, ses sensations physiques et sa colère fusionnant en un flux de pensée obsédant, un ressassement désespéré qui, dans sa recherche d’une issue, ondoie en phrases fleuves aux variations lancinantes.
Avec pour corollaire une écrasante sensation d’étouffement, encore renforcée par la compacité d’un texte sans chapitres ni respiration, Nina Bouraoui réussit un roman incandescent et viscéralement politique dans sa dénonciation de la violence patriarcale et des clivages sociaux. Elle atteint aussi à une poésie universelle, lorsqu’en choisissant de ne nommer ni lieux ni personnages, elle efface les repères géographiques et identitaires pour élever ce récit intime en une allégorie de la condition féminine. (3,5/5)
Elle a seize ans et vit dans les années 1970 avec sa « famille folle » dans un « pays fou ». On ne saura rien de plus précis, si ce n’est que, dans ce « pays qui tue les femmes », elle ne doit plus guère son semblant de sécurité lorsqu’elle sort qu’à son physique androgyne, que sa sœur aînée est désormais confinée à la maison pour avoir osé envisager le mariage avec l’homme de son choix, que son père a manqué la tuer quand elle avait six ans et que sa mère l’accable d’un amour étouffant pour se racheter de sa soumission. Alors, pour évacuer sa hargne autant que pour échapper à l’oppression, elle s’acharne à frapper sa balle de tennis contre le mur de son immeuble, s’évertuant à croire encore à une échappatoire, même si, après des débuts prometteurs, ses chances de devenir championne paraissent s’amenuiser de jour en jour.
Sa rage et sa pugnacité doivent leur exacerbation à la double culpabilité d’une identité sexuelle incertaine, qui lui fait rêver d’un « Monde des femmes » - un monde d’amour qui appartiendrait aux femmes -, et d’un acte qui, tendant la narration vers sa révélation toujours différée, apparaît en vérité comme le produit de son environnement familial et social. Comme sa balle sur le mur, son esprit revient sans cesse buter contre les parois de ce monde prêt à se refermer sur elle, ses sensations physiques et sa colère fusionnant en un flux de pensée obsédant, un ressassement désespéré qui, dans sa recherche d’une issue, ondoie en phrases fleuves aux variations lancinantes.
Avec pour corollaire une écrasante sensation d’étouffement, encore renforcée par la compacité d’un texte sans chapitres ni respiration, Nina Bouraoui réussit un roman incandescent et viscéralement politique dans sa dénonciation de la violence patriarcale et des clivages sociaux. Elle atteint aussi à une poésie universelle, lorsqu’en choisissant de ne nommer ni lieux ni personnages, elle efface les repères géographiques et identitaires pour élever ce récit intime en une allégorie de la condition féminine. (3,5/5)
Citations :
Depuis la naissance il est dit qu’il faudrait faire ainsi : être, grandir, s’instruire, aimer, se séparer, aimer à nouveau ou non, attendre, attendre, s’éteindre et espérer que le ciel soit un autre lieu et qu’il soit grand. Le ciel n’est pas destiné à tout le monde. C’est triste mais c’est la vérité, je vous le jure, enfin, c’est triste pour ceux qui savent mais peu d’entre nous savent. Le troupeau marche, espère, disparaît sans être intégré au ciel. Il y a des êtres du haut et des êtres du bas, des êtres qui errent, s’enlisent. Ils vivent leur après-mort comme ils vivaient leur vie. Je le crois. Des vies sans grandeur engendrent des morts sans élévation. Il faut, comme la nuit, mériter le ciel. Peu de gens le savent. Les pauvres. Certains sont déjà morts vivants. Pas moi. Il faut avoir conscience de la vie pour ouvrir l’une des portes du ciel. Les hommes, les femmes aiment, croient aimer sans savoir ce qu’est l’amour. Mais s’ils savaient, il n’y aurait pas de meurtre.
Les mots sont mes seuls couteaux. On peut être un assassin sans tuer vous savez, je désigne d’ailleurs mes parents et le pays des hommes qui haïssent les femmes comme les assassins de mon enfance.
(…) on ne désire pas son semblable, on désire son opposé pour qu’il vous apprenne quelque chose, pour qu’il vous instruise et peut-être pour qu’il vous transforme mais cela est rare d’être transformé par l’amour, par la tendresse. Moi je n’ai été transformée que par la violence, par la violence de mon père, par la violence de cette terre qui a rendu mon père violent, c’est aussi pour cette raison que je ne lui en veux pas trop, c’est aussi pour cette raison que je veux couper la boucle de la violence, de la transmission, je ne veux pas devenir comme mon père, comme ma terre, donc je frappe, je frappe ma balle avec ma raquette contre un mur qui représente le monde dont je rêve pour m’échapper et vivre enfin.
La violence de mon père est un barreau de ma prison, l’amour désordonné de ma mère est un barreau de ma prison, « être ta louve », dit-elle, et me couvrir de ses baisers qui m’enchaînent à elle, avec son amour en désordre, ma mère a tout fait pour que je ne sois aimée de personne, pas même de moi, même si parfois j’entends la petite voix, de mon cœur ou de ma conscience, qui me dit que je suis aimable ou que je serai aimée un jour de quelqu’un et peut-être même de moi, d’ailleurs il faudrait se marier avec soi avant de se marier avec un ou une autre, sinon ça ne marche pas l’amour, c’est déséquilibré, l’amour s’apprend à travers soi.
(…) dire, écrire est une résistance et une grande liberté car on n’a besoin de rien pour dire ou écrire sinon de courage et de clarté d’esprit –, mais je parle des révolutions de libération et non des révolutions de massacre, d’extermination.
Si l’on n’a pas eu assez de mots pour se forger, pour se construire une vie, c’est comme si on existait sans exister, comme si l’existence passait et qu’on la regardait passer. Il y a des existences qui ne sont pas remplies, qui sont juste biologiques, on se réveille, on se nourrit, on marche, on se déplace, on s’endort et ce jusqu’à la mort et je ne pense pas que ce mode de vie soit celui des animaux, on pourrait le croire mais je suis certaine que les animaux possèdent un univers, des bribes de pensées, même si l’on dit que les animaux ne pensent pas mais je ne suis pas d’accord, les animaux possèdent des bribes d’images et des bribes de sentiments et tout cela réuni leur donne un langage particulier, ils ne traversent pas seulement leur existence, ils l’occupent, ils la remplissent, ils la ressentent et quand je pense à tout ça, il m’arrive d’avoir peur car je ne sais pas ce qu’est une vie réussie (…)
Il n’existe pas d’amour dans ma famille, il existe une idée de l’amour qui ressemblerait à un oiseau impossible à attraper, il passe parfois par la fenêtre, s’arrête au salon puis s’envole vers le ciel, ce n’est pas qu’il n’existe pas d’amour c’est que personne ne sait s’en servir, en donner ou en recevoir, que personne ne sait comment il fonctionne.
Ce que je sais c’est qu’il y a à peine six ans je pouvais me rendre à pied aux Villas, ce n’était pas la grande sécurité, mais on ne parlait ni de meurtre ni d’enlèvement, il fallait être prudents mais on avait le droit de marcher, nous les enfants, nous les petites filles, et moi la fille-garçon, c’était encore permis, les adultes étaient déjà fous mais ils savaient se tenir, c’est comme si aujourd’hui les habitants de mon pays avaient perdu toute forme de politesse, de respect et, pire encore, c’est comme si la vie ne comptait plus, comme si tout le monde était sous l’emprise de son désir, de ses pulsions, comme si aucun code social n’existait, comme si les êtres ne parvenaient plus à vivre ensemble et ne pensaient qu’à s’éliminer ou à s’ignorer, comme s’il n’y avait même plus la mémoire d’avant, d’un temps plus serein, plus doux, comme si nous étions dans un état sauvage sans loi sinon celle de la destruction ou de la survie, l’un n’allant pas sans l’autre.
(…) la meute a ceci d’étrange, elle est solidaire dans la force, dans l’acte, et elle se dissipe aussitôt la faute commise en ayant pris le soin, avant de disparaître, de désigner son bouc émissaire.



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