J'ai aimé
Titre : L'adolescence du perroquet
Auteur : Amélie NOTHOMB
Parution : 2026 (Albin Michel)
Pages : 160
Accès au livre : ISBN 9782226513045
en librairie
Présentation de l'éditeur :
« L’amour n’est pas un dû. » (Amélie Nothomb)Le mot de l'éditeur sur l'auteur :
Amélie Nothomb est née à Kobé en 1967. Dès son premier roman, Hygiène de l’assassin, elle s’est imposée comme une écrivaine singulière. En 1999, elle a obtenu le Grand Prix de l’Académie française pour Stupeur et tremblement et, en 2021, le prix Renaudot pour Premier sang. Elle publie cette année son 35e roman.
Avis :
Après plusieurs récits intimes, Amélie Nothomb revient à la fiction avec une fable animalière métaphorique, imprégnée de son habituelle et savoureuse bizarrerie.
À quarante ans, Alban, chroniqueur radio habitué à tromper sa solitude dans la compagnie silencieuse des oeuvres du Louvre, adopte clandestinement Jo, un jeune perroquet gris du Gabon issu d'une espèce protégée et doté d'une intelligence redoutable. Après une période de bonheur fusionnel marquée par l'apprentissage du langage, la cohabitation dérape brutalement lorsque l'oiseau atteint l'adolescence. Devenu tyrannique, Jo multiplie les crises d'agressivité et rejette violemment l'autorité de son maître, transformant la cellule familiale improvisée en arène de confrontation furieuse.
Sous des airs de comédie absurde s'installe un huis clos psychologique cruel. Tour à tour charmeur, capricieux et destructeur, doté du langage mais réfractaire à toute humanisation, le perroquet reste constamment entre l'animal et l'enfant, ses répliques acérées et ses comportements rebelles évoquant sans détour une crise d'adolescence, ironiquement appelée à durer au vu de la longévité de l’espèce. Écho direct aux confidences de la romancière sur son refus de la maternité, le livre place Alban face à son besoin affectif en lui révélant que « l'amour n'est pas un dû ». Échappant obstinément aux projections humaines, l'oiseau le prive de l'illusion de la réciprocité et lui rappelle qu'élever un autre être revient d'abord à accepter de le perdre.
L’exagération grotesque accentue encore la dureté du propos, quand, en fait d’interlocuteur idéal, le narrateur ne rencontre finalement qu’incommunicabilité. Original et bien pensé, le roman tourne pourtant assez rapidement en rond, sa fin ouverte renforçant le sentiment persistant d’un certain creux, à tout le moins d’une nouvelle étirée manquant de densité. Ce cru mineur dans la production d’Amélie Nothomb reste malgré tout une fable piquante sur ce que l’amour exige de renoncements. (3/5)
À quarante ans, Alban, chroniqueur radio habitué à tromper sa solitude dans la compagnie silencieuse des oeuvres du Louvre, adopte clandestinement Jo, un jeune perroquet gris du Gabon issu d'une espèce protégée et doté d'une intelligence redoutable. Après une période de bonheur fusionnel marquée par l'apprentissage du langage, la cohabitation dérape brutalement lorsque l'oiseau atteint l'adolescence. Devenu tyrannique, Jo multiplie les crises d'agressivité et rejette violemment l'autorité de son maître, transformant la cellule familiale improvisée en arène de confrontation furieuse.
Sous des airs de comédie absurde s'installe un huis clos psychologique cruel. Tour à tour charmeur, capricieux et destructeur, doté du langage mais réfractaire à toute humanisation, le perroquet reste constamment entre l'animal et l'enfant, ses répliques acérées et ses comportements rebelles évoquant sans détour une crise d'adolescence, ironiquement appelée à durer au vu de la longévité de l’espèce. Écho direct aux confidences de la romancière sur son refus de la maternité, le livre place Alban face à son besoin affectif en lui révélant que « l'amour n'est pas un dû ». Échappant obstinément aux projections humaines, l'oiseau le prive de l'illusion de la réciprocité et lui rappelle qu'élever un autre être revient d'abord à accepter de le perdre.
L’exagération grotesque accentue encore la dureté du propos, quand, en fait d’interlocuteur idéal, le narrateur ne rencontre finalement qu’incommunicabilité. Original et bien pensé, le roman tourne pourtant assez rapidement en rond, sa fin ouverte renforçant le sentiment persistant d’un certain creux, à tout le moins d’une nouvelle étirée manquant de densité. Ce cru mineur dans la production d’Amélie Nothomb reste malgré tout une fable piquante sur ce que l’amour exige de renoncements. (3/5)
Citations :
L’inspiration fonctionne de cette manière. C’est pour avoir lu La Princesse de Clèves que Radiguet conçut le projet d’écrire Le Bal du comte d’Orgel. Le son de ces deux livres diffère complètement. Être inspiré, ce n’est pas marcher sur les traces de quelqu’un. C’est être catapulté par un levier dont on ne connaissait pas l’existence.
Détruire à coups de bec est le propre de ces animaux. Déterminer à quelle pulsion cela correspondait revenait à enquêter sur les instincts les plus inquiétants de toute espèce, l’humaine n’étant pas la moins honorablement outillée. En gros, l’oiseau était tellement fasciné par le pouvoir de son appendice à bords coupants qu’il ne pouvait résister au désir de s’en servir. Posséder une arme, c’est déjà la dégainer.
Rien ne me met aussi mal à l’aise qu’un homme qui roule des mécaniques ou une femme qui minaude. Comment se retenir de leur dire qu’on a remarqué que l’un était un homme et l’autre une femme ? Je raffole de la plaisanterie du vrai gentleman qui, entrant par erreur dans une salle de bain et y découvrant une femme nue, referme la porte en disant : « Monsieur, je vous prie de m’excuser. »
Rares sont ceux qui se soucient de l’aspect de leur âme ; ils croient que cela sert à aller au paradis. Je ne pense pas que la beauté de l’âme serve à quoi que ce soit. Je suis sûr que la laideur de l’âme fait de la vie un enfer.
Détruire à coups de bec est le propre de ces animaux. Déterminer à quelle pulsion cela correspondait revenait à enquêter sur les instincts les plus inquiétants de toute espèce, l’humaine n’étant pas la moins honorablement outillée. En gros, l’oiseau était tellement fasciné par le pouvoir de son appendice à bords coupants qu’il ne pouvait résister au désir de s’en servir. Posséder une arme, c’est déjà la dégainer.
Rien ne me met aussi mal à l’aise qu’un homme qui roule des mécaniques ou une femme qui minaude. Comment se retenir de leur dire qu’on a remarqué que l’un était un homme et l’autre une femme ? Je raffole de la plaisanterie du vrai gentleman qui, entrant par erreur dans une salle de bain et y découvrant une femme nue, referme la porte en disant : « Monsieur, je vous prie de m’excuser. »
Rares sont ceux qui se soucient de l’aspect de leur âme ; ils croient que cela sert à aller au paradis. Je ne pense pas que la beauté de l’âme serve à quoi que ce soit. Je suis sûr que la laideur de l’âme fait de la vie un enfer.


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