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jeudi 7 mars 2019

[Zykë, Cizia] Parodie






Coup de coeur 💓

 

Titre : Parodie

Auteur : Cizia ZYKE

Editeur : Hachette

Parution : 1987

Pages : 298









Présentation de l'éditeur :   

Oro, c'est la conquête de l'or dans la péninsule d'Osa au Costa Rica parmi les serpents, les policiers véreux et les malfrats.
Sahara : les trafics en Afrique. Le Paris-Dakar avant l'heure, le rallye des infâmes, des douaniers corrompus.
Avec Parodie, Cizia Zykë achève sa trilogie de l'aventure vécue. Il nous propulse dans la cité prospère de Toronto. En caméléon parfaitement adapté à la survie, il recherche l'action et les plaisirs par tous les moyens. Joueur professionnel, il découvre le monde des tricheurs. Exceptionnel manipulateur d'hommes, il contrôle en quelques mois la vie nocturne de la métropole jeux, alcools, drogue, récupération de dettes. L'arnaque, les belles aventurières qui serviront ses desseins, la violence, l'amour, la fête sont au coeur de cette aventure intense et cruelle dans le monde du jeu.
Parodie : le témoignage authentique d'un aventurier des temps modernes.

 

 

Avis :

Avec ce troisième récit autobiographique, j’ai retrouvé intact le plaisir de lecture d’Oro et de Sahara. Cette fois, Zykë relate sa vie dans le Toronto de 1972. Il a vingt-trois ans et cherche l’aventure. Il commence par la reprise d’un restaurant italien. Puis, se faisant passer  pour un gangster mafieux prêt à tuer père et mère, il se retrouve à la tête d’un cercle de jeu clandestin. Son association avec des tricheurs professionnels lui assure bientôt beaucoup d’argent facile, qu’il flambe dans un train de vie dispendieux, consommant force drogue et collectionnant les conquêtes féminines. Sa réussite a tôt fait d’attirer l’attention : après les descentes de police, les tentatives de racket, la haine de ses débiteurs de jeu qu’il a violemment secoués, ce sont bientôt les représailles sanglantes d’un caïd proxénète qu’il doit affronter. Va-t-il se faire prendre au jeu et basculer définitivement dans la grande criminalité ? Ou saura-t-il arrêter à temps la parodie du gangster-tueur qu’il n’est pas encore, et fuir pour reprendre sa liberté sous d’autres cieux ?

La recette du succès littéraire de Zykë fonctionne bien : style percutant, brutal et cru ; aventures vécues musclées, fortes en émotions et jouissances éphémères ; personnages tous plus hors-norme que jamais ; mépris des règles et habileté diabolique… Un récit encore une fois saisissant, celui d’un homme qui aura mené une dizaine de vies en une, les brûlant toutes par les deux bouts. Encore une lecture coup de coeur. (5/5)

vendredi 8 mars 2019

[Zykë, Cizia]


 

BILAN DE LECTURE :


19  Livres lus :

 5  Coups de coeur (5/5)
 2  Beaucoup aimés (4/5)
 7  Aimés (3/5)
 1  Moyennement aimé (2/5)
 4  Pas aimés (1/5)





BIOGRAPHIE :


Cizia Zykë est un aventurier et écrivain français né en 1949 et décédé en 2011.

Fils d'un légionnaire français d’origine albanaise et d’une mère grecque, Cizia Zykë (de son vrai prénom Jean-Charles) passe son enfance à Taroudant dans le sud du Maroc. Sa famille s’installe à Bordeaux lorsque le Maroc gagne son indépendance en 1956.

L’adolescence de Zykë est mouvementée. Ses activités au sein d’un gang de jeunes délinquants lui valent de nombreux ennuis judiciaires, dont deux séjours en prison. Il décide de quitter la France à l’âge de dix-sept ans. Les autorités lui refusant un passeport, il s’engage dans la Légion étrangère lors de la Guerre des Six Jours. 
Zykë obtient finalement un passeport en 1967 et part rejoindre son oncle installé en Argentine. Pendant les trois années qu’il passera en Amérique du Sud, il acquiert une fortune considérable dans le commerce d’objets d’art précolombien. 
Il s’installe à Toronto en Octobre 1970. Il y prend la direction d’un restaurant italien, puis se spécialise dans l’organisation de jeux de hasard clandestins et dans la récupération forcée de dettes. Survivant de justesse à une tentative d’assassinat par le chef d’un gang rival, Zykë se réfugie en Suisse en 1973. 

De retour en France, il écrit Oro, qui relate ses aventures au Costa Rica, et le publie en 1985. Il publie Sahara (sur ses aventures en Afrique) et Parodie (sur son séjour au Canada), qui compléteront sa trilogie autobiographique, en 1986 et 1987. Traduites en plusieurs langues, ce sont ses œuvres les plus célèbres. 
En 1991, Zykë retourne en France et se prépare à visiter l’Albanie, pays d’origine de son père. Zykë y passe trois ans. De son séjour en Albanie naîtront quatre romans – Les Aigles, Au nom du père, Requiem et Rédemption – et un film documentaire Kanoun, qu'il réalise avec Piro Milkani. 
En 2008-2009, Cizia Zykë se trouve en Guyane, il y prépare la sortie d'un nouvel ouvrage autobiographique dont le titre est Oro and Co. Ce récit retrace son parcours depuis 1984, lorsqu'il quitte le Costa Rica, jusqu'à nos jours pour sa dernière aventure parmi les orpailleurs clandestins.  Cizia Zykë signe là sa dernière œuvre autobiographique, un au revoir à ses lecteurs en même temps qu'un hommage appuyé à son collaborateur et ami l'écrivain Thierry Poncet, qui met fin à son aventure éditoriale.  Le 8 janvier 2009, Cizia Zykë aurait été mis en examen à Cayenne pour « complicité d'orpaillage clandestin ». D'après le journal Le Parisien : « on indique qu'il est soupçonné d'avoir ravitaillé par avion des orpailleurs clandestins, sous couvert de réaliser un documentaire. » 

Zykë meurt d'une crise cardiaque à Bordeaux en 2011.

(Source Wikipedia)



BIBLIOGRAPHIE (Romans) :

(Les 💓 indiquent mes coups de coeur et leur intensité)

 

💓    Oro (1985)
  -     Sahara (1986) 
💓    Parodie (1987)
💓    Fièvres (1988) 
  -     Paranoïa (1989)
  -     Tuan Charlie (Maléfice, Opium, Dust, Enfers) (1989)
  -     Buffet campagnard (1990)
  -     Histoires de fous (1991)  
  -     La ferme d'Eden (1991) 
  -     Alixe (1993)  
💓    Amsterdam zombie (1994)
💓    Les aigles (2000)

  -     Blasphèmes(2001)
  -     La révolte d'Amadeus Jones (2002)
  -     Au nom du père (2003)
  -     Requiem (2003)
  -     Rédemption (2004)
  -     Oro and Co (2009)

  -     Alma (2018)


Lire Zykë l'aventure de Thierry Poncet. 💓

 

 

CARACTERISTIQUES : 

Collaboration avec Thierry Poncet.
Personnalité et aventures vécues hors du commun. Talent de conteur. 
Style percutant (« écrit comme on frappe »), cru, cynique et provocateur. 
Humour noir. Politiquement incorrect.
Pour adultes avertis.




THEMES RECURRENTS : 

Récits personnels et romans fortement inspirés de ses propres aventures. 
Contes / Thrillers / Reportages.
Aventure, Liberté, Amitié, Jeu, Drogue, Femmes, Contrebande, Jungle, Désert, Orpaillage et mines d’or, Aborigènes, Albanie, Folie, Manipulation, Enfants criminels.

jeudi 7 mars 2019

[Zykë, Cizia] Oro






Coup de coeur 💓

 

Titre : Oro

Auteur : Cizia ZYKE

Editeur : Hachette

Parution : 1985

Pages : 300









Présentation de l'éditeur :   

Oro est un livre culte.
Vendu à plusieurs millions d'exemplaires dans le monde entier, c'est le premier volume de la célèbre trilogie autobiographique de Cizia Zykë, qui se poursuit avec Sahara, ses souvenirs de contrebandier du désert, et Parodie, ses mémoires de parrain à Toronto.
Cizia Zykë est un personnage hors normes. C'est le dernier aventurier du monde moderne. Un homme pour qui l'interdit n'existe pas.
Pour oublier la mort de son fils, il s'est lancé à la quête d'actions fortes autour du monde. Il trouve l'aventure dans la jungle de la péninsule d'Osa, au Costa Rica, parmi les serpents, les policiers véreux, les prostituées et les trafiquants.
Oro est un texte fou, libre, sans pitié et magnifique.
Un must du récit d'aventure.

 

 

Avis :

Après avoir lu Alma, j’ai eu envie de redécouvrir Cizia Zykë, et par extension Thierry Poncet. J’ai donc commencé par ressortir Oro de ma bibliothèque, puis Sahara et Parodie.
 
De ces trois récits autobiographiques, Oro demeure pour moi le plus percutant, sans doute parce que c’est le livre qui a fait découvrir au public le formidable personnage de Zykë et que l’effet de surprise y joue à plein. 

Ce sont autant le fond que la forme qui sortent de l’ordinaire : le style est d’une part rapide, nerveux, centré sur l’action, mais aussi cynique, cru, provocateur et ironique. Le récit est mené tambour battant au fil des péripéties vécues par un Zykë épris de liberté et de sensations fortes, rebelle à nos vies de moutons domestiques, et qui a fait le choix d’une existence d’aventurier : prêt à tout, d’un courage et d’une capacité de résistance peu communs, sans foi ni loi, pas gêné par l’illégalité et par la démonstration de force, mais généreux et guidé par des principes personnels de loyauté et d’honneur, ce meneur d’hommes, fin psychologue et habile manipulateur, ne s’attache à rien d’autre qu’à l’instant présent. Flambeur et jouisseur, menant ses expériences jusqu’au bout puis les abandonnant sans regret pour repartir de zéro, cet opportuniste mégalomane qui a tâté de la prison s’adonne à tous les excès : le sexe, la drogue, le jeu, le danger. Macho, exigeant et autoritaire, se comportant en prince et maître vis-à-vis de son entourage, c’est aussi un séducteur invétéré et un ami indéfectible. 

Oro relate ses aventures au Costa Rica au début des années 1980 : d’abord orpailleur clandestin, il réussit à monter une holding tout à fait légale, une mine d’or qui fait sa fortune, jusqu’à ce que ses associés véreux tentent de l’éliminer et qu’il doive fuir le pays avec juste quelques kilos d’or en poche. Les conditions de vie et de travail relatées sont extrêmes, le danger permanent, qu’il provienne de la jungle elle-même, de l’exploitation minière ou de la rapacité des hommes. Dans cet environnement sans pitié, seuls la force et le courage (associés à la coke) permettent de survivre. Zykë n’y va pas de main morte et se comporte en véritable chef de guerre : c’est à la schlague et du bout de son P38, mais aussi avec une formidable capacité à mener les hommes, à forcer le respect et à nouer les amitiés, qu’il établit son leadership et réussit l’impossible.

Oro est un récit d’aventure vécue, addictif, dépaysant, surprenant, choquant, drôle : une histoire d’homme sans illusion, sans scrupule ni concession, capable d’aller au bout de ses envies et d’en payer le prix s’il le faut. S’il sait se montrer dur et impitoyable envers ses ennemis et ceux qu’il méprise, c’est aussi un homme droit dans ses bottes, fiable et généreux, dont il fait bon être l’ami.  
Oro est une lecture coup de poing, dont on ressort hypnotisé. Coup de coeur donc. (5/5)


Citations :

Mais dans ce monde trop bien réglementé, il est dur d'être un aventurier et de suivre ses propres lois. Pour moi, la notion d'interdit n'existe pas : je veux le faire donc je le peux.  

Hélas! Ce monde moderne n'est plus assez vaste. Il est impossible de se tailler un royaume, de vivre une aventure en dehors des lois, car la lutte est inégale. Tout est fait pour les faibles, groupés tous ensemble sous la bannière des lois à respecter. Toutes mes aventures m'ont opposé à des gouvernements, en Afrique, en Asie, aux Caraïbes et la partie est toujours perdue d'avance.  

Je suis cent fois moins pourri que ces dirigeants du tiers monde auquel je me heurte, mais eux ont l'avantage de la crédibilité et de la voix internationale. 

J'ai été plusieurs fois millionnaire, mais l'argent est reparti à chaque fois et aussi facilement qu'il était venu. Je n'accorde de l'importance à l'argent que lorsque je le dépense. Si je devais économiser, je ne serais pas moi-même et je n'aurai pas pu vivre ces aventures intenses qui furent les miennes. Une mentalité étriquée ne permet pas de vivre quelque chose de grand. Toute ma vie, mon dernier centime sera dépensé pour la flambe, le confort, pour ne jamais faire de concessions à la médiocrité.

J’ai toujours utilisé une psychologie fondée sur l’intimidation, la pression exagérée et la violence verbale. Mes menaces ont fait payer mes débiteurs, plus sûrement que les coups. Dans cette comédie cruelle, j’ai plus souvent fait peur que mal. Je me suis fait une réputation de tueur sans tuer personne et j’en suis fier.

vendredi 8 mars 2019

[Zykë, Cizia] Oro and Co






J'ai aimé

Titre : Oro and Co

Auteur : Cizia ZYKE

Editeur : Fleuve Noir

Parution : 2009

Pages : 324









Présentation de l'éditeur :   

Cizia Zykë est une légende vivante. Le dernier aventurier des Temps modernes. Un homme hors du commun, épris de liberté absolue, dont la vie est une suite d'actions exceptionnellement fortes. Son aventure littéraire s'étend sur vingt-cinq ans. Une oeuvre unique et inclassable, entamée par sa célèbre trilogie d'aventures vécues : Oro, l'or de la jungle du Costa Rica, Sahara, la contrebande de camions dans le désert africain, Parodie, son ascension fulgurante de parrain en Amérique du Nord. Tous trois sont des récits cultes, vendus à plusieurs millions d'exemplaires dans le monde entier. Oro & Co est son dernier texte. Un récit. Parti dans la jungle amazonienne pour s'y bâtir une ville, Cizia Zykë voit l'aventure l'amener à se transformer en trafiquant pour pénétrer le monde des garimpeiros, les orpailleurs clandestins brésiliens qui pillent l'or de la Guyane française. Fascinant, inlâchable, implacable et drôle, Oro & Co est un formidable vent de liberté.

 

 

Avis :

Un peu plus de vingt ans après sa trilogie Oro, Sahara et Parodie, Zykë reprend le fil de ses récits d’aventure autobiographiques. Après un retour sur ses débuts d’écrivain, il nous emmène cette fois au Surinam, à la frontière de la Guyane française, où il s’est mis en tête de construire un lieu de plaisir pour les orpailleurs disséminés dans la jungle, puis de tourner un reportage sur les chercheurs d’or clandestins. Rien ne se déroule toutefois comme prévu : la dernière aventure de Zykë ne devient bientôt plus qu’attente et frustration, alors que les autorités voient ses activités d’un très mauvais œil.

S’il contient toujours la même farouche dérision, ce dernier livre, qui prend des allures de baroud d’honneur, a un goût de tristesse : liberté et aventure semblent devenues bien difficiles d’accès comparé à il y a quelques décennies et aux précédents livres de Zykë. Et l’auteur signe ce dernier opus comme un adieu à ses lecteurs et à sa vie aventureuse.


L’histoire racontée n’est finalement qu’une somme de déboires et peine à trouver de quoi se mettre sous la dent : elle finit par laisser beaucoup de place aux malheurs des compagnons de Zykë, peu familiers de la jungle. Elle donne toutefois un aperçu de la complexité de la situation en Guyane : selon Zykë, il est illusoire d’envisager d‘y contenir l’invasion de clandestins par la répression. Il faut au contraire gérer l’inéluctable, mettre en place une coopération avec les pays voisins pour légaliser et encadrer, avec droits et devoirs, l’exploitation de cet or que rien ne pourra empêcher.
L’ultime livre publié du vivant de Zykë prend donc une teinte douce-amère, celle qui imprègne le mot FIN. A lire de préférence après tous les autres. (3/5)

jeudi 7 mars 2019

[Poncet, Thierry] Zykë l'aventure






Coup de coeur 💓

 

Titre : Zykë L'aventure

Auteur : Thierry PONCET

Editeur : Taurnada

Parution : 2017

Pages : 359










Présentation de l'éditeur :   

Au fond d'un PMU de la rue du Faubourg-Saint-Martin, je tends le texte d'une de mes nouvelles à l'aventurier de la mine d'or. Il lit les premières lignes et déclare : « C'est toi » comme il cracherait deux écorces de graines de tournesol. Il aurait pu dire : « Je viens de décider de t'emmener avec moi, aussi ton destin va-t-il basculer dans les minutes qui suivent, tu vas connaître le monde entier, les grandes ivresses, le sexe, l'amour et le danger, et tu vas devenir écrivain d'une manière que tu n'aurais jamais imaginé. » Mais non. Juste : « C'est toi. » 
L'incroyable odyssée autour du monde, au sommet du succès littéraire et au cœur de l'amitié de deux hommes que tout oppose. Un récit trépidant et truculent, dur et drôle, invraisemblable et vrai : inlâchable.

 

 

Avis :

Thierry Poncet fut pour Cizia Zykë bien plus qu’un secrétaire : si Zykë était le créateur, Poncet était le rédacteur, et de leur association sont nés des best-sellers mondiaux. 

Tous deux sont aussi devenus de grands amis et compagnons d’aventures. Zykë étant décédé en 2011, Poncet nous offre ici un ultime récit de leurs vagabondages, égrenant ses souvenirs depuis leur rencontre, lorsqu’il avait vingt-trois ans et végétait pauvrement dans ses tentatives d’écriture. Il partagea les pérégrinations de Zykë pendant de nombreuses années, connut ses succès et ses échecs, ses excès de gueule, de jeu, de drogue, d’alcool, de sexe, sa tyrannie et sa puissante amitié. Au travers du récit mouvementé et dépaysant, où l’on retrouve largement le style truculent et percutant des livres signés Zykë, se dessine une histoire d’amitié profonde, où perce constamment l’admiration de Poncet pour « le patron ». 

Ce livre-hommage est d’abord, comme indiqué en introduction, un divertissement : occasion de découvrir les coulisses d’Oro, Sahara et Parodie, la trilogie autobiographique de Zykë, puis la suite des aventures de cet homme hors-norme. J’ai à nouveau été fascinée, parfois heurtée, par les péripéties relatées et par cette vie si intensément vécue mais constamment au bord du précipice. J’ai souvent ri, notamment devant les outrances de Zykë face aux maisons d’édition ou pendant sa participation au Paris-Dakar. Et j’ai ressenti aussi une certaine tristesse, lorsque la contraignante réalité finit par rattraper cet éternel rêveur, « égaré en une ère fade qu’il ne pouvait aimer ». Coup de coeur pour ce livre tumultueux que j’ai dévoré quasiment sans interruption, juste après avoir relu Oro, Sahara et Parodie. (5/5)

mercredi 22 octobre 2025

[Everett, Percival] Effacement

 




J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Effacement (Erasure)

Auteur : Percival EVERETT

Traduction : Anne-Laure TISSUT

Parution : en anglais (Etats-Unis) en 2001,
                  en français en 2004 (Actes Sud)
                  et en 2025 (L'Olivier)

Pages : 384

Accès au livre : ISBN 9782823622539  
                           en librairie

 

  

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

« Je ne crois pas à la race. Je crois qu’il y a des gens prêts à me descendre, me pendre, me rouler, me faire obstacle […] à cause de ma peau noire, de mes cheveux frisés, de mon nez épaté et de mes ancêtres esclaves. Mais c’est ainsi. »
Thelonious « Monk » Ellison, écrivain noir américain, recherche désespérément le succès. Scandalisé par le triomphe d’un mauvais roman réunissant tous les clichés sur « le ghetto », il écrit sous pseudonyme une parodie intitulée Ma Pataulogie qu’il soumet à un éditeur. Les choses lui échappent totalement : le livre réintitulé Fuck devient un immense best-seller, tous saluent l’authenticité du propos sans avoir perçu la moindre ironie. Monk plonge alors dans une crise profonde qui remet en cause toute son existence.

 

 

Un mot sur l'auteur :

Ecrivain américain né en 1956, Percival Everett enseigne la littérature à l’Université de Californie du Sud et a écrit plus d’une trentaine d'ouvrages. Il est lauréat du prix John-Dos-Passos 2010 et du prix de littérature Windham-Campbell 2023.

 

 

Avis :

Publié en 2001 aux États-Unis et récemment réédité dans une traduction française révisée, ce roman s’impose comme l’un des plus marquants de Percival Everett. À travers une satire incisive à la construction narrative déroutante, l’auteur met au jour les logiques d’assignation raciale à l’œuvre dans le monde littéraire américain et, plus largement, dans les industries culturelles où les écrivains issus de minorités sont trop souvent cantonnés à des rôles narratifs stéréotypés. 

De son vrai nom Thelonious Ellison, Monk, le narrateur, est un écrivain et universitaire noir dont la production littéraire, érudite et exigeante, reste désespérément confidentielle. Excédé de se voir reprocher de ne pas écrire « comme un Noir » – c’est-à-dire de ne pas produire les récits de souffrance et de violence que le lectorat réclame –, il rédige en réponse Ma Pataulogie, une parodie outrancière d’un roman de ghetto, saturé de clichés et de langage oral, qui rencontre ironiquement un succès fulgurant. Cette fiction dans la fiction occupe près d’un tiers du livre et constitue volontairement une épreuve pour le lecteur, tant son style brut et heurté, sa vulgarité assumée et la stupidité feinte de son propos, rebroussent férocement le poil.

Le triomphe de Ma Pataulogie agit comme un révélateur cruel : plus Monk s’éloigne de lui-même, plus il est acclamé. Ce renversement ironique met en lumière l’absurdité d’un système qui valorise l’excès et le spectaculaire au détriment de la complexité et de la nuance. L’auteur radicalise cette logique jusqu’à dissoudre son narrateur dans une spirale de reniement et de reconnaissance frelatée. La supercherie affecte profondément l’identité de Monk, tiraillé entre son intégrité intellectuelle et la consécration publique. Le roman explore ainsi les effets corrosifs de l’assignation raciale sur la subjectivité, en montrant comment le regard extérieur peut déformer, voire effacer la singularité d’un individu. À mesure que Ma Pataulogie triomphe, Monk s’enfonce dans une forme de dépossession intime, incapable de se reconnaître dans l’image que le succès lui renvoie.

En contrepoint de cette charge satirique, se déploient avec une intensité retenue les drames personnels qui, entre la perte de son frère, l’Alzheimer de sa mère et les tensions avec sa soeur, contribuent à isoler plus encore le narrateur. Traités avec une sobriété poignante, ces épisodes introduisent une profondeur émotionnelle qui, en contraste avec la férocité du pastiche, rappellent que derrière la critique sociale se joue la quête intime d’un homme en lutte pour préserver ce qui reste de sa dignité et de son lien aux autres. 

La structure du roman reflète l’état d’esprit du narrateur. Eclatée, elle mêle journal intime, réflexions théoriques, digressions quotidiennes, fragments universitaires et pastiches littéraires. Souvent déroutant, ce montage hétérogène incarne le morcellement identitaire de Monk et traduit son refus des cadres imposés. En sollicitant une lecture active, souvent inconfortable, l’auteur affirme une voix libre jusque dans la forme même du roman.

Satire du monde littéraire, Effacement est aussi une œuvre politique et existentielle, étroitement liée au contexte américain. En déconstruisant les attentes qui pèsent sur les écrivains noirs, Percival Everett dénonce les rôles identitaires assignés et défend une littérature affranchie des stéréotypes. À travers la trajectoire de Monk, il expose les effets délétères d’un regard normatif sur l’individu, tout en affirmant la puissance d’une écriture qui refuse les injonctions et réinvente ses propres formes. Un roman exigeant et lucide, dont la liberté narrative, portée par un humour sarcastique aussi féroce que salutaire, fait osciller le lecteur entre rire amer, désarroi et admiration. (4/5)

 

 

Citations :

Au centre de l’arbre se trouve le cœur du bois. Il ne contribue guère à nourrir l’arbre, mais en est la charpente. Le faux bois, qui alimente l’arbre, est vulnérable, et sujet aux affections fongiques ou aux attaques d’insectes. On ne voit pas la différence entre le cœur du bois et le faux bois. Mais c’est le cœur qu’il faut. Il faut aller au cœur, toujours.


Il arrivait que Père fût abrupt. Dans l’ensemble, je trouvais que c’était un homme doux, sans doute en raison de la vénération que ses patients lui témoignaient, mais on vivait avec lui comme sur le cratère du Vésuve. La comparaison serait meilleure avec un volcan en sommeil. Il ne se produisait pas vraiment d’éruption, mais c’étaient des grondements, des sifflements, et, sans que l’on comprît ce qui arrivait, tout à coup on sentait une odeur de soufre et de brûlé, et une nuée se formait dans l’air.


Son intelligence avait toujours été vive, et sa perception de Père, plus fine que ce à quoi la mienne pourrait jamais prétendre. Les ennemis se comprennent mieux que les amis.


 

vendredi 8 mars 2019

[Zykë, Cizia] Les aigles





Coup de coeur 💓

 

Titre : Les aigles

Auteur : Cizia ZYKE

Editeur : Editions du Rocher

Parution : 2000

Pages : 303










Présentation de l'éditeur :   

Cizia Zykë est le dernier aventurier du XXe siècle. Il est de retour, le chercheur d'or d'Oro, le contrebandier de Sahara, le gangster de Parodie. Et le romancier a succès de Paranoïa, Fièvres, Alixe... L'homme était parti à la découverte de ses racines : l'Albanie. La terre des " Aigles ". La rencontre a tourné court. Alors qu'il achève de tourner un film documentaire, Cizia Zykë est accusé d'espionnage et de contrebande d'objets d'art. Emprisonné, réfugié à l'ambassade de France de Tirana, il est exfiltré avec l'aide du Quai d'Orsay. Les Aigles, ce sont ceux qu'il a croisés au cours de son périple. Des hommes terribles qu'une dictature de fer a rendus fous. Dino, le proxénète maudit. Skender, le tueur au sourire d'ange. Bunki le simplet et Dimitri, l'impitoyable financier. Les Aigles, ce sont des hommes et des femmes mis en cage pendant cinquante ans et jetés dans l'Europe des années 90. Les Aigles, ce sont trois millions de citoyens ruinés qui mettent leur propre pays à sac. Un roman du réel, authentique. Quatre destins terrifiants voués à la solitude.

 

 

Avis :

Ce roman historique m’a fait découvrir une nation que je ne connaissais qu’à peine : l’Albanie, « pays des Aigles », celui du père de Zykë.

Quatre hommes, transformés en fauves par des décennies d’enfer dans une Albanie communiste hermétiquement fermée, fuient le pays comme des milliers d’autres à la chute du régime en 1991. Après les camps de réfugiés, ils découvrent l’Italie où ils développent différents trafics plus sordides les uns que les autres : exécutions, réseaux de prostitution et de mendicité d’enfants, trafic de drogue et d’organes, passages de clandestins… Particularité : leur violence sans limite qui va jusqu’à surprendre la mafia italienne.


Dans cette sorte de reportage romancé, c’est toute l’Albanie des années 1990 qu’explique Zykë : après quarante-cinq ans d’une des dictatures les plus sévères de l’Europe moderne, le pays jusque-là totalement isolé et autarcique connaît une vague d’émigration massive. Ceux qui restent vivent une situation d’anomie : faute de règles et de normes, le pays sombre dans le chaos et la désorganisation sociale. Le champ est libre pour tous les excès et toutes les violences, au profit d’escrocs de tout poil : ainsi l’Albanie entière se voit ruinée par la faillite de sociétés spéculatives à court terme pratiquant la cavalerie.


Comme dans Amsterdam Zombie, Zykë nous livre, au-delà du roman, un très sérieux et très instructif documentaire, où l’on retrouve son style sans complaisance qui ne mâche pas ses mots, sa prédilection pour l’action, ses personnages violents et sans scrupules : un récit terrible, brut et sans concession, dépourvu d’émotion, qui fait froid dans le dos quand Zykë affirme que toutes les anecdotes y sont authentiques. (5/5)

[Zykë, Cizia] Fièvres






Coup de coeur 💓

 

Titre : Fièvres

Auteur : Cizia ZYKE

Editeur : Hachette

Parution : 1988

Pages : 282










Présentation de l'éditeur :   

«Le safari, commencé dans la joie et le plaisir, se transforma en une gigantesque partie de cache-cache, passionnante, irritante, puis insupportable. Insidieusement, la résolution de tuer M'Bumba l'éléphant s'installa. C'était lui ou nous. Alors s'amorça une lente descente vers l'horreur et l'irréel : la nature explosait d'une beauté violente, la nuit se faisait cataclysme, des milliers de crocodiles devenus déments massacraient les hommes. Nous étions partis pour la mort... perdus au milieu de quelque chose que je ne comprenais pas, qui n'existait pas, quelque chose qui nous tuait les uns après les autres.»
Fièvres, roman fort, envoûtant, sensuel, nous confirme le grand talent de conteur de Cizia Zykë, révélé dans sa trilogie autobiographique: Oro, Sahara et Parodie.

 

 

Avis :

Encore un livre de Cizia Zykë / Thierry Poncet que je n’ai pas pu lâcher avant la fin et un coup de coeur pour ce conte d’aventure en pleine jungle congolaise. Le village de brousse où se sont installés trois Français en rupture de ban vient d’être sauvagement détruit par un éléphant devenu dément, que ses empreintes laissent supposer d’une taille exceptionnelle. Accompagnés de pisteurs indigènes, d’un adolescent et d’une jeune fille du village, le trio se lance la fleur au fusil dans une expédition punitive qui va rapidement tourner au cauchemar. La tension monte peu à peu au fil des pages, la jungle semblant devenir maléfique au fur et à mesure que grandissent les doutes et le malaise de l’équipe de chasseurs. Bientôt, c’est leur propre peau qui se retrouve menacée et une longue lutte à mort commence.

Le narrateur et chef de l’expédition est une incarnation de Zykë : alors que la construction de son camp de survie dans la jungle évoque furieusement celle du campement d’Oro au Costa Rica, on retrouve la détermination et la truculence de l’aventurier, sa crudité et son ironie. Ne manquent pas non plus l’alcool et la drogue que les trois Robinsons trouveront le moyen de se fabriquer en pleine jungle, ni les scènes de sexe débridées entre notre héros et la toute jeune fille indigène. Mais ce qui fait la force du livre est le talent de conteur de Zykë : s’inspirant de deux anecdotes qu’on lui avait contées, l’une à propos d’éléphants enivrés par une orgie de mangues vertes, l’autre au sujet de crocodiles assiégeant des hommes réfugiés dans des arbres, il nous livre une fable prenante et bien construite, étayée par sa connaissance de la jungle et par sa propre expérience des conditions extrêmes, mêlée des superstitions et des croyances indigènes en des lieux magiques et maléfiques où il vaut mieux ne pas s’aventurer, et jamais loin de la dérision. 
Je me suis laissée envoûter sans réserve. (5/5)

[Zykë, Cizia] Blasphèmes






Je n'ai pas aimé

Titre : Blasphèmes

Auteur : Cizia ZYKE

Editeur : Editions du Rocher

Parution : 2001

Pages : 285










Présentation de l'éditeur :   

" Depuis la nuit des temps le Bien et le Mal s'affrontent. Le Bien, et le Mal. C'est-à-dire Moi. Le Diable. Il y a une chose que je dois préciser, c'est que Dieu, mon adversaire, ce timoré, et moi-même ne sommes que des témoins. Ni lui ni moi ne pouvons intervenir. Ce serait trop facile ! L'une de ces rencontres entre l'ennuyeuse bonté et l'admirable créativité du Malin a eu pour cadre le fief de la foi, un pays imprégné de chrétienté depuis les premiers siècles de votre ère, la région centrale de l'Ethiopie que l'on nomme Abyssinie. Ce fut un très beau combat. Il fut terrible. Et triste. Infiniment triste. "  
Trois fillettes qui se ressemblent trop, un prêtre qui doute de sa foi, un gentilhomme de fortune rompu à tous les combats, un savant fou, un illuminé de Dieu, un mystique copte et son mulet sont les héros de cet hallucinant combat entre le Bien et le Mal, en terre d'Abyssinie, en plein coeur de l'Ethiopie.  Cizia Zykë, auteur de la célèbre trilogie Oro, Sahara et Parodie est un maître de l'aventure et de l'angoisse. Aux éditions du Rocher, il a déjà publié Les Aigles (2000).

 

 

Avis :

Constatant la crainte que la femme a inspiré aux hommes dans de nombreuses sociétés et religions au point d’en faire une créature du Diable, tentatrice coupable du pêché originel, qu’on enferme, voile et excise, Zykë a imaginé un combat entre le Bien et le Mal, commenté par un observateur de choix en la personne du Diable lui-même. 
Le Mal est incarné par de jeunes triplées de treize ans, de mère abyssine et de père canadien établi en Ethiopie. Après la mort de la mère dans des circonstances peu claires, le père, dépassé par le comportement perturbé de ses filles, appelle au secours son frère prêtre. Accouru en Ethiopie, celui-ci emmène la petite famille dans un monastère abandonné, au fond d’une vallée perdue et désertique d’Abyssinie, où les seuls voisins sont un ermite, un écrivain chercheur et un sosie de Zykë venu se reposer entre deux aventures. 

Tous les ingrédients sont réunis pour un pastiche de film d’épouvante, avec prêtre exorciseur et créatures démoniaques en confrontation dans un lieu désert et sauvage. Hélas, si le rythme et la fluidité du récit tiennent en haleine au fur et à mesure que l’atmosphère s’épaissit pour devenir totalement irrespirable, si le décor splendide de l’Abyssinie et ses personnages locaux se découvrent avec plaisir, si le Diable et le sosie de Zykë sont des ajouts amusants, la trame du récit m’a rapidement exaspérée : j’ai bientôt eu envie de gifler les gamines et de secouer les adultes plutôt niais, tout en soupirant de la balourdise de cette histoire d’inceste gratuitement malsaine.

Je n’ai finalement trouvé ce roman ni angoissant ni drôle. Ce n’est selon moi pas le meilleur Zykë. Définitivement pour adultes avertis. (1/5)

[Zykë, Cizia] Paranoïa






J'ai beaucoup aimé

Titre : Paranoïa

Auteur : Cizia ZYKE

Editeur : Hachette

Parution : 1989

Pages : 381









Présentation de l'éditeur :   

"Tu es un écrivain, mon Fils. Rien ne doit venir déranger ton travail." Sur cette ultime et austère recommandation, la vénérable Mme Duclos rend à Dieu son âme étriquée et abandonne Fernand à un peu plus de solitude. Que va-t-il faire alors, lui qui a vingt-cinq ans, une vie sans joie ni surprise, une lucidité féroce et beaucoup d'occasions d'être "dérangé" ?
Après Oro, Sahara, Parodie, sa célèbre trilogie autobiographique et Fièvres, son premier roman, Cizia Zykë avec Paranoïa nous emporte dans un irrésistible tourbillon d'émotions, de sentiments et de passions. Un texte impitoyable qui nous mène de la plus folle des violences aux larmes, du fou rire au drame, de la cruauté à l'amour. Dans ce roman, Cizia Zykë allie un sens aigu de l'observation sociale à un art subtil de la psychologie et du suspense.

 

 

Avis :

Cette fois, le narrateur n’est pas Cizia Zykë, mais un écrivain de romans alimentaires dont le talent finira par percer, mais à quel prix ? Faible et falot, le jeune homme de vingt-cinq ans n’a toujours vécu que dans l’ombre d’une mère étouffante et se retrouve incapable de s’insérer dans une société qui l’effraye. Il passe son temps à écrire, enfermé dans son appartement avec son chat. Jusqu’à ce que la hargne de plus en plus insupportable de sa concierge le fasse sortir de sa routine. Sa vie bascule alors, rien ne sera plus comme avant. Encore que… : est-ce bien la première fois qu’il commet l’irréparable ?

Ce thriller psychologique est avant tout un concentré d’humour noir. Si certaines pages sont dérangeantes, notamment l’inévitable passage sexuel des plus crus qu’on retrouve dans tous les livres de Zykë, l’on sourit et l’on rit beaucoup. Zykë en profite pour régler ses comptes avec le monde de l’Edition, dont il fait une satire jubilatoire : quel régal lorsqu’il se met en scène lui-même, au travers du regard de ce microcosme où il est si incongru, et qu’il s’amuse à provoquer. Très drôle de retrouver retranscrites avec dérision des scènes racontées comme réelles par Thierry Poncet dans Zykë l’aventure. Si j’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire, j’ai finalement passé un excellent moment : c’est vraiment bien ficelé ! (4/5)

dimanche 26 octobre 2025

[Humm, Philibert] Roman policier

 



 

Coup de coeur 💓

 

Titre : Roman policier

Auteur : Philibert HUMM

Parution : 2025 (Equateurs)

Pages : 192

Accès au livre : ISBN 9782382849217  
                           en librairie

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur : 

Dans la ville de Pau, depuis quelques années, disparaissent les U des enseignes. Les restaurants deviennent « restarants » et les boucheries « bocheries ». L’enquête de police piétine et les journalistes font chou blanc. Deux types auxquels on n’a rien demandé décident de s’en mêler. Un troisième les rejoint. À voir leur détermination, on comprend vite que le coupable n’en a plus pour très longtemps.

Trois hommes, une ville, un voleur. Un roman policier sans policier ni roman, car il va de soi que tout cela est vrai. De son propre aveu, l’auteur n’a aucune imagination.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :   

Philibert Humm est journaliste et écrivain. Il reçoit en 2022 le Prix Interallié pour son ouvrage Roman fleuve, publié aux Équateurs. Roman de gare et Roman policier poursuivent les aventures de son alter ego aventurier.

 

 

Avis :   

Dans la lignée de Roman fleuve et Roman de gare, Philibert Humm poursuit son exploration facétieuse des genres littéraires, en conservant cette tonalité singulière qui mêle l’absurde au raffinement, la parodie à la tendresse. Fidèle à son goût pour les détournements élégants, il transforme ici le polar en terrain de jeu langagier, où l’enquête devient prétexte à une errance poétique et burlesque.

L’intrigue, centrée sur la disparition des lettres « U » dans la ville de Pau, ne cherche pas tant à résoudre un mystère qu’à en célébrer l’invraisemblance. Trois personnages, ni policiers ni détectives, s’improvisent enquêteurs dans une quête aussi improbable que savoureuse. On retrouve dans leur cheminement l’esprit des Pieds Nickelés, le souffle de Bouvard et Pécuchet et cette manière bien à l’auteur de faire de l’absurde une forme de sagesse douce.

La plume, vive et malicieuse, regorge de trouvailles lexicales et de digressions savamment orchestrées. Chaque page est une promenade littéraire, où l’humour et la fantaisie langagière priment sur la tension dramatique. Pau devient un décor onirique, théâtre d’une disparition alphabétique qui interroge notre rapport au langage et à l’ordre établi. 

En intitulant son livre Roman policier, Philibert Humm joue avec les attentes du lecteur, les détourne avec finesse et propose une œuvre qui se lit comme une déclaration d’amour à la littérature populaire autant qu’une critique tendre de ses conventions. Fantaisie érudite pleine de clins d’yeux malicieux, ce roman est une échappée belle où l’on se perd avec délice, dans la droite ligne de ses précédents opus. (5/5)

 

 

Citations :

Comme je dis souvent, le succès, ce n’est jamais que de l’échec qui a réussi.

À une heure moins le quart, un soir de semaine, les rues de Pau ressemblent au désert de Gobi hors saison. Une lune rougeâtre aux trois quarts pleine éclairait le ciel à l’est et la rue Gambetta résonnait un peu trop fort de nos pas, comme si la scène était bruitée dans un film d’avant-guerre. J’avais l’impression qu’on cognait deux noix chaque fois que je posais le pied.

Dans notre époque où tout doit avoir un sens, Louise agissait pour rien, gratuitement, pour la beauté du geste. C’est d’autant plus nécessaire que c’est inutile, voilà qui deviendrait ma devise et me résonnerait longtemps au fond du cœur.

 

 

Du même auteur sur ce blog :

 
 

 


 

mardi 9 juillet 2019

[Ledun, Marin] Salut à toi ô mon frère






 

J'ai aimé

Titre : Salut à toi ô mon frère

Auteur : Marin LEDUN

Parution : 2018 (Gallimard)

Pages : 288







 

 

Présentation de l'éditeur : 

«Un père, une mère et leurs six enfants. Deux filles, quatre garçons. Une équipe mixte de volley-ball et deux remplaçants, ma famille au grand complet. Neuf en comptant le chien. Onze si l'on ajoute les deux chats.»

La grouillante et fantasque tribu Mabille-Pons : Charles, clerc de notaire pacifiste, Adélaïde, infirmière anarchiste et excentrique, les enfants libres et grands, trois adoptés. Le quotidien comme la bourrasque d'une fantaisie bien peu militaire.
Jusqu'à ce 20 mars 2017, premier jour du printemps, où le petit dernier manque à l'appel. Gus, l'incurable gentil, le bouc émissaire professionnel, a disparu et se retrouve accusé du braquage d'un bureau de tabac, mettant Tournon en émoi. Branle-bas de combat de la smala! Il faut faire grappe, retrouver Gus, fourbir les armes des faibles, défaire le racisme ordinaire de la petite ville bien mal pensante, lutter pour le droit au désordre, mobiliser pour l'innocenter, lui ô notre frère.




Un mot sur l'auteur :

Marin Ledun, né en 1975 à Aubenas, en Ardèche, est un romancier, essayiste et auteur de pièces radiophoniques français.



Avis :

Adélaïde est infirmière, Charles clerc de notaire, à Tournon-sur-Rhône. Ils sont à la tête d'une maisonnée turbulente, composée de leurs six enfants, tous adolescents ou jeunes adultes, et de leurs chien et chats. Le chaos familial atteint des sommets lorsque Gus, le benjamin, disparaît soudain, accusé du braquage d'un commerce. Doux et inoffensif, l'adolescent d'origine colombienne est l'un des trois enfants adoptés par Charles et Adélaïde. Le clan tout entier va se lancer dans une croisade tous azimuts pour l'innocenter et le tirer de ce qui ne saurait être qu'une méprise fondée sur un délit de faciès.

Le ton est donné dès la première ligne : l'enquête policière, au final assez succincte et sans grand suspense, n'est qu'un prétexte pour une comédie sociale satirique, au style enlevé et impertinent qui se veut humoristique. De fait, on peut s'étonner de la voir paraître dans la collection Série Noire de l'éditeur, car, à part la tenue gothique de Rose, la narratrice, rien n'est noir dans ce récit caractérisé par la folle exubérance de ses indociles et peu conventionnels personnages. 

L'exagération est souvent de mise : si elle apporte rythme et bonne humeur aux péripéties tout sauf ennuyeuses, je n'ai pas été réceptive à son humour qui, déception, ne m'a pas arraché un sourire. Emaillez le récit de nombreuses références culturelles, saupoudrez le de commentaires parfois assez acides sur la société contemporaine, et vous obtenez un cocktail bien dosé, divertissant mais pas bête, pour une joyeuse et pétillante parodie de nos vies dites modernes : un agréable divertissement sans prise de tête, mais que j'avais escompté beaucoup plus drôle. (3/5)



Du même auteur sur ce blog :

 
 

 

mardi 2 septembre 2025

[Tomic, Ante] Miracle à la Combe aux Aspics

 



J'ai aimé

 

Titre : Miracle à la Combe aux Aspics
            (Čudo u Poskokovoj Dragi)

Auteur : Ante TOMIC

Traduction : Marko DESPOT

Parution :  en croate en 2009,
                   en français en
2021
                   (Noir sur Blanc)

Pages : 208

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :

À sept kilomètres de Smiljevo, haut dans les montagnes, dans un hameau à l’abandon, vivent Jozo Aspic et ses quatre fils. Leur petite communauté aux habitudes sanitaires, alimentaires et sociologiques discutables n’admet ni l’État ni les fondements de la civilisation – jusqu’à ce que le fils aîné, Krešimir, en vienne à l’idée saugrenue de se trouver une femme. Bientôt, il devient clair que la recherche d’une épouse est encore plus difficile et hasardeuse que la lutte quotidienne des Aspic pour la sauvegarde de leur autarcie. La quête amoureuse du fils aîné des Aspic fait de ce road-movie littéraire une comédie hilarante, où les coups de théâtre s’associent pour accomplir un miracle à la Combe aux Aspics.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

Originaire d’un petit village de Croatie, Ante Tomi, né en 1970, a obtenu un diplôme en philosophie et sociologie de l’université de Zadar. Devenu journaliste pour le quotidien Slobodna Dalmacija, il démontre un rare talent littéraire qui se confirme en 2000 dans son premier roman Što je muškarac bez brkova (Qu’est-ce qu’un homme sans moustache). Trois ans plus tard, il publie Ništa nas ne smije iznenaditi (Rien ne doit nous surprendre) qui décrit la vie des recrues dans l’Armée populaire yougoslave. Ces deux romans ont été adaptés à l'écran. En 2009 sort son roman le plus connu, Miracle à la Combe aux Aspics. Il est actuellement chroniqueur pour le journal Slobodna Dalmacija.

 

 

Avis :

Paru en l’an 2000 et adapté au cinéma, le premier roman du Croate Ante Tomic Qu’est-ce qu’un homme sans moustache ? était une pépite d’humour burlesque et satirique qui pourfendait allégrement le patriarcat et le conservatisme en Croatie. Devaient suivre plusieurs ouvrages de la même eau, non traduits en Français, jusqu’à Miracle à la Combe aux Aspics, une autre franchement irrévérencieuse pantalonnade, de celles qui, avec son activité de journaliste satirique, ont valu à l’auteur plusieurs agressions violentes et les remontrances du ministre de la Culture, dans un pays où libre expression rime encore dangereusement avec pression politique.
 
Nous voici donc de retour près de Smiljevo, une bourgade imaginaire de l’arrière-pays dalmate. En cette région de montagnes reculées, une famille accrochée à son hameau abandonné s’obstine à y mener une existence d’un autre siècle, autarcique et rebelle. Plus que jamais rendus à un état de quasi sauvagerie depuis la mort de la mère qui leur servait rageusement de bête de somme – « Comme si elle en avait fait vœu à la Sainte Vierge, Zora se tut jusqu’à son dernier soupir, où elle jeta un tendre et ultime regard à son époux et murmura : Tu es une merde » –, Jozo Aspic, le père, et ses quatre fils adultes, Krešimir, Branimir, Zvonimir et Domago, repoussent à coups de fusil toute intrusion de la civilisation et de ses autorités dans la vallée qui abrite leur taudis. Mais une remarque, prudemment glissée par le curé sur l’utilité d’une femme pour le confort domestique, fait germer un projet incongru dans l’esprit du fils aîné. Il s’agit de retrouver, quelque part dans la grande ville de Split, certaine serveuse dont les bonnes dispositions, quelque quinze ans plus tôt, pourraient laisser augurer une possible « ouverture »...

S’ensuit une cascade d’aventures grand-guignolesques, les Aspics débarquant, dans leur course à la belle, sur les plates-bandes du chef de la police. Scènes rocambolesques et répliques truculentes s’enchaînent, opposant la détermination bornée de ploucs mal dégrossis mais armés jusqu’aux dents à celle, tout aussi dépourvue de nuances, d’autorités aux méthodes coercitives. Au tempérament vite échauffé de cette bande de rustres répond l’aplomb de femmes habituées à faire face à tout sans se plaindre. Et, la belligérance serbo-croate parsemant de ses stigmates tout le récit, c’est aussi bien la farce légère que la parodie noire et féroce des conflits internes couvant toujours sous la cendre balkanique que l’on peut choisir de voir dans ce nœud de vipères… aspics.

D’un humour peut-être moins irrésistible que le très cocasse premier roman de l’auteur, cette nouvelle comédie déjantée prend elle aussi tout son sel à travers sa satire très décalée de la société croate et de ses antagonismes. A lire, comme toute caricature, avec le recul nécessaire. (3,5/5)

 

 

Citation :

Le garçon apporta trois boissons verdâtres.
– C’est quoi , ça ? demanda Mile. Du liquide vaisselle ?
– Cocktail rhum blanc et limette, monsieur, dit le serveur en tiquant.
– Du rhum ? Chez nous, on met ça dans les gâteaux, remarqua Branimir. 
– Monsieur, c’est sûrement le meilleur rhum du monde. Vingt-cinq ans d’âge.
– Vingt-cinq ans ? dit Mile. Mon garçon, s’il était aussi bon que tu le prétends, on l’aurait bu depuis longtemps.

 

 

Du même auteur sur ce blog :

 
Qu'est- ce qu'un homme sans moustache ?