samedi 16 mars 2019

[Bordes, Gilbert] Elle voulait voir la mer




 

 

J'ai aimé

Titre : Elle voulait voir la mer

Auteur : Gilbert BORDES

Editeur : XO

Parution : 2018

Pages : 320








Présentation de l'éditeur :   

Mai 1944.
Jérémie, Rachel et Éloïse doivent quitter la ferme où ils se cachaient depuis plusieurs mois. La milice est à leurs trousses : ils sont juifs, et leur père est un savant dont les connaissances pourraient être capitales pour les nazis.
Marguerite, une jeune boiteuse, et Paul, orphelin de fraîche date, les rejoignent avec chacun sa motivation, plus ou moins avouable.
Commence alors pour les cinq fuyards une aventure dont aucun ne sortira indemne. Ils décident de suivre le cours de la Loire, avec l’espoir de rejoindre l’océan et d’embarquer pour l’Amérique. Mais les méandres sont nombreux. Et périlleux.
Entre trahisons, dénonciations, fausses amitiés et bombardements, ils ne renonceront jamais à leur quête de liberté.
Dix ans après Les Enfants de l’hiver, Gilbert Bordes nous fait vivre une incroyable épopée.
Un grand roman d’aventures et d’initiation dans une des périodes les plus sombres de notre histoire.

 

 

Avis :

Merci à Gilbert Bordes de m'avoir offert son livre, que j'ai lu en ayant l’impression de rajeunir : non pas du haut de ma génération de parents, mais ramenée, par leur innocence et leur optimisme, à l’âge des protagonistes. En fait, au cours de ma lecture, j’ai souvent pensé à un roman pour la jeunesse : initiatique, faisant revivre notre Histoire, où les méchants ne parviennent jamais à l’être complètement, et où triomphent la tolérance et l’ouverture à la différence. Cette histoire renouvelle le thème à première vue plutôt classique d’enfants en fuite pendant la guerre en France, par l’originalité de leur parcours le long de la Loire, seuls, et vers la gueule du loup qu’est Saint-Nazaire. 
J’ai aimé la lecture fluide et facile, imprégnée des parfums du terroir français, empreinte d’une sorte de nostalgie pour la proximité aujourd’hui perdue avec la nature, et où transparaissent la passion de l'auteur pour la pêche et le violon. Si la crédibilité de l'histoire n’est pas toujours égale, on se retrouve embarqué, avec curiosité et sans temps mort, dans un joli conte plein de tendresse, qu’on imagine sans peine adapté en un sympathique téléfilm pour tout public.

 

Du même auteur :

 
 








vendredi 15 mars 2019

[Lévy Scheimann, Véronique] Poésies d'un autre temps







J'ai beaucoup aimé

Titre : Poésies d'un autre temps

Auteur : Véronique LEVY SCHEIMANN

Date de parution : 2017

Editeur : Thierry Sajat

Pages : 38









Présentation de l'éditeur :   

Dans cet ouvrage où les poèmes chantent au rythme d’une plume finement ciselée, Véronique Lévy Scheimann ajoute à son art un ton, un style qui lui sont propres. En effet, dans ses écrits tissés de songes, de lumière et de musique, en vers néoclassiques ou libérés, l’auteur révèle ses émotions, ses sentiments. Cette poésie de grande classe est à découvrir (Thierry Sajat). 
 

 

Un mot de l'auteur :

Après un parcours professionnel qui n'a rien à voir avec la littérature, j'ai exploré et découvert une zone méconnue, ma sensibilité. J'ai commencé à écrire des histoires un peu loufoques et un ami, après avoir lu mes textes a proposé que je me lance dans la poésie. J'en ai écrit un, puis un deuxième en vers et dans la foulée j'ai publié un premier recueil "Poésies d'un autre temps". C'est spontané, simple, avec des images qui parlent aux petits enfants et aussi aux adultes. J'aime bien la musique, le théâtre, les voyages... de là provient mon inspiration mais pas uniquement. Je laisse courir mon imagination. Mon second recueil, un peu plus grave reprend ces images ou des scènes un peu tristes. On y découvre aussi des animaux, objets porteurs de sentiments ... 

Véronique Lévy Scheimann est aussi Présidente de l'association Ecrire à Versailles, qui organise un salon annuel du livre dans cette ville.

Accédez à mon interview de Véronique Lévy Scheimann  (Mai 2019).
 

Avis :

Ce tout fin recueil de poésies est une jolie surprise : il se lit en un bref instant de charme et d’enchantement, au fil de textes dont les mots sont autant de bulles fines et légères, venues perler au creux de votre oreille. J’ai bien sûr un petit faible pour le poème « Le livre »…
 

 

Du même auteur sur ce blog :

 
 



[Hervieu, Solène] Un été en hiver







Titre : Un été en hiver

Auteur : Solène HERVIEU

Date de parution : 2019

Editeur : City

Pages : 304









Présentation de l'éditeur :   

Julia, la trentaine, ronde et pétillante, s'ennuie à mourir dans l'austère agence de voyage où elle travaille. Elle se contente de vendre des destinations de rêve à des clients, sans jamais partir elle-même. La jeune femme a pourtant envie d'aventure, d'amour, de frissons. Une petite annonce pour un nouveau job change tout : elle devient « testeuse de voyages » pour évaluer des destinations et des circuits sur les cinq continents. Aux côtés d'une bande de joyeux collègues, Julia va ainsi parcourir le monde. Impossible de résister aux charmes de l'Écosse, des Caraïbes... et encore moins à ceux du bel Aymeric. Plus que des aventures, Julia va enfin s'ouvrir aux autres et commencer à vivre. Et au bout de la route, si elle saisit sa chance, elle pourra peut-être trouver l'amour et le bonheur...

 

Un mot sur l'auteur :

Solène Hervieu a fait des études d'anglais avant de devenir infirmière puéricultrice. Aujourd'hui elle vit près d'Orléans et se consacre à ses trois enfants et à l'écriture. Elle signe un premier roman plein de sentiments positifs et d'humanité.

Avis :

Merci à Solène Hervieu (et à ses proches) de m’avoir offert son livre. Il m’a plongée, une fois n’est pas coutume, dans un style de lecture qui n’est habituellement pas le mien.
Un été en hiver est une gentille comédie romantique, aux ingrédients classiques : deux protagonistes que tout semble opposer vont, malgré leurs préjugés et les obstacles, finir par admettre qu’ils sont amoureux l’un de l’autre. Peu de surprise, on se doute très vite du dénouement, toute la question est de savoir quand et comment on va y arriver. Non dénuée d’humour, pleine de fraîcheur et de tendresse, la romance est ici déclinée sur le thème du voyage et de la musique, occasion d’ouvrir une fenêtre d’évasion au lecteur (ou plutôt à la lectrice).
Si vous aimez les histoires sentimentales des téléfilms de Noël, pleines de bons sentiments, où tout part d’abord de travers, avant de, peut-être, se terminer comme dans les contes de fées : ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants, alors ce livre saura agréablement vous distraire et vous faire rêver.

 

mercredi 13 mars 2019

[Miano, Léonora] Les aubes écarlates : Sankofa cry






J'ai moyennement aimé

Titre : Les aubes écarlates : Sankofa cry

Auteur : Léonora MIANO

Editeur : Plon (2209), puis Pocket (2011)

Pages : 280










Présentation de l'éditeur :   

Après L'intérieur de la nuit et Contours du jour qui vient, le troisième livre de Léonora Miano consacré à l'âme de l'Afrique. A travers les aventures d'Epa, enfant soldat, une étrange épopée fantasmagorique dans une Afrique où rôdent les esprits de ceux qu'on a massacré lors des tragédies passées.
Epa a été enrôlé de force dans les troupes d'Isilo, un mégalomane qui rêve de rendre sa grandeur à toute une région de l'Afrique équatoriale. Emmené au cœur d'une zone isolée, il découvre qu'il est entouré de présences mystérieuses : plusieurs fois, il aperçoit des ombres enchaînées demander réparation pour les crimes du passé. Sur tout le continent, les esprits des disparus de la traite négrière distillent l'amertume et la folie en attendant que justice leur soit rendue...
Parvenant à s'échapper, Epa retrouve Ayané, une fille énigmatique et attentionnée qui l'aide à reprendre goût à la vie. Comment donner à l'Afrique la chance de connaître des aubes lumineuses ? Pour conjurer le passé d'une terre qui ne cesse de se faire souffrir elle-même, Epa devra rechercher ses compagnons d'infortune et les rendre à leur famille.


 

Un mot sur l'auteur :

Léonora Miano est née en 1973, à Douala, au Cameroun, où elle a vécu son enfance et son adolescence avant de venir s'installer en France. Après des études en Lettres anglo-américaines, elle a publié plusieurs romans.
Le premier, L'intérieur de la nuit, plébiscité par la critique et les lecteurs, a reçu de nombreux prix et récompenses en 2005 et 2006. Contours du jour qui vient a obtenu le Prix Goncourt des Lycéens en 2006, La saison de l'ombre le prix Fémina 2013 et le Prix du roman métis 2013.
En 2014, elle ouvre une réflexion sur la sexualité dans les cultures africaines, avec le recueil Première nuit, une anthologie du désir - Mémoire d'encrier,
où elle invite dix écrivains subsahariens et afro-descendants à raconter leur première expérience charnelle sans tabou. En 2015, elle fait de même avec des femmes dans Volcaniques.

 

Avis :

Les aubes écarlates sont le dernier volet d’une trilogie sur le pays de Mboasu, lieu imaginaire situé en Afrique subsaharienne dont le nom signifie en Douala, langue du littoral camerounais, notre pays. Comme l’indique le terme Mboasu, tout l’objet du roman est panafricain. Les personnages du récit rêvent d’unité et d’identité culturelles, mais se sont égarés en chemin, emportés par la voie violente qui ensanglante l’Afrique : dans le roman, les rebelles à la vieille dictature sont incapables de sortir de l’ornière du sang et de la terreur. Les enfants-soldats commettent des atrocités que la population terrifiée et résignée endure sans réagir, espérant préserver la vie par la soumission. 
Selon l’auteur, si les Africains subsahariens subissent tant l’emprise de la violence, c’est qu’ils n’ont pas encore pu faire la paix avec le passé : ni avec les fantômes de la traite négrière, ni avec les cicatrices de la colonisation. Ne subsistent que honte et perte d’identité, une atteinte si grave qu’elle compromet l’humanité-même des populations. 

Le mythique oiseau Sankofa du titre, qui, un œuf coincé dans le bec, vole la tête tournée vers l’arrière, illustre cette impossibilité de construire l’avenir sans réconciliation avec son passé. Ce n’est qu’en affrontant ses traumatismes que l’Afrique d’aujourd’hui pourra se reconstruire et considérer un avenir enfin exorcisé des vieux démons qui la hantent.


L’écriture de Léonora Miano est profonde, mais difficile. Pas seulement parce que certaines scènes sont atroces. Toute la structure du récit, plus fable que roman, est déconcertante : tandis que les esprits s’adressent directement au lecteur, c’est au travers d’une femme aux pouvoirs de chamane que le village au coeur du roman retrouve la paix. Ce livre, court mais dense, mérite l’effort de sa lecture. Il m’a ouvert de nouvelles pistes de réflexion. (2/5)

 

 

Citations:

Pour le Continent, la rencontre avec l’Occident avait été un basculement. Se relever nécessitait, selon une loi immuable, de s’appuyer sur le sol ayant accueilli la chute. Or, il était devenu mouvant. Pas uniquement parce que le choc persistait, mais parce que le Continent avait été modifié en profondeur. On lui avait inoculé un mode de vie, des notions qu’il ne maîtrisait toujours pas, que son organisme rejetait, sans pouvoir se permettre de les expulser tout à fait, s’il tenait à demeurer en vie.

Les Continentaux ne parvenaient pas à inscrire leur expérience dans la globalité de l’aventure humaine. Ils ne pouvaient dépasser les représentations négatives qu’on avait eues d’eux. (…) Les peuples subsahariens n’avaient pas seulement été dominés, ostracisés. On les avaient exclus du genre humain.

C’était une des plus tenaces manifestations de la honte. Elle continuait de creuser un abîme entre soi et le monde. Chasser la honte, c’était se faire l’obligation d’accepter ce qu’on était devenu, et qu’on peinait encore à définir. On refusait de se dire mêlé de colon et de colonisé, de négrier et de déporté, d’Occidental et de Continental. Ce refus empêchait l’éclosion d’un être neuf, somme de toutes les douleurs et, en tant que tel, détenteur de possibles insoupçonnés.

La technique était bien rodée. Ramener le passé au présent. Dire le vrai, mais le dire mal. Partir d’éléments réels, vérifiables, incontestablement douloureux, puis laisser le verbe dériver vers l’amalgame, la vérité partielle, pour finir par s’arrimer au refus forcené d’endosser la plus petite responsabilité. Choisir les mots. Les répéter. Les marteler. En imprimer la résonance dans les esprits de ceux que la faim faisaient tituber. En faire la pensée unique de miséreux qui ne réfléchiraient pas, lorsqu’on leur tendrait une hache ou une machette. Se servir du peuple comme outil de sa propre destruction.

La traite négrière était à inscrire au patrimoine tragique du genre humain. Parce qu’elle avait impliqué des régions différentes du monde. Parce que les bourreaux n’avaient pas été que d’un côté. Parce qu’elle était, à cette échelle-là, le premier crime contre l’humanité dont on ait gardé la trace. (…) La zone subsaharienne du Continent était concernée au premier chef. Elle avait été la source unique du trafic. On ne s’était pas servi ailleurs. Et depuis, les rapports de cette région avec le reste du monde demeuraient les mêmes. Elle était le puits sans fond d’où les autres tiraient leur croissance. Et, comme par le passé, il se trouvait toujours une main autochtone pour participer au crime. Les soulèvements populaires observés çà et là, loin du regard de la communauté internationale, ne venaient jamais à bout des régimes scélérats. Le mal venait de loin. Trop de temps lui avait été laissé pour prospérer. Au fil des âges, il avait tellement profité qu’il se dressait maintenant, haut en stature, expert en cruauté. Il enfantait des monstres à n’en plus finir.

Une des choses qu’elle avait apprises (…), c’était qu’il était rare de voir le mal s’installer, si on ne lui avait pas ouvert la porte.



Le coin des curieux :

Basé sur la certitude d’une histoire commune des peuples d’Afrique et de leur diaspora, ainsi que sur l’idée que leur unité favoriserait leur progrès social et économique, le panafricanisme est un mouvement politique en faveur de l'indépendance du continent africain, et de l’union des Africains continentaux et afro-descendants en une communauté africaine globale. 

Apparue à la fin du 19e siècle lors de la préparation de la Première Conférence panafricaine de 1900, le mouvement se développe en réaction aux conséquences du démantèlement progressif de l'esclavage en Amérique, et prend une ampleur nouvelle avec la décolonisation. De nos jours, le panafricanisme s'exprime dans les domaines politique, économique, littéraire et culturel. La plus large organisation panafricaine aujourd'hui est l'Union africaine, créée en 2002
.

 

Vous aimerez aussi :


 

lundi 11 mars 2019

[Ariyoshi, Sawako]

 

 

 

 

 

 

 

          BILAN DE LECTURE :


           4  Livres lus : 4  Coups de coeur (5/5)








 

BIOGRAPHIE :

Née en 1931 et morte en 1984, Sawako Ariyoshi est une femme de lettres japonaise.
Entre 1949 et 1952, elle étudie la littérature et le théâtre à la Tokyo Woman's Christian University, où elle obtient ses diplômes. En 1959, elle se rend à New York pour étudier au Sarah Lawrence College.
Elle connaît très tôt un immense succès avec des romans, des nouvelles et des pièces de théâtre qui traitent souvent de la condition féminine. "Les Dames de Kimoto" (1959), son roman le plus connu en France, est une fresque sociale du Japon de la fin du XIXe siècle jusqu'aux années 1950, racontée à travers le destin de plusieurs générations de femmes. "Le Miroir des courtisanes" (1965) se penche avec sensibilité sur l'univers secret des geishas.
On l'a beaucoup comparée, au Japon, à Simone de Beauvoir qu'elle admirait sans réserve.
Au Japon, plusieurs de ses œuvres ont été adaptées au cinéma et à la télévision.
(Source Babelio) 

 

BIBLIOGRAPHIE (Romans traduits en français) :

(Les 💓 indiquent mes coups de coeur et leur intensité)

 

💓💓    Les dames de Kimoto (紀ノ川, Kinokawa, La rivière Ki) (1959)
💓💓    Le miroir des courtisanes (香華, Kôgé, Encens parfumé) (1962)
💓💓    Kaé ou les deux rivales (華岡青洲の妻, Hanaoka Seishū no tsuma) (1967)
💓💓    Le crépuscule de Shigezo (恍惚の人, Kōkotsu no hito) (1972)


CARACTERISTIQUES : 

L'élégance du style, la profondeur psychologique, la finesse d'analyse.


THEMES RECURRENTS : 

La condition féminine, l'équilibre entre tradition et modernité au Japon, l'évolution de la société japonaise de la fin du XIXe à l'après seconde guerre mondiale.

[Ariyoshi, Sawako] Le miroir des courtisanes




Coup de coeur 💓💓

 

Titre en Français : Le miroir des courtisanes

Titre original : 香華 , Kôge (Encens parfumé)

Auteur : Sawako ARIYOSHI

Traducteur : Corinne ATLAN

Parution originale : 1962

Parution française : 1994

Editeur : Philippe Picquier

Pages : 526







 

Présentation de l'éditeur :   

Le roman-fleuve d'une histoire d'amour, de haine et de jalousie dans le Japon d'avant-guerre. Deux destins tragiques de femmes dans un monde impitoyable.

 

 

Avis :

J’ai été totalement séduite par cette longue histoire d’amour-haine entre une mère et sa fille japonaises, du tout début du 20e siècle jusqu’aux années cinquante.

Tomoko a sept ans. Elle est subjuguée par l’éclatante beauté de sa mère, qui ne lui consacre que bien peu d’attention et d’amour maternel : Ikuyo, déjà veuve à vingt ans, n’est préoccupée que de son propre éclat et de la somptuosité de ses kimonos. Assoiffée d’attentions et d’admiration, elle ne tarde pas à se remarier, abandonnant sa fille à sa grand-mère. Mais, dans le Japon de ce début de 20e siècle, le mariage ne correspond guère aux rêves de la jeune femme, dont les comportements dérangent sa belle-famille et choquent jusqu’à sa propre mère. Abandonnée de tous, barricadée dans sa fierté hautaine et une carapace de méchanceté aigrie, elle se retrouve bientôt dans le « monde des fleurs et des saules », y entraînant sa fille, vendue à dix ans à une maison de geishas.


Le roman développe la relation compliquée entre cette mère fantasque et égoïste, et sa fille, d’abord enfant blessée, puis jeune femme qui cherche à se préserver dans un environnement impitoyable, et enfin femme mûre qui parviendra peut-être à la sérénité. Ikuyo a des aspirations parfaitement modernes, mais dans une existence dépendante du pouvoir et du regard des hommes. Tomoko, grâce à l’évolution de son siècle, et en particulier à cause de la seconde guerre mondiale qui va bouleverser le pays, et, comme en Occident, fortement modifier la place des femmes, parviendra à s’affirmer et à trouver sa place.


Tout en finesse et sobriété, l’écriture de Sawako Ariyoshi nous fait découvrir la société japonaise au travers du regard de deux femmes que tout attire et oppose : bain culturel donc, dépaysant et surprenant à souhait, dans un pays qui, au cours de cette première moitié du 20e siècle, bascule de la tradition vers la modernité. Mais aussi regard sensible sur la vie des femmes japonaises et, en particulier, sur une relation mère-fille chaotique mais indéfectible. 


Un nouveau coup de coeur pour Sawako Ariyoshi. Dommage que seuls quatre de ses romans aient été traduits du Japonais. (5/5)



Le coin des curieux :

Le kimono est fait de panneaux de tissus rectangulaires pliés et cousus, mais jamais recoupés. Il se porte côté gauche sur côté droit, ce qui permettait autrefois de cacher une arme plus facilement, le croisement inverse étant réservé aux morts. Il est maintenu par une large ceinture, l'obi, qui se noue d'une manière socialement codifiée et particulièrement compliquée, sa longueur standard étant de 3,6 mètres. Seules les prostituées le portaient noué devant.

Le kimono ne tient pas compte de l'anatomie du corps. Il présente de grandes surfaces propices à l'ornementation, sous la forme de motifs traditionnels (bambou, pivoines, libellules...) ou de scènes plus complexes : au 18e siècle, les peintres japonais éditaient leurs catalogues annuels de décors.

De nos jours, le prix d'un kimono peut atteindre plusieurs milliers d'euros. Même si la Japonaise moderne n'en a plus guère l'occasion, savoir l'endosser et le porter fait partie d'une éducation qu'il est possible d'acquérir auprès d'établissements spécialisés délivrant un diplôme officiel. Le kimono doit être choisi en fonction de son âge, de son statut marital et du type d'évènement.


Du même auteur sur ce blog :

Cliquez sur les titres pour accéder aux chroniques correspondantes.
 
 
 

samedi 9 mars 2019

[Ariyoshi, Sawako] Le crépuscule de Shigezo



Coup de coeur 💓💓

 

Titre en Français : Le crépuscule de Shigezo

Titre original : 恍惚の人

                        Kōkotsu no hito

                        (Les années du crépuscule)

Auteur : Sawako ARIYOSHI

Traducteur : Jean-Christian BOUVIER

Parution originale : 1972

Parution française : 1986, puis 2018

Editeur : Stock, puis Mercure de France

Pages : 320





Présentation de l'éditeur :   

Étant donné son âge et son état mental, il n’allait plus être possible de laisser Shigezo seul la nuit. Nobutoshi et Akiko le regardaient avec inquiétude. Assis à côté d’eux, il semblait ne rien entendre. Il était tourné vers le jardin, l’air hébété, les yeux éteints, comme perdu dans un rêve lointain.
« Qu’allons-nous faire ? demanda Akiko…
– C’est la première fois que je vois un être humain complètement gâteux! explosa Nobutoshi. Et il faut que ce soit mon père! Je ne peux pas le supporter!»

Devenu veuf, Shigezo est recueilli par son fils et sa belle-fille. Et c’est sur celle-ci, Akiko, que va reposer cette lourde charge, avec les problèmes concrets que cela implique. Mais alors que le vieil homme glisse vers une seconde enfance, elle découvrira qu’il symbolise peut-être l'amour le plus authentique, le plus désintéressé qu’elle ait jamais connu.

 

Avis :

Nous sommes dans les années soixante-dix. Akiko vit avec son mari et son fils dans un petit pavillon d’un quartier populaire de Tokyo. Le décès subit de sa belle-mère lui laisse soudain la charge de son beau-père, Shigezo, âgé de quatre-vingt-quatre ans et montrant des signes inquiétants de sénilité. Après avoir cherché toutes les solutions, Akiko va devoir mettre son activité professionnelle entre parenthèses, accueillir Shigezo chez elle et le materner vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Elle va découvrir tout le sordide de la maladie et du stade ultime de la vieillesse, mais aussi s’attacher de plus en plus au vieil homme qu’elle accompagnera jusqu’au bout avec tendresse et humanité. 

L’histoire soulève la question du vieillissement de la population japonaise. Les chiffres évoqués par l’auteur sont très pessimistes. En réalité, aujourd’hui, presque 30 % des Japonais ont plus de 65 ans, ce qui en fait la population la plus âgée au monde. Comment gérer le douloureux problème de la dépendance ? Dans les années soixante-dix (et sans doute encore aujourd'hui ?), peu de solutions étaient à la disposition des familles, les maisons de retraite étant réservées aux personnes en bonne santé physique et mentale. Il était donc encore très fréquent de voir cohabiter les différentes générations, au détriment de l’activité professionnelle de l’épouse, encore jugée très secondaire :
Ils ne voulaient pas reconnaître l’apport financier du travail d’une femme dans les revenus du ménage. Elles se faisaient plaisir en travaillant au-dehors et c’était eux qui supportaient avec patience et indulgence le laisser-aller du ménage.
C’est donc aussi la place de la femme dans la société japonaise qui est ici en jeu : le mari d’Akiko ne se sentira jamais concerné par la prise en charge de son père et ne lèvera jamais le petit doigt pour aider son épouse dans ce qu’il ne considère que des tâches domestiques, même lorsqu’elle en perdra le sommeil et risquera de compromettre sa propre santé.

Au global, Sawako Ariyoshi nous livre une réflexion sur la vie et la mort : les personnages du roman prennent soudain conscience de leur propre finitude. Ils découvrent la peur de mal vieillir et de connaître une déchéance pire que la mort elle-même :
- A l'époque féodale, les paysans étaient maintenus dans un état de subsistance minimale. C'est pareil avec la médecine d'aujourd'hui, elle empêche les vieillards de mourir sans les faire vivre pour autant.
- Depuis trois ans il est alité avec une infirmière qui s'occupe de lui en permanence : il ne peut avaler que des aliments liquides. J'imagine que, malgré sa condition de bonze, il doit avoir quelque péché terrible à expier... Vous comprenez pourquoi je préfère dire qu'il est à la retraite. Les gens qui meurent sont moins à plaindre que lui... C'est terrible à dire, mais quand on est réduit à cela, j'ai l'impression que la vie ne vaut plus la peine d'être vécue.
- Non, personne ne s'inquiète pour moi. Vous savez, nous les vieux, on gêne plus qu'autre chose : ils attendent tous que je meure. Moi non plus je ne demandais pas à vivre si longtemps mais, si je me suicide, on aura du mal à marier mes petits-enfants... Il faut nous entraider pour déranger les jeunes le moins possible... Si l'on ne fait pas assez d'exercices, physiques et mentaux, le corps s'affaiblit et l'on devient vite sénile. 

Nouveau coup de coeur pour la profondeur et l’élégance de l’écriture de Sawako Ariyoshi. (5/5)


Le coin des curieux :

Espérance de vie élevée, taux de natalité très bas, immigration très faible : le Japon connaît un déclin démographique depuis la fin des années 2000. Certains projections statistiques voient la population japonaise tomber à… zéro en l’an 3000. La première conséquence est l’accélération de son vieillissement : les plus de 65 ans représentent aujourd’hui 27 % des Japonais, ce devrait être 40 % en 2040. 
Problèmes  de dépenses pour la Sécurité Sociale, de paiement des retraites, de prise en charge des personnes âgées : l’État tente d’intervenir depuis le début des années 1990, lançant plan après plan. Peu d’effet notable, si ce n’est un arrêt de la baisse de la fécondité (1,5 enfant par femme).
Jusqu’au milieu des années 1980, la politique sociale comptait sur la prise en charge des parents vieillissants par leurs enfants, trois générations vivant ainsi fréquemment sous le même toit. Aujourd’hui, il n’est plus pensable de demander à des enfants souvent uniques de gérer parents et grands-parents.
Vieillir au Japon est souvent devenu synonyme d’angoisse. Pour pallier à leur pauvreté et à leur solitude, on voit de plus en plus de personnes âgées au Japon commettre des larcins pour se faire arrêter, et bénéficier ainsi du gîte et du couvert de la prison. 



Du même auteur sur ce blog :

Cliquez sur les titres pour accéder aux chroniques correspondantes.