mardi 10 décembre 2019

Interview de Stéphanie Castillo-Soler, auteur de Libres dans leur tête - 9 Décembre 2019



Bonjour Stéphanie Castillo-Soler. Vous êtes l’auteur du roman Libres dans leur tête, paru en Août 2019 chez Librinova et chroniqué sur ce blog.


Pouvez-vous vous présenter et décrire votre parcours ? 


Merci de me donner l’occasion de parler un peu de moi et de mon roman.
J’ai 47 ans. Titulaire d’un bac littéraire, j’ai fait des études d’anglais à Nanterre. J’enseigne cette langue depuis plus de 20 ans. L’idée de transmission me plaît, et aussi de travailler avec des adolescents, même si ce n’est pas toujours simple. 

J’adore lire depuis mon plus jeune âge : je pense avoir lu l’intégralité des Bibliothèques Rose et Verte à l’époque ! Il y a quelques années j’ai participé au Jury des Lectrices de Elle. Depuis je fais partie d’un club de lecture, et chronique certains de mes coups de coeur sur Babelio et le Cercle Littéraire de la Fnac. L’été dernier, j’étais au sommet d’une montagne, dans les Alpes où nous randonnions en famille, quand j’ai été contactée par Librinova m’annonçant que j’étais lauréate du concours : surprise et fierté !


Quand et comment êtes-vous venue à l'écriture ?
  
Récemment. Par hasard. Ayant une bonne maîtrise de la langue anglaise, je me suis tout d’abord « amusée » à traduire un roman anglais en français. J’ai trouvé passionnant de chercher le mot juste, la tournure adéquate pour traduire sans trahir le texte initial, mais de façon à ce que le résultat soit le plus naturel et le mieux « tourné » possible dans notre langue. C’est cette première approche qui m’a donné envie d’écrire à mon tour.

Sur Internet il y a régulièrement des concours d’écriture, de tout format. J’aime l’idée d’écrire « sous contraintes » (de format, thème, longueur,…) J’ai écrit des nouvelles, c’est une forme littéraire que j’aime particulièrement, avec une écriture « condensée », une économie de mots, une tension amenant à une « chute » inattendue. Certaines de mes nouvelles ont été remarquées ; j’envisage d’en publier un recueil. J’aime aussi beaucoup la poésie. Quelques-uns de mes poèmes sont d’ailleurs édités.


Quel était le thème du concours Librinova que votre livre a remporté ? En quoi était-il particulièrement inspirant pour vous ?
  
Le thème était L’Enfer, c’est les autres…  Il s’agissait d’écrire un huis-clos. L’image de naufragés à bord d’un bateau s’est imposée à moi. Mais j’ai craint d’être trop influencée par mes lectures ou films sur le sujet. Ma deuxième idée a été la bonne : une cellule de prison. Peu de romans finalement traitent de ce sujet, ou alors d’une façon beaucoup plus sombre et pessimiste. Ma grand-mère travaillait dans un foyer d’accueil pour de jeunes gens sans repères ; elle en parlait parfois et peut-être mes deux personnages sont-ils nés de là.

Les personnes qui ont lu mon roman ont deux types de réaction. La majorité des lecteurs sont séduits par le fait que je m’intéresse surtout à la psychologie de ces deux garçons, leurs failles, leurs différences, et leur évolution au fil des pages. Comme ce sont fondamentalement de « bons garçons », ils ont de bonnes valeurs, que j’avais envie de mettre en avant. D’autres lecteurs me reprochent un tableau presque « idyllique » de la prison, et auraient souhaité davantage de noirceur. Mais c’est un choix délibéré d’avoir mis l’accent sur le fait que même dans un univers hostile, on peut trouver une forme de réconfort, et aussi apprendre à se connaître et évoluer positivement.


Quels conseils donneriez-vous aux auteurs qui souhaitent publier leur premier livre ?
  
Très difficile de se faire publier ! J’ai eu la chance de séduire le jury de Librinova, et d’être lauréate du concours. C’est très encourageant de se dire que votre manuscrit a su convaincre des professionnels. J’ai remporté la publication de mon roman, sous format numérique dans un premier temps.

Sans le concours, je n’aurais jamais écrit ce roman, et je n’aurais pas fait la démarche d’envoyer un manuscrit à des maisons d’éditions.

Je pense que l’auto-édition est un excellent tremplin. Librinova en particulier, me semble être la plate-forme idéale. Les services proposés sont variés et combinables à la carte, selon les besoins de chacun. Des interlocuteurs (surtout des interlocutrices) charmantes et disponibles répondent à toutes les questions que l’on peut se poser, depuis la phase d’écriture jusqu’à la commercialisation de l’ouvrage. Je recommande donc vivement aux auteurs de faire cette démarche. Ensuite il faut « accompagner » son roman, en parler et le faire connaître… par exemple en acceptant de répondre à des interviews 😊
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Que représente l'écriture dans votre vie ?
  
Une échappatoire. La lecture et l’écriture permettent de quitter momentanément notre quotidien pour pénétrer dans une autre dimension. Avec la lecture, on est emporté dans un univers créé par l’auteur. L’écriture c’est un peu la même chose… Je veux dire que, lorsque j’écris , je me laisse porter par mon imagination, et suis mes personnages là où ils veulent m’emmener… J’ai parfois l’impression que « le texte s’écrit tout seul », les mots s’enchaînent « naturellement », c’est assez magique.


Avez-vous d'autres passions en dehors de l'écriture ? La photographie peut-être, puisque la très jolie couverture est une de vos images ?
  
Ma plus grande passion : mes filles (et mon mari !). L’amitié a aussi une place importante dans ma vie.
Mon métier, que j’exerce du mieux que je peux. La lecture, comme je disais plus haut. Je lis surtout des romans, auteurs français et américains. La langue française, et la langue anglaise.
Marcher en forêt, en montagne, sur la plage. La nature m’apaise.

Oui, j’aime beaucoup prendre des photos. J’ai pris cette photo lors d’une promenade avec l’une de mes filles, justement. Par la suite, cette image du coquelicot qui pousse entre les pierres m’a accompagnée dans l’écriture du roman. Les lecteurs la retrouveront dans le texte.


Avez-vous un autre projet de livre ?
  
J’aimerais faire publier certaines de mes nouvelles dans un recueil. Et une autre idée de roman, oui, mais pas pour tout de suite.


Merci Stéphanie Castillo-Soler d'avoir répondu à mes questions.

Libres dans leur tête est disponible sur le site de Librinova, ainsi que sur les principaux sites marchands.

Retrouvez-en ma chronique ici.

lundi 9 décembre 2019

[Mukherjee, Abir] L'attaque du Calcutta-Darjeeling





J'ai beaucoup aimé

 

Titre : L'attaque du Calcutta-Darjeeking
          (A Rising Man)

Auteur : Abir MUKHERJEE

Traductrice : Fanchita GONZALEZ-BATTLE

Parution : 2016 en anglais (Pegasus Books)
                2019 en français (Liana Levi)

Pages : 400

 
 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :   

1919. La Grande Guerre vient de se terminer en Europe. Après cette parenthèse éprouvante, certains Britanniques espèrent retrouver fortune et grandeur dans les lointains pays de l’Empire, et tout particulièrement en Inde. Ancien de Scotland Yard, le capitaine Wyndham débarque à Calcutta et découvre que la ville possède toutes les qualités requises pour tuer un Britannique : chaleur moite, eau frelatée, insectes pernicieux et surtout, bien plus redoutable, la haine croissante des indigènes envers les colons. Est-ce cette haine qui a conduit à l’assassinat d’un haut fonctionnaire dans une ruelle mal famée, à proximité d’un bordel ? C’est ce que va tenter de découvrir Wyndham, épaulé par un officier indien, le sergent Banerjee. De fumeries d’opium en villas coloniales, du bureau du vice-gouverneur aux wagons d’un train postal, il lui faudra déployer tout son talent de déduction, et avaler quelques couleuvres, avant de réussir à démêler cet imbroglio infernal.


Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Abir Mukherjee a grandi dans l’ouest de l’Écosse dans une famille d’immigrés indiens. Fan de romans policiers depuis l’adolescence, il a décidé de situer son premier roman à une période cruciale de l’histoire anglo-indienne, celle de l’entre-deux-guerres. Premier d’une série qui compte déjà quatre titres, L’attaque du Calcutta-Darjeeling a été traduit dans neuf pays.


Avis :

En 1919, fraîchement démobilisé et profondément marqué par la guerre, le capitaine Wyndham rejoint sa nouvelle affectation au sein des forces de police britanniques à Calcutta. Dans cette ville bigarrée et étouffante, alors qu’une vague d'agitation violemment réprimée secoue l’autorité coloniale anglaise, notre nouvel arrivant est aussitôt confronté à l’assassinat d’un de ses compatriotes, dans un quartier indigène que ce riche et influent personnage n’avait normalement guère de raisons de fréquenter. Tout indique un attentat contre l’autorité coloniale… A moins que les évidences ne masquent d’autres faits troubles et mystérieux, que bien du monde aurait intérêt à cacher…

A partir des lois Rowlatt de 1919 autorisant les arrestations arbitraires au moindre soupçon d’insubordination, et du massacre d'Amritsar qui s’ensuivit, c’est l’éveil de la révolte contre le pouvoir britannique et les prémices de la lutte pour l’indépendance indienne que nous décrit ici ce qui n’aurait pu être, sinon, qu’une banale et classique enquête policière.

En effet, sans véritable surprise, puisque l’on se doute assez rapidement que la vérité est bien moins évidente qu’elle n’en a l’air et que certains personnages sont probablement douteux, le véritable point d’accroche de ce polar est son contexte historique. Nous transplantant dans la touffeur dépaysante d’une ville étourdissante et contrastée, l’auteur dépeint avec humour l’absurdité d’un racisme que les premiers vacillements de l’hégémonie coloniale ne font que renforcer. Son analyse des mécanismes de domination et d’assujettissement entre nations, de la spirale de violence qui se met irrépressiblement en place alors que l’Empire britannique se met à douter de sa suprématie, éclaire d’un jour assez fascinant sa description des relations entre Occidentaux, Indiens et Anglo-Indiens.

Ecossais d’origine indienne, Abir Mukherjee nous sert une intéressante réflexion sur ce qui peut transformer un homme ordinaire en défenseur d’une certaine idée de suprématie raciale, génératrice de violences sans retour. Ce premier opus s’avère prometteur d’une série de qualité, et c’est avec plaisir que l’on suivra la suite à venir des aventures du capitaine Wyndham. (4/5)



Citations : 

Elle a un rire amer. « Si un Indien ne me voit pas comme une Indienne et un Anglais comme une Britannique, alors ce que je pense être est-il réellement important ? Pour être honnête, Sam, je ne suis ni l’une ni l’autre. Je ne suis qu’un produit de ce premier épanouissement d’affection entre Britanniques et Indiens, il y a un siècle, quand il n’y avait rien de mal pour des Anglais à épouser des femmes indiennes. De nos jours nous ne sommes qu’une gêne, un rappel visible que les Britanniques ne se sont pas toujours considérés comme supérieurs. Vous savez comment ils nous appellent, n’est-ce pas ? Européens domiciliés. C’est le terme officiel. Il paraît presque digne jusqu’à ce que vous pensiez à sa véritable signification. Nous sommes reconnus comme Européens, mais nous n’avons pas de patrie en Europe. Voyez-vous, cette fraction de sang indien nous condamne à être étrangers, de génération en génération.
« Quant aux Indiens, ils nous regardent avec un mélange de répugnance et de dégoût. Nous sommes le symbole de leur précieuse féminité indienne qui a abandonné sa culture et sa pureté, et de l’incapacité des hommes indiens d’y mettre un terme. Pour eux nous sommes littéralement des hors-castes ; l’incarnation de leur impuissance.
« Le pire dans tout cela est l’hypocrisie. Anglais et Indiens peuvent être parfaitement agréables avec nous, mais ils nous méprisent, chacun à leur manière. C’est un pays d’hypocrites. Les Britanniques font semblant d’être ici pour apporter les bienfaits de la civilisation occidentale à un tas de sauvages ingouvernables alors qu’en réalité c’est encore et toujours une affaire de bénéfices commerciaux mesquins. Et les Indiens ? L’élite éduquée déclare vouloir débarrasser l’Inde de la tyrannie britannique au profit de tous les Indiens, mais que savent-ils des besoins des millions d’Indiens dans les villages et s’en soucient-ils ? Ils veulent seulement prendre la place des Britanniques en tant que classe dirigeante.
– Et les Anglo-Indiens ? »
Elle rit. « Nous ne valons pas mieux. Nous nous disons britanniques, nous imitons vos manières et nous parlons de la Grande-Bretagne comme du “pays” alors que pour la plupart d’entre nous le plus près de l’Angleterre où nous soyons jamais allés est Bombay. Et nous sommes parfaitement odieux avec les indigènes que nous traitons de wogs et de coolies, comme pour vous montrer à quel point nous sommes différents d’eux. Et nous sommes tellement patriotes. Saviez-vous que nos prénoms les plus répandus sont Victoria et Albert ? Nous sommes le peuple le plus loyal de l’Empire. Et pourquoi ? Parce que nous sommes terrifiés à l’idée de ce qui nous arrivera si les vrais Britanniques s’en vont pour de bon.



Eux et leurs semblables considèrent qu’ils ont construit ce pays et que maintenant tout ce qu’ils ont bâti est menacé. Ils ne peuvent pas comprendre. Après tout ce qu’ils ont fait pour cette terre, comment les indigènes ont-ils l’effronterie de vouloir les renvoyer au pays ? Sous cette attitude je reconnais une peur véritable. Mme Tebbit et les autres peuvent se considérer comme britanniques, mais la seule vie qu’ils connaissent est ici ; une vie de garden-parties et de cocktails au club. Ils sont comme une fleur hybride transplantée en Inde où elle s’est tellement bien acclimatée que si elle retournait en Grande-Bretagne elle s’étiolerait et mourrait.


« Savez-vous combien il y a de Britanniques en Inde, capitaine ?
– Un demi-million ?
– Cent cinquante mille. Pas plus. Et savez-vous combien il y a d’Indiens ? Je vais vous le dire, trois cents millions. Et comment croyez-vous que cent cinquante mille Britanniques tiennent sous leur coupe trois cents millions d’Indiens ? »
Je ne réponds pas.
« La supériorité morale. » Il me laisse y réfléchir. « Pour qu’un si petit nombre en domine un aussi grand, il faut que les dominants projettent une aura de supériorité sur les dominés. Pas seulement une supériorité physique ou militaire mais aussi morale. Plus important encore, il faut que de leur côté leurs sujets se croient inférieurs ; que c’est pour leur bien qu’ils ont besoin d’être dominés.
« Il semble que tout ce que nous avons accompli depuis la bataille de Plassey ait eu pour objectif de maintenir les indigènes à leur place en les persuadant qu’ils ont besoin que nous les guidions et les éduquions. Leur culture doit être présentée comme barbare, leur religion fondée sur de faux dieux, même leur architecture doit être inférieure à la nôtre. Sinon pourquoi construirions-nous le Victoria Memorial, cette énorme monstruosité en marbre blanc plus grande que le Taj Mahal ?
« Seigneur Dieu, nous ne laissons même pas les faits s’interposer s’ils risquent de ternir l’image que nous souhaitons continuer de donner. Regardez n’importe quel atlas d’une école primaire indienne. La Grande-Bretagne et l’Inde sont à côté l’une de l’autre et chacune occupe toute une page. Nous ne leur indiquons même pas d’échelle, de peur que les petits enfants bruns se rendent compte de la taille minuscule de la Grande-Bretagne comparée à l’Inde ! 



« Je me suis alors rendu compte que nos actions – celles de Jugantor et d’autres groupes – ne servaient qu’à justifier votre répression. Chaque bombe qui explosait, chaque balle, vous fournissait une excuse pour resserrer votre contrôle sur nous. J’ai fini par comprendre que le seul moyen de mettre fin à la domination britannique en Inde était de supprimer ces prétextes et de vous révéler la véritable nature de votre occupation de mon pays. Tel était le message que j’étais revenu délivrer : que nous ne pouvons espérer obtenir notre liberté que grâce à l’unité de tous les Indiens et en faisant appel aux bons sentiments de nos oppresseurs au moyen de la non-coopération non violente. »


« Il arrive quelque chose aux jolies Anglaises quand elles atteignent vingt-cinq ans. Elles ont peur d’être laissées pour compte. Alors elles prennent le bateau et viennent en Inde où il y a des milliers de sahibs privés du réconfort d’un foyer et prêts à épouser la première rose anglaise qu’ils rencontrent. Peu importe qu’elle soit vilaine ou bizarre, elle trouvera un mari ici si elle a un bon pedigree. Ce sont les hommes que je plains, en particulier dans la fonction publique. On attend de ces pauvres diables qu’ils vivent comme des moines. Il est encore mal vu qu’ils se marient avant trente ans. Et épouser une non-Blanche serait fatal à leur carrière. »



« Quand je l’ai rencontré j’avais vingt et un ans. Il venait de débarquer d’Angleterre. Il m’a fait perdre la tête. Nous avons été ensemble pendant près d’un an. Il a promis de m’épouser.
– Qu’est-il arrivé ?
– Ce qui arrive toujours. L’Inde est arrivée. L’Empire est arrivé. Il change les Anglais. Il les étouffe. Ils viennent ici, curieux et pleins de bonnes intentions. Mais bien vite ils deviennent cyniques et bornés. Ils apprennent des plus expérimentés toutes les inepties sur la supériorité britannique et la nécessité de ne pas frayer avec les “inférieurs”. Ils commencent à mépriser les indigènes. Quiconque n’est pas blanc est au-dessous d’eux. L’Empire détruit les hommes bons, Sam. »



D’après mon expérience, les très riches et les très pauvres sont souvent gênés par l’endroit où ils vivent.




samedi 7 décembre 2019

[Castillo-Soler, Stéphanie] Libres dans leur tête





J'ai aimé

 

Titre : Libres dans leur tête

Auteur : Stéphanie CASTILLO-SOLER

Parution : 2019

Editeur : Librinova

Pages : 120

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :   

Romain arrive en prison. Les choses n’auraient jamais dû en arriver là, mais une vieille femme est morte… et il doit payer. Il va partager sa cellule avec Laurent, inculpé pour l’homicide d’un dealer. En même temps qu’ils vont apprendre à se connaître, les deux garçons vont découvrir ensemble les codes de l’univers carcéral. De façon surprenante, c’est dans cet environnement hostile et fermé qu’ils vont aussi réussir à nouer des liens d’amour et d’amitié. Réflexion sur la culpabilité, la liberté, la solidarité et le sens de la vie, Libres dans leur tête est un émouvant huis-clos et un édifiant récit d’apprentissage.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Née le 7 août 1972 à Poissy, dans les Yvelines, Stéphanie Castillo-Soler est mariée, heureuse maman de deux filles de 16 et 18 ans, avec qui elle partage sa passion des mots, lecture et écriture. Elle accorde beaucoup de valeur aux moments partagés en famille et entre amis. Elle aime la peinture, le cinéma, et surtout marcher dans la nature en toutes saisons. Enseignante, elle porte un regard personnalisé sur ses élèves, s'efforçant de révéler le meilleur de chacun. Depuis peu et presque par hasard, l'écriture lui ouvre les portes d'un nouvel univers.  Inspiré par le thème imposé par le concours Librinova, Libres dans leur tête  est son premier roman.

Retrouvez  mon interview de Stéphanie Castillo-Soler.

 

 

Avis :

Deux jeunes majeurs se retrouvent emprisonnés dans la même cellule, où ils purgent chacun une peine de plusieurs années pour homicide. Alors qu'ils s'adaptent aux règles et au rythme de l'univers carcéral, à l'ennui, à la solitude et à la confrontation avec les autres détenus, les deux garçons se découvrent peu à peu des points communs. Une forte amitié va bientôt les lier, tandis que tous deux tentent de rester à flot, grâce à la lecture et à la peinture. Ce sont ces deux espaces de liberté, qui, avec le soutien de leurs proches et d'associations de bénévoles, vont leur permettre de se remettre sur les rails et d'aborder leur réinsertion avec davantage de confiance.

L'histoire est abordée de manière très positive : l'auteur a choisi de s'attacher à quelques personnages, en quelque sorte "égarés" par un dramatique et irréparable accident de parcours, mais pas "méchants" sur le fond, pour s'intéresser avant tout à ce qui peut leur éviter de basculer définitivement dans le gouffre qui les menace. La démonstration peut paraître un peu trop appuyée, l'accumulation de traits et d'évènements favorables semblant à plusieurs reprises trop belle pour demeurer totalement vraisemblable.

Malgré ce côté exagérément optimiste, perdure l'intérêt de la réflexion portée par cette histoire, véritable plaidoyer pour l'accompagnement des personnes incarcérées, afin de les empêcher d'être davantage aspirées vers le fond. Aussi un hommage aux anonymes et bénévoles qui s'investissent : familles d'accueil, correspondants anonymes, associations de soutien, Croix Rouge…, ce roman est une démonstration de l'importance, en prison, des supports de reconstruction, comme, en particulier, l’expression intellectuelle et artistique, outil et espace de liberté essentiels pour la préservation de l'individu et son cheminement vers la rédemption et la réinsertion.

A l'image de sa jolie couverture, ce roman est avant tout un message d'espoir et d'encouragement, tant à destination des personnes à qui il est arrivé de faillir aux yeux de la loi et de la société, qu'à celles qui oeuvrent, parfois de manière ingrate, à leur retour du bon côté des murs. Malgré ses petites imperfections, ce premier roman fluide et agréable mérite qu'on s'y attarde. (3/5)

Un grand merci à Stéphanie Castillo-Soler pour m’avoir fait découvrir son livre !








Interview de Stéphanie Castillo-Soler.
(Cannetille - 9 Décembre 2019)

jeudi 5 décembre 2019

[Maugham, William Somerset] La passe dangereuse




J'ai beaucoup aimé

 

Titre : La passe dangereuse (The Painted Veil)

Auteur : William Somerset MAUGHAM

Traductrice : Emile-R. BLANCHET

Parution : 1925 en anglais (Heinemann),
                1926 en français (Editions de France)
                2007 en poche (10/18)                                                   

Pages : 192

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :   

Peu de mondes semblent aussi éloignés l'un de l'autre que ceux de Somerset Maugham et de George Orwell. On découvre pourtant avec surprise dans un essai de l'auteur de 1984, qu'il admirait « immensément » Maugham, pour son « talent à raconter une histoire sans la moindre fioriture ». Au lecteur de se laisser séduire par une invraisemblable histoire d'amour dans le Hong Kong de la grande époque coloniale anglaise avec adultère, épidémie, général chinois, bonnes sœurs... Tous ingrédients que Maugham mélange avec un art consommé du récit et une maîtrise raffinée du « bel ouvrage ».

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

William Somerset Maugham (1874-1965), né et mort en France, est un écrivain très « british ». Les trois tomes d’Omnibus consacrés à ses romans, en plus d’un volume de ses nouvelles, rendent compte de l’importance de son œuvre romanesque, qui alterne analyses psychologiques et histoires d’espionnage. Ses comédies au théâtre rencontrèrent un grand succès : Lady Frederick (1912), Nos Chefs (1917), Services rendus (1932).

 

 

Avis :

A l'époque coloniale anglaise, vraisemblablement au 19ème siècle, une jolie et insouciante jeune fille de la bonne société londonienne accepte d’épouser sans amour, sous la pression familiale, un homme dont elle ne connaît rien, sinon qu’elle devra le suivre à Hong Kong, où il occupe un poste de médecin-biologiste. Là-bas, elle ne tarde pas à devenir la maîtresse du sous-secrétaire colonial, éblouie par la séduction et l’aisance mondaine de cet homme marié, qui contrastent tant avec ce qui lui paraît la terne et ennuyeuse austérité de son mari. La liaison découverte, abandonnée par son amant, Kitty se retrouve contrainte de suivre son glaçant époux dans une région chinoise dévastée par le choléra : une épreuve à hauts risques, au cours de laquelle Kitty va subitement mûrir et découvrir qui ils sont vraiment, elle et son mari.

Exotique à souhait, cette histoire nous plonge un siècle et demi en arrière, dans le monde étriqué et replié sur lui-même de la colonie occidentale totalement étrangère à la vie et à la culture locales : à Hong-Kong, les Britanniques de l’époque recréent leur société en miniature, hiérarchisée et corsetée, sûre de sa supériorité sur la « sauvagerie » locale. Lorsque Kitty débarque du haut de ses vingt-cinq printemps, seulement soucieuse de son apparence et de ses amusements, supposée jouer son rôle d’épouse auquel rien ne l’a préparée, sa naïveté est la proie facile et rêvée du premier séducteur aux apparences flatteuses. La désillusion sera amère, mais le drame aura tôt fait de lui apprendre brutalement les réalités de la vie.

Tout met en lumière le décalage des personnages vis-à-vis de la réalité, qu’il s’agisse des colons, littéralement « repiqués » sur cette terre étrangère, et surtout de Kitty, frivole oie blanche propulsée sans préambule de la protection paternelle à celle de son mari. Les deux seuls protagonistes réellement ouverts au mode de vie local sont contraints de s’en cacher : Walter, le mari, se retranche derrière sa réserve, et le seul occidental à avoir une épouse chinoise vit caché.

Somerset Maugham nous dépeint par ailleurs un tableau peu flatteur du mariage dans la bonne société de l’époque : unions arrangées, au mieux heureuses en intérêts, elles sont surtout un carcan insupportable, où seuls les veufs se retrouvent heureux et soulagés de leur liberté. Les femmes en sont à la fois victimes et responsables : écartées du monde durant leur éducation et réduites aux soins de leur apparence, puis de leur mari, et enfin de leurs enfants, elles s’ennuient, se compromettent comme Kitty, ou s’aigrissent comme sa mère. Kitty, au moins, parviendra peut-être à reprendre son destin en main et à devenir elle-même, au prix d’un apprentissage dramatique et douloureux qui aura fait tomber les façades et les faux-semblants.

Avec ce qui m’a semblé une fin plutôt abrupte, cette histoire assez courte m’a presque plus fait l’effet d’une longue nouvelle que d’un roman. L’écriture est belle, sobre et classique, les personnages et les ambiances rendus avec une grande justesse et de manière très visuelle, pour une peinture douce-amère du mirage des conventions sociales d’une époque. (4/5)
La Ronde des Livres - Challenge 
Multi-Défis d'Automne 2019

mardi 3 décembre 2019

[Wodehouse, Pelham Grenville] Merci, Jeeves






J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Merci, Jeeves (Thank You, Jeeves)

Auteur : P.G. WODEHOUSE

Traductrice : Benoît de FONSCOLOMBE

Parution : 1934 en anglais,
                1982 en français (10/18)

Pages : 301

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :   

Bertie Wooster, jeune aristocrate londonien, s'est pris de passion pour le banjo. Cette nouvelle lubie est loin de plaire à Jeeves, son fidèle majordome, et encore moins à ses voisins exaspérés. Contraint de déménager, Bertie se retire avec son instrument chéri dans un cottage de la campagne anglaise, chez son ami le baron Chuffnell. Les choses se compliquent quand le jeune homme y retrouve son ex fiancée, Pauline, dont Chuffnell est tombé fou amoureux. D'imbroglios en quiproquos, la situation déjà fort embarrassante dégénère. Heureusement, Jeeves veille au grain et sauvera, comme toujours, Wooster de la catastrophe...

Humour british et loufoquerie sur fond de vieille Angleterre où la campagne est loin d'être bucolique : un opus à consommer sans modération.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Pelham Grenville Wodehouse (1881-1975) est un auteur britannique, devenu toutefois citoyen américain en 1955. Il fut employé de banque à Hong-Kong, journaliste à Londres, auteur de théâtre et de comédies musicales aux Etats-Unis où il passa, ainsi qu’en France, une bonne partie de sa longue vie. Son univers romanesque reste exclusivement celui d’une haute société britannique d’avant guerre, avec des personnages devenus les piliers d’aventures extravagantes, parmi lesquels défilent dans le plus grand désordre Bertie sous haute protection de son valet Jeeves, lord Emsworth en son château de Blanding, l’Oncle Fred et son neveu Pongo, ou Mr Mulliner scotché à son bar. Wodehouse a écrit soixante-dix romans et vingt recueils de nouvelles.

 

 

Avis :

Dans les années trente, Bertie Wooster, jeune aristocrate britannique, est contraint de déménager chez un ami à la campagne pour s’adonner librement à sa passion du banjo sans gêner ses voisins. Sa situation ne va toutefois pas tarder à devenir très compliquée, au fil d’imbroglios et de quiproquos en chaîne, où il ne devra son salut qu’à l’ingéniosité et au sang-froid de son imperturbable et fidèle majordome Jeeves.

Cet épisode des loufoques aventures des aristocratiques personnages wodehousiens n’a pas fait exception : dans la plus pure veine de l’humour britannique de l’auteur, les situations et le style n’ont pas manqué de me faire franchement rire à plusieurs reprises. Ne cherchez rien de transcendant dans cette histoire, vous n’y trouverez qu’une accumulation de péripéties toutes aussi improbables les unes que les autres, mais narrées avec un irrésistible sens du comique et une plume au charme délicieusement suranné.

Si vous ne connaissez pas encore les vaudevilles de Wodehouse, ou si vous hésitez entre les nombreux titres de l’auteur, ouvrez celui-ci sans hésiter : un excellent et réjouissant moment vous attend avec cet antidote à la morosité. Cela fait du bien de s’offrir une petite pinte de rire, qui plus est servie par une belle plume. (4/5)



La Ronde des Livres - Challenge 
Multi-Défis d'Automne 2019

dimanche 1 décembre 2019

[Fante, John] Mon chien stupide







J'ai moyennement aimé

 

Titre : Mon chien stupide (West to Rome)

Auteur : John FANTE

Traductrice : Brice MATTHIEUSSENT

Parution : 1985 en américain,
                1987 en français (10/18)

Pages : 192

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :   

Un énorme chien à tête d'ours, obsédé et très mal élevé, débarque un soir dans la vie d'Henry J. Molise, auteur quinquagénaire raté et désabusé qui n'a qu'une envie : tout plaquer et s'envoler loin de sa famille qui le rend fou. Malgré l'affection d'Henry pour la bête, sa femme Harriet et ses quatre enfants restent méfiants à l'égard de ce canidé indomptable. Dans la coquette banlieue californienne de Point Dume, au bord du Pacifique, ce monstre attachant s'apprête à semer un innommable chaos. Un joyau d'humour loufoque et de provocation ravageuse.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

D'origine modeste, John Fante, fils d'immigrants italiens, né en 1909 à Denver (Colorado), fait très jeune ses premières gammes en écriture. Il montre ses textes à H. L. Mencken qui lui achète dès 1932 sa première nouvelle pour l'American Mercury, le prestigieux magazine qu'il dirige. Commence alors entre les deux hommes une amitié épistolaire qui durera plus de vingt ans. En 1933, son premier roman, La Route de Los Angeles, est refusé par les éditeurs et il lui faudra attendre cinq ans la publication de Bandini. Parallèlement, il fait ses débuts dans les studios de Hollywood où il participe, de 1935 à 1966, à la rédaction de scénarios d'une dizaine de films. 

Romancier autobiographe, Fante n'a jamais raconté dans ses romans qu'une seule histoire, la sienne. Celle d'un immigré de la deuxième génération, de son père, de sa mère, de ses frères et soeurs et de leurs voisins bavards et catholiques, italiens eux aussi. Il raconte également ses vagabondages à Hollywood, l'argent facile dans lequel on se noie, puis le choix de la pauvreté qui est celui de l'écriture. Tardivement révélé au public avec Pleins de vie, John Fante est mort en 1983.

 

 

Avis :

Rien ne va plus dans la vie du narrateur : l'écrivain en mal de succès est en pleine crise existentielle et aimerait bien tout plaquer pour une nouvelle vie en Italie, pays de ses parents et de tous ses rêves. A défaut, le voici coincé entre une épouse qu’il n’aime plus guère, quatre grands enfants révoltés en perdition, et un roman qu'il ne parvient pas à écrire. Surgit alors un énorme chien bien décidé à s'incruster chez eux, qui va bousculer le fragile équilibre de la famille.

Cette tragi-comédie publiée à titre posthume comporte de nombreux traits autobiographiques. L'auteur s'est amusé à dépeindre avec lucidité et dérision les mille tracas et médiocrités de son existence. Il nous entraîne dans une cascade d'événements plus ou moins désagréables, voire catastrophiques, où il se retrouve le plus souvent, et bien malgré lui, en mauvaise posture, ridiculisé et méprisé par son entourage.

A vrai dire, je m'attendais à rire et me suis retrouvée presque attristée face à un homme désabusé qui a perdu le sens et le contrôle de sa vie. Certes, les situations sont humoristiquement exagérées, mais j'ai finalement plus perçu la mélancolie désespérée que la drôlerie des plaisanteries. L'écriture est cynique, grinçante, parfois crue, en tout cas, rien n'adoucit sa féroce noirceur et la désillusion ambiante.

Je suis donc ressortie mitigée de cette lecture, admirative de la plume indéniablement maîtrisée, mais seulement très partiellement amusée par les situations et les personnages pour lesquels je n'ai pu ressentir de réelle sympathie, même pour ce grand chien stupide. (2/5)


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