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mardi 19 mai 2020

[Sorente, Isabelle] Le complexe de la sorcière






J'ai moyennement aimé

 

Titre : Le complexe de la sorcière

Auteur : Isabelle SORENTE

Editeur : JC Lattès

Année de parution : 2020

Pages : 300

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :   

«  Les histoires que je lis sont celles de femmes accusées d’avoir passé un pacte avec le diable parce qu’un veau est tombé malade. Les histoires que je lis sont celles de femmes qui soignent alors qu’elles n’ont pas le droit d’exercer la médecine, celles de femmes soupçonnées de faire tomber la grêle ou de recracher une hostie à la sortie de la messe. Et moi, je revois le cartable que m’a acheté ma mère pour la rentrée de sixième, un beau cartable en cuir, alors que j’aurais voulu l’un de ces sacs en toile que les autres gosses portent sur une seule épaule, avec une désinvolture dont il me semble déjà que je ne serai jamais capable. Je revois mon père tenant ma mère par la taille un soir d’été, je le revois nous dire, à mon frère et à moi, ce soir, c’est le quatorze juillet, ça vous dirait d’aller voir le feu d’artifice  ? Cette contraction du temps qui se met à résonner, cet afflux de souvenirs que j’avais d’abord pris pour un phénomène passager, non seulement ne s’arrête pas, mais est en train de s’amplifier.  »

En trois siècles, en Europe, plusieurs dizaines de milliers de femmes ont été accusées, emprisonnées ou exécutées. C’est l’empreinte psychique des chasses aux sorcières, et avec elle, celle des secrets de famille, que l’auteure explore dans ce roman envoûtant sur la transmission et nos souvenirs impensables, magiques, enfouis.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Isabelle Sorente est romancière. Elle est notamment l’auteure de La Faille et du magnifique 180 jours, basé sur une enquête de plusieurs mois dans les élevages industriels, qui ont tous deux reçu un très bel accueil du public. Avec Le complexe de la sorcière, paru en janvier 2020, c’est l’empreinte psychique des chasses aux sorcières qu’elle reconstitue dans un récit envoûtant. Isabelle Sorente tient aussi une chronique sur France Inter et collabore avec Philosophie Magazine.

 

Avis :

La narratrice, la quarantaine, est poursuivie par la vision d’une sorcière. Intriguée, elle se lance dans une recherche documentaire sur les persécutions dont furent victimes quantité de femmes en Europe au prétexte de sorcellerie. Simultanément, lui reviennent en mémoire de douloureux souvenirs de son adolescence, traumatisée par plusieurs années de harcèlement scolaire.

Dès les premières lignes s’installe le sentiment de parcourir un récit autobiographique, mêlé à une réflexion sur l’hypothèse d’un lien entre une expérience de harcèlement vécue par la narratrice, et les traces qu’aurait laissées la persécution des sorcières, autrement dit des femmes, dans nos esprits modernes.

J’aurais bien aimé profiter davantage des investigations de l’auteur sur le thème des chasses aux sorcières, et trouver dans ce livre une analyse plus aboutie et mieux argumentée de ce qui a les a motivées. Sur ce point, j’avais trouvé bien plus intéressant l’épilogue de la trilogie des Dames de Brières de Catherine Hermary-Vieille : alors oui, les sorcières ont été inventées par peur de la différence et par volonté de soumettre les femmes trop indépendantes au pouvoir masculin et religieux.

Et oui, peut-être peut-on, à la rigueur, y voir une vague similarité avec les processus actuels de rejet de la différence au travers du racisme, de l’homophobie, de la misogynie, du harcèlement : la différence n’est toujours pas comprise ni acceptée de tous, elle génère encore des comportements violents et de la persécution.

Mais de là à affirmer, sans autre argument qu’une vision persistante, que nos comportements actuels sont inconsciemment influencés par les chasses aux sorcières vieilles de quatre siècles, qu’au travers de l’épigénétique nous en avons tous hérité un traumatisme qui impacte nos comportements, qu’en l’homme sévit un inquisiteur en puissance et que les femmes sont désormais conditionnées au rôle de victimes brisées psychologiquement, ce qui expliquerait le harcèlement subi par la narratrice adolescente, il y a un raccourci qui prête presque à rire.

Les souffrances et les séquelles psychologiques de la protagoniste du livre, son douloureux parcours vers la reconstruction au travers d’une longue psychanalyse, ne peuvent qu’émouvoir et éclairer la nécessité de rompre le silence qui entoure encore souvent les drames du harcèlement, aujourd’hui démultipliés par les réseaux sociaux. L’on comprend le mal-être de l’adulte qui a dû se construire sur cette blessure, mais l’on s’inquiète de le voir s’accrocher à ce qu’on pourrait qualifier d’élucubrations, pour tenter de parvenir à l’équilibre. La narratrice s’intéresse à toutes les théories d’analyse psychologique, dont notamment les très récentes épigénétique et psychogénéalogie, et à toutes les pratiques de développement personnel à la mode, dont la méditation et les retraites sous la férule d’un maître zen. Elle semble avoir tiré de sa quête un étrange salmigondis de convictions parfois fantaisistes qui, à défaut de réalisme, l’aideront peut-être à vivre mieux.

En tous les cas, ce livre singulier construit sur des raccourcis hasardeux me paraît avoir pour principal intérêt le sujet du harcèlement et des durables blessures psychologiques qu’il occasionne, bien plus que les histoires de sorcières abordées sous un angle à mes yeux trop fantaisiste. (2/5)


 

Citation :

L’une des façons de savoir si une femme était sorcière était de la jeter à l’eau. Si elle flottait, c’est qu’elle était coupable, et on la repêchait pour mieux la brûler. Si elle se noyait, elle mourait innocente. Les démonologues croyaient que les sorcières se reconnaissaient à une légèreté anormale. Sinon, comment auraient-elles pu s’envoler pour se rendre au sabbat ? Cette logique implacable pouvait conduire à noyer les accusées ou, procédure moins cruelle et surtout moins fatale, à les peser. J’imagine les magistrats plaçant, sur les plateaux d’une grande balance, d’un côté une Bible et de l’autre une femme. Même si les Bibles de l’époque pouvaient peser une vingtaine de kilos, l’accusée avait toutes les chances de s’en tirer lorsqu’elle était soumise à ce test plutôt que jetée à l’eau. Il arrivait même que les femmes soupçonnées de sorcellerie par leurs voisins demandent un pesage en bonne et due forme, à l’issue duquel un certificat de normalité leur était délivré. Elles pesaient le bon poids, elles n’étaient pas sorcières. Elles pouvaient retourner chez elles et reprendre une vie normale (jusqu’à la prochaine accusation).
Je ne peux m’empêcher de penser qu’aujourd’hui, le critère de poids s’est inversé. La mauvaise femme n’est plus celle qui flotte dans ses vêtements, mais celle qui pèse trop lourd. Le mal a changé de camp, le bien aussi. Mais cinq siècles plus tard, le rituel demeure, les femmes continuent à se soumettre à la pesée. Et personne n’irait questionner l’habitude de monter sur une balance, personne n’aurait l’idée de se demander d’où elle vient. On dit que les femmes sont obsédées par leur apparence, on dit qu’elles ne sont jamais satisfaites de leur poids. Et si c’était autre chose ? Comme le besoin d’être pesée pour prouver son innocence, comme la répétition d’un rituel de survie dont nous avons oublié le sens ? C’est le genre de questions que je commence à me poser, achevant la lecture d’une histoire de l’Inquisition, découvrant la pensée des démonologues et les méthodes d’interrogatoire.
Et aussi : De quelles autres traces n’avons-nous pas conscience ?

 

A propos des sorcières sur ce blog :

 


La Ronde des Livres - Challenge 
Multi-Défis du Printemps 2020

vendredi 28 juin 2019

[Fletcher, Susan] Un bûcher sous la neige





J'ai aimé

 

Titre : Un bûcher sous la neige (Corrag)

Auteur : Susan FLETCHER

Traductrice : Suzanne V. MAYOUX

Parution : 2010 en anglais (Fourth Estate)
                et en français (Plon)

Pages : 408



 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :   

Au cœur d'une période de désordre politique et religieux, dans l'Ecosse des massacres et des rois rivaux du XVIIe siècle, Corrag, jeune fille maudite accusée de sorcellerie, attend le bûcher. Le révérend Charles Leslie a fait le voyage depuis l'Irlande pour venir l'interroger sur les massacres dont elle a été témoin. Dans le clair-obscur d'une prison putride, les ombres du révérend et de la « sorcière » Corrag se frôlent et tremblent à la lueur de la bougie. 

Mais la voix de Corrag s'élève au-dessus des légendes et des terreurs qu'elle inspire, par-delà ses haillons et sa tignasse sauvage. Et Charles, peu à peu, ne voit plus en elle la créature maudite. Du coin de sa cellule, émane une lumière, une sorte de grâce, d'innocence primale. Et lorsque le révérend retourne à sa table de travail, les lettres qu'il brûle d'écrire sont pour sa femme Jane, non pour son roi. 

Chaque jour, ce récit continue, comme une longue confession, Charles suit Corrag à travers les High lands enneigés, sous les cascades où elle lave sa peau poussiéreuse des heures de chevauchée solitaire, entre clans ennemis et jets de pierres, de villages en grands espaces. Et chaque soir, à travers ses lettres à Jane, il se rapproche de Corrag, la comprend, la regarde enfin et voit que son innocence est son péché, et le bûcher qui l'attend le supplice d'un agneau.

 

 

Un mot sur l'auteur :

Susan Fletcher est née à Birmingham en 1979. Son premier roman La fille de l'Irlandais, grand succès de librairie, a reçu le prestigieux prix Whitbread. Elle a aussi publié Un bûcher sous la neige, Avis de tempête et Les reflets d’argent. 

 

 

Avis :

En 1692, l'Angleterre envoya ses soldats massacrer par traîtrise les membres du clan McDonald, qui avait tardé à prêter allégeance à Guillaume III d'Angleterre : ce fut le massacre de Glencoe, dans les Highlands écossais. A partir de ce fait historique, l'auteur a brodé sa propre légende autour d'un personnage imaginaire : Corrag, jeune Anglaise issue d'une lignée de femmes ostracisées pour leur indépendance et exécutées pour sorcellerie.

Corrag attend le bûcher, lorsqu'elle reçoit dans son cachot la visite du révérend Charles Leslie, personnage réel qui, fervent jacobite, tenta de soutenir la cause des Stuart contre le roi Guillaume : c'est lui qui rendit public ce qui advint à Glencoe. Dans le roman, il vient secrètement interroger Corrag en tant que témoin du drame. La jeune femme raconte : son enfance persécutée en Angleterre, sa fuite solitaire jusqu'à Glencoe où elle fut accueillie sans préjugés, et finalement, la tragédie qui intéresse tant Charles Leslie.

Mêlant fiction et faits historiques, cette longue et vaste fresque bien construite présente plusieurs points d'accroche : campé dans le magnifique écrin de nature des Highlands qu'il met avantageusement en valeur, le récit fait agréablement découvrir un fait historique qui a marqué l'Ecosse. C'est aussi un hommage aux plus de cent mille femmes considérées "sorcières" et tuées en Europe entre les XIV et XVIème siècles, qui m'a fait penser à celui de Catherine Hermary-Vieille dans sa trilogie Les Dames de Brières.

Je n'ai malheureusement pas pu vraiment m'attacher aux personnages insuffisamment crédibles : Charles Leslie, peu fouillé, est plutôt inconsistant, basculant trop rapidement des pires préjugés à une grande estime pour la prisonnière, bêlant d'amour dans ses lettres à son épouse, où il expose en détails et sans crainte des prises de position politique qui pourraient lui valoir la mort. Jusqu'à son emprisonnement, Corrag se tire de tous les mauvais pas avec une facilité bien improbable, et fait preuve de raisonnements sans doute assez incongrus chez une paysanne sans éducation de cette époque. La fin est quant à elle un peu décevante de facilité.

On pourra aussi trouver l'ensemble parfois trop lyrique et débordant d'un excès de bons sentiments, affaibli par quelques longueurs et répétitions. Nonobstant ces défauts, le roman reste intéressant et se lit avec plaisir, porté par un souffle épique, la beauté des paysages d'Ecosse et un hommage à des hommes et des femmes qui connurent un destin cruel, causé par une diablerie toute humaine. (3/5)

 

 

Le coin des curieux :

Le massacre de Glencoe s'est déroulé dans la vallée de Glen Coe en Écosse, le 13 février 1692.

Après le renversement de Jacques II en 1688, Guillaume III d'Orange-Nassau devint roi d'Angleterre, d'Irlande et d'Ecosse. Une importante minorité fidèle aux Stuart, les Jacobites, refusa de lui prêter allégeance. C'est un retard de quelques jours dans la signature du serment d'allégeance à Guillaume par les McDonald de la vallée de Glen Coe, qui servit de prétexte au massacre. Trente-huit hommes du clan écossais furent tués par les cent vingt soldats royaux menés par un membre du clan rival des Campbell, à qui ils avaient accordé l'hospitalité. Quarante femmes et enfants moururent de froid après l'incendie de leurs maisons. Le massacre devint un symbole pour la propagande jacobite, dont une des grandes figures fut Charles Leslie, ancien prêtre de l'Église d'Irlande et protagoniste du roman Un bûcher sous la neige.

L'époque victorienne vit un regain d'intérêt pour cet évènement, qui commença à se retrouver romancé dans l'art et la littérature, comme par Walter Scott dans La Veuve des Highlands. Un mémorial a été érigé dans le village de Glencoe, où ont lieu plusieurs cérémonies commératives annuelles, organisées notamment par la Clan Donald Society d'Édimbourg et le Scottish Republican Socialist Party, mouvement nationaliste écossais.

Le souvenir du massacre est resté vif dans la mémoire populaire écossaise et a alimenté les dissensions entre MacDonald et Campbell. Jusqu'à la fin du XXe siècle, le Clachaig Inn, hôtel et pub de Glencoe, affichait sur sa porte « Pas de Colporteurs ni de Campbellnote ».

Deux frères MacDonald fuirent en Irlande et changèrent leur nom en McKern. Leurs descendants ont émigré en Argentine et en Australie lors de la Grande Famine des années 1850. L'acteur australien Leo McKern en est issu.

 

 

Vous aimerez aussi, sur le thème du sort des sorcières :

 


 


Challenge 2019/2020

mercredi 3 avril 2019

[Bordes, Gilbert] La garçonne




J'ai beaucoup aimé

Titre : La garçonne

Auteur : Gilbert BORDES

Editeur : Presses de la Cité

Parution : 2019

Pages : 312



Accédez à mon interview de Gilbert Bordes à l'occasion de la sortie de La garçonne en cliquant ICI




 

Présentation de l'éditeur :   

On appelait Louison "la Garçonne", braconnière solitaire des bois de Sologne en ces années 1930. Presque dix ans plus tard, au terme d'un long exil dans le nord du Canada, elle revient sur les lieux d'un drame qu'elle n'a jamais oublié. A la fois par désir de vengeance et en quête de ses origines...

A vingt ans, sa beauté rousse ensorcelante et son indépendance dérangent. Celle qu'on surnomme "la garçonne" aime s'aventurer la nuit tombée dans la profondeur des bois pour braconner. Les villageois s'interrogent : pourquoi cette orpheline est-elle la protégée du puissant comte de Cressey ? Un soir de novembre 1937, deux hommes l'agressent. Un traumatisme dans sa chair qui va bouleverser pour toujours son rapport à la vie, à la mort. Emportant avec elle ses secrets, Louison décide un jour de quitter son village de Sologne. Loin de ceux qui ont veillé sur elle, enfant, loin de ceux qui la haïssent... Et loin aussi de celui qui n'a jamais cessé de l'aimer.
Pour mieux fomenter sa vengeance ? Quand les années noires de l'Occupation auront révélé, parmi les habitants de Saint-Roch, les valeureux et les lâches...

Gilbert Bordes, éternel conteur de la nature et des âmes.

 

 

Avis :

A la fin des années trente, dans ce village de Sologne proche de Sully-sur-Loire, la vie n’est pas toujours tendre et on a vite fait d’invoquer le Diable pour trouver un bouc-émissaire à ses malheurs. Ainsi, la jeune Louison, avec sa flamboyante chevelure rousse, ses allures de sauvageonne indomptable et ses origines pas très claires, suscite des commérages qui, de jalousie en dépit, prendront vite des dimensions haineuses. Lorsque violée, elle tombe enceinte, elle est bientôt pointée du doigt comme une créature maléfique, une sorcière. La guerre survient, exacerbant courage chez les uns, lâcheté chez les autres. Dans les années qui suivent la libération, l’heure est au règlement de comptes, parfois très anciens.

Dans l’écrin de nature d’une Sologne qu’il connaît bien et évoque avec tendresse, l’auteur restitue très justement les égoïsmes, petitesses et rancoeurs qui peuvent tisser le quotidien d’un petit village où chacun a son mot à dire sur tout le monde. Gare à l’étranger, celui qui n’est pas du pays comme celui, pourtant du cru, qui sortant de la norme communément admise, dérange et inquiète. Et quoi de plus perturbant qu’une fille qui entend mener sa vie à sa guise, sans souci des usages et du qu’en dira-t-on, au grand dam du curé, des hommes subjugués mais dépités par son indépendance, des femmes qui n’ont jamais osé s’offrir les mêmes libertés.

Ecrite avec une efficace et fluide sobriété, l’histoire entretient un certain suspense alors que les tensions s’exacerbent et que les secrets se dérobent. Cette immersion historique en campagne solognote m’a charmée en toute simplicité. J’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture dont le thème central m’a évoqué Les Dames de Brières de Catherine Hermary-Vieille.
Il est dangereux d’être une fille libre dans les lieux et les époques où les femmes ne le sont pas.

Merci à Gilbert Bordes et aux Presses de la Cité pour leur confiance.



Du même auteur sur ce blog :

 
 





 





mercredi 6 mars 2019

[Hermary-Vieille, Catherine]





              

          BILAN DE LECTURE :


           28  Livres lus :

           13  Coups de coeur (5/5)
            7   Beaucoup aimés (4/5)
            6   Aimés (3/5)
            2   Moyennement aimés (2/5)






 

 

BIOGRAPHIE :

Catherine Hermary-Vieille est une romancière et biographe française née en 1948. Après des études classiques, elle passe deux ans à l'École nationale des langues orientales en arabe classique. Elle se marie avec l'ingénieur Jean Vieille et part aux États-Unis pour l'accompagner dans une assignation de trois ans dans la région de New York. Après le retour à Paris et la naissance d'un fils, en 1978, suivent plusieurs voyages au Liban alors en guerre, en tant que journaliste, et plus tard l'adoption d'une petite fille libanaise, en 1985. Elle retourne aux États-Unis, au sud de Washington, avec son mari et leurs deux enfants, puis ils s'installèrent au Texas, en Floride, à Washington et enfin à Charlottesville, en Virginie, ou ils résident.
En 1981, son premier roman, Le Grand Vizir de la nuit, inspiré du conte La Fin de Giafar et des Barmakides des Mille et Une Nuits, remporte le Prix Femina. Depuis, Catherine Hermary-Vieille alterne les biographies et les romans avec le même succès. Elle a été récompensée par plusieurs Prix Littéraires. La plus grande part de son œuvre romanesque appartient à la veine du roman historique.
(Source Babelio)


BIBLIOGRAPHIE (Romans) :

(Les 💓 indiquent mes coups de coeur et leur intensité)

 

  💓    Les Dames de Brières 1 (1999)   
  💓    Les Dames de Brières 2 : L'étang du diable (2000)  
  💓    Les Dames de Brières 3 : La fille du feu (2000) 

    -     Le Crépuscule des rois 1 : La rose d'Anjou (2002) 
    -     Le Crépuscule des rois 2 : Les reines de cœur (2003) 
    -     Le Crépuscule des rois 3 : Les lionnes d'Angleterre (2004) 

💓💓  Le Grand Vizir de la nuit (1981) 
💓💓  La Marquise des ombres (1983) 
    -     L'Épiphanie des dieux (1983)
    -     L'Infidèle (1985)
    -     Romy (1986)
    -     Le Jardin des Henderson (1988)
  💓    Le Rivage des adieux (1990) 
    -     Un amour fou (1991)
    -     La Piste des turquoises (1992)
    -     La Pointe aux tortues (1994)
💓💓  Lola (1994) 
💓💓  L'Initié (1996) 
    -     Le salon de conversation (1997)
    -     L'ange noir (1998)   
  💓    La Bourbonnaise (2003) 
    -     Lord James (2006) 
    -     Le Gardien du phare (2007) 
  💓    Le Roman d'Alia (2008)  
    -     Les Années Trianon (2009)  
    -     Merveilleuses (2011)  
    -     Le Siècle de Dieu (2013)  
  💓    La Bête (2014)  
    -     Georges Sand, les carnets secrets d'une insoumise (2014)  
💓💓  D'or et de sang. La malédiction des Valois (2016)  
  💓    Moi chevalier d'Eon, espionne du roi (2018)



POINTS FORTS : 

Erudition et documentation historique solide. 
Ses biographies sont des synthèses cohérentes de faits historiques avérés, de légendes, d'hypothèses généralement répandues. 
Style fluide, plutôt descriptif, sans interprétation romanesque excessive.  


THEMES RECURRENTS : 

Biographies et romans historiques. Grandes figures féminines.

mardi 5 mars 2019

[Hermary-Vieille, Catherine] Les Dames de Brières (T1), L'étang du Diable (T2), La fille du feu (T3)








Coup de coeur 💓

 

Titre : Les Dames de Brières (T1)

Auteur : Catherine HERMARY-VIEILLE

Parution : 1999

Editeur : Albin Michel

Pages : 432







Coup de coeur 💓

 

Titre : L'étang du Diable (T2)

Auteur : Catherine HERMARY-VIEILLE

Parution : 2000

Editeur : Albin Michel

Pages : 384






Coup de coeur 💓

 

Titre : La fille du feu (T3)

Auteur : Catherine HERMARY-VIEILLE

Parution : 2000

Editeur : Albin Michel

Pages : 372








 

Présentation de l'éditeur :

 

- Tome 1 : Les Dames de Brières

Quelle est cette terrible fatalité qui poursuit les hommes de Brières depuis maintenant plus de six siècles ? C'était dans la nuit des temps, en 1388, sur les berges du Bassin des Dames, un étang sauvage où dansent les feux follets. Trois femmes y furent brûlées vives, accusées de sorcellerie, maléfices et amitié avec Satan. Le temps a beau passer, le trouble demeure. Le domaine, qu'aucun bruit ne vient perturber, est animé d'une singulière présence, comme si la malédiction pesait encore. Une malédiction que les Dames qui vivent désormais à Brières perpétuent presque sans le savoir. Comme un pouvoir étrange dont on les aurait dotées et qui les lie, irrémédiablement, au domaine. A travers les âges et le destin de trois générations de femmes, l'auteur du Grand Vizir de la nuit évoque, avec subtilité, les secrets inavoués de la nature humaine, dans le mystérieux décor de ce domaine hanté par les fantômes du passé. Catherine Hermary-Vieille sait conter comme personne les passions dévorantes, les destinées fatales, et l'oppressante atmosphère de lieux magiques qui font la force de cette captivante saga.

 

- Tome 2 : L'étang du Diable

De mémoire d'homme, le domaine de Brières, au coeur de la campagne creusoise, a toujours fasciné autant qu'il a inquiété. C'est précisément sur les berges de l'étang des Dames, au XIVe siècle, que trois femmes furent brûlées vives, accusées de sorcellerie, de maléfices et d'amitié avec Satan. Depuis lors, la malédiction continue de peser sur ce lieu. Mais pour quelle obscure raison le destin s'acharne-t-il sur les hommes qui y vivent, les chassant d'abord pour les rattraper inéluctablement ? Y-aurait-il en ce monde clos et comme hors du temps une volonté qui dépasserait celle de ses habitants ? Qui parviendra à percer les secrets d'un très ancien grimoire où sont sans doute cachés les mystères d'un lointain passé ?  Avec L'étang du Diable, Catherine Hermary-Vieille poursuit sa captivante saga des Dames de Brières, à travers les âges et le destin de trois générations de femmes. Situé dans un énigmatique domaine hanté, ce roman étrange et envoûtant explore les méandres de l'âme humaine et les tourments de la passion, dans un monde dominé par les hommes, hostiles aux femmes trop libres.

 

- Tome 3 : La fille du feu

Depuis le Moyen Âge, une étrange atmosphère règne sur le Domaine de Brières, jusqu'aux berges du Bassin des Dames où dansent encore les ombres des trois femnes qui y furent brûlées vives. Six siècles plus tard, l'antique malédiction semble toujours poursuivre les habitants du château. Fantasme ou réalité occulte ? Françoise subira-t-elle à son tour, comme sa grand-mère et sa mère, l'étrange pouvoir qui semble hanter les dames de Brières ? Exorcisera-t-elle la tragédie de la chasse aux sorcières, jusqu'à briser la fatalité en restituant aux dames d'antan leur dignité perdue ? A travers la subtile peinture d'un domaine hanté par d'obscures puissances, Catherine Hermary-Vieille, l'auteur des Dames de Brières et de L'Étang du Diable, évoque dans cette fascinante saga la condition des femmes et leur lutte à travers les siècles.


Avis :

 

Trois générations de femmes : Valentine au début du XXème siècle, sa fille René pendant l’Occupation et l’après-guerre, sa petite-fille Françoise dans les années soixante, s’acharnent à maintenir à flot le domaine de Brières dans la Creuse. Autour d’elles, pendant qu’elles tentent chacune à leur façon de s’affirmer et de trouver leur voie dans un monde peu habitué à ce que des femmes prennent leur destin en main, les hommes connaissent tous des destins tragiques ou malheureux. Il n’en faut pas plus pour animer les commérages autour d’une vieille croyance : depuis qu’en 1388 trois femmes (la mère, sa fille et sa petite-fille) ont été brûlées pour sorcellerie au bord de l’étang de Brières, le domaine est maudit. 

Les faits étranges et le malaise des habitants de Brières entretiennent le doute du lecteur tout au long des trois tomes, lui faisant partager les sentiments troubles qui, au fil des siècles, ont abouti à la condamnation de pauvres femmes pour sorcellerie. En fait, qui étaient-elles, ces sorcières, sinon des personnalités marginales et dérangeantes, que la communauté ne comprenait pas et qu’elle condamnait parce qu’elles faisaient peur ? Et toujours des femmes, dont le comportement effrayait le pouvoir des hommes… 


Des sorcières des temps reculés aux avorteuses d’avant la dépénalisation de l’avortement en France, Catherine Hermary-Vieille nous entraîne dans un plaidoyer pour l’émancipation féminine, d’autant plus impliquant que le récit nous a auparavant fait frissonner et presque croire au surnaturel. L’ambiance et les personnages sont subtilement peints. Le récit, très plaisant malgré parfois une impression de répétition, s’achève en ouvrant un horizon de réflexion parfaitement d’actualité. 
Lecture coup de coeur. (5/5)

 

Citations :

 

Les « sorcières » ? Des êtres retardés, bizarres, affirment certains historiens, devenus malfaisants parce que sans mari, sans enfants, vivant à l’écart de la société. (…) 
Ce qui est sûr, c’est que les femmes étaient persécutées en tant que femmes. (…) 
La société dénigre d’abord puis attaque physiquement ceux qu’elle juge menaçants. (…) Accusées par des hommes, les femmes étaient arrêtées par des hommes, jugées par des hommes, torturées par des hommes, brûlées vives par des hommes après avoir été confessées par des hommes. (…) 
Si l’horrible exécution publique terrorisait, n’était-ce pas pour que les petites filles et les femmes qui y assistaient puissent en tirer de bonnes leçons qui, même de nos jours, marquent toujours à un certain degré nos contemporaines ? (…) 
Plus de cent mille femmes furent torturées et mises à mort en Europe entre les XIVe et XVIe siècles seulement. (…) 
Les sorcières restaient les pauvres d’entre les pauvres. Tout en ayant besoin ici et là de leurs bons offices, chacun les méprisait et les craignait. Et si, par malveillance, elles livraient des noms aux inquisiteurs ? Le plus grand pouvoir de ces femmes était d’inspirer la terreur. Traînée devant ses juges, l’accusée souvent ne prononçait mot et cette absence de confession, même sous les plus cruelles tortures, courrouçait ses juges qui attendaient des aveux pour la paix de leur propre conscience. En reconnaissant ses crimes, la sorcière aurait reconnu la menace qu’elle représentait et accepté sa punition comme exemplaire. (…) 
Elles sont censées défier le monde chrétien, le monde bien-pensant, le mettre en danger. (…) Ennemies sui generis de la société comme l’ont été les juifs ou le sont encore les homosexuels, ceux-là mêmes qui diffèrent de la majorité et qu’on hait, éradique par des pogroms ou des autodafés. (…)

Mais les infanticides restent les ennemies suprêmes, non parce qu’elles suppriment des fœtus – l’Histoire relate plusieurs cas de sorcières torturées et brûlées vives quoique enceintes –, mais parce qu’elles bravent le pouvoir des hommes, maîtres absolus de leur descendance et leur propriétaire légal puisqu’un homme qui rosse sa femme enceinte et provoque une fausse couche n’est guère poursuivi, pas plus que ne le furent les décideurs de guerres ayant envoyé au combat et à la mort des générations de jeunes gens. Le produit du ventre de la femelle appartient au mâle comme lui appartient ce ventre. Libres de leur sexualité et de leur fécondité, les femmes se font dangereuses, ennemies. Que convoiteraient-elles ensuite ? La place des hommes dans la société ? Leur habileté à commander, à gouverner ? De cette peur diffuse naquit la décision plus ou moins consciente d’écraser, de broyer, de réduire à néant celles qui osaient prétendre être libres en projetant sur elles les désirs masculins les plus refoulés : possession collective, femmes d’une insatiable lubricité ayant le pouvoir de commander au désir, à l’amour, à la fécondité.


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