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dimanche 3 mars 2019

[Decoin, Didier] Abraham de Brooklyn





J'ai beaucoup aimé

Titre : Abraham de Brooklyn

Auteur : Didier DECOIN

Editeur : Seuil

Parution : 1971

Pages : 230









Présentation de l'éditeur :

Simon est ouvrier sur le chantier du pont de Brooklyn. Le soir, il traîne son ennui le long des docks. Il y rencontre Kate, évadée du pénitencier. À 20 ans, cette jeune fille étrange et mutique ressemble à une gamine. Simon tombe amoureux, d’un amour chaste, mystique ; il la croit pure, veut la sauver. Il quitte Brooklyn, cet enfer de poutrelles et de boue, pour l’emmener dans l’Ouest.
Didier Decoin, né en 1945, est journaliste et scénariste (pour Marcel Carné et Henri Verneuil). Il est l’auteur d’une vingtaine de romans dont John l’enfer, prix Goncourt 1977, et La Femme de chambre du Titanic, disponibles en Points.
« Un livre net, sûr, fort, beau. Un vrai roman. » Elle.
Prix des Libraires 1972.
 

Avis :

Un immigrant italien travaillant à la construction du Pont de Brooklyn à New York recueille une jeune fugitive échappée d'un ponton pénitentiaire. Finissant par la considérer comme sa fille, il décide de la sauver et fuit à son tour vers l'Ouest avec sa femme et la jeune fille. Exode aux références bibliques où seuls comptent l'amour et le pardon, peu importe le crime commis qu'on ne connaîtra pas. Mais la rédemption sera-t-elle possible? 
C'est un étrange roman, aux nombreuses qualités puisque Didier Decoin écrit merveilleusement bien. J'y ai découvert plusieurs sujets intéressants : la maladie des caissons qui affecte les ouvriers constructeurs de piles de ponts, l'existence des pontons pénitentiaires à la fin du XIXème siècle, et bien sûr, l'atmosphère de New York et de Brooklyn à l'époque. Toutefois, la résonance biblique du roman est déroutante et une partie de la symbolique m'a sans doute échappée car j'ai refermé le livre sur une note de perplexité. Il s'agit pour moi d'un très bon livre, mais pas d'un coup de coeur. (4/5)

[Decoin, Didier]




            BILAN DE LECTURE :


              26  Livres lus :

                1   Exceptionnel (6/5)
               12  Coups de coeur (5/5)
                8   Beaucoup aimés (4/5)
                5   Aimés (3/5)






 

BIOGRAPHIE :

Fils du cinéaste Henry Decoin, Didier Decoin est né en 1945 entre deux studios de cinéma (Boulogne et Billancourt). 
Après ses études à Sainte-Croix de Neuilly, il entre à la fac de Droit où il a vite fait de constater qu'il n'est pas fait pour ça. Il choisit alors le journalisme, qui le fait passer par France-Soir, le Figaro, les Nouvelles Littéraires, Europe 1, et participer à la création de VSD. Il mène en parallèle une carrière d'auteur ponctuée d'une trentaine de romans. 1977 est son année magique : il se marie en septembre, reçoit le Goncourt en novembre, conçoit le premier de ses trois fils en décembre. 
Scénariste, il travaille pour le cinéma, avec des réalisateurs tels que Marcel Carné, Robert Enrico, Henri Verneuil, et Maroun Bagdadi avec qui il recevra, pour le film Hors-la-vie, le prix spécial du jury au festival de Cannes ; mais surtout pour la télévision : il est l'auteur de très nombreux scripts originaux et d'adaptations, et après avoir dirigé pendant trois ans la fiction de France 2, il reçoit en 1999 le Sept d'Or du meilleur scénario pour Le Comte de Monte-Cristo (mini-série télévisée diffusée en 1998). 
En 1995 il est élu à l'académie Goncourt dont il est l'actuel Secrétaire général. 
Passionné de mer et de bateaux, il est membre de l'académie de Marine et président des Ecrivains de Marine. Didier Decoin vit en Normandie. 
Il est marié et est père de trois enfants. Son fils Julien Decoin est aussi écrivain.
(Sources : France Culture et Wikipedia).


AVIS : 

Ma première lecture de Didier Decoin (Louise) n’avait pas été décisive. Ce n’est que vingt ans plus tard qu’un autre des romans de l’auteur m’est arrivé par hasard entre les mains (Docile). Séduite par la tendresse et la poésie du roman, j’ai poursuivi, encore et encore : au total, ce sont vingt-six livres de Didier Decoin qui m’ont enchantée. Y compris Louise, preuve qu’il existe dans la vie des moments plus propices que d’autres pour certaines rencontres.

Entamer un livre de Didier Decoin, c’est comme ouvrir une bonne bouteille de vin. Je retrouve chaque fois le même bonheur : celui de la langue française admirablement maniée, qui me fait parfois remâcher certaines phrases avec délice.
Chaque livre est une surprise, aucun ne ressemblant au précédent, même si l’on y retrouve souvent des thèmes chers à l’auteur, directement liés à sa vie personnelle : la mer et le milieu maritime. La Hague, Cherbourg, les îles Anglo-normandes. Londres et New York. Les jardins et les odeurs. Le Japon et Kawabata. Les chats. La spiritualité. L’amour, l’innocence et la rédemption. La Bible et la peine de mort.
Didier Decoin est d’abord un excellent conteur, qui construit savamment ses histoires – soignant particulièrement ses excipits -, et qui enchante le lecteur au travers d’une véritable expérience sensorielle alors que les pages exhalent presque les odeurs omniprésentes.
Il fait aussi preuve d’érudition, et chacun de ses livres est l’occasion de découvertes, surprenantes, poétiques, drôles ou étranges, dont voici, en vrac, celles qui me reviennent le plus vivement à l’esprit : le bourreau Albert Pierrepoint, « l’effet du témoin », les réticences à l’égard de la pratique féminine de la bicyclette dans l’Angleterre victorienne, la maladie des caissons des constructeurs de ponts, les Johnnies vendeurs d’oignons, la migration des oies sauvages, l’art des parfums au Japon, l’empilement des kimonos de soie, le jardin blanc de Vita Sackville-West, la pêche à la morue et la contrebande d’alcool à Saint-Pierre-et-Miquelon, les naufrageuses et la beauté des tempêtes, mille détails sur l’intimité de Venise…
Mais la plus grande magie de Didier Decoin tient en l'émotion poétique et esthétique qu'il suscite et qui continue de vous imprégner une fois la dernière page tournée. Ses romans "ont une âme", une profondeur et une symbolique qui dépassent la simple narration.

Avec vue sur la mer se classe parmi les six livres que j’emmènerais sur une île déserte : humour, tendresse et émotions y entrent en résonance avec mes propres ressentis pour des lieux qui me sont chers.
Mes quatre plus grands coups de coeur sont ensuite Docile et Madame Seyerling, pour leur tendresse et leur délicatesse, ainsi que pour l’originalité et l’humour du second ; Autopsie d’une étoile, pour sa symbolique et ses multiples niveaux de lecture ; Le bureau des jardins et des étangs pour sa somptueuse, raffinée et cruelle évocation du Japon.
Parmi mes préférés figurent ensuite L’enfant de la Mer de Chine, La Femme de chambre du Titanic, La Promeneuse d’oiseaux, La route de l’aéroport, Est-ce ainsi que les femmes meurent, La pendue de Londres et Je vois des jardins partout qui m’a fait rire de bon coeur.

En résumé, Didier Decoin est ma grande découverte de l’année 2018, et désormais un de mes auteurs fétiches, dont j’attends avec impatience le prochain ouvrage.
 

 

BIBLIOGRAPHIE :

(Les 💓 indiquent mes coups de coeur et leur intensité)

 

Romans :

     -          Le Procès à l'Amour (1966)
     -          La Mise au monde (1967)

     -          Laurence (Seuil, 1969)
     -          Elisabeth ou Dieu seul le sait (1970) 

     -          Abraham de Brooklyn (1971)
     -          Ceux qui vont s'aimer (1973) 

     -          D'amour et de flammes (1973)
     -          Un policeman (1975) 
     -          La dernière Troïka (1976)
     -          John l'Enfer (1977) - PRIX GONCOURT
     -          La dernière nuit (1978)
    💓        L'Enfant de la mer de Chine (1981) 
     -          Les Trois Vies de Babe Ozouf (1983)  
  💓💓     Autopsie d'une étoile (1987) 
      -         Meurtre à l'anglaise (1988)
    💓        La Femme de chambre du Titanic (1991) 
      -         Lewis et Alice (1992)
  💓💓     Docile (1994
    💓        La Promeneuse d'oiseaux (1996) 
    💓        La Route de l'aéroport (1997) 
      -         Louise (1998)
  💓💓      Madame Seyerling (2002) 
💓💓💓   Avec vue sur la mer (2005)
      -         Henri ou Henry : le roman de mon père (2006)
    💓        Est-ce ainsi que les femmes meurent (2009)
      -         Une Anglaise à bicyclette (2011)
    💓        La pendue de Londres (2013)
  💓💓      Le Bureau des jardins et des étangs (2017)

Essais : 

      -         Il fait Dieu (1975)
      -         La Nuit de l'été (1979)
      -         La Bible racontée aux enfants 
      -         Il était une joie... Andersen (1982)
      -         Béatrice en enfer (1984)
      -         L'Enfant de Nazareth, avec Marie-Hélène About (1989)
      -         Elisabeth Catez ou l'Obsession de Dieu (1991) 
      -         Jésus, le Dieu qui riait (1999)
      -         Dictionnaire amoureux de la Bible, avec Audrey Malfione (illustrations) (2009)
    💓        Je vois des jardins partout (2012) 
      -         Dictionnaire amoureux des faits divers (2014) 

Ouvrages collectifs :

      -        La Hague, avec Natacha Hochman (photographies) (1991)
      -        Cherbourg, avec Natacha Hochman (photographies) (1992)
      -        Presqu'île de lumière, avec Patrick Courault (photographies) (1996)
      -        Sentinelles de lumière, avec Jean-Marc Coudour (photographies) (1997)
    💓       Plus un chat, avec Nicolas Vial (illustrations) (2018)   


POINTS FORTS : 

Erudition, profondeur, esthétisme et poésie des récits, capacité de renouvellement, construction des romans, excipits magistraux, qualité d'écriture et style très visuel, rendu d'atmosphères et de personnages, talent de conteur, humour.


THEMES RECURRENTS : 

New York/Brooklyn, Londres/brumes, mer/ports/Cherbourg, Dieu/foi, Amour (idéal), bonheur, rêves et idéaux confrontés à la réalité, innocence, rédemption, Bible, peine de mort, Japon, Kawabata, jardins, oiseaux, odeurs, sensualité. Récits souvent symboliques.

[Decoin, Didier] John L'Enfer





 

J'ai aimé

Titre : John l'Enfer

Auteur : Didier DECOIN

Editeur : Seuil

Parution : 1977 (Prix Goncourt 1977)

Pages : 320










Présentation de l'éditeur :

Triomphante, folle de ses richesses, de sa démesure et de ses rêves, New York se délabre pourtant, rongée de l'intérieur. John L'Enfer, le Cheyenne insensible au vertige, s'en rend bien compte du haut des gratte-ciel dont il lave les vitres. Il reconnaît, malgré les lumières scintillantes des quartiers de luxe, malgré l'opacité du béton des ghettos de misère, les signes avant-coureurs de la chute de la plus étonnante ville du monde : des immeubles sont laissés à l'abandon, des maisons tombent en poussière, des chiens s'enfuient vers les montagnes proches…
Devenu chômeur, l'Indien rencontre deux compagnons d'errance : Dorothy Kayne, jeune sociologue qu'un accident a rendue momentanément aveugle, et qu'effraye cette nuit soudaine ; et Ashton Mysha, Juif hanté par sa Pologne natale, qui vit ici son ultime exil.
Trois destins se croisent ainsi dans New York l'orgueilleuse, New York dont seul John L'Enfer pressent l'agonie. Trois amours se font et se défont dans ce roman de l'attirance et de la répulsion, de l'opulence et du dénuement.
Abraham de Brooklyn chantait la naissance de New York. Avec John L'Enfer, voici venu le temps de l'apocalypse.
L'apocalypse possible dès aujourd'hui d'une cité fascinante et secrète, peuplée de dieux ébranlés et d'épaves qui survivent comme elles peuvent dans le fracas et les passions.
 

 

Avis :

Ce roman est mon quinzième livre de Didier Decoin, pour lequel il a reçu le prix Goncourt, et, à ma grande surprise, c'est la première fois que je m'ennuie au cours d'une lecture de cet auteur, au point d'avoir hâte d'en venir à bout. La première partie est intrigante et intéressante, la dernière voit l'action accélérer et apporte un éclairage sur le sens du livre, mais les deux parties centrales, soit la moitié du roman, m'ont déroutée et lassée, me laissant une impression de malaise et de confusion. 

New York, ville des contrastes et de la démesure, des palaces et des ghettos, de l'opulence mais aussi de l'extrême précarité, des squatts, de la drogue, du crime et de la prostitution, est sur le point de s'effondrer : maisons et gratte-ciel sont minés par le cancer du béton, les égouts débordent, les chiens ont fui la ville. Tout le monde refuse l'évidence, pour des raisons politiques, électorales ou économiques, mais les signes se multiplient. 

Dans ce climat délétère se forme un trio amoureux aux relations étranges : un Indien Cheyenne au chômage - ex-laveur de vitres ignorant le vertige -, un émigré polonais dont la vie est en bout de course - ex-officier de marine désormais sans bateau -, une jeune femme rendue temporairement aveugle par un accident et qui, telle une enfant, s'accroche aux deux hommes en attendant de retrouver la lumière. Les trois nous entraînent dans leur errance comme dans une sorte de spirale destructrice, s'agrippant désespérément les uns aux autres sans jamais se trouver vraiment, toujours seuls au fond. 

Didier Decoin excelle à rendre l'atmosphère lourde d'un New York où tout se délite derrière les apparences : décadence, pourriture, corruption, errance, perte de sens et d'identité, tout annonce une catastrophe imminente, la chute prochaine de Babylone, l'apocalypse, la déchéance du mythe américain, la revanche d'une nature prête à reprendre bientôt ses droits sur une civilisation en pleine nécrose. La soirée dansante dans les étages de l'hôtel de luxe dont les sous-sols sont envahis par le débordement des égouts n'évoque-t-elle pas l'inconscience précédant le naufrage du Titanic ? Seul John l'Enfer, Indien ayant conservé la capacité d'observation de son peuple si mis à mal par l'Amérique moderne, se montre clairvoyant et capable d'agir. 

Si sa lecture m'a semblé partiellement pénible, le roman est indéniablement de grande facture et j'ai tourné la dernière page à nouveau impressionnée par la maîtrise d'écriture, et notamment par la qualité des excipits, de Didier Decoin. 
Le livre prend une certaine résonance prophétique, lorsqu'à travers le New York de John l'Enfer, l'on se prend à imaginer notre monde au bord de l'implosion, d'une part incapable de modifier sa trajectoire malgré son impact environnemental, d'autre part laissant pour compte une partie de l'humanité, parfois en perte de repères et de valeurs. Nul doute que la nature aura de toute façon le dernier mot, reprenant parfois violemment ses droits au prix de catastrophes humaines de plus en plus plausibles. "John a toujours su que le béton n'aurait pas le dernier mot, que le temps viendrait qui relancerait la croissance des forêts sur ce périmètre de Greenwich Village, autrefois territoire de la tribu indienne des Sapokanikan. (...) S'il collait son oreille dans la poussière, le Cheyenne entendrait sous les massifs de Washington Square le souffle des eaux souterraines ébranlant les fondations de la ville à la manière d'une sève puissante. Parce qu'il y avait des rivières, ici ; des rivières et des forêts ; et ça revient du fond des temps, ça patiente, et ça s'empare - à la fin". 

En lisant John l'Enfer, force est également de faire un lien avec un précédent roman de Didier Decoin : dans Abraham de Brooklyn, New York est en pleine construction. Là aussi, le héros souffre dans une ville méphitique et inhumaine, qu'il finit par fuir pour chercher un salut au sein des espaces alors vierges et "naturels" de l'Ouest américain.
Au final, un livre moins facile d'accès que les autres du même auteur, qui, s'il m'a semblé moins agréable à lire, n'en est pas moins intéressant et talentueux. Sans doute pourrait-il avantageusement faire l'objet d'une adaptation au cinéma. (3/5)

[Decoin, Didier] La route de l'aéroport






Coup de coeur 💓

 

Titre : La route de l'aéroport

Auteur : Didier DECOIN

Editeur : Fayard

Parution : 1997

Pages : 144









Présentation de l'éditeur :

Karim a trouvé le moyen de vivre riche et heureux avec Natalia : gagner un pays en guerre, acheter une voiture, et faire le taxi pour les reporters. Cinq dollars par journaliste et par minute de trajet, tarif un peu cher mais comprenant les risques d'embuscades et de rafales perdues...
En attendant, il faut quitter Cherbourg. Qui dira l'utilité d'une balle de ping-pong pour voler une Honda groseille sur le parking de la zone portuaire?
Reste le plus difficile : rejoindre un bon petit conflit bien rentable.
Prix Goncourt 1977 pour John l'Enfer, Didier Decoin, secrétaire général de l'Académie Goncourt, est l'auteur d'une oeuvre considérable. On peut citer, parmi ses plus grands succès, Abraham de Brooklyn, La Femme de chambre du Titanic et La Promeneuse d'oiseaux.
 

 

Avis :

J'ai dévoré ce court récit en une soirée. 
Un couple de très jeunes gens un peu paumés et sans le sou rêve de faire fortune en faisant le taxi sur la dangereuse route de l'aéroport d'un pays en guerre. L'histoire habilement menée jusqu'à sa chute inattendue m'a fait penser aux nouvelles de Stefan Zweig, tellement fasciné par le destin et les coups du sort qui frappent ses héros. Le style est un régal : quel bonheur de lire un texte merveilleusement écrit. Didier Decoin peint ses récits comme un impressionniste qui réussit en quelques touches à recréer une ambiance parfaite. Ses tableaux sont aussi odorants, à cause de son obsession des odeurs, et musicaux, grâce au rythme des phrases. 

A force de visiter Cherbourg en sa compagnie, il faudra bien que j'y aille un jour :
En fondant, la neige avait transformé Cherbourg en une sorte de grand poisson ruisselant, une raie immense dont une aile palpitait en s'arrondissant jusqu'aux faubourgs de Tourlaville, une autre jusqu'à ceux d'Equeurdreville  et d'Hainneville. La queue de la bête s'évasait vers la gauche par la rue Louis-Lansonneur, vers la droite par la rue Lucet, tandis que les jetées du Homet et des Flamands lui faisaient, au nord, une petite gueule dentue. Sur la pierre pâle des anciens hôtels d'armateurs, les feux clignotants de la place Napoléon et de l'avenue Cessart jetaient des rougeurs de branchies. Les ardoises des toitures scintillaient comme des écailles. Le bassin du commerce et celui de l'avant-port donnaient au poisson une ligne de corps lisse et longue, une échine de chair huileuse, irisée de petits frissons silencieux qui faisaient palpiter l'eau noire. De cette ville étalée, de ce vaste animal endormi, montait une odeur de mouillure acide, de goémon froid, de bois humides et de métaux mordus par le sel, à laquelle se mêlaient par bouffées les vapeurs safranées, d'ail et de pain grillé, s'échappant des brasseries - car c'était l'heure des soupes de poisson d'après-cinéma.

Je ne me lasse décidément pas de cet auteur, c'est ma grande rencontre de l'année, voire depuis plusieurs années. Mon plus grand plaisir serait, au fil de mes lectures et de mes compte-rendus, de vous avoir donné envie de le lire et relire aussi. C'est mon dix-neuvième livre de Didier Decoin, et je viens enfin de recevoir ma dernière commande : quatre autres m'attendent donc encore. (5/5)

mercredi 15 mars 2023

[Decoin, Didier] Le nageur de Bizerte

 





J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Le nageur de Bizerte

Auteur : Didier DECOIN

Parution : 2023 (Stock)

Pages : 350

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :     

Nous sommes à Bizerte, en Tunisie, janvier 1921, sous le protectorat français. 
La vie serait presque douce pour le jeune docker du port de Bizerte, Tarik Aït Mokhtari, nageur longiligne et musculeux, s’il ne s’était heurté un matin, dans sa ligne de nage, à un obstacle infranchissable : il ne le sait pas encore, mais il s’agit d’un croiseur de bataille, survivant de la flotte impériale russe qui fuit l’irréversible et sanglante poussée des « rouges » et transporte à son bord toute une population d’exilés, de « blancs » aristocrates désormais appauvris, bousculés par le vent  de l’histoire. Mais il ignore la guerre qui divise la Russie. Il vit à Bizerte, il est beau et pauvre, il a une sœur désirable, une mère veuve.

Ce destroyer est-il «  maskoun  » ? Hanté, habité par un djinn, infréquentable pour le docker aux longs cils ? D’où vient le navire fantôme couleur d’âme grise ? Quel est son nom ? Que cherche-t-il à fuir ? Quelles horribles scènes de pogroms, de fermes incendiées quand les soviets lancent « le coq rouge », pillent, tranchent au sabre et fusillent, quelles images hantent à jamais les passagers du  Georguii Pobiedonossetz  ? Depuis le 18 décembre 1920, les Russes sont confinés à bord des bateaux de guerre en rade de Bizerte. Des prisonniers flottants.  Tarik aurait été avisé d’en rester là. Mais, comme le chant d’une sirène, le docker entend soudain la voix d’une jeune femme, une voix de théâtre, et il aperçoit, chatoyante, sa robe de mousseline blanche, gonfler sur le pont du navire. A l’instant il en est captif.

Yelena Maksimovna Mannenkhova, fille unique d’un riche baron, personnage qu’on dirait issue de  La Cerisaie, a la beauté fragile d’une porcelaine qui va se briser. Chaperonnée par sa tante Sofia, elle fuit la même horreur que toute une classe sociale gisant sans pouvoir s’en libérer dans les coursives d’un navire qui sera leur prison, et peut-être leur destin. Tarik parviendra-t-il à la rencontrer ? Avant que le cosaque Bissenko ne tranche la blanche gorge de notre héroïne ? Avant que la sœur du docker ne se marie ? Avant que le monde ne referme les rideaux d’un théâtre pourpre sang sur ces deux innocents ? Vivront-ils ? 

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Né en 1945, Didier Decoin est écrivain et scénariste. Il a vingt ans lorsqu’il publie son premier livre. Celui-ci sera suivi d’une vingtaine de titres, dont Abraham de Brooklyn (Prix des Libraires), John L’Enfer (Prix Goncourt en 1977), et chez Stock son dernier roman, Le Bureau des Jardins et des Étangs (2017). Il est également président de l’Académie Goncourt.

 

 

Avis :

La mer était vide, et soudain ils sont là, surgis du néant comme une escadre fantôme : des centaines de navires de toute taille, dépenaillés et brinquebalants, venus s’entasser sur le lac de Bizerte, cette lagune au sud de la ville éponyme transformée en rade militaire par le protectorat français de Tunisie. Vestiges de la flotte de l’Armée blanche, ces bâtiments ont à leur bord cent cinquante mille réfugiés, civils et militaires, évacués de Crimée trois mois auparavant alors que les unités de l’Armée rouge s’apprêtaient à envahir cette seule région russe non encore tombée sous leur contrôle.

La France ayant accepté de leur venir en aide, ils affluent en ce début de 1921, pour un internement dans le port de Bizerte dont on ignore encore qu’il durera presque quatre ans. Quatre ans d’une lente décomposition pour ces bateaux bientôt irrécupérables. Quatre ans d’une longue attente pour les exilés restés à bord tout ce temps, maintenus en vie par l’aide d’urgence française et par le troc mis en place avec la population locale. Alors seulement, le gouvernement français ayant reconnu l’URSS, ce qu’il restera de l’escadre sera rendu aux Soviétiques, et les émigrés russes autorisés à poursuivre leur exode vers la métropole.

S’emparant de ces événements méconnus, Didier Decoin a composé une poignée de personnages mirifiques, pour un roman aussi magique que tragique. A bord du plus grand cuirassier de ce camp de réfugiés flottant, la jeune Ukrainienne Yelena, toujours miraculeusement vêtue de blanc malgré la crasse et la noirceur ambiantes, survit en se prenant pour une héroïne de La cerisaie de Tchékhov, comparable dans son esprit à son ancien domaine de Zagoskine. Docker sur le port et nageur émérite, Tarik est fasciné par la silhouette immaculée et la voix de miel de cette fille entr’aperçue de loin. Se rencontreront-ils et parviendront-ils à se prêter main-forte dans ce télescopage improbable de leurs mondes diamétralement opposés ? Il leur faudra compter avec la folie des hommes, tapie à fond de cale comme l’un de ces aliens survivant aux voyages spatiaux...

L’exactitude historique sous-tend ici une fiction flamboyante, un feu d’artifices sensoriel où se retrouve l’une des marques de fabrique de l’auteur : chaque page est un concentré de couleurs, de saveurs et d’odeurs dont on ressort ébloui et enchanté, conquis par l’élégante précision de la plume et par la puissance d’évocation de ce conteur-magicien. Un roman que l’on se plaît à imaginer adapté à l’écran. (4/5)

 

 

Citations :

D’instinct, il se recroquevilla dans l’eau comme il le faisait dans son lit pour se réchauffer les nuits où du givre s’attachait aux carreaux de sa chambre – sauf qu’ici le drap qui recouvrait Tarik jusqu’au menton était un suaire de cent vingt kilomètres carrés d’eau glacée dévalée des oueds, ce qui ne laissait au jeune bouchkara aucun espoir de jamais pouvoir lui emprunter la moindre de ses calories.


Mais la jeune femme ne manifestait aucune curiosité pour les autres facettes de l’œuvre de Tchékhov : sans qu’elle pût s’expliquer pourquoi, La Cerisaie suffisait à la combler. Plus elle voyait représentée cette fausse comédie qui était en réalité une vraie tragédie, plus elle rejoignait l’opinion de Tolstoï selon qui l’on pouvait lire, relire et rerelire Tchékhov de manière toujours différente, ce qui revenait à dire qu’une seule de ses œuvres – et donc La Cerisaie – contenait assez de raisons de désespérer en même temps que de s’émerveiller pour une vie tout entière.


Elle se sentait parfois ajourée comme une dentelle. Se prenait pour une dentelle. Craignant par-dessus tout que la vie ne la déchirât.


D’abord un peu terne, une clarté rabougrie s’étirait à l’horizon, lisse comme le premier trait de calame à partir duquel va se développer et s’ourler toute une calligraphie généreuse et splendide.        
Puis, pulsée par la mer dont elle venait de naître, la lumière s’éleva, se dilata un peu plus à chaque palpitation, s’étala sur le ciel, le remplit, puis du ciel elle ruissela, s’épanchant sur la terre, envahissante et blanche comme du lait renversé, inépuisable, comblant tout ce qui n’était pas elle.    
C’était l’aube.


Yelena se tut pour reprendre son souffle et lécher ses lèvres devenues sèches : il lui arrivait rarement de parler ainsi tout d’une traite, elle avait un trop grand respect des mots pour les lâcher dans la nature comme la bergère libère ses moutons à l’orée d’un pacage dont l’herbe tendre a aussi la hauteur qu’il faut pour dissimuler le piège d’un loup couché, ramassé sur lui-même, les muscles tendus : dans toute conversation, songeait-elle, il y a un loup embusqué, prêt à fondre sur le mot en trop, le mot qui fait mal, la phrase maladroite…

 

Du même auteur sur ce blog :

 


 

dimanche 3 mars 2019

[Decoin, Didier] La femme de chambre du Titanic






Coup de coeur 💓

 

Titre : La femme de chambre du Titanic

Auteur : Didier DECOIN

Editeur : Seuil

Parution : 1991

Pages : 336









Présentation de l'éditeur :

« Voilà l’histoire d’un amour si étrange, dit l’auteur, que je n’étais pas sûr d’oser jamais l’écrire. Mais l’envie de raconter aura été plus forte que mes pudeurs.
Raconter la passion qui, durant l’année 1912 – l’année du Titanic–, a entraîné un docker de cinquante-deux ans, Horty, et Marie Diotret, une très jeune femme de chambre du transatlantique, dans un monde qui n’était pas fait pour eux. »
Dans le sillage d’Horthy et de Marie, de la taverne de la Tête d’Écaille aux quais mouillés de Southampton, des terrains vagues de New York aux lacs rêvés de l’État du Maine, des lumières du Grand Théâtre à la nuit des docks où rodent amants et assassins, cette « extrême histoire d’amour » met en image Zoé, la petite épouse rouquine et patiente qui attend qu’Horty rentre enfin à la maison ; Zeppe, le garçon de cirque qui croit pouvoir tirer fortune de l’amour d’Horty pour Marie ; la trop fragile Aïcha à qui le destin ne laissera même pas le temps d’apprendre à compter jusqu’à onze ; Sciarfoni, le lamaneur qui gîte comme une bête sauvage sous une grand barque renversée ; Maureen, la voleuse de bijoux qui opère dans les théâtres de Drury Lane ; et tout le peuple du port – dockers, soutiers, filles de joies, riches voyageurs, émigrants misérables… Le roman à la fois le plus imaginaire et le plus vrai de l’auteur d’Abraham de Brooklyn et de John l’Enfer.
 

 

Avis :

En 1912, Horty, docker de cinquante-deux ans, remporte le concours annuel de sa corporation dans sa ville du nord de la France, qu'il quitte alors pour la première fois : il a en effet gagné un voyage pour Southampton, afin d'assister au départ du Titanic. Lors de son bref séjour en Angleterre, il rencontre Marie, jeune femme de chambre sur le Titanic, et en tombe éperdument amoureux. 

Lorsque, quelques jours après son retour à la maison, la nouvelle du naufrage du paquebot se répand, Horty croit Marie perdue et sombre dans la dépression et la boisson. Idéalisant Marie jusqu'à l'obsession, il se met à raconter, sans répit et à l'envi, ce qui devient une histoire d'amour chaque jour plus formidable. Autour de lui, fascinée par le rêve d'Horty, gravite toute la population des villes portuaires : dockers, soutiers, lamaneurs, glaneuses, prostituées, misérables migrants ou riches voyageurs attirant escrocs et profiteurs de tout poil... Mais qui était véritablement Marie ? Et que lui est-il advenu après son embarquement sur le Titanic ?

Didier Decoin nous livre à nouveau une histoire habilement construite, qui tient le lecteur en haleine jusqu'à l'excipit encore une fois magistral. Il nous plonge dans un de ses univers de prédilection : le milieu maritime. On y découvre une population hétéroclite survivant autour des activités portuaires, toute une galerie humaine extraordinairement réaliste, d'autant plus fascinée par l'histoire que raconte Horty qu'elle vient transcender leur quotidien si dur et si morne. 

Le sentiment prévalent est au final celui de la tristesse, de la désillusion et de la résignation : "Innocence était un mot qu'on entendait et qu'on voyait partout, mais qui ne décrivait rien de réel - juste une jolie supposition que les hommes faisaient en espérant qu'elle se vérifierait peut-être un jour (...). Alors, s'il n'y avait pas d'innocents, il n'y avait pas non plus de coupables, il n'y avait qu'un grouillement d'individus plus ou moins dangereux, qui se faisaient souffrir les uns les autres par des moyens variables. La souffrance était la seule vraie monnaie d'échange entre les hommes. A la différence de l'argent, de cela au moins tous étaient riches, et vivre consistait simplement à mesurer à tout instant si les souffrances qu'on imposait ou qu'on subissait étaient supportables ou non". Mais aussi celui de l'espoir : derrière la grisaille, l'espoir ne demande qu'à renaître. Et si toucher le fond permettait, enfin, de larguer les amarres et, finalement, d'oser vivre ? 

Neuvième coup de coeur parmi mes lectures de Didier Decoin. (5/5)

[Decoin, Didier] Ceux qui vont s'aimer





J'ai beaucoup aimé

Titre : Ceux qui vont s'aimer

Auteur : Didier DECOIN

Editeur : Seuil

Parution : 1973

Pages : 256










Présentation de l'éditeur :

Un monde naissait dans Abraham de Brooklyn (prix des Libraires) de Didier Decoin. Aujourd'hui dans Ceux qui vont s'aimer, c'est la décadence d'un monde ou plutôt d'une civilisation qui est en cause.
L'auteur nous raconte avec allégresse les mésaventures d'un jeune voleur du nom de Scynos épris d'une adolescente, Mylena, entrevue lors de son enfance, de nuit, sous les toits d'Athènes. Un vieillard, Atagoras, amoureux du bonheur de vivre, va tenter la plus grande aventure de sa vie avec le couple exemplaire de Scynos et de Mylena qui, dans la désenchantement d'un univers soucieux de ses vices, de sa grandeur, de son soleil, s'unira, au bout d'un long périple, heureux et malheureux, dans cette maison unique faite sur les plans d'Atagoras.
 

Avis :

Au temps antique de la décadence d'Athènes, pendant une tentative de cambriolage, le jeune voleur Scynos assiste par hasard, impressionné, à la naissance de Mylena. Cet évènement décidera de son destin. Scynos commence par s'établir à Athènes, trouvant à s'employer chez un vieux maître d'école respecté, qui finira par le considérer comme son propre fils. Il continue à s'introduire en secret dans la riche demeure où grandit Mylena, afin d'observer, fasciné, l'enfant qui grandit et se meut peu à peu en femme, dont il tombe amoureux. Le vieux maître va tout mettre en oeuvre pour le bonheur de son protégé, mais les voleurs ne sont pas censés épouser les filles de bonne famille... 
Comédie ou tragédie grecque, cette jolie fable se développe sur le thème du bonheur, à la fois raison de vivre et de mourir. La question prend d'autant plus de sens qu'elle est posée dans le décor d'une société en mutation et en pleine recherche de sens. Finalement, antiquité ou temps moderne, et tout particulièrement en Grèce, si éprouvée ces dernières années, avons-nous jamais réussi à y répondre ? 
Encore une lecture très plaisante, mais décidément, ce sont les romans de Didier Decoin postérieurs aux années soixante-dix que je préfère. (4/5)

Citations :

Du lointain montait le bruit du ressac ; du plus près, celui de l'arbre qui craque un peu, se tait puis recommence, prenant au passage l'air frais qui court de la montagne jusqu'à la mer. La nuit vint tout à coup. Alors le ciel se démasqua, cessant d'être cet écran tranquille et presque palpable, et si proche que l'on pensait les oiseaux capables de s'y accrocher la tête en bas.

(...) le lieu où il souhaitait enseigner. Et Atagoras choisit l'ombre d'un pin-asparagus qui se dressait au point le plus rétréci du parc, lequel formait en cet endroit comme la proue d'un bateau. Là, les massifs étaient touffus, mal taillés, pleins d'insectes stridents. A la tombée du jour, les hirondelles par centaines venaient coudre l'étoffe invisible de l'air - et les ailes plus effilées que des ciseaux, et les becs plus pointus que des aiguilles, et les cris plus joyeux que des chants d'ouvrières, tout cela qui allait et venait vite portait en soi le témoignage de la vie qui continuait, tandis qu'alentour Athènes, déjà, s'assoupissait. 

[Decoin, Didier] Il fait Dieu






J'ai aimé

Titre : Il fait Dieu

Auteur : Didier DECOIN

Editeur : Stock

Parution : 1975

Pages : 144







 

Présentation de l'éditeur :

" Vingt-deux ans après sa première publication, ai-je un mot à ajouter ou à retrancher à Il fait Dieu? Non. Même si, depuis, j'ai largement avancé dans mon âge d'homme, l'éblouissement de cette " rencontre " ne s'est pas fané. Il y a des choses trop fortes pour être dites avec d'autres mots que ceux de la toute première émotion. D'ailleurs, le " temps " de Dieu n'oscille pas du jour à la nuit, du soleil au brouillard: quand il fait Dieu, c'est pour toujours. Mais si Dieu résiste à toute usure, les livres meurent. Celui-ci était devenu introuvable, alors même que de nombreux croyants _ et incroyants _ le réclamaient. C'est pour ces nouveaux lecteurs que j'ai accepté cette réédition sans retouches. "
Didier Decoin (juin 1997)

Prix Goncourt 1977 pour John l'Enfer, Didier Decoin, secrétaire général de l'Académie Goncourt, est l'auteur d'une oeuvre considérable. On peut citer, parmi ses plus grands succès, Abraham de Brooklyn, La Femme de chambre du Titanic et La Promeneuse d'oiseaux.
 

Avis :

Court récit de l'expérience spirituelle très personnelle de l'auteur, abordant les thèmes de Dieu, de l'amour, de la vie et de la mort. Je m'y suis peu retrouvée, mais, s'il m'a laissée parfois perplexe, le texte non dénué d'humour est indéniablement profond et poignant. Je l'ai lu surtout pour compléter mon panorama de l'oeuvre de Didier Decoin, la spiritualité lui ayant inspiré plusieurs essais. (3/5)