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dimanche 13 octobre 2019

[Bordes, Gilbert] Naufrage





 

J'ai aimé 

Titre : Naufrage

Auteur : Gilbert BORDES

Année de parution : 2019

Editeur : Belfond

Pages : 360






 

 

Présentation de l'éditeur :

Capitainerie de La Rochelle, juillet 2018. Une cellule de crise accueille les parents des dix bacheliers qui ont embarqué sur le voilier-école Le Corsaire douze jours plus tôt en direction de la Guyane et dont on a totalement perdu la trace. Pour quelle raison la balise a-t-elle cessé d’émettre ? Et comment a-t-on pu laisser ces marins débutants se lancer dans une telle traversée à haut risque ?
À des milliers de kilomètres, au milieu de l’Atlantique Sud, huit adolescents découvrent, hagards, l’état catastrophique de leur embarcation après la terrible tempête qu’ils ont subie. Celle-ci a emporté un de leurs camarades et les deux moniteurs qui les accompagnaient. Alix, Chloé, Constance, Julie, Mathis, Thibault, Valentin et Victor sont les survivants. Mais pour combien de temps ?
Sur leur navire à la dérive, avec les étoiles pour seuls repères, les huit apprentis navigateurs comprennent que, pour s’en sortir, ils doivent s’organiser et, surtout, rester soudés. Mais, devant l’immensité de l’océan, le passé de chacun resurgit peu à peu, mettant en péril la cohésion du groupe. Des rivalités se dessinent et les personnalités se dévoilent…

Gilbert Bordes signe un roman d’aventures et d’apprentissage époustouflant à travers le magnifique portrait de ces adolescents coupés du monde. 


 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Gilbert Bordes a été instituteur puis journaliste avant de se consacrer à l'écriture et à la musique. Il mène aujourd’hui une double vie : écrivain le matin, luthier l’après-midi. Auteur de plus de cinquante romans, membre de l’école de Brive, il a obtenu le prix RTL Grand Public pour La Nuit des hulottes et le prix des Maisons de la Presse pour Le Porteur de destins. 

Retrouvez ici l'interview de Gilbert Bordes en Avril 2019.


 

Avis :

Parti de la Rochelle en direction de la Guyane avec à bord dix jeunes gens et leurs deux moniteurs, le navire-école Le Corsaire est introuvable. Alors que les familles désespèrent, le bateau qui a essuyé une terrible tempête dérive en plein Atlantique Sud : il n’est plus qu’une coquille de noix indirigeable et coupée du monde, à laquelle s’accrochent les huit adolescents survivants. Ceux-ci vont devoir organiser leur survie, mais combien de temps pourront-ils tenir et comment vont-ils revenir à la civilisation ? A bord, chacun se retrouve face à lui-même, dans un huis-clos oppressant qui exacerbe les dissensions malgré les efforts de solidarité. Face au danger, les personnalités vont se dévoiler et mûrir comme jamais elles ne l’avaient fait jusqu’ici.

Peut-on encore aujourd’hui se retrouver aussi seuls et perdus en mer que les navigateurs d’antan ? L’histoire de Robinson Crusoé pourrait-elle avoir lieu de nos jours ? Et l’homme moderne est -il vraiment mieux armé que ses ancêtres pour survivre seul, dans un milieu naturel inhospitalier ? Autant de questions posées par ce livre, qui pourraient d’ailleurs se prolonger par : serions-nous toujours capables de nous débrouiller sans le confort et la technologie actuels, nous dont l’existence de plus en plus hors-sol nous affranchit peu à peu d’un certain nombre de contingences naturelles ?

Gilbert Bordes aime interroger les plus jeunes générations sur cette dernière question : déjà dans Elle voulait voir la mer, des adolescents se trouvaient livrés à eux-mêmes et contraints de lutter pour leur survie en abandonnant leurs acquis. Chaque fois, l’auteur manifeste comme un regret de voir notre société de plus en plus virtuelle s’éloigner peu à peu de la simplicité et de l’authenticité d’une vie proche de la nature. Parmi ses personnages, ce sont toujours les plus modestes, les plus éprouvés et les plus « campagnards » qui tirent le mieux leur épingle du jeu, car mieux capables de s’adapter et moins éloignés des essentiels.

Dans Naufrage, les huit personnages sont contraints de repousser leurs limites et de sortir de la zone de confort des habituels faux-semblants. Nul doute que s’ils sortent de telles épreuves, ils en seront transformés, bien décidés à prendre leur destin en main et à ne rien concéder de ce qui leur est le plus essentiel.

Contée de manière fluide et agréable, dans un enchaînement d’évènements plutôt crédibles, cette aventure maritime se lit avec curiosité, et, si j’imaginais aisément Elle voulait voir la mer en téléfilm pour toute la famille, cette fois, c’est en feuilleton télévisé, maintenant le suspense entre chaque bref épisode, que je n’ai aucun mal à imaginer Naufrage.

Merci, Gilbert, pour votre confiance renouvelée. Ne manque même pas, dans votre histoire, l’allusion à la fabrication de violons et de violoncelles qui vous tient tant à coeur


 

Du même auteur sur ce blog :


 
 
 




samedi 16 mars 2019

[Bordes, Gilbert] Elle voulait voir la mer




 

 

J'ai aimé

Titre : Elle voulait voir la mer

Auteur : Gilbert BORDES

Editeur : XO

Parution : 2018

Pages : 320








Présentation de l'éditeur :   

Mai 1944.
Jérémie, Rachel et Éloïse doivent quitter la ferme où ils se cachaient depuis plusieurs mois. La milice est à leurs trousses : ils sont juifs, et leur père est un savant dont les connaissances pourraient être capitales pour les nazis.
Marguerite, une jeune boiteuse, et Paul, orphelin de fraîche date, les rejoignent avec chacun sa motivation, plus ou moins avouable.
Commence alors pour les cinq fuyards une aventure dont aucun ne sortira indemne. Ils décident de suivre le cours de la Loire, avec l’espoir de rejoindre l’océan et d’embarquer pour l’Amérique. Mais les méandres sont nombreux. Et périlleux.
Entre trahisons, dénonciations, fausses amitiés et bombardements, ils ne renonceront jamais à leur quête de liberté.
Dix ans après Les Enfants de l’hiver, Gilbert Bordes nous fait vivre une incroyable épopée.
Un grand roman d’aventures et d’initiation dans une des périodes les plus sombres de notre histoire.

 

 

Avis :

Merci à Gilbert Bordes de m'avoir offert son livre, que j'ai lu en ayant l’impression de rajeunir : non pas du haut de ma génération de parents, mais ramenée, par leur innocence et leur optimisme, à l’âge des protagonistes. En fait, au cours de ma lecture, j’ai souvent pensé à un roman pour la jeunesse : initiatique, faisant revivre notre Histoire, où les méchants ne parviennent jamais à l’être complètement, et où triomphent la tolérance et l’ouverture à la différence. Cette histoire renouvelle le thème à première vue plutôt classique d’enfants en fuite pendant la guerre en France, par l’originalité de leur parcours le long de la Loire, seuls, et vers la gueule du loup qu’est Saint-Nazaire. 
J’ai aimé la lecture fluide et facile, imprégnée des parfums du terroir français, empreinte d’une sorte de nostalgie pour la proximité aujourd’hui perdue avec la nature, et où transparaissent la passion de l'auteur pour la pêche et le violon. Si la crédibilité de l'histoire n’est pas toujours égale, on se retrouve embarqué, avec curiosité et sans temps mort, dans un joli conte plein de tendresse, qu’on imagine sans peine adapté en un sympathique téléfilm pour tout public.

 

Du même auteur :

 
 








mercredi 3 avril 2019

[Bordes, Gilbert] La garçonne




J'ai beaucoup aimé

Titre : La garçonne

Auteur : Gilbert BORDES

Editeur : Presses de la Cité

Parution : 2019

Pages : 312



Accédez à mon interview de Gilbert Bordes à l'occasion de la sortie de La garçonne en cliquant ICI




 

Présentation de l'éditeur :   

On appelait Louison "la Garçonne", braconnière solitaire des bois de Sologne en ces années 1930. Presque dix ans plus tard, au terme d'un long exil dans le nord du Canada, elle revient sur les lieux d'un drame qu'elle n'a jamais oublié. A la fois par désir de vengeance et en quête de ses origines...

A vingt ans, sa beauté rousse ensorcelante et son indépendance dérangent. Celle qu'on surnomme "la garçonne" aime s'aventurer la nuit tombée dans la profondeur des bois pour braconner. Les villageois s'interrogent : pourquoi cette orpheline est-elle la protégée du puissant comte de Cressey ? Un soir de novembre 1937, deux hommes l'agressent. Un traumatisme dans sa chair qui va bouleverser pour toujours son rapport à la vie, à la mort. Emportant avec elle ses secrets, Louison décide un jour de quitter son village de Sologne. Loin de ceux qui ont veillé sur elle, enfant, loin de ceux qui la haïssent... Et loin aussi de celui qui n'a jamais cessé de l'aimer.
Pour mieux fomenter sa vengeance ? Quand les années noires de l'Occupation auront révélé, parmi les habitants de Saint-Roch, les valeureux et les lâches...

Gilbert Bordes, éternel conteur de la nature et des âmes.

 

 

Avis :

A la fin des années trente, dans ce village de Sologne proche de Sully-sur-Loire, la vie n’est pas toujours tendre et on a vite fait d’invoquer le Diable pour trouver un bouc-émissaire à ses malheurs. Ainsi, la jeune Louison, avec sa flamboyante chevelure rousse, ses allures de sauvageonne indomptable et ses origines pas très claires, suscite des commérages qui, de jalousie en dépit, prendront vite des dimensions haineuses. Lorsque violée, elle tombe enceinte, elle est bientôt pointée du doigt comme une créature maléfique, une sorcière. La guerre survient, exacerbant courage chez les uns, lâcheté chez les autres. Dans les années qui suivent la libération, l’heure est au règlement de comptes, parfois très anciens.

Dans l’écrin de nature d’une Sologne qu’il connaît bien et évoque avec tendresse, l’auteur restitue très justement les égoïsmes, petitesses et rancoeurs qui peuvent tisser le quotidien d’un petit village où chacun a son mot à dire sur tout le monde. Gare à l’étranger, celui qui n’est pas du pays comme celui, pourtant du cru, qui sortant de la norme communément admise, dérange et inquiète. Et quoi de plus perturbant qu’une fille qui entend mener sa vie à sa guise, sans souci des usages et du qu’en dira-t-on, au grand dam du curé, des hommes subjugués mais dépités par son indépendance, des femmes qui n’ont jamais osé s’offrir les mêmes libertés.

Ecrite avec une efficace et fluide sobriété, l’histoire entretient un certain suspense alors que les tensions s’exacerbent et que les secrets se dérobent. Cette immersion historique en campagne solognote m’a charmée en toute simplicité. J’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture dont le thème central m’a évoqué Les Dames de Brières de Catherine Hermary-Vieille.
Il est dangereux d’être une fille libre dans les lieux et les époques où les femmes ne le sont pas.

Merci à Gilbert Bordes et aux Presses de la Cité pour leur confiance.



Du même auteur sur ce blog :

 
 





 





jeudi 30 avril 2026

Critique : "L'île sans nom" de Gilbert Bordes | Lectures de Cannetille

 

Couverture du roman "L'île sans nom" de Gilbert Bordes


 

J'ai aimé

 

Titre : L'île sans nom

Auteur : Gilbert BORDES

Parution : 2026 (Presses de La Cité)

Pages : 288

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur : 

1858, dans la région de Dieppe. Le jeune Hervé, employé de ferme, ne rêve que du grand large. Il se rend souvent au port d'où de fiers trois-mâts partent pêcher la morue dans les eaux glacées et tempétueuses de l'Atlantique Nord.
Un soir, déambulant le long du quai, il sauve un vieux marin de la noyade. Le rescapé lui confie un secret : l'existence d'une île mystérieuse qui recèlerait un trésor.
La proposition d'embauche du capitaine du Matamore en partance pour Terre-Neuve va sceller le destin d'Hervé. Enfin l'aventure !
À bord, les conditions de vie sont rudes, la pêche difficile, mais la solidarité un peu fruste des marins permet d'affronter tous les dangers. Jusqu'à ce jour de tempête où le jeune homme, porté disparu, va s'échouer sur une île...

Un roman initiatique entre mystère, intrigues et vengeance, où souffle un puissant air marin.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :   

Né en 1948, à Tulle, en Corrèze, Gilbert Bordes a été instituteur puis journaliste. Aujourd'hui, il se consacre à ses deux passions : la lutherie et l'écriture. Membre de l'Ecole de Brive, il est l'auteur de plus d'une cinquantaine de romans régionaux et historiques. Il a obtenu le prix RTL Grand Public pour La Nuit des hulottes et le prix Maison de la Presse pour Le Porteur de destins. Grand amoureux de la nature, il a notamment publié La Garçonne, Chante, rossignol, Le Testament d'Adrien, Tête de lune, Ceux d'en haut, Docteur Mouche et La Malédiction de Pauillac aux Presses de la Cité.

 

 

Avis :   

Fidèle à son écriture ancrée dans l’histoire et la nature, Gilbert Bordes signe un nouveau récit d’aventure où un jeune marin se retrouve isolé sur une terre inconnue au milieu du XIXᵉ siècle. Cette île sans nom concentre à la fois le mystère du monde maritime et les épreuves caractéristiques des parcours initiatiques que l’auteur affectionne.

Hervé, adolescent normand animé par le désir de prendre la mer, embarque à bord d’un trois‑mâts en partance pour Terre‑Neuve. Sa découverte des rudes conditions de pêche en Atlantique Nord s’interrompt brutalement lorsque, tombé en mer et réputé perdu lors d’une tempête, il échoue sur une île déserte, rendue inaccessible à la navigation par les brumes et les courants qui en cernent les abords. Commence alors un récit de survie où l’ingéniosité, la peur et l’espoir se mêlent, et où la solitude n’exclut pas les rencontres inattendues. 

Un jeune héros projeté trop tôt dans l’adversité, une nature souveraine qui impose ses lois et un espace clos où les personnages se révèlent autant qu’ils se transforment : on retrouve ici plusieurs motifs chers à Gilbert Bordes, qui confèrent au roman une tonalité immédiatement reconnaissable. Certes, l’intrigue s’autorise quelques facilités et repose sur des coïncidences pour le moins improbables, mais une fois ces libertés acceptées, on se laisse volontiers captiver par le talent de conteur de l’auteur, son écriture sensible aux paysages, son sens du rythme et de la tension, et l’humanité profonde qui rend le parcours d’Hervé aussi touchant que prenant.

Sans renouveler en profondeur l’univers de Gilbert Bordes, L’Île sans nom en propose une variation maritime qui exploite un décor neuf et fortement dépaysant. Le roman s’adresse avant tout aux lecteurs sensibles aux récits d’aventure et d’apprentissage, ceux qui préfèrent se laisser emporter par une histoire plutôt que la questionner. Grâce à son écriture fluide, à la précision de ses descriptions et à la manière dont il conjugue tension extérieure et progression du personnage, l’écrivain livre une aventure accessible et immersive, qui séduira autant les fidèles de son oeuvre que ceux qui la découvrent. (3/5)

 

 

Du même auteur sur ce blog :

 
 

mardi 5 novembre 2024

[Bordes, Gilbert] La Malbête

 



 

J'ai aimé

 

Titre : La Malbête

Auteur : Gilbert BORDES

Parution : 2024 (XO)

Pages : 352

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur : 

Fort d’un minutieux travail d’enquête, Gilbert Bordes, lui, nous livre sa vérité dans ce roman fascinant.

Tapie dans l’ombre, elle rôde, rugit, menace. En cet été 1764, la rumeur se répand aussi vite que les cadavres de bergères et de jeunes enfants. Dans cette rude région isolée du Gévaudan, les habitants sont démunis devant cette bête qui ne ressemble en rien à un loup ordinaire.
Est-ce un animal échappé de l’enfer, comme le prêchent les curés, venu punir la population terrifiée pour ses maigres péchés ? une bête dressée par un criminel ? La question obsède Roger Desqeyroux, malicieux colporteur qui arpente le Gévaudan avec son âne et sa carriole.
Avec son apprenti, le jeune Mathieu, à qui il apprend à lire et à écrire, ils traquent la Malbête. Mais le mystère s’épaissit quand le colporteur constate que la bête du Gévaudan épargne Mathieu à chacune de leurs rencontres…

Des chemins arides du massif central à la cour de Louis XV, Gilbert Bordes nous plonge dans l’incroyable histoire de la Malbête. En cette période prérévolutionnaire, où les idées des philosophes cheminent jusque chez les paysans écrasés d’impôts, le pouvoir doit réagir devant cette menace qui a fait plus d’une centaine de victimes et déchaîne les superstitions.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :   

Gilbert Bordes a d’abord été instituteur puis journaliste avant de se consacrer à l’écriture. Romancier des situations contemporaines, avec notamment la Nuit des Hulottes (Prix RTL grand public 1991), il s’est aussi révélé un grand romancier de l’Histoire avec le Porteur de Destins (Prix des Maisons de la Presse 1992), les Frères du Diable et Lydia de Malemort. La Peste noire est son premier roman publié chez XO.

 

 

Avis :   

De 1764 à 1767 dans la province du Gévaudan – grosso modo la Lozère, une région alors particulièrement pauvre et enclavée en raison de son territoire accidenté et de ses rudes hivers –, une bête à l’agressivité singulière sème la terreur en attaquant et dévorant plus d’une centaine de personnes, principalement des enfants et des femmes chargés de garder les troupeaux. Son signalement n’évoque pas exactement un gros loup, ni même un chien-loup. Et comme, pourchassée, y compris par d’importantes forces militaires, elle déjoue tous les pièges, semble insensible aux balles et accompagne parfois ses méfaits d’étranges blessures difficilement imputables à un animal, les esprits encore plus épouvantés par le châtiment divin proclamé par l’Église ont tôt fait d’en faire l’objet de tous les fantasmes, créature du diable, loup-garou, ou bête sauvagement dressée et menée par l’intelligence meurtrière d’un homme. Toujours est-il qu’en Gévaudan, l’on ne vit plus, la disette qui plus est aggravée parce que l’on n’ose plus vaquer normalement aux tâches paysannes, tandis qu’à Versailles l’on s’alarme : il ne manquerait plus en ces temps déjà agités par l’esprit des Lumières qu’une nouvelle jacquerie éclate.

Suivant minutieusement le fil des événements dans une reconstitution historique fidèle et documentée qui donne un sérieux et passionnant aperçu de l’affaire, de son développement et de son retentissement, Gilbert Bordes mêle aux nombreuses figures réelles une poignée de personnages fictifs, prétexte à une seconde intrigue, beaucoup plus imaginative celle-là, qui a le mérite de nous attacher à deux observateurs privilégiés : le colporteur Desqeyroux et son aide le jeune Mathieu. L’on suit donc leur propre histoire d’un œil, avec l’idée qu’elle sert en réalité de fil rouge dans la découverte de ce qui fait le véritable intérêt du roman : la restitution des faits historiques, il faut le dire impressionnants dans leur vérité nue, et la compréhension du contexte qui a transformé un fait divers en affaire d’État, avant de nous le léguer sous forme de mythe et d’éternel mystère.

Et l’entreprise est réussie, qui passionne le lecteur au long de l’incroyable feuilleton de ces trois années sanglantes, reprenant une à une, en une liste accablante tant elle paraît ne jamais devoir prendre fin, les audacieuses attaques qui en viennent à compromettre les activités agricoles et à faire gronder les ventres vides. De toutes les hypothèses explicatives, l’auteur en choisit une qui en vaut sans doute bien d’autres, même si l’on aurait peut-être aimé que le mystère persiste au-delà du dénouement, comme dans la réalité. Après cet intéressant et soigné développement historique, dommage toutefois que le motif narratif imaginé autour de Mathieu s’achève de manière aussi improbable.

Nonobstant ce bémol final, l’un des meilleurs et plus passionnants ouvrages de l’auteur, dont il convient de saluer ici la minutieuse documentation historique. (3,5/5)

 

Citations :

Il ne se passe plus une journée sans que le sang coule. Les paysans tremblent, repliés dans leurs modestes maisons. Impossible de sortir les vaches et les moutons sur les pentes abritées où poussent les premières herbes. Il faut préparer la terre pour les semailles, mais les hommes n’osent plus s’éloigner de leur domicile, où ils retiennent leurs enfants.


La Bête est un loup par sa manière de marcher et d’approcher ses proies, poursuit Desqeyroux. C’est aussi un loup par ses oreilles pointues qu’elle rabat vers l’arrière, sa large gueule. Mais son pelage beaucoup plus fourni, sa crête de poils sombres sur le dos l’en différencient. Ce qui m’étonne surtout, c’est que les coups de fusil ne la terrassent pas. Je l’ai tirée une fois avec des balles contenant une double dose de poudre. Elle s’est ébrouée, puis elle est partie.

 

 

Du même auteur sur ce blog :

 
 


 

jeudi 22 octobre 2020

[Bordes, Gilbert] Le testament d'Adrien

 


 

 

J'ai aimé

 

Titre : Le testament d'Adrien

Auteur : Gilbert Bordes

Parution : 2020 (Presses de la Cité)

Pages : 300

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

Après un long exil forcé, Pablo retrouve le ciel bleu et les paysages de son enfance, entre garrigue et montagnes provençales. Rares sont ceux qui voient son retour d’un bon oeil. N’est-il pas le fils adoptif d’Adrien, surnommé « le Fada », cet homme à la vie pleine d’ombres et de drames, qui avait pour le village de trop ambitieux desseins ? Convoqué pour l’ouverture du testament d’Adrien, Pablo hérite d’une jolie fortune. Et des dernières volontés du défunt, lequel a enterré avec lui un terrible secret.
Pourquoi, depuis l’arrivée de Pablo, les grandes orgues résonnent-elles dans la vieille chapelle désaffectée ? Pourquoi Gaëlle, qu’il n’a jamais cessé d’aimer, le fuit-elle ?
Pablo saura-t-il dissiper les rancoeurs au sein du village et reconquérir le coeur brisé de Gaëlle ?

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Gilbert Bordes a été instituteur puis journaliste avant de se consacrer à l’écriture. Membre de l’école de Brive, il a obtenu le prix RTL Grand Public avec La Nuit des hulottes et le prix des Maisons de la Presse avec Le Porteur de destin. La Maison des Houches, premier roman paru aux éditions Belfond en 2010, a été un succès. 

Retrouvez ICI mon interview de Gilbert Bordes en avril 2019.

 

 

Avis :

Au décès d’Adrien, notable fortuné d’un village tranquille de Haute-Provence, le retour de son héritier au pays après vingt d’absence suscite méfiance et questions : restera-t-il ? Désormais riche à son tour, reprendra-t-il les projets de développement touristique du vieil homme, que l’opposition villageoise avait réussi à suspendre ? Et quelles sont ses intentions à l’égard de Gaëlle, son ancien amour qu’on l’avait empêché d’épouser ? Rumeurs et vieilles rancoeurs ne tardent pas à échauffer les esprits, surtout lorsque l’orgue d’une vieille chapelle abandonnée se met à jouer dans la nuit…

Secrets et vieilles brouilles dans un coin de campagne contemporain… Nous voici plongés dans un nouveau roman de terroir de Gilbert Bordes, qui fait plus que jamais la part belle à ses deux passions : la nature et la musique. C’est d’ailleurs un peu lui que l’on retrouve dans ses personnages, en particulier ce jeune garçon solitaire qui rêve de musique et fabrique sa guitare avec des câbles de frein de vélo, et surtout, qui ne s’épanouit qu’en explorant sa montagne et en approchant la faune sauvage. Au travers de cet enfant sourd toute la nostalgie de l’écrivain pour une époque enfuie, où les ruisseaux étaient pleins de vie et la jeunesse pas encore prisonnière des écrans bleus. Aux plaisirs naturalistes répondent les joies musicales, avec en point d’orgue l’hydraule de la vieille chapelle, cet étonnant instrument que l’auteur nous ressuscite du fond des âges antiques.

Tandis qu’à la main gauche résonnent en permanence les thèmes de la nature et de la musique, la main droite égrène peu à peu les surprises d’une histoire suffisamment riche en mystères et rebondissements pour piquer la curiosité du lecteur et lui faire tourner les pages sans en relever le nez. Le texte coule avec facilité et jamais l’ennui n’affleure. Dommage peut-être que le dénouement résolve tout d’une façon très idyllique, sans laisser perdurer quelques doutes au moins sur l’issue d’un ou deux points… Mais c’est aussi ce qui fait le charme des romans de Gilbert Bordes : la méchanceté ne l’y emporte jamais. (3/5)

 

Citation :

Il contemple les montagnes bleutées à la lumière éblouissante de cette journée torride. La vie ne peut s’accrocher à ces pentes qu’avec de grosses griffes. Il ne pleut presque jamais, mais quand les orages apparaissent, le déluge noie tout. Il faut avoir le bois dur de l’aubépine et du buis pour résister. Des hommes acharnés ont pu domestiquer les minuscules champs escarpés où la terre est maigre et les prairies à peine suffisantes pour quelques chèvres qui se contentent des branches basses des épineux. C’est le domaine des vipères et des frelons, le renard malfaisant pille les poulaillers, les sangliers dévastent les potagers. Autrefois les vautours nettoyaient la campagne de cette Provence hostile que l’on oublie au profit de l’autre, riante, celle de Pagnol et de ses souvenirs d’enfance…

 

 

Du même auteur sur ce blog :

 
Elle voulait voir la mer
La garçonne
 La prisonnière du roi
Naufrage
Tête de lune
Jésus : trois jours avant sa mort 
Ceux d'en-haut
La dernière nuit de Pompéi 
Docteur Mouche
La Malbête
Et les arbres se mirent à chanter 
L'île sans nom   
 
 





vendredi 24 octobre 2025

[Bordes, Gilbert] Et les arbres se mirent à chanter

 



 

J'ai aimé

 

Titre : Et les arbres se mirent à chanter

Auteur : Gilbert BORDES

Parution : 2025 (XO)

Pages : 288

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur : 

Paul est un luthier de talent. Ou plutôt « était ». Car depuis que sa vie a volé en éclats, son âme est fracassée. Et comme il le dit lui-même, construire un violon, c’est y mettre toute son âme. Seul et âgé, il vit dans la maison familiale avec Râteau, son chien, son unique compagnon.
Angline est une jeune violoncelliste que la vie, elle aussi, a privée de ce qui lui importait le plus au monde : sa musique. Désormais, la seule vue d’un violoncelle la révulse.
La rencontre fortuite de ces deux êtres abîmés va tout changer. Ensemble ils vont emprunter le chemin qui remonte aux arbres – l’écorce et la sève de la vie – et, peu à peu, renouer avec eux-mêmes. 

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :   

Gilbert Bordes a d’abord été instituteur puis journaliste avant de se consacrer à l’écriture. Romancier des situations contemporaines, avec notamment la Nuit des Hulottes (Prix RTL grand public 1991), il s’est aussi révélé un grand romancier de l’Histoire avec le Porteur de Destins (Prix des Maisons de la Presse 1992), les Frères du Diable et Lydia de Malemort. La Peste noire est son premier roman publié chez XO.

 

 

Avis :   

Paul, luthier vieillissant qu’un drame personnel a plongé dans la solitude, n’a plus l’élan intérieur qui animait jadis ses gestes. Sa main sait encore sculpter, mais son énergie créatrice s’est tarie et chaque planche empilée dans son atelier semble lui rappeler ce qu’il ne transmettra plus. La jeune violoncelliste Angline entre dans ce paysage figé comme une dissonance fragile. Elle aussi a vu ce qui faisait sa vie lui échapper lorsqu’un accident a brisé ses espoirs de carrière musicale. Sa rencontre avec Paul, faite de maladresses et de silences, donne au roman sa fibre intime : deux solitudes cabossées qui, sans le dire, s’apprivoisent peu à peu, s’aident à retrouver leur propre voix, et peut-être, à transmettre ce qui ne devait pas mourir. 

Le récit avance sans fracas, porté par une tension discrète, juste assez pour soutenir une intrigue ténue. Car cette histoire n’est qu’un prétexte, une trame légère tendue pour accueillir autre chose : une méditation sur le temps qui passe, la beauté des gestes oubliés et la disparition silencieuse d’un monde artisanal. Derrière Paul, c’est Gilbert Bordes qui s’exprime – luthier lui-même, habité par l’amour du bois, du travail patient et du lien intime entre l’homme et la matière. Il insuffle à son personnage ses propres inquiétudes : l’attachement à un métier menacé, la fidélité à un savoir-faire sans relève, et en filigrane, la conscience douloureuse qu’un monde s’efface, lentement, sous les coups de la modernité. C’est tout un univers de gestes et de transmissions invisibles que le roman tente de retenir avant qu’il ne s’effondre. Sous la douceur contemplative du ton affleure une critique nette : opposant la campagne à la ville, les mains calleuses aux mains lisses, le bois vivant aux objets standardisés, il célèbre la lenteur, la matière et le silence des ateliers en une ferme résistance à une époque pressée, oublieuse de la nature et des gestes essentiels. 

Certes, la trame reste prévisible, les personnages parfois archétypaux et le symbolisme autour des arbres un peu appuyé. L’écriture elle-même n’échappe pas à une certaine emphase, la passion emportant volontiers l’auteur dans de grands élans lyriques. Mais cette ferveur, même marquée, dit une sincérité profonde. Ce roman est un chant d’amour, à l’art de la lutherie, trait d’union entre la matière et la musique, mais aussi, plus largement, à l’harmonie fragile entre l’homme et la nature. Dans un monde saturé de vitesse et de bruit, le récit invite à ralentir et rappelle que la beauté ne réside pas dans la perfection, plutôt dans l’attention et la fidélité aux choses, dans le bois qui respire, la main qui hésite ou le souffle avant la première note. 

Au final, ces pages défendent une idée simple et précieuse : que ce qui est lent, discret, transmis de main en main, mérite d’être sauvé. Et que parfois, il suffit d’un regard, d’un geste, ou d’un instrument accordé à nouveau, pour que le monde recommence à chanter. (3/5)

 

Citation :

Un instrument qu’on laisse dans un coin, c’est comme un livre que personne ne lit.

 

 

Du même auteur sur ce blog :