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jeudi 12 janvier 2023

[Puértolas, Romain] Les Ravissantes

 



 

 

J'ai aimé

 

Titre : Les Ravissantes

Auteur : Romain PUERTOLAS

Parution : 2022 (Albin Michel)

Pages : 432

 

  

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

Que s’est-il réellement passé en mars 1976 dans la petite ville de Saint Sauveur, en Arizona ?
C’est la question à laquelle tente de répondre le journaliste Neil Sheehan, confronté à une énigme qui divise la population : la disparition, sans mobile apparent, de plusieurs adolescents. Tandis que le shérif Liam Golden met tout en œuvre pour résoudre l’affaire, les mères des disparus accusent une communauté de marginaux qui s’est installée un an plus tôt dans les parages. Et pendant ce temps, d’étranges lumières apparaissent les nuits sans lune et la tension continue de monter entre les deux camps...
Comment démêler le vrai du faux ? À qui donner tort ou raison ? Distillant le doute, recoupant témoignages et informations réelles, Romain Puértolas invite le lecteur à mener l’enquête dans ce roman dont chaque page déjoue les certitudes.

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Né en 1975, Romain Puértolas grandit dans le Sud de la France. À 25 ans, il part s’installer à Barcelone puis Brighton (Angleterre) avant de retourner en Espagne à Madrid où il travaille dans l’aviation et plus tard comme professeur. À 35 ans, il obtient le concours de lieutenant de police et s’installe alors à Paris. À la sortie du Fakir, et grâce à son succès, il se met en disponibilité de la police (il est désormais capitaine) et se consacre depuis 2014 à ses romans et à leur adaptation au cinéma. Il a publié chez Albin Michel La Police des fleurs, des arbres et des forêts et Sous le parapluie d’Adélaïde en 2019 et 2020.


 

Avis :

La petite ville jusqu’ici si tranquille de St Sauveur, au fin fond de l’Arizona, ne respire plus depuis que, derrière les murs de son ancien fort situé sur les hauteurs, est venue s’installer une communauté hippie et son gourou qui se fait passer pour le Christ. Quand, en ce mois de mars 1976, trois adolescents disparaissent sans laisser de traces, les parents incriminent aussitôt ces encombrants voisins. Le reste de la population les suit d’autant plus volontiers que d’étranges et inexplicables lumières, venant régulièrement éclairer la nuit au-dessus du fort, renforcent les préventions à leur encontre. Pourtant, la police reste bredouille…

La marque de fabrique de Romain Puértolas est décidément de mystifier ses lecteurs. Dans ses précédents livres, il se jouait de nous au long de facéties toutes plus malicieuses et surprenantes les unes que les autres. Cette fois, il change de tactique, versant dans un mode beaucoup plus sérieux, mais ne s’en ingénie pas moins, pour notre plus grand plaisir, à nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Suffisamment, en tout cas, pour nous faire douter en cours de route : a-t-il tout inventé, ou relate-t-il un fait divers qui aurait réellement défrayé la chronique de l’Amérique profonde des années soixante-dix ?

Plus que l’enquête elle-même, au fond à la mesure du fait divers qui l’occasionne, c’est le trouble du lecteur quant à son semblant de véracité qui fait tout l’intérêt du livre. Romain Puértolas réussit en quelque sorte un « fake », où l’invention prend toutes les allures terre-à-terre du réel au travers de détails soigneusement documentés sur les personnages, les décors et l’atmosphère, mais aussi d’une construction narrative habilement maquillée entre reconstitution et témoignage. Et puis, comme à son habitude, il sème tout au long de sa narration les éléments qui, passés inaperçus du lecteur, viendront le surprendre en une chute inattendue alors qu’ils étaient à sa portée depuis le début.

Même s’il évolue vers un registre plus classique et "passe-partout" qui frustrera peut-être les lecteurs les plus attachés au charme espiègle de ses précédents romans, Romain Puértolas nous offre une nouvelle lecture plus que jamais en trompe-l’oeil, comme il sait si bien nous les concocter. (3,5/5)

 

Citation :

(…)  il jeta un coup d’œil distrait à la rue à travers la fenêtre. Une femme était plantée sur le trottoir, regardant son caniche en train de se soulager dans le carré d’herbe où était fixé le panneau « BUREAU DU SHÉRIF ». Ne se sachant pas observée, elle le laissait faire. Le policier se demanda si elle aurait fait de même si elle l’avait vu derrière la fenêtre. Un philosophe grec, il y a très longtemps, avait démontré que l’homme devenait mauvais à partir du moment où il ne se savait pas observé. Deux mille ans après, ses paroles étaient toujours d’actualité.

 

 

Du même auteur sur ce blog :

  
 

 


mardi 10 mars 2020

[Rash, Ron] Par le vent pleuré





Coup de coeur 💓

 

Titre : Par le vent pleuré (The Risen)

Auteur : Ron RASH

Traductrice : Isabelle REINHAREZ

Parution : en américain en 2016,
                en français en 2017 chez Seuil 

Pages : 208

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :   

Dans une petite ville paisible au cœur des Appalaches, la rivière vient de déposer sur la grève une poignée d’ossements, ayant appartenu à une jeune femme. Elle s’appelait Ligeia, et personne n’avait plus entendu parler d’elle depuis un demi-siècle.

1967 : le summer of love. Ligeia débarque de Floride avec l’insouciance et la sensualité de sa jeunesse, avide de plaisirs et de liberté. C’est l’époque des communautés hippies, du Vietnam, de la drogue, du sexe et du Grateful Dead. Deux frères, Bill et Eugene, qui vivent bien loin de ces révolutions, sous la coupe d’un grand-père tyrannique et conservateur, vont se laisser séduire par Ligeia la sirène et emporter dans le tourbillon des tentations. Le temps d’une saison, la jeune fille bouleversera de fond en comble leur relation, leur vision du monde, et scellera à jamais leur destin – avant de disparaître aussi subitement qu’elle était apparue.

À son macabre retour, les deux frères vont devoir rendre des comptes au fantôme de leur passé, et à leur propre conscience, rejouant sur fond de paysages grandioses l’éternelle confrontation d’Abel et de Caïn.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Ron Rash, né en Caroline du Sud en 1953, a grandi à Boiling Springs et obtenu son doctorat de littérature anglaise à l’université de Clemson. Il a écrit à ce jour quatre recueils de poèmes, six recueils de nouvelles – dont Incandescences (Seuil, 2015), lauréat du prestigieux Frank O’Connor Award, et cinq autres romans, récompensés par divers prix littéraires : Sherwood Anderson Prize, O. Henry Prize, James Still Award. Une terre d’ombre (Seuil, 2014) a reçu le Grand Prix de Littérature policière. Ron Rash vit en Caroline du Nord et enseigne la littérature à la Western Carolina University.

 

 

Avis :

Les restes d’une jeune femme sont soudain retrouvés, près de la rivière qui borde cette petite ville tranquille de Caroline du Nord : il s’agit de Ligeia, disparue quarante-six ans plus tôt, en 1969, à l’issue d’un été où elle avait fréquenté en cachette les deux frères Bill et Eugène. Petits-fils du tout-puissant médecin, tyrannique et conservateur, qui tenait alors sous sa coupe, non seulement sa famille, mais aussi toute la ville, ils avaient alors été fascinés par la liberté de comportement de cette jeune hippie venue de Californie, qui les avait initiés au sexe, à l’alcool et à la drogue. Cette découverte macabre est pour les deux hommes, aujourd’hui sexagénaires, un fracassant retour du passé, qui va poser de bien sombres questions quant à leur responsabilité dans la mort de Ligeia.

La vérité psychologique des personnages rend parfaitement crédible cette histoire, d’ailleurs inspirée d’un véritable fait divers. Au-delà de l’affaire criminelle qui entretient suspense et curiosité, c’est à une plongée étouffante dans la société de cette petite ville américaine de la fin des années soixante que nous convie Ron Rash, à l’époque où le vent nouveau de la liberté se heurtait parfois violemment à l’autorité conservatrice.

Alors que la méchanceté et la noirceur du grand-père n’en finissent pas d’atterrer toujours plus le lecteur, les portraits de Ligeia et des deux frères prennent peu à peu une densité dramatique dont on sait l’inéluctable explosion, sans toutefois parvenir à s’en figurer le moment ni le comment. L’effet de surprise reste ainsi intact jusqu’au bout, dans un dénouement implacable et glaçant, où le poids de la responsabilité n’échoit clairement pas au plus grand coupable.

Instantané d’une époque en mutation et d’un détonnant conflit de générations, ce récit noir d’une lâche impuissance face à la tyrannie se lit en un souffle. Il vous laisse hanté par la question du doute et de la culpabilité, par cette infinie expiation qui aura été le corollaire d’une liberté chèrement payée. Coup de coeur. (5/5)

 

 

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