mercredi 5 février 2020

[Dubois, Jean-Paul] Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon






Coup de coeur 💓💓

Titre : Tous les hommes n'habitent pas le
            monde de la même façon

Auteur : Jean-Paul DUBOIS

Année de parution : 2019

Editeur : Editions de l'Olivier

Pages : 256






 

 

Présentation de l'éditeur :

Cela fait deux ans que Paul Hansen purge sa peine dans la prison provinciale de Montréal. Il y partage une cellule avec Horton, un Hells Angel incarcéré pour meurtre.
Retour en arrière : Hansen est superintendant à L’Excelsior, une résidence où il déploie ses talents de concierge, de gardien, de factotum, et – plus encore – de réparateur des âmes et consolateur des affligés. Lorsqu’il n’est pas occupé à venir en aide aux habitants de L’Excelsior ou à entretenir les bâtiments, il rejoint Winona, sa compagne. Aux commandes de son aéroplane, elle l’emmène en plein ciel, au-dessus des nuages. Mais bientôt tout change. Un nouveau gérant arrive à L’Excelsior, des conflits éclatent. Et l’inévitable se produit.

Une église ensablée dans les dunes d’une plage, une mine d’amiante à ciel ouvert, les méandres d’un fleuve couleur argent, les ondes sonores d’un orgue composent les paysages variés où se déroule ce roman.

Histoire d’une vie, Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon est l’un des plus beaux livres de Jean-Paul Dubois. On y découvre un écrivain qu’animent le sens aigu de la fraternité et un sentiment de révolte à l’égard de toutes les formes d’injustice.


Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Jean-Paul Dubois est né en 1950 à Toulouse où il vit actuellement. Journaliste, il commence par écrire des chroniques sportives dans Sud-Ouest. Après la justice et le cinéma au Matin de Paris, il devient grand reporter en 1984 pour Le Nouvel Observateur. Il examine au scalpel les États-Unis et livre des chroniques qui seront publiées en deux volumes aux Éditions de l'Olivier : L'Amérique m'inquiète (1996) et Jusque-là tout allait bien en Amérique (2002). Écrivain , Jean-Paul Dubois a publié de nombreux romans (Je pense à autre choseSi ce livre pouvait me rapprocher de toi). Il a obtenu le prix France Télévisions pour Kennedy et moi (Le Seuil, 1996), le prix Femina et le prix du roman Fnac pour Une vie française (Éditions de l'Olivier, 2004).


Avis :

Fils d’un pasteur danois et de l’exploitante d’un petit cinéma de Toulouse, Paul Hansen s’est établi au Canada, où il est le concierge, l’homme à tout faire, et le confident des habitants d’une grande résidence de Montréal. Jusqu’alors heureusement partagée entre son travail et sa compagne Winona, une Irlando-Algonquine qui sillonne le pays à bord de son petit avion coursier, sa vie bascule lorsqu’un nouvel et insupportable arrivant reprend la gérance de l’immeuble. Poussé à bout, Paul commet l’irréparable et se retrouve en prison, dans la cellule d’Horton, Hells Angel condamné pour meurtre.

Construit en incessants allers-retours entre la prison et le passé que Paul ressasse depuis sa cellule, le récit retrace pas à pas ce qui a mené cet homme à perdre le contrôle de sa vie. Remontant ainsi à la tendre enfance du narrateur pour revenir peu à peu au présent, l’histoire enchaîne des tableaux tous plus saisissants les uns que les autres : d’une église ensablée au Danemark à un petit cinéma de quartier dans la France des années soixante-dix, d’une mine d’amiante à ciel ouvert au survol de lacs enneigés ou enchâssés comme des émeraudes dans les forêts québecoises, des entrailles d’un immeuble cossu à celles d’une prison où l’humanité réussit à refleurir sous les cendres de vies saccagées, chaque ambiance est sans pareille et vous transporte d’étonnements en dépaysements, dans une succession d’univers restitués avec une singulière puissance d’évocation.

Une profonde humanité et une vraie tendresse pour les personnages imprègnent les pages : campés avec la plus grande justesse, ils prennent corps au point de paraître parfaitement réels. Ils nous distillent des dialogues savoureux aux sonorités étonnamment authentiques, en particulier Horton, dont les reparties brutes de décoffrage révèlent une désarmante fragilité et une sincérité naïve pleine de bon sens qui fait souvent mouche. Curieusement, alors que les hommes sont tous les jouets malheureux de sorts souvent contraires, les femmes de ce roman savent imperturbablement tenir leur cap.

Ajoutons à tout cela le délicieux plaisir des mots et des tournures merveilleusement choisies, un humour irrésistible qui ne vous empêchera pas de verser quelques larmes, et vous regretterez d’être déjà parvenu à la dernière page de cet envoûtant livre coup de coeur. (5/5)



Citations :

Il suffit de prêter son attention et son regard pour comprendre que nous faisons tous partie d’une gigantesque symphonie qui, chaque matin, dans une étincelante cacophonie, improvise sa survie. 

Ce  minuscule  volatile  (l’oiseau-mouche) est  de  toute  façon  une  énigme  de  la  nature,  une machine infernale conçue par un aérodynamicien farceur doublé d’un anatomiste malicieux. Cet animal de 5 ou 6 centimètres possède un cœur qui bat 1 260 fois en  une  minute  et  des  poumons  qui  respirent  500  fois  durant  le  même  laps  de temps. Ses ailes peuvent pivoter dans tous les sens, lui permettant de voler aussi vite en avant qu’en arrière, en haut qu’en bas, et d’atteindre les 100 kilomètres à l’heure dans d’invraisemblables positions. Ses ailes battent 200 fois par seconde et  emprisonnent  en  permanence  des  bulles  d’air,  fabriquant  des  vortex  à  la demande. En outre, cet oiseau demeure le grand spécialiste du vol statique, de la cabriole, et possède 6 590 000 globules rouges unité par millimètre cube. Il peut également déplacer ses quelques grammes sur 800 kilomètres, doit manger huit fois par jour, et, avant de s’endormir, descendre sa température de 10 degrés tout en  réduisant  la  violence  de  son  rythme  cardiaque  à  50  pulsations  par  minute.



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2 commentaires:

  1. J'allais écrire les mots "humanité" et "tendresse", mais vous les avez déjà mis sur votre blog.
    Je rajouterai que l'auteur sait faire émerger la sensibilité de tous ses personnages, y compris du prisonnier Hells angel.
    On ressort de ce roman avec une énergie de vivre et de ne pas perdre de temps.

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    1. En effet Harry. Je dirais même, en particulier du prisonnier Hells Angel, pour lequel j'ai ressenti une vraie tendresse.

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