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vendredi 8 mars 2019

[Zykë, Cizia]


 

BILAN DE LECTURE :


19  Livres lus :

 5  Coups de coeur (5/5)
 2  Beaucoup aimés (4/5)
 7  Aimés (3/5)
 1  Moyennement aimé (2/5)
 4  Pas aimés (1/5)





BIOGRAPHIE :


Cizia Zykë est un aventurier et écrivain français né en 1949 et décédé en 2011.

Fils d'un légionnaire français d’origine albanaise et d’une mère grecque, Cizia Zykë (de son vrai prénom Jean-Charles) passe son enfance à Taroudant dans le sud du Maroc. Sa famille s’installe à Bordeaux lorsque le Maroc gagne son indépendance en 1956.

L’adolescence de Zykë est mouvementée. Ses activités au sein d’un gang de jeunes délinquants lui valent de nombreux ennuis judiciaires, dont deux séjours en prison. Il décide de quitter la France à l’âge de dix-sept ans. Les autorités lui refusant un passeport, il s’engage dans la Légion étrangère lors de la Guerre des Six Jours. 
Zykë obtient finalement un passeport en 1967 et part rejoindre son oncle installé en Argentine. Pendant les trois années qu’il passera en Amérique du Sud, il acquiert une fortune considérable dans le commerce d’objets d’art précolombien. 
Il s’installe à Toronto en Octobre 1970. Il y prend la direction d’un restaurant italien, puis se spécialise dans l’organisation de jeux de hasard clandestins et dans la récupération forcée de dettes. Survivant de justesse à une tentative d’assassinat par le chef d’un gang rival, Zykë se réfugie en Suisse en 1973. 

De retour en France, il écrit Oro, qui relate ses aventures au Costa Rica, et le publie en 1985. Il publie Sahara (sur ses aventures en Afrique) et Parodie (sur son séjour au Canada), qui compléteront sa trilogie autobiographique, en 1986 et 1987. Traduites en plusieurs langues, ce sont ses œuvres les plus célèbres. 
En 1991, Zykë retourne en France et se prépare à visiter l’Albanie, pays d’origine de son père. Zykë y passe trois ans. De son séjour en Albanie naîtront quatre romans – Les Aigles, Au nom du père, Requiem et Rédemption – et un film documentaire Kanoun, qu'il réalise avec Piro Milkani. 
En 2008-2009, Cizia Zykë se trouve en Guyane, il y prépare la sortie d'un nouvel ouvrage autobiographique dont le titre est Oro and Co. Ce récit retrace son parcours depuis 1984, lorsqu'il quitte le Costa Rica, jusqu'à nos jours pour sa dernière aventure parmi les orpailleurs clandestins.  Cizia Zykë signe là sa dernière œuvre autobiographique, un au revoir à ses lecteurs en même temps qu'un hommage appuyé à son collaborateur et ami l'écrivain Thierry Poncet, qui met fin à son aventure éditoriale.  Le 8 janvier 2009, Cizia Zykë aurait été mis en examen à Cayenne pour « complicité d'orpaillage clandestin ». D'après le journal Le Parisien : « on indique qu'il est soupçonné d'avoir ravitaillé par avion des orpailleurs clandestins, sous couvert de réaliser un documentaire. » 

Zykë meurt d'une crise cardiaque à Bordeaux en 2011.

(Source Wikipedia)



BIBLIOGRAPHIE (Romans) :

(Les 💓 indiquent mes coups de coeur et leur intensité)

 

💓    Oro (1985)
  -     Sahara (1986) 
💓    Parodie (1987)
💓    Fièvres (1988) 
  -     Paranoïa (1989)
  -     Tuan Charlie (Maléfice, Opium, Dust, Enfers) (1989)
  -     Buffet campagnard (1990)
  -     Histoires de fous (1991)  
  -     La ferme d'Eden (1991) 
  -     Alixe (1993)  
💓    Amsterdam zombie (1994)
💓    Les aigles (2000)

  -     Blasphèmes(2001)
  -     La révolte d'Amadeus Jones (2002)
  -     Au nom du père (2003)
  -     Requiem (2003)
  -     Rédemption (2004)
  -     Oro and Co (2009)

  -     Alma (2018)


Lire Zykë l'aventure de Thierry Poncet. 💓

 

 

CARACTERISTIQUES : 

Collaboration avec Thierry Poncet.
Personnalité et aventures vécues hors du commun. Talent de conteur. 
Style percutant (« écrit comme on frappe »), cru, cynique et provocateur. 
Humour noir. Politiquement incorrect.
Pour adultes avertis.




THEMES RECURRENTS : 

Récits personnels et romans fortement inspirés de ses propres aventures. 
Contes / Thrillers / Reportages.
Aventure, Liberté, Amitié, Jeu, Drogue, Femmes, Contrebande, Jungle, Désert, Orpaillage et mines d’or, Aborigènes, Albanie, Folie, Manipulation, Enfants criminels.

[Zykë, Cizia] Amsterdam Zombie






Coup de coeur 💓

 

Titre : Amsterdam Zombie

Auteur : Cizia ZYKE

Editeur : JC Lattès

Parution : 1994

Pages : 264










Présentation de l'éditeur :   

Amsterdam, pont du Shippergracht. Sous l'arche de pierre enjambant le canal, à deux pas du quartier des touristes, quelques dizaines de paumés attendent la mort à laquelle les voue l'héroïne. Il y a là Susan, séropositive, qui, pour se procurer sa poudre, accepte les plus répugnantes formes de prostitution. Lola, le travesti de quinze ans qu'elle a pris sous son aile. Carole et Toby, les dealers qui rêvent de lointains voyages... Et Zak, journaliste à la dérive, qui a accepté de plonger, le temps d'un reportage-choc. L'auteur de Sahara et d'Alixe décrit, dans sa misère et sa violence nues, l'enfer des toxicos. Mais au rebours de toute complaisance, c'est un sentiment authentique de tendresse et de fraternité qui émane de ce récit terrible.

 

 

Avis :

Thierry Poncet relate dans Zykë l’aventure l’éprouvant épisode que les deux hommes ont vécu à Amsterdam afin de réaliser pour un journal un reportage sur la drogue. Ils en ont fait aussi un roman, Amsterdam Zombie, où Zykë devient Zak, reporter freelance désabusé et sans attache. Envoyé à Amsterdam pour un reportage sur la drogue, il va plonger dans l’expérience jusqu’à cou : se shooter à l’héroïne en compagnie de quatre drogués avec qui il va passer quatre mois. Quatre mois sous un pont d’Amsterdam, dans la crasse, le froid, la misère et la défonce. Tout le roman est basé sur du vécu. Il est impressionnant à double titre : que Zykë et Poncet soient allés au bout de cette plongée en enfer, et que les horreurs relatées soient toutes véridiques. 

Ici, plus de dérision ni de provocation : juste le récit dramatique, glaçant, sans complaisance, de l’inéluctable destruction d’êtres humains transformés en zombies, dans l’habituel style incisif, implacable et sans fioriture de Zykë. Un Zykë/Zak qui n’a plus envie de rire et qui, impuissant, fera malgré tout son possible pour ses quatre compagnons devenus épaves, survivant de la prostitution, de la pornographie, du vol et du trafic de produits dénaturés, et condamnés sans échappatoire ni espoir à une irrémédiable destruction physique et mentale. Dégoût et effroi prédominent durant la lecture, ce qui est ordinaire chez Zykë, mais Amsterdam Zombie est le premier roman de l’auteur à me serrer la gorge et à m’arracher une larme.


Zykë dénonce l’hypocrisie de notre société en ce qui concerne la drogue : la tolérante Amsterdam devenue une lucrative (et pas seulement pour les trafiquants) plaque-tournante de la drogue et de la prostitution, a mis en place une gigantesque organisation d’accompagnement des drogués. Pas pour les aider à s’en sortir, mais pour les contrôler et pour contenir leurs désordres. La distribution gratuite de méthadone, cet opiacé qui évite aux dépendants à l’héroïne de ressentir les effets du manque, permet seulement de réduire les comportements à risques, mais crée une autre dépendance aux effets insupportables et tout aussi destructeurs. Ailleurs, les politiques purement répressives à l’égard des drogués les réduisent au statut de délinquants, oubliant de les voir avant tout comme des malades en grand danger et à secourir. Zykë se montre quant à lui favorable à la libéralisation de la drogue.


Amsterdam Zombie diffère des précédents écrits de Zykë. Si on retrouve son style réaliste et cinglant, son courage et sa profonde humanité derrière sa façade de dur, le sujet sordide et écoeurant à souhait écarte toute possibilité de dérision et de « déconnade ». Coup de coeur. (5/5)




Citations :


Quelle leçon tirer de ce fatras ? Zak n’en voyait qu’une, unique, urgente : il fallait aider ces gens ! La seule réponse humaine à apporter au problème posé dans une société par des toxicomanes était de les assister, quoi qu’il en coûtât. Leur existence quotidienne était un calvaire, celui des êtres privés d’espoir qui cheminent sciemment et misérablement vers le néant.

Il convenait que la méthadone offrait l’avantage, pour des gens chargés de sauvegarder la sécurité générale, de produire des drogués placides et obéissants, aisément «contrôlables», comme aimait à le dire le bon Dr Binning. Mais au prix de quelles souffrances ! Et Zak n’était pas du tout certain, lui, qu’on puisse reconnaître à une nation le droit d’imposer à certains de ses membres ce genre de tortures.

Il fallait leur donner de l’héroïne. La distribuer légalement. Il fallait donner aux toxicos le pouvoir de ne jamais souffrir du manque, le droit de se tuer à petit feu avec leur poison et de passer à côté de l’existence si ça leur chantait. Là était le seul véritable service qu’une société pouvait rendre à ses drogués. Tout système social engendre des perdants, des poissards, des inadaptés, des êtres qui sont voués dès la naissance à la misère et à une existence au ras des égouts. En d’autres temps, ceux-ci avaient erré de taverne en taverne en se soûlant au mauvais vin. Aujourd’hui, ils se droguaient à outrance. Il fallait, une bonne fois pour toutes, accepter de voir le fléau tel qu’il était et prendre conscience de son irréversibilité.
Dans les pays du tiers monde, la production en masse de stupéfiants ne pouvait être stoppée. Croire qu’on pouvait en empêcher l’importation, le déluge, dans les pays occidentaux était pure folie. Rien ne pouvait plus enrayer le système. Il se trouverait toujours quelque négociant, quelque pourri, amateur de bénéfices rapides, toujours un chimiste clandestin, avide de fortune, pour inventer un nouveau produit à rêves, plus puissant que le précédent. Et il y aurait toujours des candidats au cauchemar, toujours des êtres faibles incapables de résister aux dangers des plaisirs. La drogue, désormais, faisait intimement partie de notre monde. Le plus aberrant dans cela, c’était que la plupart des sociétés européennes répondaient à la drogue par la répression. Poursuivre et emprisonner les drogués est la politique la plus grotesquement cruelle qui soit. Les délits liés à la drogue ne sont pas motivés par la défonce elle-même, mais par le manque, par des êtres arrivés à la dernière extrémité. C’est à ce manque qu’il fallait s’attaquer !
C’était cette possibilité de crise qu’il fallait faire disparaître, pour que cessent les agressions et autres cambriolages de pharmacies, tant redoutés par les bourgeois d’Europe. Rien ne sera jamais résolu, tant que les drogués seront considérés comme des délinquants et non pour ce qu’ils sont : des malades. Ayant droit à l’assistance au même titre que les accidentés, les sinistrés, les infirmes, tous ceux que la malchance avait plongés dans la mouise. Minorité que ces pauvres gens ! Toutes les drogues seraient-elles en vente libre chez l’épicier du coin, que leur nombre en resterait toujours limité, et leur tribu comprendrait exactement les mêmes individus. Ce n’était pas la présence de la drogue qui faisait les drogués. L’immense majorité des toxicos d’Europe sortaient des milieux les plus défavorisés. À eux la misère, l’alcoolisme, les cas sociaux, le chômage… La drogue était pour eux un aboutissement prévisible, voire logique. On ne cède pas à la drogue, on ne plonge pas dans un poison sans y être poussé par un drame intérieur. À tous les drogués, la vie faisait déjà mal au moment où ils avaient rencontré l’héroïne. Voilà quel était le vrai débat ! Fallait-il distribuer aux drogués des doses d’héroïne remboursées par la Sécurité sociale ? Ou bien fallait-il brûler tous les stocks disponibles en un grand bûcher, et jeter avec eux tous ces junkies paresseux, parasites et fauteurs de troubles ? Non, répondit Zak. Que l’on donne leur drogue aux drogués ! Et que le premier centre officiel de distribution soit baptisé de son nom !

[Zykë, Cizia] Paranoïa






J'ai beaucoup aimé

Titre : Paranoïa

Auteur : Cizia ZYKE

Editeur : Hachette

Parution : 1989

Pages : 381









Présentation de l'éditeur :   

"Tu es un écrivain, mon Fils. Rien ne doit venir déranger ton travail." Sur cette ultime et austère recommandation, la vénérable Mme Duclos rend à Dieu son âme étriquée et abandonne Fernand à un peu plus de solitude. Que va-t-il faire alors, lui qui a vingt-cinq ans, une vie sans joie ni surprise, une lucidité féroce et beaucoup d'occasions d'être "dérangé" ?
Après Oro, Sahara, Parodie, sa célèbre trilogie autobiographique et Fièvres, son premier roman, Cizia Zykë avec Paranoïa nous emporte dans un irrésistible tourbillon d'émotions, de sentiments et de passions. Un texte impitoyable qui nous mène de la plus folle des violences aux larmes, du fou rire au drame, de la cruauté à l'amour. Dans ce roman, Cizia Zykë allie un sens aigu de l'observation sociale à un art subtil de la psychologie et du suspense.

 

 

Avis :

Cette fois, le narrateur n’est pas Cizia Zykë, mais un écrivain de romans alimentaires dont le talent finira par percer, mais à quel prix ? Faible et falot, le jeune homme de vingt-cinq ans n’a toujours vécu que dans l’ombre d’une mère étouffante et se retrouve incapable de s’insérer dans une société qui l’effraye. Il passe son temps à écrire, enfermé dans son appartement avec son chat. Jusqu’à ce que la hargne de plus en plus insupportable de sa concierge le fasse sortir de sa routine. Sa vie bascule alors, rien ne sera plus comme avant. Encore que… : est-ce bien la première fois qu’il commet l’irréparable ?

Ce thriller psychologique est avant tout un concentré d’humour noir. Si certaines pages sont dérangeantes, notamment l’inévitable passage sexuel des plus crus qu’on retrouve dans tous les livres de Zykë, l’on sourit et l’on rit beaucoup. Zykë en profite pour régler ses comptes avec le monde de l’Edition, dont il fait une satire jubilatoire : quel régal lorsqu’il se met en scène lui-même, au travers du regard de ce microcosme où il est si incongru, et qu’il s’amuse à provoquer. Très drôle de retrouver retranscrites avec dérision des scènes racontées comme réelles par Thierry Poncet dans Zykë l’aventure. Si j’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire, j’ai finalement passé un excellent moment : c’est vraiment bien ficelé ! (4/5)

[Zykë, Cizia] Fièvres






Coup de coeur 💓

 

Titre : Fièvres

Auteur : Cizia ZYKE

Editeur : Hachette

Parution : 1988

Pages : 282










Présentation de l'éditeur :   

«Le safari, commencé dans la joie et le plaisir, se transforma en une gigantesque partie de cache-cache, passionnante, irritante, puis insupportable. Insidieusement, la résolution de tuer M'Bumba l'éléphant s'installa. C'était lui ou nous. Alors s'amorça une lente descente vers l'horreur et l'irréel : la nature explosait d'une beauté violente, la nuit se faisait cataclysme, des milliers de crocodiles devenus déments massacraient les hommes. Nous étions partis pour la mort... perdus au milieu de quelque chose que je ne comprenais pas, qui n'existait pas, quelque chose qui nous tuait les uns après les autres.»
Fièvres, roman fort, envoûtant, sensuel, nous confirme le grand talent de conteur de Cizia Zykë, révélé dans sa trilogie autobiographique: Oro, Sahara et Parodie.

 

 

Avis :

Encore un livre de Cizia Zykë / Thierry Poncet que je n’ai pas pu lâcher avant la fin et un coup de coeur pour ce conte d’aventure en pleine jungle congolaise. Le village de brousse où se sont installés trois Français en rupture de ban vient d’être sauvagement détruit par un éléphant devenu dément, que ses empreintes laissent supposer d’une taille exceptionnelle. Accompagnés de pisteurs indigènes, d’un adolescent et d’une jeune fille du village, le trio se lance la fleur au fusil dans une expédition punitive qui va rapidement tourner au cauchemar. La tension monte peu à peu au fil des pages, la jungle semblant devenir maléfique au fur et à mesure que grandissent les doutes et le malaise de l’équipe de chasseurs. Bientôt, c’est leur propre peau qui se retrouve menacée et une longue lutte à mort commence.

Le narrateur et chef de l’expédition est une incarnation de Zykë : alors que la construction de son camp de survie dans la jungle évoque furieusement celle du campement d’Oro au Costa Rica, on retrouve la détermination et la truculence de l’aventurier, sa crudité et son ironie. Ne manquent pas non plus l’alcool et la drogue que les trois Robinsons trouveront le moyen de se fabriquer en pleine jungle, ni les scènes de sexe débridées entre notre héros et la toute jeune fille indigène. Mais ce qui fait la force du livre est le talent de conteur de Zykë : s’inspirant de deux anecdotes qu’on lui avait contées, l’une à propos d’éléphants enivrés par une orgie de mangues vertes, l’autre au sujet de crocodiles assiégeant des hommes réfugiés dans des arbres, il nous livre une fable prenante et bien construite, étayée par sa connaissance de la jungle et par sa propre expérience des conditions extrêmes, mêlée des superstitions et des croyances indigènes en des lieux magiques et maléfiques où il vaut mieux ne pas s’aventurer, et jamais loin de la dérision. 
Je me suis laissée envoûter sans réserve. (5/5)

jeudi 7 mars 2019

[Poncet, Thierry] Zykë l'aventure






Coup de coeur 💓

 

Titre : Zykë L'aventure

Auteur : Thierry PONCET

Editeur : Taurnada

Parution : 2017

Pages : 359










Présentation de l'éditeur :   

Au fond d'un PMU de la rue du Faubourg-Saint-Martin, je tends le texte d'une de mes nouvelles à l'aventurier de la mine d'or. Il lit les premières lignes et déclare : « C'est toi » comme il cracherait deux écorces de graines de tournesol. Il aurait pu dire : « Je viens de décider de t'emmener avec moi, aussi ton destin va-t-il basculer dans les minutes qui suivent, tu vas connaître le monde entier, les grandes ivresses, le sexe, l'amour et le danger, et tu vas devenir écrivain d'une manière que tu n'aurais jamais imaginé. » Mais non. Juste : « C'est toi. » 
L'incroyable odyssée autour du monde, au sommet du succès littéraire et au cœur de l'amitié de deux hommes que tout oppose. Un récit trépidant et truculent, dur et drôle, invraisemblable et vrai : inlâchable.

 

 

Avis :

Thierry Poncet fut pour Cizia Zykë bien plus qu’un secrétaire : si Zykë était le créateur, Poncet était le rédacteur, et de leur association sont nés des best-sellers mondiaux. 

Tous deux sont aussi devenus de grands amis et compagnons d’aventures. Zykë étant décédé en 2011, Poncet nous offre ici un ultime récit de leurs vagabondages, égrenant ses souvenirs depuis leur rencontre, lorsqu’il avait vingt-trois ans et végétait pauvrement dans ses tentatives d’écriture. Il partagea les pérégrinations de Zykë pendant de nombreuses années, connut ses succès et ses échecs, ses excès de gueule, de jeu, de drogue, d’alcool, de sexe, sa tyrannie et sa puissante amitié. Au travers du récit mouvementé et dépaysant, où l’on retrouve largement le style truculent et percutant des livres signés Zykë, se dessine une histoire d’amitié profonde, où perce constamment l’admiration de Poncet pour « le patron ». 

Ce livre-hommage est d’abord, comme indiqué en introduction, un divertissement : occasion de découvrir les coulisses d’Oro, Sahara et Parodie, la trilogie autobiographique de Zykë, puis la suite des aventures de cet homme hors-norme. J’ai à nouveau été fascinée, parfois heurtée, par les péripéties relatées et par cette vie si intensément vécue mais constamment au bord du précipice. J’ai souvent ri, notamment devant les outrances de Zykë face aux maisons d’édition ou pendant sa participation au Paris-Dakar. Et j’ai ressenti aussi une certaine tristesse, lorsque la contraignante réalité finit par rattraper cet éternel rêveur, « égaré en une ère fade qu’il ne pouvait aimer ». Coup de coeur pour ce livre tumultueux que j’ai dévoré quasiment sans interruption, juste après avoir relu Oro, Sahara et Parodie. (5/5)

[Zykë, Cizia] Sahara





J'ai beaucoup aimé

Titre : Sahara

Auteur : Cizia ZYKE

Editeur : Hachette

Parution : 1986

Pages : 246








Présentation de l'éditeur :   

Oro, c'était l'Amérique latine, vue du Costa Rica, avec tous ses délires et ses passions louches. C'était une aventure de Cizia Zykë avec l'or, les malfrats et un certain magnum à canon chromé qui, depuis, est entré dans le légende des best-sellers...
Avec Sahara, le décor change : nous sommes en Afrique, et Zykë s'est mis en tête d'y bâtir un curieux empire en vendant des camions pourris à des hommes qui ne le sont pas moins. Sahara, c'est le Paris-Dakar avant l'heure, c'est le rallye des infâmes, des trafiquants, des douaniers corrompus, des chefs d'états véreux...
Zykë joue sa vie sur un désert, véritable roulette de sable, où la chance est un allié moins sûr que le muscle et l'audace. L'ironie, l'insolence, les femmes sont au rendez-vous.

 

 

Avis :

Après le succès d’Oro, Cizia Zykë a continué ses récits autobiographiques avec Sahara, toujours co-écrit avec Thierry Poncet, qui résume le livre ainsi : « Zykë y raconte comment il a découvert par hasard le commerce très lucratif de véhicules d’occasion entre l’Europe et l’Afrique noire dans les années soixante-dix et comment il a développé ledit commerce jusqu’à faire traverser le désert à des convois de camions tout en escroquant quiconque croisait son chemin. »

Nous voici donc entraînés cette fois dans une sorte de Paris-Dakar en solitaire, sans paillettes ni assistance, avec pour équipage quelques types plus ou moins en perdition, en mal de papiers ou ayant maille à partir avec la justice, sans permis poids-lourd, pour qui le convoyage de camions quasi en ruine sera une expérience infernale mais revancharde sur le destin. On y traverse une Afrique colorée et corrompue, vibrante de chaleur et de poussière, où le passage d’un convoi de ce type est une manne de petits boulots pour une foule de toute sorte : fonctionnaires, marchands, mécanos, « graisseurs » (comprenez main d’oeuvre à tout faire, notamment désensabler), prostituées… Bien sûr, le convoi a contourné la douane et tout le trajet n’est qu’une suite de palabres, négociations, corruptions et « bouffages de têtes », pour pouvoir poursuivre la route, mais aussi  pour écouler la marchandise déjà pas bien fraîche au départ, et donc carrément disloquée à l’arrivée. 
La route du désert est éprouvante et dangereuse, les conditions extrêmes, l’équipe soumise à un train d’enfer. Les obstacles et les épreuves se multiplient, ainsi que de drôles de rencontres : pirates et voleurs, escrocs en tout genre, touristes naïfs, populations mourant de faim que Zykë ravitaille au passage… 
Sexe et drogue à gogo, escroqueries, bagarres jalonnent le voyage de ces durs à cuire sans scrupule qui ont vite fait de nettoyer impitoyablement qui ne leur revient pas, mais qui, sous leurs dehors de brutes épaisses, cachent un sens profond de la fraternité. Ce sera pour Zykë le dernier trajet de ce genre, car il sera arrêté au Mali en 1975 pour divers chefs d’accusation et devra quitter l‘Afrique en catastrophe.

On retrouve le style et le ton caractéristiques de Zykë, que Thierry Poncet résume parfaitement : « Le langage de Zykë ne souffre aucun relâchement. Jamais de pause. Pas de faiblesse ni de temps morts. Sont bannies toutes les suavités du « bien-écrire », toutes les formules coulantes qui embellissent le propos, toutes les miséricordes que me seraient les subordonnées, les comparaisons imagées et es formules poétiques. Non. C’est brut. Violent. Chaque phrase s’assène, coup à la tête du lecteur, sec, net et impitoyable entre ses deux points. »
C’est aussi macho, cru et provocateur, cynique et souvent méchant, politiquement tout à fait incorrect, mais ça se lit dans un seul souffle de sidération et d’authentique dépaysement. (4/5)

[Zykë, Cizia] Oro






Coup de coeur 💓

 

Titre : Oro

Auteur : Cizia ZYKE

Editeur : Hachette

Parution : 1985

Pages : 300









Présentation de l'éditeur :   

Oro est un livre culte.
Vendu à plusieurs millions d'exemplaires dans le monde entier, c'est le premier volume de la célèbre trilogie autobiographique de Cizia Zykë, qui se poursuit avec Sahara, ses souvenirs de contrebandier du désert, et Parodie, ses mémoires de parrain à Toronto.
Cizia Zykë est un personnage hors normes. C'est le dernier aventurier du monde moderne. Un homme pour qui l'interdit n'existe pas.
Pour oublier la mort de son fils, il s'est lancé à la quête d'actions fortes autour du monde. Il trouve l'aventure dans la jungle de la péninsule d'Osa, au Costa Rica, parmi les serpents, les policiers véreux, les prostituées et les trafiquants.
Oro est un texte fou, libre, sans pitié et magnifique.
Un must du récit d'aventure.

 

 

Avis :

Après avoir lu Alma, j’ai eu envie de redécouvrir Cizia Zykë, et par extension Thierry Poncet. J’ai donc commencé par ressortir Oro de ma bibliothèque, puis Sahara et Parodie.
 
De ces trois récits autobiographiques, Oro demeure pour moi le plus percutant, sans doute parce que c’est le livre qui a fait découvrir au public le formidable personnage de Zykë et que l’effet de surprise y joue à plein. 

Ce sont autant le fond que la forme qui sortent de l’ordinaire : le style est d’une part rapide, nerveux, centré sur l’action, mais aussi cynique, cru, provocateur et ironique. Le récit est mené tambour battant au fil des péripéties vécues par un Zykë épris de liberté et de sensations fortes, rebelle à nos vies de moutons domestiques, et qui a fait le choix d’une existence d’aventurier : prêt à tout, d’un courage et d’une capacité de résistance peu communs, sans foi ni loi, pas gêné par l’illégalité et par la démonstration de force, mais généreux et guidé par des principes personnels de loyauté et d’honneur, ce meneur d’hommes, fin psychologue et habile manipulateur, ne s’attache à rien d’autre qu’à l’instant présent. Flambeur et jouisseur, menant ses expériences jusqu’au bout puis les abandonnant sans regret pour repartir de zéro, cet opportuniste mégalomane qui a tâté de la prison s’adonne à tous les excès : le sexe, la drogue, le jeu, le danger. Macho, exigeant et autoritaire, se comportant en prince et maître vis-à-vis de son entourage, c’est aussi un séducteur invétéré et un ami indéfectible. 

Oro relate ses aventures au Costa Rica au début des années 1980 : d’abord orpailleur clandestin, il réussit à monter une holding tout à fait légale, une mine d’or qui fait sa fortune, jusqu’à ce que ses associés véreux tentent de l’éliminer et qu’il doive fuir le pays avec juste quelques kilos d’or en poche. Les conditions de vie et de travail relatées sont extrêmes, le danger permanent, qu’il provienne de la jungle elle-même, de l’exploitation minière ou de la rapacité des hommes. Dans cet environnement sans pitié, seuls la force et le courage (associés à la coke) permettent de survivre. Zykë n’y va pas de main morte et se comporte en véritable chef de guerre : c’est à la schlague et du bout de son P38, mais aussi avec une formidable capacité à mener les hommes, à forcer le respect et à nouer les amitiés, qu’il établit son leadership et réussit l’impossible.

Oro est un récit d’aventure vécue, addictif, dépaysant, surprenant, choquant, drôle : une histoire d’homme sans illusion, sans scrupule ni concession, capable d’aller au bout de ses envies et d’en payer le prix s’il le faut. S’il sait se montrer dur et impitoyable envers ses ennemis et ceux qu’il méprise, c’est aussi un homme droit dans ses bottes, fiable et généreux, dont il fait bon être l’ami.  
Oro est une lecture coup de poing, dont on ressort hypnotisé. Coup de coeur donc. (5/5)


Citations :

Mais dans ce monde trop bien réglementé, il est dur d'être un aventurier et de suivre ses propres lois. Pour moi, la notion d'interdit n'existe pas : je veux le faire donc je le peux.  

Hélas! Ce monde moderne n'est plus assez vaste. Il est impossible de se tailler un royaume, de vivre une aventure en dehors des lois, car la lutte est inégale. Tout est fait pour les faibles, groupés tous ensemble sous la bannière des lois à respecter. Toutes mes aventures m'ont opposé à des gouvernements, en Afrique, en Asie, aux Caraïbes et la partie est toujours perdue d'avance.  

Je suis cent fois moins pourri que ces dirigeants du tiers monde auquel je me heurte, mais eux ont l'avantage de la crédibilité et de la voix internationale. 

J'ai été plusieurs fois millionnaire, mais l'argent est reparti à chaque fois et aussi facilement qu'il était venu. Je n'accorde de l'importance à l'argent que lorsque je le dépense. Si je devais économiser, je ne serais pas moi-même et je n'aurai pas pu vivre ces aventures intenses qui furent les miennes. Une mentalité étriquée ne permet pas de vivre quelque chose de grand. Toute ma vie, mon dernier centime sera dépensé pour la flambe, le confort, pour ne jamais faire de concessions à la médiocrité.

J’ai toujours utilisé une psychologie fondée sur l’intimidation, la pression exagérée et la violence verbale. Mes menaces ont fait payer mes débiteurs, plus sûrement que les coups. Dans cette comédie cruelle, j’ai plus souvent fait peur que mal. Je me suis fait une réputation de tueur sans tuer personne et j’en suis fier.

[Zykë, Cizia] Alma






J'ai aimé

Titre : Alma

Auteur : Cizia ZYKE

Editeur : Taurnada

Parution : 2018

Pages : 211








 

Présentation de l'éditeur :   

Une petite fille aux étranges pouvoirs vient au monde. Autour d'elle, c'est l'Espagne du Moyen Âge, barbare autant que raffinée, à la fois religieuse et brutale, où la reine Isabelle la Catholique s'apprête à chasser tous les Juifs du royaume. La petite Alma, celle qui parle avec Dieu, deviendra-t-elle le guide dont son peuple a besoin, ou bien sera-t-elle comme tant d'autres balayée par le vent mauvais de l'Histoire ? L'épouvante se mêle au comique, les destins s'enchevêtrent, aussi grandioses que pitoyables, dans un récit haletant, à la force d'une légende.

 

 

Avis :

J'ai découvert Cizia Zykë il y a plus de trente ans, lors d'une émission d'Apostrophe avec Bernard Pivot qui l'interviewait pour la sortie de son premier livre Oro, récit musclé d'un des nombreux épisodes de sa vie, lorsqu'il exploitait sa mine d'or au Costa Rica. Courez donc sur internet voir (ou revoir) ce morceau choisi, il vaut son pesant d'or, c'est le cas de le dire. Depuis cette émission, j'avais dévoré quelques uns des livres de Zykë, et découvert récemment qu'il était décédé en 2011. Et voilà que, surprise, un partenariat des Editions Taurnada et de Partage Lecture (que je remercie) propose en lecture un roman posthume de l'auteur. J'ai sauté sur ce petit livre dès réception et l'ai dévoré à son tour (décidément, impossible de lire Zykë autrement). 

La dernière page tournée, je suis restée un long moment perplexe : je n'avais pas imaginé Zykë sur ce genre d'histoire, et je ne connaissais pas Thierry Poncet, qui signe la préface seule, mais qui a finalement bien rédigé Alma lui-même, d'après les notes prises lorsque les deux hommes ont commencé le projet de livre. Mes recherches et mes autres lectures de Zykë m’ont appris par la suite que les deux complices et amis ont travaillé ensemble sur de nombreux livres, Zykë comme créateur, et Poncet comme rédacteur. Je garde l'espoir qu'il pourra donc y avoir encore d'autres livres dans la lignée d'Alma...

Selon la préface, Zykë, éternel rebelle et amateur de défis, voulait surprendre avec Alma en se renouvelant à nouveau totalement. Après ses autres livres, c'est une surprise en effet de se retrouver au XVème siècle au beau milieu de l'Inquisition espagnole, dans un conte centré sur une petite fille juive, véritable figure d’ange, seule à rester intègre et fidèle à elle-même face à la persécution. 

De nombreux livres ont déjà très bien relaté cette période d'anti-sémitisme et de barbarie commise au nom de la religion. Là n'est pas l'intérêt premier d'Alma, même si l'auteur parvient, en quelques traits de plume, à plonger le lecteur dans une ambiance assez crédible et plutôt cinématographique. 

Ce qui distingue Alma est son style ironique, cynique, et parfois cru, empli d'auto-dérision et dans l'ensemble assez contempteur : Nerveusement, il tirait sur le petit bouc dont, dans une tentative de conférer à sa naine personne un air d'autorité, il avait orné son menton de poupée ; et, surtout, la manière d'apostropher et de dialoguer avec le lecteur tout au long du récit, un peu comme l'humoriste d'un one-man-show s'adresse à son public tout au long de son spectacle. 

Cette tactique permet au narrateur à la fois de flatter et de taquiner le lecteur : élevé au rang de complice heureux de vilipender à peu de frais des personnages indéniablement ignobles, celui-ci est en même temps interpellé sur le contexte actuel : Vous-mêmes, je le sais, vous aimez tout le monde... Quand par aventure vous vous querellez, c'est à cause d'une différence de point de vue sur les limites de votre jardin, des dommages causés à votre véhicule, ou bien quelque délicatesse constatée dans une file d'attente chez un commerçant. Jamais il ne vous viendrait à l'idée de vous disputer à propos de prétendues différences entre églises, synagogues, mosquées et autres temples. 

Alma est au final un livre drôle, enlevé et piquant, qui se lit agréablement, en deux coups de dents. (3/5)