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mardi 9 juin 2026

Critique : "Femmes sur fond azur" de Chantal Thomas | Lectures de Cannetille

 

Couverture du livre "Femmes sur fond azur" de Chantal Thomas


  

J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Femmes sur fond azur

Auteur : Chantal THOMAS

Parution : 2026 (Seuil)

Pages : 192

Accès au livre : ISBN 9782021601275  
                           en librairie

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

Six vies, différentes et reliées. Six expériences de la liberté ouvertement ou secrètement revendiquées contre les impératifs de l'époque. Sophie Cruvelli vicomtesse Vigier, la reine Victoria, Marie Bashkirtseff, Katherine Mansfield, Colette, Jackie... Une cantatrice, une reine, une artiste, deux écrivaines, une jeune veuve et ses deux enfants, dont l'autrice. Autant de femmes dont la découverte de la Méditerranée a modifié le destin. Elles ont en commun d'avoir vécu la Côte d'Azur comme un lieu de respiration, de désir, d'échappement et d'accomplissement.

Chantal Thomas, en une suite de portraits qui saisit la singularité de chacune, nous invite à une sensuelle réflexion sur le corps féminin, sur l'effort magnifique de "ne pas se laisser voler la vie", comme disait Rimbaud. Son écriture est portée par une formidable capacité à redonner souffle, ce qu'on appelle l'enthousiasme. Avec empathie, érudition et une énergie romanesque très personnelle, elle défait le corset des interdits et nous fait partager la merveilleuse, mystérieuse et revigorante rencontre avec le bleu du ciel et de la mer. Elle nous offre la joie.

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

Chantal Thomas, romancière, essayiste, scénariste, a été révélée au grand public avec Les Adieux à la Reine (Seuil), prix Femina 2002, adapté au cinéma par Benoit Jacquot. Depuis, elle poursuit selon une double inspiration, historique : Le Testament d’Olympe, L’Échange des princesses, porté à l’écran par Marc Dugain, et autobiographique : Souvenirs de la marée basse (2017) qui a connu un grand succès, suivi de East Village Blues (2019), Café Vivre (2020), et Journal de nage (2022). Son œuvre est traduite dans de nombreux pays.
Chantal Thomas a été élue à l'Académie française le 28 janvier 2021.

 

Avis :

Avec un art du portrait alliant sensibilité historique et intuition poétique, Chantal Thomas montre, à travers les parcours de six femmes d’époques et de destins différents, comment l’azur méditerranéen a pu leur permettre de se défaire des contraintes et d'inventer une manière plus audacieuse d’habiter leur vie. La mise en regard de ces trajectoires féminines attirées par la lumière du Sud esquisse une géographie intime de l’émancipation, où le paysage infléchit l’élan intérieur de chacune.

En suivant ces femmes au moment où, avec l’apparition d’un ciel nouveau, d’autres possibles s’ouvrent dans leur existence, Chantal Thomas convoque, avec tout le relief de la vie, une série de figures trouvant une respiration nouvelle face aux normes imposées, au nom de la respectabilité, de la discrétion et de la dépendance sociale, par les XIXᵉ et début du XXᵉ siècles. Certaines, à qui le Sud offre un statut inédit, s’y réinventent, comme l’incandescente cantatrice Sophie Cruvelli, qui quitte la scène pour un mariage princier lui donnant accès à un monde où affirmer pleinement son tempérament, ou encore la très protocolaire reine Victoria, soudain confrontée à une douceur et à une légèreté insoupçonnées. D’autres y ravivent leur élan créateur : la jeune peintre Marie Bashkirtseff, tenue à distance des cercles masculins, y découvre un horizon à la mesure de son ambition, tandis que Katherine Mansfield, minée par la maladie, y retrouve l’énergie d’écrire. Colette, en quête d’un lieu où vivre à son propre rythme, y reconquiert une souveraineté sensuelle, et Jackie, la mère de l’auteur, y amorce une réinvention discrète. Toutes, à leur manière, rencontrent sur cette Riviera – lieu de villégiature, de mondanités et d’expérimentations sociales alors très couru des élites européennes – un espace où se dessine la possibilité d’une vie plus ample.

Conjuguant précision documentaire et écriture de la sensation pour faire de la Méditerranée un véritable incubateur de sens, Chantal Thomas élabore à travers ces trajectoires renaissantes une réflexion subtile sur les conditions d’apparition d’une liberté féminine encore fragile, souvent clandestine, mais en voie d’affirmation. Grâce à une attention aiguë au sensible – lumière, couleurs, souffle de l’air ou variations du ciel –, elle montre comment un lieu peut infléchir un destin et une sensation déclencher un mouvement intérieur. Sur cette Riviera où se rejouent les tensions entre assignation sociale et désir d’émancipation, ces femmes trouvent un terrain où éprouver des manières d’être à soi que leur milieu d’origine leur refusait. Leur diversité, de la souveraine à l’artiste en passant par la femme ordinaire, révèle que l’élan vers l’autonomie procède d’une constellation de gestes et de respirations plutôt que d’un mouvement linéaire. Le livre interroge ainsi, avec finesse, la manière dont chaque histoire intime contribue, à son échelle, à l’évolution de la condition féminine.

La profondeur de ce livre lumineux et apaisant tient autant à la cohérence du dispositif qu’à l’intelligence du choix des portraits. Issu des chroniques que Chantal Thomas a publiées dans Le Monde, l’ouvrage conserve la précision du format bref tout en gagnant de l'ampleur par leur rassemblement. L’élégance de l’écriture, sensible et sans emphase, confère à chaque figure une vraie présence, tandis que la réflexion sur la liberté féminine s’affirme dans la nuance plutôt que dans l’argumentation frontale. Livre‑mosaïque émouvant, où chaque tesselle trouve sa juste place dans l’harmonie de l’ensemble, il montre comment ce fond d’azur – lieu à part, presque suspendu, où les cadres se desserrent et où surgissent d’autres horizons – offre à ces femmes si différentes la possibilité de se réinventer dans une même dynamique d’affranchissement. (4/5)

 

Citations :

À l’exception de Jackie, elles ont en commun d’être nées au XIXe siècle, d’avoir eu, sauf Colette, des corps corsetés, et d’avoir grandi, quel que fût leur pays de naissance, dans des décennies où l’enseignement prévu pour les filles était fort réduit (le droit de se présenter à un baccalauréat identique pour les deux sexes date en France de 1924), et où se marier, passer de l’autorité du père à celle de l’époux, était l’unique perspective permise et, partant, l’unique issue. Il faut se rappeler que, par rapport à la famille ou à l’État, la mise en tutelle des femmes a perduré bien au-delà du XIXe siècle, puisque la loi les autorisant à voter date du 29 avril 1945, et celle leur donnant droit à ouvrir un compte bancaire et à travailler sans autorisation de leur époux du 13 juillet 1965. Hors de cette voie « normale », la femme seule était stigmatisée en « vieille fille » pathétique, ou en aventurière dangereuse, sinon prostituée. Et il m’a frappée, en réfléchissant sur elles et tentant de faire émerger leur portrait, qu’un des traits caractéristiques des femmes de ce siècle, d’une classe aristocratique ou bourgeoise, était l’écriture d’un journal intime. Elle allait avec le corset, une éducation religieuse, les règles de la pudeur, l’interdit de la franchise et de « propos déplacés ». Le journal intime empêchait les jeunes filles d’étouffer. Il leur permettait d’exprimer à tâtons des sentiments exclus et de s’approcher de leur désir. Il prenait le relais du confesseur, l’autorité religieuse en moins. Et si, pour la plupart d’entre elles, écrire ne les délivrait pas d’un sens du péché ou de la faute, elles pouvaient l’éprouver d’une manière plus souple. En général, le mariage mettait fin à leur journal. Mais pas toujours. 


Dans Une chambre à soi, Virginia Woolf trace un tableau impitoyable de l’hostilité suscitée par l’arrogance d’une femme résolue à se dédier à son art : « Même au XIXe siècle, on n’encourageait pas les femmes à devenir des artistes. Au contraire, on les humiliait, on les souffletait, les sermonnait et les exhortait. La nécessité où elles se trouvaient de s’opposer à ceci, de désapprouver cela, a dû tendre leurs nerfs à l’extrême et diminuer leur force vitale. »


Pour les grandes diaristes que furent Marie Bashkirtseff, Katherine Mansfield, Virginia Woolf, écrire un journal intime relevait d’un sentiment de solitude et de la nécessité de se protéger des intrusions et volontés de mainmise venues du dehors. Écrire son journal correspondait au moment privilégié d’une conversation avec soi-même, en continuité avec des pratiques d’introspection religieuse. Mais le journal était aussi dépositaire de ce qui débordait d’une oppression physique et psychique. La suppression du corset et des principes de bonne tenue qui y étaient liés permettant une souplesse, une respiration du corps féminin, elle détache le journal de sa fonction d’exutoire. Une femme tient d’autant plus à son journal et par son journal qu’elle est rigoureusement corsetée.


À la vision renvoyée par son miroir d’un « double charnu, gorgé de soleil et d’eau », Colette, âgée de cinquante-cinq ans, peut être assurée qu’elle a aidé à faire sauter les tabous qui voulaient les femmes pâles et corsetées, tôt vieillies dans le cercle d’un foyer centré sur le prestige patriarcal, des femmes qui n’existent pas au-delà de l’âge de trente ans, qui n’ont aucune notion de leurs forces physiques, et qui, si elles se devinent des capacités intellectuelles, préfèrent les dissimuler et même passer pour un peu sottes afin de préserver la supériorité masculine, afin de mieux plaire. Mais, plus intimement, Colette sait qu’elle a accompli sa propre révolution : elle a dépassé le stade des amours douloureuses, possessives, conflictuelles. Désormais, elle sait être seule sans se sentir esseulée. Elle est prête pour aimer autrement, dans la confiance et la complicité. Hors emprise.

 

mercredi 7 février 2024

[Rouart, Jean-Marie] La maîtresse italienne

 




 

J'ai beaucoup aimé

 

Titre : La maîtresse italienne

Auteur : Jean-Marie ROUART

Parution : 2024 (Gallimard)

Pages : 176

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur : 

Belle, jeune, légère, la comtesse Miniaci est au cœur d’une énigme historique de première grandeur. Quel fut son rôle dans l’évasion épique de Napoléon de l’île d’Elbe ? Sans elle, l’Empereur n’aurait pu tromper la surveillance de tous ceux qui guettaient le moindre de ses mouvements. Particulièrement le jeune colonel Neil Campbell, chargé par les Anglais d’empêcher sa fuite. Dans quelle mesure la passion de l’officier britannique pour la belle Florentine a-t-elle permis de déjouer les plans des puissances alliées engagées au congrès de Vienne dans des négociations aussi âpres le jour qu’agrémentées, la nuit, de fêtes, de complots et d’intenses échanges amoureux ? Cette passion torride entre le colonel et la séduisante comtesse ne fut-elle pas un piège ? Et tendu par qui ? Seule certitude, sans la comtesse Miniaci la formidable épopée des Cent-Jours, l’invasion d’un pays par un seul homme, n’eût pas été possible.

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

Membre de l’Académie française et grand connaisseur de l’épopée napoléonienne, Jean-Marie Rouart est notamment l’auteur de Napoléon ou La destinée (Gallimard, 2012).

 

Avis :

Fasciné par la légende napoléonienne au point d’avoir déjà consacré une biographie au grand homme, l’académicien Jean-Marie Rouart tire de l’ombre un personnage oublié de l’histoire pour en faire un ressort de l’évasion de l’île d’Elbe. Sans le rôle obscur de « la maîtresse italienne », « l’invasion d’un pays par un seul homme » et le retour au pouvoir de Napoléon pendant les Cent-Jours auraient-ils seulement été possibles ? Sous la plume émérite de l’écrivain, les petits détails de l’histoire s’avèrent passionnément décisifs.

Le 26 février 1815, celui qui fut le maître de l’un des grands empires au monde, mais qui, depuis sa première abdication neuf mois plus tôt, se retrouve assigné à résidence sur la minuscule île d’Elbe, théâtre ridicule de la réédition en modèle réduit d’une cour et d’un gouvernement sans plus d’objet, prend tranquillement la poudre d’escampette. Mais comment l’aigle encagé, surveillé comme du lait sur le feu tant il fait encore trembler tous les pouvoirs d’Europe, a-t-il pu si facilement s’échapper ?

Réduit dans le récit au seul dénominatif de proscrit, son ombre planant sur la narration comme sur le monde de l’époque, tout bruissant de complots, de renversements d’alliances et d’intrigues galantes dans un bal du pouvoir mené, parmi force retournements de veste, par Talleyrand et Metternich, celui que tous craignent et surveillent n’apparaît qu’en creux du portrait finement érudit de ses contemporains, au travers de leurs peurs, de leurs haines et de leurs ambitions. Les femmes ne sont pas en reste de ce marigot politique, où le pouvoir se dispute jusqu’au creux des alcôves, dans une effervescence de fêtes et de plaisirs étincelants. Parmi les reines de séduction règne en bonne place l’irrésistible comtesse Miniaci, coqueluche de Florence, dont Pauline Bonaparte dit : « [Son] nez eût été plus long, le sort du monde eût été changé… »

Toujours est-il que lorsque Napoléon réussit à prendre le large sans encombre, c’est précisément chez la belle comtesse, dont « on ne savait pas vraiment d’où elle venait, ni qui la protégeait, ni quelles étaient ses opinions », et non plus, à l’observer, « si elle [avait] été élevée dans le plus strict des couvents ou dans la plus huppée des maisons de plaisir », que l’auteur, laissant son imagination compléter les faits historiques connus, suppose que s’est fort opportunément rendu le colonel Campbell, officier anglais épris jusqu’à en négliger sa mission de surveillance de l’encombrant exilé. Quel rôle l’enjôleuse a-t-elle joué exactement ? Etait-elle acquise au camp bonapartiste ?

Avec un réalisme des plus sérieux et une érudition pleine d’humour, qui, entre analyse politique et savoureux portraits des puissants de l’époque, rendent la narration crédible et passionnante, Jean-Marie Rouart nous entraîne, à partir d’une péripétie romanesque de son cru, dans une rétrospective historique impressionnante de finesse et de profondeur. Ajoutons à cela une rare élégance de plume et voici un fort séduisant roman, à déguster sans modération. (4/5)

 

 

Citations : 

À quoi tient l’invraisemblable charme de la comtesse ? Peut-être, plus qu’à sa beauté, à la générosité d’un caractère, à la chaleureuse sollicitude qu’elle diffuse autour d’elle, aux bienfaits dont elle est prodigue envers chacun, sans tenir compte d’une quelconque position sociale. Rarement une coquette a mis autant de sophistication dans la simplicité de ses manières. L’attrait qu’elle exerce tient peut-être à la mystérieuse ambiguïté qui l’enveloppe, suggérant des mœurs qui peuvent la conduire au meilleur comme au pire, à la chasteté ou à la dépravation. Comme le disait en confidence, d’un air entendu, Benito Calvi, un vieil ambassadeur des États pontificaux connu pour avoir bénéficié des faveurs des plus belles courtisanes d’Europe : « Quand je l’observe, je n’arrive pas à savoir si elle a été élevée dans le plus strict des couvents ou dans la plus huppée des maisons de plaisir. »
 

La carrière de ce Jaucourt est des plus plaisantes, c’est lui aussi un virtuose de l’équilibrisme politique, un maestro du retournement de veste : il est passé successivement, apparemment sans états d’âme, de la protection de la famille de Condé à la Révolution, du Tribunat et des faveurs de l’Empereur, qui l’a fait comte, à un ralliement immédiat à Louis XVIII ; accessoirement, pour complaire à son nouveau maître, il a poussé le zèle jusqu’à faire mettre sous séquestre les biens de la famille impériale. Bien sûr il se ralliera à la monarchie de Juillet : sénateur, il votera pour Louis Napoléon, et applaudira au coup d’État du 2 décembre. C’est ce qu’on appelle un homme de conviction qui a de la suite dans les idées.
 

Dans l’île [d’Elbe], il ne se lasse pas du permanent théâtre qu’il a sous les yeux. C’est la réédition de l’Empire en modèle réduit, une experte miniaturisation d’un système de gouvernement passé de cent millions de sujets à dix mille îliens, d’une Grande Armée de huit cent mille hommes à une garde prétorienne de moins de deux mille soldats. Cela donne le sentiment poignant du rappel d’une grandeur passée et en même temps du ridicule de tenter de la reproduire sur une autre scène. Comme un opéra magnifique de décor, de costumes et de mise en scène, transporté dans le théâtre municipal d’une ville de province. Tout est disproportionné : un trop petit cadre pour de trop grands acteurs. Le déploiement des cérémonies militaires, la stricte étiquette semblent déconnectés de la réalité. On singe un pouvoir évanoui, on recrée la liturgie d’une cour factice dans un minuscule palais qui paraît en carton-pâte.
Car seul compte ici le grand acteur. Démultipliant les activités, à la fois architecte et chef de chantier, construisant sans cesse de nouvelles demeures, il talonne les ingénieurs pour augmenter la production du fer, grande richesse de l’île, construit de nouvelles routes, bref il est partout comme le prince arabe des Mille et une nuits qui avait le pouvoir de se démultiplier. Recevant des invités de marque venant de tous les coins d’Europe, qui se pressent dans l’île curieux de voir et d’écouter le monument historique vivant qu’il représente.
 

On sentait qu’une menace pesait sur ce bonheur de vivre où se réfugiait la bonne société. Un sourd grondement de contestation politique était sensible. Le vieil édifice social avait été ébranlé par les conquêtes napoléoniennes ; les idées progressistes de la Révolution s’étaient insinuées dans les esprits, y compris chez les réactionnaires qui voulaient les combattre. Un ferment de dissolution demeurait. On avait instillé dans les cœurs des aspirations vagues qui pouvaient prendre les aspects les plus divers. Certains faisaient le grand rêve d’une Italie réunifiée : les uns, sous l’égide d’un prince, les autres, affiliés aux ventes des carbonari ou aux loges maçonniques, pour instaurer une république. D’honnêtes mères de famille s’enfuyaient subitement avec le professeur de piano de leurs enfants ; des hommes nantis, peu enclins à la mélancolie, un soir, se suicidaient. L’absence soudaine du grand homme qui avait dominé l’Europe laissait un vide, et son exemple, ce défi au romanesque, diffusait l’illusion dangereuse que tout était possible.
 
 
Bruslart, quand il ressort des locaux du ministère de la Guerre, n’a reçu que des consignes vagues : le ministre, qui n’est pas un aigle, a préféré être prudent. On commet moins d’erreurs en ne décidant rien. Cette question du traitement réservé au proscrit mérite réflexion : elle n’est d’ailleurs pas du ressort du ministre de la Guerre, ni même du roi seul – bien qu’il soit sans états d’âme sur le sujet – mais il est, en ce moment même, en pleine négociation, par l’intermédiaire de Talleyrand, à Vienne avec les puissances alliées. Bruslart n’a donc en arrivant à Bastia d’autre conseil à prendre que de sa conscience. Et sa conscience est tout entière absorbée par la haine.