Affichage des articles dont le libellé est Séparation. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Séparation. Afficher tous les articles

mercredi 20 mars 2024

[Scott, Ann] Les insolents

 



 

J'ai aimé

 

Titre : Les insolents

Auteur : Ann SCOTT

Parution : 2023 (Calmann Lévy)

Pages : 280

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

"À la sortie de la petite gare, en sentant la moiteur dans l’air et en voyant les palmiers sur le parking, elle a eu l’impression de débarquer dans un autre coin que le Finistère, quelque chose d’étrangement chaud, humide, enveloppant, et elle a su qu’elle allait être bien ici."

Alex, Margot et Jacques sont inséparables. Pourtant, Alex, compositrice de  musique de films, a décidé de quitter Paris. À quarante-cinq ans, installée au milieu de nulle part, elle va devoir se réinventer. Qu’importe, elle réalise enfin son rêve de vivre ailleurs et seule.
Après La Grâce et les Ténèbres, Ann Scott livre un roman très intime. Son écriture précise et ses personnages d’une étonnante acuité nous entraînent dans une  subtile réflexion sur nos rêves déçus, la solitude et l’absurdité de notre société contemporaine.

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Ann Scott est l’auteure, entre autres, de Superstars (Flammarion, 2000), Cortex (Stock, 2017) et La Grâce et les Ténèbres (Calmann-Lévy, 2020). Avec Les Insolents, son dixième roman, elle remporte le prestigieux Prix Renaudot en 2023.

 

Avis :  

Un temps colocataire de Virginie Despentes et longtemps figure des nuits techno-queer parisiennes, l’ex-mannequin et batteuse punk Ann Scott que son roman culte Superstars avait propulsée en 2000 porte-étendard de la Génération X et de la pop culture française, a tout quitté il y a une poignée d’années pour la solitude au plus secret d’un bout de côte bretonne. Dans ce dernier roman couronné du prix Renaudot 2023, elle met en scène son double littéraire, en quête de réinvention.

A quarante ans passés, Alex ne supporte plus sa vie parisienne : son logement étroit en plein coeur du Marais ; le tapage de son milieu branché où, compositrice de musique de film et ex-guitariste fan de Velvet Underground, elle ne s’entend plus créer ; ses amours compliquées, masculines et féminines, désespérément condamnées à l’impasse. Sans même prendre le temps de la visiter, la voilà qui loue une maison en Bretagne, prend le train en attendant que ses cartons la suivent, et entame une nouvelle et spartiate existence, seule à proximité d’un maigre hameau désert, à plusieurs kilomètres du moindre commerce alors qu’elle n’est pas motorisée, sans chauffage ou presque, mais au calme avec son jardin et le voisinage vivifiant de la mer.

Elle abandonne ses rares amis proches, tout aussi minés par le mal-être et pourtant à mille lieues de s’imaginer quitter le bitume parisien, mais, à l’heure où, jeunesse enfuie, s’impose le premier bilan d’une vie qu’elle aura voulu brûler par les deux bouts, à grands coups de déglingues, de passions et de défonces en tout genre, la solitude restant son bien le plus évident, autant qu’elle lui serve à renouer avec ses voix intérieures, pour son propre équilibre et pour sa création musicale. Si le ton est mélancolique, Alex fait preuve d’une résilience obstinée, contrairement à son amie Margot et à son nouveau voisin Léo à jamais la proie d’insurmontables démons intérieurs. « Les illusions sont faites pour être perdues », admet-elle. Alors, elle fait face à ses mille nouvelles servitudes quotidiennes, apprend à se contenter des petites choses : « La beauté est faite pour les gens qui ont le temps de l’absorber » et à se recentrer sur l’essentiel : « Il n’y a rien ici, rien d’autre que ce qui se passe en dedans ». Dans sa solitude bretonne, elle finit par se sentir moins seule que dans la foule parisienne. « Elle est entourée de tous les génies imaginables à chaque seconde. Il lui suffit de mettre n’importe quel disque, de plonger dans n’importe quel film, d’ouvrir n’importe quel livre. Elle parle à ses fantômes en permanence. »

L’autodérision se mêle à la mélancolie dans cette évocation très autobiographique des désillusions qui ont fait place aux rêves des « insolents », cette jeunesse festive éprise de liberté maximale qui, de punk attitude en révolution sonique, a fait la vitalité de l’underground culturel parisien des années 1980 et 1990. L’avant-garde a pris de l’âge et ne se reconnaît plus dans le Paris d’aujourd’hui. Non seulement les artistes d’alors, en tête desquels Ann Scott aime citer Lou Reed et Bowie, ont disparu, mais personne ne les remplace. « YouTube est rempli de centaines de milliers de guitaristes et de bassistes et de batteurs qui font des reprises et qui sont super doués, mais sans le truc avant-garde qui sidère ou l’émotion qui va scotcher toute une génération. Ils ont la technique mais rien de plus, et quand bien même ce serait le cas, pendant combien de jours ou d’heures une découverte nourrit avant qu’on passe à la suivante ? » « Il n’y a plus que la frustration d’essayer de faire de l’art dans une époque qui s’en fout », le pire restant sans doute à venir avec l’intelligence artificielle pour, sans génie, refondre l’existant à l’infini.

Roman intime des désillusions de l’auteur âgée de cinquante-sept ans, ce récit d’un exil volontaire loin de la scène parisienne est l’ultime révolte d’une artiste éprise de liberté, désespérée de voir les techniques numériques et les réseaux sociaux ronger peu à peu la création. Beaux objets techniques créés à la chaîne et sans âme par des machines – photographies, musiques et bientôt livres –, produits sitôt consommés, sitôt jetés et oubliés, qu’auront-ils encore d’artistique ? Alors, mieux vaut claquer la porte avant qu’elle ne se claque toute seule. « Elle ne reviendra que si l’art sauve de nouveau. Peut-être un jour, peut-être jamais. » (3,5/5)

 

Citations : 

Il n’y a que les jeunes artistes qui démarrent qui sont motivés pour mettre en ligne un tas de choses, saisir tout ce qui peut ressembler à une opportunité. Les autres sont perdus, ou sur pause, ou se sentent comme des reliques. Avoir un compte sur un réseau social sans être beaucoup liké, c’est comme la cage de l’animal au fond du zoo devant laquelle personne ne s’arrête. C’est la même violence que de jouer devant une salle vide, excepté que ce n’est pas uniquement en tournée, c’est tous les jours à chaque seconde. Les artistes ne sont pas uniquement suivis par des gens qui s’intéressent à ce qu’ils font, la majorité des followers est là par mode ou voyeurisme. Si ce qu’on poste ne les touche pas, ils zappent ou se désabonnent, pas intéressés de voir ce qu’on aime ou ce qui nous influence et pourquoi. C’est pour ça qu’elle a arrêté de poster, aussi bien sur Instagram que sur Twitter. L’internet a tout détruit. La haine, la jalousie, le mépris, la mauvaise foi, les critiques d’amateurs qui se transforment en procès, tout ça a bousillé le moral d’absolument tous les artistes qu’elle connaît qui à un moment ou à un autre ont eu un compte ici ou là. Et plus il y a de gens sans talent ou d’influenceurs qui deviennent des stars, plus l’aura des stars véritables décline, et même si les mômes de maintenant sont aussi excités d’aller voir Rihanna ou Beyonce qu’elle a pu l’être à n’importe quel concert dans les années quatre-vingt-dix, qu’il n’y ait plus d’estime pour les artistes est un désastre.
 

Elle sait que sa profession va disparaître. La vidéo va remplacer le vrai cinéma et ce ne sera plus de l’art, donc on n’aura plus recours à des artistes pour en composer les BO. Plus personne ne payera plus pour de l’art, il sera gratuit ou on s’en passera. Ce sera un hobby, rien de plus et les BO ne seront plus qu’un fond sonore exécuté à la chaîne. C’est déjà le cas sur Netflix, aucun des films ou des séries n’a jamais de morceaux renversants, tout au plus un générique d’intro qu’on finit par reconnaître quand on l’entend. Des réals qui savent faire du boulot bien fait, il y en a des tas, mais des types qui ont un univers et un style à part, il n’y en a pas des masses, et tout le monde veut travailler avec ces quelques-là, et les places sont trop rares pour que la totalité de ceux qui sont vraiment doués puissent le faire.
 

Il n’y a plus que la frustration d’essayer de faire de l’art dans une époque qui s’en fout. 
 
 
Il marchait le long de l’écume et il en arrivait à la conclusion que tout manque de spiritualité, de dimension, d’humanité plus profonde, et sans doute que tout le monde le ressent, ce manque, quand on n’est pas distrait par les écrans. C’est pour ça qu’il relit Victor Hugo en ce moment, par besoin de héros qui inspirent, des héros symboliques avec des valeurs. Enfant, il entendait dire que la société progressait, mais c’est faux. C’est toujours la même soif de violence avec le même besoin de trouver quelqu’un à blâmer. Le quotidien devient plus luxueux ou plus confortable et on n’a plus les pieds dans la boue mais on est toujours des bêtes qui exploitent la faiblesse. Peut-être que finalement il n’y a ni bien ni mal ni paradis ni enfer ni karma, et que les raisons de ne pas faire de mal aux autres sont minces. La recherche d’harmonie, de noblesse d’âme, d’esthétique, tout ça est parti à la poubelle. Quiconque ne trouve pas le monde ou l’existence atroces vit dans une grotte. Il sait que s’il disparaît, faute d’avoir une femme et des enfants, l’argent qu’il a de côté ira forcément à sa mère. L’ironie. Elle qui a cessé de se comporter comme une mère le jour où elle a compris qu’il allait grave bien gagner sa vie. Mais peut-être que les petites communautés vont s’en sortir. Dans une communauté, chacun a un rôle, chaque chose a un sens et on a envie de faire des efforts pour que les gens qu’on connaît vivent le mieux possible. Mais quand on n’a pas le sentiment d’appartenir à quelque chose, il y a peu de chance qu’on se batte pour une cause. Si on ne se sent pas considéré par l’humanité en général, si on est tous insignifiants et interchangeables, pourquoi on s’emmerderait à avoir de la considération pour son prochain et son bien-être. La globalité est bien trop vaste. Notre prochain, tant qu’on ne le voit pas, il peut crever à boire de l’eau polluée, rien à foutre. C’est comme la viande. Tant qu’on ne voit pas l’animal mort, pas de problème. On achète des steaks hachés sous vide pour que l’inconscient ne fasse pas de lien. Comme à Auschwitz, pas de lien, toutes les choses qui conduisaient à la mort étaient séparées. Pas la même personne qui faisait descendre les gens des trains, qui les menait aux fours, qui appuyait sur les boutons, qui récupérait les chaussures et les lunettes. Successions de mini tâches d’une énorme machination qui conduit à l’annihilation, et tout le monde planqué derrière la responsabilité collective alors qu’elle était aussi individuelle. Quand tout est compartimenté, on ne fait que tondre des cheveux ou sortir sa carte bleue pour payer le steak.


Tout a un sens et une fonction sauf l’être humain. Tout était déjà là avant nous. Les animaux et la nature ont besoin les uns des autres mais l’humain ne sert qu’à lui-même. Donc il peut disparaître. C’est ce que les mecs de la tech montrent tous les jours à force de construire un monde numérique. Si on est une espèce qui détruit la planète, peut-être qu’on est un accident et qu’on n’aurait jamais dû voir le jour.


 

samedi 5 novembre 2022

[Bailly, Pierric] Le Roman de Jim

 


 

 

J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Le Roman de Jim

Auteur : Pierric BAILLY

Parution : 2021 (P.O.L)

Pages : 256

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :     

À vingt-cinq ans, après une séparation non souhaitée et un séjour en prison, Aymeric, le narrateur, essaie de reprendre contact avec le monde extérieur. À l’occasion d’un concert, il retrouve Florence avec qui il a travaillé quelques années plus tôt. Florence est plus âgée, elle a maintenant quarante ans. Elle est enceinte de six mois et célibataire. Jim va naître. Aymeric assiste à la naissance de l’enfant, et durant les premières années de sa vie, il s’investit auprès de lui comme s’il était son père. D’ailleurs, Jim lui-même pense être le fils d’Aymeric. Ils vivent tous les trois dans un climat harmonieux, en pleine nature, entre vastes combes et forêts d’épicéas.  Jusqu’au jour où Christophe, le père biologique du garçon, réapparaît.  La relation entre Aymeric et Jim, l’enfant de Florence, est le coeur de l’intrigue. C’est un roman sur la paternité. Aymeric sera séparé de Jim. Il va souffrir d’un arrachement face auquel il ne peut rien. Mais se donne-t-il vraiment les moyens de s’en sortir ? Aymeric multiplie les contrats précaires dans la grande distribution, les usines de plasturgie ou la restauration rapide. Plus tard, il est même photographe de mariage. Une grande partie de l’histoire se déroule à Lyon. Jusqu’au bout, Aymeric reste obsédé par cet enfant qu’il a vu naître et grandir, et qui lui a été enlevé, avec lequel il ne sait pas toujours observer la bonne distance, ni occuper la bonne place.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :  

Né le 14 août 1982 à Champagnole dans le Jura, Pierric Bailly vit à Lyon et travaille en intérim.

 

 

Avis :

Aymeric a vingt-cinq ans mais ne sait que faire de sa vie après une séparation et un séjour en prison. Ses retrouvailles fortuites avec une ancienne connaissance, Florence, quadragénaire célibataire et enceinte de six mois, lui offrent un nouveau départ. Et lorsque Jim naît, c’est tout naturellement qu’Aymeric se glisse dans le rôle du père. Les années coulent paisiblement, jusqu’à ce que Christophe, le père biologique du garçon, fasse irruption...

Rien ne va comme sur des roulettes dans l’existence d’Aymeric. Après un parcours scolaire écourté, quelques erreurs de jeunesse et une rupture amoureuse, certains pourraient même dire que tout n’est que ratages et maladroits tâtonnements dans la vie du jeune homme, alors que la précarité semble sa seule perspective durable. Pourtant, ou peut-être justement, lui tombe dessus ce qu’il est d’ailleurs le seul dans son entourage à envisager comme un cadeau de la vie : l’enfant sans père d’une femme passablement marginale, de quinze ans son aînée.

Se produit alors l’un de ces miracles qui n’existent peut-être que dans les romans. Malgré l’instabilité et les difficultés sociales, professionnelles et économiques assumées du couple, définitivement en rupture avec les schémas de vie classiques et les engagements qu’ils impliquent, l’enfant grandit sainement et sereinement, tuteuré par l’amour de ceux qu’il prend pour ses deux parents. Surtout, beau-père exemplaire, Aymeric réussit à nous conquérir au fil d'une narration touchante de sincérité et de maladroite volonté de bien faire, où les bons sentiments l’emportent tout en restant mesurés et crédibles. Et c’est un lecteur définitivement harponné qui aborde avec anxiété la partie la plus mélodramatique du récit, marquée par un inextricable enchaînement de mensonges et de rebondissements.

La finesse et l’émotion de cette tendre histoire de paternité font ainsi aisément passer ses aspects les plus idéalistes et son style décontracté, émaillé de quelques expressions triviales. C’est sous le charme qu’on achève cette lecture aussi touchante qu’originale. (4/5)

 

 

Citations :

Mais c’est ma mère. Finalement je suis comme le raciste qui déteste tous les Arabes sauf son voisin, moi je déteste tous les racistes sauf ma mère.

(…)  il me regarde fixement et s’exclame : c’est fou comme il te ressemble, ton fils. Mais ce n’était pas si bête comme remarque. Jim avait beau ne pas être mon fils de sang, je lui avais forcément transmis des attitudes, des traits de caractère, le genre de choses qu’on donne sans s’en rendre compte et sans le vouloir, et puis qu’on finit par avoir du mal à tolérer chez eux, c’est ça le pire. Il y a toujours un moment où on leur en veut d’être ces miroirs miniatures sur pattes. Mais on leur en veut aussi de ne pas nous ressembler totalement, de ne pas être des clones parfaits, d’avoir en plus de ça leur putain de personnalité à eux.


 

jeudi 3 mars 2022

[Adam, Olivier] Tout peut s'oublier

 





J'ai aimé

 

Titre : Tout peut s'oublier

Auteur : Olivier ADAM

Parution : 2021 (Flammarion)

Pages : 272

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :    

Un appartement vide : c’est ce que trouve Nathan quand il vient chercher son petit garçon chez son ex-femme. Très vite, il doit se rendre à l’évidence : Jun est rentrée au Japon, son pays natal, avec Léo. À l’incompréhension succède la panique : comment les y retrouver, quand tant d’ autres là-bas courent en vain après leurs disparus ? Et que faire de ces avertissements que lui adresse son entourage : même s’il retrouve leur trace, rien ne sera réglé pour autant ?

Entre la Bretagne où il tente d’épauler Lise, elle aussi privée de son fils, et un Japon qu’il croyait connaître mais qu’il redécouvre sous son jour le plus cruel, Nathan se lance dans une quête effrénée. En retraçant l’itinéraire d’un père confronté à l’impensable, Olivier Adam explore la fragilité des liens qui unissent les parents et leurs enfants.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

Olivier Adam est né en 1974. Il est l'auteur de nombreux livres dont Je vais bien, ne t'en fais pas (Le Dilettante, 2000), Passer l'hiver (L’Olivier, Goncourt de la nouvelle 2004), Falaises (L’Olivier, 2005), À l'abri de rien (L’Olivier, prix France Télévisions 2007 et prix Jean-Amila-Meckert 2008), Des vents contraires (L’Olivier, Prix RTL/Lire 2009), Le Cœur régulier (L’Olivier, 2010), Les Lisières, Peine perdue, La Renverse, Chanson de la ville silencieuse et Une partie de badminton (Flammarion, 2012, 2014, 2016, 2018 et 2019).

 

 

Avis :

Venu chercher son fils Léo chez son ex-femme, Nathan trouve un appartement déserté. Stupéfait, il comprend que Jun est rentrée au Japon, emmenant leur petit garçon. Pourra-t-il les retrouver ? Et quand bien même, trouvera-t-il le moyen de faire valoir là-bas ses droits de père ?

En cas de divorce – ce qui reste marginal au pays du Soleil-levant -, le code civil japonais ne se préoccupe aucunement d’autorité parentale conjointe, ni même de droit de visite. La garde des enfants échoit automatiquement à l’un des parents, la plupart du temps la mère, entraînant de fait la suppression de tout contact avec le père. Les cas d’enlèvement des enfants à leur père sont donc monnaie courante, et tout à fait licite, au Japon, ce que les étrangers mariés à un ressortissant nippon découvrent à leurs complets dépens en cas de séparation. Tenter de maintenir le lien malgré tout les expose à l’expulsion pure et simple du Japon et, en cas de récidive, à des poursuites judiciaires aboutissant à l’emprisonnement.

C’est cette cruelle réalité que découvre Nathan, dans une fiction totalement représentative des multiples cas avérés. Ses déboires prennent une tournure d’autant plus dramatique, qu’à l’enlèvement de son fils par son ex-femme – acte malheureusement pas si exceptionnel lorsque des couples binationaux se séparent -, s’ajoute bien plus que la non-coopération judiciaire du pays concerné. Nathan est considéré comme un fauteur de troubles au Japon. Il n’y est qu’un étranger qui menace des intérêts privés locaux, qui plus est dans un climat diplomatique tendu depuis une certaine affaire Carlos Ghosn. Les lecteurs qui en auront suivi les rebondissements liront avec moins de stupéfaction que les autres les pratiques judiciaires nippones, en particulier les terribles conditions d’une garde à vue à rallonge, même pour les délits mineurs, conçue pour extorquer des aveux coûte que coûte.

Sans pathos et évitant soigneusement tout cliché, le texte factuel prend garde de rester nuancé et de n’oublier ni certaines mauvaises manières occidentales, ni les attraits de la culture nippone. Cette exactitude, conjuguée au talent de conteur de l’auteur, fait de ce roman un frappant témoignage, où transparaît la souffrance sans remède de terribles arrachements. L’on reste néanmoins un peu frustré de ne pas s’élever franchement au-delà. Le portrait de Nathan, principalement en forme de collage de références cinématographiques, m’a notamment laissée sur ma faim… (3,5/5)

 

 

Citations :

Comme tout le monde, il avait déjà entendu parler de ce fameux syndrome réputé s’abattre sur les Japonais séjournant longuement en France. Notre brutalité, notre impolitesse, notre frontalité, notre mauvaise humeur, nos mauvaises manières, la saleté, les incivilités et par-dessus tout la distance infinie entre la France qu’ils avaient imaginée, rêvée, fantasmée, tout droit sortie d’un catalogue de mode des galeries Lafayette, d’une publicité Chanel ou Saint Laurent, d’un prospectus vantant les mérites du pays de l’élégance et du raffinement, d’une scène d’Amélie Poulain ou d’un vieux film avec Catherine Deneuve, Yves Montand, Alain Delon ou Jeanne Moreau, et la réalité nettement moins reluisante de notre pays, menaient parfois ces exilés volontaires au bord de la dépression. Quand elle ne les y enfonçait pas tout à fait.

Avant de prendre son billet il avait déniché un site d’information associatif destiné aux couples franco-japonais. La page d’accueil était précisément consacrée aux périls qui parfois les guettaient. Et le problème de la garde d’enfant après un divorce occupait le haut du classement. Ça pouvait paraître dingue mais au Japon l’autorité parentale ne pouvait être partagée. Un seul des deux parents en bénéficiait. En général, en cas de divorce, c’était la mère qui avait la garde et le père perdait de ce fait tout droit de regard sur l’éducation de leurs enfants. Aucune disposition n’était prévue par la loi en matière de garde alternée ou de droit de visite. C’était la règle en cas de séparation d’un couple constitué de deux Japonais. Et ça l’était également dans le cadre d’une union entre un étranger et un ressortissant nippon (et dans ce cas c’est à ce dernier que revenait systématiquement l’enfant). Sur le sol japonais c’était cette loi et uniquement cette loi qui s’appliquait. Ils se moquaient bien qu’en France ou ailleurs les choses soient différentes. Ça ne les regardait pas. Ils ne voulaient même pas en entendre parler.

C’étaient des rêveries sans conséquence, comme en échafaudent tous les touristes en vacances dans les lieux qui les éblouissent. On rêve d’une vie entière en bord de mer, en pleine campagne, dans un pays étranger et bien sûr ça en reste là. On reprend sa vie là où on l’a laissée. Et on tente de se convaincre qu’elle ne nous va pas si mal.

Chez les Forsberg on ne parlait jamais de ce qui touchait, de ce qui ébranlait vraiment. Ne pas évoquer un sujet brûlant, ou seulement par allusion, suffisait à en indiquer la gravité et la place qu’il occupait dans les pensées. Combien il pouvait bouleverser, indigner, attrister, inquiéter, blesser ou meurtrir. Ou même soulager au contraire. 

Ces temps-ci c’était l’omniprésence des discours religieux qui le perturbait le plus. Vraiment ça le dépassait. Ce retournement de l’histoire. Alors qu’il pensait tout ça définitivement relégué aux oubliettes. Pour le bien de tous. À ses yeux la religion avait toujours été synonyme d’asservissement, d’aliénation, point barre. Comme beaucoup de gens de sa génération et de celle de son fils dans la foulée, il avait longtemps pensé que l’avenir en délivrerait le monde petit à petit, doucement mais sûrement, et qu’il n’y aurait pas de retour en arrière. Qui voulait vivre enchaîné, réduit, dirigé, et mener volontairement sa vie sous le joug de superstitions et de dogmes d’un autre âge ? Et voilà qu’être athée, se revendiquer libre penseur, envoyer toutes les religions et tous les dieux au diable, moquer les croyants, les culs-bénits et les tartuffes, blasphémer comme on respire devenait inconvenant. Il n’en revenait pas.

S’ils te mettent en garde à vue, mets-toi bien ça en tête : leur truc c’est d’obtenir des aveux. Coûte que coûte. C’est comme ça qu’ils fonctionnent. C’est pour ça qu’ils les prolongent indéfiniment. Pour t’avoir à l’épuisement. Vingt-trois jours, ils disent ça, mais c’est du flan. Il suffit qu’à la fin ils décident de t’accuser d’un autre truc, juste un peu différent, en jouant sur les mots, et hop tu repars pour un tour. Y a des gens qui sont restés des années comme ça, sans jamais être mis en examen, et encore moins jugés. Ils parlent d’enquête, de réunir les éléments, mais il n’y a pas vraiment d’enquête. Juste, ils font avec ce qu’ils ont déjà et répètent leurs questions, portent leurs accusations jusqu’à ce qu’en face, ça craque. Après, forcément, le procès, ça va vite. Les aveux ont été prononcés. Pas besoin de plus. On passe direct à la condamnation. Ils sont malins. Tout se fait en circuit court. Direct de l’arrestation à la taule. Bien sûr, tout ça vaut surtout pour les délits mineurs. Pour la grande criminalité c’est autre chose. Mais il faut bien comprendre qu’au Japon, la petite délinquance, les incivilités, tous ces trucs c’est tellement marginal que quand ils attrapent quelqu’un, en général, c’est pas pour rien : ils sont sûrs de leur coup. Certains d’avoir appréhendé non pas un suspect mais un coupable. Alors tu vois, ces pauvres types, ces pauvres femmes qui se retrouvent en garde à vue, voire en taule, juste parce qu’ils ont essayé d’apercevoir leurs gosses ou tenté de s’expliquer avec leur ex, généralement c’est vite réglé. Pour eux, les choses sont simples. Ce sont des étrangers qui emmerdent leurs ressortissants. Et qui de leur point de vue n’ont pas le droit de le faire. Point barre.

Elle a enlevé mon fils, je vous signale.
Après s’être fait traduire sa réponse, le procureur haussa les épaules.
— Elle n’a enlevé personne. C’est son fils. On n’enlève pas son propre fils. Elle l’emmène où elle veut. De notre point de vue elle en a la garde exclusive. Elle seule est détentrice de l’autorité parentale. En divorçant, vous avez perdu votre statut de père. Vous êtes peut-être son géniteur mais ici, vous n’êtes plus son père. Elle n’est soumise à aucune obligation vous concernant.

François Schaeffer connaissait bien ce genre d’affaire, et celle-ci en particulier. Il était au courant de tout. Avait veillé à tenir informée la famille Forsberg. Et lui indiqua qu’en France on commençait à se soucier de son sort : un article était paru dans Ouest-France et avait été repris sur de nombreux sites d’information en ligne, dont ceux du Monde et de L’Obs. Suite à quoi deux cinéastes dont le diplomate avait oublié les noms, mais dont il supposait que Nathan avait dû les recevoir dans son établissement, s’étaient émus de sa détention sur Twitter. Ce qui n’était pas forcément une bonne chose. Le mieux dans ce type de situation était de rester discret, de laisser la diplomatie agir. Et Nathan savait comme lui que tout cela se faisait de préférence en silence, histoire de ne braquer personne. On avait déjà bien irrité les autorités japonaises avec Carlos Ghosn et sa façon très littérale de se faire la malle, même si la France n’y était pour rien. Les critiques qui avaient fleuri dans les journaux à propos de la justice nippone, qu’on avait jugée « indigne d’un grand pays démocratique », avaient laissé un goût amer ici.

— Et mon fils ? se risqua Nathan.
— Votre fils ?
— Elle n’avait pas le droit de le prendre avec elle. Elle n’a pas le droit de m’empêcher de le voir. C’est mon fils. On est en garde partagée…
— Je sais tout ça. Mais vous savez bien que c’est un problème épineux. On se heurte à un vide juridique. On est au Japon et au Japon, c’est la loi japonaise qui s’applique. Ça fait des années qu’on essaie de négocier une convention à ce sujet.

Nathan l’ignorait alors mais les pressions diplomatiques que subissait l’homme de loi le mettaient hors de lui. Le révulsaient. C’était une sorte de course contre la montre. De son point de vue il était urgent que Nathan avoue. Il voulait acter sa mise en examen et ordonner son jugement avant qu’on l’oblige à prononcer un non-lieu et à le laisser partir. Cette simple perspective le faisait gerber.
C’est ce qu’expliqua François Schaeffer à Nathan lors de sa deuxième visite. Inquiet de le voir si faible, hiératique, incohérent dans ses réponses, il l’exhorta à s’accrocher. Ce n’était plus qu’une question de jours, d’heures même, maintenant. Il aurait peut-être encore à endurer deux ou trois interrogatoires. Il ne fallait pas qu’il s’étonne si dans sa cellule on montait la climatisation au maximum. Il risquait de passer les heures à venir dans un congélateur. Il y avait aussi de bonnes chances pour qu’on « oublie » de lui servir son repas. Quant à la douche, inutile d’y penser. Ils allaient tout faire pour l’avoir à l’usure. Abattre ses défenses. L’affaiblir au maximum. Le pousser à la faute.

Il se tourna vers Lise. Ça faisait déjà des mois qu’elle avait perdu son fils. Est-ce que la blessure se refermait ? Est-ce qu’on passait un jour à autre chose. Est-ce qu’on guérissait comme on guérit d’un chagrin d’amour ? Parce qu’il s’agissait bien de cela dans le fond. De perdre un être aimé alors qu’il était encore en vie. De le savoir quelque part, peut-être heureux, mais sans nous. D’être sorti de sa vie sans l’avoir désiré et de devoir en prendre acte.

 

Du même auteur sur ce blog :


 


 

samedi 11 décembre 2021

[Ardone, Viola] Le train des enfants

 


 

J'ai aimé

 

Titre : Le train des enfants
           (Il treno dei bambini)

Auteur : Viola ARDONE

Traductrice : Laura BRIGNON

Parution : 2019 en italien,
                   2021 en français

Editeur : Albin Michel

Pages : 304

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

Naples, 1946. Amerigo quitte son quartier pour monter dans un train. Avec des milliers d’autres enfants du Sud, il traversera toute la péninsule et passera quelques mois dans une famille du Nord : une initiative du parti communiste vouée à arracher les plus jeunes à la misère après le dernier conflit mondial. Loin de ses repères, de sa mère Antonietta et des ruelles de Naples, Amerigo découvre une autre vie. Déchiré entre l’amour maternel et sa famille d’adoption, quel chemin choisira-t-il ?

S’inspirant de faits historiques, Viola Ardone raconte l’histoire poignante d’un amour manqué entre un fils et sa mère. Immense succès en Italie et en cours de traduction dans 29 pays, ce roman remarquable révèle une auteure d’exception.

  

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

Née en 1974, Viola Ardone est diplômée de lettres. Après quelques années dans l’édition, elle enseigne aujourd’hui l’italien et le latin, tout en collaborant avec différentes publications. Le train des enfants est son troisième roman.

 

 

Avis :

En 1946, Amerigo, huit ans, vit misérablement avec sa mère Antonietta dans un des quartiers les plus populaires de Naples. Sur une initiative du Parti Communiste, et comme des milliers d’autres enfants du Sud de l’Italie, il est envoyé pour quelques mois dans une famille du Nord de la péninsule, où il découvre un tout autre mode de vie, plein d’appréciables avantages malgré la séparation et le dépaysement. Après une telle expérience, le garçon se retrouve d’autant plus déchiré entre son amour pour sa mère et son attachement à sa famille d’adoption, qu’il vient soudain d’entrevoir à Modène un avenir bien différent de celui qui l’attend à Naples…

S’inspirant d’un épisode de l’après-guerre en Italie, l’auteur s’est glissée par l’imagination dans la tête et le coeur d’un de ces enfants transplantés du jour au lendemain des rues pouilleuses de Naples, où pieds nus et le ventre vide, ils vivaient de mille expédients, à l’aisance confortable d’une famille du Nord, où même la langue est différente, et où l’avenir passe par l’école. Après les angoisses de l’inconnu, le choc du dépaysement et le déchirement de la séparation, l’acclimatation se fait assez avantageusement lorsqu’elle ne prend pas trop le goût amer de la charité. Mais, dès lors, c’est le chemin inverse qu’il faut parcourir six mois plus tard, lorsque sonne l’heure d’un retour parfois cruel à une réalité dont ils perçoivent désormais l'aspect sordide et l’absence d’avenir.

Rédigé à hauteur d’enfant, puis avec la mélancolie d’un homme mûr se retournant sur son parcours, le récit choisit de nous embarquer dans une histoire faite de déchirement et de culpabilité, où, pour grandir, le personnage principal se voit contraint de « troquer ses désirs contre tout ce qu’il a », avec le sentiment de trahir les siens dans ses efforts pour devenir autre. En mettant l’accent sur la dualité d’Amerigo et sur sa relation d’amour manqué avec sa mère, la narration se fait poignante sur tout le dernier quart du roman. Mais servie avec générosité, l’émotion ne suffit pas à masquer la vague sensation de creux de cette dernière partie, peu consistante quant à la personnalité et à la vie d’Amerigo adulte, mais aussi assez peu crédible quant à sa tendre pirouette finale.

Un tant soit peu trop romanesque et sentimentale sur un sujet historique intéressant qui aurait mérité un traitement plus approfondi, cette jolie histoire tendre, fluide et sans temps mort, reste une lecture agréable et facile qui ne manquera pas de faire couler bien des larmes. (3,5/5)

 

Citations :

Je prends le vico Figurella a Montecalvario, je tourne dans la via Speranzella et je me retrouve dans le vico Tre Re a Toledo, devant l’église Santa Maria Francesca, où il y a la chaise miraculeuse de la Sainte. Tommasino et moi, on est souvent venus là écouter les histoires, mais je n’y suis jamais entré.                                                          
En fait, c’était toujours la même histoire. Les femmes venaient de toute la ville et des alentours pour demander qu’un enfant leur arrive, elles étaient accompagnées par leur mère ou par une autre femme de leur famille, une sœur, une belle-sœur, leur belle-mère. Des femmes pauvres et des femmes riches, sans distinction. C’est la loterie, je me disais. Ma maman Antonietta qui meurt de faim, elle a eu mon frère Luigi et puis moi, mais sans père. Ces dames qui portent des robes colorées et des chaussures cirées, qui ont un mari et tout ce qu’il faut, elles n’ont même pas un seul enfant. S’il y avait une justice, comme dit toujours la Jacasse, les enfants viendraient à ceux qui peuvent se le permettre.

Je mange avec un appétit indécent en temps de deuil, gratte de la pointe de ma cuillère tous les résidus de fromage. La faim est sournoise, elle n’a cure des bonnes manières et des sentiments.

Sur le visage de Maddalena se dessine une expression étrange, dont je ne trouve pas d’équivalent dans mes souvenirs. « On ne peut pas tout choisir, on fait certains choix par défaut, parce que les autres nous obligent à les faire…                                                          
– C’est à moi, qui ai été mis dans un train à l’âge de sept ans, que tu dis ça ? D’un côté il y avait ma mère, de l’autre tout ce dont je rêvais : une famille, une maison, une chambre rien que pour moi, des repas chauds, le violon. Un homme prêt à me donner son nom de famille. J’ai été aidé, c’est sûr, mais j’ai aussi eu horriblement honte. L’accueil, la solidarité, comme tu dis, ça a aussi un goût amer, à la fois pour ceux qui en font preuve et pour ceux qui en bénéficient. C’est pour ça que c’est si dur. Je rêvais d’être comme les autres. Je voulais faire oublier d’où je venais et pourquoi. J’ai beaucoup reçu mais j’en ai payé le prix en faisant une croix sur pas mal de choses. D’ailleurs, je n’ai jamais raconté mon histoire à personne.

Je n’ai plus le sentiment d’être un touriste, pas non plus celui d’être d’ici. Peut-être que je ne serai toujours que quelqu’un qui est parti.

Le train siffle encore, c’est le départ. Je remonte à bord et gagne la fenêtre, tends le bras, mais sans parvenir à toucher la main de l’enfant. Je lui ai offert mon violon, celui que tu as fait en sorte que je retrouve. Il est exactement à la bonne taille pour lui, on verra s’il a envie d’apprendre. Il pourrait le faire ici, sans avoir à s’échapper, sans avoir à troquer ses désirs contre tout ce qu’il a.


 

jeudi 10 juin 2021

[Besson, Philippe] Arrête avec tes mensonges

 




 

Coup de coeur 💓

 

Titre : Arrête avec tes mensonges

Auteur : Philippe BESSON

Editeur : Julliard, puis Pocket

Année de parution : 2017 et 2020

Pages : 194

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :   

« Quand j'étais enfant, ma mère ne cessait de me répéter :  " Arrête avec tes mensonges. " J’inventais si bien les histoires, paraît-il, qu’elle ne savait plus démêler le vrai du faux. J’ai fini par en faire un métier, je suis devenu romancier. Aujourd’hui, voilà que j’obéis enfin à ma mère : je dis la vérité. Pour la première fois. Dans ce livre. Autant prévenir d’emblée : pas de règlement de comptes, pas de violence, pas de névrose familiale. Mais un amour, quand même. Un amour immense et tenu secret.
Qui a fini par me rattraper. »

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Philippe Besson est un écrivain, scénariste et dramaturge. En l'absence des hommes, son premier roman, publié en 2001, est couronné par le Prix Emmanuel-Roblès. Depuis lors, il construit une œuvre au style à la fois sobre et raffiné. Il est l’auteur, entre autres, de Son frère, adapté au cinéma par Patrice Chéreau, L'Arrière-saison (Grand Prix RTL-Lire), Un garçon d’Italie et La Maison Atlantique. En 2017, il publie Arrête avec tes mensonges, vendu à plus de 120 000 exemplaires, couronné par le Prix des Maisons de la Presse et Un personnage de roman, portrait intime d’Emmanuel Macron, alors engagé dans la campagne présidentielle. Il revient à l'autofiction en 2019 avec Un certain Paul Darrigrand puis Dîner à Montréal​. Ses romans sont traduits dans vingt langues. 

Un tango en bord de mer, sa première pièce en tant que dramaturge, a été jouée à Paris près de 200 fois en 2014 et 2015 au Théâtre du Petit Montparnasse.
Il a également multiplié les collaborations avec le milieu du cinéma et de la télévision, ayant notamment écrit le scénario de Mourir d'aimer (2009), interprété par Muriel Robin, de La Mauvaise rencontre (2010) avec Jeanne Moreau, du Raspoutine interprété par Gérard Depardieu, et de Nos retrouvailles (2012) avec Fanny Ardant et Charles Berling.

 

Avis :

En 2007, de passage dans sa région natale, l’auteur croit reconnaître une silhouette et c’est une vague d’émotion qui aussitôt le submerge. Vingt trois ans plus tôt, le lycéen qu’il était vivait son premier amour : six mois d’une relation cachée avec un garçon de son âge, Thomas, perdu de vue depuis, chacun ayant suivi un parcours aux antipodes l’un de l’autre. Pendant que Philippe se lançait dans les études supérieures et une carrière qui allait lui faire parcourir le monde, Thomas s’employait dans une ferme en Espagne…

Entrer dans ce récit autobiographique, c’est se sentir aussitôt happé par son habileté narrative, le rythme de ses phrases courtes, la justesse et la sincérité de son ton. D’abord transformé en point d’interrogation par la brève et intrigante introduction, le lecteur - en particulier celui de la même génération que l’auteur -, se retrouve bientôt rajeuni de trois décennies, par un retour dans les années quatre-vingts au goût de petite madeleine. Pour le narrateur, cette période resurgit avec d’autant plus d’émotion qu’elle fut le théâtre de sa première relation amoureuse, inespérée, absolue et capitale, notamment parce qu’elle le projetait soudain dans la réalité d’une homosexualité jusqu’ici timidement reléguée au plus secret de lui-même.

Très vite le coeur de la narration se resserre autour du secret exigé par Thomas, pointant d’emblée la souffrance de l’amour clandestin, puis, bientôt, dans ce qui prend peu à peu les allures d’une poignante tragédie, l’incommensurable gâchis d’une vie sacrifiée aux apparences. Car, l’écrivain qui, lui, assume aujourd’hui pleinement son identité gay et milite pour les droits des couples homosexuels, va réaliser combien, pour son amour de jeunesse enlisé dans la peur du rejet et le refus de soi-même, la vie a pu se révéler atrocement douloureuse et compliquée. Sobrement relatée, cette histoire authentique et doucement mélancolique finit par vous prendre à la gorge, tant par le drame qu’elle dévoile que par l’émotion contenue de son narrateur.
 
Juste et poignant, ce roman magnifique dans la sobriété et la sincérité de son émotion est à la fois un bouleversant plaidoyer pour le droit à être soi-même, et une courageuse mise à nu qui explique la récurrence de certains thèmes dans l’oeuvre de Philippe Besson : la perte, le manque, l’abandon, la difficulté d’être soi. Coup de coeur. (5/5)

 

 

Citations :

Plus tard, j'écrirai sur le manque. Sur la privation insupportable de l'autre. Sur le dénuement provoqué par cette privation ; une pauvreté qui s'abat. J'écrirai sur la tristesse qui ronge, la folie qui menace. Cela deviendra la matrice de mes livres, presque malgré moi. Je me demande quelquefois si j'ai même jamais écrit sur autre chose. Comme si je ne m'étais jamais remis de ça : l'autre devenu inaccessible. Comme si ça occupait tout l'espace mental.

Je découvre que l'absence a une consistance. Peut-être celle des eaux sombres d'un fleuve, on jurerait du pétrole, en tout cas un liquide gluant, qui salit, dans lequel on se débattrait, on se noierait. Ou alors une épaisseur, celle de la nuit, un espace indéfini, où l'on ne possède pas de repères, où l'on pourrait se cogner, où l'on cherche une lumière, simplement une lueur, quelque chose à quoi se raccrocher, quelque chose pour nous guider. Mais l'absence, c'est d'abord, évidemment, le silence, ce silence enveloppant, qui appuie sur les épaules, dans lequel on sursaute dès que se fait entendre un bruit imprévu, non identifiable, ou la rumeur du dehors.

Une fois devenu romancier, j'écrirai sur des lieux où je ne me suis jamais rendu, des lieux dont j'aurai simplement lu le nom sur une carte, dont j'aurai aimé la seule sonorité. Un instant d'abandon, par exemple, se passe à Falmouth, dans la Cornouaille britannique, où je n'ai jamais mis les pieds. Les gens qui l'ont lu ont pourtant été persuadés que je connaissais l'endroit comme ma poche. Certains ont même été jusqu'à prétendre que la ville était exactement telle que je l'ai décrite, que c'était saisissant, une telle exactitude. À ceux-là, en général, j'explique que la vraisemblance importe plus que la vérité, que la justesse compte davantage que l'exactitude et surtout qu'un lieu, ce n'est pas une topographie mais la manière dont on le raconte, pas une photographie mais une sensation, une impression.

On ne se défait jamais de son enfance. Surtout quand elle a été heureuse.

 

 

Du même auteur sur ce blog :

 
 


 


 

lundi 26 octobre 2020

[Paye, Lucie] Les coeurs inquiets





 

J'ai aimé

 

Titre : Les coeurs inquiets

Auteur : Lucie PAYE

Editeur : Gallimard

Année de parution : 2020

Pages : 152

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :   

«J’ai lutté, pour te retrouver, de toutes mes forces. L’espoir m’a fait vivre. Mille fois je me suis levée convaincue que ce serait aujourd’hui. Mille fois mon cœur a bondi en croyant t’apercevoir. Mille fois je me suis couchée en voulant croire que ce serait demain. Le jour où je te reverrais.»

Un jeune peintre voit apparaître sur ses toiles un visage étrangement familier. Ailleurs, une femme écrit une ultime lettre à son amour perdu. Ils ont en commun l’absence qui hante le quotidien, la compagnie tenace des fantômes du passé. Au fil d’un jeu de miroirs subtil, leurs quêtes vont se rejoindre.
Ce roman parle d’amour inconditionnel et d’exigence de vérité. De sa plume singulière, à la fois vive, limpide et poétique, Lucie Paye nous entraîne dès les premières pages vers une énigme poignante.

 

 

Un mot sur l'auteur :

Née à Paris en 1975, Lucie Paye vit aujourd'hui à Londres.

 

Avis :

Se sachant malade et en fin de vie, une femme écrit à son plus grand amour, disparu sans laisser de trace des décennies plus tôt, sans même qu’elle sache si ses lettres seront lues un jour. Un jeune peintre à la recherche d’inspiration voit la silhouette d’une femme inconnue mais familière s’insinuer sous son pinceau et revenir en leitmotiv de ses toiles. Quel est donc le lien entre ces deux personnages ?

Deux aspects m’ont beaucoup gênée dans cette histoire. Sur le fond, elle m’a parue assez peu vraisemblable : je n’ai pas été convaincue par cette disparition quasi sans recherches, par cette résignation si facile et par cette douleur si positivement vécue. Sur la forme, le versant épistolaire du roman m’a vite semblé tourner en rond autour du même message, indéfiniment reformulé pour faire tenir dans la longueur l’alternance des chapitres entre « elle » et « lui ».

Cela n’empêche pas la lecture d’être agréable. Le style est fluide. Le récit s’organise de façon à ménager un certain suspense entre surprise et fausse piste. Le thème de la peinture et de l’inspiration artistique est abordé d’une manière originale, et fait l’objet de quelques réflexions intéressantes. Surtout, il émane de cette histoire une certaine poésie qui vous tient sous son charme, et elle m’a permis de découvrir le tableau de Jan van Eyck intitulé Les Epoux Arnolfini.

Je referme donc ce livre sur une impression mitigée : charmée par la joliesse de son histoire bâtie sur une idée intéressante, je n’ai pu toutefois ressentir de véritable empathie pour son héroïne, trop peu crédible et pas assez consistante à mes yeux. La lecture est agréable, mais j’en attendais un peu plus. (3/5)

 

 

Citations :

(Au Louvre) Ça va passer. Il enlève sa veste. Il suffit d’attendre, comme ça, la tête dans les mains, les yeux fermés. Les toiles dansent devant lui comme des visions. Des détails resurgissent, en désordre. Le pli d’une manche. Un coup de pinceau. Un frémissement. Il voit chaque peintre attelé à sa tâche. Il sent le poids de la palette dans leur main, la pression du pinceau sur la toile, la pointe alourdie par la pâte. Les formes se brouillent. Il est submergé par les ombres, les teintes, et ces gens qu’il devine, une foule d’artistes, chacun debout, devant sa toile. Il est comme eux. Il est un parmi des milliers de peintres. Il appartient à leur confrérie insensée. Oui, il est comme eux. Fou comme eux. Acharné à faire émerger quelque chose. Il ne sait même pas quoi. Il ne se le demande pas. Tout ce qu’il sait, c’est la solitude, l’insatisfaction permanente, l’acharnement, la rage de l’impuissance, l’inabouti perpétuel, l’âme toujours inquiète. Tout ce travail, pour avoir parfois, un court instant, l’impression de saisir quelque chose. Donner un sens. Essayer. À tout prix, pour survivre. Oui, sa famille, c’est eux : les sans-repos, les possédés, les obstinés. Ceux qui esquissent, biffent, modèlent, détruisent, et recommencent, sans fin, en quête d’une vérité. Une putain de vérité qui n’existe peut-être pas.

Sans l’honnêteté, il n’y a pas d’universalité possible, humaine et vivante. L’œil du peintre cherche l’intériorité vraie. Non pas l’intérieur des choses, mais sa propre intériorité, projetée sur celles-ci. Il invite le spectateur à faire de même. Le miroir exigeant du peintre est tourné vers lui-même, en même temps qu’il est tendu vers l’autre.

Marc a tort de chercher dans le monde l’explication de ses toiles. Celle-ci réside ailleurs. Elle est dans ce magma intérieur où il se laisse glisser. Une autre réalité accessible seulement par cet autre langage. Un langage vivant, spécifiquement humain, celui de la peinture, de la musique, de tous les arts. Sans frein, sans interdit, sans limite que celle imposée par l’honnêteté. Et ce n’est pas un soliloque. Tout juste un monologue. Parler seul, mais s’adresser à tous. Oui, il faut écarter le rideau, sans gêne, car ce n’est pas du narcissisme. Ce n’est pas de l’amour pour soi. Non, ce n’est même pas l’excuse de prétendre passer du particulier à l’universel. C’est une compulsion, une nécessité humaine. La respiration de notre grand bordel intérieur d’humains. Sans quoi l’on ne vit pas. Il faut l’offrir, généreusement, et que d’autres en prennent possession. C’est pour ça qu’il peint, qu’il enfante ses toiles. Le reste n’a pas de sens, pas de valeur. Il ne sait faire que ça de vrai.

samedi 25 mai 2019

[Brasseur, Diane] La partition





 

Au-delà du coup de coeur 
💓💓💓


Titre : La partition

Auteur : Diane BRASSEUR

Parution : 2019 (Allary Editions)

Pages : 448








 

Présentation de l'éditeur :   

Un matin d’hiver 1977, Bruno K, professeur de littérature admiré par ses étudiants, se promène dans les rues de Genève. Alors qu’il devise silencieusement sur les jambes d’une jolie brune qui le précède, il s’écroule, mort.

Quand ses deux frères Georgely et Alexakis apprennent la nouvelle, un espoir fou s’évanouit. Le soir même, ils auraient dû se retrouver au Victoria Hall à l’occasion d’un récital de violon d’Alexakis. Pour la première fois, la musique allait les réunir.
La Partition nous plonge dans l’histoire de cette fratrie éclatée en suivant les traces de leur mère, Koula, une grecque au tempérament de feu.

Elle découvre l’amour à 16 ans, quitte son pays natal pour la Suisse dans les années 20 et refera sa vie avec un homme de 30 ans son aîné. Une femme intense, solaire, possessive, déchirée entre ses pays, ses fils et ses rêves. Une épouse et une mère pour qui l’amour est synonyme d’excès.



Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Diane Brasseur est romancière et scripte pour le cinéma. Elle est l’auteure de Les Fidélités et Je ne veux pas d’une passion, publiés chez Allary Éditions et traduits dans huit pays.



Avis :

Je remercie NetGalley et Allary Editions pour cette lecture qui s’est avérée un immense coup de coeur.

Le roman s’ouvre sur l’imminente réunion tant attendue de trois frères séparés par la vie, et qui pourtant ne pourra avoir lieu. La mort vient en effet de cueillir Bruno K, l’aîné cinquantenaire, sur le trottoir qui le menait au concert de son frère Alexakis. C’était le soir où, enfin, la fratrie devait se retrouver.

Ils sont trois, nés de 1922 à 1931, de mère grecque et de père suisse pour les deux premiers, belge pour le benjamin. C’est toute leur vie que nous allons découvrir dans ce récit à rebours, celui de trois enfants d’abord, séparés et ballottés entre trois pays, au rythme de la vie tumultueuse de leur mère Koula et des évènements de leur siècle. Et on peut dire que rien ne fut ordinaire dans leur existence, que ce soit celle de Bruno, contaminé in utero par la syphilis paternelle, de Georgely, abandonné en Suisse par sa mère contrainte de choisir entre ses fils lors de sa fuite loin de son mari, ou d’Alexakis, né deux fois : en 1931 en Egypte, mais officiellement en 1932 en Grèce après le divorce et le remariage maternels, et qui porta, tant pis, les robes roses prévues pour la fille tant désirée.

Si le récit se déroule du point de vue de l’aîné Bruno, le personnage central est véritablement Koula, mère possessive et dévorante, femme solaire au tempérament entier et volcanique qui la porte à tous les excès. Elle qui rêvait des stars et de la célébrité, mena sa vie avec la passion tragique d’une véritable diva, éclipsant son entourage dans l’ombre de son aura, car comment trouver sa place auprès d’un tel astre sans s’y brûler ?

Le récit a de tels accents d’authenticité et est émaillé de tant de détails qui ne s’inventent pas, qu’il paraît la remembrance d’une saga familiale véritable : ce qu’il est sans doute d’ailleurs, à lire, à la fin du livre, les remerciements de l’auteur à son père pour les courriers conservés, alors que chaque chapitre s’ouvre sur des extraits de lettres. On a dès lors l’intuition, peut-être fausse, que l’auteur, franco-suisse, pourrait être une descendante de Georgely ou de Bruno.

Quoi qu’il en soit, la narration, habilement construite, est captivante : en nous faisant entrer dans cette histoire par la fin, l’auteur installe d’emblée le lecteur dans une tension tragique qui ne se relâchera pas, contrebalancée par une légèreté de ton teintée d’humour qui donne au récit une tonalité douce-amère : celle du souvenir, du temps passé, de l’inéluctabilité du destin et de la mort qui vient sceller à jamais les séparations et les regrets.

L’écriture est délicieuse, les mots admirablement choisis, le ton toujours parfaitement juste dans cette évocation si profondément empathique. C’est avec une infinie tendresse que s’y mêlent constamment rire et larmes, dans une simplicité et une économie de style qui exaltent l’émotion. La partition est une pépite, une lecture d’autant plus marquante qu’elle vous va droit au coeur. (6/5)




Citations :

« Tu voudrais tellement que je devienne célèbre, que tous les yeux soient braqués sur ton enfant, que toutes les bouches ne prononcent que son nom. Mon avenir, maman, veux-tu que je te dise en quoi il consiste ? Et oui maman, je n’ai plus les ambitions que tu m’attribues. Il m’a semblé que l’essentiel n’était pas de devenir un « grand homme », un homme célèbre, tout cela est si relatif. J’ai préféré essayer de devenir un homme complet. Un homme simplement. »

Alors que les joueurs entraient sur le terrain, à moins de deux kilomètres à vol d’oiseau, à table et en famille, dans sa cuisine, Paul Peter K se régalait d’un potage de légumes. « Navet, poirreau, patate, courrrge… », avec lenteur et en détachant chaque syllabe Koula énumérait les ingrédients. Elle regardait son mari droit dans les yeux. En soufflant sur le liquide brûlant, Paul ne se doutait pas que sa femme lui servait pour dernier repas, une soupe d’insultes.

Chez un grand musicien, le jeu est devenu si transparent, si rempli de ce qu’il interprète, que lui-même on ne le voit plus, et qu’il n’est plus qu’une fenêtre qui donne sur un chef-d’œuvre.

Bruno K se bouchait les oreilles avec les mains parce que les hurlements de son frère lui faisaient mal aux tympans et au cœur. Comment calmer un enfant de 7 ans qui n’a pas vu sa mère depuis quatre ans ? On lui avait promis, elle serait là, dans le train. Depuis une semaine on lui répète : « Mama sera là pour fêter Pâques. » « Dans trois jours Mama arrive. » « Demain. » Que faut-il lui dire maintenant ? « Ta Mama n’est pas venue parce qu’elle garde ton petit frère, l’autre, celui que tu ne connais pas, à Liège. » « Ta Mama n’est pas venue parce qu’elle n’en avait pas le courage. » Cyntho a bien essayé de lui donner « une demi-douzaine de baisers de la part de ta petite maman » mais qu’est-ce qu’il en a à fiche Georgely des baisers de la bouche de ce vieux monsieur qui parle l’allemand avec l’accent français. « Une demi-douzaine » comme si c’étaient des œufs.
 
 
 

Lisez ici mon interview de Diane Brasseur.  




Du même auteur sur ce blog :