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jeudi 18 septembre 2025

[Poix, Guillaume] Perpétuité

 


 



J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Perpétuité

Auteur : Guillaume POIX

Parution : 2025 (Gallimard)

Pages : 336

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur : 

18 h 45. Une maison d’arrêt du sud de la France. Pierre, Houda, Laurent, Maëva et d’autres surveillants prennent leur service de nuit. Captifs d’une routine qui menace à chaque instant de déraper, ces agents de la pénitentiaire vont traverser ensemble une série d’incidents plus éprouvants qu’à l’ordinaire.
En regardant celles et ceux qui regardent, Guillaume Poix plonge dans le quotidien d’un métier méconnu, sinon méprisé, et interroge le sens d’une institution au bord du gouffre.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Né en 1986, Guillaume Poix a publié plusieurs pièces aux Éditions Théâtrales, dont Soudain Romy Schneider, Un sacre / La vie invisible et Léviathan (matériau). Il est l’auteur de trois romans aux Éditions Verticales : Les fils conducteurs (prix Wepler – Fondation La Poste, 2017), Là d’où je viens a disparu (2020) et Star (2023).

 

 

Avis :

Immersion dans les entrailles d’une maison d’arrêt du sud de la France, Perpétuité épouse la touffeur de l’univers carcéral au plus près du vécu des surveillants, ces invisibles rouages pris dans la même logique d’usure, de répétition et de claustration que les détenus dont ils ont la garde. Entre gestes mécaniques, échanges furtifs et tensions larvées, la narration installe l’atmosphère sombre et pesante d’une nuit en détention où tout menace à chaque instant de basculer.

Hors des repères du monde ordinaire, la prison se mue en île nocturne, territoire clos et flottant où les surveillants-robinsons évoluent en apesanteur, livrés à eux-mêmes dans un huis clos traversé de tensions. Chaque nuit les dépose là, dans cet espace resserré où les corps s’épuisent, les regards se croisent sans s’attarder et les voix, souvent à demi-mot, trahissent une fatigue qui déborde le physique pour s’enfoncer dans les strates plus profondes de l’épuisement existentiel. Face à la cocotte-minute qu’est la détention – ses débordements imprévisibles, ses montées en pression, sa violence diffuse exacerbée par une surpopulation chronique –, ils doivent tenir seuls, sans relais ni échappatoire. Loin d’incarner une autorité distante, ils apparaissent eux-mêmes comme enfermés : dans des horaires inversés qui brouillent le rythme des jours, dans des protocoles automatisés qui déshumanisent les gestes, dans une vigilance de chaque instant où la moindre faille peut faire vaciller l’équilibre du lieu. Exposés à une pression institutionnelle constante, ils s’usent dans le silence, sans reconnaissance ni espace pour déposer ce qu’ils absorbent.

Dans ce climat, le défoulement et l’esprit d’équipe font figures de bouées de sauvetage. Entre deux rondes, dans un bureau trop exigu, autour d’un café tiède ou d’un sandwich avalé debout, surgissent des instants de respiration arrachés à la nuit, où l’on plaisante et chahute avec une rudesse complice, comme pour conjurer l’angoisse latente. Ces soupapes indispensables dans un quotidien vécu en apnée, seuls exutoires à une tension qui ne cesse de monter, l’auteur les restitue comme caméra au poing, dans un luxe de détails prosaïques et une oralité brute qui disent tout de la fatigue, de la solidarité et de la nécessité de tenir. Entre silences, soupirs et éclats de rire nerveux, cette langue vivante et rugueuse fait affleurer une angoisse sourde et une usure persistante qui imprègnent chaque échange et donnent au moindre geste une portée dramatique. Pris dans cette matière sonore et physique, le lecteur avance en retenant son souffle, comme s’il partageait lui aussi cette veille inquiète et ce vertige latent où, à tout instant, sur un mot mal placé ou un regard trop appuyé, tout semble pouvoir rompre.

Mais Perpétuité n’est pas seulement une atmosphère : il dresse un état des lieux alarmant d’un système carcéral français à bout de souffle. À travers les voix des surveillants, le roman donne à entendre la fatigue institutionnelle, la violence ordinaire, la solitude structurelle d’un métier relégué aux marges. Sans jamais verser dans le manifeste, le texte fait émerger la critique d’un système punitif censé contenir la violence mais qui la reproduit, conçu pour punir mais incapable de transformer, et qui, engorgé, en vient à se réduire à une gestion de flux où l’individu disparaît derrière le chiffre, le dossier et la procédure. Loin d’être un simple dysfonctionnement, la surpopulation chronique s’avère le symptôme d’un modèle qui ne sait plus quoi faire de ceux qu’il enferme – ni comment les accompagner, ni à quoi sert de les punir de cette façon. 

Plongée saisissante de réalisme dans les zones grises d’un appareil pénal enrayé, Perpétuité s’impose comme une œuvre lucide et profondément incarnée. Mais, à force de coller au grain du quotidien, de s’en tenir aux gestes et aux silences, l’on y frôle parfois l’asphyxie, la puissance du roman tenant autant à ce qu’il montre qu’à ce qu’il ne permet pas d’espérer. L’humanité vacillante qu’il donne à voir semble condamnée à tourner en rond, sans horizon ni sursaut – une stagnation qui interroge moins la violence du système que notre capacité collective à en imaginer la sortie. (4/5)

 

 

Citations :

Il a découvert que l’illégalité n’a souvent rien de captivant, désœuvrement caractéristique, précarité sociale typique, désert affectif, chaos éducatif, tous ces verdicts comme autant de mornes cases cochées pour avoir une prise et ça s’arrête là. Ici comme ailleurs, derrière les murailles de cette maison d’arrêt, ils croulent sous les récidives soporifiques et interchangeables, il n’y a strictement rien de croustillant à raconter, trafic de dope, vols à l’étalage, braquages, embrouilles, accidents meurtriers d’alcooliques au volant, abus sordides – l’ordinaire et sa gueule de M. Tout-le-Monde, alors il ne veut plus rien entendre de ce qu’ils ont fait, il n’est pas là pour ça.


La taule dont on ne sait plus se dispenser, qu’on gave et qui soustrait au regard tout ce que l’on ne veut pas voir, pas comprendre, pas expliquer. La taule, en définitive, qui implosera bientôt à force de pression, d’injonctions contradictoires, d’opinion publique et de clientélisme, d’effectifs d’un côté, de sous-effectifs de l’autre, d’incidents, de hurlements, d’insalubrité, de rappels à l’ordre, de ressassements des mêmes histoires de merde. 
Oui, s’alarme Pierre tandis qu’il retrouve Maëva dans la salle de repos, cette taule-là ne va pas tarder à crever comme un canot de sauvetage et alors, quand ça arrivera, tout l’air vicié respiré par les cœurs suppliciés pas moins humains qui la peuplent et la surveillent, l’animent et la défendent, tout l’air qu’on pompe et rejette en espérant l’avoir assaini par le miracle de l’amendement, vieille marotte de la pénitentiaire, tout cet air-là déferlera dans les villes et les campagnes, les ports et les banlieues, les rues, les avenues – et il n’y aura plus qu’à constater qu’il n’est pas plus corrompu qu’au-dehors.


La taule, c’était la poule ou l’œuf ? Qu’est-ce qui venait en premier, le délit ou la détention ? À reconsidérer les individus avec lesquels elle avait longuement cohabité et dont elle estimait avoir, d’une certaine manière, charge d’âme, elle avait fini par se convaincre que tout cela n’était qu’une mascarade conçue et mise en scène par des gens qui ne mettaient jamais un pied en détention mais définissaient le profil de ses usagers, des gens qui, dehors, affichaient leur foi en l’institution carcérale, qui estimaient bruyamment ou tacitement qu’elle avait une vertu et servait à quelque chose – non pas à supprimer la criminalité ou les infractions, son inefficacité était criante sur ce point, non pas à rééduquer les détenus, non pas à protéger qui que ce soit, mais bien à inventer la délinquance.

 

samedi 25 novembre 2023

[Bégaudeau, François] L'amour

 



 

Coup de coeur 💓

 

Titre : L'amour

Auteur : François BEGAUDEAU

Parution : 2023 (Gallimard)

Pages : 96

 

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

« J’ai voulu raconter l’amour tel qu’il est vécu la plupart du temps par la plupart des gens : sans crise ni événement. Au gré de la vie qui passe, des printemps qui reviennent et repartent. Dans la mélancolie des choses. Il est nulle part et partout, il est dans le temps même.
Les Moreau vont vivre cinquante ans côte à côte, en compagnie l’un de l’autre. C’est le bon mot : elle est sa compagne, il est son compagnon. Seule la mort les séparera, et encore ce n’est pas sûr.
»

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

François Bégaudeau est né en 1971 à Luçon. Outre de nombreux essais, pièces de théâtre, scénarios de BD et documentaires, il est l’auteur de douze fictions depuis 2003 aux Éditions Verticales, dont Jouer juste, Entre les murs (prix France Culture-Télérama 2006, adapté au cinéma par Laurent Cantet), La blessure la vraie, Molécules, En guerre, Un enlèvement et Ma cruauté.

 

Avis :

L’amour avec un petit a, celui qui ne fait pas de bruit et porte à peine son nom mais vous rend compagnons de toute une vie : moins de cent pages suffisent à François Bégaudeau pour toucher son lecteur aux larmes avec les cinquante ans de vie commune de Jacques et Jeanne Moreau, un couple on ne peut plus ordinaire de la classe moyenne.

Ils avaient vingt ans lorsqu’ils se sont trouvés au début des années soixante-dix. Pas de coup de foudre ni de passion brûlante, mais une calme évidence apparue au détour d’une promenade autour de leur petit bourg de l’ouest de la France : il fallait bien sortir le chien. S’ensuivent un mariage, un enfant, et un demi-siècle de vie commune. D’extraction ouvrière, elle est devenue secrétaire, lui jardinier municipal. En dehors du travail et du patient tricotage de leur vie matérielle, elle ne rate rien de ce qui concerne Richard Cocciante pendant que lui collectionne les maquettes de fusées. Leur cocker s’appelle Boule, leur fils Daniel comme Balavoine, ils partent en vacances au bord de la mer, et le temps passe, dans une routine qui figent leurs manies et leurs agacements mutuels : « Jacques énerve Jeanne à mettre des cornichons avec tout, à manger la peau du saucisson sec, à remettre un tee-shirt sale... » « Jeanne énerve Jacques à répéter qu’il n’en fout pas une alors que dès qu’il aide elle l’engueule, à nager la tête hors de l’eau pour garder les cheveux secs, à sortir l’aspirateur pour une miette... » Mais rien, ni dispute ni accident – une inconnue débarque un jour, qui vient avouer une ancienne liaison avec Jacques – ne vient jamais remettre en cause la paire que ces deux-là forment. La vieillesse est déjà là, le fils est parti travailler en Corée, ils risquent de ne plus voir beaucoup les petits-enfants. Et puis, c’est la fin, qui les sépare, quoique…

Est-ce seulement l’amour qui les unit, un amour qui jamais d’ailleurs ne se met en mots mais prend la forme muette des gestes du quotidien, ou plutôt la force d’une alliance, affective et matérielle, en quelque sorte un plus ou moins conscient calcul sécuritaire, pour mieux traverser la vie ? En tous les cas, ces deux-là sont tout à fait représentatifs de leur génération, qui ne divorçait pas beaucoup, souvent parce que de toute façon la sécurité matérielle interdisait la séparation. Entre hasard et nécessité, ils se sont reconnus et, sans éclats ni grands sentiments, ont décidé une fois pour toute de leur cheminement côte à côte. Par petites touches rapides et autant de détails datés qui nous font reconnaître aussi vrais que nature nos parents ou nos grands-parents, l’auteur en trace avec tendresse un portrait quasi sociologique, en même temps qu’il nous émeut du mélancolique passage du temps, imperturbable métronome de notre fugitive et généralement anonyme condition humaine.

François Bégaudeau dit avoir pensé à Un coeur simple de Gustave Flaubert. Il réussit un livre universel, court et d’un seul trait comme la vie : une sorte de film en Super 8, sans discours ni analyse mais vaste de ses ellipses, qui condense dans son sautillement accéléré le reflet de notre fragile humanité et l’infinie mélancolie du temps qui fuit. Coup de coeur. (5/5)

 

Citations :

Au boulot, il n’est pas rare qu’une copine raconte qu’elle s’en est pris une. En attaquant le reblochon, Frédéric admet qu’il est parfois un peu brutal.
— Brutal comment ?
— Brutal normal.
— C’est pas normal de taper.
— C’est pas toi qui vis avec.
Jeanne regarde Jacques qui ne dit rien.

Qu'est-ce qu’il emporterait sur une île déserte ? Sa femme, pour la lessive. Qu'est-ce qu'elle n'oubliera jamais d'emmener en vacances ? Son mari, pour le noyer.

Ils couchaient ensemble comme ça de temps en temps, quand ça les prenait. (...)
— Ça s’est terminé quand je suis entrée chez Michelin.
— T’aurais continué si t’y étais pas entrée ?
— On peut pas savoir.
— T’aurais continué ou pas ?
— On peut pas savoir.
Déjà qu’on n’en sait pas beaucoup sur ce qui se passe, comment veux-tu en savoir sur ce qui se passe pas.

 

mercredi 15 novembre 2023

[Seethaler, Robert] Le café sans nom

 



J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Le café sans nom
           (Das Café ohne Namen)

Auteur : Robert SEETHALER

Traduction : Élisabeth LANDES
                       et Herbert WOLF

Parution :  2023 en allemand (Autriche)
                   et en français
                   (Sabine Wespieser)

Pages : 248

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

Chaque matin, en allant au marché des Carmélites où il travaille comme journalier, dans un faubourg populaire de Vienne, Robert Simon scrute l’intérieur du café poussiéreux dont il rêve de reprendre la gérance. Encouragé par l’effervescence qui s’est emparée de la ville, en pleine reconstruction vingt ans après la chute du nazisme, il décide, la trentaine venue, de se lancer dans une nouvelle vie. Comme le lui dit sa logeuse, une veuve de guerre : « il faut toujours que l’espoir l’emporte un peu sur le souci. Le contraire serait vraiment idiot, non ? ».

En cette fin d’été 1966, c’est avec un sentiment d’exaltation qu’il remet à neuf le lieu qui va devenir le sien. Homme modeste, de peu de mots, il trouverait prétentieux de lui donner son propre patronyme : ce sera donc le « Café sans nom », où va bientôt se retrouver un petit monde d’habitués. Le succès est tel que Robert ne tarde pas à proposer à Mila, une jeune couturière juste licenciée par son usine, de venir le seconder.

En quelques traits, en quelques images saisissantes, l’écrivain rend terriblement attachantes les figures du quotidien qui viennent, le temps d’un café, d’une bière ou d’un punch, partager leurs espoirs ou leurs vieilles blessures. Et si, au fil des saisons et des années, des histoires d’amour se nouent, bagarres et drames ne sont jamais loin, battant le pouls de la ville.

Robert Seethaler puise en effet l’inspiration de son nouveau et magnifique roman dans l’endroit qui l’a vu naître : ses descriptions de Vienne émergeant des décombres, à l’ombre tutélaire de la Grande Roue du Prater, confèrent aux personnages du Café sans nom, et notamment à celui qui en est l’âme, une tendresse et une saveur bien particulières.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

Né en 1966 à Vienne, Robert Seethaler est également acteur et scénariste. Il vit à Berlin.
Le Tabac Tresniek (2014), Une vie entière (2015), Le Champ (2020) et Le Dernier Mouvement (2022), tous parus chez Sabine Wespieser éditeur, l’ont imposé en France comme l’un des écrivains de langue allemande les plus importants de sa génération. Son œuvre est traduite dans le monde entier, et il jouit en Allemagne et en Autriche, où certains de ses livres ont atteint des ventes de plus d’un million d’exemplaires, d’une formidable notoriété.
Das Café ohne Namen (Le Café sans nom) paraît à Berlin, chez Claassen (Ullstein), en avril et en France, chez Sabine Wespieser éditeur, en septembre 2023.

 

 

Avis : 

Robert Seethaler aime les gens ordinaires, ces ombres de tous les jours qui ne laisseront ni  traces ni souvenirs mais qui n’en sont pas moins la chair et l’âme de leur époque. Déjà, son roman Le champ se faisait l’écho de la rumeur de leur vie en laissant les morts d’un petit cimetière raconter leurs existences oubliées et raviver un temps le souffle d’un passé éteint. Cette fois, il convoque les modestes habitués qui, en 1966 – l’année de sa naissance –, fréquentaient un petit bistrot de quartier, à Vienne, sa ville natale, pour évoquer en transparence les prémices d’un temps nouveau hésitant à fleurir sur les ruines encore visibles de la guerre et sur le souvenir d’un glorieux passé impérial.

Journalier au marché des Carmélites, un faubourg populaire proche du Prater et de son emblématique Grande Roue, le trentenaire Robert Simon réalise un vieux rêve en reprenant la gérance d’un vieux café abandonné. L’établissement qui, récuré à l’huile de coude, a fait peau neuve sans que le nouveau maître des lieux trouve à le baptiser – « Tout compte fait, le Danube existait avant que quelqu’un l’appelle Danube. Alors, ton café restera sans nom et c’est très bien comme ça », déclare tranquillement un ami boucher –, devient bientôt le point de ralliement du quartier, un havre où il fait bon s’attarder pour bavarder ou simplement se taire, boire un verre, et surtout partager un peu de chaleur humaine.

Croquant en quelques traits saillants les silhouettes attablées, restituant le bourdon sonore de leurs menus propos, c’est une peinture du rien et de l’ordinaire qui, par mille détails choisis, restitue peu à peu l’atmosphère et la trame, sans grand rêve et souvent pleine d’accrocs, de la vie des petites gens de ce quartier. Une vie insignifiante qui ne pèse pas lourd mais les écrase parfois, ne leur laissant plus guère que leur dignité fière et leur indéfectible magnanimité les uns envers les autres. Mais, îlot assiégé par la transformation de la ville – « Les temps présents n’étaient qu’une tumeur qui proliférait sur le terreau d’un passé pourri, dévoyé, et finirait forcément par attaquer l’avenir et mener à la perte irrémédiable de tout ce qui rendait la vie encore un peu supportable. » –, le café sans nom ne pourra empêcher bien longtemps la vie de quartier de s’éteindre. Avec lui disparaîtra un de ces « dernier[s] endroit[s] auquel se raccrocher », où l’« on peut parler quand on en a besoin et se taire quand on en a envie ».

« Maintenant vous allez peut-être vous dire : ils n’ont qu’à aller ailleurs, ces pauvres bougres, le changement ça fait mal, rien n’est éternel, etc. Et bien sûr vous avez raison. Mais je connais des gens pour qui le bout de la rue, c’est déjà trop loin. Ceux-là, ce n’est pas le changement qui leur fait mal, mais tout le corps, parce qu’ils passent leur journée à crapahuter sur un chantier ou à se courber devant une machine, ou simplement parce qu’ils sont trop vieux ou trop abîmés ou les deux à la fois. »

De sa plume aisément reconnaissable, l’écrivain autrichien signe un nouveau roman tout en retenue et douce mélancolie, une ode d’une extrême humanité à la Vienne des années soixante. (4/5)

 

 

Citations :

Les gens qui ont des choses à dire, généralement ils ne parlent pas. 

Ils n’avaient pas eu d’enfants et jamais parlé d’amour, leur vie commune avait pris une certaine forme d’évidence qui leur suffisait. Elle s’était d’autant plus étonnée de l’allégresse avec laquelle il était parti à la guerre. Il rayonnait littéralement le jour de son départ, disait-elle. Et pour la première fois, l’idée l’avait effleurée que les hommes se languissaient leur vie durant d’être ailleurs que dans les bras d’une épouse ou derrière un guichet de l’administration des postes et des télégrammes.
Quand, un an et demi plus tard, lui parvint une lettre qui parlait d’accomplissement du devoir de soldat et de sincères condoléances, elle n’éprouva pas de chagrin, tout au plus une sorte d’amer ressentiment à l’encontre de cette guerre qui lui avait surtout pris l’illusion d’une vie réussie.

Les temps présents n’étaient qu’une tumeur qui proliférait sur le terreau d’un passé pourri, dévoyé, et finirait forcément par attaquer l’avenir et mener à la perte irrémédiable de tout ce qui rendait la vie encore un peu supportable.

 

Du même auteur sur ce blog :

 
 


 

lundi 14 juin 2021

[Lahiri, Jhumpa] Où je suis

 


 

J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Où je suis
            (Dove mi trovo)

Auteur : Jhumpa LAHIRI

Traductrice : Hélène FRAPPAT

Parution : en italie en 2018,
                   en français en 2021

Editeur : Actes Sud

Pages : 160

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

Effarement et exubérance, enracinement et étrangeté : dans ce nouveau roman, Jhumpa Lahiri pousse l’exploration des thèmes qui sont les siens à leur limite. La femme qui se tient au centre de l’histoire est professeur, elle a quarante ans et pas d’enfants. Elle oscille entre immobilité et mouvement, entre besoin d’appartenance et refus de nouer des liens. La ville italienne qu’elle habite, et qui l’enchante, est sa confidente : les trottoirs autour de chez elle, les parcs, les ponts, les piazzas, les rues, les boutiques, les cafés, la piscine dans laquelle elle se fond, la station de métro qui l’emmène toujours plus loin, et quelquefois chez sa mère, murée dans une solitude sans remède depuis la mort de son mari. Elle a des amies femmes, des amis hommes, et puis il y a « lui », une ombre qui la réconforte et la trouble tout à la fois. Mais en l’espace d’une année, au fil des saisons, une transformation se produit. Et un jour, à la plage, submergée et comblée par la chaleur vitale du soleil, la femme s’éveille et renaît.

Roman spectral et délicat, le premier de son auteur à avoir été écrit en italien, Où je suis brûle du désir de passer les frontières et de forger une nouvelle langue littéraire.

  

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

Romancière américaine originaire du Bengale et née à Londres, Jhumpa Lahiri est l’auteur à succès de L’Interprète des maladies (prix Pulitzer 2000, Mercure de France) et, plus récemment, chez Robert Laffont de Un nom pour un autre (2006), Sur une terre étrangère (2010) et Longues distances  (2015). Chez Actes Sud : En d'autres mots (novembre 2015).

 

 

Avis :

La narratrice, professeur de lettres de quarante-cinq ans, vit seule dans son petit appartement plein de livres, quelque part en Italie. Elle y mène une vie tranquille, sans grande aspérité, uniquement occupée des petites choses du quotidien qu’elle observe avec finesse, emplissant de jolis carnets que personne ne lira jamais. Personne, sauf les lecteurs de ce petit livre...

Les notes et les observations quotidiennes que la narratrice accumule comme pour exorciser le vide et la solitude, voire même pour exister, sont autant de délicats instantanés d’une vie si plate que le moindre détail en acquiert un singulier relief. Tous ces petits riens auxquels viennent s’accrocher l’âme et la sensibilité de cette femme finissent par dessiner en creux un portrait frémissant d’humanité, dont les ombres, bien mieux que des mots, laissent deviner sa personnalité et ses émotions profondes.

Elle-même, étrangère à toute introspection, ne se livre guère. Heureuse de ses choix de vie quand elle s’agace du besoin de sa mère de se sentir perpétuellement entourée, en même temps étonnée de voir son amie lui envier le calme de son existence, elle semble osciller, sans en avoir vraiment conscience, entre le rassurant et confortable attachement à son chez elle, à sa ville et à sa routine, et la vague intuition de passer à côté de quelque chose. En particulier lorsque sa complicité avec l’un de ses amis mariés éveille chez elle un discret trouble… Longtemps prisonnière de ses hésitations, elle finira par opter pour le changement, en partant pour une année d’études dans une autre ville. Mais, sans remise en cause, trouvera-t-elle l’herbe plus verte ailleurs ?

L’on referme ce livre impressionné par la maîtrise et la subtilité de sa construction, qui, touche après touche, révèle un motif d’ensemble confondant de profondeur, de justesse et de délicatesse. Que de charme et d‘élégance dans ce roman hors du commun ! (4/5)


Citations :  

Faire la solitaire est devenu mon métier. Il s’agit d’une discipline, je m’efforce de la perfectionner mais pourtant j’en souffre, la solitude a beau être une habitude elle me désespère, sans doute à cause de l’influence de ma mère. Ma mère a toujours eu peur de la solitude et désormais sa vie de vieille l’accable, au point que quand je l’appelle pour avoir de ses nouvelles, elle se contente de répondre : Plutôt seule. Elle manque d’occasions amusantes et surprenantes, bien qu’en réalité elle ait de nombreux amis qui l’aiment, une vie sociale plus complexe et mouvementée que la mienne. La dernière fois que je lui ai rendu visite, par exemple, le téléphone n’a pas arrêté de sonner. Il n’empêche qu’elle me paraît toujours en attente, de quoi, je l’ignore, le passage du temps est devenu son fardeau.

La solitude exige une évaluation précise du temps, j’en ai conscience depuis toujours, comme de l’argent dans le porte-monnaie : la quantité qu’il faut tuer, la quantité qu’il reste avant le dîner, avant d’aller au lit.

Mes étudiants ne savent quasiment pas écrire à la main, il suffit d’appuyer sur des touches pour s’informer, pour s’aventurer dans le monde. Leurs pensées surgissent sur l’écran, elles habitent dans un nuage dépourvu d’existence, disponible à tout le monde.

Désormais ma mère est attachée à la vie comme un morceau de scotch jauni, dans un album de photos, qui peut lâcher à tout instant en accomplissant sa tâche. Il suffit de tourner la page pour qu’il se détache en laissant derrière lui, sur le papier, une tache claire, carrée.


 

vendredi 12 mars 2021

[Stefansson, Jon Kalman] Lumière d'été, puis vient la nuit

 

 

 

J'ai moyennement aimé

 

Titre : Lumière d'été, puis vient la nuit
            (Sumarljós og svo kemur nóttin)

Auteur : Jon Kalman STEFANSSON

Traducteur : Eric BOURY

Parution : 2005 en Islandais,
                   2020 en France

Editeur : Grasset

Pages : 320

 

 
 

 

Présentation de l'éditeur :  

Dans un petit village des fjords de l’ouest, les étés sont courts. Les habitants se croisent au bureau de poste, à la coopérative agricole, lors des bals. Chacun essaie de bien vivre, certains essaient même de bien mourir. Même s’il n’y a ni église ni cimetière dans la commune, la vie avance, le temps réclame son dû.
Pourtant, ce quotidien si ordonné se dérègle parfois  : le retour d’un ancien amant qu’on croyait parti pour toujours, l’attraction des astres ou des oiseaux, une petite robe en velours sombre, ou un chignon de cheveux roux. Pour certains, c’est une rencontre fortuite sur la lande, pour d’autres le sentiment que les ombres ont vaincu - il suffit de peu pour faire basculer un destin. Et parfois même, ce sont les fantômes qui s’en mêlent…
En huit chapitres, Jón Kalman Stefánsson se fait le chroniqueur de cette communauté dont les héros se nomment Davíð, Sólrún, Jónas, Ágústa, Elísabet ou Kristín, et plonge dans le secret de leurs âmes. Une ronde de désirs et de rêves, une comédie humaine à l’islandaise, et si universelle en même temps. Lumière d’été, puis vient la nuit charme, émeut, bouleverse.

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Né en 1963, Jón Kalman Stefánsson est l’auteur d’une œuvre importante traduite dans le monde entier. Son roman Ásta, publié en août 2018, a été un grand succès en France, et ses précédents romans, notamment Entre ciel et terre et D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds, repris en Folio, sont déjà des classiques. La version originale de Lumière d’été, puis vient la nuit a été publiée en 2005 en Islande.
 

 

Avis :

Dans ce petit village d’Islande où les saisons se succèdent en ne se différenciant que par la longueur de jour laissée par la nuit, le quotidien est si morne que les plus petits détails font figure d’évènements et ne passent inaperçus de personne. Un rien suffit parfois à susciter la tempête, dans un tourbillon irrationnel de désirs, de ressentiments ou de craintes…

Tel le coryphée d’une tragédie grecque observant et commentant les actions aveugles des personnages, l’auteur se poste en témoin extérieur d’une série de saynètes, mettant en scène les menus incidents qui font figure de cataclysmes dans la vie monotone de villageois ordinaires. Toutes ces petites histoires gravitent autour de pulsions et de désirs plus ou moins licites et assouvis, de rancunes et de frustrations, de peurs irraisonnées toujours prêtes à surgir. Si elles emplissent la vie de leurs protagonistes, elles prennent une coloration bien dérisoire sous l’oeil critique et les commentaires caustiques de leur scrutateur.

Elles deviennent alors l’occasion de quelques réflexions critiques sur l’ineptie de nos existences contemporaines qui, choyées comme jamais par le confort et la facilité, n’en rendent pas les humains plus heureux. Prisonniers d’une immédiateté égoïste qui les isole les uns des autres, efface ceux qui les ont précédés et ne laissera rien aux générations futures, les hommes n’ont tiré aucune sagesse de leurs nouveaux savoirs. La science a remplacé croyances et spiritualité sans répondre à leurs questionnements fondamentaux et sans éradiquer leur peur du noir et de la mort. Les comportements les plus irrationnels ne demandent qu’à resurgir chez des êtres qui, par ailleurs, n’ont jamais mis le progrès à profit pour réfléchir et donner la priorité aux valeurs essentielles de la vie.

Aussi bien écrit et pétri d’humour qu’il soit, ce livre m’a profondément ennuyée. Les épisodes s’accumulent sans grand lien les uns entre les autres, et surtout sans vraiment illustrer un propos certes intéressant mais somme toute peu creusé. Leur succession m’a d’autant plus découragée, qu’en plus de ne s’y passer pas grand-chose, leur narration froide et distanciée m’a interdit toute émotion et tout attachement aux personnages. Surnage chez moi une impression persistante d’absurde non-sens, sans doute recherchée par l’auteur, mais qui m’a plus durablement assommée qu’intéressée. (2/5)

 

Citations :

Car il se trouve encore des gens qui s’attellent à écrire des lettres. Nous entendons par là à l’ancienne mode, ils couchent les mots sur le papier, ou les écrivent sur le clavier de leur ordinateur puis les impriment, glissent la feuille dans une enveloppe qu’ils portent au bureau de poste, et que le destinataire reçoit au mieux le lendemain, mais bien souvent beaucoup plus tard. N’est-ce pas là s’accrocher à un monde disparu, une forme de passéisme, une tentative de rallumer des braises depuis longtemps éteintes ? Nous sommes habitués à la vitesse, on écrit les mots sur le clavier, on presse une touche et leur destinataire les reçoit aussitôt. C’est ce que nous nommons réactivité. Dans ce cas, pourquoi prendre la peine d’expédier une lettre par voie postale, une telle lenteur met notre patience à rude épreuve – autrement dit : pourquoi aller quelque part en charrette à cheval alors qu’on dispose d’un bolide ? Les mots stockés dans les ordinateurs sont condamnés à sombrer dans le néant, claquemurés dans des logiciels obsolètes, définitivement perdus quand la machine plante, nos pensées et nos réactions disparaissent. D’ici à un siècle, et plus encore dans un millénaire, personne ne saura que nous avons existé. Naturellement, nous ne devrions pas nous en alarmer, nous vivons ici et maintenant, mais un jour, nous tombons sur d’anciennes lettres qui remuent au fond de nous un je-ne-sais-quoi, nous avons l’impression de retrouver un fil attaché à notre personne, et qui plonge dans le passé, alors, nous pensons, voilà le lien qui unit les siècles :                        
Londres, le 28 mai 1759,             
reviens vite de cette guerre imbécile, rentre tout de suite à la maison pour mordiller mes seins. Je ne suis rien, je suis perdue en ton absence.                     
Les messages que nous échangeons par ordinateur auront disparu d’ici à quelques années et la pensée, le sentiment que nous sommes en train de rompre le lien nous obsède, ce fil qui part de notre personne plonge désormais dans le néant, nous créons un vide qui jamais ne se comblera. Nous tenons avant tout à faire preuve de loyauté envers notre temps plutôt qu’envers un hypothétique futur, et malgré tout, nous sommes rongés par la mauvaise conscience autant que si nous commettions un crime, d’ailleurs, nous sommes très doués pour engranger toutes sortes de culpabilités. Nous nous sentons coupables de ne pas lire assez, de ne pas parler suffisamment avec nos amis, de consacrer trop peu de temps à nos enfants ou à nos anciens. Nous optons pour le mouvement perpétuel plutôt que de nous installer confortablement pour écouter la pluie, boire un café, caresser une poitrine. Et jamais nous n’écrivons de lettres.

Les larmes ont la forme d’une barque à rames, la douleur et la peine sont tapies sous le banc de nage. Celui qui pleure à un enterrement, pleure également sa propre mort et en même temps celle du monde, parce qu’à la fin tout meurt et il ne reste rien.
 
Jadis, la foi était notre sédatif, elle nous apportait l’espoir et définissait le but de nos vies, plus tard, la science l’a remplacée par le rêve d’un monde meilleur, d’une distance réduite entre les hommes, tout change. Les journées passent, puis les siècles, et aujourd’hui, la place de la religion se réduit pour ainsi dire à la messe du dimanche, la science est le domaine réservé des scientifiques de profession, et le rêve d’un monde meilleur s’est assoupi dans le canapé dernier cri. Le confort nous assaille, c’est à peine si nous gardons la tête hors de l’eau, perdus dans cet océan d’objets, nous somnolons, nous rêvons, et nos rêves se confondent avec les livrets en quadrichromie que publient les agences de voyages, ils s’immiscent entre les pages des magazines télé et prennent corps sur Internet. D’aucuns claironnent que les héros de chaque époque sont à l’image de leur temps et de leur environnement. Il y a un demi-siècle, nos modèles étaient peut-être les astronautes en qui nous voyions la grandeur de l’esprit humain, ils représentaient le triomphe de la science, l’accès à de nouveaux univers, une forme de témérité, nous n’affirmons pas que tout cela était caractéristique de cette période, loin de là, les symboles procèdent toujours par excès de simplification, mais tout de même – les héros de chaque époque sont un miroir de l’air du temps, de nos préoccupations, de nos rêves et de nos espoirs, un héros est un objectif, un phare qui nous guide, une consolation quand les vents sont contraires, l’homme en a besoin, c’est dans sa nature. Les grandes figures d’aujourd’hui ne sont-elles pas les journalistes, les architectes d’intérieur et les cuisiniers ?

« Il est des blessures si profondes et si proches du cœur / Que même la pluie sur les vitres de la cuisine devient parfois mortelle. »

Ne vous est-il jamais arrivé de vous dire que jamais dans l’Histoire nous n’avons vécu dans un tel confort, que l’individu n’a jamais eu à ce point la possibilité d’influer sur son environnement, qu’il n’a jamais été aussi simple de s’engager, mais que la volonté de le faire n’a jamais été aussi rare – comment se fait-il ? Se pourrait-il que la réponse se trouve dans une autre question : quels sont ceux qui tirent profit d’une telle situation ?

Qu’importe la vitesse à laquelle la science progresse, elle ne nous débarrasse pas de notre peur du noir, peut-être cette angoisse ne fait-elle au contraire qu’augmenter parce que l’homme moderne – j’entends par là le citadin, puisqu’on ne peut pas vraiment dire que nous soyons modernes – ne connaît plus les ténèbres, elles ont été éradiquées par une surabondance de lumière, un excès d’électricité. Les gens ne savent plus comment se débrouiller dans l’obscurité, ils ne savent plus tâter le sol de leurs pieds pour éviter de trébucher. 
 
L’être humain se confond avec ses actes or, la politique n’est que pouvoir et influence, il suffit de priver un homme public de l’un et de l’autre pour qu’il n’en reste rien.

Vous savez également que si nous continuons à vivre comme nous le faisons depuis des décennies, et là, nous parlons de l’humanité tout entière qui a certes effectué un grand bond en avant ; si nous ne transformons pas notre mode de vie et notre quotidien, nous courons à notre perte. Nous scions la branche sur laquelle nous sommes assis. Nous sommes à la fois le juge, le peloton d’exécution et le prisonnier attaché au poteau. Pourtant, nous vivons comme s’il n’y avait rien de plus naturel. En toute absurdité. Nous nous contentons simplement de réfléchir de temps à autre aux événements irrationnels, aux informations extravagantes, à l’absurdité des circonstances, à la déraison de la vie.

Nous sommes bien loin d’avoir surmonté notre peur de la nuit – qu’elle soit en nous, sous nos pieds ou n’importe où dans le monde.

La vie n’est en revanche que mouvement permanent, la poussière ne risque pas de se déposer à sa surface – puis un jour, tout se change en souvenirs et vous voilà mort.