samedi 29 mai 2021

[Tudoret, Patrick] La gloire et la cendre : l'ultime victoire de Napoléon

 






Coup de coeur 💓💓

 

Titre : La gloire et la cendre.
            L'ultime victoire de Napoléon

Auteur : Patrick TUDORET

Editeur : Les Belles Lettres

Année de parution : 2021

Pages : 228

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :   

Que se passe-t-il ce 15 décembre 1840 où les « cendres » de Napoléon Ier sont transportées, en grande pompe, de Courbevoie jusqu’à l’hôtel des Invalides ?
En dépit d’un froid sibérien, une véritable marée humaine — plus d’un million de personnes, dont Hugo, Balzac, Gautier et tellement d’autres —, vient rendre hommage à la dépouille d’un empereur déchu, mort dix-neuf ans plus tôt sur une île anglaise perdue, hostile, battue par les vents.
Quelques mois auparavant, La Belle-Poule appareillait à Toulon, sous le commandement du prince de Joinville, fils du roi Louis-Philippe, et c’était le début d’une incroyable et bouleversante épopée, de la dernière campagne du grand exilé de Sainte-Hélène. Ce sera son ultime victoire…

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Patrick Tudoret, docteur en science politique de l’université Paris I Panthéon-Sorbonne, est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages et de pièces de théâtre, dont La Gloire et la cendre, adaptée et jouée à Paris, en province et au festival d’Avignon. Ses livres — romans, essais… —, lui ont valu un certain nombre de prix dont le Grand Prix de la Critique, et le Prix des Grands Espaces. Il a également publié aux Belles Lettres Fromentin, le roman d'une vie (2018), récompensé en 2019 du Prix Brantôme de la Biographie historique.

 

Avis :

Dix-neuf ans après la mort de l’empereur déchu sur l’île de Sainte-Hélène, la dépouille mortuaire de Napoléon 1er est finalement rapatriée en France pour être inhumée aux Invalides le 15 décembre 1840. Plus d’un million de personnes, soit l’équivalent de toute la population du Paris de l’époque, se masse le long de l’impressionnant cortège qui traverse la capitale transie par un froid sibérien. Ce jour-là, en ce qui sonne comme une ultime victoire de l’illustre exilé, s’achève en grande pompe l’extraordinaire expédition partie de Toulon près de six mois plus tôt pour assurer le « retour des Cendres », et s’ouvre l’éternité de la gloire et du mythe…

Imprégné d’une abondante et sérieuse documentation qui lui permet une totale exactitude historique, Patrick Tudoret réussit à nous immerger dans une narration aux allures de reportage sur le vif, qui, en investissant le regard de la population parisienne et en s’assortissant des commentaires des personnages de l’époque – politiques, peintres ou écrivains, en tête desquels l’intarissable Hugo, mais aussi Balzac, Gautier, Lamartine, Chateaubriand… -, crée la sensation de vivre de l’intérieur cette froide et grandiose journée de 1840. A la plongée au plus près des événements répond une mise en perspective historique qui éclaire toute leur portée. Destiné à redorer l’image de la Monarchie de Juillet, le retour des Cendres s’avère un échec politique pour le roi Louis-Philippe et le gouvernement d’Adolphe Thiers, mais un magistral dernier coup d’éclat pour un Napoléon définitivement entré dans la légende.

Tandis que l’intérêt du lecteur rebondit de page en page, au fil de détails qui n’en finissent pas de surprendre, affleure aussi l’émotion, celle qui étreint le peuple de Paris et, en particulier, les plus humbles des vétérans. Mais c’est aussi le sourire aux lèvres que, décidément séduit, le lecteur se délecte de ce texte plein d’humour et d’esprit.

Aussi passionnant qu’étonnant, parfois bouleversant mais souvent drôle, ce récit d’une grande exactitude historique et d’une érudition sans apprêt coule avec la fluidité d’un roman, nous laissant songeurs face à tant d’incroyable théâtralité de l’Histoire et d’imprévisible puissance des ressorts de la gloire. Coup de coeur. (5/5)

 

 

Citations :

Napoléon, parangon du grand homme au sens hégélien du mot, cela ne fait aucun doute. Personne,  pas même son pire contempteur, ne pourrait lui contester ce statut. Grand homme de guerre, grand stratège, grand conquérant, grand esprit (même Germaine de Staël, son ennemie la plus acharnée sans doute, le concédait : « Chaque fois que je l’entendais parler, j’étais frappée de sa supériorité »), grand administrateur. Grand despote aussi et grand sacrificateur de vies humaines… Mais avant tout, ne fut-il pas un grand communicant, capable d’édifier son propre mythe à coups de géniales proclamations, de gazettes calibrées pour l’exaltation de sa gloire, d’art officiel voué à la promotion de son image, capable aussi de sculpter sa propre statue jusqu’à la veille de sa mort en dictant ses pensées à quelques évangélistes zélés ?

Affermir son pouvoir en consolidant celui du roi, c’est bien l’ambition de Thiers. Il lui faut pour cela gagner les coeurs bonapartistes, mais aussi ceux des républicains nostalgiques d’un ordre jacobin incarné naguère par un certain… Bonaparte. Accaparer symboliquement le pouvoir et le prestige de l’Empereur, mais aussi détourner l’opinion des sujets qui fâchent en faisant revenir ses cendres, voilà qui semble jouable et qu’il plaide auprès de son souverain. Outre qu’elle couperait l’herbe sous le pied de l’opposition bonapartiste, l’opération constituerait aussi un habile écran de fumée pour masquer les difficultés extérieures du pays et l’enlisement politique d’un régime atone et sans envergure.

C’est bien à une opération symbolique que vont se livrer le roi et son ministre, à une entreprise de réconciliation nationale. Rapatrier les restes de Napoléon et les conduire à leur dernier tombeau dans une procession comme les empereurs romains en auraient rêvé, c’est permettre à tous les Français de communier dans une même ferveur, autour d’un même symbole, ferment de l’unité nationale.

Dans un exercice assez fastidieux, j’ai relevé à Paris au moins cent soixante noms de rues, de boulevards, d’avenues, de squares ou de places qui font référence à Napoléon, au Consulat ou au premier Empire. Sans doute quelques généraux un peu plus obscurs que les autres m’auront-ils échappé.

Mme de Staël : « La gloire est le deuil éclatant du bonheur ».
 
Arthur Wellesley, duc de Wellington, est au fond le seul à avoir vraiment vaincu Napoléon sur un champ de bataille, mais à deux contre un ou presque et avec l’aide de Blücher. La revanche de l’histoire prendra la forme du plus terrible des venins : une véritable fascination du vainqueur pour le vaincu… Wellington, dit-on, passa des heures à méditer en silence devant le portrait de l’Empereur et n’eut de cesse qu’il n’eût créé le premier musée au monde qui lui fût presque entièrement consacré… Il ira jusqu’à se mettre en ménage avec la Grassini, cantatrice aussi célèbre pour sa voix que pour sa liaison avec son grand adversaire. Et l’historien Frédéric Masson de commenter, avec un rien de fiel : « Il a comme une folie de manger les restes de Napoléon... »

Fulgurante destinée que celui qui fut général de brigade à vingt-quatre ans, de division à vingt-six, général en chef de l’armée d’Italie un an plus tard, Premier consul à trente, empereur à trente-cinq pour achever son vol à quarante-six ans et mourir à cinquante et un. A cet âge, Alexandre avait conquis un monde, mais était mort depuis vingt ans, César, lui, avait à peine franchi le Rubicon et n’était pas encore César… Fulgurantes destinées de tous ces généraux, déjà aux commandes de l’armée à vingt-cinq ans à peine. Ils sont souvent morts avant la trentaine : Hoche, Marceau, Desaix… « Un hussard qui n’est pas mort à trente ans n’est qu’un jean-foutre », disait, d’ailleurs, le général Lasalle à ses troupes d’élite.

Une chose est sûre, Paris aura connu bien peu d’événements cérémoniels de la dimension du retour des Cendres : les funérailles de Victor Hugo, peut-être (deux millions de personnes défileront dans « son » avenue), et le défilé triomphal du général de Gaulle sur les Champs-Elysées à la Libération de Paris. Sic transit, aujourd’hui, le seul motif capable de mobiliser de telles foules serait sportif, comme la victoire de la France à la Coupe du monde de football de 1998…

Napoléon n’est jamais aussi grand qu’à l’heure de son déclin et même à son couchant. C’est là que se bâtit sa gloire, c’est là que se trame sa légende. Plus le « héros » est à terre, plus sont grandes les chances de son salut.

 

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2 commentaires:

  1. Ah Napoléon ! Je ne connais encore que peu de choses, juste le plus connu, mais avec ton avis sur ce livre, j'ai envie de me plonger dans ces pages et de me laisser porter.
    Merci et bon dimanche !

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    Réponses
    1. Je suis ravie que mon enthousiasme pour ce livre puisse être contagieux. Bonne découverte Malorie, j'espère qu'elle te procurera le même plaisir de lecture que moi. Bon dimanche et bonne fête des mamans, puisque j'ai vu sur ton blog que tu as une petite princesse.

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