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samedi 6 juin 2026

Critique : "Nous nous verrons en août" de Gabriel Garcia Marquez | Lectures de Cannetille

 

Couverture du roman "Nous nous verrons en août" de Gabriel Garcia Marquez


J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Nous nous verrons en août
            (In agosto nos vemos)

Auteur : Gabriel GARCIA MARQUEZ

Traduction : Gabriel LACULLI

Parution :  en espagnol (Colombie)
                   et en français
(Grasset)
                   en 2024                

Pages : 144

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :

Nous nous verrons en août est le roman inédit de Gabriel García Márquez, prix Nobel de littérature en 1982. Cette sortie mondiale est un événement éditorial majeur qui advient une dizaine d’années après la disparition de l’écrivain colombien, en 2014.
 
Chaque seize août, Ana Magdalena Bach prend un ferry pour se rendre sur une île des Caraïbes où est enterrée sa mère. Malgré la splendeur d’une lagune peuplée de hérons bleus, elle se contente de déposer un bouquet de glaïeuls sur sa tombe, ne passe qu’une nuit dans le vieil Hotel del Senador et retourne chez elle avec le bac du lendemain. Mais l’été de ses quarante-six ans, ses habitudes sont bouleversées. Le soir du seize août, Ana Magdalena remarque un homme qui finit par lui offrir un verre sur un fond de boléro. Lorsqu’elle se retrouve avec lui dans sa chambre, elle réalise que c’est la première fois qu’elle trompe son mari Domenico.
Prise pour une prostituée par cet homme dont elle ne connaît même pas le nom, Ana Magdalena repense sans cesse à lui. Enfin de retour sur l’île, le seize août suivant, Ana Magdalena ne retrouve pas son amant. Débute néanmoins une nouvelle phase de sa vie où chaque été, elle connaîtra une nouvelle aventure. De l’évêque en vacances au tueur en série en passant par l’ami d’enfance, Ana Magdalena multiplie les rencontres estivales tout en laissant son mariage partir à vau-l’eau. Lorsqu’elle comprendra la raison pour laquelle sa mère a choisi ce coin des Caraïbes comme ultime demeure, cette spirale érotique pourra-t-elle enfin se terminer  ?
 
Nous nous verrons en août est un roman d’une intense sensualité. Avec la découverte de la passion à l’âge mur, Gabriel García Márquez déploie tout son humour pour brosser le portrait d’une femme libre. Des retrouvailles avec un immense écrivain autant qu’une publication historique.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

Gabriel García Márquez est né en 1927 à Aracataca en Colombie, et décédé en 2014 à Mexico. Après des études de droit, il a été journaliste en Colombie puis au Mexique, en France et en Espagne. Ses premières nouvelles Des yeux de chien bleu et son premier roman Des feuilles dans la bourrasque ont été publiés en 1955. Cent ans de solitude paraît en 1967 et connaît un succès mondial. Il remporte en 1982 le Prix Nobel de Littérature.

 

 

Avis :

Dix ans après la disparition de Gabriel García Márquez paraît ce qui restera son ultime roman, fruit d’un minutieux travail de recomposition mené par ses fils à partir de multiples versions annotées. L’auteur, déjà affaibli par la maladie, avait jugé le texte inabouti. Pourtant, dans ces pages rassemblées comme on recueille les traces d’une mémoire qui se défait, s'élève toujours la voix intacte du maître. 

Installée dans un confort sans heurts, Ana Magdalena Bach voit son existence se dérégler à l’occasion d’un rituel immuable : chaque 16 août, elle se rend sur une île des Caraïbes pour fleurir la tombe de sa mère. Cette année-là, un infime déplacement dans l’ordre des choses – un visage inconnu, une musique trop chargée d’émotion – suffit à faire dérailler la mécanique bien huilée de sa vie. À partir de cette brèche, le roman explore la manière dont, une fois l’an, elle laisse s’exprimer une part d’elle-même que son quotidien étouffe. 

Gabriel García Márquez tisse autour de cette métamorphose discrète une variation sur le désir, la solitude et la condition féminine, des thèmes qui traversent une grande partie de son oeuvre. L’écrivain procède par touches légères, parfois cruelles, souvent teintées d’humour, dans une atmosphère où l’étrangeté s’insinue sans jamais se muer en fantastique. On y observe ce que la vie impose à nos aspirations, et la façon dont une femme tente d’y opposer, fût‑ce fugitivement, sa liberté.

La postface des fils de l’écrivain, bouleversante, rappelle la lutte entre le perfectionnisme d’un créateur et l’effacement progressif de ses facultés. On lit alors ce roman comme un geste ultime, fragile et têtu, d’un artiste refusant de renoncer à la fiction. Et c’est avec une émotion double – celle du texte et celle de sa genèse – que l’on referme ce livre inachevé mais vibrant, où la lucidité et la tendresse se mêlent dans un dernier souffle littéraire. (4/5)


 

Citation :

L’homme aux vingt dollars, dont le souvenir la rendait amère, lui avait ouvert les yeux sur la réalité de son mariage, jusqu’alors soutenu par un bonheur de convention qui esquivait les divergences pour ne pas trébucher contre elles, comme on cache la poussière sous le tapis.

 

vendredi 10 janvier 2020

[Pautrel, Marc] L'éternel printemps






J'ai beaucoup aimé

Titre : L'éternel printemps

Auteur : Marc PAUTREL

Année de parution : 2019

Editeur : Gallimard

Pages : 128






 

 

Présentation de l'éditeur :

«J’avais vu juste, elle n’a personne dans sa vie actuellement. De son côté, elle sait que je suis séparé. Elle a été mariée, a divorcé, n’a pas d’enfants. Elle sort peu, mais elle aime aller au restaurant. Parler sans fin en mangeant est également un de mes grands plaisirs.»


Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Marc Pautrel est né en 1967. Après des études de droit, il a décidé de se consacrer à l’écriture. Il a publié huit romans aux Éditions Gallimard dans la collection «L’Infini» : L’homme pacifique (2009), Un voyage humain (2011), Polaire (2013), Orpheline (2014), Une jeunesse de Blaise Pascal (2016), La sainte réalité (2017), La vie princière (2018) et L'éternel printemps (2019).


Avis :

Le narrateur, écrivain cinquantenaire, s’éprend d’une libraire de neuf ans son aînée. Son attirance est partagée, leur communion d’esprit parfaite et tous deux sont libres car divorcés. Pourtant, plus leurs liens se renforcent, et plus cette femme semble s’attacher à préserver une certaine distance. 

Peur de l’âge et du regard d’autrui, angoisse de la mort depuis le décès de sa mère : elle ne parvient pas à abattre les murs qui l’entourent et se réfugie dans un espace entre amitié et amour. Lui se montre patient et réceptif, tente de la convaincre qu’il reste du temps pour le bonheur, et, faute de parvenir à la rassurer tout à fait, accepte cet amour platonique, tendre et lumineux.

Empreint de douceur et de mélancolie, ce roman donne vie à deux personnages touchants et saisis dans leur infinie complexité : aucune complaisance ni mièvrerie dans cette histoire toute de délicatesse, où deux êtres se rencontrent sans parvenir à se rapprocher totalement, séparés par le temps qui passe et par la crainte de partager leur déclin à venir. Leur reste une bulle de tendre complicité, l’éternel printemps d’une relation jamais éclose, stoppée dès ses balbutiements par peur de l’abîmer.

J’ai beaucoup aimé ce petit livre à part, où la retenue et les non-dits pavent une relation construite sur le respect de l’autre et de ses sentiments, nourrie de la simple perspective de possibilités d’autant plus belles que, jamais concrétisées, elles garderont éternellement leurs promesses. (4/5)


Citations : 

De grandes grilles de fer forgé surmontées d’un blason et de pointes peintes en or délimitent l’enceinte du parc. Ensuite, une placette avec un bassin en domine toute l’étendue, puis on descend une dizaine de marches d’un escalier de pierre et le parc est là. Il y a plusieurs ensembles, une île japonisante entourée de ponts en demi-lune, un jardin botanique, un long bâtiment du XVIIIe siècle abritant une orangerie, un théâtre de Guignol devant lequel une vingtaine de chaises métalliques attendent les spectateurs, de grands espaces de gazon très épais et très vert, parfaitement tondu, sur lequel on peut marcher, s’asseoir ou s’allonger pour discuter, lire, dormir, pique-niquer. Ces espaces de gazon sont traversés par de larges allées de gravier zigzagantes qui y dessinent des courbes et font ressembler le parc à un minigolf, de sorte que, aperçus en surplomb depuis l’entrée, ils forment des dômes verts, comme le galbe sensuel d’une bête immense mais pacifique, une créature végétale endormie depuis mille ans et dont la respiration créerait un imperceptible mouvement de va-et-vient vertical berçant tous les promeneurs du parc.

La Ronde des Livres - Challenge 
Multi-Défis d'Hiver 2020