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mardi 6 janvier 2026

[Gaudemet, Nicolas] Nous n'avons rien à envier au reste du monde

 




J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Nous n'avons rien à envier 
            au reste du monde

Auteur : Nicolas GAUDEMET

Parution : 2025 (L'Observatoire)

Pages : 160

Accès au livre : ISBN 9791032936863  
                           en librairie

 

  

 

 

 

Présentation de l'éditeur :     

En Corée du Nord où chaque geste est surveillé, deux adolescents découvrent l’amour. Yoon Gi est d’une classe inférieure tandis que les parents de Mi Ran, membres de l’élite du Parti, l’ont déjà promise à un étudiant de la capitale. Pourtant, un regard échangé lors d’une exécution publique va bouleverser leur vie. Sous l’œil omniprésent des brigades de quartier et de la Sécurité d’État, leur passion clandestine devient une résistance silencieuse. Comment s’aimer dans une dictature où le moindre écart peut conduire en colonie de rééducation  ? Comment rêver de liberté quand tout invite à la soumission ? 
Avec Nous n’avons rien à envier au reste du monde, Nicolas Gaudemet livre un roman bouleversant, à la fois récit intime et fresque politique, où la passion lutte pour exister dans l’horreur ordinaire d’un régime totalitaire.
Un Roméo et Juliette nord-coréen, qui interroge en nous les limites du courage, de la révolte et de l’espoir.

 

 

Un mot sur l'auteur :

Prix Jules-Renard du premier roman pour La Fin des idoles, prix coup de cœur du Festival du livre audio et du podcast pour son adaptation en série audio, Nicolas Gaidemet a créé et co-dirige la collection Fidelio chez Plon.

 

 

Avis :

Par les rues silencieuses, de rares visages fermés se hâtent, chassés par le courant d'air froid de la peur. Une chape de plomb pèse sur toute la Corée du Nord, infiltrée par la propagande jusqu'au coeur des foyers et des conversations. Sous l'oeil invisible mais omniprésent du régime, le pays est un immense théâtre où chacun joue un rôle imposé dans la crainte permanente de la délation, ce réflexe inculqué dès l'enfance. 

Dans ce monde verrouillé, aimer est un acte insensé qui contrevient aux règles. C’est pourtant ce qui s’abat sans prévenir sur deux adolescents que tout sépare : Mi Ran, fille d’un cadre du Parti, élevée dans le confort relatif de la classe privilégiée, et Yoon Gi, jeune homme issu d’un milieu modeste, pour qui chaque faux pas pourrait signifier la disparition dans un camp. Leur rencontre lors d’une exécution publique – rituel macabre auquel la population est contrainte d’assister en rangs impassibles – n’a rien de romantique. Pourtant, au cœur même de cette mise en scène de la terreur, un simple échange de regard suffit à fissurer le carcan de l’obéissance.

Pour ces Roméo et Juliette privés de toute intimité, braver l’interdit marque le début d’une sortie du cadre qui fait s’écrouler le fragile agencement de leur existence et de celle de leurs proches. Passés du côté des réprouvés, les deux jeunes gens sont entraînés malgré eux dans une cascade de catastrophes inexorables et, éjectés du théâtre de la société nord-coréenne, en découvrent, dans une sidération qui n’a d’égale que leur terreur éperdue, l’inconcevable envers. On ne réalise pas impunément que les lumières chinoises scintillant sur l’autre rive du fleuve, face à votre propre nuit, n’ont en réalité rien du leurre auquel on vous a fait croire, et que mensonges et carton‑pâte appartenaient bien, en revanche, à votre quotidien pétri de privations.

À mesure que leur monde se délite, multipliant les obstacles et refermant les issues dans une tension croissante, le récit prend une tournure tragique de plus en plus implacable. Pourtant, dans cette tourmente où doutes et peurs s’affolent, une clarté nouvelle, douloureuse mais tenace, se fait jour. Comme une pousse improbable surgissant entre deux pierres, c’est une part d’humanité qui, aussi bafouée soit‑elle par la barbarie, la violence et le mensonge, n’en finit pas moins par défier l’écrasement et, parce qu’elle n’a de toute façon plus rien à perdre, par surgir là où on ne l’attendait plus.

Échappant au piège du sentimentalisme convenu que pourrait faussement laisser présager la tonalité romantique de sa couverture, le livre séduit par la fluidité de son récit et par son pouvoir d’addiction, mais surtout, par la vérité – aussi vivante que glaçante – de sa peinture du laminoir de l'oppression dictatoriale. Donnant à ressentir la claustration qui étouffe jusqu'aux pensées et sentiments intimes, le texte saisit la manière presque fortuite, l'infime déplacement qui, soudain, installe la possibilité d'une rébellion. Les deux adolescents au cœur du roman, vite broyés par la machine, ne sont plus seulement des individus pris dans la tourmente, mais les figures d’une humanité malgré tout irréductible – symbole fragile mais puissant du courage, de la dignité et de cette résilience qui, même sous le joug le plus implacable, refuse de s’éteindre. 

Lumineusement tragique dans la sobriété de son empathie, ce roman est le récit d'une éclosion : celle de la force inattendue qui finit un jour ou l'autre, inéluctablement, par surgir du plus profond de la vulnérabilité face à l'oppression. Une fort jolie réflexion sur ce que signifie résister, aimer, ou simplement persister à exister lorsque tout semble conspirer à vous écraser. (4/5)

 

 

Citation :

Dans notre pays, avoir un amoureux est proscrit hors mariage : cela peut nous distraire de l’idéal révolutionnaire. Flirter, même à l’université, ça vaut un renvoi. Alors au lycée, avec un jeune homme de classe inférieure… ce serait trahir sa famille et le Parti tout à la fois.
 
 
 

Lisez ici mon interview de Nicolas Gaudemet.

 


 

lundi 29 avril 2024

[Divry, Sophie] Fantastique histoire d'amour

 





J'ai aimé

 

Titre : Fantastique histoire d'amour

Auteur : Sophie DIVRY

Parution :  2024 (Seuil)

Pages : 512

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

Bastien, inspecteur du travail à Lyon, est amené à enquêter sur un accident : un ouvrier employé dans une usine de traitement des déchets est mort broyé dans une compacteuse.
Maïa, journaliste scientifique, se rend au Cern, le prestigieux centre de recherche nucléaire à Genève, pour écrire un article sur le cristal scintillateur, un nouveau matériau dont les propriétés déconcertent ses inventeurs.
Bastien apprend que l’accident est en réalité un homicide. Maïa, elle, découvre que l’expérience a mal tourné. Sa tante, physicienne dans la grande institution suisse, lui demande de l’aider à se débarrasser de ce cristal devenu toxique.

Ce roman addictif qui emprunte aux codes de la série et du thriller est aussi une histoire d’amour. Une rencontre inattendue entre un homme, vaguement catholique et passablement alcoolique, et une femme, orpheline et fière, qui a érigé son indépendance en muraille.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

Sophie Divry est née à Montpellier en 1979 et vit actuellement à Lyon. Elle a reçu la mention spéciale du prix Wepler pour La Condition pavillonnaire et le prix de la Page 111 pour Trois fois la fin du monde. Fantastique Histoire d’amour est son septième roman. Avec sensibilité, elle allie l’art du récit et une exploration de nos sociétés contemporaines.

 

 

Avis :

Enquête policière, thriller, romance et histoire fantastique : Sophie Divry mélange les genres sur fond très contemporain de solitudes, de souffrance au travail et de recherche scientifique, pour un épais roman aussi singulier qu’addictif.

Inspecteur du travail trouvant un réconfort approximatif dans une fréquentation accrue de la bouteille et des églises depuis que sa femme l’a largué, Bastien est amené à enquêter sur la mort d’un ouvrier, avalé par une compacteuse dans une usine de récupération de plastiques de la banlieue lyonnaise. Atteinte de « disparitionnite » au point d'en perdre son ordinateur professionnel et de se faire virer du magazine scientifique où, pigiste, elle s’efforçait de résister à la vague lucrative du sensationnalisme, Maïa s’intéresse aux travaux de recherche de sa tante dans les laboratoires du CERN à Genève et se retrouve impliquée dans la disparition d’échantillons de cristaux scintillateurs aux propriétés aussi dangereuses qu’inattendues.

Entre ces deux-là, rien de commun, si ce n’est que leurs deux enquêtes parallèles, nous plongeant au passage dans un piquant diptyque mariant analyse sociologique et vulgarisation scientifique, finissent par se rejoindre et, après avoir malicieusement fait lanterner le lecteur dans une suite haletante et rythmée de rebondissements, justifier les promesses du titre. Très fleur bleue, cette dernière partie viendrait presque faire retomber le soufflet, si l’ensemble du récit n’était porté par une plume vive à tendance corrosive, ébarbant à peine ses pointes de noirceur au contact d’une mélancolie tristement drôle.

Alors, fermant les yeux sur les aspects les plus faciles de la romance, l’on retient au final le plaisir d’une lecture détente, tendue par un suspense légèrement fantastique, délibérément romantique, mais dont on comprend qu’il masque à peine une lucidité abrasive sur les travers sociaux contemporains. Mieux vaut parfois rêver que pleurer… (3,5/5)

 

 

Citations :

Des souvenirs refoulés me remontaient à tout instant. Quelque chose cognait contre la paroi de mon angoisse, avec une force qui me dépassait. J’étais nul, ma vie était une erreur. Je ressassais la cruauté de mes parents à mon égard. Les coups, les mots. Je me rappelai ce soir où, collégien, j’avais surgi dans le salon en m’écriant : Je suis arrivé premier de ma classe au 100 mètres ! Ma mère était en train de nettoyer l’argenterie avec sa cousine. Elle m’avait répondu du tac au tac : Tu seras toujours premier sur le podium des imbéciles… J’avais ravalé mes larmes jusque dans ma chambre. Une mère normale aurait répondu autrement, je le savais. Mais il n’y a jamais d’autre mère.
 

Le soleil faisait fondre le gel à certains endroits, mais à d’autres l’ombre avait laissé des morceaux blancs intouchés, comme un sujet de conversation qu’il ne faut pas aborder.
 

L’accélérateur de particules du Cern engendre des millions de collisions de hadrons. Sauf que les hadrons sont invisibles. La lumière, elle, se quantifie, se mesure, s’étudie. Pour dire vite, si on envoie des hadrons dans un cristal scintillateur, ils vont le traverser et convertir la collision en lumière.


 

lundi 18 octobre 2021

[Halls, Stacey] Les sorcières de Pendle

 




J'ai moyennement aimé

 

Titre : Les sorcières de Pendle
            (The Familiars)

Auteur : Stacey HALLS

Traductrice : Fabienne GONDRAND

Parution : en anglais (Etats-Unis) en 2019
                  en français en 2020 (Michel Lafon)
                  et 2021 (Pocket)

Pages : 448

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :    

Lancashire, 1612. A 17 ans, la jeune châtelaine Fleetwood Shuttleworth a déjà par trois fois perdu un enfant à naître. Déterminée à donner un héritier à son époux, elle redoute amèrement l’issue de sa quatrième grossesse. Lorsqu'elle croise le chemin d’Alice Gray, une jeune sage-femme qui connaît parfaitement les plantes médicinales, Fleetwood voit en elle son dernier espoir.
Mais quand s'ouvre un immense procès pour sorcellerie à Pendle, tous les regards se tournent vers Alice, accusée comme tant d'autres femmes érudites, solitaires ou gênantes. Fleetwood fera tout pour arracher, coûte que coûte, sa bienfaitrice à la potence…

 

 

Un mot sur l'auteur :

Native du Lancashire, Stacey Halls a étudié le journalisme et a écrit pour des publications telles que The Guardian, Stylist, Psychologies, The Independent, The Sun et Fabulous. En 2019, son premier roman The Familiars a rencontré le succès. Elle a aussi publié The Foundling en 2020.

 

 

Avis :

A dix-sept ans et après trois fausses couches, Fleetwood Shuttleworth, l’épouse du maître de Gawthorpe Hall, à Pendle dans le Lancashire, désespère de mener à bien sa quatrième grossesse. Elle s’attache les services d’Alice Gray, jeune sage-femme experte en plantes médicinales, bientôt accusée de sorcellerie en même temps qu’onze autres femmes de Pendle. Persuadée de mourir en couches sans l’aide d’Alice, Fleetwood n’a plus qu’une obsession : sauver la jeune femme de la pendaison, en intervenant lors du vaste procès pour sorcellerie qui s’ouvre à Lancaster en cette année 1612.

Parmi les plus célèbres d’Angleterre, ce procès pour sorcellerie est inhabituel par le nombre – onze - des sorcières exécutées en même temps. Il s’inscrit dans un contexte général de chasse aux contestataires religieux, lancée par un Jacques 1er soucieux d’imposer l’Église anglicane, et à ce point préoccupé par la sorcellerie qu’il a lui-même écrit un ouvrage incitant à pourchasser ses adeptes. Restées dans les mémoires, les sorcières de Pendle ont, depuis, largement inspiré la littérature, suscité récemment quelques pétitions pour leur réhabilitation, et font aujourd’hui le bonheur de l’activité touristique et de l’industrie du souvenir locales…

Si Stacey Halls a le mérite de nous faire découvrir ces événements du 17e siècle en Angleterre, elle s’en est toutefois si librement inspirée qu’on en reste largement sur sa faim sur le plan historique. Faute en est à la narration totalement centrée sur le personnage imaginaire de Fleetwood, dont les préoccupations sentimentales et procréatrices occultent presque tout le reste. A la fois bien trop moderne et d’un cruel manque d’épaisseur qui finit par la rendre exaspérante de naïveté, elle fait du récit une romance trop inconséquente et simpliste, qui, non contente de rejeter sa thématique historique à l'arrière-plan, crée une dérangeante sensation d’anachronisme. Reste un texte fluide et agréable, sans grande originalité de style, qui, après la lenteur de sa première moitié, s’anime des tentatives de son héroïne d’empêcher l’inéluctable, avant une conclusion sucrée à souhait.

Cette exploitation très légère et romanesque d’une thématique dans le vent séduira davantage les amateurs – à vrai dire, plutôt les amatrices ? -, de romance que de roman historique. Une déception pour ma part, qui m’aura néanmoins fait découvrir l’existence d’un intéressant fait d'histoire. (2/5)

 

 

Citation :

« Les lois sont comme des toiles d’araignée ; les petites mouches s’y prennent, les grosses passent au travers. » (Sir Francis Bacon)


 

lundi 5 avril 2021

[Bordes, Gilbert] La prisonnière du roi

 


 


J'ai aimé

 

Titre : La prisonnière du roi

Auteur : Gilbert BORDES

Parution : 2021

Editeur : Les Presses de la Cité

Pages : 384

 

 

  

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur : 

Ingeburge, princesse danoise de grande beauté, devient reine de France le 15 août 1193. Or, dès le lendemain, le roi Philippe Auguste la répudie et la place sous la protection de Guilhem de Ventadour, colosse tonitruant, chevalier troubadour maniant aussi bien l’épée que la vielle. Ainsi commence un amour insensé entre le chevalier et la reine sans trône, enfermée dans des couvents successifs. Bientôt le pape s’en mêle et exige de Philippe Auguste qu’il reprenne son épouse. Refus du roi qui pousse l’affront jusqu’à se remarier avec Agnès de Méranie. En 1200, le pape décrète « l’interdit » sur le royaume de France : plus de messe, églises fermées à la prière, sacrements interdits…. A la mort d’Agnès, Philippe fait revenir Ingeburge près de lui. Mais il l’a fait enfermer dans le fort d’Etampes où elle demeurera treize longues années, très mal traitée. Durant tout ce temps, Guilhem et Ingeburge se rapprochent. N’écoutant que son sentiment, le chevalier trahit le roi pour rejoindre la prisonnière. Leur cavale amoureuse, courte, sera d’une grande intensité.
Guilhem est condamné au billot. Mais le roi lui fait grâce et Guilhem se cloître dans un monastère au bord de la Dordogne. Ingeburge elle, retrouve son sort de prisonnière jusqu’en 1213 où le roi la reprend près de lui, à sa place de reine.
Mais jamais, il ne partagera sa couche.

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Né en Corrèze, Gilbert Bordes est l’auteur d’une quarantaine de romans. Il a obtenu le prix RTL Grand Public pour La Nuit des hulottes et le prix Maison de la Presse pour Le Porteur de destins. Les Presses de la Cité ont notamment publié Le Cri du goéland, Le Barrage (dans la collection Trésors de France), Chante, rossignol, La Garçonne et Le Testament d’Adrien.

 

 

Avis :

En 1193, la princesse danoise Ingeburge épouse Philippe Auguste et est sacrée reine de France. A la consternation générale, dès le lendemain de la nuit de noces, Philippe réclame la dissolution du mariage. Il ne l’obtiendra pas, et Ingeburge, qui ne consentira jamais à sa répudiation, est enfermée pendant vingt ans dans différents couvents, puis, dans de terribles conditions, à la forteresse d’Etampes. Qu'à cela ne tienne, le roi se remarie. Bigame, il est excommunié par le pape qui jette l’interdit sur le royaume de France, y suspendant toute activité cléricale au grand dam de la population épouvantée et au bord de la révolte. La mort en couches de "l'épouse ajoutée" lève l’interdit, mais il faudra attendre l’an 1213 pour que Philippe Auguste se résigne à restituer ses droits d’épouse et de reine à Ingeburge. Celle-ci reprendra sa place comme si de rien n’était…

Habitant d’Etampes et auteur de nombreux romans historiques, Gilbert Bordes ne pouvait qu’être sensible aux ombres du passé, qu’avec un peu d’imagination, on est tenté de faire revivre autour des vestiges de l’ancienne forteresse royale qui dominait la ville. Des siècles d’histoire qui nous ont laissé cette unique tour, l’auteur a retenu l’incroyable et aujourd’hui méconnu destin de la reine Ingeburge : une femme à la personnalité sans aucun doute hors du commun, qui, bafouée et maltraitée de la pire manière et pour les plus obscures raisons, jamais ne lâcha prise et réussit, après vingt ans de résistance misérable et solitaire, à reprendre sa place sans broncher, et à s’entendre intelligemment avec l’époux qu’elle devait haïr…

A sa manière bien à lui, et même si le récit passe par quelques scènes d’exécutions sanglantes, l’auteur a recréé une version relativement tendre de cette histoire, traversée par une romance longtemps chaste entre l’héroïne emprisonnée et un chevalier proche du roi, chargé de ses nombreux transferts. Guerrier fruste au grand et droit coeur, c’est aussi entre ses mains que, comme dans tous ses livres, Gilbert Bordes place l’un de ces instruments à cordes qui lui sont si chers, puisque l’homme se fait à l’occasion troubadour en jouant de la vielle. 
 
On l’aura compris, tout en s'inspirant d’un fond et de personnages historiques réels, l’écrivain reste fidèle à son univers romanesque où la méchanceté et la cruauté trouvent toujours une sorte de contrepoids. Si l’ensemble en acquiert une certaine légèreté un peu idéaliste et ses personnages un parfum de fantasme, la lecture coule facilement, offrant un agréable moment de détente sans prétention et l’avantage d’un aperçu historique qui ne laissera personne indifférent : il est de ces destins dont la réalité dépasse toute fiction… (3/5)

 

Citations : 

- " Si le roi, un mois après notre avertissement, ne reprend pas en grâce la reine et ne lui accorde pas l'honneur qui lui est dû, alors tu jetteras l'interdit sur toutes ses terres, de telle sorte qu'on n'y célèbre aucun office et qu'on n'y administre aucun sacrement, à l'exception du baptême des enfants et de l'absolution des mourants..."
- Il n’osera pas ! s’exclama Philippe.
- A ce qu’on m’en a dit, c’est un homme déterminé, plus enclin à porter l’épée que la tiare. Ce n’est pas un pape ordinaire. Il n’est pas prêtre et ne peut dire la messe.
- Qu’est-ce que cela change ?
- Tout, sire. Il n’est pas aussi proche de Dieu que l’était Célestin. Le temporel l’intéresse autant que les voies du paradis. Il se comporte comme un roi, pas comme le vicaire de Jésus.

L’interdiction d’enterrer les morts en terre consacrée rendait l’air de Paris irrespirable. Les cadavres étaient parfois abandonnés aux portes des cimetières fermés à double tour ou dans les ruelles, les nombreux jardins et bosquets. C’était temps d’abondance pour les chiens errants et les nuées de corbeaux.
Dès les premiers jours, un commerce lucratif se développa près des cimetières. Des trouées avaient été percées dans les murs, fossoyeurs et prêtres se faisaient payer des sommes exorbitantes pour enterrer de nuit les morts dans les caveaux de famille.

Le peuple grondait. Il se heurtait aux gardes groupés en batailles qui n’hésitaient pas à le charger. (…)
Les messes noires remplaçaient celles des églises. On se rassemblait dans les caves, ou dans les clairières. Des astrologues annonçaient le retour des temps sauvages où les hommes se mangeraient entre eux, où des monstres sortiraient des entrailles de la terre pour semer la terreur, boire le sang et engrosser les femme , qui accoucheraient de démons cornus.

 

 

Du même auteur sur ce blog :

 
Elle voulait voir la mer
La garçonne
Naufrage
Le testament d'Hadrien
Tête de lune
Jésus : trois jours avant sa mort 
Ceux d'en- haut
La dernière nuit de Pompéi 
Docteur Mouche
La Malbête
Et les arbres se mirent à chanter 
L'île sans nom 
 


 

lundi 8 février 2021

[Morley, Isla] Le vallon des lucioles

 


 

J'ai aimé

 

Titre : Le vallon des lucioles (The Last Blue)

Auteur : Isla MORLEY

Traductrice : Emmanuelle ARONSON

Parution : en anglais en 2020 (Etats-Unis),
                   en français en 2021 (Seuil)

Pages : 480

 

 
 

 

 

 

Présentation de l'éditeur : 

1937, Kentucky. Clay Havens et Ulys Massey, deux jeunes photographe et journaliste, sont envoyés dans le cadre du New Deal réaliser un reportage sur un coin reculé des Appalaches.
Dès leur arrivée, les habitants du village les mettent en garde sur une étrange famille qui vit au cœur de la forêt. Il n’en faut pas plus pour qu’ils partent à leur rencontre, dans l'espoir de trouver un sujet passionnant. Ce qu’ils découvrent va transformer à jamais la vie de Clay et stupéfier le pays entier. À travers l'objectif de son appareil, se dévoile une jeune femme splendide, Jubilee Buford, dont la peau teintée d’un bleu prononcé le fascine et le bouleverse.
Leur histoire sera émaillée de passion, de violence, de discorde dans une société américaine en proie au racisme et aux préjugés.
Inspiré par un fait réel, ce roman est une bouleversante histoire d'amour et un hymne à la différence.
 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Isla Morley a grandi en Afrique du Sud puis s'est installée aux Etats-Unis où elle vit aujourd’hui. Son premier roman, Come Sunday, a obtenu le Janet Heidinger Prize, prestigieux prix littéraire féminin. Le Vallon des lucioles est son premier roman à paraître en France.
 

 

Avis :

En 1937, le journaliste Ulys Massey et le photographe Clay Havens parcourent le Kentucky à la recherche d’un sujet de reportage. Les habitants d’un village isolé des Appalaches leur signalent une famille à la peau bleue, discrètement installée au coeur de la forêt. Alléchés par le scoop, les deux hommes se retrouvent rapidement face à un dilemme : oseront-ils révéler au monde l’existence de ces gens, qui tentent tant bien que mal de se faire oublier pour échapper aux persécutions de leurs voisins ? Le cas de conscience dépasse bientôt Clay, tombé amoureux de la fille aînée Jubilee…

L’auteur s’est inspirée d’un fait réel pour imaginer cette histoire. A partir de 1800 et pendant près de deux cents ans en effet, une famille vivant en vase clos dans les collines du Kentucky s’est transmise, de génération en génération, le gêne de la méthémoglobinémie qui, par un défaut d’oxygénation du sang, bleuissait leur peau sans autre signe clinique. L’explication génétique et le remède ne furent trouvés que dans les années soixante, laissant dans l’intervalle ces hommes et femmes bleus dans une situation d’extrême isolement moral et social.

C’est ce dernier aspect du sujet, développé avec la même violence qui sévit alors largement contre les Noirs dans une Amérique raciste aux préjugés ancrés, qui constitue l’intérêt majeur du roman. La communauté villageoise réagit avec toute sa peur d’une différence inexpliquée et n’hésite pas à exprimer sa haine dans d’indicibles déchaînements. Ne reste à Jubilee et aux siens que la discrétion d’un effacement au sein d’une nature foisonnante, évoquée avec lyrisme, notamment au travers des prises de vue d’un photographe qui nous fait partager sa passion de l’image. Le récit est aussi l’occasion d’un embryon de réflexion sur le rôle des media et le droit à la discrétion. Dommage toutefois que la romance, si jolie soit-elle, vienne globalement trop s’imposer, volant quasiment la vedette aux thèmes de fond de ce livre, et les noyant dans un déluge de bons sentiments.

Le vallon des lucioles est au final une lecture agréable et prenante, sur un sujet original et intéressant, malheureusement traité sur un mode trop complaisamment romantique pour convaincre totalement. (3/5)

 

Citations :

- Les compagnies minières par ici ont lancé de vastes campagnes de recrutement dans le Sud pour embaucher des Noirs en leur offrant de les payer autant que les Blancs, et la main d’oeuvre n’a pas tardé à être moitié blanche, moitié noire. D’emblée ça paraît raisonnable, non ?
Havens devine où veut en venir Massey.
- Mais les mineurs blancs ne veulent rien avoir à faire avec les mineurs noirs.
- Exact ! S’exclame Massey. Ce qui signifie que l’enfer à côté des conditions dans lesquelles ils travaillent, c’est le paradis. Sans compter que les mineurs blancs ne vont jamais unir leurs forces aux mineurs noirs parce qu’ils ont trop peur que les Noirs ne leur prennent leur boulot. Et voilà : un syndicat faible et une grosse société qui se donne bonne conscience.

Toutes ces photographies représentent les sujets tels qu’ils semblent être, et non pas tels qu’ils sont. On croit toujours que la photographie ne ment pas mais c’est faux. Les photos ne montrent pas tout, elles omettent certains aspects, et ces omissions sont beaucoup plus sournoises que des mensonges intentionnels. (…)
Si j’étais un tant soit peu bon dans ce que je fais, on ne se dirait pas en voyant mon travail que le monde est effectivement tel qu’on le croit ; on prendrait conscience du peu de choses qu’on sait en vérité à son sujet. On s’interrogerait.

Malgré ce qu’on croit communément, les photographies ne conservent pas les souvenirs ; elles les étiolent. En se concentrant sur le quart de seconde correspondant à l’image elle-même, on néglige les moments qui ont mené jusque-là et tous ceux, poignants, qui ont suivi. Lorsqu’on examine trop une photo, on oblitère – et plus vite que ça – les odeurs, les caresses, les battements de coeur.

Perdre quelqu’un, c’est comme être emporté par une crue, on manque de se noyer et on part à la dérive ; on ne choisit pas le moment où l’on retouche terre.

En les observant à présent, on pourrait penser que l’existence de ces gens n’était que pénible routine, du lever au coucher du soleil. Il n’y a aucune trace de sentiment sur leurs visages. Il était plus facile de les saisir montrant de l’affection à leurs mules plutôt que se laissant aller à une quelconque effusion les uns envers les autres. Les hommes ressemblent à des bêtes, uniquement faites pour récolter du charbon au fond d’une mine ou biner biner la terre ou se castagner, et les femmes affichent un masque mâtiné de graisse et d’inquiétude, leur regard se perdant au-delà de leurs enfants vers un futur qui n’arrive jamais assez vite. Si l’on se contente uniquement de ces photographies, seule la misère se dégage de cette époque : le goût de la terre, l’odeur de la sueur et le spectre des rêves perdus s’empilent tels des assiettes brisées. Un fardeau, voilà ce à quoi l’on songe lorsqu’on voit ces gens. Que peuvent-ils faire d’autre que porter un fardeau ?


 

lundi 9 novembre 2020

[Decoin, Julien] Soudain le large

 


 

 

Coup de coeur 💓

 

Titre : Soudain le large

Auteur : Julien DECOIN

Parution : 2017 chez Seuil

Pages : 256

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

Cette nuit-là, au milieu du port de Cherbourg, Charles la sauve de la noyade et la hisse à bord, inconsciente. A-t-elle glissé ? A-t-elle sauté ? Quelle est la couleur de ses yeux ?
Catherine se réveille dans ce voilier inconnu et part sans explication. Mais elle reviendra, comme la mer monte et descend. Et Charles, le marin, l'attendra à quai, jusqu'à ce que leur histoire commence, comme dans un roman d'aventure…
 
  

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Julien Decoin est né en 1985. Il a préféré rapidement les plateaux de cinéma à ses études de lettres modernes. Il est assistant réalisateur depuis 10 ans. Un truc sauvage est son premier roman. 

 

 

Avis :

Lorsqu’il repêche une jeune femme inconnue dans l’eau du port de Cherbourg, puis l’abrite, le temps de s’en remettre, à bord de son voilier à quai, Charles est loin de se douter que ce n’est que la première péripétie d’une longue série qui va sensiblement changer le cours de leur vie…

Ce qui commence doucement comme une romance moderne devient très vite un prenant roman d’aventures aux multiples surprises et rebondissements qui, porté par la contagieuse passion de l’auteur pour la mer et les bateaux, nous emmène dans une quête d’amour et de liberté au plus près des éléments parfois déchaînés. Au départ de la pointe du Cotentin et de l’île anglo-normande d’Alderney, ces finistères qu’il connaît si bien et dont il restitue avec force la tumultueuse alliance avec les flots et les tempêtes, Julien Decoin nous lance une invitation à oser prendre le large, au propre comme au figuré : loin d’un long fleuve tranquille, la vie est un océan où il faut oser se lancer, en larguant les amarres de nos peurs…

Emportée par le rythme de ses phrases courtes et piquée par les effets de surprise de son intrigue, je n’ai quitté qu’à regret cette jolie fable tendre et poétique, à l’humour délicieusement acidulé, et au charme irrésistiblement attachant. Coup de coeur. (5/5)

 

 

Citations : 

La différence entre le charme et le reste de la beauté : la particularité.

En mer, le bruit n’existe pas. Les allées et venues des vagues qui caressent le rivage, la plage, les rochers, la côte, c’est bon pour les terriens. En mer, c’est le silence. Presque. L’écoulement, le ruissellement le long de la coque et quelques vagues dont les sommets s’entrechoquent en baisers blancs et bruyants. Écumeux. Les moutons que l’on aperçoit des landes, qui paraissent si violents depuis la terre, si délicats en pleine mer. Deux corps mous qui se rencontrent pour ne plus faire qu’un. Gerbe explosive.

Alderney a été entièrement repeuplée à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, après avoir été vidée par les Allemands, puis réoccupée par des prisonniers de guerre pour constituer le seul camp de concentration en terre anglaise. Plus proche et plus pratique que la Pologne pour les juifs de Normandie et de Bretagne. Funeste et sordide Alcatraz européen. Impossible de s’échapper. Pas besoin de requins, de miradors, d’eau gelée. Le raz Blanchard est là, gardien malgré lui et complice de l’horreur. Plus personne, depuis, n’a d’attache historique dans l’île. Nul ne peut prétendre que cette pierre ou ce chemin est à lui. Alderney appartient à la reine, et à tout le monde.

Les nuages ont toujours aimé les îles. Catherine le sait bien, de la France les Anglo-Normandes ont chacune un chapeau qui mime à la perfection leurs lignes, courbes et reliefs. Si bien qu’elles se reflètent une fois dans la mer, une fois dans le ciel et qu’on peut, parfois, ne plus savoir laquelle est le reflet de l’autre. Un jeu des éléments, quelque chose qui les a toujours rendues un peu plus inaccessibles.

Dehors, le ballet a commencé. D’abord un grand coup de vent qui claque les branches contre les volets puis les volets contre les fenêtres et les fenêtres contre les habitants qui osent regarder. Catherine voit s’envoler papiers, fleurs, insectes, grains de sable, tournoyer en suspens jusqu’à Guernsey, Jersey et puis la France, dans ce vent de retour de transatlantique, affamé, épuisé, trempé, prêt à en découdre. On a écouté une dernière fois les oiseaux, une ultime alerte et un grand silence, avant d’entendre le souffle jubiler, s’engouffrer dans les ruelles de St Anne et ternir les façades colorées devenues grisâtres sous son filtre terreux. Tout emporter sur son passage.

Au bout de la jetée, sur le Fort Raz, c’est apocalyptique. Minuscule petite forteresse, ridiculement fragile au milieu de cette Manche déchaînée qui joue aux cinquantièmes hurlants. Le cadavre d’une mouche dans les pattes d’un chat.  Le raz d’Alderney et le raz Blanchard ont recouvert les eaux noires d’un linceul blanc qui doit s’étaler jusqu’en France. Vent contre courant, s’envolent dans le ciel des milliers de plumes écumeuses qui s’illuminent dans la nuit noire.
 
  

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dimanche 12 mai 2019

[Martin-Lugand, Agnès] Une évidence






Je n'ai pas aimé

Titre : Une évidence

Auteur : Agnès MARTIN-LUGAND

Année de parution : 2019

Editeur : Michel Lafon

Pages : 380








 

Présentation de l'éditeur :   

Reine mène une vie heureuse qu’elle partage entre son fils de dix-sept ans et un métier passionnant.
Une vie parfaite si elle n’était construite sur un mensonge qui, révélé, pourrait bien faire voler son bonheur en éclats…
Faut-il se délivrer du passé pour écrire l’avenir ?


Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Agnès Martin-Lugand est l’auteur de six romans, tous salués par le public et la critique : Les gens heureux lisent et boivent du café, Entre mes mains le bonheur se faufile, La vie est facile, ne t’inquiète pas, Désolée, je suis attendue, J’ai toujours cette musique dans la tête et À la lumière du petit matin. Avec plus de trois millions d’exemplaires vendus, elle a conquis le cœur des lecteurs en France comme à l’étranger.


Avis :

Reine travaille dans une agence de communication à Rouen. Elle élève seule son fils, aujourd’hui âgé de dix-sept ans. Lorsque son associé l’envoie chez un client à Saint-Malo, elle est loin de se douter que le passé va soudain lui sauter à la gorge et qu’elle va se retrouver face au père de son fils. Son précaire équilibre vole en éclats, surtout lorsqu’elle finit par décider de confronter le père et le fils, et dès lors que se pose avec une nouvelle acuité la question de ses choix amoureux.

Dieu que ces personnages m’ont agacée ! Je n’ai à vrai dire pas réussi à me laisser emporter par cette histoire dont j’ai trouvé les contorsions assez improbables et même ennuyeuses. Mais, surtout, j’ai eu constamment envie de secouer ses protagonistes, exaspérants d’indécision et d’auto-apitoiement, qui se mettent tour à tour à piquer leur crise, avant que tout rentre parfaitement dans l’ordre en un extraordinaire happy-end. Petit sourire juste en passant : avez-vous remarqué la prédilection des castings de romans sentimentaux pour les yeux gris et verts ?

En conclusion, une seule évidence : au vu de son succès, ce roman qui m’a fait osciller entre irritation et ennui a été écrit pour d’autres que moi. (1/5)


samedi 4 mai 2019

[Sebbel, Elisa] La prisonnière de la mer






J'ai moyennement aimé

Titre : La prisonnière de la mer

Auteur : Elisa SEBBEL

Année de parution : 2019

Editeur : Mazarine

Pages : 304








 

Présentation de l'éditeur :   

1809. Les guerres napoléoniennes font rage. Alors qu’ils croyaient être rapatriés en France, 5000 prisonniers se retrouvent captifs sur l’îlot de Cabrera, dans les Baléares. Pour survivre, un maigre filet d’eau douce, des rations insuffisantes, des abris précaires qu’il leur faut bâtir eux-mêmes. 21 femmes les accompagnent, parmi lesquelles Héloïse, vivandière de 18 ans dont le mari a succombé en mer, emportant avec lui l’insouciance et la légèreté de la jeune femme.
Si la guerre avait déjà meurtri les hommes, le désespoir leur fait bientôt perdre la raison. Par chance, Henri, chirurgien de l’armée, se prend d’affection pour Héloïse. Entre privations, épidémies et tempêtes, les morts s’accumulent, l’espoir s’amenuise, et Héloïse ne songe qu’à se libérer enfin de cet enfer – jusqu’à ce nouvel arrivage de prisonniers et de Louis qui fait tout chavirer.
À force de ténacité, la jeune femme parviendra-t-elle à se sauver ? Car si l’amour est une captivité volontaire, la mer l’a déjà faite prisonnière…



Le mot de l'éditeur sur l'auteur :  

Docteur en littérature française, Elisa Sebbel enseigne dans une université espagnole et vit à Majorque. Découvert dans le cadre du Mazarine Book Day 2018, pour lequel il a reçu la « mention spéciale du jury », son premier roman, La Prisonnière de la mer, dévoile un drame oublié de notre histoire.

 

 

Avis :

La thématique de La prisonnière de la mer est a priori intéressante, car elle fait découvrir un épisode historique méconnu : de 1809 à 1814, des milliers d’hommes et une poignée de femmes, capturés par les Espagnols après la défaite des armées napoléoniennes à Baylen, en Andalousie, sont relégués sur l’île de Cabrera, dans l’archipel des Baléares. Faute de soins et de nourriture suffisante, beaucoup périssent dans ce qui peut être considéré comme l’un des premiers camps de concentration de l’histoire.

Hélas, la déception est rapidement au rendez-vous de cette lecture, quand, malgré toute sa documentation sur le sujet, l’auteur nous enferme peu à peu dans une romance insipide aux personnages sans profondeur : vivandière dans l’unité de son soldat de mari, bientôt veuve et contrainte de se mettre sous la protection d’un officier afin d’échapper à la promiscuité échauffée de l’île, la jolie narratrice se retrouve déchirée entre sa loyauté envers son gentil protecteur, et son coup de foudre pour un bel et ombrageux lieutenant. Qui plus est, de paysanne illettrée, elle va se transformer en dame appréciée pour son éducation…

J’attendais bien davantage que cette gentille bluette, d’autant plus décevante que son thème historique était intrigant. Concernant la défaite napoléonienne en Espagne, mieux vaut lire La croix, nouvelle de Stefan Zweig. (2/5)
 

 

Le coin des curieux :  

 


Ce tableau de Goya, Tres de Mayo, rappelle la répression sanglante qui suivit en 1908 le soulèvement des Madrilènes contre les troupes françaises présentes dans la capitale espagnole. C’était le début de la guerre d’Espagne, car l’insurrection ne tarda pas à gagner tout le pays lorsque Napoléon installa son frère Joseph sur le trône après l’abdication du roi d’Espagne.

Alors que se développait dans la péninsule une sanglante guerre civile – les Français ne manquant pas de partisans : les afrancesados, qui espéraient en finir avec la féodalité et l’absolutisme espagnols -, l’armée française se trouva confrontée à une guérilla, puis à l’armée britannique venue soutenir le Portugal, également occupé par les troupes de Napoléon.

Le 18 juillet 1808, l’armée impériale connut à Baylen sa première grande défaite en Europe occidentale, ce qui galvanisa ses ennemis : les soldats de Napoléon pouvaient donc être battus. Après des années d’enlisement dans ce conflit, les Français durent refluer en-deça des Pyrénées en 1813. Napoléon accepta le retour de l’ancien roi d’Espagne, Ferdinand VII. En 1814, la Catalogne était reconquise par les Espagnols. La guerre d’Espagne s’achevait, mais, pour les mêmes combattants, s'ouvrait la campagne de France, qui allait amener la chute de Napoléon. 

Après la capitulation de Baylen, 20 000 Français furent fait prisonniers. La Convention d'Andujar fut signée mais pas respectée. Des bateaux emmenèrent les généraux français à Marseille et Toulon. Les 16 000 mille hommes restants furent acheminés à Cadix et gardés sur des pontons : les restes des bâtiments rescapés de la bataille de Trafalgar et dépourvus de leurs superstructures. Dès 1809, certains furent transportés sur l'île de Cabrera dans les Baléares, d'autres aux Canaries. En 1810, les officiers partirent poursuivre leur captivité en Angleterre. Une minorité de soldats survécut jusqu'en 1814, date à laquelle ils furent enfin libérés.