dimanche 3 mars 2019

[Decoin, Didier] D'amour et de flammes





 

J'ai aimé

Titre : D'amour et de flammes

Auteur : Didier DECOIN

Editeur : Hachette

Parution : 1973

Pages : 214







Présentation de l'éditeur :

Anne s'inquiétait.
Daniel posa ses lèvres sur les tempes de la jeune fille :
" L'amour, Anne, c'est comme la découverte d'un nouveau monde. On s'avance sur le rivage inconnu, doucement, lentement. On n'a pas assez de ses yeux pour tout voir. "
Anne, Daniel. Ils découvrent un grand amour. Ils se sont rencontrés à la cour du prince Cabiosco, dans le sud espagnol. Anne arrivait de France. Daniel, jeune et prestigieux architecte l'a aussitôt aimée. C'est le Moyen-Age. On croit à la magie, aux anges, aux démons.
Un très grave péril menace les jeunes gens. Le drame, ce soir-là, va se préciser...
Dans une atmosphère pleine d'angoisse, de ferveur ou d'espoir, Didier Decoin fait magnifiquement revivre une époque à travers les passions si diverses qui déchirent ses personnages. Certains d'entre eux étant ligués, semble-t-il, pour essayer d'anéantir un indestructible amour.
 

 

Avis :

Quelque part en Andalousie, alors que se met en place l'Inquisition, une jeune catholique s'éprend d'un marrane, juif converti qui continue discrètement la pratique du Judaïsme. Leur avenir s'annonce très compliqué, alors qu'il suffit d’un rien pour se retrouver emprisonné, torturé et exécuté. Tout comme dans La dernière troïka, le style est admirable, l'atmosphère superbement rendue, mais la romance trop présente et sucrée à mon goût. Il s'agit d'une sorte de conte non dénué de symbolique. Mais il existe d'autres ouvrages qui m'ont appris davantage sur cette période de l'Espagne. Je suis donc séduite par la forme, moins par le fond, et conserve la même impression mitigée que pour La dernière Troïka. (3/5)

[Decoin, Didier] La dernière troïka






J'ai aimé

Titre : La dernière troïka

Auteur : Didier DECOIN

Editeur : Hachette

Parution : 1976

Pages : 219









Présentation de l'éditeur :

"Sonia! Les porteurs de torches!... cria Volodia tout essoufflé. Ils vont au secours d'un homme perdu dans le marais!
- Dans la vase... la boue vivante qui avale..., murmura Sonia.
- II leur faut la troïka de ton père pour essayer de le tirer!"
Au village de Krassinograd, dès que le rescapé - Christopher, un jeune Anglais fortuné, qui voyage pour son plaisir - pénètre dans l'isba de Sonia, la petite paysanne russe, il y apporte le trouble et l'aventure.
Alentour, la Révolution d'Octobre se propage, s'embrase. Malgré eux, Christopher et Sonia affrontent ensemble la violence et les périls de la guerre civile. Un monde nouveau commence à naître : ils se découvrent en se découvrant eux-mêmes.
Un soir, en sautant dans le train de la dernière chance, bondé de fuyards et de blessés, Sonia retrouve Ivan son premier amour. Un ardent partisan.
Christopher... Ivan... Un autre drame commence.
 

Avis :

Pendant la révolution d'Octobre 1917 en Russie, alors que la guerre civile s'abat soudain sur la population des campagnes et des villes de province prises en tenaille par les combats, une jeune Russe est emportée dans la tourmente : tandis que son ami d'enfance se lance à la poursuite de son idéal révolutionnaire, la jeune fille assiste la fuite d'un riche Anglais égaré dans le secteur. Ecartelée entre l’amour des deux hommes, elle symbolise le dilemme d'un pays entier : l'héroïsme est-il de se battre pour des idées, ou de sauver ses proches ?
L'écriture et les images sont très belles, mais l'histoire, même si elle devient plus intéressante prise dans sa symbolique, m'a semblé laisser trop de place à la romance, trop sucrée à mon goût. Je suis ressortie mitigée de cette lecture. Ce n'est pas pour moi le meilleur ouvrage de Didier Decoin. (3/5) 


Citation : 

Les héros n'existent pas. Il y a seulement des gens qui croient très fort en certaines idées et qui sont incapables de vivre si on tente de les leur enlever. 

 

[Decoin Didier] Madame Seyerling






Coup de coeur 💓💓

 

Titre : Madame Seyerling

Auteur : Didier DECOIN

Editeur : Seuil

Parution : 2002

Pages : 304








Présentation de l'éditeur :

Antoine Dessangles a posé son stylo : c'est fini, il n'écrira plus. Mais personne ne le sait. Surtout pas sa femme et son éditeur auxquels il continue de jouer, non sans une certaine allégresse, la comédie du romancier.
Pour l'écrivain repenti, seuls comptent désormais les héros de la vraie vie : la jeune fille amoureuse, le boxeur de Valenciennes, l'hôtesse de l'air, le plagiste de Biarritz. Antoine les repère, les suit, entre en clandestinité pour observer ce qu'ils deviennent après la rupture, après le combat, après que l'avion s'est posé et que la plage s'est vidée en glissant dans l'arrière-saison.
C'est ce qu'il appelle collectionner les après.
Jusqu'au jour où il part pour New York afin de s'offrir ce qu'il croit devoir être le chef-d'œuvre de sa collection, le plus poignant de tous les après : la douleur de madame Seyerling, une Noire dont la fille a été condamnée pour meurtre et exécutée.
Dans un New York encore inviolé, Antoine pénètre comme par effraction dans la vie de cette mère d'une force et d'une fragilité mystérieuses. Une vie qui cache un étonnant secret dont la découverte va faire passer l'écrivain voyeur du rôle de témoin intrigué à celui d'acteur bouleversé. Après Abrabam de Brooklyn et John l'Enfer, Didier Decoin retourne à New York pour traquer la vérité de nos existences. Mais les tragédies de l'Histoire sont, elles aussi, du voyage.
 

Avis :

Encore un coup de coeur pour Didier Decoin. Aucun des livres de cet auteur ne ressemble au précédent : cette fois, nous voici à New York, dans le quartier de Brooklyn. L'idée centrale est originale, la construction habile, pour évoquer tout en pudeur et sobriété non dénuées d'humour, la difficulté certes, mais la possibilité de la résilience chez un être profondément blessé : si fragile qu'elle semble, Madame Seyerling possède un rêve qui va lui donner la force de poursuivre au-delà du désespoir, touchant l'écrivain fatigué en mal d'inspiration qui l'observe, et l'entraînant peu à peu malgré lui dans un contagieux processus de reconstruction et de renaissance. C'est parfois drôle, parfois très touchant, intrigant aussi, car on ne cesse de se demander où l'auteur nous emmène. A noter, dans ce roman, pas d'odeurs (cf mon avis sur Docile), mais l'amour de l’auteur pour les jardins. (5/5)

vendredi 1 mars 2019

[Decoin, Didier] Docile






Coup de coeur 💓💓

 

Titre : Docile

Auteur : Didier DECOIN

Editeur : Seuil

Parution : 1994

Pages : 396








Présentation de l'éditeur :

Pleine de colère et de jalousie, Catherine s’insurge contre son ami Blaise :
« De toute ma vie, je n’ai rien vu d’aussi stupide que cette femme et toi… Est-ce que tu l’as embrassée ?
_Tu es folle !
_ Essaie seulement, ça te donnera mal au cœur, et ça te fera très peur. »
Blaise essaierait volontiers. Sauf que la libraire, que toute cette ville du nord de la France appelle Docile, a trente-deux ans, et qu’il est encore un enfant. D’ailleurs, Docile sait-elle seulement qu’il l’aime ?
Blaise a beau l’aider à vendre ses livres trop beaux, trop étranges et trop chers, et voler pour elle, les jours de disette, aux étalages de la rue Tournemonde, Docile ne se gêne pas pour le mettre à la porte quand le soir tombe et qu’elle reçoit des clients d’un genre particulier dans sa réserve, au premier étage.
Malgré la guerre, les dérobades de Docile et l’amour de Catherine, Blaise accomplira son rêve : partir à la découverte d’une terre encore sans baptême pour lui donner le nom de la femme qu’il a encore aimée quand il avait douze ans…
Pris entre la lumière et l’ombre, la faute et la pureté, otages de leur propre histoire comme de la grande Histoire, Docile et Blaise iront jusqu’au bout du double destin, inattendu et bouleversant, que leur a tracé le romancier.
 

Avis :

Ma première lecture de Didier Decoin et un coup de coeur qui m'a incitée à lire ensuite tout ce que j'ai pu trouver de cet auteur. 
Au début de la seconde guerre mondiale, dans une ville du nord de la France, un jeune garçon tombe amoureux d'une libraire, spécialisée dans des livres plutôt rares et de valeur sur les voyages. La période n'est guère propice à la vente de livres et la jeune femme boucle les fins de mois en se prostituant discrètement dans sa réserve. Le garçon défendra son ange jusqu'au dénouement de l'histoire et conservera les traces de son amour d'enfant toute sa vie. 
Le roman est tendre, lumineux, nostalgique : une pépite de délicatesse. Les personnages sont attachants, en particulier un vieil homme, cartographe à la retraite, qui, prenant au sérieux les rêves de l'enfant, permettra à l'adulte qu'il deviendra de les réaliser. Dès cette première lecture de Didier Decoin, j'ai été frappée par l'importance des odeurs, toujours très présentes dans ses livres. Grand coup de coeur. (5/5)

[Decoin, Didier] Est-ce ainsi que les femmes meurent






 

Coup de coeur 💓

 

Titre : Est-ce ainsi que
            les femmes meurent ?

Auteur : Didier DECOIN

Editeur : Grasset

Parution : 2009

Pages : 234








Présentation de l'éditeur :

Catherine Kitty Genovese n’aurait pas dû sortir seule ce soir de mars 1964 du bar où elle travaillait, une nuit de grand froid, dans le quartier de Queens à New York. Sa mort a été signalée par un entrefilet dans le journal du lendemain : « Une habitante du quartier meurt poignardée devant chez elle. » On arrête peu de temps après Winston Moseley, monstre froid et père de famille. Rien de plus. Une fin anonyme pour cette jeune femme drôle et jolie d’à peine trente ans. Mais savait-on que le martyre de Kitty Genovese a duré plus d’une demi-heure, et surtout, que trente-huit témoins hommes et femmes, bien au chaud derrière leurs fenêtres, ont vu ou entendu la mise à mort ? Aucun n’est intervenu. Qui est le plus coupable ? Le criminel ou l’indifférent ?
A la fois récit saisissant de réalisme et réflexion sur la lâcheté humaine, traversée d’un New York insalubre et résurrection d’une victime, le roman de Didier Decoin se lit dans un frisson.
 

 

Avis :

Comme avec La pendue de Londres du même auteur, il s'agit ici d'une histoire réelle, tout aussi terrible, cette fois dans le New York des années soixante. 
Le massacre de la victime est particulièrement atroce, mais, ce qui a contribué à sa célébrité est la passivité de plusieurs dizaines de témoins. Pourtant, en aucun cas des gens pires que vous et moi : alors, pourquoi ? Et moi, et nous, dans la même situation ? Cette histoire a été à l'origine de nombreuses recherches en psychologie sociale, et a permis de mettre au jour un phénomène dit "effet du témoin" : il s'agit d'une dilution de la responsabilité lorsque les témoins sont nombreux, alors qu'un témoin unique, ne pouvant compter sur personne d'autre, interviendra plus facilement. 
Toujours est-il que cette pauvre fille a vécu un calvaire au vu et su de nombreuses personnes, qu'il aurait suffi de presque rien pour la sauver, de nombreuses chances en ayant été perdues... L'horreur grimpe encore au vu de comportement et du sort du tueur. 
S'il s'agissait d'une fiction, j'aurais peut-être trouvé l'histoire exagérée, peu crédible. Et pourtant, tout est vrai. Encore un coup de coeur avec Didier Decoin. (5/5)

[Decoin, Didier] Une Anglaise à bicyclette






J'ai beaucoup aimé

Titre : Une Anglaise à bicyclette

Auteur : Didier DECOIN

Editeur : Stock

Parution : 2011

Pages : 375








Présentation de l'éditeur :

Tout commence par un massacre d’Indiens en décembre 1890 dans le Dakota du Sud. Jayson Flannery, un photographe anglais veuf de son état, recueille une petite fille de trois ans dont la mère a été victime du massacre. Il songe bien sûr à confier Emily à un orphelinat, s’apprête à reprendre son paquebot pour l’Angleterre, mais il ne repartira pas seul et décide d’enlever la petite Emily aux soeurs qui l’ont prise en charge.
On les retrouve tous les deux dans un manoir du Yorkshire où Jayson a toujours vécu. Emily grandit, va à l’école, apprend à lire. Tous dans le village se posent mille questions à son sujet. Jayson l’a-t-il adoptée, kidnappée ? Viendra-t-on un jour la chercher ? Un policier mène son enquête, s’obstine et s’entête à rechercher les véritables origines d’Emily...
 

Avis :

Un très bon cru de Didier Decoin, mais pourtant, pas de coup de coeur cette fois, en raison d'une petite déception sur la seconde moitié du livre. 
La relation du sauvetage de la petite Amérindienne Ehawee après le massacre de Wounded Knee, de son adoption par un photographe anglais, de ses difficultés d'intégration dans un village de la campagne britannique est passionnante. Sa passion pour la bicyclette est très intéressante en raison des réactions risibles qu'elle suscite : qu'une femme pédale est alors inconvenant, pire, jugé préjudiciable pour la santé psychique et sexuelle féminine. J'ai moins accroché à la partie évoquant la passion du spiritisme de Conan Doyle et la supercherie "paranormale" de deux fillettes. 
Au global, ce roman a tellement de facettes : le sort des Indiens, l'adoption d'une petite indienne dans l'Angleterre Victorienne, la photographie, la perversité supposée à l'époque de la pratique féminine de la bicyclette, le spiritisme et Conan Doyle..., qu'il m'a semblé manquer d'unité et surtout, d'un je ne sais quoi de crédibilité sur le dernier tiers. En conclusion, un très bon roman, qui rate de peu le coup de coeur chez moi. (4/5)

[Decoin, Didier] La pendue de Londres






Coup de coeur 💓

 

Titre : La pendue de Londres

Auteur : Didier DECOIN

Editeur : Grasset

Parution : 2013

Pages : 332








Présentation de l'éditeur :

Allemagne, 1945. L'exécuteur en chef du Royaume Britannique, envoyé en mission, pend la gardienne de camps nazis Irma Grese. Même s'il éprouve un réel dégoût à exécuter des femmes, surtout si elles sont jeunes et jolies, le bourreau fait son devoir : c'est un as dans l'art de la longueur des cordes, un expert dans le minutage de la mise à mort. Pourtant, le reste du temps, c'est un homme comme un autre, époux modèle, bon citoyen.
Londres, immédiat après-guerre. Ruth Ellis ressemble à Betty Boop, enjouée et désirable, elle plaît aux hommes, et sans doute les choisit-elle fort mal. Mais derrière son sourire et sa bouche trop maquillée, que cache-t-elle ? Dans le Londres charbonneux de l'après-Blitz, d'entraîneuse, Ruth devient prostituée. Un jour, malheureuse, jalousée, violentée, mais toujours belle, et mère de famille, elle tue son amant, à bout portant. La voici condamnée à la pendaison. Bourreau, fais ton oeuvre ! Et si le bourreau avait une âme ? Et s'il répugnait soudain à supprimer une innocente aux boucles blondes ?
Dans ce roman envoûtant, reconstitution en cinémascope d'un Londres luisant de « fog » et de pluie, théâtre de vices cachés dans une société bien-pensante, Didier Decoin alterne le chant du bourreau et de la victime. Saisissant.
 

Avis :

Ce roman est écrit à partir d'une histoire réelle : celle de Ruth Ellis, dernière femme exécutée au Royaume-Uni dans les années cinquante, à l'origine d'une polémique qui a abouti à la suppression de la peine de mort dans ce pays 12 ans plus tard. 
L'auteur fait alterner le récit entre la jeune femme et le bourreau, Albert Pierrepoint, exécuteur britannique le plus actif de son siècle, avec 450 pendaisons à son actif des années trente à cinquante, dont des criminels de guerre nazis. 
Le roman est très bien écrit et se lit d'une traite. Comme d'habitude chez Didier Decoin, le style est très visuel et l'atmosphère admirablement rendue : celle du Londres dévasté d'après-guerre, où Ruth Ellis finit par basculer dans l’interlope. Toujours relatée avec humanité et sobriété, sans parti pris ni jugement, l’histoire de cette femme maltraitée et manipulée qui ne se défendit pas lors de son procès, fait froid dans le dos. Coup de coeur. (5/5)