J'ai beaucoup aimé
Titre : Combat toujours perdant
Auteur : Michel HOUELLEBECQ
Parution : 2026 (Flammarion)
Pages : 72
Présentation de l'éditeur :
« Non, cette vie n’est pas suffisante, elle ne peut contenir la millième partie de nos rêves. »
Le mot de l'éditeur sur l'auteur :
Romancier, essayiste, poète, considéré par de nombreux critiques comme l’écrivain français le plus marquant de notre époque, il est lu dans le monde entier depuis Extension du domaine de la lutte (1994).Michel Houellebecq a reçu le prix Goncourt pour son roman La Carte et le territoire, en 2010.
Soumission, paru en 2015, a suscité admiration et polémique ; il a été un best-seller dans la plupart des pays européens.
Aujourd'hui, il demeure toujours parmi les auteurs français contemporains les plus lus. Parmi les livres de Michel Houellebecq les plus marquants, citons également Les particules élémentaires (1998) et La possibilité d'une île (2013). Ses deux romans les plus récents sont Sérotonine (2019) et Anéantir (2022). Auteur-compositeur-interprète, Frédéric Lo, est notamment connu pour ses collaborations avec Daniel Darc ou plus récemment avec le chanteur anglais Peter Doherty.
Avis :
Les poèmes déploient une série de visions où se mêlent fatigue existentielle, paysages en ruine et interrogations sur la fin d’un monde. Les textes oscillent entre constat lucide et désarroi intime, évoquant tour à tour l’usure du corps, l’effritement des liens humains, la sensation d’un avenir rétréci et l’approche de la mort. Cette poésie, volontairement sèche, laisse affleurer solitude, violence et désordre social, auxquels répondent âge et déréliction physique comme motifs récurrents d’un univers où le corps se défait et le désir se retire. Si la guerre, le vieillissement et l’effondrement social apparaissent en filigrane, c’est surtout la manière dont ces menaces se répercutent dans l’intime qui donne sa ligne directrice à l'ensemble. Il en résulte un tableau menacé par les ténèbres, où le regard du poète scrute moins les événements que la façon dont ils s’impriment dans la conscience, dessinant un monde en retrait, gagné par la fatigue et la disparition annoncée.
Chaque mot pesé pour ne conserver que l’essentiel, le texte bref et ascétique choisit le vers dépouillé comme lieu d’une vérité que la prose, plus expansive, ne parvient plus à atteindre. Cette distillation patiente du langage – véritable travail d’extraction d’un concentré poétique – renforce la gravité des thèmes abordés et assure l’unité formelle du recueil. L’écriture, débarrassée de ses détours narratifs, s’avance dans une nudité transparente, parfois à peine teintée d’un soupçon de crudité, laissant apparaître une vulnérabilité devenue trop envahissante pour se taire. Cette fragilité lucide et assumée, qui semble avoir dépassé le souci de convaincre, se déploie sans autre ambition que de témoigner de ce qui subsiste au bord de l’effacement et du néant, fatiguée et funèbre dans ses constats de souffrance, de frustration et d’impuissance face au monde. Dans cette économie radicale, la parole se resserre jusqu’à devenir presque un souffle, comme la trace ultime d’une conscience qui sait qu’elle s’éteindra bientôt.
Impressionnant par sa capacité à faire tenir, en si peu de mots, une vision du monde profondément marquée par l’usure et la finitude, ce format qui privilégie l’intensité à l’ampleur, maximisant son impact, laisse en même temps peu de place à la variation et installe une tonalité sombrement monochrome qui favorise une certaine fixité émotionnelle. Malgré cette austérité, l’ensemble dégage une présence indéniable, portée par une voix capable de dire l’essentiel avec une honnêteté presque désarmante. Demeure l’impression d’avoir traversé un désespoir sans éclaircie ni promesse, au bord de la suffocation morale, avec pour seul viatique la précision somptueuse de la langue. (4/5)
Citations :
Il y a des jours où ça va, des jours où ça ne va pas, mais je suis obligée de vivre tous les jours.
Comme un étang qui se referme
Une fois la barque engloutie
Ma vie s’approche de son terme
Comme une anecdote aplatie.
Non, cette vie n’est pas suffisante, elle ne peut contenir la millième partie de nos rêves.
L’image de la mort grandit sous les secondes
Dont le terne déclic résonne dans le vide,
Son visage lépreux se change en gueule avide,
Mes paroles se changent en hurlements immondes.
Et c’est ainsi que je me sépare du monde.
Comme un étang qui se referme
Une fois la barque engloutie
Ma vie s’approche de son terme
Comme une anecdote aplatie.
Non, cette vie n’est pas suffisante, elle ne peut contenir la millième partie de nos rêves.
L’image de la mort grandit sous les secondes
Dont le terne déclic résonne dans le vide,
Son visage lépreux se change en gueule avide,
Mes paroles se changent en hurlements immondes.
Et c’est ainsi que je me sépare du monde.


Une lecture que l'on peut sans doute apprécier pour ses qualités littéraires, mais bien trop sombre pour me plaire...
RépondreSupprimerOui, c'est sombre, mais comme vous dites, cela n'enlève rien à la qualité littéraire du livre.
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