mardi 28 avril 2026

Critique : "La vie est une chose étrange" de Donal Ryan | Lectures de Cannetille

 

Couverture du roman "La vie est une chose étrange" de Donal Ryan


 

J'ai beaucoup aimé

 

Titre : La vie est une chose étrange 
            (Strange Flowers)

Auteur : Donal RYAN

Traduction : Sabine PORTE

Parution : 2020 en anglais (Irlande),
                  2025 en français (Albin Michel)    

Pages : 256 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

Dans le comté de Tipperary, les années se suivent et se ressemblent pour Kit et Paddy Gladney, comme pour leurs parents avant eux. Jusqu’à ce jour de 1973, où Moll, leur fille, disparaît. Elle est montée dans le bus qu’elle prend chaque jour, une valise à la main, et n’est jamais rentrée.
Que lui est-il arrivé ? Est-elle morte ? Et si elle cachait une grossesse ? Paddy Gladney ne saurait dire laquelle de ces deux hypothèses serait la pire.
Lorsque, cinq ans plus tard, Moll réapparaît, elle n’est pas seule. La petite communauté de Nenagh, immuable et recroquevillée sur elle-même, vit son retour comme un bouleversement, voire une trahison, laissant éclater tensions et dissensions.
De son écriture sensible et généreuse, Donal Ryan poursuit l’exploration de l’Irlande rurale et, au-delà, de l’âme humaine dans ce qu’elle a de plus fragile, émouvant et insondable.

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Né en 1976 à Tipperary en Irlande, Donal Ryan a été la révélation des lettres irlandaises en 2013 avec son premier roman, Le Cœur qui tourne (Albin Michel, 2015), élu Meilleur livre de l’année en Irlande, lauréat du Prix de littérature de l’Union européenne et finaliste du Man Booker Prize. Son deuxième roman, Une année dans la vie de Johnsey Cunliffe (Albin Michel, 2017), a confirmé sa consécration auprès des journalistes et des lecteurs. Comparé à William Faulkner et John McGahern, salué par Anne Enright et Sebastian Barry, Donal Ryan est aujourd’hui unanimement reconnu comme l’un des grands noms de la littérature irlandaise contemporaine.

 

 

Avis :

Ancré dans l’Irlande rurale des années 1970, ce roman explore une communauté encore solidement attachée à ses traditions, où le changement social – contraception, émancipation des jeunes, tensions politiques – suscite autant la méfiance que la fascination. Dans ce comté de Tipperary marqué par l’agriculture, le hurling et le poids du catholicisme, chacun vit sous le regard des autres, la moindre entorse aux normes faisant aussitôt naître la rumeur.  

Au sein de ce monde figé, un couple ordinaire voit son existence basculer lorsque leur fille disparaît soudainement, puis revient des années plus tard. Loin d’apaiser les esprits, son retour révèle les tensions souterraines d’une société peu préparée à accueillir l’inattendu. Le roman observe alors, avec une grande délicatesse, comment un groupe social affronte – ou refuse d’affronter – ce qui échappe à son cadre mental.  

Structuré en six parties aux titres bibliques qui rappellent l’emprise du catholicisme sur les consciences, le récit se déroule comme une succession de rites de passage collectifs. Jouant des ellipses, des silences et des regards obliques, il reflète la culture du secret et de la retenue qui imprègne le village. Les personnages, davantage postures que véritables héros, incarnent chacun une manière de réagir à l’inconnu : repli, curiosité, compassion ou jugement.  

Plus qu’une intrigue, c’est une fresque sociale qui se déploie autour des mécanismes de l’exclusion. Le roman montre comment une société se protège en rejetant ce qui la dérange, comment les normes se transmettent de génération en génération, et comment les marges finissent par éroder le centre, le changement s’infiltrant, lentement, obstinément, jusqu’à entamer les certitudes les mieux ancrées. 

Peinture sensible de l’Irlande rurale, ce roman magnifiquement écrit et porté par des personnages d’une grande justesse explore avec une profonde humanité les tensions raciales, religieuses et familiales qui traversent un milieu conservateur. Si la seconde moitié paraît parfois moins maîtrisée, avec quelques choix narratifs discutables, l’ensemble n’en demeure pas moins remarquable de précision d’observation et d’empathie, offrant un regard nuancé sur des existences prises entre immobilisme et désir de transformation. (4/5)

 

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