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Titre : Elles rêveront dans le jardin
(Soñarán en el jardín)
Auteur : Gabriela Damian MIRAVETE
Traduction : Margot Nguyen BERAUD
Parution : en espagnol (Mexique) en 2023,
en français en 2026 (Rivages)
Pages : 224
Présentation de l'éditeur :
À travers le procès pour sorcellerie d’une nonne indigène, la découverte
d’une fleur cosmique, l’expérience d’une apocalypse merveilleuse, la
rencontre entre un romancier d’anticipation et sa muse, la visite d’un
mémorial futuriste, et des contes sublimant les traumatismes de
l’enfance, Gabriela Damián Miravete offre la vision positive d’un monde
où les morts tendent la main pour aider les vivants et où des femmes
conspirent pour concevoir des sortilèges de liberté. Mêlant fantastique,
science-fiction et féminisme, un recueil de douze nouvelles dans la
lignée d’Ursula K. Le Guin et du nouveau roman gothique
latino-américain.
Le mot de l'éditeur sur l'auteur :
Gabriela Damián Miravete est née à Mexico. Ses récits ont été traduits
en six langues et publiés dans des anthologies finalistes des prix Hugo
et World Fantasy. Son premier recueil Elles rêveront dans le jardin a
remporté le prix Shirley Jackson en 2023, et la nouvelle éponyme le prix
Otherwise en 2018.
Avis :
Gabriela Damián Miravete s’est imposée comme l’une des voix essentielles de la littérature spéculative au Mexique, grâce à des récits où le fantastique, la science‑fiction et le mythe servent d’instruments d’exploration politique et féministe. Son écriture visionnaire interroge les violences faites aux femmes tout en ouvrant des espaces de réparation et de réinvention. De la mémoire des disparues aux futurs possibles, le recueil Elles rêveront dans le jardin rassemble les motifs qui traversent son oeuvre, la nouvelle éponyme en offrant une synthèse à la fois poétique, incisive et profondément engagée.Les textes réunis ici déploient une grande diversité de situations : une nonne indigène confrontée à l’Inquisition, une fleur venue d’ailleurs transmettant des pensées, un mémorial futuriste où les hologrammes des victimes dialoguent avec les vivants. Ailleurs, une apocalypse prend la forme d’un enchantement, ou des communautés de femmes réinventent leurs mythes pour survivre. Chaque récit esquisse un fragment de monde où le merveilleux permet de relire la violence et d’imaginer d’autres formes de solidarité.
Cette diversité n’empêche pas une forte unité d’intention. Le registre spéculatif sert avant tout d’outil critique : glissements temporels, présences surnaturelles ou technologies improbables déplacent les cadres de perception et rendent visibles des réalités occultées. Ces décalages ouvrent un espace où corps, mémoires et luttes féminines peuvent être repensés, donnant au recueil une cohérence profonde malgré la variété des intrigues.
Dans cette même logique, l’auteur réactive et transforme les mythes – figures religieuses, légendes indigènes, motifs apocalyptiques – pour éclairer le présent autrement. Cette réinvention des récits fondateurs, mêlée à des imaginaires futuristes, fait émerger une mémoire alternative où les héritages symboliques se reconfigurent et offrent de nouvelles manières d’habiter le monde.
Par leur liberté formelle et leur manière de déplacer les repères du lecteur, ces récits – faits de correspondances, de ruptures et de transitions inattendues plutôt que d’une progression rationnelle – relèvent d’une logique oblique, intuitive ou symbolique souvent déroutante. Si l’ensemble présente quelques variations d’intensité, la cohérence de la démarche, la densité des images et la capacité de l’auteur à ouvrir des perspectives nouvelles lui confèrent une véritable épaisseur. Cette alliance entre invention narrative et profondeur émotionnelle fait de ce recueil une contribution originale et stimulante à la littérature spéculative contemporaine, même si son étrangeté peut parfois rebuter un esprit plus cartésien. (3,5/5)

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