vendredi 18 décembre 2020

[O'Connor, Joseph] Le bal des ombres

 


 

J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Le bal des ombres (Shadowplay)

Auteur : Joseph O'CONNOR

Traductrice : Carine CHICHEREAU

Parution : en anglais (Irlande) en 2019
                   en français en 2020 

Editeur : Rivages

Pages : 550

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

Joseph O'Connor rejoint le catalogue des Editions Rivages après de longues années passées chez Phébus, où il était l'un des auteurs emblématiques. Grand romancier irlandais, il revient à la veine historique qui a fait son succès avec ce roman malicieux sur la vie de Bram Stoker, le créateur du mythique Dracula. Mais il refuse toute biographie romancée trop linéaire et se lance dans une fiction inventive, surprenante, qui évoque aussi une figure légendaire du théâtre anglais, l'actrice Ellen Terry, sorte de Sarah Bernhardt londonienne, figure féministe et puissante. Roman d'amour, roman sur les mystères et les errances de la création, ce texte est une célébration de l'Art de raconter et de vivre des histoires.

  

Un mot sur l'auteur : 

Né en 1963, Jospeh O'Connor commence sa carrière comme journaliste, avant de devenir écrivain. Il est aujourd'hui considéré comme une figure de la littérature irlandaise contemporaine.

 

 

Avis :

En 1878 à Londres, le grand tragédien Henry Irving reprend le Lyceum Theatre, alors en piteux état. Il en confie l’administration à celui qui deviendra son bras droit, Bram Stoker, futur auteur de Dracula, et engage dans sa troupe la plus célèbre actrice anglaise de l’époque, Ellen Terry. Le trio, bientôt inséparable, s’acharne à redresser l’établissement et s’achemine peu à peu vers une réussite suffisamment retentissante pour s’exporter outre-atlantique. Bram Stoker désespère toutefois de rencontrer un jour le succès littéraire…

Loin de la biographie linéaire, ce récit foisonnant ressuscite ses personnages historiques avec le plus grand naturel, recréant la chair et l’émotion autour du squelette des faits réels, dans une évocation d’autant plus crédible qu’elle nous baigne en même temps dans une magistrale restitution du Londres victorien. L’ambiance du roman est ainsi particulièrement prégnante, tant celle, brumeuse et polluée, de la capitale anglaise, pas tout à fait aussi scandalisée du procès d’Oscar Wilde que terrifiée par l’ombre de Jack l’Eventreur, que celle, effervescente et passionnée, d’un théâtre de la fin du XIXe siècle aux mains de personnalités explosives aux égos démesurés.

Au fur et à mesure du parcours des trois protagonistes principaux, entre doute et ambition, ombre et lumière, le texte prend une teinte de plus en plus mélancolique pour le lecteur témoin de leur ascension puis de leur vieillissement, et, globalement, du curieux cheminement qu’emprunte parfois la gloire, tantôt capricieuse, tantôt généreuse, souvent inaccessible et même ironiquement tardive, lorsque, posthume, elle vient couronner un homme finalement convaincu de son insignifiance et mort dans un hospice pour indigents.

Fresque historique, histoire d’amour et d’amitié, récit gothique et odyssée autour du mystère de la création, ce roman aux multiples facettes tient l’intérêt éveillé de bout en bout. Il réussit à émouvoir quant au dépassement de la finitude humaine par l’immortalité de l’oeuvre passée à la postérité. (4/5)


Citations :  

« Jouer la comédie, c’est ma profession, ce qui me nourrit. Mais l’art est aussi spirituel, c’est une chambre secrète de l’âme. Il est difficile de savoir où elle se trouve, ou encore où se trouve la clef qui en ouvre la porte, par conséquent parfois il faut briser cette porte avec violence. Voilà ce que signifie avoir du style. C’est la force. Une fois entré dans son propre style, les proportions changent. La pièce peut se transformer en n’importe quel lieu : une forêt, un océan, une cellule de prison, le monde des fées, un nombre de sphères tournant l’une à l’intérieur de l’autre, tout cela en même temps, chacune sur un axe dont l’autre ne sait rien. En tout cas, voilà comment on voit les choses ici. Être un artiste, c’est savoir que les fantômes existent. »

Jamais assez de temps pour aller jusqu’au bout d’une histoire. Jamais assez d’argent pour prendre le temps d’y réfléchir. L’argent est tout. Il ne le savait pas auparavant. Ce dont un écrivain a besoin, c’est de temps, d’avoir la permission d’échouer s’il le faut, de s’abstraire des tourments que vous inflige la nécessité de payer un loyer. L’argent est une fiction, mais elle est tout de même nécessaire. C’est la seule fiction qui existe.

Vous savez, être comédien, ce n’est pas faire semblant d’être quelqu’un d’autre, mais trouver l’autre en nous, et le mettre en avant. Ça n’a rien de compliqué, les enfants le font ; vous n’avez qu’à les regarder lorsqu’ils jouent. Ce n’est pas paraître, c’est être. Je l’ai appris dans mon enfance, mon père était un comédien itinérant qui jouait la pantomime. Jamais il ne me disait : « Joue à être une fée. » Non, il me disait : « Aujourd’hui, tu es une fée, Len. Envole-toi. »

Le neuvième cercle de l’enfer de Dante, la fosse la plus profonde, est réservée aux pécheurs les plus infâmes, traîtres à ceux qui les ont bien traités, qui dans le donjon d’Hadès le plus sale, le plus brûlant, souffre l’éternelle dégradation des ingrats. S’il existait un dixième cercle, il serait réservé aux seules créatures encore plus méprisables et impardonnables : les auteurs qui font la promotion de leurs propres ouvrages.

Quand on est jeune, on n’imagine pas que le temps soit une monnaie. Plus tard, on s’aperçoit qu’on n’a plus grand-chose sur son compte.

– Ah, c’est pour ça qu’existent les histoires, Nolly. Pour savoir ce que ça fait d’être une autre personne.  
– Pourquoi voudrait-on cela ?  
– Parce que parfois c’est éreintant d’être soi.

– Vous savez ce que mon vieux père disait à propos du mariage, Mr Stoker ? Tu as le droit de regarder dans la vitrine du bijoutier, à condition de ne pas la casser pour tout rafler.

Ce qu’ils appellent la vie est un vaisseau fantôme. Ce vaisseau compte bien des cabines. Des petites. Des grandes. Certaines sont destinées aux princes. D’autres aux pauvres. Elles sont innombrables. Il y en a toujours une autre. Voilà comment ils échappent à la prison du moi. Pour voir le monde à travers le hublot de la cabine d’un autre.

 Il n’aime pas se souvenir, trop de douleur, de déceptions. Il est important de se maintenir à flot, les yeux braqués sur l’horizon, toujours. Le passé est un fou qui se noie ; lancez-lui une corde, il vous entraînera avec lui.



Du même auteur sur ce blog :  

 
 



 

 

mercredi 16 décembre 2020

[Cummins, Jeanine] American Dirt

 


 

Coup de coeur 💓

 

Titre : American Dirt

Auteur : Jeanine CUMMINS

Traductrices : Françoise ADELSTAIN
                          et Christine AUCHE
 

Parution : en anglais (USA)
                   et en français en 2020

Editeur : Philippe Rey

Pages : 544

 

 

   

 

 

Présentation de l'éditeur :  

Libraire à Acapulco au Mexique, Lydia mène une vie calme avec son mari journaliste Sebastián et leur famille, malgré les tensions causées dans la ville par les puissants cartels de la drogue. Jusqu’au jour où Sebastián, s’apprêtant à révéler dans la presse l’identité du chef du principal cartel, apprend à Lydia que celui-ci n’est autre que Javier, un client érudit avec qui elle s’est liée dans sa librairie… La parution de son article, quelques jours plus tard, bouleverse leur destin à tous.

Contrainte de prendre la fuite avec Luca, son fils de huit ans, Lydia se sait suivie par les hommes de Javier. Tous deux vont alors rejoindre le flot de migrants en provenance du sud du continent, en route vers les États-Unis, devront voyager clandestinement à bord de la redoutable Bestia, le train qui fonce vers le Nord, seront dépouillés par des policiers corrompus, et menacés par les tueurs du cartel…

Porté par une écriture électrique, American Dirt raconte le quotidien de ces femmes et de ces hommes qui ont pour seul bagage une farouche volonté d’avancer vers la frontière. Un récit marqué par l’instinct de survie de Lydia, le courage de Luca, ainsi que par leur amitié avec Rebeca et Soledad, deux sœurs honduriennes, fragiles lucioles dans les longues nuits de marche…
Hymne poignant aux rêves de milliers de migrants qui risquent chaque jour leur vie, American Dirt est aussi le roman de l’amour d’une mère et de son fils, qui au cœur des situations tragiques ne perdent jamais espoir. Un livre nécessaire à notre époque troublée.

  

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

Jeanine Cummins vit à New York avec son mari et leurs trois enfants. Elle a publié trois romans, dont American Dirt est le premier traduit en français.

 

 

Avis :

La narratrice Lydia, libraire à Acaculpo, voit sa vie voler en éclats lorsqu’un article publié par son mari journaliste déclenche les sanglantes représailles du cartel de la drogue qui vient d’asseoir son emprise sur la ville. Contrainte à une fuite éperdue avec son fils de huit ans, elle se joint aux migrants qui traversent le pays pour tenter de rejoindre les Etats-Unis : un périple aux mille dangers souvent fatals…

Diaboliquement haletant, le récit jette d'emblée et sans répit le lecteur dans un état d'angoisse proche de la paranaoïa. Dans un Mexique décrit comme corrompu et transi par la peur des violences et des meurtres orchestrés par des organisations mafieuses toutes puissantes, il semble impossible d’échapper à des tueurs qui disposent de complicités dans tous les rouages de la société. C’est dans une terrifiante chasse à l’homme que nous entraîne l’auteur, pimentant à l’extrême un road trip déjà immensément périlleux pour les migrants « ordinaires ».

Tremblant ainsi particulièrement pour la vie des deux personnages principaux, nous voici embarqués aux côtés de ceux qui ont tout perdu et qui, en provenance de tout le sud de la péninsule américaine, tentent de gagner el norte. Ce sont spécialement les femmes que le récit nous fait côtoyer, nous les montrant doublement exposées aux violences dans un pays où l’on ne compte plus leurs disparitions. Meurtres, viols, rackets, mais aussi les émouvants coups de pouce de la solidarité, jalonnent un parcours dont les temps forts sont les périlleuses étapes à bord de la bestia, ce train de marchandises pris en marche par les clandestins, et la redoutable traversée à pied du désert du Sonora, en compagnie d’un coyote payé à prix d’or.

La parution d’American Dirt aux Etats-Unis a soulevé une polémique sur la légitimité d’une New Yorkaise blanche à écrire sur la souffrance des migrants. Taxé d’appropriation culturelle, cet ouvrage à gros budget est accusé de faire de l’ombre aux authentiques auteurs latino-américains qui, faute d’armes commerciales aussi puissantes, peinent à faire entendre leur voix et celles des migrants. On lui reproche aussi de convoyer une image partiale et dépréciatrice du Mexique, imaginée depuis le côté le plus confortable du mur. Il est vrai que le roman a fait le choix de ne pas lésiner sur le sensationnel susceptible de renforcer la tension dramatique, amplifiant notamment les épreuves de ses personnages au moyen d’une intrigue, bien menée mais tout à fait improbable, entre Lydia et le chef du cartel. Diablement efficace quant à son suspense addictif, cet aspect de l’histoire semble davantage motivé par l'envie de distraire le lecteur que par une quelconque préoccupation politique ou humanitaire. Quelques « inconvenances » dans la promotion américaine du livre peuvent également renforcer l’impression d’un livre plus commercial qu’engagé. Malgré tout, je ne pense pas ressortir de cette lecture avec une pire image du Mexique qu’après avoir lu le très fiable et terrible 2666 de Roberto Bolaño. Manifestement documenté et bien mené, ce très prenant American Dirt ne peut, à sa manière, que contribuer à sensibiliser un plus large public à l’enfer des migrants latinos qui tentent de rejoindre les Etats-Unis, puis d'y rester. C’est en tout cas le roman le plus haletant que j’aie lu depuis longtemps. Coup de coeur. (5/5)


Citations :  

Le taux d’affaires criminelles non résolues au Mexique dépasse les quatre-vingt-dix pour cent. L’existence d’une policía en tenue constitue un contrepoids illusoire à l’impunité réelle du cartel. Lydia le sait. Tout le monde le sait.

Le bus longe les bas-côtés aux arbres tordus et les parois rocheuses désolées aux allures de cicatrice là où la route fend le paysage, et Lydia se rend compte qu’ils ont déjà atteint Ocotico. Elle prie pour qu’il n’y ait pas de barrage entre ici et Mexico, mais elle sait que c’est impossible. Avant même la chute d’Acapulco, les barrages routiers dans le Guerrero, comme dans la majeure partie du pays, étaient devenus une menace. Montés par des gangs, des narcotraficantes ou des policiers (qui peuvent aussi être des narcos) ou des soldats (également peut-être des narcos), ou, récemment, par des autodefensas, qui sont des milices organisées par les habitants de certaines villes pour se protéger des cartels. Lesquelles autodefensas peuvent être aussi, bien entendu, des narcos.

Les traumatismes attendent le calme pour se manifester. Lydia se fait l’effet d’un œuf fêlé et ne sait pas si elle est la coquille, le jaune ou le blanc.

Les mots, quel que soit l’amour qu’on leur porte, sont parfois totalement insuffisants.

Au loin, derrière cette colline, se dresse une centaine d’autres collines, et probablement encore une centaine derrière elles, qu’ils ne voient pas parce qu’elles s’étagent, de plus en plus hautes, de plus en plus aiguisées et redoutables. Le soleil les fend d’éclairs d’une luminosité folle. Les pentes sont couvertes d’herbes dorées couchées par le vent, de plantes épineuses et d’arbres rabougris. Il y a partout d’énormes rochers, rivés aux failles, perchés sur des saillies branlantes, rassemblés dans des creux comme des familles inflexibles. Certains rochers sont si gigantesques qu’ils font paraître naines les collines qu’ils dominent. Au-dessus d’eux, le ciel impitoyable véhicule des nuages qui modifient la lumière, s’amusent à jouer des tours, rendant impossible de jauger les distances mais ne recouvrant jamais le globe brûlant et implacable du soleil.

lundi 14 décembre 2020

[Gyasi, Yaa] Sublime Royaume

 


 

J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Sublime Royaume
            (
Transcendent Kingdom)

Auteur : Yaa GYASI

Traductrice : Anne DAMOUR

Parution : en anglais (USA)
                   et en français en 2020

Editeur : Calmann Lévy

Pages : 374

 

 

   

 

 

Présentation de l'éditeur :  

"Maman je t’en supplie, dis-je en twi. Je te supplie d’arrêter. Je te supplie de te réveiller. Je te supplie de vivre."
Gifty, américaine d’origine ghanéenne, est une jeune chercheuse en neurologie qui consacre sa vie à ses souris de laboratoire. Mais du jour au lendemain, elle doit accueillir chez elle sa mère, très croyante, qui n’est plus que l’ombre d’elle-même et reste enfermée dans sa chambre. Au fil de souvenirs d’enfance émouvants, Gifty s’interroge sur sa passion pour la science si opposée aux croyances de sa mère et de ses ancêtres. Sublime Royaume raconte les difficultés d’avoir une peau noire en Amérique, et le choc des générations au sein d’une famille issue de l’immigration. 
Un deuxième roman qui confirme l’immense talent de Yaa Gyasi dont la plume si subtile prend toujours une force incroyable.

  

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

Yaa Gyasi, vingt-sept ans, est née au Ghana avant d’émigrer aux États-Unis à l’âge de deux ans. Lectrice précoce de Toni Morrison, elle est diplômée de la prestigieuse Université de l’Iowa. Un voyage au Ghana déclenche son désir d’écrire No Home. Bestseller immédiat encensé par la critique américaine, ce premier roman magistral est sur le point de devenir un phénomène mondial.

 

 

Avis :

A vingt-huit ans, Gifty, chercheuse en neurologie dans un laboratoire californien, a fait le vide dans son existence pour ne se consacrer qu’à ses travaux sur l’addiction. Le passé resurgit pourtant lorsque sa mère, dépressive, vient s’installer chez elle. Face à cette femme prostrée qui ne quitte plus sa chambre, Gifty s’interroge et se remémore le parcours de sa famille depuis son départ du Ghana peu avant sa naissance.

Construite en d’incessants aller-retours entre passé et présent, cette histoire est l’infinie quête de sens d’une jeune femme noire en Amérique, alors que, depuis l’enfance, elle a vu sombrer un par un les membres de sa famille. Le récit revient sur les espoirs, puis sur le désenchantement de l’exil, lorsque le racisme, insidieux, mine peu à peu l’équilibre des personnages. Le père choisit la fuite, le fils se perd dans la drogue, la mère finit par sombrer dans la dépression. Dans cette débâcle, Gifty réussit de brillantes études mais peine à rassembler les morceaux d’une psyché fracassée depuis son jeune âge. Après s’être détournée de la religion chère à sa mère, en laquelle elle culpabilise de ne plus trouver de réponse, elle a fait de la science le réceptacle de toutes ses interrogations. Pourtant, rien n’apaise son lancinant questionnement sur le « bric-à-brac » de son existence.

Crise d’identité d’êtres traumatisés par un racisme qu’ils ont fini par intérioriser, mal de vivre débouchant sur les extrêmes de la dépression et de l’addiction, insatiable quête de sens entre foi et science, difficultés à s’autoriser une vie affective, mais aussi découverte des étonnantes avancées de l’optogénétique : toutes ces thématiques s’entrecroisent en un subtil questionnement, pour dessiner le portrait tout en nuances d’une femme dont la courageuse résilience ne parvient pas à combler les profondes béances intérieures.

La dignité et la discrétion d’un personnage central qui ne se dévoile que peu à peu et avec réticence donnent au récit la plus grande crédibilité. C’est avec tristesse qu’on abandonne Gifty à sa si pudique détresse une fois la dernière page tournée. (4/5)


Citations :  

Mes souvenirs de lui, bien que rares, sont plutôt agréables, mais les souvenirs de gens que vous connaissez à peine sont souvent teintés d’une sorte de charme en leur absence. Ce sont ceux qui ne sont pas partis qu’on trouve moins plaisants, simplement parce que le seul fait qu’ils soient restés permet de les juger.

« À quoi ça sert ? » Voilà la question qui distingue les humains de tous les autres animaux. C’est de notre curiosité que sont nées aussi bien la science que la littérature, la philosophie que la religion. Quand la réponse à cette question est : « Parce que Dieu en a décidé ainsi », nous pouvons nous sentir confortés. Mais si la réponse est « Je l’ignore » ou pire : « À rien » ?

« Si la Bible est l’infaillible parole de Dieu, devons-nous l’interpréter littéralement ? »
(…)
Le sermon de la prédicatrice ce jour-là était magnifique. Elle analysa la Bible avec une extraordinaire acuité et son interprétation était si humaine, si réfléchie, que je me sentis honteuse d’associer aussi rarement ces deux qualités à la religion. Toute ma vie aurait été différente si j’avais été élevée dans l’Église de cette femme au lieu d’une Église qui fuyait l’intellectualisme, vu comme un piège du monde séculier destiné à ébranler votre foi.
(…)
Quand le pasteur John prêchait contre les travers du monde, il parlait de la drogue, de l’alcool et du sexe, certes, mais il demandait aussi à notre Église de se protéger d’une forme de progressisme qui s’y était implanté depuis plusieurs années. Je ne parle pas du progressisme au sens politique, bien que cela en fît partie. Je parle du progrès dans le sens où apprendre naturellement quelque chose de nouveau implique de se débarrasser de quelque chose d’ancien, comme découvrir que la Terre est ronde signifie que vous devez renoncer à l’idée qu’un jour vous pourriez tomber de son rebord. Et maintenant que vous avez appris que cette chose que vous pensiez vraie ne l’a jamais été, vous remettez tout en question. Si la Terre est ronde, alors Dieu existe-t-il ? La littéralité est utile dans l’opposition au changement.
(…)
Nous lisons la Bible comme nous voulons la lire. Elle ne change pas, nous si.
 
Quand j’étais enfant, personne n’employait des expressions comme « racisme d’état ». Nous utilisions à peine le terme « racisme ». Je ne pense pas avoir suivi un seul cours à l’université qui parlait des effets physiologiques d’années de discrimination personnelle et d’internalisation du racisme. C’était avant la publication d’études montrant que le risque de décès des femmes noires lors de l’accouchement était quatre fois plus élevé, avant qu’on ait commencé à parler d’épigénétique et de la possibilité de transmission intergénérationnelle des traumas.

C’est une chose que je ne dirais jamais au cours d’une conférence ou une présentation ou, Dieu m’en garde, dans un article, mais à un certain moment, la science ne fonctionne plus. Les questions deviennent des suppositions, des idées philosophiques sur le fait que quelque chose doit probablement, peut-être, exister. J’ai grandi parmi des gens qui se méfiaient de la science, qui pensaient qu’il s’agissait d’une ruse destinée à leur dérober leur foi, et j’ai été formée parmi des scientifiques ou des laïcs qui parlaient de la religion comme d’un médicament de confort pour les simples d’esprit ou les faibles, une manière d’exalter les vertus d’un Dieu plus improbable que notre existence humaine. Mais cette tension, cette idée que nous devons nécessairement choisir entre la science et la religion, est fausse. J’avais été accoutumée à voir le monde à travers l’objectif de Dieu, et quand cet objectif s’est obscurci, je me suis tournée vers la science. L’un et l’autre sont devenus pour moi des moyens valables d’y voir clair, mais en fin de compte, l’un et l’autre ont échoué à remplir totalement leur fonction : apporter la clarté, donner un sens.

Des centaines de rides profondes couraient sur son visage et ses mains, telles d’innombrables rivières qui auraient coulé, zigzaguant et s’entrecroisant, de son front à ses orteils. Mais l’eau s’était tarie avec le temps, ne laissant que les lits de ruisseaux et de rivières asséchés.
 
Je connais ma mère uniquement en fonction de ce qu’elle est par rapport à moi, dans son rôle de mère, si bien que c’est lorsque je la vois telle qu’elle est en personne, par exemple lorsqu’on la siffle dans la rue, que naît le désaccord. Quand elle désire pour moi des choses que je ne désire pas moi-même – le Christ, le mariage, des enfants –, je lui en veux de ne pas me comprendre, de ne pas voir qui je suis, une personne différente d’elle, mais ma colère vient de ce que je ne la vois pas non plus de cette façon. Je veux qu’elle sache ce que je désire de la même manière que je le sais moi-même, intimement, immédiatement. Je veux qu’elle se rétablisse parce que je veux qu’elle se rétablisse, cela ne suffit-il pas ? Ma première pensée, l’année où mon frère est mort et où ma mère s’est couchée, fut que j’avais besoin qu’elle redevienne ma mère, une mère telle que je la concevais. Et quand elle ne se leva pas et resta dans son lit des jours entiers, dépérissant, j’en vins à comprendre que je ne la connaissais pas, ni entièrement ni profondément. Que je ne la connaîtrais jamais.

Nombreux sont ceux qui boivent sans devenir alcooliques, mais certains prennent une gorgée et quelque chose se déclenche, sans raison apparente. La seule manière sûre d’éviter l’addiction est de ne jamais toucher à la drogue. Cela paraît facile, et les politiciens et fanatiques qui prêchent l’abstinence dans de multiples domaines veulent nous faire croire que ça l’est. Peut-être serait-ce simple si nous n’étions pas humains, seul animal au monde qui soit prêt à essayer quelque chose de nouveau, de plaisant, d’inutile, de dangereux, d’excitant, de stupide, même au risque d’en mourir. J’ai pu choisir l’addiction comme sujet de recherche dans une université de ce grand État de Californie grâce aux milliers de pionniers qui sont montés dans leurs chariots, ont affronté les maladies, les accidents et la faim, ont fait face à la brutale immensité du pays, traversé montagnes, rivières et vallées, dans un seul but : atteindre l’autre côté de ce continent gigantesque. Ils connaissaient les risques, mais l’espoir du triomphe, du plaisir, de quelque chose d’un peu meilleur, était largement suffisant. Observez un enfant précipiter sa bicyclette dans un mur de brique ou sauter de la plus haute branche d’un sycomore et vous comprendrez que nous autres humains n’hésitons pas à mettre en danger nos corps et nos vies, pour le seul besoin de savoir ce qui pourrait arriver, d’éprouver la sensation de frôler la mort, d’aller jusqu’à la limite extrême de notre vie, et donc, d’une certaine manière, vivre pleinement.

Je comprends que ce qui fait notre supériorité humaine – la curiosité, la créativité, l’audace – est aussi ce qui menace la vie de tout ce qui existe autour de nous. Parce que nous sommes cette espèce animale qui ose s’embarquer sur les mers, même si nous croyons que la Terre est plate et que nos bateaux peuvent passer par-dessus bord une fois sa limite atteinte, nous avons découvert des pays nouveaux, des peuples inconnus et la forme ronde de la Terre. Le coût de ces découvertes fut la destruction de ces nouveaux pays, de ces peuples inconnus. Sans nous, les mers ne deviendraient pas acides, les grenouilles, les abeilles, les chauves-souris et les coraux ne seraient pas condamnés à disparaître.
 
Il me fallut bien des années pour admettre qu’il est difficile de vivre dans ce monde. Je ne parle pas de la mécanique de la vie, car pour la plupart d’entre nous, nos cœurs battent, nos poumons aspirent de l’oxygène sans que nous ayons à le leur dire. Pour la plupart d’entre nous, mécaniquement, physiquement, il est plus dur de mourir que de vivre. Pourtant, nous bravons la mort. Nous roulons trop vite sur des routes sinueuses, nous faisons l’amour sans protection avec des inconnus, nous buvons, nous nous droguons. Nous essayons de demander un peu plus à la vie. Il est naturel de se comporter ainsi. Mais être en vie dans le monde, chaque jour, tandis que nous recevons chaque jour davantage, tandis que la nature de ce que « nous pouvons supporter » change et que nos façons de le supporter changent également, c’est une sorte de miracle.


samedi 12 décembre 2020

[Bonnefoy, Miguel] Héritage

 



 

J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Héritage

Auteur : Miguel BONNEFOY

Parution : 2020 chez Rivages

Pages : 256

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

La maison de la rue Santo Domingo à Santiago du Chili, cachée derrière ses trois citronniers, a accueilli plusieurs générations de la famille des Lonsonier. Arrivé des coteaux du Jura avec un pied de vigne dans une poche et quelques francs dans l’autre, le patriarche y a pris racine à la fin du XIXe siècle. Son fils Lazare, de retour de l’enfer des tranchées, l’habitera avec son épouse Thérèse, et construira dans leur jardin la plus belle des volières andines. C’est là que naîtront les rêves d’envol de leur fille Margot, pionnière de l’aviation, et qu’elle s’unira à un étrange soldat surgi du passé pour donner naissance à Ilario Da, le révolutionnaire.
Bien des années plus tard, un drame sanglant frappera les Lonsonier. Emportés dans l’oeil du cyclone, ils voleront ensemble vers leur destin avec, pour seul héritage, la légende mystérieuse d’un oncle disparu.
Dans cette fresque éblouissante qui se déploie des deux côtés de l’Atlantique, Miguel Bonnefoy brosse le portrait d’une lignée de déracinés, dont les terribles dilemmes, habités par les blessures de la grande Histoire, révèlent la profonde humanité.
 
  

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Miguel Bonnefoy est l’auteur de deux romans très remarqués, Le Voyage d’Octavio (Rivages poche, 2016) et Sucre noir (Rivages poche, 2019). Ils ont tous deux reçu de nombreux prix et été traduits dans plusieurs langues.

 

 

Avis :

Chassé du Jura par le phylloxera, Lonsonier s’embarque pour la Californie avec son dernier cep de vigne. C’est finalement au Chili qu’il trouve à replanter ses racines. Lui succèderont trois générations d’une famille qui restera toujours profondément attachée à ses origines françaises, devenues au fil du temps quasi mythiques. Au travers de chacune des deux guerres mondiales puis depuis les geôles de Pinochet, fils, petite-fille et arrière petit-fils vivront chacun dans leur chair cet indéfectible attachement qui, inexorablement, modèlera leur destinée, pour le meilleur comme pour le pire.

Sa brochette de personnages, au pittoresque quasi surréaliste, donne à cette histoire une coloration originale et inoubliable. C’est dans un émerveillement tendre et amusé que le lecteur s’attache tour à tour au Maestro qui débarque de France avec les instruments d’une fanfare entière et initie tout un village à la musique, à Lazare le Poilu revenu des tranchées avec un fantôme, à Thérèse l’ornithophile qui vit pour sa fantastique volière, à Margot l’intrépide aviatrice prête à tout pour voler, à Ilario Da le révolté pro-Allende, sans oublier le mystérieux chaman mapuche Aukan qui traverse le récit comme pour souligner la magique fatalité qui semble gouverner leur existence à tous.

Le fil rouge qui lie ces personnages est leur dualité d’exilés et les dilemmes qu’elle engendre, au travers d’un héritage au contour flou et fantasmatique mais qui ne cesse d’infléchir leurs destins individuels : les racines qui les attachent à la France, comme un atavisme contre lequel il est vain de lutter, une attraction magnétique et magique à laquelle obéissent d’ailleurs jusqu’aux concours de circonstances, tels les involontaires changements de patronymes qui encadrent comme deux coups de clap le départ de Lonsonier et le retour d’Ilario Da.

Le terrible séjour de ce dernier dans les geôles de Pinochet, rédigé d’après le récit des tortures subies par le père de l’auteur avant sa fuite pour la France, constitue sans doute le point culminant du roman, en tout cas l’ultime point de rupture qui fera se refermer la boucle du curieux destin de cette famille.  

Cette saga qui, par un vrai tour de force, ne tient qu’en deux cents pages, est une petite merveille savamment ciselée, qui, de rêves enthousiastes en confrontations traumatisantes aux grands drames du siècle dernier, nous conte l’exil, le déracinement, et l’indéfectible lien aux racines. (4/5)

 

 

Citations : 

Il le dit comme on donne de l’eau à un autre homme, non pas parce qu’on en a, mais parce qu’on connaît la soif.

Ils voulaient construire un moulin alors qu’ils interdisaient le vent.

 

 

Du même auteur sur ce blog :

 
 



 

 

jeudi 10 décembre 2020

[Varela Eduardo Fernando] Patagonie route 203

 



J'ai aimé

 

Titre : Patagonie route 203
            (La marca del viento)

Auteur : Eduardo Fernando VARELA

Traducteur : François GAUDRY

Parution : en espagnol (Argentine) en 2019,
                   en français en 2020

Editeur : Métailié

Pages : 368

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur : 

Au volant de son camion, un énigmatique saxophoniste parcourt la géographie folle des routes secondaires de la Patagonie et subit les caprices des vents omniprésents.
Perdu dans l’immensité du paysage, il se trouve confronté à des situations aussi étonnantes et hostiles que le paysage qui l’entoure. Saline du Désespoir, La Pourrie, Mule Morte, Indien Méchant et autres lieux favorisent les rencontres improbables avec des personnages peu aimables et extravagants : un journaliste qui conduit une voiture sans freins et cherche des sous-marins nazis, des trinitaires anthropophages qui renoncent à la viande, des jumeaux évangéliques boliviens gardiens d’un Train fantôme, un garagiste irascible et un mari jaloux…
Au milieu de ces routes où tout le monde semble agir avec une logique digne d’Alice au pays des merveilles, Parker tombe amoureux de la caissière d’une fête foraine. Mais comment peut-on suivre à la trace quelqu’un dans un monde où quand on demande son chemin on vous répond : « Vous continuez tout droit, le jeudi vous tournez à gauche et à la tombée de la nuit tournez encore à gauche, tôt ou tard vous allez arriver à la mer » ?
Ce fabuleux premier roman est un vrai voyage à travers un mouvement perpétuel de populations dans un paysage dévorant, auquel le lecteur ne peut résister.

  

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

Eduardo Fernando VARELA a 60 ans. Il vit entre Buenos Aires, où il écrit des scénarios pour le cinéma et la télévision, et Venise. Patagonie route 203 est son premier roman.
  • Prix Transfuge du Meilleur roman hispanophone - 2020
  • Prix Femina étranger : deuxième sélection - 2020
  • Prix du Premier roman : sélection catégorie romans étrangers - 2020
  • Prix Expression 2020 : sélection (prix de la librairie Expression à Châteauneuf de Grasse) - 2020
  • Prix LDB 2020-2021 : sélection (prix de la librairie des bauges à Albertville) - 2020
  • Sélection rentrée littéraire Fnac - 2020
  • Prix Casa de las Americas - 2019

 

 

Avis :

Depuis qu’il a fui son ancienne vie à Buenos Aires, Parker sillonne la Patagonie à bord d’un camion dont il n’a pas les papiers, transportant des marchandises non déclarées pour le compte d’un obscur patron qui l’emploie illégalement. Sa vie errante s’écoule désormais au jour le jour, libre, solitaire et sans avenir, à éviter rencontres et axes fréquentés, si tant est que ce dernier terme puisse s’appliquer à ce territoire parmi les moins peuplés du monde. Contre toute attente, la route de Parker finit par croiser celle de la belle Maytén, malheureuse épouse d’un peu commode forain…

La grande originalité de ce roman vient d’abord de son atmosphère très particulière. Avec une ironie qui confine à l’absurde, l’auteur s’amuse à amplifier les caractéristiques de cette terre du bout du monde, nous la décrivant plus habitée par les vents que par les hommes, soumise à d’inimaginables caprices météorologiques et naturels, chichement parsemée de villages perdus aux noms grotesques. Les distances s’y expriment en jours de route. Les habitants, rudes et inhospitaliers, y gèrent imperturbablement le vide de leur existence, qu’ils remplissent d’occupations délirantes autant que de rumeurs et de légendes. Cadre, personnages secondaires, dialogues : tout concourt à créer un contexte surréaliste, où le lecteur, autant que Maytén et Parker, devra consentir à perdre ses repères pour pouvoir avancer.

Dans cette désolante immensité où rien n’a guère de sens et tout n’est qu’ineptie, les personnages principaux différent des autres en ce que, dépouillés de leur existence passée et perdus dans leur errance, ils continuent à chercher leur chemin et à s’accrocher à leurs rêves. Parker étreint son idéal de liberté, Maytén aspire à une vie de famille stable et paisible, et l’ami journaliste qu’ils croisent et recroisent ne cesse de se passionner pour une nouvelle chimère. Dans leurs trajectoires solitaires, ils se rencontrent parfois et par hasard, s’accompagnent un bout de chemin pour mieux se perdre ensuite, à la poursuite de destins aveugles que l’auteur rend par ailleurs cruellement ironiques.

Dès lors l’on comprend que derrière cette histoire de quête errante et désespérément solitaire dans un univers écrasant aux multiples vents contraires, c’est tout l’arbitraire et l’ineptie de la vie humaine que nous laisse percevoir l’auteur : une absence de sens que seuls viennent contredire, parfois, ces brefs et miraculeux instants où des êtres réussissent à se rencontrer pour de bon, ou, par chance, parviennent à réaliser le rêve d’une passion.

Voici donc un livre original, admirablement écrit et doté d’une vraie profondeur, où seuls un humour désespéré et quelques rares éclats de bonheur sporadique viennent éclairer une représentation bien sombre de la destinée humaine. Autant de qualités qui rendent cette lecture remarquable, malgré ce qu’il m’a parfois paru de longueurs ennuyeuses : il n’est pas si facile d’accepter de se perdre au royaume d’absurdie. (3/5)

  

Citations :  

Il n’est pas de désir plus tenace que celui qui reste à mi-chemin, ni nostalgie plus puissante que celle qui tient à ce qui n’est jamais arrivé.

En observant l’espace qui l’entourait, elle se dit que la cage qui l’emprisonnait était vaste, sans barreaux, ni portes, ni fenêtres, infinie. Une cellule où elle pouvait se mouvoir à volonté, mais d’où elle ne pourrait jamais s’échapper. C’était la plus terrible des prisons, dont les murs s’étendaient à perte de vue et au-delà. Elle se demanda ce qu’étaient devenus ses rêves et ses espoirs, son ambition de quitter pour toujours ces solitudes et de vivre dans une ville avec de vraies rues et des immeubles, des gens marchant sur les trottoirs sans devoir se protéger des bourrasques et toujours chercher un abri. Ses sœurs étaient parties l’une après l’autre à la recherche de nouveaux horizons et elle était restée dans l’attente d’une occasion pour les imiter. Quand elle avait fait la connaissance de Bruno, elle avait pensé que le moment était venu d’abandonner pour avait pensé cette existence médiocre, mais elle comprit vite son erreur. L’éclat attirant de la ville devint de plus en plus lointain et la solitude l’avait de nouveau engloutie.

Il avait traversé plusieurs fois cette ligne imaginaire, au-delà de laquelle s’ouvrait un monde propice aux visions fantastiques et aux aventures, le monde des régions australes, des falaises vertigineuses tombant à pic sur les vagues déferlantes, les fjords et les canaux traversés par le rugissement des vents et les courants furieux qui reliaient les deux océans. Il avait déjà parcouru ces côtes, infestées de légendes et de naufrages, où la voûte céleste s’inversait, le haut se plaçait en bas, et où le continent dessinait un animal préhistorique plongeant son échine dans l’océan pour réapparaître dans une autre géographie, avec d’autres noms et d’autres mythes. Il connaissait bien ces régions, pourtant il n’avait jamais éprouvé au plus profond de lui-même une telle sensation d’égarement. Les premiers jours, le paysage défila aimable et tranquille, mais au bout d’une semaine, à mesure qu’il roulait, le climat rude et venteux qui soulevait des nuages de poussière commença à l’affecter. Pendant un jour et demi, il se dirigea vers le sud-ouest jusqu’au 68e méridien et se laissa descendre comme on glisse d’une corde (…).

Pendant la journée il roulait lentement, à une allure régulière, sur des routes dont l’état empirait à chaque kilomètre et qui pouvaient s’interrompre abruptement, l’obligeant à faire demi-tour et à modifier l’itinéraire. Il traversait des plateaux et des dépressions, des chaînes de basses collines qui paraissaient caresser l’échine de cet étrange animal allongé sur la terre qu’était la Patagonie. Les nuits tombaient avec un poids insolite, dissolvant les longues ombres du crépuscule, mais Parker avait du mal à trouver le sommeil, affecté par un vertige qui filait dans ses veines, alors il se guidait avec les étoiles en ayant l’impression de suivre des lignes mystérieuses et d’être lui aussi un point de plus dans le firmament.
 
Il profita d’un arrêt nocturne pour observer le firmament et s’assurer que là-haut tout allait pour le mieux, mais il n’avait jamais vu la Croix du Sud si bas, presque posée sur l’horizon, et s’en méfia. La ceinture d’Orion était aplatie et regardait Aldébaran avec suspicion. Le sextant que lui avait prêté le journaliste lors de leur dernière rencontre ne lui servait plus à grand-chose : dans les nuits limpides de l’hémisphère austral, la position des étoiles changeait capricieusement, poussées par le vent, les constellations se cachaient dans les replis du ciel et l’univers se froissait comme un papier de bonbon.

– Allez jusqu’à Cabo Albarracín, tôt ou tard c’est là que vont toutes les fêtes foraines, lui conseilla un soir un vieil homme qu’il avait fait monter dans sa cabine. Il l’avait rencontré sur un chemin isolé, perdu dans le néant, loin de toute habitation, et s’était arrêté en pensant qu’il avait besoin d’aide.
– Qu’est-ce qui vous fait penser que j’ai besoin d’aide ? avait dit le vieux en grimpant péniblement dans le camion.
– C’est ce qu’il m’a semblé.
– Ah bon ? Moi, il me semble plutôt que c’est vous qui avez besoin d’aide.
– Où allez-vous ? demanda Parker pour changer de sujet, habitué aux bizarreries de la région et de ses habitants.
– Vous ne voyez pas que je ne vais nulle part ?
Parker haussa les épaules et retourna à ses pensées, mais l’homme insista :
– J’ai une tête à aller quelque part ?
– Non, vous avez une tête à être là, pas plus.
– Et si je voulais, bordel, où vous croyez que je pourrais aller ? ajouta-t-il irrité, en indiquant la plaine.

Il y avait des espèces de corridors où l’air s’engouffrait violemment, mais quelques mètres plus loin il changeait de direction et d’intensité. Les rafales et les tourbillons furieux qui se disputaient le droit de passage se muaient en une brise molle et constante. Maytén avait grandi dans ces territoires et appris très jeune la manière d’esquiver les bourrasques. Il fallait pour cela se déplacer avec une intuition de sourcier, observer le type et la forme de végétation, l’accumulation de poussière, les traces subtiles que l’air laissait sur le sol.

Bon, alors prenez la 210 jusqu’à trouver un arbre abattu. Si vous dépassez les trois jours, revenez en arrière, parce que vous serez allé trop loin. Au croisement, prenez à gauche, c’est l’affaire d’un jour et demi, deux s’il pleut.

 

mardi 8 décembre 2020

[Koszelyk, Alexandra] A crier dans les ruines

 


 

 

J'ai beaucoup aimé

 

Titre : A crier dans les ruines

Auteur : Alexandra KOSZELYK

Parution : 2019 (Aux forges de Vulcain)

Pages : 254

 

 

  
 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

Tchernobyl, 1986. Lena et Ivan sont deux adolescents qui s’aiment. Ils vivent dans un pays merveilleux, entre une modernité triomphante et une nature bienveillante. C’est alors qu’un incendie, dans la centrale nucléaire, bouleverse leur destin. Les deux amoureux sont séparés. Lena part avec sa famille en France, convaincue qu’Ivan est mort. Ivan, de son côté, ne peut s’éloigner de la zone, de sa terre qui, même sacrifiée, reste le pays de ses ancêtres. Il attend le retour de sa bien-aimée. Lena grandit dans un pays qui n’est pas le sien. Elle s’efforce d’oublier. Un jour, tout ce qui est enfoui remonte, revient, et elle part retrouver ce qu’elle a quitté vingt ans plus tôt.

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Alexandra Koszelyk est née en 1976. Elle enseigne, en collège, le français, le latin et le grec ancien.

 

 

Avis :

En 1986, Ivan et Lena ont treize ans et sont inséparables depuis l'âge le plus tendre. Ils habitent à Pripiat, à proximité de la centrale nucléaire, dite de Tchernobyl. Lorsque la catastrophe se produit et que toute la zone est évacuée, Lena part en France avec sa famille et, sans nouvelle d’Ivan, le croit mort. Le garçon est en fait resté dans la région. Il est même revenu habiter son ancienne maison malgré le danger. Vingt ans plus tard, Lena entreprend un voyage en Ukraine, sur les lieux de son enfance…

Si l’histoire seule d’Ivan et de Lena pourrait passer pour une jolie romance à l’issue somme toute aussi gentille qu’improbable, c’est elle qui donne vie et émotions à la terrible et stupéfiante restitution de son contexte historique qui, lui, donne tout son poids et son intérêt au roman. Le lecteur, plein d’empathie pour les personnages attachants et campés avec justesse, se retrouve plongé dans des événements qui dépassent l’imagination. L’accident lui-même, puis l’incurie des autorités et l’évacuation seulement deux jours après d’une population tenue dans l’ignorance de ce qui se passe, font froid dans le dos. Que dire du sort de ces familles, désormais pestiférées, qui n’ont pu emporter le moindre objet personnel ? Beaucoup mourront, tous se retrouveront dans la misère, et nombreux seront les samossiols : les « revenants », ceux qui retourneront vivre, malgré tout, dans la zone interdite. A jamais figée dans l’instant où la vie humaine s’en est enfuie, la ville de Pripiat tombe peu à peu en ruines, envahie par une végétation rousse et des espèces animales qui profitent paradoxalement d’une intimité inédite. Pendant qu’un mal invisible et pernicieux continue à y décimer la vie qui tente de s’y maintenir, curieux et touristes y viennent aujourd’hui y promener leurs yeux incrédules…

En particulier au travers de Lena et de son émouvante grand-mère, d’Ivan et de son père incapable de survivre à l’arrachement de sa terre, le récit immerge le lecteur dans le déchirement de l’exil et du déracinement, mais aussi dans le désespoir de ceux qui, faute d’une autre solution plus acceptable, se sont résolus à revenir brûler ce qui reste de leur vie au contact du danger. La lecture suscite un mélange d’effroi et de sidération, de désolation et de compassion, tant à propos de cette catastrophe aux responsabilités mal endossées et aux conséquences dramatiquement sous-estimées, que du sort de la malheureuse population ukrainienne, décidément durement frappée au cours du dernier siècle…

Son style fluide, ses personnages attachants et sa stupéfiante plongée au coeur des suites, si peu présentes à l’esprit du public, de la catastrophe de Tchernobyl, font de ce roman un moment de lecture fort qui ne peut laisser indifférent. (4/5)

 

Citations :

Souvent, la dernière attention, un dernier geste ou regard, n’est pas prise au sérieux. On ne sait jamais quand elle arrive, personne n’y prend garde, l’instant glisse sur nous et s’échappe. Mais quand le dernier instant se fige, quand on sait qu’il portera le nom de « dernier », alors l’instant revient et perfore l’inconscient. Si j’avais su…

Pripiat, elle, ne serait évacuée officiellement que le surlendemain.
(…)
Très rapidement, la ville prendrait des couleurs guerrières : des chars, et un millier de cars sillonneraient les chemins déchus. Aucun autre véhicule n’aurait le droit de sortir. Ni voiture ni carriole. Il ne faudrait rien prendre. On expulserait à tour de bras, un mot d’ordre pour ce capharnaüm meurtrier s’étranglerait sur toutes les bouches :
« Évacuation ! »
Dans un rayon de trente kilomètres, tous les civils seraient refoulés ailleurs. Les exilés seraient de nouveau sur la route. Tous ces gens en déroute, les yeux effrayés par ce mal invisible. Il leur fallait abandonner tout ce qui hier constituait leur vie. Aucune photo, aucun vêtement, aucun objet. Tout serait brûlé ou laissé en l’état. Pillé par la suite. Le mal devait rester sur ses terres meurtries. Chaque personne plongerait dans l’inacceptable à pas mesurés. Un déracinement forcé sous les mitraillettes des militaires. Des cris, puis des pleurs, des haines lancées à la face de ceux qui les poussaient vers l’inconnu. Et toujours cette incompréhension au fond des yeux.
« Pourquoi partons-nous aussi rapidement ? Est-ce la Centrale ? Pourquoi ne nous dites-vous rien ? »
.
 
Elle ne comprit pas l’école française. Très tôt, les Soviétiques baignent dans le chaudron de l’excellence. Lever du drapeau, chants partisans, rigueur et classement. Marche ou crève. Toujours au-dessus des autres. Des athlètes du quotidien. Formés, déformés, ils gardent le cap même sans boussole. Pour inaugurer la journée, les jeunes Soviétiques s’asseyent et écoutent, mi-effrayés, mi-subjugués, les récits des maîtresses. Splendeur et démesure de la Russie éternelle, comme ce tsar qui, émerveillé par la beauté de sa cathédrale Saint-Basile-le-Bienheureux, creva les yeux de son architecte, Barma. Ivan le Terrible, ce souverain qui avait de son sceptre tué son propre enfant, n’était pas à une ignominie près. La tragédie était le chaudron des Slaves.
Léna compara les élèves français à de joyeux marcassins. Repus et gorgés. Presque las de cette corne d’abondance à leur disposition.

Les livres n’étaient pas seulement des outils pour apprendre le français ou pour s’évader : ils comblaient cette absence qui la dévorait et étaient un pont de papier entre les rives de ses deux vies. La lueur d’une bougie blèche au fond d’une caverne.

« L’homme est étrange, avait marmonné sa grand-mère. Seul l’éloignement lui fait prendre conscience de la beauté des choses. De l’Ukraine je ne voulais pas garder l’effroi des dernières heures. Alors je l’ai enfantée d’une nouvelle mythologie. Je n’ai cessé de broder de nouvelles histoires en te les racontant soir après soir. Au fil des pages de mon livre imaginaire, l’Ukraine s’est effacée au profit de ces nouvelles couleurs que je t’avais transmises. Mais aujourd’hui, vois-tu, j’ai peur de me mesurer au monde, car mes peintures ne sont pas la réalité. Et si je n’aimais plus mon pays ? »

« Quand le salaire ne tombe plus, quand l’eau et l’air de la ville ne sont qu’émanations toxiques, quand le ventre d’un enfant crie famine, alors l’invisible n’est rien. Comment vivre avec moins de cent euros par mois ? Sur les marchés, tout le monde achète des légumes, même si tous connaissent leur taux de radiations. Pour d’autres encore, les plus vieux, l’attachement à la terre est plus fort encore que leur propre santé. “La peur du nucléaire est un luxe des pays riches”, disent les samossiols.

« Les samossiols vivent en autonomie, ils cultivent leur terre, mangent leurs récoltes. Ils doivent aussi faire attention aux vents dominants, car certains leur apportent la poussière radioactive des ruines de Pripiat. Ils sont un peu des bons sauvages : ils vivent de troc et de partage. Autour d’eux, les animaux sont tranquilles : ils ne les chassent ni pour leur viande ni pour leur fourrure. Il règne une certaine utopie. Certains pourraient les traiter d’inconscients, mais leur terre est plus forte que leur mort. Ils sont heureux ainsi. Le monde les a oubliés. » 
 
« En 1986, il y a eu une autre catastrophe : l’explosion de Challenger. Il paraît que cela a fait perdre vingt ans au Programme spatial international. Tout ça pour sept morts. Et Tchernobyl ? Combien de morts ? Combien d’années cela a-t-il fait perdre ? Aucune. Dans le monde, les réacteurs nucléaires ont continué de proliférer, comme si tout le monde avait détourné le regard. Comme si notre ville avait été enfouie sous le tapis. L’humanité ne peut pas gérer ce genre de vérité. Voilà la vraie raison. Tout cela nous dépasse. »

« La nature n’aime pas le vide, alors elle l’a comblé. Ici, les animaux vivent sereinement, loin de la folie des hommes. Ils vivent moins longtemps et sont moins touchés par les conséquences des radiations. Pour les zoologistes, c’est une aubaine : Pripiat devient une réserve naturelle d’espèces parfois menacées. C’est le nouvel eldorado des animaux. Quel paradoxe ! Des scientifiques ont même démontré que la radioactivité serait moins néfaste pour les animaux que l’agriculture, la chasse ou encore la déforestation. L’animal se débrouille mieux sans l’homme. Dans Pripiat, il y a énormément de chevreuils, alors que dans le reste de l’Ukraine ce mammifère décroît ! Cette Zone n’a pas fini de nous étonner. »

« Le platane est un arbre extraordinaire. Il s’adapte à tout, il est insensible aux radiations. Un arbre d’avenir dans la région… La sève de bouleau est, elle, dépurative et anticancérigène. Cet arbre est un peu l’alpha et l’oméga de nos forêts. J’ai eu cette idée après avoir lu Le Pavillon des cancéreux de Soljenitsyne. En Sibérie, les gens sont si pauvres qu’ils boivent à longueur de temps du thé d’écorce de bouleau. Là-bas, le taux de cancéreux est le plus faible de Russie. »

 

 

Sur le même thème, vous aimerez aussi :

 
 

dimanche 6 décembre 2020

[Bonnet, Jean-Pierre] Histoires à réécrire

 


 

 

J'ai aimé

 

Titre : Histoires à réécrire

Auteur : Jean-Pierre BONNET

Parution : 2020 (Lucien Souny)

Pages : 192

 

  

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

Vingt ans depuis cette terrible nuit où il a fui. Aujourd’hui, Fred revient dans son village où tout n’est que mauvais souvenirs et plus encore, à commencer par la mort de sa mère le jour de sa naissance. Il rentre pour régler un dossier juridique puisque, au décès du père, il a été privé de sa part d’héritage. À l’époque, ses trois frères, avec la complicité d’un notaire, l’ont fait déclarer absent par le TGI. Il veut maintenant peser sur le cours des affaires familiales. D’autres vérités ahurissantes surgiront alors à la vitesse de l’éclair, comme si sa vie entière avait été un tissu de mensonges. Un retour doux-amer qui pourtant lui permettra d’aller de l’avant. Aura-t-il le temps de dire merci à ceux et celles qui l’ont aimé à son insu et toujours dans l’ombre ?

Dans ce nouveau roman qui se dévore d’une seule traite, Jean-Pierre Bonnet continue d’explorer les thèmes qui lui sont chers : le poids du secret, la fratrie, le scandale, la loyauté, les valeurs individuelles… Précédentes publications parues aux éditions Lucien Souny : Une vie sur le fil, Un départ sans adieux, Hirondelles en hiver. 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

Né à Cussac, dans le Limousin, Jean-Pierre Bonnet est resté fidèle à cette terre dont il parle la langue d’oc. Il y puise son inspiration. Dans tous ses romans, il aime à dépeindre finement la société paysanne dans les années 50-60. La famille est son thème de prédilection. Il porte un regard lucide et avisé sur ces relations privilégiées mais fragiles qui se créent entre les êtres, souvent bonifiées sous l’effet des revers de la vie et balayées par les faiblesses humaines. Journaliste, il habite et travaille aujourd’hui sur l’île de Ré. Il collabore à divers journaux, dont Sud-Ouest, et à des magazines locaux.
Déjà parus aux éditions Lucien Souny : La loi des humbles (2010), Une terre pour deux frères (2013), L'inconnu de la Faurie (Poche, 2014), Un départ sans adieux (2015 – Prix du Périgord Vert, 2015). 

 

 

Avis :

Vingt ans après avoir fui en Afrique au lendemain d’une nuit de drame, Fred provoque embarras et grincements de dents en revenant sans crier gare dans son village natal du Limousin. Son père, jadis si violent à son égard, est désormais mort. Profitant de son absence, ses trois frères se sont entendus avec le notaire pour spolier Fred de sa part d’héritage. Bien décidé à revendiquer ses droits, le quadragénaire va voir le passé resurgir, exhumant au passage d’inattendus secrets de famille.

La lecture est agréable et l’histoire parfaitement plausible : nous voilà plongés dans une sombre affaire de famille sur fond de campagne française pendant les années soixante-dix et quatre-vingts. Haines et jalousies, cristallisées autour d’un secret bien gardé, y trouvent classiquement leur acmé au dénouement d’un héritage. Transformé en impitoyable règlement de vieux comptes, ce délicat moment du partage au sein d’une fratrie divisée va servir de révélateur à bien des turpitudes, passées et actuelles.

L’intrigue aurait pu s’y prêter, mais le suspense n’est pas le moteur du récit. Celui-ci se déroule très calmement, chaque nouvelle révélation venant éclairer un peu mieux la réalité d’un passé assez différent de ce que Fred en avait perçu. L’on se prend à regretter l’absence de tension de cette narration assez classique, certes sans défaut mais aussi un peu trop lisse pour demeurer vraiment mémorable.

Parfaitement réaliste et crédible, cette histoire de secret de famille, à l’origine d’inextricables haines et de sombres machinations au fond du Limousin, se laisse lire sans déplaisir. Il lui manque peut-être ce soupçon de rythme ou d’originalité d’écriture qui aurait pu la faire sortir du lot. Une lecture plaisante, en tous les cas. (3/5)