J'ai beaucoup aimé
Titre : Lalie en l'air
Auteur : Anne-Sophie KALBFLEISCH
Parution : 2026 (Rouergue)
Pages : 128
Présentation de l'éditeur :
Lalie n’est qu’une enfant. Et si elle dérive bien souvent de rue en rue,
dans le quartier de l’Ancien Canal, c’est que ses parents travaillent
et que ni sa grande sœur ni son grand frère ne veulent s’encombrer d’une
gosse. Un jour, elle entre dans le jardin d’un homme qui s’exprime avec un drôle d’accent. Sa
meilleure amie Sophie a beau lui dire que les hommes sont dangereux,
Lalie ne peut renoncer à ses échappées auprès de Mark. Là où, enfin,
quelqu’un prend le temps de s’intéresser à elle. Et puis elle ne lit pas
les journaux, lesquels ne parlent plus que des petites filles qui
disparaissent dans le pays, semant la peur et le désarroi. Avec ce
roman pudique et tendre, Anne-Sophie Kalbfleisch raconte par petites
touches une amitié sous le sceau de l’interdit au milieu des années
1990, lorsque des crimes inouïs ont changé la Belgique.
Le mot de l'éditeur sur l'auteur :
Née en 1988 à Bruxelles, Anne-Sophie Kalbfleisch enseigne la physique. Son premier roman, Eureka dans la nuit (Rouergue, 2024), pour lequel elle a reçu le Prix des lecteurs Quais du Polar / Le Figaro 2025, a révélé son grand talent d’écriture.
Avis :
Dans le climat de suspicion générale que l’affaire Dutroux commence à installer dans la Belgique du milieu des années 1990, l’innocente affection qui se développe entre une fillette et un vieil homme solitaire se retrouve soudain exposée aux interprétations les plus anxieuses. En variant les focalisations – tantôt proches de l’enfant, tantôt de l’adulte ou de leur entourage –, la romancière Anne‑Sophie Kalbfleisch montre comment une angoisse collective naissante peut déformer la manière d’appréhender une situation pourtant bénigne.Lalie, petite fille vive et attachante, découvre le monde avec la spontanéité propre à son âge. Sa rencontre avec Mark, un voisin âgé et discret, lui ouvre un espace de complicité fait de conversations simples, d’observation des oiseaux et d’une confiance immédiate. Autour d’eux se dessine un environnement social et familial ordinaire : une mère attentive mais absorbée par le quotidien, un quartier où chacun observe sans toujours comprendre, et une époque où les adultes projettent sur les enfants des inquiétudes qui ne leur appartiennent pas.
Faisant circuler la narration entre Lalie, Mark et quelques figures secondaires, Anne‑Sophie Kalbfleisch construit un dispositif polyphonique qui déjoue toute interprétation unilatérale. De l’élan confiant de l’enfant à la solitude pudique de l’homme, en passant par le regard suspicieux des autres, chaque point de vue apporte sa nuance et fait apparaître un jeu d’écarts où se glissent malentendus, projections et peurs, sans que l’auteur tranche jamais. Volontairement sobre, l’écriture laisse émerger les tensions plutôt qu'elle ne les souligne, invitant le lecteur à interroger ses propres réflexes et à mesurer ce que le contexte social fait peser sur des gestes et des liens pourtant anodins. Tout en empathie et en finesse, le roman gagne ainsi en complexité et en justesse, déployant sous son apparent minimalisme un voile de silences et de sous‑entendus qui laisse entrevoir la zone grise où, de préjugés en inquiétudes croissantes, se fabriquent les jugements.
De son écriture délicate, poétique et tendre, qui trahit une compréhension fine des interactions humaines, Anne‑Sophie Kalbfleisch parvient à suggérer les pesanteurs d’un climat social anxiogène, ainsi que la fragilité des êtres qu’elle met en scène. Scrutant avec acuité les peurs diffuses, les malentendus qui s’enracinent et les regards qui se durcissent, le roman se tend entre innocence et soupçon, jusqu’à l’injustice et la malveillance engendrées par l'anxiété et les distorsions de perception qui en découlent. Il offre ainsi une illustration subtile de la manière dont se forment les jugements et de ce qu’ils révèlent, en creux, de nos intolérances. (4/5)
Citations :
Il utilise des phrases importantes, par exemple il n’y a ni mauvaises herbes ni mauvais hommes, il n’y a que de mauvais cultivateurs, citant Victor Hugo comme si tu le connaissais toi aussi.
Tu te demandes si être enfant n’est pas la chose la plus dangereuse au monde, il suffit d’un adulte, un seul…
Tu te demandes si être enfant n’est pas la chose la plus dangereuse au monde, il suffit d’un adulte, un seul…

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