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mercredi 6 mars 2019

[Hermary-Vieille, Catherine] L'infidèle






J'ai aimé

Titre : L'infidèle

Auteur : Catherine HERMARY-VIEILLE

Editeur : Gallimard

Parution : 1985

Pages : 300








Présentation de l'éditeur :   

L'amour peut s'enraciner, fleurir et resplendir n'importe où, même au coeur de l'épouvantable guerre du Proche-Orient dont nous suivons les phases à distance. C'est ce que nous démontrent les personnages que met en scène la romancière dans un récit de passion folle, de sang et de mort. Habitant New York auprès de sa femme Carol et de ses enfants, le Libanais Samir Khoury (devenu citoyen américain) est un riche négociateur entre banques américaines et arabes. Il rencontre un jour, lors d'un court passage à Beyrouth, Joumana, une jeune Libanaise infirmière à la Croix-Rouge, adorée du docteur Selim Kassem. Coup de foudre entre Samir et Joumana qui n'avaient pourtant aucune chance de se connaître. Mais le destin, aberrant et splendide, choisit librement ses proies. Les deux amants vont vivre l'absolu, tantôt séparés par les retours de Samir à New York, tantôt s'étreignant parmi les attentats, les bombardements et les ruines où la vie cependant continue avec une étonnante ténacité. Enfermés dans la force de leur amour, Samir ne verra plus, ne comprendra plus les bonheurs, les espérances, les regrets de Carol, tandis que Joumana laissera Selim s'engager dans l'armée palestinienne. Seuls désormais en face l'un de l'autre, ils vont tenter de se rejoindre.

 

Avis :

Samir a quitté le Liban pour les Etats-Unis, où, désormais citoyen américain, il mène une existence aisée avec femme et enfants. En 1976, lors de l’un de ses déplacements professionnels à Beyrouth, alors en guerre, il rencontre Joumana : leur coup de foudre va se transformer en une passion prête à tout balayer sur son passage, tandis que Samir retrouve les racines et la patrie qu’il croyait avoir rejetées. Mais, dans le théâtre violent de leur pays déchiré et ensanglanté, pourront-ils vivre autre chose que dilemme, souffrances et tragédie ? 
Cette histoire sentimentale n’aurait pas présenté grand intérêt si elle n’avait lieu sur fond de guerre, dans un Liban magnifiquement décrit. Les personnages sont crédibles et fouillés, le style fluide et maîtrisé, la lecture agréable et émouvante. Cela reste malgré tout un peu trop convenu et fleur bleue à mon goût pour demeurer mémorable. 
Un bon moment, sans plus. (3/5)

dimanche 3 mars 2019

[Decoin, Didier] Autopsie d'une étoile





Coup de coeur 💓💓


Titre : Autopsie d'une étoile

Auteur : Didier DECOIN

Editeur : Seuil

Parution : 1987

Pages : 352







 

Présentation de l'éditeur :

"Un récit fiévreux, agité et sensuel [...] Didier Decoin est irrésistiblement romancier" (François Nourissier, le Point).
"Un très grand bouquin d'aujourd'hui, à hauteur d'homme, entre deux infinis..." (Jean David, VSD).
"Sans doute le meilleur roman de Decoin après John l'Enfer". (André Clavel, l'Evénement du jeudi).
Mon nom est David Bissagos, je vis à Chicago près du métro aérien. J'ai connu et servi un homme, Burton Kobryn. Dans un observatoire de la Cordillère des Andes, ensemble nous avons guetté la naissance d'une étoile. Nous avons aussi aimé la même femme, Léna, moitié indienne, moitié américaine. Léna est morte en silence, tandis que l'étoile naissait en criant. Bien après ces événements, son prix Nobel, sa gloire, Burton Kobryn m'appela dans la grande maison isolée, en Normandie sous la neige, où il s'était retiré avec sa nouvelle épouse. Il parla de ce qui s'était réellement passé durant notre séjour au Chili, au cours de ces mois de violence pendant la révolution de 1973. Il me dévoila l'existence de Sally Nathanson, l'étrange jeune fille qu'il n'avait jamais cessé d'aimer. Il avoua ce qu'avait été la vraie mort de Léna, et ce qu'il avait fait ensuite de terrible au Nouveau-Mexique et sous la pluie de Riverton. Je compris alors que l'étoile la plus brillante n'est qu'une entité monstrueuse qui se dévore elle-même et réduit en cendres tout ce qui la frôle.
 

 

Avis :

L'éminent savant Burton Kobryn, prix Nobel d'astrophysique pour avoir capté le son produit par la naissance d'une étoile, s'est retiré dans la campagne française après l'exécution de sa femme Léna lors du coup d'état de 1973 au Chili, d'où il menait ses recherches. C'est donc à l'apogée de sa carrière, qu'à la surprise générale, il décide de disparaître de la scène publique et de mettre fin à sa vie professionnelle. Dix ans plus tard, il convoque un jour chez lui son ancien assistant, l'Américain David Bissagos, à qui il n'avait jamais auparavant manifesté d'attention particulière. Ce-dernier, marqué par la mort de Léna qu'il n'avait fait qu'apercevoir mais dont il était secrètement amoureux, s'empresse de se rendre auprès de son ancien maître, à qui il continue de vouer un respect et une admiration sans borne. Quels secrets l'attendent dans la tanière de l'homme célèbre maintenant remarié ? 

J'ai été à nouveau impressionnée par l'inventivité et la capacité de renouvellement de Didier Decoin. Ce roman est encore une fois très différent des précédents. Il nous emmène avec un certain suspense au-delà de ce qu'on peut pressentir à différents moments des confidences de Kobryn : l'effet de surprise joue à plein jusqu'à l'ultime phrase, une révélation en cachant une autre. 
Au-delà du récit mené magistralement et où rien n'est laissé au hasard, les romans de Didier Decoin ont en commun l'émotion poétique et esthétique qu'ils suscitent et qui continue de vous imprégner une fois la dernière page tournée. Ce sont des romans "qui ont une âme" si je puis dire, à tout le moins une profondeur qui dépasse la simple narration.  

Alors qu'il cherche désespérément le cri d'une étoile dans le silence de l'infini, Kobryn refuse d'entendre l'infinie et criante détresse de son épouse. Il s'attache à ne voir d'elle que ce qu'il voudrait qu'elle soit, au point de la laisser sombrer quand elle s'en écarte trop, s'apercevant alors qu'il n'a fait toute sa vie que courir après le reflet d'un premier amour perdu, comme aveuglé et leurré par la lumière d'une étoile qui continue à éblouir bien longtemps après son extinction. Kobryn avait été séduit par la beauté de Léna, sans réaliser le trou noir caché derrière la lumière, l'abîme béant de sa folie ; lui-même va découvrir chez lui un puits de noirceur sans fond qui l'amènera à la destruction. 
Chaque être cache au fond de lui son propre infini. Infini qui peut passer inaperçu derrière les apparences, sauf lorsqu'il est attiré chez autrui par un gouffre plus puissant, qui finit par le dévorer, comme deux étoiles qui fusionnent. Le premier amour de Kobryn était sourde et muette. Léna perdra la capacité de parler. Et les étoiles crient-elles vraiment ? 
Vous l'avez compris, c'est encore pour moi un coup de coeur pour Didier Decoin, peut-être un de mes préférés, avec Madame Seyerling et Docile. (5/5)

[Decoin, Didier] Ceux qui vont s'aimer





J'ai beaucoup aimé

Titre : Ceux qui vont s'aimer

Auteur : Didier DECOIN

Editeur : Seuil

Parution : 1973

Pages : 256










Présentation de l'éditeur :

Un monde naissait dans Abraham de Brooklyn (prix des Libraires) de Didier Decoin. Aujourd'hui dans Ceux qui vont s'aimer, c'est la décadence d'un monde ou plutôt d'une civilisation qui est en cause.
L'auteur nous raconte avec allégresse les mésaventures d'un jeune voleur du nom de Scynos épris d'une adolescente, Mylena, entrevue lors de son enfance, de nuit, sous les toits d'Athènes. Un vieillard, Atagoras, amoureux du bonheur de vivre, va tenter la plus grande aventure de sa vie avec le couple exemplaire de Scynos et de Mylena qui, dans la désenchantement d'un univers soucieux de ses vices, de sa grandeur, de son soleil, s'unira, au bout d'un long périple, heureux et malheureux, dans cette maison unique faite sur les plans d'Atagoras.
 

Avis :

Au temps antique de la décadence d'Athènes, pendant une tentative de cambriolage, le jeune voleur Scynos assiste par hasard, impressionné, à la naissance de Mylena. Cet évènement décidera de son destin. Scynos commence par s'établir à Athènes, trouvant à s'employer chez un vieux maître d'école respecté, qui finira par le considérer comme son propre fils. Il continue à s'introduire en secret dans la riche demeure où grandit Mylena, afin d'observer, fasciné, l'enfant qui grandit et se meut peu à peu en femme, dont il tombe amoureux. Le vieux maître va tout mettre en oeuvre pour le bonheur de son protégé, mais les voleurs ne sont pas censés épouser les filles de bonne famille... 
Comédie ou tragédie grecque, cette jolie fable se développe sur le thème du bonheur, à la fois raison de vivre et de mourir. La question prend d'autant plus de sens qu'elle est posée dans le décor d'une société en mutation et en pleine recherche de sens. Finalement, antiquité ou temps moderne, et tout particulièrement en Grèce, si éprouvée ces dernières années, avons-nous jamais réussi à y répondre ? 
Encore une lecture très plaisante, mais décidément, ce sont les romans de Didier Decoin postérieurs aux années soixante-dix que je préfère. (4/5)

Citations :

Du lointain montait le bruit du ressac ; du plus près, celui de l'arbre qui craque un peu, se tait puis recommence, prenant au passage l'air frais qui court de la montagne jusqu'à la mer. La nuit vint tout à coup. Alors le ciel se démasqua, cessant d'être cet écran tranquille et presque palpable, et si proche que l'on pensait les oiseaux capables de s'y accrocher la tête en bas.

(...) le lieu où il souhaitait enseigner. Et Atagoras choisit l'ombre d'un pin-asparagus qui se dressait au point le plus rétréci du parc, lequel formait en cet endroit comme la proue d'un bateau. Là, les massifs étaient touffus, mal taillés, pleins d'insectes stridents. A la tombée du jour, les hirondelles par centaines venaient coudre l'étoffe invisible de l'air - et les ailes plus effilées que des ciseaux, et les becs plus pointus que des aiguilles, et les cris plus joyeux que des chants d'ouvrières, tout cela qui allait et venait vite portait en soi le témoignage de la vie qui continuait, tandis qu'alentour Athènes, déjà, s'assoupissait. 

[Decoin, Didier] Laurence






J'ai beaucoup aimé

Titre : Laurence

Auteur : Didier DECOIN

Editeur : Seuil

Parution : 1969

Pages : 176








Présentation de l'éditeur :

Dans la cour d'un hôpital, le regard d'un jeune homme croise celui d'une petite fille de treize ans. Et plus rien ne compte : ni la leucémie de la petite fille, ni les doutes du médecin incapable de la sauver, ni le cri de la mère - un cri qui se résume par une fuite.
Il ne reste en définitive que cela : l'amour immense d'un homme pour une petite fille qui saute à la corde entre la vie et la mort, entre l'innocence et l'impureté.
Un amour aussi furieux que le typhon qui s'abat sur cette ville du sud des Etats-Unis où tout a commencé et où tout s'achèvera dans un souffle d'enfant.
Didier Decoin confirme ici un talent fait de rigueur et de pouvoir d'envoûtement.
 

Avis :

Laurence, treize ans, est leucémique et n'a plus que quelques mois à vivre. Auprès d'elle, trois accompagnants : sa mère, son médecin et un jeune homme croisé par hasard à l'hôpital. Entre l'adolescente et le jeune homme se tisse un lien tendre, prémices d'un amour de grandes personnes, encouragé par la mère et le médecin, car, aux portes de la mort, qu'importent les convenances : seul compte le merveilleux cadeau de l'ébauche d'un amour, tout en retenue et délicatesse. 
Cette courte histoire nous place avec tendresse et pudeur face à l'insupportable réalité de la mort d'un enfant et s'attache à ce qui est finalement l'absolu essentiel de l'existence humaine : l'amour. L'exercice était sans doute délicat, Didier Decoin le réussit avec brio, sans larmoiement ni sentimentalisme excessif, dans un parfait dosage d'émotions maîtrisées. (4/5)

[Decoin, Didier] La femme de chambre du Titanic






Coup de coeur 💓

 

Titre : La femme de chambre du Titanic

Auteur : Didier DECOIN

Editeur : Seuil

Parution : 1991

Pages : 336









Présentation de l'éditeur :

« Voilà l’histoire d’un amour si étrange, dit l’auteur, que je n’étais pas sûr d’oser jamais l’écrire. Mais l’envie de raconter aura été plus forte que mes pudeurs.
Raconter la passion qui, durant l’année 1912 – l’année du Titanic–, a entraîné un docker de cinquante-deux ans, Horty, et Marie Diotret, une très jeune femme de chambre du transatlantique, dans un monde qui n’était pas fait pour eux. »
Dans le sillage d’Horthy et de Marie, de la taverne de la Tête d’Écaille aux quais mouillés de Southampton, des terrains vagues de New York aux lacs rêvés de l’État du Maine, des lumières du Grand Théâtre à la nuit des docks où rodent amants et assassins, cette « extrême histoire d’amour » met en image Zoé, la petite épouse rouquine et patiente qui attend qu’Horty rentre enfin à la maison ; Zeppe, le garçon de cirque qui croit pouvoir tirer fortune de l’amour d’Horty pour Marie ; la trop fragile Aïcha à qui le destin ne laissera même pas le temps d’apprendre à compter jusqu’à onze ; Sciarfoni, le lamaneur qui gîte comme une bête sauvage sous une grand barque renversée ; Maureen, la voleuse de bijoux qui opère dans les théâtres de Drury Lane ; et tout le peuple du port – dockers, soutiers, filles de joies, riches voyageurs, émigrants misérables… Le roman à la fois le plus imaginaire et le plus vrai de l’auteur d’Abraham de Brooklyn et de John l’Enfer.
 

 

Avis :

En 1912, Horty, docker de cinquante-deux ans, remporte le concours annuel de sa corporation dans sa ville du nord de la France, qu'il quitte alors pour la première fois : il a en effet gagné un voyage pour Southampton, afin d'assister au départ du Titanic. Lors de son bref séjour en Angleterre, il rencontre Marie, jeune femme de chambre sur le Titanic, et en tombe éperdument amoureux. 

Lorsque, quelques jours après son retour à la maison, la nouvelle du naufrage du paquebot se répand, Horty croit Marie perdue et sombre dans la dépression et la boisson. Idéalisant Marie jusqu'à l'obsession, il se met à raconter, sans répit et à l'envi, ce qui devient une histoire d'amour chaque jour plus formidable. Autour de lui, fascinée par le rêve d'Horty, gravite toute la population des villes portuaires : dockers, soutiers, lamaneurs, glaneuses, prostituées, misérables migrants ou riches voyageurs attirant escrocs et profiteurs de tout poil... Mais qui était véritablement Marie ? Et que lui est-il advenu après son embarquement sur le Titanic ?

Didier Decoin nous livre à nouveau une histoire habilement construite, qui tient le lecteur en haleine jusqu'à l'excipit encore une fois magistral. Il nous plonge dans un de ses univers de prédilection : le milieu maritime. On y découvre une population hétéroclite survivant autour des activités portuaires, toute une galerie humaine extraordinairement réaliste, d'autant plus fascinée par l'histoire que raconte Horty qu'elle vient transcender leur quotidien si dur et si morne. 

Le sentiment prévalent est au final celui de la tristesse, de la désillusion et de la résignation : "Innocence était un mot qu'on entendait et qu'on voyait partout, mais qui ne décrivait rien de réel - juste une jolie supposition que les hommes faisaient en espérant qu'elle se vérifierait peut-être un jour (...). Alors, s'il n'y avait pas d'innocents, il n'y avait pas non plus de coupables, il n'y avait qu'un grouillement d'individus plus ou moins dangereux, qui se faisaient souffrir les uns les autres par des moyens variables. La souffrance était la seule vraie monnaie d'échange entre les hommes. A la différence de l'argent, de cela au moins tous étaient riches, et vivre consistait simplement à mesurer à tout instant si les souffrances qu'on imposait ou qu'on subissait étaient supportables ou non". Mais aussi celui de l'espoir : derrière la grisaille, l'espoir ne demande qu'à renaître. Et si toucher le fond permettait, enfin, de larguer les amarres et, finalement, d'oser vivre ? 

Neuvième coup de coeur parmi mes lectures de Didier Decoin. (5/5)

[Decoin, Didier] La promeneuse d'oiseaux






Coup de coeur 💓

 

Titre : La promeneuse d'oiseaux

Auteur : Didier DECOIN

Editeur : Seuil

Parution : 1996

Pages : 400









Présentation de l'éditeur :

1880, dans l'île anglo-normande d'Alderney. Parce qu'un accident a réduit sa voix à un murmure et l'isole des autres jeunes filles. Sarah McNeill passe le plus clair de son temps à courir les landes sauvages. C'est dans cette solitude qu'elle découvre l'histoire de lady Jane, qui, pendant un quart de siècle, espéra contre toute raison le retour de son mari, John Franklin, disparu au cours d'une expédition polaire.
Un soir de bal. Sarah rencontre Gaudion, un maraîcher breton faisant route vers l'Angleterre et dont la goélette chargée d'oignons s'est échouée sur le rivage. Le temps que la mer remonte, tous deux vont connaître une telle passion qu'à la fin de cette nuit unique la petite paysanne comprend que l'homme aux mains de géant est l'amour de sa vie. «Je désire, écrit-elle à lady Jane, dont elle a décidé d'imiter l'extraordinaire fidélité, que vous m'expliquiez comment on peut aimer comme ça, c'est-à-dire comme vous. C'est la manière dont je voudrais être capable d'aimer moi aussi.»
Et Sarah de s'élancer à la recherche de Gaudion. D'abord sur les docks de Londres, où elle survit en livrant des oiseaux naturalisés aux clients d'un étrange empailleur, puis sur les côtes de Normandie, où une société brillante mais cruelle s'adonne à la nouvelle mode des bains de mer.
Aucune déchéance, pas même celle de la prison, ne fera renoncer Sarah à la quête éperdue de son amour. Alors, ébranlé par tant d'obstination, le destin finira peut-être par céder.
 

Avis :

Une candide jeune fille qui a perdu sa voix suite à un accident mène une vie pauvre et isolée dans la ferme de ses parents, sur l'île d'Alderney, la plus septentrionale des îles anglo-normandes. Amoureuse d'un Johnny - producteur de Roscoff traversant la Manche tous les étés pour vendre ses oignons en Angleterre -, échoué une nuit sur l'île et aussitôt reparti, elle se lance à sa recherche, décrivant un périple qui la conduit à Londres, puis en Normandie, dans ce qui pourrait bien ressembler à une descente aux enfers si ses espoirs ne la portaient si aveuglément. Candeur et obstination auront-elles raison de la dure réalité ? 
Cette très belle et originale histoire qui ne tombe jamais dans la mièvrerie, nous emmène de surprise en surprise, décrivant avec réalisme des univers très différents : de la ferme enduite de bouses de vaches - servant à la chauffer médiocrement une fois séchées - à la taxidermie, de l'aventure des Johnnies au Londres de la fin du XIXème siècle, de la côte normande des estivants et des turfistes à celle des domestiques et de la prison  - la frontière entre la liberté et la détention étant à l'époque vite traversée par les plus pauvres -, Didier Decoin démontre une nouvelle fois ses talents de conteur. Clins d'oeil vers ses autres livres : un amour plus fort que tout, une Justice expéditive commettant bien des erreurs, toujours l'obsession des odeurs, un écrivain britannique célèbre parmi les personnages (comme dans Une Anglaise à bicyclette). Nouveau coup de coeur pour Didier Decoin. (5/5)

[Decoin, Didier] D'amour et de flammes





 

J'ai aimé

Titre : D'amour et de flammes

Auteur : Didier DECOIN

Editeur : Hachette

Parution : 1973

Pages : 214







Présentation de l'éditeur :

Anne s'inquiétait.
Daniel posa ses lèvres sur les tempes de la jeune fille :
" L'amour, Anne, c'est comme la découverte d'un nouveau monde. On s'avance sur le rivage inconnu, doucement, lentement. On n'a pas assez de ses yeux pour tout voir. "
Anne, Daniel. Ils découvrent un grand amour. Ils se sont rencontrés à la cour du prince Cabiosco, dans le sud espagnol. Anne arrivait de France. Daniel, jeune et prestigieux architecte l'a aussitôt aimée. C'est le Moyen-Age. On croit à la magie, aux anges, aux démons.
Un très grave péril menace les jeunes gens. Le drame, ce soir-là, va se préciser...
Dans une atmosphère pleine d'angoisse, de ferveur ou d'espoir, Didier Decoin fait magnifiquement revivre une époque à travers les passions si diverses qui déchirent ses personnages. Certains d'entre eux étant ligués, semble-t-il, pour essayer d'anéantir un indestructible amour.
 

 

Avis :

Quelque part en Andalousie, alors que se met en place l'Inquisition, une jeune catholique s'éprend d'un marrane, juif converti qui continue discrètement la pratique du Judaïsme. Leur avenir s'annonce très compliqué, alors qu'il suffit d’un rien pour se retrouver emprisonné, torturé et exécuté. Tout comme dans La dernière troïka, le style est admirable, l'atmosphère superbement rendue, mais la romance trop présente et sucrée à mon goût. Il s'agit d'une sorte de conte non dénué de symbolique. Mais il existe d'autres ouvrages qui m'ont appris davantage sur cette période de l'Espagne. Je suis donc séduite par la forme, moins par le fond, et conserve la même impression mitigée que pour La dernière Troïka. (3/5)

[Decoin, Didier] La dernière troïka






J'ai aimé

Titre : La dernière troïka

Auteur : Didier DECOIN

Editeur : Hachette

Parution : 1976

Pages : 219









Présentation de l'éditeur :

"Sonia! Les porteurs de torches!... cria Volodia tout essoufflé. Ils vont au secours d'un homme perdu dans le marais!
- Dans la vase... la boue vivante qui avale..., murmura Sonia.
- II leur faut la troïka de ton père pour essayer de le tirer!"
Au village de Krassinograd, dès que le rescapé - Christopher, un jeune Anglais fortuné, qui voyage pour son plaisir - pénètre dans l'isba de Sonia, la petite paysanne russe, il y apporte le trouble et l'aventure.
Alentour, la Révolution d'Octobre se propage, s'embrase. Malgré eux, Christopher et Sonia affrontent ensemble la violence et les périls de la guerre civile. Un monde nouveau commence à naître : ils se découvrent en se découvrant eux-mêmes.
Un soir, en sautant dans le train de la dernière chance, bondé de fuyards et de blessés, Sonia retrouve Ivan son premier amour. Un ardent partisan.
Christopher... Ivan... Un autre drame commence.
 

Avis :

Pendant la révolution d'Octobre 1917 en Russie, alors que la guerre civile s'abat soudain sur la population des campagnes et des villes de province prises en tenaille par les combats, une jeune Russe est emportée dans la tourmente : tandis que son ami d'enfance se lance à la poursuite de son idéal révolutionnaire, la jeune fille assiste la fuite d'un riche Anglais égaré dans le secteur. Ecartelée entre l’amour des deux hommes, elle symbolise le dilemme d'un pays entier : l'héroïsme est-il de se battre pour des idées, ou de sauver ses proches ?
L'écriture et les images sont très belles, mais l'histoire, même si elle devient plus intéressante prise dans sa symbolique, m'a semblé laisser trop de place à la romance, trop sucrée à mon goût. Je suis ressortie mitigée de cette lecture. Ce n'est pas pour moi le meilleur ouvrage de Didier Decoin. (3/5) 


Citation : 

Les héros n'existent pas. Il y a seulement des gens qui croient très fort en certaines idées et qui sont incapables de vivre si on tente de les leur enlever. 

 

vendredi 1 mars 2019

[Decoin, Didier] Docile






Coup de coeur 💓💓

 

Titre : Docile

Auteur : Didier DECOIN

Editeur : Seuil

Parution : 1994

Pages : 396








Présentation de l'éditeur :

Pleine de colère et de jalousie, Catherine s’insurge contre son ami Blaise :
« De toute ma vie, je n’ai rien vu d’aussi stupide que cette femme et toi… Est-ce que tu l’as embrassée ?
_Tu es folle !
_ Essaie seulement, ça te donnera mal au cœur, et ça te fera très peur. »
Blaise essaierait volontiers. Sauf que la libraire, que toute cette ville du nord de la France appelle Docile, a trente-deux ans, et qu’il est encore un enfant. D’ailleurs, Docile sait-elle seulement qu’il l’aime ?
Blaise a beau l’aider à vendre ses livres trop beaux, trop étranges et trop chers, et voler pour elle, les jours de disette, aux étalages de la rue Tournemonde, Docile ne se gêne pas pour le mettre à la porte quand le soir tombe et qu’elle reçoit des clients d’un genre particulier dans sa réserve, au premier étage.
Malgré la guerre, les dérobades de Docile et l’amour de Catherine, Blaise accomplira son rêve : partir à la découverte d’une terre encore sans baptême pour lui donner le nom de la femme qu’il a encore aimée quand il avait douze ans…
Pris entre la lumière et l’ombre, la faute et la pureté, otages de leur propre histoire comme de la grande Histoire, Docile et Blaise iront jusqu’au bout du double destin, inattendu et bouleversant, que leur a tracé le romancier.
 

Avis :

Ma première lecture de Didier Decoin et un coup de coeur qui m'a incitée à lire ensuite tout ce que j'ai pu trouver de cet auteur. 
Au début de la seconde guerre mondiale, dans une ville du nord de la France, un jeune garçon tombe amoureux d'une libraire, spécialisée dans des livres plutôt rares et de valeur sur les voyages. La période n'est guère propice à la vente de livres et la jeune femme boucle les fins de mois en se prostituant discrètement dans sa réserve. Le garçon défendra son ange jusqu'au dénouement de l'histoire et conservera les traces de son amour d'enfant toute sa vie. 
Le roman est tendre, lumineux, nostalgique : une pépite de délicatesse. Les personnages sont attachants, en particulier un vieil homme, cartographe à la retraite, qui, prenant au sérieux les rêves de l'enfant, permettra à l'adulte qu'il deviendra de les réaliser. Dès cette première lecture de Didier Decoin, j'ai été frappée par l'importance des odeurs, toujours très présentes dans ses livres. Grand coup de coeur. (5/5)